POV HG
Le réveil fut douloureux. J'avais la sensation que ma tête était prise dans un étau, je sentais le sang pulser dans ma boite crânienne et un gout amer avait envahis ma bouche. Je me forçais à déglutir pour faire passer cette sensation désagréable avant de m'assoir sur mon lit.
J'étais toujours à l'infirmerie, aucune trace de Md Pomfresh, une douleur infime se propageai dans mes membres lorsque je mis pied à terre. Quelque chose de diffus et de sournois avait envahis tout mes gestes qui étaient maladroits et engourdis. Je me demandais distraitement combien de temps j'avais passé allongée sur ce lit.
Madame Pomfresh finit par s'apercevoir de mon réveil et me ramena sans ménagement sur le lit que je venais de quitter.
- Vous avez besoin de repos Miss Granger, buvez ceci, ça vous remettra les idées en place. Je vous laisserais sortir ce soir si votre état le permet. Il semblerait que la confection d'Amortentia ne soit pas à la portée de tous, il vous faut garder un peu de force pour le reste de votre semaine.
Je posais une main sur mon front avant d'ingurgiter la potion qu'elle me tendait. Mon regard fut attiré par un mouvement dans l'un des lits du fond, je fronçais les sourcils en croyant reconnaitre Cormac. Mme Pomfresh avait suivi mon regard et poussa un soupir mécontent.
-M. Malefoy n'a semble-t-il pas apprécié le tour que celui-ci a voulu vous jouer ! dit-elle en désignant d'un mouvement du menton mon condisciple. Rien de grave assurément, mais je suis débordée en ce moment avec tous les virus qui trainent et mon stock de pimentine est au plus bas, je me serais passé d'un élève supplémentaire.
Elle secoua la tête atterrée et d'un coup de baguette tira les rideaux qui entouraient mon lit pour ne pas que je sois dérangée. Ma tête retomba lourdement sur mon oreiller après qu'elle soit repartie et je me demandais subitement pourquoi le filtre préparé par Cormac avait eu cet effet sur moi ! Bien sûr, je savais que cet idiot était incapable d'effectuer une potion pour l'avoir vu à l'œuvre, mais, je n'avais jamais entendu parler de tels effets secondaires. Un bâillement m'échappa et je préférais remettre mes interrogations a ce soir, il était temps que je m'endorme un peu. Un sourire m'échappa quand l'image du professeur Rogue sortant de mon esprit s'imposa à moi. Il avait semblé profondément perplexe et cette expression, inédite pour moi tant j'étais habituée à son regard froid et vide d'émotion m'avait amené à me dire que peut être, le professeur Rogue pouvait ressentir les choses.
POV SS
J'avais fini de reprendre le contrôle sur moi, toutes les émotions qui m'avaient assaillies s'en sont allées, je suis de nouveau maître de moi. Lorsque j'étais sortis de cette salle, une colère sourde résonné encore en moi mais, j'avais fini par étouffer dans l'œuf toutes ces aberrations.
Le regard pitoyable de Londubat m'avait permis de défouler toute la rage qui m'habitait. Après tout, Granger n'était pas là pour l'aider à se sortir de l'incompétence congénitale dont il faisait preuve.
De nouveau à mon bureau, le regard froid et les sens fermés je faisais ce constat. Potter et Weasley, une fois n'est pas coutume étaient concentrés sur leurs préparations ce qui m'arracha un rictus mauvais. Le regard perdu dans le vide, totalement indifférent a mon coup d'œil, Londubat était la parfaite image du mouton loin de son troupeau. Faible et apeuré. Je croisais les bras et rejeté mon poids en arrière dans une posture quasi confortable, les yeux braqués sur ce mouton, combien de temps allait-il mettre avant de s'apercevoir qu'il était fait comme un rat ?
Le bougre finit par lever les yeux et croisa mon regard, il détourna la tête d'un coup sec ce qui lui arracha une grimace, j'exulté ! Saisissant l'occasion, je me levais afin d'aller lui faire face, les bras croisés, le regard fermé.
-Mr Londubat, comment se fait il que vous soyez devenus héros de guerre alors que vous n'êtes même pas capable d'effectuer une simple potion de ratatinage ?
Le cornichon, lui, se ratatina sur sa chaise, tentant vainement de se trouver une excuse.
-Il me semble…dites moi si je me trompe… ! fis-en lançant un regard aux autres écervelés qui composaient cette classe. Que vous êtes tous ici présent de votre plein gré, afin de…rattraper votre niveau lamentable en potion au vu des éléments qui se sont déroulés ici l'an dernier.
L'une des jumelles Patil soupira ce qui lui couta 5 points pour Gryffondor.
-Comment ce fait il alors que j'ai affaire à un ramassis de moins que rien ?!
Mon regard balaya la salle, certains me regardaient, un air de défis dans l'orbe de leurs yeux, le reste avait la tête basse, faisant semblant de travailler sur une potion en stase. Si même ces idiots ne voulaient plus se mesurer à moi …
D'un mouvement ample, je fis disparaitre le contenu de leurs chaudrons, un murmure de contestations accueilli cette décision.
-Sortez, le cours est terminé !
Quelques minutes après, assis face à mon bureau, je passais une main distraite sur mon visage. Je me demandais pourquoi j'étais encore assis à cette place que l'on m'avait octroyé seize ans plus tôt. J'aurais très bien pu tout plaquer à la mort du seigneur des ténèbres ! Il est vrai que Dumbledore avait fortement insisté pour que je reprenne mon poste, mais j'aurais pu dire non et me construire une nouvelle vie ailleurs. Une vie plus calme, où je serais autre chose que Severus Rogue, ancien mangemort et terreur des cachots…
Je ressassais ces pensées quand mon regard dériva sur la paillasse de Londubat, il n'avait pas pris la peine de ranger celle-ci. Les yeux de Serpencendres attirèrent mon attention, je m'en emparais avant de me diriger d'un pas rapide vers mon laboratoire. Se pouvait-il ?
Je prélevais un peu de préparation avant de réduire l'ingrédient en poudre, je versais l'équivalent d'une pointe à couteau plat dans la mixture, celle-ci pris une couleur orangée presque translucide comme pour le Felix Felicis. Je retiens mon souffle le temps que la potion ne se stabilise, je le sentais, cette fois c'était la bonne ! D'un pas leste, presque en courant, je montais peu à peu les escaliers me menant au bureau de Dumbledore, cette fois c'était la bonne, finit toute cette mascarade, terminé les heures passés à se remémorer les yeux de Granger, j'aurais enfin la paix à laquelle j'aspirais. Un sourire vainqueur se posa sur mes lèvres alors que je me répétais cette constatation.
Quelques jours plus tard
POV HG
La situation c'était pour ainsi dire améliorée. Cormac avait tenu à me présenter des excuses publiques dans la grande salle, j'avais appris quelques heures plus tard que Drago l'y avait obligé. Le professeur Rogue m'ignorait royalement et je lui rendais la pareille bien qu'un sentiment d'inachevé me laissé quelques fois chancelante et Ron m'adressait de nouveau la parole. J'arrivais presque à oublier les semaines cauchemardesques qui venaient de s'écouler sans la présence de Louanne et des adultes à ses côtés.
Quelques jours en arrière, Dumbledore m'avait convoqué afin de m'avertir que le professeur Rogue avait semble-t-il réussit à trouver la solution à ce dernier problème, aujourd'hui était le jour où chaque chose retrouverait leurs places. Un sourire satisfait brava alors le froid glacial extérieur tandis que je me présentais au bureau du directeur. Celui-ci m'accueillit d'un sourire bienveillant et m'enjoignis à m'assoir.
J'observais les visages qui nous entouraient avant de penser très fortement qu'un rebondissement de dernière minute n'aurait pas lieu d'être ! Il était temps que tout ça soit enterré et derrière nous, temps que les événements reviennent à leur morne réalité. Dumbledore tapa dans ses mains et mon regard dériva à ses lunettes en demie lune.
-Très bien, Miss Granger, Severus, vous feriez peut-être mieux de vous approcher un peu de nous, cela ne devrait pas durer longtemps.
Je fis quelques pas timides et m'efforçais de regarder les visages de nos visiteurs du futur avant de baisser les yeux sur Louanne qui se tenait dans les bras de sa mère. Elle me fit un léger sourire avant d'agiter la main, je fis de même avant de percevoir un raclement de gorge à ma droite. Mes yeux dérivèrent un instant vers mon professeur qui restait de marbre.
Ce raclement de gorge était le premier signe de vie qu'il semblait m'accorder depuis plusieurs jours de silence radio et je m'étonnais d'en être à ce point mécontente. C'était plutôt une bonne chose qu'il ne m'accorde pas son intérêt non ? A dire vrai, je m'étais attendue à ce qu'il vienne prendre de mes nouvelles après le mauvais tour de Cormac, surtout après que Drago m'ai raconté la fureur qui semblé l'avoir habité ce jour-là. Au moins cela enterré définitivement le fait que Severus Rogue ne m'accordait pas la moindre valeur. La colère et le ressentiment qui se terraient au fond de moi me fit perdre le fil un instant face à cette constatation, mais, bien vite mon attention se porta sur Louanne qui avait posé sa petite main sur la cuillère qui servait à tourner la mixture préparée.
Rapidement, une fumée opaque s'échappa du chaudron et je perçus plus que je ne vis mon professeur se tendre à mes côtés. Cette réaction m'interpella et je soupirais d'aise lorsqu'une fois la fumée dissipée, je constatais que nos visiteurs avaient disparus. Nous n'avions pas eu d'interactions de dernières minutes, pas d'échanges, aucun regard troublé. Juste le sentiment d'une fin inéluctable, comme si rien ne s'était passé. Ma gorge se serra un instant avant que je ne relâche mon souffle que je n'avais pas conscience de retenir.
-Et bien, nous pouvons définitivement nous dire que nous pouvons désormais reprendre le cours de nos vies !
La réplique de Dumbledore me tira un nouveau sourire en m'insuffla un sentiment amer dans le même temps. Oui, définitivement, les choses tendent à s'améliorer. Je m'apprêtais à vider le contenu du chaudron lorsque mon professeur m'empoigna brusquement.
-Granger, peut être vaudrait-il mieux que je m'occupe de cette partie, je ne souhaite aucunement que votre maladresse se réveille !
Le regard que je lui fis du répondre à sa question puisqu'il haussa les sourcils dans sa perpétuelle expression condescendante. D'un geste je l'invitais à faire ce qu'il voulait, si ça pouvait lui faire plaisir d'avoir le fin mot de l'histoire ! Dumbledore posa sur moi un regard pétillant de malice avant de lever les yeux au ciel. Je m'emparais de mon sac, bien décidée à quitter ce bureau afin de m'atteler à mon devoir d'Arithmancie qui avait cruellement besoin que l'on s'occupe de lui ! Le besoin que les choses redeviennent normales avait atteint son paroxysme. Il fallait que je sorte de ce bureau, que je retrouve mes amis.
Un bruit diffus me tira de mes pensées alors que j'avais la main posée sur la poignée qui me permettrait de retrouver mes occupations habituelles.
-Severus ?
La voix de Dumbledore eut tôt fait de me rattraper dans les escaliers, par curiosité plus que par réel soucis, je remontais les quelques marches déjà franchies. Le ton employé par mon directeur n'avait pas la même intonation qu'a l'accoutumée. Le spectacle qui s'offrait à moi m'arracha alors un hoquet de surprise.
-Professeur, qu'est ce…
-Plus tard Granger, je suis un peu…occupé ! la voix, cinglante, ne m'empêcha pas d'approcher.
Une fumée épaisse avait de nouveau envahi le chaudron, Dumbledore risqua un pas en arrière avant de lever sa baguette. Cependant ce fut une seconde trop tard, déjà, la fumée avait fini par m'entourer ainsi que mon professeur de potion qui pesta avant de lever sa baguette à son tour. Je retenais mon souffle face à la fumée qui irritait ma gorge avant de prendre appui sur la chaise face à moi. Un léger étourdissement me fit fermer les yeux et quand la fumée avait semblé se retirer, je me fustigeai avant d'oser ouvrir un œil.
Lorsque mon regard se porta sur Dumbledore j'étouffai un juron dans ma main, c'était bien lui qui se tenait face à moi cependant il avait une bonne vingtaine d'année en moins. La colère en moi enfla tandis que je me tourné vers mon professeur de potion qui, bien qu'un peu hébété, ne semblait pas le moins du monde embarrassé par la situation. De rage je fis alors la seule chose censée qui me vint à l'esprit c'est à dire frapper le professeur Rogue aussi fort que mes poings le permettaient ce qui eut au moins la décence de le faire réagir.
POV SS
Je repoussais Granger d'un bras avant de faire un pas en arrière. Certes la situation était inhabituelle mais pas insurmontable.
-Cessez donc de paniquer Granger !
-Je ne panique pas… « peut être voudrait-il mieux que je m'occupe de cette partie Granger » ! me singea-t-elle. Vous n'êtes qu'un idiot présomptueux Rogue !
Elle dut percevoir l'étonnement qu'entraina cette brusque familiarité puisqu'elle ferma la bouche avant de faire un pas en arrière. Quelqu'un toussota derrière nous, je me retournais d'un mouvement avant de passer devant Granger.
-Par la barbe de Merlin ! murmurais-je
Un regard amusé me répondit. Tenant sa baguette fermement dans sa main, Albus se tenait face à moi, dans la splendeur qu'il avait lors de mes années d'études.
L'étonnement passé, je risquais un coup d'œil rapide autour de moi. Nous étions toujours dans le bureau de Dumbledore et il se tenait face à moi. Le visage que j'avais face à moi me fit tiquer et je portais une main sur ma tempe afin d'effacer l'étourdissement qui m'avait atteint. Granger finit par se laisser choir sur une chaise et notre interlocuteur s'éclaircit la voix, baguette braquée vers nous.
Je notais alors que je brandissais toujours la mienne avant de lever les mains dans un signe d'apaisement.
La bienveillance qui l'habitait habituellement avait tôt fait de laisser place à une expression calculatrice sur le visage loin de ce qui s'apparenté le plus à un…ami. Il fallait que je me montre le plus conscit et objectif que possible, le bénéfice du doute n'allait pas être de mise éternellement.
-Je m'appelle Severus Rogue et voici l'une de mes élèves, Miss Granger, disons simplement qu'une expérience en potion à…mal tourné !
Un temps de flottement me laissa pantois tandis que je resserrais ma prise sur ma baguette, mieux vaut être prudent. Une lueur de compréhension gagna son visage avant qu'il ne décide de ranger sa baguette. Je secouais la tête en m'étonnant de la rapidité de son jugement, cette vieille chouette de McGonagall aurait au moins eut le toupet de ne pas nous croire. Le même constat dû frapper Granger puisqu'elle prit la parole.
-Vous nous croyez ? Demanda t'elle hébété
Le plus si vieil homme sourit doucement avant de hocher la tête.
-Comment auriez vous pu arriver si promptement à Poudlard sans déjà y être ?
La réplique parut faire sens puisque Granger opina de re chef. En effet, la magie qui empêchait le transplanage dans l'enceinte du château nous avait permis de ne pas nous retrouver loin de cette enceinte lors de notre voyage temporel. Après tout, cela revêtait quand même une logique sans nom.
-Eh bien professeur Rogue que diriez-vous de nous entretenir de votre visite ?
J'expliquais, dans les grandes lignes, le pourquoi du comment en omettant au passage de mentionner qu'un couple d'hurluberlu s'était mis en tête que Granger et moi risquerions de finir en ménage ! L'histoire avait pourtant semblé plausible puisque Dumbledore avait fini par nous servir un rafraîchissement.
-Vous êtes donc devenu professeur Severus ?
-Entre autres ! répliquais-je vaguement
Le regard perdu dans le vague, il sembla prendre conscience que tout ceci était possible. Une lueur étrange passa dans son regard et il me sourit doucement. Me retrouver face à cet homme qui était devenu avec le temps ce qui se rapprochait le plus d'un ami sans que celui-ci en ai conscience me fit l'effet d'une douche froide. Je ne pensais pas que ma relation avec lui avait autant d'importance. Son regard se porta sur Granger qui n'avait pipé mot depuis de longues minutes, ce qui était un exploit en soi.
-De combien de temps avez-vous besoin pour produire une réplique de cette potion ?
-Le temps de réunir les ingrédients et de tout mettre en place, je tablerais sur un mois.
Granger poussa un soupir consterné et me jeta un regard noir avant de se mettre à murmurer des choses inaudibles. Je me pinçais le nez en proie à un profond agacement. Dumbledore tapa dans ses mains avant de se lever tout sourire.
-Je pense qu'il n'est pas nécessaire de changer l'apparence de Miss Granger, quand a vous mon cher, que diriez vous de vous soumettre à quelques sortilèges d'illusions afin d'éviter des questions gênantes ?
-J'ai besoin d'utiliser le laboratoire de Slughorn ainsi que sa réserve personnelle ! Et il est hors de question que vous me donniez un quelconque poste en prévision d'un possible délais de latence ! Granger peut aller étudier si ça lui chante…
-Bien, très bien, puisque les dispositions sont prises, Miss Granger, je pense qu'il serait préférable de vous confier des appartements privés ? Vous continuerez votre scolarité si cela vous convient, si votre aide est nécessaire, je ne doute pas que votre professeur fera appel à vous. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas, il vaudrait peut-être mieux pour vous que vous ne vous attachiez pas trop aux autres élèves.
Elle hocha la tête avant de me jeter un coup d'œil, elle semblait perdue dans l'enchainement des événements mais tout à fait disposée à se comporter comme la parfaite Gryffondor qu'elle était.
POV HG
Le ton qu'avait employé le directeur avec nous m'avait paru étrange, il ne nous faisait pas confiance ! Cela était tout à fait louable, je lui concède, pourtant je ne pouvais m'empêcher de frissonner en repensant au regard qu'il avait jeté au professeur Rogue. Un coup d'œil dans sa direction me permit de croire qu'il était lui aussi plongé dans ses pensées.
Nous suivions les consignes du directeur et avons été présentés à une Minerva McGonagall très suspicieuse comme étant en échange inter collège afin de renouveler un partenariat entre Ivermorny, une école américaine et Poudlard qui avait été perdus d'esprits. Nos habits avaient été légèrement modifiés par Dumbledore et Rogue avait été le cobaye de plusieurs sortilèges de métamorphoses qui étaient habituellement sous l'égide du ministère de la magie. Il apparaissait néanmoins à mes yeux comme l'habituel professeur de potion, le directeur m'avait expliqué que nous serions les seuls en plus de Rogue à percevoir son visage réel puisque nous le connaissions déjà.
Le repas avait déjà eu lieu, c'est pourquoi le professeur McGonagall nous menait aux cuisines après nous avoir montré nos appartements respectifs. Rogue avait paru soulagé d'être situé dans les cachots tandis que mes appartements jouxtés ceux du préfet de Gryffondor.
-Je vous laisse prendre votre repas tranquillement, le directeur doit il vous rencontrer plus tard dans la journée ?
- Le professeur Dumbledore nous laisse carte blanche, Miss Granger suivra les cours dispensés aux élèves de septième année et pour ma part, je souhaiterais rencontrer le professeur Slughorn dès que possible. Nous allons utiliser des sorts de cartage pour nous repérer !
Le ton employé par le professeur Rogue ne lui a pas plus, elle tiqua avant d'hocher la tête dans un signe d'assentiment. Je lançais un regard de reproche à mon professeur avant de remercier ma future directrice de maison de son aide. Elle nous laissa aux bons soins des elfes du château avant de refermer la porte sur nous. Un plateau de sandwich qui aurait pu nourrir au moins cinq personnes nous fut donné et je me jetais avidement sur le pichet de jus de citrouille, j'étais assoiffé.
Je me forçais à manger calmement face au regard réprobateur de Rogue qui se tenait debout face à la porte. Il avait sans doute hâte de commencer à rassembler les ingrédients pour la potion. Mon cheminement de pensé concernant le directeur avait continué et je finis par lâcher un rire faible avant de faire part de mon observation à Rogue face à son regard interrogateur.
-Je comprends mieux pourquoi le professeur Dumbledore a paru trop enclin à accepter la présence de nos visiteurs à notre époque…il avait déjà vécu ce genre de voyage temporel à votre époque !
Il inclina la tête avant de me donner un signe positif, oui cela semblait logique. Le silence qui emplissait la pièce était devenu rapidement pesant, je posais le second sandwich qui j'avais prit avant d'observer mon professeur de potion. Le regard perdu dans le vague, adossé à la porte, je pensais vaguement que s'il avait autant envie de commencer à préparer la potion, il devrait peut-être se trouver dans les cachots et non pas dans les cuisines de Poudlard alors qu'il n'avale rien.
-Monsieur ?
Son regard sembla s'animer et sa position reprit plus de panache.
-Granger, je ne vais pas attendre indéfiniment que vous ayez fini de vous restaurer. Nous devons débuter notre préparation le plus tôt possible.
J'ouvris la bouche, incapable de prononcer un mot. Le professeur Rogue venait il réellement d'accepter que je m'attelle à préparer une potion avec lui ?
-Ne vous faites pas plus idiote que vous pouvez l'être et suivez-moi, si nous nous dépêchons, nous ne croiserons personnes.
Je fis ce qu'il dit et fermais la bouche avant d'épousseter les miettes de pain sur mon uniforme, prête à le suivre. Que Rogue ai dit de manière intelligible qu'il accepte mon aide sur une potion était assez invraisemblable pour que je ne cherche pas à l'en dissuader en posant trop de question. Un sourire non bienvenu s'invita sur mon visage sans que je puisse le retenir et je baissais la tête avant de franchir la porte de sortie à la suite de mon professeur. Ces petits intermèdes temporels avaient peut-être leurs avantages après tout et finiraient certainement par aboutir à une décision positive de stagiairisation l'an prochain si Rogue y concédé ! Il avait adopté une démarche rapide et je me surpris à suivre de manière involontaire le mouvement de sa cape, le rythme imposé par ses pas me forçait à trottiner à sa suite presque en courant.
Arrivés dans l'escalier qui nous mènerait aux laboratoires de potions, un frisson s'empara de moi, Rogue arrêta sa marche de manière brutale et sans que j'aie pu ralentir le pas, je me retrouvé propulsé dans son dos. C'est le bruit rapide de la respiration de mon professeur qui m'inquiéta le plus, quelque chose n'allait définitivement pas dans son attitude. Il me repoussa d'un mouvement du bras, me plaquant contre le mur entre lui et un groupe d'étudiants qui montait les escaliers. Je glissais un pas de coté afin d'apercevoir le groupe qui avait fait se stopper mon professeur, un tic nerveux agita ses lèvres et ce qui semblait être une expression de dégout profond avait pris place sur son visage.
Le groupe qui arrivait presque à notre hauteur était absorbé dans une discussion animée, un rire s'éleva au milieu de la marré des élèves et je retins ma respiration avant de tenter un mouvement afin de dégager ma vue du dos de mon professeur. Ce rire…une tignasse folle attira mon regard ainsi qu'une physionomie qui ne m'était pas inconnue. Je déglutis avant de me racler la gorge et de donner plus d'assurance à ma voix.
-Monsieur, nous allons bloquer le passage si nous restons là, d'autres élèves arrivent.
Il ne m'écoutait pas, je risquais un nouveau coup d'œil au groupe qui m'arracha un hoquet de surprise. Harry ne nous avait jamais montré les souvenirs que Rogue lui avait confié ce soir-là, se bornant juste à nous expliquer que notre professeur avait connu les parents d'Harry de manière plus poussée que ce à quoi Ron et moi nous attendions. Nous savions grâce à Sirius et Remus que les maraudeurs et Rogue se vouaient une haine profonde et pernicieuse du temps de leurs études. Ce qu'Harry nous avez appris sur Rogue dans la suite des événements ayant suivit la défaite de Voldemort était que Rogue avait follement aimé la mère de ce dernier et ce depuis l'enfance. Or, une chevelure rousse au loin avait finie de captiver l'attention de mon professeur, son regard emplit de dégout à la vue de James Potter se mua en une douleur tacite qui emplissait l'air autour de nous.
Mordant dans ma joue afin d'étouffer un juron, je me défis totalement de l'emprise de mon professeur. Il ne fallait pas qu'il se laisse distraire. Les maraudeurs venaient de nous dépasser en nous jetant un regard distrait. La respiration de Rogue semblait s'être calmé, le regard rivé à Lilly Potter, il ne parvenait pas à se défaire de ce qui s'apparenté le plus à une spirale de souvenirs qui le hantait, son regard était voilé par la peine et la douleur.
La décision que je pris alors me tira un soupir d'encouragement et signa le début de ma perte face à Severus Rogue, d'une main devenue moite d'appréhension, je m'emparais d'une de ses mains avant de l'entrainer derrière moi sans lui jeter un regard. Mon cœur battait la chamade et la pression de sa main se contracta lorsque nous croisions Lilly Potter, m'arrachant une grimace de douleur.
L'air frais du couloir dans lequel nous débouchions n'eut pas l'air de la ramener au temps présent. J'entrais dans le premier laboratoire avant de fermer la porte d'un coup de baguette, la respiration lâche, un filet de sueur glissant le long de ma colonne vertébrale m'arracha un frisson, Rogue n'avait toujours pas lâché ma main.
POV SS :
La poigne de Granger portait toute la tension qui l'habitait, je me sentais profondément exécrable et stupide. Incapable de bouger, perdu dans des abysses tentatrices. La gorge serrée, je sentais que mes yeux étaient embués, Granger ouvrit la bouche sans qu'aucuns mots n'en sorte. Ses doigts s'agitèrent autour de ma main et je resserrais mon emprise. Malgré tout ce qu'elle pensait de moi, elle n'avait pas le droit de me lâcher ! Sa main était chaude dans la mienne, elle n'avait pas idée des pensées qui m'irradiaient l'esprit a cet instant.
Une larme solitaire roula le long de sa joue, d'un geste, j'effaçais cette preuve de toute la tension qu'elle refoulait. Comment pouvait elle comprendre après tout ? Elle fronça les sourcils, totalement perdue et je baissais les yeux sur nos deux mains enlacés avant de lâcher le confort de sa poigne d'un geste amer, je ne voulais pas la blesser comme j'avais pu blesser Lilly dans le passé. Le mieux était encore que nous rentrions au plus vite, qu'elle finisse son année et que nos destins se séparent avant qu'il ne soit trop tard.
Fort de ma décision, et mon esprit s'enjoignant à me rappeler qu'il n'y a pas longtemps mon plus grand désir était de voir Granger me sourire à nouveau, je lâchais sa main m'ouvrant de nouveau au vide de mon âme.
-Au travail Granger ! Allez donc me chercher un chaudron en étain !
Ma voix claqua dans l'air, elle sursauta et s'enfuit presque en courant dans la salle adjacente me chercher ce que j'avais réclamé. Je fermais les yeux avant de me frapper mentalement, il fallait que je sois plus fort. Définitivement, Granger mérite mieux qu'un homme amer hanté par ses démons passés ! Je portais ma main devant moi, les traces d'une autre main y était désormais gravé.
