Disclaimer:
Aucun des personnages présents dans cette fanfiction, ni l'univers dans lequel ils évoluent, ne m'appartiennent. Le mérite de leur création revient à Mathieu Sommet, avec son émission Salut Les Geeks. De même, la réalisation de cette fiction n'a pas de but lucratif.
J'ai le plaisir de vous présenter ce nouveau chapitre, qui s'est fait attendre (j'en ai conscience et je m'en excuse!). Comme vous pouvez le voir, pas de Trigger Warning cette fois, un chapitre de calme avant la tempête.
Merci infiniment à La Succube, qui a vraiment fait un boulot formidable en me corrigeant, sur ce chapitre qui m'a posé souci! Je ne sais pas ce que ça aurait donné sans elle.
Prochain chapitre, dans un temps indéterminé! Je ne fais plus de promesse, je continue d'essayer de poster toutes les deux semaines, mais avec la reprise c'est chaud, donc comme d'habitude vous pouvez suivre l'avancement sur mon profil!
J'espère que ce chapitre vous plaira, et je vous souhaite une bonne lecture! ;)
Chapitre 9 : Ça fait quatre jours que j'suis en manque !
Les paupières de Maître Panda papillonnèrent doucement sous la caresse d'un rayon de soleil matinal, et l'animal se réveilla, la vision floue et l'esprit embrumé. La première information qui parvient à son cerveau à moitié endormi fut la sensation d'un bien être profond, au chaud sous la couverture moelleuse. Il se sentait léger, comme soulagé d'un poids qui lui pesait depuis trop longtemps.
Intrigué, il essaya de remettre ses pensées en ordre, et fouilla dans ses souvenirs. Il se souvint assez facilement de l'étreinte qu'il avait échangée avec le Hippie, et il sentit ses joues se réchauffer à cette évocation. Gêné, il se rappela avoir pleuré sur son épaule, et lui avoir raconté... Lui avoir raconté quoi...
Soudain, des yeux d'un bleu glacial et dont la colère n'était nullement atténuée par les lunettes qui les encadraient refirent surface dans son esprit et tout lui revint en mémoire. La dispute qu'il avait eue avec le Prof, mais aussi son absence du deuxième épisode de la saison 4 d'SLG, et sa confrontation avec le Patron, sa confusion vis à vis de son désir envers le criminel.
Un peu sous le choc suite à la réémergence brutale de tous ces souvenirs, il fut surpris de constater que ces derniers... Ne le blessaient plus. Il était toujours triste que lui et le Prof soient partis d'un mauvais pied, toujours perturbé par les sentiments contradictoires que lui inspirait l'homme en noir, et toujours déçu que Mathieu ne lui ai pas trouvé de rôle pour l'épisode, mais... Y penser n'était plus douloureux. Il se surprit même à réfléchir objectivement à sa situation.
Le Prof, concrètement, lui avait dit qu'il le détestait, mais ne lui avait-il pas aussi dit que si l'ursidé ne l'avait pas acculé, il serait resté relativement courtois envers lui ? Qu'il était en fait prêt à faire des efforts pour que ça se passe bien ? Ils ne pouvaient peut-être pas s'entendre pour le moment, mais s'il respectait son besoin de distance, alors un jour viendrait où il leur serait peut-être possible de discuter à cœur ouvert ? Oui, voilà qui paraissait plus raisonnable que de pourchasser dans les escaliers d'un immeuble un homme ayant clairement affiché sa réticence à lui parler.
Ensuite, Mathieu. Le podcasteur était débordé, c'était une évidence. Et puis, ça avait été un geste plutôt attentionné de sa part de le laisser « dormir », même si en réalité il était resté allongé sur son lit toute la nuit et la matinée à cogiter. Peut-être, le schizophrène avait-il oublié la volonté du maître à apparaître en dehors de son instant panda ? Il ne le lui avait dit qu'une fois, et le youtubeur était parti en vacances depuis. Peut-être que s'il lui en parlait à l'avance, il aurait plus de chances d'apparaître dans le prochain. Oui, voilà qui était plus constructif que se morfondre en éprouvant de la rancune pour son créateur."
Enfin... Le Patron. Problème épineux que celui-là. Fronçant les sourcils, l'animal s'efforça de mettre de l'ordre dans ses sentiments. Il détestait le criminel, c'était un fait : il était vulgaire, le harcelait sexuellement, il avait même été violent avec lui ! Pourtant, quand l'homme en noir avait arrêté de lui parler, et avait montré des signes de dépression, il s'était inquiété. Il avait regretté sa présence, son humour gras, l'intérêt qu'il lui portait, son panache...
Non, ses sentiments pour le criminel étaient plus complexes que de la simple haine. Ce qu'il détestait vraiment, c'était ce qu'il éveillait en lui, les idées qu'il promouvait par sa seule aura. La débauche. Placer son plaisir personnel au dessus d'un quelconque idéal. La façon qu'il avait de lui faire oublier sa mission au profit de ses désirs...
Oui, le Patron représentait ce qu'il ne s'était jamais autorisé d'être, quelqu'un qui saisissait les plaisirs de la vie et en profitait sans complexe, sans limite, mais aussi sans objectif. Aucune mission ne pesait sur les épaules du criminel, qui s'était libéré de toutes les chaînes éthiques et morales qui enserraient chaque être un tant soit peu sensé et intègre. Il faisait fi de la loi, bafouait la bienséance, et n'attendait nulle autorisation pour prendre ce qui lui plaisait. Et Maître Panda faisait partie de ces choses là, du moins c'était l'impression qu'il avait eue. Cela l'outrait, et le fascinait. Et le désir qu'il éprouvait pour l'homme en noir, lorsqu'il se manifestait, lui donnait envie de lui aussi envoyer balader ses principes pour s'adonner aux pratiques hédonistiques de celui qui le poursuivait. Cela l'effrayait... Et l'excitait. Et il se détestait de ressentir ces choses là. Et il détestait le Patron pour bouleverser ainsi son petit univers.
L'animal poussa un soupir. Oui, décidément, c'était compliqué. Il ne voulait pas céder aux avances du criminel, mais quelque chose lui disait que la prochaine fois que l'homme en noir allumerait ce brasier qu'était le désir en lui, il se consumerait sans être capable d'éteindre l'incendie. Que faire alors ?
Le bruit de quelqu'un frappant précipitamment à sa porte le tira brutalement de ses pensées. Se relevant, il avait à peine entrouvert la bouche pour autoriser la personne à entrer qu'un Mathieu à l'air agité ouvrit sa porte, et s'approcha à grands pas de lui. Relevant les yeux sur le visage de son créateur, l'ursidé cru y lire de l'angoisse, mais c'est d'un ton impérieux que le podcasteur s'adressa à lui :
« Maître Panda, désolé de te réveiller, mais j'ai absolument besoin de ton aide. Il ne reste que cinq jours avant la publication de l'épisode 69, et j'ai complètement oublié de te demander la chanson qui lui est associée ! »
Baissant les yeux, le créateur de l'émission se passa nerveusement une main dans les cheveux, avant de reprendre avec empressement :
« C'est injuste de ma part de te demander ça, mais j'aurai besoin que tu comptes dès à présent les votes pour pouvoir créer la chanson, le plus rapidement possible ! »
À ces mots, il avait relevé la tête, et planté son regard dans celui du chanteur, qui lui était un peu sous le choc. Le panda se racla la gorge, et répondit, un peu perdu :
« Mais ça ne fait que deux jours que le vote a commencé... »
Maître Panda sursauta lorsque deux mains se posèrent abruptement sur ses épaules.
« Peu importe ! Ce n'était que le premier, ce n'est pas très grave, mais l'émission a pris de longues vacances avant sa reprise, plus d'un mois, alors je tiens vraiment à poster une nouvelle vidéo rapidement ! »
La ferveur du podcasteur et son inquiétude touchèrent Maître Panda, qui à son tour posa une main hésitante sur le bras de son créateur, et tenta de le rassurer.
« Écoute Mathieu, y'a pas de problème pour la chanson, je l'ai déjà écrite. »
Devant l'air stupéfait de son créateur, l'animal se sentit obligé d'ajouter :
« En fait, je m'ennuyais la semaine dernière, alors j'ai écrit les trois chansons possibles, selon le vote. Donc si tu veux, on peut les laisser voter un peu plus longtemps, y'a juste à tourner et à intégrer l'instant Pand-aaaaaaaaaaah ! »
Sa voix dérailla lorsque le Podcasteur le prit soudainement dans ses bras, dans une étreinte presque étouffante. Un rire émerveillé résonna aux oreilles du chanteur, tandis que son créateur le serrait contre lui.
« J'y crois pas ! C'est un miracle ! Tu es formidable Maître Panda ! »
Se redressant soudainement, il prit de nouveau l'ursidé par les épaules, les yeux pétillants et un large sourire sur les lèvres. D'un ton excité, l'heureux podcasteur enchaîna :
« Ça veut dire qu'on peut les laisser voter plus longtemps ! C'est fantastique ! Il faut absolument que tu me montre ces chansons, ok ? Pfffiou, quel soulagement, et moi qui croyait que c'était foutu ! J'en reviens pas, tu t'impliques vraiment à fond pas vrai ? »
Le panda se dégagea du contact avec une secousse, gêné par tant d'enthousiasme. Il se gratta l'arrière du crâne, et répondit d'un ton un peu ému.
« Bah, c'est pas grand chose tu sais, c'est pas non plus si long que ça à écrire... » Il jeta un regard timide à son créateur. « Je pourrais faire plus même, comme... Participer au prochain épisode ?... »
Mathieu haussa un sourcil surpris face au ton plein d'espoir de sa personnalité animale. « Tu tiens vraiment à apparaître en dehors des Instants Panda ? » Il recula d'un pas et se frotta le menton d'un air pensif. « J'imagine que ça doit être possible... Bon au prochain tournage je te convoque aussi alors ? »
Le regard de Maître Panda s'illumina. « Oui ! S'il te plaît ! »
Le sourire du podcasteur réapparu devant l'enthousiasme de sa personnalité. Il esquissa un pas en direction de la porte. « Ok, on fait comme ça ! Bon, faut que je finisse un truc, tu me fais écouter tes chansons cet après midi ? »
L'animal hocha vigoureusement la tête en regardant son créateur se diriger vers la sortie. Une fois la porte entrouverte, le podcasteur se retourna vers lui, le regard sérieux.
« Maître Panda ? Merci d'avoir pris cette initiative. J'ai souvent eu l'impression d'être le seul dans cette baraque à vraiment me soucier de l'avenir de cette émission, mais depuis que tu es là, je sais qu'on est au moins deux à trouver ça important et... Ça représente beaucoup pour moi. »
L'air un peu gêné par tant de formalisme, le créateur d'SLG se gratta la nuque avant de reprendre. « Enfin, voilà quoi. Merci d'être là ! »
Avec un dernier sourire, Mathieu referma la porte derrière lui.
Maître Panda cligna les yeux plusieurs fois, et une forte chaleur l'envahi. Wow.
Jamais il ne se serait attendu à ce que leur créateur lui dise un truc pareil ! Il était... Super touché. Il sentit ses lèvres s'étirer sans son accord dans un sourire gigantesque. Qui ne se sentirait pas reboosté après ça ? Sautant au bas de son lit, il effectua une petite gigue en chantonnant. Son ventre se mit alors à gargouiller audiblement. Posant une main sur l'organe récriminant, il se rendit compte qu'il avait une faim de loup. Depuis quand n'avait-il pas mangé ? Il chercha dans ses souvenirs. La veille, il n'avait pas mangé, et l'avant veille au soir non plus... Il avait loupé quatre repas... Voire cinq selon l'heure qu'il était. Il jeta un œil à son portable : onze heure. Il avait dormi presque vingt quatre heures d'affilées... Et loupé cinq repas !
Grimaçant en sentant la crampe de son estomac s'intensifier, il décida d'aller se restaurer. Il sortit de sa chambre d'un pas guilleret, s'engouffra dans le couloir, et faillit dans son empressement percuter une silhouette sombre qui finissait de remonter l'escalier. S'arrêtant à temps, il tourna la tête vers celui qu'il avait manqué de bousculer, et les mots d'excuse qu'il s'apprêtait à offrir ingénument moururent sur ses lèvres. Son ventre s'embrasa, et un autre genre de faim se réveilla à la vue de l'homme en noir.
Ce dernier croisa son regard à travers ses lunettes aussi noires que le reste de sa personne, et un sourire se dessina sur ses lèvres, tandis que ses sourcils se haussaient, l'air agréablement surpris. Une voix rauque s'éleva alors :
« Ehhh ! Si c'est-y pas la boule de poil ! »
Il avait suffi de ces quelques mots, prononcés de cette voix grave et sexy d'un ton un peu moqueur, pour que l'adrénaline envahisse l'animal, et que son attitude de défiance revienne en force. Cette fois, le Patron ne l'avait pas ignoré ! Quelque chose allait se produire, et ses craintes retournèrent son pauvre estomac, en même temps que le fourmillement de l'excitation parcourait tout son corps. Toute son attention était tournée vers le criminel, et il riposta presque intuitivement d'un ton vif :
« Patron ! Je t'ai déjà dit d'arrêter de m'appeler comme ça ! »
Il s'attendait à entendre le rire du criminel répondre à sa petite révolte, mais quelque chose d'étrange se produisit alors. Les lèvres du criminel commencèrent par s'étirer d'avantage, puis se figèrent brusquement. Un silence commença à s'installer entre eux, tandis que l'homme en noir perdait son sourire. L'air un peu contrarié, il détourna le regard. D'une voix très basse il répondit alors, comme s'il se parlait à lui-même.
« C'est vrai, tu l'as déjà dit... »
Le regard du criminel accrocha de nouveau le sien. « Alors, ça va mieux depuis hier ? »
Maître Panda le fixa, le cours de sa pensée soudainement figé. Il mit un certain temps à comprendre que le criminel n'allait pas se montrer outrageusement vulgaire et envahissant. Il n'allait pas répliquer d'un ton arrogant qu'il l'appellerait comme il le voudrait, que ça lui plaise ou non. Il n'allait pas empiéter sur son espace personnel, le plaquer contre un mur et lui murmurer des paroles indécentes. Il n'allait pas redevenir le Patron qu'il avait connu avant qu'il complexe. Et bien qu'il lui ait promis de lui faire regretter de ne pas lui avoir cédé avant, il ne semblait pas sur le point de le poursuivre à nouveau.
Ce que l'animal ressentit alors était un tel mélange de sentiments aussi contradictoires les uns envers les autres, qu'il n'eut aucune idée de la tête qu'il pouvait être en train de faire. Soulagement, incompréhension, inquiétude, et surtout une vive déception s'emparèrent de lui, refroidissant complètement ses ardeurs. C'est d'une voix éteinte qu'il répondit.
« … Ça va mieux... Merci. »
Maître Panda baissa la tête. Qu'est ce qu'il avait espéré ? Après l'avoir insulté, l'avoir blessé, l'avoir agressé même, il ne pouvait pas s'attendre à ce que l'homme en noir se remette joyeusement à le harceler. Et il ne le souhaitait pas en plus, se répéta-t-il avec insistance. Il ne voulait pas de ce que le criminel avait à lui proposer. C'était contre tous ses principes !
Le panda sursauta légèrement lorsqu'un doigt redressa doucement sa tête, et il croisa le regard du criminel. Ce dernier arborait une expression un peu hésitante, les sourcils froncés et les muscles du visage contractés, il semblait fournir un effort monumental. L'homme en noir fit glisser son doigt en une douce caresse remontant long de la joue de l'ursidé, et demanda d'une voix grave .
« Ça a pas l'air, gamin. Tu sais que-… Si tu-… 'fin si t'as envie d'en parler, j'suis là... Ok ? »
L'animal cligna des yeux. Gné ? Il était paumé là. Le Patron venait-il de lui proposer son soutien ? Pourquoi était-il si doux ? Pourquoi était-il si tendu ? Ça ne ressemblait pas au criminel d'agir ainsi... Était-il en train de se moquer de lui ? Il se dégagea du léger contact d'une tape, et répondit d'un ton un peu acerbe.
« Je vais très bien, merci ! Et si j'avais besoin de me confier à quelqu'un, ce ne serait sûrement pas à toi ! »
Un sourire effleura les lèvres de l'homme en noir devant son attitude de défi, avant de disparaître aussitôt. Ce fut d'un ton plus assuré que le Patron répliqua :
« T'as tort, gamin, je peux être très... attentionné, quand il le faut. »
L'animal s'étrangla à l'évocation, qui ne pouvait définitivement pas être innocente ! Non mais de qui se fichait-on là ? Il reprit, excédé :
« Attentionné toi ? Et mon cul, c'est du poulet ? »
Cette fois, le criminel ne put contenir son rire et balança :
« Ah, ça, je me propose volontiers pour le vé... »
Le Patron s'arrêta brusquement.
… Rifier. Vérifier. Tu peux le dire, Patron. Pensa l'animal, d'un air blasé, en voyant le visage du criminel se congestionner sous l'effort. Finalement, l'homme en noir éructa un :
« … Prouver. Je ne suis pas aussi indifférent que tu le crois ! Enfin... Pas envers ceux qui comptent pour moi. Et. Tu... Tu en fais partie, gamin. Des personnes qui comptent je veux dire. »
Le Patron dansait d'un pied à l'autre, visiblement très très très mal à l'aise. Le panda n'en revenait pas. Le criminel venait de dire qu'il tenait à lui. C'était... Trop bizarre. On aurait dit qu'il se forçait à dire des choses qu'il ne pensait pas vraiment. Ce n'était pas naturel ! L'agacement prit le dessus. Le criminel se foutait de lui, il en était sûr !
Bouillant intérieurement, l'animal l'observa les yeux plissés. « … Hmm hmmmm. »
Soudain, il eut envie de fracasser la jolie façade que l'homme en noir lui exposait, de mettre à nu ses véritables intentions ! Avec un sourire en coin, il ronronna un : « Alors comme ça, je compte pour toi ? » il avança lentement en direction de l'homme en noir. « Et dis moi, quelle partie de moi compte le plus pour toi ? Envers quelle part de moi as tu envie de te montrer... attentionné ? » Il s'était rapproché du criminel l'air faussement innocent, jusqu'à ce que seuls quelques malheureux centimètres ne les séparent.
Le criminel le regarda d'un air ébahi. L'animal était suffisamment proche pour voir le désir brûler au fond de ses yeux. Le pervers commença à avancer sa main vers sa proie, mais se figea rapidement. Et malgré la tentation évidente que représentait le panda pour l'homme en noir, ce dernier finit par reculer vaillamment d'un pas, au grand étonnement du chanteur. Une voix rauque vibra, révélant le trouble qui habitait son possesseur.
« … Désolé gamin, faut que j'y aille. »
Le Patron tourna alors les talons et prit la fuite, en direction de sa chambre, sous le regard médusé de Maître Panda.
La porte claqua, et l'animal resta planté là, sous le choc. Il avait tenté de séduire le Patron, et ce dernier l'avait ignoré. À quel point cet enchaînement d'événements était stupéfiant ?
Le panda secoua la tête. Déjà, que lui avait-il pris à lui ? Et si le criminel avait mordu à l'hameçon, il aurait fait quoi ? Aussi séduisant soit-il, un criminel reste un criminel ! Et ses principes bordel, pourquoi les oubliait-il à chaque fois ces derniers temps ? Il fallait qu'il se ressaisisse...
Un grondement pitoyable en provenance de son estomac lui rappela à quel point il était affamé, et s'efforçant de ne plus penser à l'étrange comportement de l'homme en noir, il descendit se restaurer.
Le Patron claqua la porte de sa chambre et s'y appuya, le souffle coupé. Son sang battait à ses oreilles, et son pantalon devenait excessivement serré au niveau de son entre-jambe.
Il entendit un pas descendre l'escalier dans le couloir, et il dut de nouveau rassembler toute sa volonté pour ne pas courir à la poursuite de ce sale petit... Allumeur !
Se redressant soudainement, il farfouilla fébrilement sa veste à la recherche d'une cigarette, qu'il alluma nerveusement. Prenant une taffe, il tira les conclusions de ce bref échange avec sa proie.
La première, c'était que la boule de poil était aussi sexy quand elle était énervée, que quand elle essayait maladroitement de le séduire. Bordel ce qu'il avait eu comme mal à s'empêcher de lui sauter dessus pour lui montrer toutes les « parts de lui » auxquelles il aurait aimé dévouer son attention !
La deuxième, c'était que le panda ne le prenait pas du tout au sérieux. Sinon, il ne l'aurait pas provoqué ainsi. Et comment lui en vouloir ? Il avait vraiment chié dans la colle, c'était le cas de le dire. Qui aurait cru que ce serait aussi dur de suivre les deux conseils que lui avait donné sa favorite ? La voix aux forts accents russes résonna de nouveau à ses oreilles :
« D'aborrrd, il faut que tu mettes ta prrroie en confiance. Ne le pourrrchasse plus de tes ardeurrrs, laisse le respirrrer. S'il sent que tu n'es plus une menace pour ses valeurrrs, il sera plus facile à apprrrocher, et sera plus sincèrrre avec toi. »
Les yeux émeraudes le fixaient avec intensité.
« Ensuite, essaye d'êtrrre plus gentil, plus attentionné. D'habitude, ce n'est pas un conseil efficace avec les autrres hommes, qui doivent d'aborrrd cherrrrcher à attiser le désirrr de leur cible. Mais dans ton cas, ton charrrisme fait déjà effet. Tu es la rrreprésentation exacte du fantasme de beaucoup de perrrsonnes, mais pour les plus rrréalistes comme c'est le cas de ton mignon, il faut en plus que tu attises leur désirrr d'être l'exception, celui pourrr qui tu ferrrais l'efforrrt de changer tes habitudes. Quoi de plus attirrrant qu'un homme dangerrreux qui prrrend soin de vous ? »
Le criminel souffla un nuage de fumée. Certes, cela avait paru plutôt sensé quand il avait entendu ça. Mais il y avait un tout petit détail qui leur avait échappé : le Patron ne s'était jamais forcé à être gentil, ou même à s'empêcher de céder à ses ardeurs. Il avait toujours été purement et sincèrement ce qu'il était : un homme impulsif, écoutant plus volontiers son cerveau du bas que celui logé dans son crâne, et éradiquant tout ce qui pouvait venir barrer son chemin. Il n'avait jamais essayé d'être quelqu'un d'autre, et il découvrait qu'il était très mauvais à ce petit jeu.
Il sortit son portable de sa poche, et sélectionna le numéro de Tatiana. Il hésita un instant à l'appeler vu l'heure, puis il se rappela que c'était principalement à cause d'elle qu'il était dans ce guêpier, alors il lança l'appel sans remords. Au bout de quelques sonneries, la voix ensommeillée de la prostituée le salua.
« … Patron ? Que me vaut le plaisirrr … »
Le criminel coupa sa favorite d'un ton cinglant.
« Tatiana. Ton plan merdique est en train de faire couler mon affaire. Je viens de croiser celui dont je t'ai parlé, et j'ai suivi tes conseils. Résultat ? Ce petit enfoiré m'a nargué ! Il s'est foutu de moi bordel ! »
Un silence étonné lui répondit, puis la voix slave s'éleva du combiné.
« … Ok, explique moi du début, j'ai besoin de savoirrr ce qui s'est passé prrrécisément. »
L'homme en noir poussa un soupir, et se passa une main dans les cheveux. Il n'avait pas envie d'analyser dans le détail ce qui venait de lui arriver, mais s'il voulait des explications... Il s'assit au bord de son lit et lui raconta d'un ton morose son échec. Une fois la conversation avec l'animal éclaircie, il se racla la gorge.
« Bref. J'ai fait comme j'ai pu, mais merde Tatiana ! Je suis pas un putain de bénévole, s'extasiant à l'idée de perdre son temps à distribuer chaleur et affection au clodo du coin ! Enfin, la chaleur ça peut se discuter, mais tu vois où je veux en venir ! Je suis pas un mec sympa, si quelqu'un veut quelque chose de moi, il a intérêt à raquer. Je sais pas faire semblant ! Espérer que du jour au lendemain j'aveuglerai tout le monde de l'éclat de ma générosité c'était de la connerie pure et dure ! »
Essoufflé d'avoir gueulé, il s'aperçut qu'il s'était levé sans s'en rendre compte, et il se laissa retomber sur le lit. « Le pire, c'est qu'après tous mes efforts, il s'est fichu de moi. Et bordel, on peut pas dire qu'il s'est manqué le gamin. Tu te rends compte ? Je lui dit que je lui prouverai que je peux être quelqu'un d'attentionné, et tout ce qu'il trouve à répondre ce sale petit trou du cul, c'est « Et envers quelle partie de moi as tu envie d'être attentionné ? », le tout en se rapprochant et en me faisant les yeux doux ! Il y aurait eu marqué sur son front 'Qu'attends tu pour me sauter crétin' que ça aurait pas été plus clair ! J'ai failli craquer. Je me suis jamais retenu jusqu'ici et c'est la dernière chose que j'ai envie de ré-expérimenter ! »
En rejouant le souvenir du visage de Maître Panda se rapprochant dangereusement du sien avec une lueur salace au fond du regard, son pantalon fut de nouveau trop serré et il défit sa ceinture et un bouton avec un soupir de soulagement. Il reprit son monologue.
« Tu sais, j'hésite encore à partir à sa poursuite et à lui faire ravaler son petit sourire moqueur à grands coup de boutoirs façon gorge profonde ! Il m'a chauffé, c'est pas normal qu'il s'en tire sans en subir les conséquences ! En tout cas, ça m'aura appris quelque chose : la romance, c'est pas un truc pour moi. »
Un petit rire attendri accueilli cette déclaration à travers le combiné, et la voix roucoulante de sa favorite résonna à ses oreilles. « Parrrfait, maintiens tes efforrrts tu es sur la bonne voie. »
Le Patron resta interloqué quelques secondes, puis explosa violemment. « COMMENT ÇA, MAINTENIR MES EFFORTS ? T'AS DE LA MERDE DANS LES OREILLES OU QUOI? »
Un sifflement mécontent lui indiqua qu'il avait probablement crevé un tympan de la prostituée. Il reprit sans s'en préoccuper d'une voie grondante. « Je te préviens, si tu te fiches de moi gamine... »
La jeune femme l'interrompit. « Patrrron ? Tu ne comprrrends pas que ta tentative auprrrès de ton mignon n'est pas un échec ? Tu as été un parrrfait gentleman, et au lieu de simplement en êtrrre soulagé, ton chérrri t'as pourrrsuivi. Dis moi, c'était quoi déjà ton objectif ? Que ce jeune homme te supplie de le prrrendre n'est ce pas ? Et aujourrrd'hui, au lieu de te rrrepousser, c'est lui qui a fait un pas verrrs toi. »
Le ton triomphant de Tatiana agaça un peu le criminel, mais il devait avouer... Qu'elle avait raison. Il rétorqua cependant : « Peut-être bien, mais t'oublie un petit détail gamine : il n'est pas dupe devant ma prétendue gentillesse. Je suis pas crédible, il y a pas si longtemps que ça, je lui ai fichu une correction assez sévère à coups de ceinture sur son joli petit cul... Oh ! Et j'ai failli lui tirer dessus aussi, je peux pas prétendre ne lui vouloir que du bien du jour au lendemain ! »
« … Attends un peu là. Tu as fait QUOI ? »
Le Patron haussa les sourcils devant le ton qu'avait adopté sa favorite, bien loin de celui qu'une employée devait à son supérieur hiérarchique. Il ne l'avait jamais entendue perdre son calme jusqu'à ce jour. « Euh... »
La voix grimpant dangereusement dans les aigus, la prostituée poursuivit sans attendre « Tu es en trrrain de me dirrre, que tu souhaites qu'un homme à qui tu as déjà fait subirrr de telles choses, te supplie de le prendrrre, et que tu me blâmes qu'il ne te prrrenne pas au sérieux lorrrsque tu es gentil avec lui, alors que tu ne m'en avais rrrien dit ? »
Le criminel, un peu surpris par tant de véhémence, et aussi un peu excité d'être ainsi rabroué par sa préférée (quand cessera-t-il de trouver la colère sexy?) répliqua avec une moue. « Ce n'était pas si terrible que ça tu sais, à peine quinze coups... Il a eu du mal à dormir une nuit et... »
« QUINZE COUPS ? SUR UN NOVICE ? »
« Mais il retenait ses cris ! C'est pas excitant si... »
« PATRRRON ! »
L'homme en noir se gratta la nuque, souriant devant l'indignation de la jeune femme. « … Ouais j'y suis peut-être allé un peu fort, pour une première fois... Mais je cherchais pas à lui donner du plaisir à l'époque, tu connais pas toute l'histoire... »
« Et bien, puisque tu évoques le sujet, il se trrrouve que je serais trrrès intéressée de connaîtrrre toute l'histoirrre justement ! »
Le criminel se facepalma. Dans quoi s'était-il embarqué... Mais il n'arrivait pas à résister à la tournure que prenait sa relation avec la prostituée. Avec un sourire tordu, il démarra son récit, provocateur : « Très bien gamine. Alors voilà. La première fois que j'ai vraiment tenté ma chance avec ce type, c'était lors d'une soirée arrosée... Il était défoncé au bout de trois bières. Du coup, je me suis proposé pour le ramener dans sa chambre, sauf que bizarrement, c'est dans la mienne qu'on a atterri... T'y crois à ça ? »
Un grand sourire vint éclairer le visage de Mathieu. « Ok ! C'est dans la boite, t'as assuré Maître ! »
Le chanteur sortit du fond vert, en souriant timidement. « Merci Mathieu. » Mais les traits de l'animal s'affaissèrent rapidement, tandis qu'il poussait un long soupir.
Quatre jours s'étaient écoulés depuis le petit pétage de plomb du créateur de SLG, quatre jours pendant lesquels l'homme au kigurumi s'était mortellement ennuyé. Voilà pourquoi, quand le moment de tourner son instant panda était arrivé, il y avait mis toute son énergie. L'enregistrement avait duré tout au plus un gros quart d'heure, et il désespérait à présent de devoir retourner à sa morne existence.
Une voix rendue un peu vacillante par les abus illicites que son propriétaire absorbait sans relâche se mit à chantonner doucement. « Rhubarbe, rhubarbe, rhubarbe, c'est ma rhubarbe à moi... » Le Hippie souriait rêveusement dans un coin de la pièce, serrant ses jambes repliées contre lui. L'animal ne put réprimer un petit rire face à l'enthousiasme de son nouvel ami. Heureusement que ce dernier avait été là pour éclairer un peu ses journées, bien que 80% du temps, le drogué n'était plus du tout réceptif à son environnement proche. Cependant, les 20% de temps où le camé sortait de son état de transe psychédélique, (ou de semi coma, ça dépendait des fois), les deux hommes passaient leur temps à bavarder. Le Hippie lui racontait des anecdotes sur leurs colocataires, Maître Panda parlait de son expérience d'animal en voie de disparition, et tous deux s'insurgeaient contre les injustices que ce monde ne parvenait pas à assumer. Parfois l'homme de Babylone sortait sa guitare sèche et accompagnait de ses accords les chants de l'ursidé, ravi de pouvoir pratiquer sa passion.
C'étaient des moments précieux pour le maître, qui sans eux aurait depuis longtemps pété les plombs. Son inertie laissait son esprit libre de retourner encore et encore les mêmes questions dans sa petite tête. Que ferait-il la prochaine fois qu'il croiserait le Prof ? Comment trouver sa place dans le prochain épisode de l'émission ? Quel sens revêtait sa vie à partir du moment où il n'était pas capable d'accomplir sa mission ? Et surtout... Qu'est ce que sa relation avec le Patron était en train de devenir ?
L'homme en noir avait continué de se comporter de manière suspecte avec lui ces derniers temps, et bien qu'il ait recommencé à déblatérer des obscénités, il avait conservé à son égard une attitude relativement correcte. Presque prévenante, de sa façon un peu vulgaire. Cela le rendait fou. Mais qu'est ce que le criminel était en train de mijoter ? Il ne pouvait s'empêcher de penser que le pervers savait parfaitement que son comportement mettait à vif ses nerfs rendus fragiles par le vide intersidéral qui composait ses journées. Parfois... Il se disait même que c'était pour le punir de l'avoir repoussé si vigoureusement qu'il instaurait cette distance polie entre eux, et il mourrait d'envie de combler l'espace qui les séparaient... Mais ce serait avouer et assumer son désir pour le criminel, et pour le moment l'animal en était bien incapable.
D'un autre côté, l'ursidé commençait à envisager une nouvelle possibilité. Et si l'homme en noir... Ne le désirait plus ? Peut-être avait-il tout bonnement cessé de le poursuivre... Cette éventualité le mettait très mal à l'aise, car elle engendrait un paradoxe interne : d'une part, cette idée l'angoissait, de l'autre, il se blâmait de se sentir malheureux, quand cette possibilité aurait du le réjouir.
D'autant plus qu'il devait se l'avouer, sa libido se manifestait de plus en plus fréquemment... Il dormait quasiment toutes les nuits sur la béquille, l'empêchant de se reposer correctement... Lointaine lui paraissait cette douce nuit de repos absolu, dont il s'était réveillé dans un état de bien être total quelques jours plus tôt...
Un bruit sourd attira son attention. Ses yeux se posèrent sur son créateur ramassant sa tasse de café vide et miraculeusement indemne après sa chute. L'animal haussa un sourcil. Ce n'était pas la première maladresse qu'il surprenait chez le jeune homme aujourd'hui. Il observa le podcasteur ranger son matériel en sifflotant, l'air serein. Puis il remarqua les lourds cernes qui soulignaient ses yeux. Interpellé, il détailla de façon plus poussée l'allure de Mathieu : les gestes un peu fébriles, le teint pâle, les yeux un peu trop brillants... Il semblait exténué physiquement malgré sa bonne humeur.
Le panda appela le jeune homme. « Euh, Mathieu ? Est ce que tout va bien ? »
Le podcasteur se tourna vers lui, l'air étonné. « Hein ? Pourquoi tu me demande ça ? Bien sûr que je vais bien, je n'ai plus qu'à ajouter ton instant panda à l'épisode et il sera fini ! À temps ! »
Le créateur de l'émission eut un rire joyeux. Malgré les signes évidents de fatigue, il rayonnait, et l'animal se surprit à ressentir une pointe d'envie. Au moins Mathieu avait-il son émission pour l'occuper. L'ursidé s'en voulu aussitôt. Son créateur était exténué par son travail, ce n'était pas le moment de se montrer jaloux ! Se ressaisissant, le panda répliqua :
« Oui, oui, c'est très bien tout ça, mais tu sais, tu as vraiment l'air fatigué, peut-être que tu pourrais prendre une pause ? »
Le podcasteur arrêta de ranger et se tourna vers sa personnalité au doux pelage, l'air intrigué.
« Oh, oui, je me reposerai quand j'aurai fini, j'y suis presque là, et comme ça je pourrais me détendre l'esprit tranquille... Mais dis moi Maître Panda, ce ne serait pas plutôt toi qui n'est pas trop en forme ces derniers temps ? Tu tires une de ces têtes des fois... »
Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent alors qu'une pensée terrible traversait son esprit.
« N-Ne me dis pas... Je ne faisais pas très attention puisqu'il semblait aller mieux... Mais, le Patron n'a pas essayé... De te faire subir certaines choses ?... »
L'animal éclata d'un rire amer. Si seulement, ce serait plus simple à gérer ! « Non, rassure toi Mathieu, ce sale pervers est même plutôt poli avec moi ces derniers temps, je ne sais pas trop pourquoi. »
Le podcasteur leva un sourcil « Poli ? Hmmm... » Un sourire taquin illumina son visage. « Il cherche sûrement à obtenir tes faveurs ! Hahaha ! »
Devant le regard stoïque de Maître Panda, le jeune homme se racla la gorge. « Hum hum, enfin, on sait tous qu'il n'est pas aussi subtil pas vrai ? Euh, mais l'essentiel, c'est qu'il te laisse tranquille n'est ce pas ? »
Il s'attendait à ce que l'animal lui rende son sourire, un regard entendu sur cette vérité universelle, mais le visage de l'ursidé demeura fermé. Un peu inquiet, le créateur lui demanda :
« … Maître Panda. Je te répète la question, est ce que ça va, toi ? »
L'ursidé se gifla intérieurement. C'est pas le moment d'inquiéter Mathieu, abruti ! Il força un sourire à éclore sur ses lèvres. « Moi ? Oui, oui, tout va bien, à part que je m'ennuie un petit peu maintenant que je n'ai plus de chanson à créer... Tu me diras quand tu auras choisi tes vidéos ? »
Le podcasteur le considéra un instant, puis hocha la tête, son sourire de retour. « Oui bien sûr ! Il faut juste que je vérifie avec Antoine qu'on n'ait pas choisi les mêmes. Dès que c'est fait je te redis ça. »
L'animal hocha la tête. Il connaissait l'autre podcasteur de nom seulement, mais le Hippie lui avait raconté ce qui s'était passé entre ces deux là, et l'aspect à la fois pratique et amical de ces concertations de youtubers. Il lui avait aussi parlé de Richard et Samuel, et le chanteur n'était pas bien sûr d'avoir un jour envie de rencontrer les deux... Créatures, bien qu'elles se rapprochaient un peu de leur condition.
Mathieu avait fini de ranger son matériel et s'en fut avec un sourire. Au moment de passer la porte il se prit l'encadrement en pleine tête avec un grognement, et le maître le regarda s'éloigner en zigzagant, inquiet pour la sécurité de son créateur.
L'homme au kigurumi jeta un œil dans le coin de la pièce où le Hippie était resté accroupi, et où il s'était visiblement endormi, un filet de bave au coin des lèvres. Avec un soupir, le panda alla lui chercher une couverture. Alors qu'il bordait son ami, il sentit l'agitation l'envahir de nouveau. Le revoilà de nouveau seul...
Il remonta l'escalier de l'appartement en direction de sa chambre, mais une fois arrivé en haut, il s'arrêta pour jeter un œil en direction de celle du criminel. Ce dernier était parti en fin de matinée comme à son habitude. Il resta ainsi immobile quelques minutes, les yeux dans le vague. Il se sentait fébrile. Comme si... une énergie brute en ébullition était enfermée en lui, comme dans une bouilloire, et qu'il ne pouvait pas relâcher, faisant progressivement monter la pression. Cela s'accentuait chaque jour passant. Poussant un soupir tendu, il regagna à contre cœur son repère.
L'estomac du Geek se mit à gronder. Malheureux, il jeta un énième coup d'œil à l'escalier de l'appartement. Il avait faim, mais Mathieu n'était toujours pas redescendu de sa chambre. Un autre coup d'œil à sa montre lui apprit qu'il était bientôt treize heure. Il poussa un petit gémissement. Il ne savait pas cuisiner. Les courses n'avaient pas été refaites depuis plus d'une semaine, et tout ce qui pouvait se manger sans avoir besoin d'être préparé au préalable avait été dévoré depuis longtemps.
Il restait bien un paquet de pâtes par ci, un steak congelé par là, mais le jeune gamer ne savait pas utiliser la cuisinière, et les rudiments même de la cuisine lui étaient inconnu. Et les autres personnalités ne pouvaient pas l'aider : le Hippie était en plein trip et ne semblait pas prêt à en sortir, Le Patron avait quitté l'appartement depuis deux bonnes heures (et lui même n'était pas assez bête pour demander de l'aide au criminel), et Maître Panda avait préparé des haricots verts.
Des. Haricots. Verts.
Il détestait ça... Et quand il le lui avait dit, le chanteur avait haussé un sourcil en disant qu'un homme ne faisait pas la fine bouche quand il avait vraiment faim, et que les légumes étaient bons pour la santé, que pour devenir grand et fort il ferait bien d'en consommer d'avantage.
Mais les arguments du maître le laissaient de marbre et rien qu'à imaginer l'odeur des diaboliques légumes verts restés dans le fond de la casserole, il se mit à faire la grimace. Non, il avait une autre carte à jouer avant d'en arriver à de telles extrémités.
Remontant prudemment l'escalier de l'appartement, il vérifia autour de lui que l'animal en voie de disparition n'était pas là. Il lui avait interdit d'aller réveiller Mathieu, en lui expliquant qu'il était très fatigué et qu'il fallait le laisser dormir. Dans un premier temps, le Geek avait acquiescé, il voulait bien être gentil avec son créateur. Puis l'animal avait réchauffé ces... ces... trucs verts là, qui méritaient à peine le nom de nourriture. Bref, la situation était critique, et le podcasteur avait probablement suffisamment dormi. Il pourrait sûrement lui préparer ce fameux steak qui l'appelait depuis les tréfonds du freezer... Il se mit à saliver rien que d'y penser.
Arrivé devant la porte de Mathieu, il se sentit tout petit. Il allait se faire disputer c'est sûr... Ouvrant timidement la porte il commença par jeter un coup d'œil à l'intérieur de la chambre. Il y faisait sombre, et une masse plus importante dans le lit suggérait que le podcasteur y était toujours. Le gamer resta une minute à regarder par l'entrebâillement de la porte, espérant qu'un mouvement, un son lui indique que son créateur ne dormait pas. Mais rien de tel n'arriva, alors, suite à un nouveau grondement de son estomac, il s'engagea courageusement dans la pièce.
Son cœur battait la chamade, et il avançait par tous petits pas dans la semi obscurité. Arrivé près du lit, il couina un petit : « Mathieu ? »
Pas de réponse. Intimidé, le jeune garçon s'avança encore, tendant le cou pour tenter d'apercevoir le visage du podcasteur caché dans les couvertures désordonnées. On aurait dit vu l'état du lit qu'il avait eu une nuit agitée. « Mathieu ? »
Enfin, il fut capable de voir son créateur, qui dormait profondément. Il fut aussi capable d'entendre sa respiration, rapide, et de déceler dans les traits de ce dernier... De la douleur. Alerté par les deux signes anormaux, il rapprocha tout prêt de son mentor, et il put voir qu'il transpirait beaucoup, ses chevaux plaqués contre son crâne. Le petit approcha une main du front de Mathieu, et sentit une forte chaleur à son contact.
Même le Geek était parfaitement capable d'en déduire que le créateur de l'émission d'SLG était tombé malade. Paniqué, il l'appela encore une fois, plus fort cette fois, voulant le sortir de son sommeil : « Mathieu! Mathieu réveille toi s'il te plaît ! »
Sa voix avait monté dans les aiguës, et la peur avait formé une crampe douloureuse dans son ventre. Il regarda autour de lui, ne sachant plus quoi faire. Mathieu était malade. Mathieu était malade. Mathieu était malade ! Comment l'aider ? Qui pouvait l'aider ? Lui même ne savait pas faire cuire un steak, alors soigner quelqu'un ! Des larmes menacèrent de couler de ses yeux, tandis qu'il gémissait, complètement perdu. Si seulement quelqu'un pouvait répondre à toutes ses questions...
Et soudain le déclic se fit. Mais bien sûr ! Il lui suffisait d'appeler le Prof ! Il saurait probablement quoi faire pour aider Mathieu ! De sa main tremblante, il saisit son portable et sélectionna le numéro de la personnalité savante. Dès que la voix à la tonalité aigre lui répondit, le Geek s'empressa de dire tout ce qu'il avait sur le cœur de sa petite voix effrayée.
« Prof, Prof, c'est terrible ! Mathieu est malade, il a très chaud à son front, il est tout collant et il respire bizarrement, et il veut pas se réveiller, et... et... j'allais voir s'il pouvait venir me faire à manger parce que j'ai très faim, et là je l'ai trouvé dans son lit et il me répond pas et j'ai peur et je sais pas quoi faire s'il te plaît viens m'aider je sais pas quoi faire pour le soigner ! »
Les larmes avaient fini par se mettre à couler pendant sa tirade, et une fois cette dernière terminée il fut secoué de sanglots. Il entendit tout de même le scientifique lui répondre d'un ton assuré.
« Très bien, calme toi, j'arrive. »
