Voici donc le nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaira ! Je vous souhaite une bonne lecture !


9

La haine est comme un serpent dans notre âme

Comme pour toutes les vacances de Noël, c'est mon tour d'organiser la soirée pyjamas. Cette année, j'ai décidé de l'organiser le 23 décembre. Ainsi je n'aurais pas à subir les robes de ma grand-mère sans un soutien.

Lucy et Druella sont donc arrivées le soir du 23 décembre. Carter travaillait tard, ma mère était en pleine effervescence pour préparer son traditionnel dîner de Noël. Comme toujours elle avait invité tous nos amis à venir fêter l'événement et tout le monde serait là car c'était un dîner que personne ne manquait.

Lucy, Druella, et moi sommes restées éveillées encore plus tard que prévu en discutant et ricanant à tour de rôle. Toutes nos soirées pyjamas se passaient de la même façon mais c'était une tradition à laquelle aucune de nous ne se lassait.

Pour préparer la veille de Noël, Druella avait apporté toute une panoplie de soin pour le corps et le visage. Au départ, Lucy et moi n'étions pas trop emballées pour nous lancer dans une soirée typiquement de filles avec vernis à ongle, coiffure, masque à l'argile, etc. Et puis finalement, cela nous a permis de nous détendre. J'avoue avoir caressé la peau de mon visage pendant toute la soirée après avoir retiré mon masque à l'argile. Elle était tellement douce !

Inutile de vous dire que cette séance de soin a ravi ma grand-mère ! Quand elle est arrivée le matin du 24 décembre, elle jubilait au contact de ma peau totalement saine. Elle déposa un gros baiser sur la joue de Druella pour la féliciter.

Et puis arriva le moment que je déteste le plus : l'essayage de ma robe pour la soirée. Ma grand-mère est encore allée arpenter les boutiques pendant plusieurs mois afin de me trouver la plus belle robe à ses yeux. Cela arrange ma mère qui n'a pas à joué la méchante ni à dépenser son temps pour une affaire aussi minime.

A ma grande surprise, la robe choisie par les soins de ma grand-mère me plaît. C'est la première fois qu'elle semble avoir respecté mes goûts discrets. Une robe bleue sans froufrous, ni dentelles, et tout ce dont j'ai horreur. Il y a juste un col pour donner plus d'élégance à la robe mais je crois que je vais pouvoir le supporter.

« Un peu de sobriété de temps en temps ne peut pas faire de mal. » Commente ma grand-mère en me tendant la robe.

Je l'enfile en même temps que Lucy et Druella se préparent de leur côté. Druella est déçue que la robe ne soit pas plus excentrique comme toutes les autres fois. Moi, je jubile intérieurement. J'ai l'impression de m'admirer dans une robe pour la première fois. Ma grand-mère m'embrasse sur la joue avant de me passer autour du cou un collier de perles.

Après cela, cette dernière décide de descendre pour aider ma mère a organisé son dîner. J'en profite pour rejoindre Lucy et Druella qui sont à l'atelier coiffure.

« Elle m'a forcé, dénonce Lucy qui ne semble pas particulièrement ravie de se retrouver avec un chignon.

_Maintenant ça va être ton tour ! Chantonne Druella en agitant ses outils.

_Tu n'y échapperas pas, marmonne Lucy qui tente d'arranger son chignon qui lui donne une allure de grande dame.

_Lucy, tu es très jolie avec cette coiffure ne dis pas le contraire ! Persiste Druella tout en me brossant les cheveux. De toute façon, ça change de tes cheveux toujours lâchés dans le vent. Tu es beaucoup plus élégante et c'est Noël alors je tiens à ce que vous fassiez des efforts toutes les deux. »

Lucy et moi échangeons un regard avant de rire. Druella se prend pour notre mère ou quoi ? Toutefois je me laisse coiffer puisqu'elle a l'air de tant y tenir. Je me retrouve avec une tresse qu'elle nomme : « tresse épi de blé », je ne sais pas ce que c'est alors je répète juste ce qu'elle m'a dit. Apparemment, je suis très mignonne avec cette coiffure.

Gé-nial.

Je décide d'aborder au même moment le sujet de conversation qui me trotte dans la tête depuis longtemps :

« Vous savez que Tom va venir ce soir.

_Oui, grâce à toi… Marmonne Lucy qui me fait les gros yeux.

_Jayce m'a dit qu'il comprenait pourquoi je l'avais invité et que ça ne lui posait pas de problèmes, je me défends.

_Il t'a dit ça pour te faire plaisir ! Persiste Lucy. C'est parce qu'il n'a pas envie que tu t'énerves comme la dernière fois.

_Oui et bien si ça le dérange il n'a qu'à me le dire, et Tom va aussi dormir ici…

_QUOI ? Hurlent-elles en chœur.

_Tu ne peux pas faire ça, Kim ! On ne sait jamais ce qui peut se passer dans la tête de ce psychopathe ! Tente Lucy en agitant les bras dans tous les sens.

_Arrête de le traiter de psychopathe ! Il va dormir dans la chambre d'amis, et Jayce et moi nous serons ici. C'est juste parce qu'il n'avait pas envie…

_De retourner à l'orphelinat, oui tout le monde le sait ! Me coupe Lucy. Mais Kim, tu es tellement naïve… c'est dingue, quand même ! Il fait tout ça pour se rapprocher de toi parce qu'il aimerait tellement sortir avec une fille comme toi, c'est tout. Il n'est ni un pauvre petit orphelin, ni amical, ni généreux ! Il fait tout pour t'impressionner, et tu ne t'en rends même pas compte !

_Lucy, arrête… Tente vainement de la reprendre Druella d'une petite voix qui ne m'échappe pourtant pas.

_Merci Druella ! Dis-lui qu'il faut qu'elle arrête de croire que tout le monde est méchant ! Dis-lui qu'on peut être ami avec un garçon sans avoir forcément d'arrières pensées !

_Si elle ose me dire ça je rigole car Druella se rapproche de Cygnus parce qu'elle est intéressée. Ça crève les yeux que vous voulez sortir ensemble tous les deux, ricane Lucy.

_Ah bon ? Je fais parce que je n'avais rien remarquer.

_Toi, tu es collée à ton Tom toute la journée alors évidemment que tu n'as rien vu ! » Me coupe Lucy.

Elle m'énerve tellement que je me lève d'un coup et fais exploser la lumière de ma chambre sans le vouloir. Nous sursautons toutes les trois de peur et puis Lucy me dévisage du regard avec un rictus.

« Tu as des problèmes pour te contrôler ? Il faut dire que tu progresses très rapidement ces derniers temps…

_Ça suffit, Lucy ! La stoppe Druella en posant résolument son poing sur ma coiffeuse.

_Quoi ? Il faut bien que quelqu'un lui ouvre les yeux, non ? »

Je quitte ma chambre avec résolution et claque la porte derrière moi. Aussitôt Didi apparaît à mes côtés, les oreilles baissées, il m'observe avec inquiétude. Je suis tellement sur les nerfs que je lui hurle :

« QUOI ? Toi aussi tu vas me faire la morale ?

_Non…

_Alors va préparer la soirée, tu seras plus utile. »

Je regrette immédiatement ce que je viens de dire mais pour ne pas perdre en crédibilité je m'interdis de m'excuser. Didi baisse les yeux et puis disparaît dans un « Plop ». Je me retrouve seule dans les couloirs et je ne sais pas quoi faire.

A l'intérieur de mon corps, je sens quelque chose comme si on tentait de m'étouffer mais lentement. J'ai l'impression que mon corps tente de se défendre contre cette emprise mais qu'il bat peu à peu en retraite.

Je descends jusque dans le salon où ma mère et ma grand-mère discutent du plan de table. Lorsque je me présente, je n'ai même pas eu le temps de dire un mot que ma grand-mère pose une main sur sa poitrine :

« Kim, tu vas bien ? Tu es toute pâle…

_Ça c'est parce qu'elle s'est couchée tard hier avec ses amies… Grogne ma mère en faisant mine de ne pas me voir. Je lui avais pourtant dit que ce n'était pas une bonne idée et qu'elle aurait dû trouver une autre date mais… »

L'entendre parler, le son de sa voix ne fait que produire en moi des flammes que je n'arrive bientôt plus à retenir. Il faut que j'explose sinon je sens que la maison va partir en fumée.

« Oh maman… Je râle en levant les yeux au ciel. Tu voulais tout simplement m'avoir pour toi avant Noël parce que tu te sens tellement coupable d'avoir été absente pendant tout ce temps !

_Dis donc jeune fille ! Me reprend-t-elle d'autorité. Décidément en ce moment, tu n'arrêtes pas de me répondre. Et je n'apprécie pas le ton que tu emploies !

_Tu découvres ta fille, bravo ! Mais je te pardonne de ne pas me connaître parce que quand on y réfléchit bien, c'est Didi qui m'a élevé pendant que tu partais en vacances avec ton nouveau mari. »

Je me rends immédiatement compte que j'ai été trop loin. Je ne le pensais pas, j'ai juste voulu lui faire mal parce qu'en ce moment je ressens cette envie de tout lâcher ce que j'éprouve même si ça peut faire mal. Seulement, en voyant les yeux de ma mère je comprends que je viens de révéler tout haut ce qu'elle redoutait secrètement.

Ma grand-mère nous regarde avec la bouche grande ouverte, sans rien comprendre à notre conversation. Ma mère quant à elle cligne des yeux pour essayer de se ressaisir en vain. Didi qui entrait dans le salon fait discrètement demi-tour après avoir entendu ce que je venais de dire et Carter choisit son moment pour apparaître dans la cheminée avec un bouquet de fleurs, un immense sourire aux lèvres, et les yeux en cœur :

« Surprise ! J'ai terminé plus tôt, chantonne-t-il en se dirigeant déjà vers ma mère. Euh… il se passe quelque chose ici ? »

Ma mère ouvre la bouche comme si elle allait parler et puis finalement se ravise et quitte la pièce, les larmes aux yeux. J'avale ma salive en même temps que je ressens cette sensation de culpabilité qui me reprend à chaque fois que j'ai l'impression d'avoir pourtant assouvi mon envie de faire du mal autour de moi. Je crois que cela va me soulager mais il n'en est rien. C'est toujours la même chose et pourtant je le refais à chaque fois sans comprendre ce qui se passe en moi.

Je quitte moi aussi la pièce et monte à l'étage sans vraiment savoir où je veux aller. Je n'ai pas envie de retrouver Lucy ni Druella dans ma chambre. Alors je m'arrête au milieu du couloir, face au ventre vitré dont abritent des serpents. Oui, nous avons une cage à serpents chez nous parce que ma mère en raffole. Je la soupçonne d'en raffoler parce que la majorité des potions de mon père se faisait à base de venin de serpent.

Au milieu de notre couloir, incrusté dans le mur, des serpents de diverses races nous observent. Ma mère aime tellement les serpents qu'elle avait engagé un photographe pour qu'il prenne son portrait avec tous les serpents autour de son corps. Carter dit souvent qu'elle ressemble à une déesse sur cette photo.

La majorité des tableaux de ma mère représentent des serpents. A chacun de ses voyages avec Carter, elle en ramène un nouveau. Les serpents ne me font rien personnellement : je ne les admire pas mais ne les déteste pas non plus.

Dans des moments pareils, c'est plutôt réconfortant de se retrouver assise dans le couloir et de contempler ces créatures sifflantes derrière la vitre. Lorsque j'étais petite, je passais la majorité de mon temps ici. Avant la mort de mon père, nous étions une famille unie mais tout cela à bien changé depuis…

Dès lors qu'il est mort, ma mère a commencé à passer moins de temps avec moi. Au début, c'était parce qu'elle n'avait pas le moral disaient mes grands-parents. Après, c'est parce qu'elle a rencontré Carter et qu'elle avait le droit de refaire sa vie disaient toujours mes grands-parents. Et puis maintenant, c'est parce que je suis grande et qu'elle veut me laisser de l'autonomie me disent encore mes grands-parents depuis cet été.

Je me souviens encore de l'époque où ma mère et moi étions soudées presque comme des amies. Mais tout cela semble fini sans que je sache vraiment pourquoi. Depuis la mort de mon père, elle a tout simplement cessé de penser à moi. C'est comme cela que je l'ai pris même si Didi était là pour me répéter le contraire.

J'avais même tenté de venir frapper tous les jours à la porte de son bureau. Mais à chaque fois elle n'avait pas le temps pour moi, elle devait finir son tableau. A la fin, elle avait même fini par ne plus m'ouvrir la porte. Au lieu de cela, elle me disait : « Va-t-en Kim ! Je travaille. »

Et maintenant elle s'étonne que je ne lui parle pas sur un ton convenable. Peut-être qu'elle avait conscience que je manquais de compagnie mais elle n'a jamais rien fait pour y remédier. Elle ne s'est jamais préoccupée de savoir pourquoi je passais mes journées à regarder les serpents qui au final faisaient eux-aussi comme si je n'existais pas.

Assise de nouveau au milieu de ce couloir, j'ai comme l'impression de revivre cette période où je m'ennuyais à attendre que les heures passent.

« Kim ? » M'interpelle Carter en s'approchant avec un air coupable qui ne lui ressemble pas du tout.

Il se racle la gorge et se frotte sa moustache l'air gêné. Finalement, il s'assoit à côté de moi contre le mur face à la cage des reptiles. Je suis plutôt surprise que ce soit lui qui vienne me parler. D'ordinaire, c'est une tâche dont s'occupent Didi ou l'un de mes grands-parents mais jamais Carter.

Il se racle la gorge en continuant à frotter sa moustache. Il cherche sans doute ses mots.

« Kim, je sais que tu as vécu pas mal de choses. D'abord ton père qui est mort, et maintenant tu as été témoin d'un meurtre… c'est vrai que je n'aurais pas dû emmener ta mère en voyage après ce qui s'est passé, je m'en excuse.

_Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas. Je ne t'en ais jamais voulu de toute façon.

_Oui, j'ai bien remarqué en revanche que tu en voulais à ta mère. Tu sais je n'essaierais jamais de prendre la place de ton père, je veux juste vous rendre heureuses toi et ta mère, vous le méritez après ce que vous avez traversé. Mais je sens bien qu'en ce moment, vous avez un problème pour communiquer.

_Moi je n'ai pas de problèmes de communication… Je marmonne butée.

_Kim… Ta mère n'a pas tord, ces derniers temps tu es différente. Je ne sais pas si c'est à cause de cet été ou de cette jeune fille morte dans les toilettes, ni si c'est une autre raison, mais je vois bien que tu changes. Ta mère t'aime, Kim. J'espère que tu le sais parce qu'elle t'aime vraiment.

_Alors pourquoi elle ne me le dit pas elle-même !? Tout le monde me le dit, mais je ne l'entends jamais sortir de sa bouche. Didi me le dit souvent, grand-mère et grand-père aussi… et maintenant toi, mais jamais elle.

_Eh bien c'est vrai qu'elle ne sait pas comment s'y prendre avec toi, elle m'en parle souvent. Mais tu sais… quand tu es à Poudlard, ta mère interdit à Didi d'entrer dans ta chambre pour la nettoyer. Elle veut se charger de cette tâche elle-même. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je pense qu'elle a besoin de ce moment pour sentir ta présence parce que tu lui manques énormément. »

Je ne savais pas cela. Ma chambre est toujours impeccablement rangée et nettoyée quand je rentre de Poudlard alors que je la laisse en total désordre à mon départ. J'ai toujours pensé que c'était Didi qui s'en occupait… Carter me fait un sourire avant de m'embrasser sur le front.

« Écoute, ce soir on va recevoir du monde alors on en reparlera pendant les vacances, tu es d'accord ? Et je ferai en sorte que ta mère soit là pour te dire elle-même ce qu'elle pense mais pour l'instant tes deux amies t'attendent. Ça te va ? »

Je hoche la tête et le serre dans mes bras. J'ai envie de pleurer mais je retiens mes larmes. Carter m'aide ensuite à me relever et me laisse aller rejoindre Lucy et Druella qui se disputent encore dans ma chambre. Lorsque j'arrive, elles cessent aussitôt et m'observent avec crainte comme si elles s'attendaient à ce que je fasse exploser une nouvelle lampe.

« Kim, on est désolées… Commencent-elles en chœur.

_Ça va, c'est bon. On ne va pas se disputer la veille de Noël, quand même.

_Oh… Câlin groupé ! » Exige Druella.

Lucy et moi râlons mais Druella nous a déjà pris par les épaules et nous serre contre elle. Nous finissons par la rejoindre dans cette étreinte et je dois avouer que cela me fait plus de bien que je ne l'aurais prévu. Ca fait du bien de se sentir aimé.

« Et je te promets de faire un effort avec Tom. » Me souffle Lucy avec un clin d'œil.

Ah, oui ! Ça m'était complètement sorti de la tête. Je sens que mes ennuis ne sont pas terminés…


Le traditionnel dîner de ma mère accueille comme toujours tous nos amis et évidemment toute notre famille. Entre les oncles, les tantes, les grands-parents, arrière-grands-parents, cousins et cousines, éloignés ou non, toute la famille est belle et bien réunie.

Tandis que Didi apporte la « fameuse » soupe de poisson (c'est dégueulasse !) on me questionne sur mes futurs projets professionnels. Je réponds toujours que j'aimerais être joueuse dans une équipe de quidditch. Et comme d'habitude, on me dit que c'est un métier intensif précédé d'un « wahou » et puis on passe vite à autre chose. C'est ainsi que se passe tous mes repas familiaux. C'est un peu ennuyant mais bon… j'aime bien écouter les potins de famille. Qui va se marier avec qui ? Qui va bientôt accoucher ? Qui est ruiné ? Qui a fait une bonne affaire ? Enfin bref, ce genre de choses.

Mais dès que les sujets politiques, économiques, et culturels arrivent sur le tapis, je décroche immédiatement. Je fais bien évidemment semblant de trouver cela passionnant mais en réalité je me concentre pour ne pas manger mon pain trop vite.

Comme toujours, je suis placée entre ma famille et mes amis. Carter et ma mère sont en bout de table avec nos amis et puis il y a notre famille, je suis assise à côté de mes cousines et à ma gauche se trouve Jayce. Tous mes amis suivent ensuite jusqu'en bout de table où est installé Tom qui discute avec Cygnus et Deborah Hester.

Mes cousines ne sont pas très intéressantes et j'entends déjà Jayce soupirer à côté de moi. J'aimerais pouvoir faire comme lui mais vu le dur regard avec lequel son père le fixe, je ne pense pas que cela serait apprécié de ma mère. Mes cousines ne parlent que de garçons et se partagent leurs secrets de beauté. Tout ce que je déteste ! Je crois que vous auriez compris que je n'aimais pas les pimbêches nunuches à souhait. Bientôt elles me demandent mon secret pour avoir un beau teint. Je reste silencieuse parce que je ne sais pas comment leur répondre que je n'ai pas de secret. Pourtant, elles semblent attendre une réponse comme si leur vie en dépendait. Jayce a déjà placé sa serviette devant sa bouche pour dissimuler son sourire. Il toussote pour masquer ses rires.

« Euh… je n'ai pas vraiment de secret, je lave bien mon visage et puis voilà. » Je réponds.

Elles semblent toutes impressionnées. Elles approuvent ensuite toutes ensembles que j'ai énormément de chance. Je me contente d'hocher la tête alors que Jayce est pris dans une quinte de toux monumentale. Je jette discrètement un coup d'œil à ses parents qui semblent sur le point d'exploser de rage. Son père en effet passe de rouge vif à violet foncé tant il a l'air de retenir sa fureur.

J'adresse un coup de coude à Jayce et lui désigne discrètement ses parents d'un coup de tête. Il hausse les épaules d'un air indifférent. Je lui fais les gros yeux pour essayer de le raisonner mais je peux toujours rêver. Je n'ai jamais espérer voir Jayce m'obéir un jour et je ne l'espérerai jamais parce que c'est tout simplement impossible.

Lucy et Druella arrivent bientôt pour me kidnapper pour une séance photos. C'est la tradition à Noël. Nos parents aiment voir nos changements alors nous prenons toujours une photo pour immortaliser ces moments. On en fait toujours plusieurs : souriantes, ridicules, sérieuses, délirantes, etc.

Didi arrive jusqu'à nous pour nous proposer une coupe de Whisky-Pur-Feu.

« J'emmerde mes parents, jure Lucy qui vide sa coupe d'un seul trait.

_Si tu as envie de te ridiculise vas-y, moi je ne tiens pas à ce que tout le monde se souvienne de moi comme d'une alcoolique, réplique Druella qui se contente de tremper à peine ses lèvres dans sa coupe.

_Tu n'es pas drôle !

_Je te rejoins, moi ! J'affirme en imitant Lucy. Et voilà, une coupe vide ! Une ! Didi, tu peux aller nous en chercher une autre ? »

Didi jette un coup d'œil à ma mère qui est prise dans de grands éclats de rire avec les parents de Lucy et Druella.

« Je ne lui dirai pas. » Je lui promets avec un clin d'œil.

Il semble hésiter et puis finalement cède en nous rapportant à chacune une coupe. Druella fait mine de ne plus nous voir et avance jusqu'à Seb Bonham pour lui parler.

Moi qui n'aie pas l'habitude de boire rapidement, je sens ma gorge s'enflammer avec la boisson qui passe à toute vitesse. Bientôt je commence à me sentir beaucoup plus légère ce qui fait passer mes mauvaises humeurs de la journée.

Nous reprenons plusieurs photos avec Lucy et puis finalement nous appelons tous ceux de la maison Serpentard pour venir faire une photo de groupe. Jayce commence à me prendre dans ses bras mais pour une raison qui m'échappe totalement, j'ignore son geste et accourt jusqu'à Tom qui ne s'est pas levé pour la photo de groupe. Il est en train de parler avec un collègue à Carter qui travaille au Magenmagot.

« Tout à fait d'accord avec vous Mr. Jedusor…

_Excusez-moi ! J'interviens. Mais il faudrait que je kidnappe ce séduisant jeune homme pour une photo de groupe. J'espère que ça ne vous dérange ? De toute façon, vous n'avez pas le choix ! » Je ricane en tirant Tom par les épaules.

Je vois du coin de l'œil ma mère pâlir et les parents de Jayce échanger un regard désapprobateur entre eux. Moi, j'aurais bien envie de leur crier à tous d'aller se faire foutre au fin fond de l'Allée des Embrumes.

« J'avais une conversation intéressante… Marmonne Tom toujours aussi joyeux.

_Oui mais c'est Noël, et je ne sais pas comment ça se passe dans ton orphelinat mais ici on s'amuse !

_Tu as bu…

_Oui, un petit peu ! Aller, viens prendre cette photo avec nous, je ne veux pas que mon préfet soit absent. »

Je l'attire en lui tirant le bras jusqu'aux autres qui se sont déjà mis en place. Après la photo, je prends Tom à part pour aller lui montrer la cage aux serpents puisque je sais qu'il admire Salazar Serpentard. Il ne doit sans doute pas ignorer que ce dernier savait parler aux serpents.

« Qu'est-ce que tu veux me montrer qui ne peut pas attendre la fin de la soirée… ? Soupire-t-il tandis que je lui tire le bras pour l'entraîner jusqu'à l'étage. Mais c'est immense chez toi ! Un vrai palais, presque aussi grand qu'à Poudlard !

_Arrête, tu exagères ! Attention on arrive à ce que je voulais te montrer. Ferme les yeux !

_Non, répond-t-il catégoriquement alors que je suis d'humeur joueuse.

_Aller, ferme les yeux !

_Non, je ne vais pas fermer les yeux… » Bougonne-t-il.

Je lève les yeux au ciel avant de lui adresser un regard angélique et en mettant ma poitrine inexistante en avant. Elle est tellement inexistante qu'il ne jette même pas un regard dessus.

« S'il te plaît, je le prie avec un sourire.

_Pauvre gamine… Aller, je ferme les yeux ! » Soupire-t-il tandis que je sautille sur place en applaudissant.

Lorsqu'il a fermé les yeux, je secoue ma main devant son visage afin de m'assurer qu'il ne voit vraiment rien. Je le guide ensuite jusque devant le mur de verre abritant nos serpents. A mon grand étonnement, je n'ai même pas besoin de tapoter sur la vitre pour les appeler puisqu'ils rappliquent tous en même temps. C'est étrange d'ailleurs parce qu'ils ne font jamais rien en commun… Ils se penchent tous vers nous en sifflant en cœur.

« Tu peux ouvrir les yeux, je l'invite en guettant sa réaction lorsqu'il les ouvre pour se retrouver face à tous les serpents qui le fixent et sifflent.

_Wah ! Tu… tu élèves des serpents ?

_Ma mère, oui, elle les trouve fascinants. Mon père fabriquait des potions à base de venin de serpent et lorsqu'il est mort ma mère n'a pas voulu se débarrasser des serpents qu'il élevait et au lieu de ça elle en a ramené à chaque fois qu'elle partait quelque part.

_Eh ben ! Tu sais que chez les moldus, on a pour tradition d'envoyer des cartes postales au lieu de ramener des serpents chez soi ? Ricane-t-il.

_Oui c'est sûr que c'est… différent. Mais comme je sais que tu admires Salazar Serpentard, j'ai pensé que ça te plairait. Joyeux Noël !

_Merci. »

Je crois que c'est le premier remerciement qui sonne sincèrement. Je l'observe face à tous les serpents qui se redressent tous devant lui. Tom semble épanoui, c'est presque la première fois que je le vois sourire avec sincérité. Il a l'air heureux.

« Tu veux que je te les présente ? Je lui demande au bout d'un moment. Alors lui là-bas, c'est Odilon, j'adore sa couleur, c'est le préféré de ma mère. Elle le choisit toujours pour faire des peintures mortes parce que sa couleur verte ressort facilement. Lui, c'est Apophyse je crois que c'est l'un des plus gros… Ah non, on a Nagini qui est encore plus grosse. C'est la seule femelle de la bande mais je crois qu'elle pourrait tous les bouffer si elle le voulait. C'est ce que j'ai pensé quand ma mère l'a ramené mais finalement elle se contente de rester dans son coin… comme toi, j'ajoute sans pouvoir me retenir.

_Bonsoir Nagini. » Lance Tom avec un rictus en collant sa tête sur vitre.

Nagini se redresse alors de tout son long pour arriver à sa hauteur. Je crois bien que c'est la première fois que je la vois sortir de sa cachette. D'habitude, elle reste au fond de la cage et elle se montre même agressive quand on essaie de la bouger.

« Elle t'aime bien, je remarque. Ils ont tous l'air de t'aimer d'ailleurs. »

Un sourire se dessine sur les lèvres de Tom. Il finit par lâcher du regard la cage et puis me propose de redescendre pour rejoindre les autres qui doivent s'impatienter en bas. Je suis à peine descendue jusqu'en bas des escaliers que ma mère me barre le passage avec un regard incendiaire.

« Excusez-nous Mr. Jedusor mais j'aimerais m'entretenir avec ma fille seule à seule. »

Tom hoche la tête et part rejoindre les invités dans la salle à manger tandis que ma mère m'entraîne jusqu'à la cuisine. C'est toujours l'endroit où elle m'emmène quand on a des invités et qu'elle veut me sermonner. Elle referme la porte derrière nous d'un coup sec et fait signe à Didi qui faisait la vaisselle de disparaître, ce qu'il s'empresse de faire. Puis elle croise les bras et me considère furieuse.

« Comment est-ce que tu peux oser être aussi insolente en public !? Je sais très bien qu'en ce moment tu m'en veux et je comptais en parler avec toi après cette soirée mais visiblement il faut que tu me fasses ça en public ! On n'appelle pas un garçon « séduisant jeune homme » quand son homme est à côté, et on n'ignore pas son homme pour aller vers un autre ! Imagine la réaction des parents de Jayce ! J'ai évidemment dû me débrouiller pour te tirer d'affaire parce que le doute s'est bien encré dans leur esprit.

_Maman, arrête de te faire des films… Je soupire.

_Maintenant tu arrêtes ta comédie, Kim. Est-ce que tu m'as bien comprise ? Tu arrêtes de soupirer face à moi, tu arrêtes de lever les yeux au ciel, et tu arrêtes de t'en prendre à moi ! Je ne supporte plus le ton sur lequel tu me parles, et ton attitude est plus que fatigante.

_Mon attitude !? Et la tienne alors !?

_Kim ! Je ne veux plus t'entendre me faire un seul reproche ! Je peux comprendre que tu puisses m'en vouloir pour cet été, que tu te sentes délaissée de temps à autre, mais ton comportement ce soir est inacceptable ! D'ailleurs, tu changes beaucoup trop en ce moment… sache que je me fais du souci pour toi. Ton grand-père m'a parlé de ta petite escapade dans la Forêt Interdite et je ne veux même pas savoir ce que tu y faisais ! J'en ai suffisamment entendu… ! »

J'en conclus que le professeur Dumbledore a dû en parler à mon grand-père malgré la demande d'Hagrid. Je ne sais même pas quoi répondre. Un silence s'installe et puis ma mère se racle la gorge pour me reprendre la parole plus doucement :

« Kim, j'ai reçu une lettre de certains de tes professeurs qui ont remarqué tes progrès… étranges d'ailleurs. Et une majorité d'entre eux ne voit pas d'un très bon œil ces progrès.

_Quoi !? Je ricane parce que je viens d'entendre la meilleure blague de ma vie. Mes professeurs ne sont pas contents de voir progresser dans leur matière !?

_Tu ne progresses pas, Kim. Contrairement à ce que tu crois, tu ne fais que régresser. J'ai reçu une lettre du professeur Dumbledore si tu veux tout savoir. Il trouve que ta magie devient plus… comment dirais-je… agressive, voire dangereuse. Tu ne la maîtrises plus.

_Mais si !

_Mais non, la preuve tu as fait exploser la lampe de ta chambre cet après-midi. Alors Kim, je vais te poser une question et je veux que tu me répondes sincèrement, et je te promets de ne pas porter de jugement quoique tu puisses me répondre. D'accord ? »

Je n'ai aucune idée de ce qu'elle a l'intention de me demander mais refuser serait comme admettre que je suis coupable. Et je le suis… Alors je tache de répondre le plus naturellement possible :

« Vas-y, pose-moi ta question.

_Est-ce que tu… est-ce que tu touches à la magie noire ? »

Sa question me prend de court. Sur le moment, je reste sans voix. Comment est-ce qu'elle a pu deviner ? Ca se lit sur mon visage ou… ? Je me ressaisis et tache de ne pas avoir l'air coupable. Non, il ne faut pas qu'elle sache ou elle va encore me piquer une scène.

« Maman, enfin bien sûr que non ! Je réplique en prenant un ton défensif.

_Tu me rassures… Souffle-t-elle soulagée. Tu me rassures parce que vu ce qu'on me racontait j'avais un peu peur que tu… enfin bref, si tu ne touches pas à ce genre de magie je suis soulagée. Crois-moi Kim, la magie noire peut offrir beaucoup d'avantages. Elle t'aide à te sentir plus puissante notamment lorsqu'on se sent mis de côté, on a l'impression d'avoir une raison d'exister. Mais les effets sont temporaires et on plonge vite dans une sorte de dépendance, tu comprends ce que je veux dire ? C'est comme un coup de poignard dans le dos si tu veux. Tu crois pouvoir lui faire confiance et en fait elle te tue à petit feu. »

Je hoche la tête lentement. Oui… Bon, il faudrait peut-être que je réfléchisse à ce qu'elle vient de me dire. Ce serait peut-être utile que je me penche sur les effets à long terme de ce genre de magie. J'irai faire mes recherches pendant les vacances, au cas où.

« Bref, Kim je veux que tu ailles t'excuser auprès de Jayce, m'ordonne-t-elle ensuite. Il est sorti sur la terrasse pour prendre l'air. Et je veux que tu répares tes bêtises, d'accord ? Jayce dort à la maison ce soir, et ce serait dommage que ses parents pensent que tu n'es pas digne de confiance. Et ce Tom… il ne reste pas plus d'une nuit chez nous ! » Ajoute-t-elle ensuite avant de quitter la cuisine en claquant la porte derrière elle.

Je reste un instant seule. Il faut que je reprenne mes esprits et que je me prépare à affronter Jayce. Merlin, qu'est-ce que j'ai encore fait ? Comme toujours j'agis avant de réfléchir et je regrette après ce que j'ai fais… C'est tout moi, ça !

Je vais rejoindre la terrasse où se trouve effectivement Jayce qui observe le brouillard autour du jardin. Je me racle la gorge pour manifester ma présence. Il m'ignore royalement. Je m'approche alors encore plus près de lui et m'adosse contre la rambarde. Il me jette à peine un regard ce qui me montre combien il est énervé. Je crois même qu'il est ivre de rage. Je ne sais même pas par où commencer. A ma grande surprise, c'est lui qui commence :

« Si tu veux draguer un autre mec, pense au moins à le faire quand je ne suis pas là.

_Je ne drague pas d'autre mec, je me défends.

_Évidemment… ! Tu ne le draguais pas tout à l'heure !? M'ignorer pour aller lui prendre le bras et l'appeler « séduisant jeune homme » ce n'était pas de la drague ? Vas-y, fous-toi de ma gueule en plus… !

_Non, Jayce, il n'y a rien entre Tom et moi. Je te l'ai déjà dit, c'est un ami.

_Un ami proche alors !

_Un ami, je persiste.

_En début d'année c'était juste ton préfet, maintenant c'est juste ton ami, et en fin d'année ce sera quoi ? Ton nouveau copain ?

_Jayce… écoute-moi.

_Non ! Non, Kim, je ne t'écouterais pas ! S'énerve-t-il en me regardant droit dans les yeux pour me montrer qu'il est sincère. Je n'ai pas envie de t'entendre me dire que je n'ai rien à craindre et me répéter qu'on a établi des règles au début de notre relation. J'emmerde nos règles, d'accord ? Je passe une soirée sous le regard de mes parents, et comme tu le sais ce n'est pas la joie en ce moment, alors la moindre des choses ce serait que tu me soutiennes ! Au lieu de ça tu pars en gloussant vers un autre mec et vas-y que tu lui prennes le bras, que tu le flattes, que tu l'emmènes avec toi à l'étage… Qu'est-ce que vous avez fait d'ailleurs pendant tout ce temps ?

_Rien du tout ! Jayce, il ne s'est jamais rien passé, je te le jure !

_Eh bien, ça ne va pas tarder à arriver… Marmonne-t-il en commençant à faire un pas pour rentrer à l'intérieur.

_Attends ! Il ne se passera jamais rien entre Tom et moi, pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à le comprendre ? C'est un ami, proche si tu veux, mais je te promets qu'il n'y a jamais rien eu. »

J'omets de dire qu'il y a bien eu ce soir-là où je lui ai pris la main, et je m'interdis de penser au moment il m'a baisé la joue. Ça, Jayce n'a vraiment pas besoin de le savoir. Comme dit Tom, « j'oublie » de le lui dire.

« Pourtant Kim, si tu ouvrais un peu les yeux tu te rendrais compte que pour lui ce n'est pas qu'une simple amitié. Et toi, tu ne me donnes pas vraiment l'impression de résister à ses avances.

_Mais bien sûr que si !

_Alors pourquoi tu passes ton temps avec lui et pas avec moi ? Pourquoi tu lui prends le bras en gloussant comme une pintade ?

_Il va falloir que tu comprennes que je peux avoir des amis.

_Pourquoi lui !? Tu ne peux pas choisir un autre ami ? Tu as Cygnus, Seb, et même Sonny ! Ils ne me dérangent pas eux, tu peux traîner avec eux autant que tu veux mais pas lui !

_Pourquoi pas lui ?

_Kim, si tu veux être absolument avec lui, dis-le-moi et on arrête là ! Tu as juste à le dire et tu es libre de faire ce-que-tu-veux !

_Mais non, Jayce ! Je ne veux pas être avec lui, je veux être avec toi !

_Pourquoi ? Tu ne m'en donnes pas l'impression…

_Parce que je t'aime, pauvre crétin ! »

Il cesse de me répondre et me dévisage comme si je venais de lui cracher dessus. Génial, je viens de faire ma déclaration d'amour et on ne peut pas dire qu'elle soit au top du romantisme. Mais surtout, en regardant son expression choquée, je comprends qu'il ne sait pas quoi répondre à ce que je viens de lui dire. C'est comme s'il venait de me frapper en pleine poitrine.

« Là, c'est le moment où tu es censée dire que toi aussi tu m'aimes, je marmonne gênée.

_Bah… désolé de ne pas pouvoir te le dire dans un moment pareil ! »

Et c'est tout.

Il rentre à l'intérieur en me plantant au milieu de la terrasse avec mon cœur brisé pour seule compagnie.

Je retourne rejoindre les invités. Jayce est avec Cygnus, Lucy, et Druella. Tom parle avec Carter et ma mère qui fait comme si tout était normal. Elle lui sourit, hoche la tête à ce qu'il dit, et rit quand il sort une blague. Je m'assois sur une chaise et commence à grignoter mon bout de pain que j'avais abandonné.

Seb Bonham, qui a sûrement pitié de moi en me voyant seule, s'avance et prend une chaise en demandant à l'une de mes cousines si personne n'est attendu à cette place. Ma cousine rougit comme une tomate et minaude un ridicule : « Non, c'est bon. »

Je lève les yeux au ciel même si je dois bien lui reconnaître sa timidité face à Seb. Moi-même quand j'étais petite j'étais amoureuse de lui. Amour d'enfance bien sûr, mais je n'osais le dire à personne surtout pas à Lucy qui se serait moquée de moi à l'époque.

« Tu n'as pas l'air de passer une bonne soirée, me dit-il. Tu veux une autre coupe ?

_Ouais je veux bien, au point où j'en suis. Je n'ai rien à perdre.

_Qu'est-ce que tu dis, enfin ! Arrête de dire des bêtises, je suis sûr que ce n'est pas si grave. C'est à propos de Jayce, c'est ça ?

_Ça se voit tant que ça ? Je demande sans pouvoir m'empêcher de rire tant cette situation me paraît ridicule.

_Non mais Jayce est revenu en tirant une tête de six pieds de long et tu tires la même tête donc c'est facile d'en tirer des conclusions.

_Et si on changeait de sujet ? Je propose. Comment ça se passe de ton côté ? Tes parents ne sont toujours pas d'accord avec tes décisions ?

_Ouais ils espèrent toujours que je vais abandonner la politique pour aller en médecine comme tout le reste de ma famille, ils veulent que je respecte la tradition.

_Pourquoi nos parents veulent toujours tout décider pour nous ? C'est quand même incroyable… Regarde autour toi, tu peux demander à n'importe qui de notre génération et je suis sûre qu'ils vont te dire que leurs parents décident à leur place. Jayce, Lucy, Cygnus… moi !

_C'est le gros problème de notre génération alors, ricane-t-il en portant sa coupe à ses lèvres.

_Oui, mais si on résiste peut-être qu'ils finiront par lâcher l'affaire.

_Je doute que nos parents nous laisseront un jour.

_Par le caleçon de Merlin, qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça ? »

Ma vieille tante se retourne en m'entendant jurer. Elle me jette un regard agacé avant de tourner les talons d'un air outré. Je crois que j'ai définitivement gâché la soirée… quoique je fasse ça déplaira à quelqu'un !

Le soir, en me couchant, j'espère que Jayce va être de meilleure humeur mais il n'en est rien. Ma mère s'est personnellement occupée de guider Tom jusqu'à la chambre qu'il allait occuper pour la nuit, j'avais interdiction formelle d'aller lui parler. Alors je suis simplement allée dans ma chambre me coucher avec Jayce. J'aurais aimé qu'il m'embrasse avant de dormir. Mais il se couche simplement et se retourne du côté opposé au miens. Lorsque j'éteins la lumière je voudrais bien qu'il me prenne dans ses bras comme il le fait d'habitude mais il reste de son côté en s'écartant le plus de possible.

« Bonne nuit. » Je lui lance.

Il ne répond rien. Je me retourne alors de mon côté en fermant les yeux. Sans le voir venir, je commence à sentir les larmes couler sur mes joues. Je me force à pleurer en silence et surtout tente de trouver le sommeil pour oublier cette mauvaise journée.