Holala. Vous y croyez ? Moi, j'ai peine à y croire. Le voilà, il est là ! LE chapitre 8 ! J'ai commencé à l'écrire il y a deux étés de ça je crois. Et je suis fière, mais sacrément honteuse de vous le présenter seulement maintenant. J'espère de tout mon cœur qu'il vous plaira. J'espère aussi qu'il n'y aura pas de bug dans la présentation, ça m'arrive souvent qu'ils ne prennent pas en compte la séparation histoire / petit mot que je mets au début ou à la fin, et pire, des fois le site ne remets même pas les tirets devant les dialogues. Alors je croise les doigts pour que tout se présente correctement. Je ne vais pas être plus longue. Encore mille fois désolée, et mille fois merci aux lecteurs qui s'aventureront dans ce chapitre plein de rebondissements (comment j'essaye de vendre mon truc, ha ha !) C'est grâce à vos commentaires et encouragements que ce chapitre à vu le jour, donc n'hésitez surtout pas à me dire ce que vous pensez de celui là, surtout que j'ai une peur maladive de m'être un peu rouillée.

BREF je me tais. Et je vous souhaite une bonne lecture à tous !

Chapitre Huit

Où il est question d'un collègue, de saké et d'un message vocal.

Sakura !

Les poils de mes bras s'hérissèrent, eux qui étaient tranquillement en train de prendre le soleil, alors que j'étais moi-même dans un de ces derniers de moments de détente, allongée sur un transat. Sans prendre la peine de pousser un soupire, je relevai la bordure de mon chapeau pour jeter un regard agacé à la fenêtre du deuxième étage, celle de ma chambre, où se tenait ma mère.

Si tu crois que tu vas laisser ta chambre dans cet état avant de repartir pour Tokyo, tu rêves !

Depuis quelques jours, les mots qui sortaient le plus fréquemment de sa bouche étaient bel et bien « repartir », « Tokyo », et « ta chambre ». Même si ce dernier avait toujours été dans son top trois.

Je ne tai pas dis tout à l'heure que j'allais m'en charger ? Répondis-je en me retournant.

Elle poussa un grognement et je l'entendis fermer la fenêtre en fulminant. J'étais en train d'atteindre le quota de jours maximum passés à Osaka, dans ma maison. Il était grand temps que je m'en aille.

Mollement, j'étendis mon bras jusqu'à la limonade qui, tiède, semblait elle aussi en avoir assez d'être là. Nous étions en plein mois d'août. Sur un coup de tête, au début de l'été, j'avais décidé d'avancer de dix jours mes vacances au domicile familial. Et avec cette même inconscience, j'avais décidé de ne pas repartir après deux semaines, prolongeant d'une manière inconsciente mon séjour.

Je n'avais même pas eu envie de réfléchir aux différentes raisons qui m'avaient tenues si éloignée de Tokyo. Ino avait elle aussi fini par comprendre que je ne voulais pas de nouvelles de cette ville si agitée, si fatigante. Elle avait alors prit un rythme d'appel qui me paraissait correct, et tous les deux jours à une heure approximative elle me téléphonait. Au moins à chaque fois, elle me glissait un « tu sais, quand tu n'es pas là je ne passe même plus dans ta rue ! Et sinon, toujours pas de nouvelles de Sasuke ? »

Non, cette dernière phrase, il lui était arrivé de la poser une fois, puis j'avais discrètement coupé court à la discussion pour ne plus répondre aux trois appels qui suivirent. Et elle comprit, cessant de m'appeler au moins quatre jours de suite. Finalement, j'avais été amenée à tout lui raconter pour l'abruti blond et le plan qu'avait monté Sasuke, le lien qu'ils entretenaient même avec Lee et la terrible soirée que j'avais passé avant de déserter mon quotidien.

Je savais que j'avais laissé un bazar presque monstre derrière moi. Ayame m'avait regardé avec de grands yeux en voyant que je descendais lourdement mes valises de mon appartement. Ichiraku lui avait presque failli verser une larme en constatant ma détermination. Mais tout deux se consolaient en me répétant que je méritais du repos. Aussi avait-on conclu que je reprendrais le travail en même temps que la rentrée scolaire. Mais je savais que je rentrerai avant, et je savais que je ne me permettrai pas de ne pas travailler.

Je m'étirai bruyamment, avant de me lever pour retrouver la fraicheur de ma maison, celle de ma chambre, pas si désordonnée que l'insinuait ma mère. Je m'étalais sur mon lit. L'agitation appelait l'agitation. Lorsqu'on est tout le temps en mouvement, en train d'enchaîner les activités, il est difficile de se poser et de ne rien faire. Mais le contraire était tout aussi vrai et je m'étais récemment découvert une passion pour la position allongée et les siestes.

Parfois la scène dans le bar, où Lee s'approchait de Naruto en lui demandant s'il avait des nouvelles de Sasuke revenait me hanter. Et je revivais d'une manière toujours aussi douloureuse l'impact de la désillusion. Je ressentais de la même manière les larmes qui m'étaient montées aux yeux lorsque j'avais rencontré le frère de Sasuke qui m'annonçait que je ne le reverrai pas avant longtemps, d'une manière aussi logique qu'il aurait pu m'annoncer « tu as été stupide de tomber amoureuse »

Mes yeux se posèrent sur ma valise, dans un coin de ma chambre, ouverte, avec quelques vêtements dépliés que je n'avais pas porté. Elle était restée là, comme pour me dire que ma place n'était plus ici, mais à Tokyo. Aussi à ce moment là décidai-je de réunir mes affaires, et d'annoncer à mes parents que je « rentrais » à l'autre capitale, mon maintenant véritable « chez moi ».

Deux jours plus tard, en pleine semaine et en plein milieu d'après-midi je me trouvais assise à regarder par la fenêtre, ballotée par l'avancée rapide du train sur les rails. Le trajet ne durait qu'une heure, une heure et demi puisque nous étions en vacances d'été et que le trafic était dense. Une heure et demie, c'est raisonnablement court pour la plupart des voyageurs. Mais une dizaine de minutes passée, cela me paru une éternité. Mon esprit s'était mis à tourbillonner entre questionnements et angoisses. Qu'allais-je retrouver là-bas après des semaines entières d'absence ? La nuit dernière, j'avais fait un cauchemar, et voyais le combini anéanti et sur le point d'être détruit après une faillite fulgurante. Je soupirais. Je savais qu'au moins, j'aurais été mise au courant si une chose pareille arrivait.

Puis, alors que mes yeux, habitués à passer les deux tiers de la journée clos, commençaient à se fermer doucement, le flash d'une tête d'abruti blond me fit sursauter. De toutes mes angoisses, le revoir me poursuivre pour me raconter des choses que je n'avais pas envie d'entendre était la première.

Je tâchai immédiatement de détourner mon cerveau sur autre chose. Il faudrait que je me rachète un portable à mon arrivée, je ne l'avais toujours pas fait. Ino passait donc son temps à m'appeler sur le téléphone au domicile familial. Merde ! Je me souvins alors que j'avais oublié de la prévenir de mon départ pour Tokyo. Si j'avais envie d'une arrivée en fanfare que tout le monde remarque, il fallait que je la prévienne. Or, une arrivée en fanfare était bien la dernière chose dont j'avais envie.

Une heure et demie dont dix minutes les yeux fermés à ne penser à rien passées, je retrouvais le paysage si particulièrement truffé d'immeuble qu'était celui de Tokyo. Osaka était une grande ville, la véritable capitale du Japon, mais là où habitaient mes parents restaient un endroit paisible, sans bruit de circulation, de klaxon, de lumières nocturnes si nombreuses qu'on se croirait en plein jour… Toutes ces choses que je me surprise à être heureuse de retrouver. Putain, je suis devenue une vraie citadine.

Aussitôt descendue, je me vis doublée à toute allure par les véritables tokyoïtes, ralentie par mes deux valises et mon sac à dos. Un bon bain de foule pour ton retour, contente ? Sans réfléchir, connaissant cette station par cœur, je me mis à marcher, plutôt lentement, vers le combini d'Ichiraku.

Pendant mon avancée, je passai devant plusieurs magasins de téléphonie, dont un dans la rue où je m'étais inlassablement faite poursuivre par Naruto. Je m'arrêtai aussitôt. Merde. Lee, j'ai oublié Lee. S'il y avait bien une personne à qui je n'avais que vaguement pensé, c'était bien Lee. Je lui avais promis qu'il pourrait avoir mon numéro de téléphone en repassant au combini. Sauf que je n'avais pas de numéro de téléphone. Il fallait que j'y remédie.

Et telle une véritable touriste, je rentrai dans la prochaine boutique vendant des téléphones portables, avec mes bagages, poussant sans me rendre compte un couple avec mon sac à dos. Par brides je revis, le soir de mon agression, mon portable être lancé contre le sol et se briser en plusieurs morceaux.

« Je peux vous aider ? »

Très vite, un vendeur au sourire crispé vint à ma rencontre. Je ne l'écoutai qu'à moitié, tombant assez vite sur un portable sans fioritures qui me paru pratique, et féminin par sa couleur rose, qui étrangement m'aurait plutôt dégoûté auparavant. C'était le genre d'Ino, de prendre un portable d'une couleur qui l'exaspérerai quelques mois plus tard. « Ah, celui-ci, un peu rustique non ? Nous avons des modèles tactiles très- » Sans quitter ma future acquisition des yeux et ne l'écoutant que d'une oreille, je répondis simplement un « je le prends » d'une détermination simple que je ne me connaissais pas.

Le vendeur fut déstabilisé et eut un rire gêné, mais surtout gênant. Il m'invita à le suivre et me fit de cette manière passer devant plusieurs personnes encore indécises. Le temps de faire la paperasse pour me procurer un numéro et m'attribuer un quelconque forfait, une dizaine de minute plus tard, je sortis de la boutique le nouvel objet en main, m'étonnant d'avoir été si efficace.

Devais-je m'empresser d'appeler Ino ? Elle l'aurait sûrement fait. Je connaissais son numéro par cœur, suite à une soirée déclaration « tu es ma meilleure amie il faut qu'on connaisse le numéro de l'autre sur le bout des doigts en cas de pépin ». Je savais que si je l'appelais maintenant, elle serait devant le combini avant même que j'y sois, alors que je n'étais vraiment plus très loin. J'eus un rire. J'attendrai d'avoir posé mes valises dans mon appartement avant de reprendre contact avec quiconque.

Un certain baume au cœur me repris en même temps qu'un rayon de soleil qui caressait mon visage. J'avais enfilé une robe légère à fleurs et fines bretelles, pour laisser respirer mes jambes qui avaient oubliées la lourdeur de l'air pollué de la ville. Ma valise se bloqua deux à trois fois dans des pavés sur ma route, mais ceci n'arriva définitivement pas à effacer le sourire presque niais qui s'était dessiné sur mon visage. J'avais hâte de revoir Ichiraku, même Ayame, de manger un ramen bouillant et d'écouter les histoires d'Ino.

Au loin et à l'angle de la rue je vis les traits de la façade se dessiner. Enfin ! Je pris une grande inspiration. Je me voyais presque débarquer et lancer un « je suis rentrée ! » auquel Ayame aurait répondu un « bienvenue à la maison » en me serrant dans ses bras après un cri d'enthousiasme qu'aurait lancé Ichiraku, ému.

En trois grands pas, j'arrivai à destination. Le bruit de la sonnette qui détectait l'entrée des personnes retentit. Je stoppai ma valise, le sourire jusqu'aux lèvres.

-Je suis rentr- !

-Bienvenue au combini d'Ichiraku !

Ma mâchoire failli se décrocher. Mes yeux s'écarquillèrent, et sans m'en rendre compte, je laissai tomber mes sacs au sol, le temps sembla s'arrêter tant le spectacle qui se déroulait sous mes yeux me retourna le cerveau.

Devant moi, je le réalisai une fois mes esprits retrouvés, se trouvait la dernière personne, après Sasuke, que je voulais revoir. Naruto. « M-merde ! » s'essouffla-t-il. Derrière le comptoir, cette tête blonde d'idiot venait de m'accueillir comme on accueille les clients. Il était là. Tout se mélangeait dans mon esprit. Il était à la place d'Ayame, de la mienne, et je n'en croyais pas mes yeux. A son tour, je vis son visage se décomposer. Visiblement, il s'y attendait presque moins que moi. Le contact visuel fut long, la compréhension lente, et quand je réalisai enfin ce qui se passait, une vague de colère fit palpiter mon cœur. Je fis un grand pas en avant et j'élançai mon bras, pointant mon doigt directement sur lui.

-T-toi ! Qu'est ce que tu fous ici ?

Paniqué, un cri sortit de sa bouche. Il recula sans regarder où il mettait les pieds et manqua de tomber. Sa bouche était ouverte, il essaya de parler sans réussite, alors que je m'apprêtai à lui sauter à la gorge pour l'étriper.

-J-je ! Aaa-attend !

-Je rêve !

-J-je vais tout t'expliquer, mais- aaah ! Calme-toi !

Par instinct, je pris d'une poignée de main le pot à crayon sur le comptoir pour le jeter sur lui.

-Tu n'as rien à faire ici !

Il poussa un second cri en cachant son visage avec ses bras. Etait-ce une mauvaise blague ? Un coup monté ? Personne ne savait que je rentrais aujourd'hui. Et si j'allais dans l'arrière boutique, Sasuke s'y trouverait en train de faire l'inventaire ? Putain.. Putain ! Je le déteste ! Alors que je me rapprochais dangereusement de lui sans savoir ce qui se passerait au moment où je l'aurais à ma portée, je le vis prendre tout ce qu'il avait sous la main pour se protéger des projectiles que je lui lançai.

-Ay-Ayameee !

Le fait qu'il s'écrit le prénom de ma collègue me mit dans un état de fureur encore plus grand.

-Et comment tu la connais, hein ?!

Je lui lançai un épais carnet qui était sur le comptoir. Des dizaines de petites feuilles en sortirent et voletaient dans l'air comme des confettis.

-Sakura ! Mon Dieu, que fais-tu ?

Je tournais la tête, essoufflée par la colère qui m'avait pris à la gorge en si peu de temps. Je vis le visage d'Ayame, teinté d'une certaine surprise. Je pointais mon doigt violemment vers l'intrus une fois de plus.

-Et lui, il fout quoi, ici ?!

Elle poussa un lourd soupire avant de regarder par la fenêtre. Elle souffla un « calme toi bon sang, tu vas faire fuir tous les clients ! »

Je m'en fichais royalement. J'avais l'impression d'avoir été vulgairement remplacée pendant mon départ, que la vie avait repris son court et que tout se déroulait comme si je n'allais jamais revenir. Je jetai un regard meurtrier vers le Naruto en question. Son expression était mélangée entre peur et colère également. Avait-il une raison d'être en colère ? Sûrement moins que moi.

Ayame s'avança vers nous pour ramasser en râlant les papiers qui volaient dans la pièce un peu plus tôt. Je réalisai bien vite qu'il s'agissait sûrement du carnet de commandes pour les livraisons. Si même ça, ils avaient réussi à le tenir alors que j'étais absente, j'étais bonne à rentrer chez moi. Le blond lança un « elle est vraiment folle ! » accusateur, auquel j'allais m'empresser de répondre avant qu'Ichiraku ne fasse son entrée, du coté de son restaurant.

-Que se passe-t-il ici ?

Son regard froncé se tourna vers moi. « Oh, mais, Sakura ! » Puis c'est la joie qui tira ses traits. Il s'approcha et posa ses deux mains sur mes épaules chaleureusement. Ma colère redescendit aussitôt, enfin quelqu'un était heureux de me retrouver.

-Enfin, tu es rentré ! Mais, tu ne nous as pas prévenus ?

J'entendis L'usurpateur pousser un soupire.

-Je voulais faire une surprise, répondis-je.

Mes yeux se posèrent sur Ayame qui reclassait les feuillets d'un air agacé. Ce n'était pas la meilleure image d'elle qu'elle me renvoyait pour mon retour.

-Mais je vois qu'il y a eut du changement, ici…

J'avais finis ma phrase, les sourcils froncés sur Naruto qui, lui, était resté dans son coin, comme traumatisé.

-Allons Naruto, prend les valises de Sakura et portent-les jusqu'à son appartement veux-tu ?

Il s'écria un « heeein ? » qui fut suivit de près par mon « il n'en est pas question ! » Puis Ayame prit la parole en se relevant, après avoir ramassé le pot de crayons.

-Vous vous connaissez tous les deux ?

Il répondit un « oui » en même temps que mon « non ». Bon sang, il arrête de parler en même temps que moi ? Ichiraku eut un rire. Il n'y avait vraiment, mais alors vraiment pas de quoi s'amuser. Il insista auprès de Naruto pour qu'il porte mes affaires, mais je ne voulais pas qu'il s'approche de mes bagages. Il râla fortement, comme un enfant qu'on venait de punir, puis s'avança vers nous. Non, il va quand même pas oser toucher mes affaires ? Mais face à la gentillesse d'Ichiraku, je n'arrivais pas à m'interposer. C'est ainsi que je le vis prendre mon sac sur son épaule, ma valise d'une main et l'autre de la même efficacité. Je n'aurais pas soupçonné qu'il porte avec une telle facilité ce que j'avais souffert à transporter pendant tout le trajet.

A quelques centimètres de moi, toujours avec cet air mécontent et frustré, sans me regarder dans les yeux il tendit son autre bras vers mon sac à main. Je me penchais vers son oreille et chuchotai un « certainement pas. » Auquel il répondit par un très lourd soupire. Durant quelques secondes le bleu de ses yeux me paru transperçant. Il semblait sérieux. Le même sérieux avec lequel il m'avait raconté cette histoire loufoque à laquelle je ne préférais plus penser. Je le détestais d'avoir fait ça. Lui comme Sasuke. Ma haine était parfaitement partagée entre ces deux.

Ichiraku lui indiqua l'étage, il devrait passer par l'intérieur de la boutique en prenant l'escalier. Et Dieu sait à quel point sans bagage il m'était fatiguant de le descendre et de le remonter. Je jubilais à l'idée de le savoir subir ça.

La voix d'Ayame me ramena à la raison. « Et ta blessure, Sakura ? » Très vite, je me souvins être partie, meurtrie et avec une cicatrice encore susceptible de s'ouvrir à n'importe quel effort. Je passai la main sur mon ventre et fis un sourire au vue de l'inquiétude qui régnait.

-Ca va beaucoup mieux, merci. C'est juste une vilaine cicatrice, maintenant.

La vérité et que lorsque je faisais un effort trop violent, elle me relançait légèrement. Et que j'étais obligée de passer un baume matin et soir dessus pour espérer que dans quelques années, elle serait devenue invisible. Alors Ichiraku m'invita à le suivre du coté restaurant. Une odeur délicieuse s'en dégageait. Il demanda à sa fille de tenir le combini « Le temps que Naruto revienne ». Et cette dernière phrase me frit froncer les sourcils violemment. C'est comme si avec quelques mots, il venait de confirmer le cauchemar qui s'était dessiné dans mon esprit. Avait-il postulé depuis mon absence ? Souhaitait-il toujours me coller aux basques comme il avait osé faire quelques semaines plus tôt ? N'allais-je donc pas pouvoir être paisible et oublier Sasuke tranquillement ?

Je m'assis en face de lui sur la chaise haute. Très vite je pus constater l'expansion de cette partie qu'il chérissait tant. Cela ressemblait à un véritable restaurant de passage. Il se mit en place et me servit un bol bouillant de ramen. Mes yeux se posèrent sur chaque détail de la décoration, aboutie.

-Tu sembles perdue, hein ?

Je sentis la chaleureuse odeur d'un bon plat, et ça faisait longtemps. Ma mère cuisinait bien, mais elle ne le faisait pas par passion.

-Un peu…

Au loin, j'entendis l'idiot blond s'écrier un « c'est bon, j'prends le relais ! » qui me fit serrer les dents. Je ne pouvais pas accepter une telle situation. Sans que je contrôle mon geste, ma main frappa violemment le comptoir, si bien que quelques gouttes de ramen s'échappèrent du bol après la secousse. Je me penchai vers Ichiraku, et chuchotai un « sérieusement, qu'est ce qu'il fait là ? Pourquoi lui ? Ici ? » sans cacher ma colère.

Il poussa un soupire et son regard s'étendit au loin, vers le combini. Je compris qu'il allait m'expliquer. Il commença par un « Alors comme ça, tu connais Naruto » et le fait qu'il utilise son prénom pour parler de lui m'énerva encore un peu plus. Il prit un torchon et se mit à essuyer des bols un par un.

- Au début, ce n'était que provisoire.

- Au début ? Répondis-je.

- Nous ne voulions prendre personne, avec Ayame. Soupira-t-il. Attendre ton retour était suffisant. Mais…

Mais quoi ? Qu'est ce qu'il fout là, si vous ne vouliez de personne d'autre ?

-Quelques jours après ton départ, il est venu demander du travail. Non, presque supplier, avec une détermination que je n'avais jamais vue chez personne d'autre.

Je revoyais son visage, trop proche du mien, alors qu'il m'avait bloqué contre un mur de la ville pour m'expliquer ce qu'il s'était passé. Pourquoi il connaissait Lee, pourquoi il connaissait Sasuke, pourquoi il était là, pourquoi il avait fait irruption dans ma vie.

- Il ventait son bon travail, son dévouement. Et il disait vrai.

Mes yeux restèrent fixes sur le ramen, sur les formes et les vagues que la soupe prenait lorsque je plongeais mes baguettes dedans. Je ne voulais pas y croire. Pas croire que mon quotidien avait pu être bousculé de la sorte alors même que je n'en étais pas témoin.

- Il ne sait pas jusqu'à quand il va rester, continua Ichiraku. Mais en attendant, il a pris l'appartement sous les toits.

Chaque mot qui constituait sa phrase était tel un coup de poignard. Je n'arrivais même pas à comprendre comment j'arrivais à rester calme malgré tout, cette histoire était ahurissante. Il habitait maintenant le même immeuble que moi, en plus de m'avoir pris mon travail alors que je n'étais plus là. Mon quotidien avait non seulement été bouleversé, mais en plus il s'apprêtait à se transformer en enfer.

- Mais cet appartement est inhabitable ! M'empressai-je de répondre

Et c'était vrai. C'était une chambre de bonne, le lit était juste à coté de la « salle de bain », une cuisine presque inexistante était dessinée sous le plafond qui prenait l'angle du toit de l'immeuble, il devait y avoir au maximum trois mètres carrés d'espaces libres et seule une grande fenêtre donnant sur la cour intérieure donnait vie à cette pièce.

- Mais Naruto en est vraiment content, pourtant.

Il finit sa phrase sur un rire. Alors que j'avais envie de pleurer. Il constituait à lui tout seul tout ce qui allait m'empêcher de continuer ma vie d'une façon normale.

- Il est souvent très maladroit, et je ne sais pas ce qu'il t'a fait mais, Sakura…

Je relevai les yeux vers lui et ravalai mes larmes.

-Naruto est vraiment un garçon bien.

Je me forçai à avoir un rire, plus nerveux qu'autre chose. Pour moi « Naruto » rimait seulement avec le fait que j'étais tombée amoureuse pour la première fois, d'un garçon ténébreux et ingrat qui après m'avoir embrassé avait disparu volontairement dans la nature.

- En plus, c'est mon premier fan ! Il éclata de rire. Je n'ai jamais vu quelqu'un autant aimer mes ramens.

Cela me coupa presque l'appétit.

-J-je ne finirai pas, Ichiraku. Merci quand même, je vais aller me reposer.

Je m'empressai de descendre de mon tabouret. « Mais- tu n'as même pas goûté ! ». Il fallait que je retrouve un environnement à moi, mais qui n'avait pas changé. En passant par le combini, mon regard croisa celui de l'idiot en question. Je le vis hausser les sourcils et ouvrir la bouche « A- ! » mais je tournai les talons pour prendre la porte et monter jusqu'à mon appartement.

Arrivée à mon étage, je vis mes affaires gentiment posées face à la porte. Je soupirai. Puis d'un geste automatique, je sortis mes clefs de mon sac à main et ouvris ma porte. En rentrant, je ne sus pas dire si l'atmosphère de mon appartement me rassurait plus. Il semblait presque que je faisais un bond dans le temps quelques semaines plus tôt, tout s'était figé à partir du moment où j'étais partie en vacances chez mes parents. J'entrai, tirant mes valises et mon sac.

Chaque objet et sa disposition me criait, me rappelait mon état d'esprit à ce moment là. Ce sweat jaune, en boule sur le canapé. Je me remémorais l'avoir jeté après avoir soupiré un « j'ai pas besoin de ce truc, il fait trop chaud dehors ! ». En vérité, sa couleur jaune me faisait penser avec dégoût à la tignasse blonde de l'imbécile qui m'avait suivit pendant une journée.

Dans la salle de bain, ma panière à linge sale était pleine. Pleine des vêtements qu'Ino m'avait ramenés à l'hôpital et que je n'avais pas portés, pour les mettre lourdement ici après avoir vidé ma valise qui me servirait pour aller à Osaka. En haut du tas, le tee-shirt décolleté, troué au niveau du ventre, et tâché de mon sang. J'eus un rire qui failli virer aux larmes. Pourquoi je garde ce machin ?

Je me dirigeai vers la cuisine pour prendre un sac poubelle. Tout était trop en bazar à mes yeux. Pendant une heure, le seul moyen que je trouvai pour me vider l'esprit fut de tout nettoyer, jeter tout ce qui ne me servait pas. Tous ces brouillons de mes cours, tous ces vieux vêtements dans mon armoire, le flacon de parfum vide dans ma salle de bain, cette soupe que j'avais achetée en emménageant mais que je n'avais jamais bue et que je ne cuisinerai surement jamais. Mon cerveau bouillonnait de souvenirs dont je voulais me débarrasser. En rangeant mon armoire, je tombai sur une écharpe fine que m'avais prêté Ino.

Je me stoppai d'un coup.

Il fallait que je l'appelle. Que je lui raconte, que je la vois, je ne pouvais pas rester seule une minute de plus, seulement moi dans mon appartement, à réfléchir en détruisant mon passé. Je ne pouvais pas m'arrêter de vivre pour une personne qui était sortie de ma vie, ou pour une autre qui s'y imposait. Mon nouveau portable en main, je composai son numéro après me l'être répété deux fois mentalement pour en être sûre.

Elle ne décrocha pas au premier appel. J'insistai. Ino ne répondait que très rarement aux appels inconnus, elle considérait qu'elle pouvait répondre seulement s'il y avait une certaine insistance.

-Allô ?

Je fus surprise de l'entendre avec une voix sobre, sans émotion, presque sérieuse. C'est comme ça qu'elle parlait aux gens qu'elle ne connaissait pas en temps normal. Depuis combien de temps ne m'avait-elle pas parler avec ce ton ?

-Ino ? C'est moi, Sakura.

Je l'entendis étouffer un cri. Je la retrouvai.

-Oh mon- ! Sakura !

J'eus un rire.

-Je te déteeeeste ! s'exclama-t-elle.

-Pardon ?

Je pris sa phrase sur un ton amusé. Je ne savais pas de quoi elle parlait, mais elle accentuait naturellement tous ses dires.

-J'ai appelé chez toi tout à l'heure, tes parents m'ont dit que tu étais rentrée ! Râla-t-elle. Comment as-tu osé me le cacher ?!

Je n'avais pas envisagé cette possibilité. J'aurais pu dire simplement à Ino que j'avais envie de rentrer tranquillement sans être attendue, mais je savais que ce n'est pas ce qu'elle préfèrerait entendre.

- Je sais Ino, soupirai-je, je suis désolée. Mais maintenant que je suis rentrée, me rattrapai-je, on peut peut-être se voir ?

Je l'entendis rire de joie.

-Un peu qu'on va se voir !

Ino ne tarda pas à me donner rendez-vous au café où nous avions l'habitude de nous voir. J'avais l'impression que cela faisait une éternité que je n'avais pas eu de vie sociale. Je n'avais pas rechigné, comme j'avais tendance à le faire avant, pour qu'on se retrouve. En vérifiant mon reflet dans le miroir, et prenant un gilet fin noir pour aller avec ma robe d'été, je me rendis compte que j'avais eu la dose de solitude à laquelle j'aspirais souvent. J'avais même dépassé cette dose, et un besoin d'être entourée me prenait maintenant doucement à la gorge.

En fermant la porte derrière moi, je repensai au fait qu'il fallait que je discute avec Ichiraku de ma place au combini. Je comptais bien reprendre le travail, bien que nous ayons décidé que je recommencerai une fois la rentrée scolaire arrivée. Est-ce que le fait que je reprendrais ma place ferait virer Naruto ?

Je poussai la porte en entrai dans l'arrière boutique. Je préférais passer par le combini d'une manière générale que par la grosse porte d'entrée que j'avais toujours du mal à ouvrir, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur. Mon cœur fit soudain un bond. Putain ! Comment avais-je pu oublier l'espace d'un instant qu'il serait derrière le comptoir ? Pourquoi je suis passée par là ? Merde ! Mon regard croisa le sien. Je ne pouvais pas faire demi-tour, je ne pouvais pas faire semblant de ne pas l'avoir vu.

Dans mes souvenirs, le regard de Sasuke était tellement sombre que lorsque nos visages étaient tournés l'un vers l'autre, j'avais du mal à savoir s'il me regardait dans les yeux ou non. Naruto, c'était totalement l'inverse. Je savais qu'il m'avait regardé à cet instant précis où je rentrai dans le combini par l'arrière-boutique. Ses yeux étaient trop bleus, trop clairs, le chemin de sa pupille était incroyablement facile à suivre.

Ne pouvant plus reculer, je me contentai d'accélérer le pas en fronçant les sourcils. J'allais y arriver, j'allais sortir comme si de rien n'était, et oublier le sentiment étrange qui m'avait envahi en le voyant à cet endroit que j'ai tant côtoyé. Je ne supporterais pas de l'appeler « collègue » ou même de le considérer comme tel.

-Attend !

Je m'arrêtai. Pourquoi ? Pourquoi tu t'arrêtes ? Idiote ! Je me maudis moi-même, avant de me retourner, le regard méchant. Je m'attendais à le voir, avec son air bête sur le visage, cherchant ses mots. Mais ce ne fut pas le cas. Et mon cœur en fut surpris de nouveau.

- Quand est-ce que tu me laisseras t'expliquer ?

Sa voix, son visage, ses mots, chaque fois que je le regardais où l'écoutais, je vivais un flashback du soir où j'avais décidé de retourner à Osaka. J'avais l'impression qu'il voulait encore se justifier et me déballer l'histoire avec Sasuke. Mais… NON !

- Je ne veux même pas savoir.

Puis je sortis définitivement. J'espérais juste me réveiller de ce mauvais rêve. J'avançai plus vite dans la rue sans mes bagages, et très vite je retrouvai ma facilité à me faufiler entre les gens. Le trajet fut court, et très vite, je pus traduire l'enthousiasme d'Ino à travers le fait qu'elle était déjà là, à m'attendre de pied ferme.

Un grand sourire envahi mon visage et alors que j'arrivais à son niveau, elle me serra dans ses bras, plus haute que moi perchée sur des talons compensés.

-Oh ma Sakiiii je ne t'ai pas vu depuis une éternité !

- Ah, j'ai trouvé aussi !

Elle m'invita à m'asseoir à une table en terrasse, alors que le soleil commençait doucement à décliner dans le ciel.

- Raconte-moi TOUT.

Elle me fit rire de nouveau. Je lui avais déjà tout raconté par téléphone plusieurs fois, mais en elle redemandait. Je comptais bien lui dire la surprise à laquelle j'avais eu droit en revenant. Elle exprimerait sûrement tout haut ce que je ressentais tout bas.

Très vite, elle commanda une bière, et j'en fis de même. Elle me chuchota un « c'est un nouveau serveur, non ? Je crois que c'est la première fois que je vois un serveur en surpoids ! ». Je jetai un regard vers ledit serveur lorsqu'il nous apporta nos boissons. Il était effectivement un peu gros, et son badge indiquait son prénom « Chôji ». En souriant, ses petits yeux se plissèrent et il me fit l'impression d'être d'une incroyable gentillesse. Ino lui fit un sourire charmeur. Pourquoi faisait-elle ça ? Elle tenait en horreur les garçons un peu gros. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'user de son sex appeal lorsqu'elle sentait qu'il était efficace. Je relevai les yeux vers le serveur qui garda son calme, lui rendant simplement son sourire, amicalement. Une fois qu'il fut parti, elle se pencha de nouveau vers moi « tu as vu ça ? Il n'a même pas rougis ! Je suis trop déçue ! ».

Elle porta de nouveau son attention vers moi en croisant ses mains sous son menton, l'air de dire « allez vas-y, je t'écoute ». Je lui fis un rapide rappel des raisons qui m'avaient poussée à quitter Tokyo il y a quelques semaines. En parfaite meilleure amie, elle avait retenue le moindre de mes propos au téléphone et bientôt, ce fut elle qui continua le récit à ma place. J'eus un rire alors que nous terminions notre première bière. Elle en recommanda deux autres rapidement, insistant sur le fait que c'est elle qui m'invitait, bien trop heureuse de me retrouver et peut être bien trop décidée à fêter ça. Je n'étais pas sûre que mon corps entier soit près à faire face à cette soirée improvisée, avec beaucoup d'alcool, qu'elle s'apprêtait à me faire passer sans m'en avoir touché un mot. Et je n'étais pas sûre de pouvoir résister. J'avais étrangement envie de me lâcher, peut être pour oublier ce qui me tourmentait beaucoup trop en ce moment.

Je continuais mon récit, jusqu'à lui expliquer ce à quoi j'avais dû faire face tout à l'heure.

- Tu te rends compte ? Cet abruti, à ma place !

Elle soupira.

- Je me souviens plus, tu m'as dit qu'il était mignon ?

Je fronçais les sourcils en finissant ma deuxième bière. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle s'intéresse à ces choses là ? C'est comme si avant d'émettre un jugement, il fallait qu'elle catégorise la personne dont nous parlions du coté « je pourrais être attirée par lui » ou « je ne pourrais pas être attirée par lui ». J'essayais de me concentrer sur sa question. Les yeux bleus du stupide Naruto me revinrent en mémoire. Je le revit gratter sa tignasse blonde d'un air bête, puis sourire et rire aux éclats lorsqu'il parlait à Lee, le soir où mon monde s'était écroulé en apprenant que c'était le meilleur ami de Sasuke.

- Objectivement, oui, il est mignon.

C'était sorti tout seul. Pourquoi t'as dit ça ? Tu le détestes ! Ino se mit à rire en tortillant une mèche de cheveux autour de son doigt.

- Tu as de la chance, Saki.

Je fronçai une fois de plus les sourcils. Comment pouvait-elle appeler ça de la chance ?

- Je veux dire, dans tes malheurs, tu tombes toujours sur des garçons mignons.

Je levais les yeux au ciel en rigolant. Ca me faisait un bien fou de me changer les idées. Elle ajouta un « sauf celui avec les gros sourcils. Non sérieux, il est peut être très gentil, mais il mériterait vraiment un tour chez l'esthéticienne ! » Puis, alors que le soleil s'était couché et que la nuit faisait place, Ino appela de nouveau le serveur. Elle commanda des shots de saké. Et c'est là que je compris que les choses devenaient sérieuses. En voyant qu'elle faisait ses yeux de biches au serveur à l'embonpoint, je me mis à additionner certains faits. Elle draguait quelqu'un par qui elle n'était pas attirée, elle improvisait une soirée qui n'était pas prévue au départ et y ajoutait beaucoup d'alcool, et elle me parlait sans cesse du coté « mignon » des garçons. Quelque chose n'allait pas.

- Ino ? l'interrogeai-je, alors qu'elle prit cul sec le premier shot.

- Oui ma Saki ?

A son grand sourire et ses yeux brillants, je compris qu'elle aussi sentait l'alcool monter à son cerveau. Je disais « elle aussi » puisque j'étais dans la même situation. Ca faisait tellement longtemps que je n'avais pas bu d'alcool que j'avais l'impression d'avoir quinze ans et d'être à une de mes premières soirées entre copines.

- Ca va, toi ?

Je me penchai vers elle en posant ma main sur la sienne. En posant cette question, je compris aussitôt que j'avais mis le doigt sur quelque chose. L'alcool aidant, je vis immédiatement de grosses larmes monter au bord de ses yeux. Oh merde, pas bon, pas bon ! Elle se mit à sangloter en gardant la tête haute. Ino ne pleurait que très rarement. Malgré sa facilité à exposer ses problèmes de couple, lorsque ça n'allait vraiment pas, elle se murait dans un silence imperceptible. Si elle n'avait pas bu, elle aurait sûrement arboré un de ses plus beaux sourires en me répondant « tout va bien, oui ! » avant de changer de sujet.

- Oh non, Ino, regarde moi, dis-je en me penchant vers elle le cœur lourd, raconte-moi tout !

J'essuyai une larme avant qu'elle ne roule jusqu'à son menton. Elle reprit sa respiration, avant de sécher vivement son visage avec ses deux mains. Elle se mit à rire, comme si elle regrettait déjà d'avoir été faible l'espace de quelques secondes. « Pardon, c'est trop bête ! » Elle riait en pleurant, cachant son visage rougit par un mélange d'alcool et de tristesse.

- Non, c'est pas bête, explique moi !

Le serveur qui prévoyait de nous apporter la suite, lança un regard désolé en sa direction et fit demi-tour. Je remarquai même qu'il alla voir les autres clients, comme pour les distraire et qu'ils arrêtent de regarder dans notre direction. Après quelques sursauts de larmes, elle arriva enfin à se calmer. « Chôji » choisi ce moment pour déposer discrètement un mouchoir en tissu au bord de la table, juste à coté de son coude. Elle releva ses grands yeux bleus larmoyants vers lui, et fut comme brusquement émue par ce geste presque tendre. Il n'arriva pas à soutenir son regard et s'en alla. Elle s'essuya le visage avec toute la délicatesse qui la caractérisait, alors que mes yeux ne quittaient plus les siens, attendant une explication.

Je me doutais malheureusement de ce qu'elle allait me dire. Je savais que Kiba avait quelque chose à voir là-dedans. Je me frappai mentalement, me détestai en réalisant que je m'étais reposée sur le fort caractère de mon amie pour ne pas faire attention à ses états d'âmes.

-C'est… C'est Kiba, souffla-t-elle. On s'est séparés.

D'autres larmes vinrent s'échouer sur la table. Elle les essuya aussitôt. Je m'en voulais encore plus. En réunissant toutes les petites choses qu'elle m'avait racontées au sujet de son couple, c'était évident que malgré la légèreté avec laquelle elle prenait tout ça, ça n'allait plus entre eux. Pourquoi avais-je été aussi auto-centrée sur mes problèmes ? Ino, elle, remarquait à chaque fois que ça n'allait pas pour moi. Parfois, je faisais une amie vraiment pathétique. Les larmes me brulèrent à mon tour les yeux. Mais je ne pouvais pas me permettre d'être aussi faible. Elle reprit son calme une bonne fois pour toute en tendant d'arborer une expression qui voulait dire « c'est bon, ça va ». Puis elle inspira profondément avant de se lancer dans les explications.

- Ca s'est fait quand tu étais à Osaka. Je n'avais vraiment pas envie d'en parler. Comparé à ton agression, c'était tellement pathétique comme problème…

A mes yeux, ma meilleure amie avec une peine de cœur, qui ne peut pas se retenir de pleurer alors que c'est la personne la plus forte que je connaisse, c'était tout aussi important que n'importe quelle souffrance personnelle. Je lui serrai la main très fort en fronçant les sourcils pour qu'elle me regarde dans les yeux.

- Ecoute Ino, je t'interdis de me cacher quoi que ce soit qui te rend malheureuse. Je sais que je suis nulle en tant qu'amie mais-

Elle se mit à rire et une autre larme roula sur sa joue. Elle me coupa « tu es une amie géniale Sakura, merci. »

Mon cœur se réchauffa avant de se serrer. Je décidai de la laisser parler, alors qu'elle enchaîna deux shots de saké comme pour se donner du courage. Je trouvais que c'était tout sauf raisonnable, sauf que je n'avais pas envie de l'être ce soir. C'était exceptionnel, mais je n'avais pas envie de l'empêcher de passer une bonne soirée. Me lâcher ne me ferait pas de mal, peut être juste un peu au crâne demain matin. Je me mis à suivre sa descente d'alcool gaiment alors qu'elle retrouvait le sourire en tâchant d'amener une note d'humour à son récit qui était tout sauf drôle.

- Je crois que ça a commencé quand il a arrêté de faire des efforts par rapport à moi avec son chien.

Soudain, je revis ce gros chien blanc qui me regardait dans mon bain, le soir où j'avais dû le garder contre mon gré. Ca m'arracha un rire, Ino me rejoignit comme si elle avait compris à quoi je pensais.

- Un soir, il m'a posé un lapin au restaurant. Pourquoi a-t-il fait ça, il ne me l'a jamais vraiment dit, soupira-t-elle.

Ses yeux se perdirent dans le vide.

- Je crois que ça devenait trop sérieux pour lui. L'engagement, ce n'était pas son truc.

Mon cœur se serra. Je n'avais embrassé que Sasuke, et une seule fois. Mes sentiments et sa fuite m'avaient rendu atrocement malheureuse, je n'osai pas imaginer la douleur de perdre quelqu'un lorsque l'amour prenait place dans une véritable relation.

- Puis, son chien est tombé malade. Il ne m'écoutait plus, ne répondait plus au téléphone.

J'avais du mal à comprendre comment un animal pouvait prendre autant de place dans la vie de quelqu'un, puisqu'à part un misérable poisson rouge à mes dix ans, je n'en avais jamais eu. Ino pouvait être d'un caractère insupportable, mais elle était aussi d'un amour dévoué et adorable, comment avait-il pu lui préférer un chien ? Il avait probablement dû grandir à ses cotés pour se comporter de la sorte.

- Un soir, après une semaine sans nouvelle, il est venu me voir.

En voyant son expression se ternir, je sentais que la conclusion de son histoire approchait. Elle interpella le serveur pour lui demander d'autres shots, il sembla hésiter un instant en entendant qu'elle avait buté sur le mot « saké » comme si l'alcool faisait son travail. Mais après l'avoir regardé peut être un peu trop longtemps pour que ce soit normal, il s'exécuta.

Ino reprit.

- Il s'est excusé mais n'a rien ajouté de plus. On a fait l'amour, il n'arrivait pas à me regarder dans les yeux, et c'est la que j'ai compris que c'était un adieu.

Pour une fois, je ne fus même pas gênée qu'elle intègre à notre discussion ses ébats sexuels. A la façon dont elle racontait ça, c'était presque romantique. Mais affreusement triste. Je trouvais ça infecte qu'il soit venu pour coucher avec elle et la quitter par la suite, mais elle ne semblait pas voir ça sous cet angle. Elle soupira lourdement.

- Il est resté dormir pour ne pas passer pour le connard qui couche et qui se casse.

Elle eut un sourire triste.

- En s'endormant, il m'a tourné le dos comme s'il était résigné. Puis inconsciemment, il s'est tourné vers moi et m'a serré dans ses bras toute la nuit.

- Mais… L'interrompis-je. Vous n'avez pas parlé ? De rien ?

Elle sembla hésiter.

- Tout était clair. Les mots ne marchaient plus, les gestes et les regards parlaient à nos places.

J'avais l'impression d'être en face d'un film dramatique qui allait me tirer les larmes des yeux.

- Le matin, il a essayé de partir sans me réveiller. Je me suis mise à pleurer dans le lit. Il s'est contenté de s'asseoir à l'autre bout pour tendre son bras et caresser mes cheveux. Pour finalement souffler un « désolé ».

Mon Dieu.

- Alors il est parti. C'est vers ces jours là que j'ai arrêté de t'appeler, c'était trop dur de faire semblant que tout allait bien.

Je repensai à ces quatre jours sans nouvelles que j'avais passés. Je croyais que c'était parce que j'avais ignoré ses appels puisqu'elle avait trop insisté par rapport à Sasuke. Bon sang, mais quelle idiote, Sakura ! Comment avais-je pu ignorer ma meilleure amie ? J'avais envie de pleurer tellement je me détestais d'être minable à ce point. Je baissai les yeux en m'excusant platement.

Soudain, en voyant l'ambiance beaucoup trop morose qui s'était installée à notre table, elle se reprit d'un coup en tapant dans ses mains, comme pour effacer ce souvenir de sa mémoire. « Allez Sakura, on n'a pas le droit de se laisser abattre ! On est beaucoup plus fortes que ça ! Profitons de notre jeunesse ! »

On se mit à rire toutes les deux, et l'alcool circula dans nos veine en toute jovialité. Comme pour se convaincre que Kiba n'était pas fait pour elle, elle se mit à me raconter toutes les choses qui la répugnaient chez lui. Je failli m'étouffer plusieurs fois de rire, et c'est sûrement à ce moment là que je me mis à utiliser les shots de saké pour soulager ma gorge. Je crois que c'est aussi là que fut mon erreur.

La soirée battait son plein. Je ne comptais plus les verres que nous prenions. Gaiement, nous décidions de changer de bars toutes les demi-heures, et comme je n'arrivais vraiment plus à compter, je ne sais plus combien de barmans nous avons rendu dingue à être saoules comme nous l'étions. Je m'amusais comme une folle et Ino aussi, nous nous sentions vivantes et rien ne pouvait se mettre en travers de notre chemin. Nous nous mettions même à parler à des gens parfaitement inconnus comme si nous étions amis depuis toujours. A un moment, dans un très grand bar où la musique faisait vibrer nos tympans, je tombai sur un visage qui me semblait connu. C'était une fille, blonde, très belle, avec quatre couettes dressées sur sa tête. Je m'étais mise à la dévisager de manière incongrue, chose que je n'aurais même pas osé faire en étant sobre. Alors qu'Ino commandait joyeusement des verres, je m'étais approché d'elle pour la voir de plus près.

Soudain, elle se rendit compte de mon insistance, et me pulvérisa du regard. J'avais envie de me cacher, mais j'étais trop serrée contre les autres gens pour partir. Elle se pencha vers moi.

- Eh, c'est quoi ton problème ?

Je me sentis rougir. Même si c'était impossible qu'elle s'en rende compte avec tous les jeux de lumière qui nous éblouissaient. J'ouvris la bouche et articulai « on s'est déjà vues, non ? » en buttant deux fois sur des syllabes. Elle fronça les sourcils encore plus. Je ne pensais alors pas à quel point ça pouvait être désagréable de parler à quelqu'un de saoul quand on est sobre. Etait-elle sobre ? Elle plissa les yeux, et explosa de rire si violemment que ça me fit sursauter. Elle devait être aussi saoule que moi, en fin de compte.

- Putain, oui on s'est déjà vues, tu m'avais l'air plus sage que ça, t'es grave bourrée là, non ?

Je fis semblant d'être sérieuse, mais le ridicule de la situation me fit exploser de rire à mon tour. Très vite Ino nous rejoignit et on se mit à parler de choses dont je serai incapable de me souvenir le lendemain. Elle m'entraîna sur la piste de danse, où je fis virevolter ma robe d'été au rythme de la musique. Quand des garçons se mirent à danser avec Ino et que l'un d'entre eux jeta son dévolu sur moi, je retournai m'accouder au bar, essoufflée.

La blonde au fort caractère me lança un sourire moqueur, puis me rappela qui elle était en me disant qu'on avait pris le même train pour aller à la fac, un jour. J'arrivai vaguement à me souvenir de ce jour là. J'avais ramassé sa carte et lui avait rendu, et alors qu'elle m'avait semblé être la personne la plus verbalement violente que j'avais rencontré, elle avait essayé de faire étrangement ma connaissance et j'avais eu l'impression qu'elle allait me demander un service. Elle bu une gorgée de son verre d'alcool fort, ça ressemblait à du whisky pur.

- T'es en fac de médecine c'est ça ?

- Euh, oui ! Répondis-je en buvant une gorgée de saké.

Comme la première fois où elle m'avait demandé ça, je ne compris pas d'où venait cette question. Soudain, je me souvins que ce n'était pas la véritable première fois où je l'avais rencontré. OH PUTAIN ! Le test de grossesse ! C'était elle ! Alors que, maladroite et complètement saoule, j'allais lui en reparler, elle me coupa dans mon élan.

- Si on se recroise, il faudra que je te présente quelqu'un.

Quoi ? Pourquoi ? On se connaît à peine !

- C'est une fille adorable mais trop timide pour se faire des amis.

Pourquoi me disait-elle tout ça ? J'avais le visage de quelqu'un à qui on présente ses amis ? Ma tête tournait de plus en plus. Mes yeux n'arrivaient pas à se fixer sur quelque chose et c'était en ça que je détestais tant l'alcool, le plus souvent. Mais je m'amusais trop ce soir pour lui en vouloir.

- Elle s'appelle Hinata, si on se revoit un jour, je te la présenterai. Tu gagneras à la connaître.

J'avais l'impression qu'étant également saoule, elle me parlait de chose dont elle ne m'aurait jamais parlé en étant sobre. Mais l'idée ne me paraissait même pas étrange. J'étais peut être un peu trop seule, moi aussi à la fac, et faire des rencontres ne pourrait me faire que du bien. Evidemment, l'idée me paraissait excitante en vue de l'état dans lequel je me trouvais, mais je savais au fond qu'en pleine journée, complètement sobre et sur le chemin de la fac, ça serait une situation incongrue et particulièrement gênante. Je me contentai de lui répondre un « avec plaisir ! », puis ma meilleure amie nous rejoignis, à court de souffle elle aussi. Elle bu une gorgée « rafraichissante » qui ne l'était sûrement pas vraiment.

Avant de partir, Ino me tira par le bras mais je voulais toujours demander à ma nouvelle amie pour le test de grossesse. Tu es trop saoule, Sakura ! Ces choses ne se demandent pas ! La blonde aux quatre couettes me fit un clin d'œil alors que je pouvais encore l'entendre.

- A plus la vendeuse du combini !

Elle articula alors quelque chose avec sa bouche. Et je me demandai comment je fis pour réussir à déchiffrer ses quelques syllabes « C'était négatif »

Son regard se ternit en quelques dixièmes de secondes, et alors que j'étais incroyablement saoule, je vis la tristesse se peindre sur son visage. Ca ne dura pas. Ma tête tournait de plus en plus. Elle se reprit, puis tendit son verre en ma direction comme pour trinquer.

- A l'insouciance !

Je crois que c'est à partir de ce moment là que les choses ont commencé à se gâter et à devenir troubles. J'avais trop bu. Beaucoup, beaucoup trop bu. Mon ventre commençait à me faire souffrir. Il fallait que je rentre. Alors qu'Ino me tenait par la main en me tirant derrière elle, je ne sais en quelle direction, elle s'arrêta et me regarda dans les yeux. Eux aussi, ils semblaient ne pas réussir à regarder fixement quelque chose.

- Je crois qu'on a trop bu… Ca te dit de rentrer ?

Elle se mit à avoir le hoquet. Et alors que nous étions d'accords pour repartir et dormir chez elle, on s'arrêta une dernière fois au bar où cette soirée avait commencé. Pour je ne sais pas pour quelle raison, elle avait eut envie de revoir le serveur qui avait l'air trop gentil. Et à cet instant, mon ventre cessa de me faire mal, où alors je l'oubliai l'espace du temps où nous avons repris 2 shots de saké. Arrête ça immédiatement, Sakura. Par la suite, les choses devinrent de plus en plus compliquées à comprendre et à assimiler. Ino eut du mal à tenir debout. Alors, l'adorable serveur Chôji s'occupa d'elle, et par chance c'était la fin de son service, enfin c'est ce que j'avais cru comprendre parce qu'il n'avait plus son badge. Ca se trouve, ce n'était pas lui. Mais on aurait dit, quand même, c'était le seul un peu gros.

Je vis qu'Ino avait du mal à parler, et il me demanda si je pouvais rentrer chez moi toute seule. Alors, j'ai dis oui. Sauf que, non, je ne pouvais pas vraiment. A cet instant, je n'étais même plus sûre d'où on se trouvait. Alors j'ai trébuché et j'ai eu du mal à me relever. Le serveur Chôji avait l'air agacé, et j'essayais de m'excuser, mais dans ma tête, tout se mélangeait et j'essayais de parler mais il y avait trop de bruit pour que je m'entende moi-même. Je crois qu'à ce moment, il a prit mon téléphone et a appelé au combini. J'essayai de l'en empêcher. Où alors j'ai seulement pensé au fait de l'en empêcher sans le faire vraiment. Je décidai de m'asseoir par terre, de cette façon le sol tremblait moins. Ce fut si violent que je donnai presque l'impression de m'être cassé la figure. Ou peut être était-ce le cas ?

Ma tête me faisait souffrir. Ino me lança une phrase que je ne compris pas, elle aussi était assise au sol en attendant que Chôji passe le coup de téléphone. Nous étions comme des enfants, par terre, à rigoler à gorges déployées sans savoir pourquoi. Soudain, il m'aida à m'asseoir sur une chaise, et demanda à son collègue de garder un œil sur moi. Puis, il aida Ino à se lever en la soulevant par la taille, elle avait maintenant du mal à tenir sa tête droite. Il allait la raccompagner chez elle. Et me laisser ici, seule. Je poussai un cri à cette idée, j'avais envie de pleurer. C'était fou comme l'alcool pouvait exacerber les sentiments, et vous enlever un paquet d'années d'âge mental. Il revint en soupirant et posa une main sur mon épaule. Je vis sa bouche s'ouvrir, se refermer, comme s'il parlait mais que je ne l'entendais pas. Allez, concentre toi Sakura, écoute ce qu'il te dit !

- Quelqu'un va venir te chercher, attend juste ici d'accord ? Tu vas rentrer chez toi et te reposer.

Les larmes me montèrent aux yeux. Je ne savais plus où j'étais et ma tête tournait dans tous les sens. Quand je fermais les yeux, c'était encore pire. Je faillis tomber de nouveau en gardant les paupières closes trop longtemps. Je vis Ino contre Chôji le gentil s'éloigner et ça me brisa presque le cœur, je me sentis soudain beaucoup trop seule. Un serveur dont je n'arrivais pas à distinguer le visage vint me demander si ça allait. Je poussai un lourd soupire avant de me concentrer sur mes mains. Je ne savais pas si c'était moi qui les faisais bouger ou si elles bougeaient toutes seules. Ma tête tournait affreusement. Le serveur garda sa main sur mon épaule pour m'empêcher de tanguer. Je me concentrai alors sur ses pieds. Il avait de belles chaussures. Et c'est alors des baskets s'arrêtèrent juste à coté de ces mêmes belles chaussures.

- C'est bon, je m'en occupe, merci.

Un homme était là, et venait de dire ces mots, essoufflé. Je relevai la tête. Si vite que j'en eus un haut le cœur et ma tête bascula en arrière. Une main forte vint se poser dans ma nuque pour la retenir. J'ouvris mes yeux vers cette même personne qui m'empêcha de me cogner le crâne. Soudain, mon cœur se mit à palpiter. Le sang battait violemment dans mes tempes. Mon Dieu, que faisait-il là ?

-N-Naruto !

Je fronçai les sourcils brusquement. Non, non ! Je ne veux pas qu'il soit là, je ne veux pas que ça soit lui qui m'aide !

Il m'attrapa les bras pour me relever, mais je me mis à lutter.

-Non ! NON ! P-pas toooi !

Je me débattis comme je le pouvais. Devant moi l'air grave, il me tenait avec force.

- Bon sang Sakura ! Je te ramène à la maison, arrête un peu !

Alors que je criai, je sentais le silence s'installer autour de nous. Naruto me lança un regard assassin, avec ses grandes pupilles bleues qui me donnèrent le vertige. « Maintenant, tu me suis et tu arrête ton cinéma ! » alors que je tentais de me mettre en boule sur la chaise pour ne pas avoir à me lever, je le vis pousser un sourire en pinçant l'arrête de son nez. Qu'allait-il faire ? Pourquoi mon ventre s'accordait avec ma tête pour tourner comme dans un grand huit ?

Soudain, il se pencha sur moi, et posa ses mains des deux cotés de ma taille.

-Aaaah ! M'écriai-je.

Il serra fort et son étreinte fut d'une force étonnante, il me souleva d'un coup du bout des bras pour me poser sur son épaule comme un sac à patates. J'eus l'impression que ma tête allait se décrocher de mon corps. Soudain, je fus si surprise d'avoir décollé du sol que mon souffle fut coupé et j'arrêtai de crier. Mon estomac, mon estomac….

- Allez, on rentre maintenant !

Je vis l'agitation du bar s'éloigner petit à petit. Il me ballotait contre lui, et je ne savais plus quoi penser. J'avais l'impression d'être sur un cheval, et je me mis à rire. Puis je me découvris une fascination à cette nouvelle façon de voir les choses qui m'était inconnue : la tête à l'envers.

- Bon sang, qu'est ce qu'il t'a pris de boire autant ?

Je l'entendais râler, mais je n'arrivais toujours pas à parler, trop obnubilée par ce que je découvrais, décidément beaucoup trop saoule. Je m'accrochais à son tee-shirt, au niveau de ses reins, et le tirai alors sans trop le vouloir. Je vis la peau du bas de son dos. Ses muscles bougeaient en même temps qu'il marchait, et très vite, je posais ma main aussi bien pour me stabiliser que pour sentir son dos en mouvement.

-Qu- Sakura, qu'est ce que tu fous ?

Sa peau était douce. Je n'avais jamais vu un dos d'homme à l'envers la nuit. J'eus un rire. Très vite, je posai ma tête contre son omoplate qui elle aussi s'actionnait doucement. J'entendis sa voix résonner dans son corps, il grommelait, je crois, mais j'étais bien incapable de me concentrer pour comprendre ce qu'il disait. Soudain, alors qu'on passait dans une rue moins passante et moins éclairée, ma tête se remis à tourner beaucoup trop vite. Je sentis le besoin pressent de reposer mes pieds sur terre.

-A-aaah ! R-repose… Moi !

En entendant l'écho de ma voix et en étant témoin de la difficulté que j'éprouvais à tout faire, j'eus un instant de lucidité et compris que l'alcool n'avait pas encore fini de monter à mon cerveau et que ce n'était que le début d'une très longue nuit. Il serra un peu plus fort mes jambes à mesure que je m'agitai pour redescendre, il n'avait pas l'air de comprendre l'urgence, j'avais envie de vomir.

- Raaah, Sakura ! Arrête de bouger ! Tu vois pas que je t'aide ?!

Soudain, je sentis la chaleur de sa main à l'arrière de ma cuisse. Il l'agrippa très fort tout en encerclant fermement mes mollets alors que je failli basculer dans son dos. Apeurée et après un hurlement, je cessai tout mouvement, toute respiration et lui aussi. On se retrouva ainsi, moi comme un sac à patate à presque lui avoir arraché son tee-shirt, et lui, maintenant dos nu, me serrant résolument contre lui. Mon cœur battait si fort, aussi bien dans ma poitrine que dans mes tempes, que je n'arrivais même pas à m'énerver de la situation. Soudain, je me rendis compte de la proximité de son visage avec mes fesses. Sentant une brise nocturne, je réalisai également que je portais une robe, et qu'il devait être à peu près à quelques centimètres de voir la culotte, si ce n'était pas déjà fait.

-Aaaah ! Lâche-moi ! m'écriai-je.

Je fis de grands gestes une fois de plus. Maintenant c'est sûr, il avait dû se retrouver nez à nez avec la dentelle de ma culotte. Il essaya de me retenir plus fermement, et c'est alors que mon estomac, en accord avec le tournis de ma tête, intervint. Je me stoppai net une fois de plus, et j'étais seulement soulevée par les mouvements de son corps dû à sa respiration haletante. J'ouvris de grands yeux en sentant une douleur poignante dans mon ventre. Et c'est alors que dans le silence qui régnait, ma voix tremblante se contenta d'articuler « … Vomis… »

-WHOOAH !

Aussi vite qu'il le pu mais tout de même délicatement, il me descendit de son épaule et me porta jusqu'au mur le plus proche. Fort heureusement, il n'y avait personne et c'était très sombre. Alors qu'il pensait que je tiendrai sûrement debout, il me laissa droite mais je tombai immédiatement pour finir à quatre pattes. Je sentis les graviers brûler la fine peau de mes genoux, mais les crampes dans mon ventres furent trop violentes pour que j'y pense plus.

- Sakura !

Il se pencha derrière moi en posant une main dans mon dos, et ce qui devait arriver arriva. Le saké, même pas un semblant digéré, ressorti gaiement par là où il était rentré dans un haut le cœur silencieux.

- Bon sang, Sakura !

Je sentis ses larges mains, toujours aussi chaudes, caresser mon visage puis ma nuque pour réunir mes cheveux en une poignée qu'il releva pour minimiser les dégâts. La souffrance que je ressenti à l'instant me fit oublier toute la joie que j'avais ressentie pendant cette soirée et qui m'avait rendu tout sauf raisonnable. Mais le pire n'était pas là. Non seulement mes vomissement et douleurs étaient interminables, mais je savais que je n'avais pas encore fini de subir les effets de l'alcool que j'avais ingéré il y avait une quinzaine de minutes à peine.

Je l'entendis soupirer violemment. Mon corps entier se mit à trembler comme une feuille, j'étais frigorifiée et à bout de force alors que ça semblait enfin se calmer. Il se releva après avoir délicatement déposé mes cheveux le long de ma nuque. Non, allait-il m'abandonner là ?

- Reste ici, je reviens.

Son ton était grave. J'avais envie de pleurer. Je l'entendis aller jusqu'au commerce le plus proche, il revint très vite. J'avais vainement essayé de me relever, mais ce fut pour m'asseoir quelques mètres plus loin, et le plus loin possible de cette odeur. Mes jambes m'avaient lâché en plein milieu de la petite ruelle où je finis par me rasseoir en constatant que mes genoux étaient en sang, et je fus heureuse qu'il n'y ait aucun passant pour assister à ce triste spectacle.

- Où tu vas, comme ça ?

Il me rattrapa en quelques pas avant de s'accroupir à mes cotés. Je relevai les yeux vers lui. La lueur jaune du commerce non loin fit briller ses grands yeux bleus et mon cœur ne voulait pas cesser de battre plus fort. Toujours avec un sérieux que je lui connaissais mal, il passa un tissu mouillé sur mon visage pour me débarbouiller. Je ne fermai pas les yeux à un seul instant, trop concentrée à fixer les moindres détails de son visage. Il passa délicatement sur mon front, mes joues, mon nez, mes paupières, mon menton, et plus doucement encore sur mes lèvres où il marqua une pause. Le temps sembla s'arrêter lorsqu'il se décida enfin à me regarder dans les yeux où je pus lire un sentiment indescriptible. Je ne savais plus où j'étais. Son regard était si doux et bienveillant qu'il éveilla au niveau de ma poitrine un flot d'émotions que je n'arrivai pas à retenir.

Ma lèvre inférieure se mis à trembler, et tout en n'arrivant pas à quitter ses yeux des miens, des larmes roulèrent le long de mes joues.

-S-Sakura, qu'est ce que tu as ?

Il fronça les sourcils comme par panique parce qu'il ne semblait pas comprendre ma réaction. Il devait me trouver idiote. Mon corps se remit à trembler comme une feuille, j'avais l'impression de mourir de froid. Il soupira, mais était plus calme.

- Viens là.

En douceur, il s'approcha alors que je venais de me recroqueviller sur moi-même. Avec la même fermeté que pour tenir mes jambes, ses bras vinrent entourer mes épaules avec une chaleur que j'aurais voulu garder pour toujours. Il posa son menton sur ma tête, et me fit basculer légèrement pour que son buste m'apporte plus de chaleur. Il se mit à me bercer, et mes sanglots cessèrent.

Ma tête tournait toujours autant, et j'étais toujours si ivre que j'avais l'impression d'être plus en plein dans un rêve que dans la réalité. C'est sûr, puisque si j'avais été dans la réalité, je ne l'aurais même pas laissé m'approcher tant ma haine envers lui était forte. Mais à cet instant, j'étais simplement rassurée et apaisée. Je fermais les yeux et les douleurs d'un peu partout dans mon corps semblèrent se calmer. Je n'ai aucune idée de combien de temps nous sommes restés ainsi. Je ne sais pas si c'est parce que j'étais trop saoule pour ouvrir les yeux ou trop fatiguée que je réalisai à peine qu'il m'avait de nouveau soulevé. Mais pour me porter contre lui cette foi-ci et franchir la quelque dizaine de mètres qu'il restait avant notre immeuble.

Certains bruits me réveillèrent, comme celui de la grosse porte d'entrée que j'avais tant de mal à fermer, à et ouvrir. Certains de ses gestes aussi, comme lorsqu'il essayait de maintenir cette même lourde porte tout en continuant de me porter. Mon visage reposant sur son torse, j'avais pris pour berceuse sa respiration, parfois ses grognements et surtout les rythmes de son cœur. Pour ne pas avoir à subir mes sentiments, je préférai me convaincre que j'étais en train de rêver, et ça facilita beaucoup de choses, notamment mon endormissement. J'étais beaucoup trop faible pour faire un quelconque geste. Je le sentis s'épuiser à monter les escaliers sous mon poids, les dernières marches semblant les plus douloureuses. Mais alors que, assoupie, je laissai échapper un gémissement d'origine inconnue, j'aurais juré l'entendre rire doucement avant de souffler un « je n'arrive même pas à t'en vouloir »

Il reposa une partie du poids de mon corps sur son genou levé pour chercher des clés dans sa poche et ouvrir ma porte d'entrée. Je n'avais pas la force de me demander comment il avait les clés de chez moi, puisque de toute manière je n'avais pas eut la force de le détester une seule fois depuis qu'il était venu à mon secours. Je ne suis même pas sûre que j'aurais eu la force de vomir de nouveau si ça devait arriver. Il s'arrêta un instant et se reposa lourdement sur ma porte d'entrée après l'avoir refermée. Puis, dans un dernier effort, il m'amena jusqu'à ma chambre, après avoir sûrement cherché où est ce qu'elle se trouvait puisque je l'avais entendu grogner un « bon sang, il est où ce satané lit à la fin ? ».

Je remarquais le moment où me déposa dans mon lit. Non pas parce qu'il l'avait fait violemment, au contraire, je ne crois pas qu'on puisse le faire avec autant de délicatesse, mais plutôt à cause du fait qu'il m'arracha à sa chaleur corporelle. Je réussis à ouvrir une paupière qui se referma aussitôt. Je devais être à mon pic d'alcoolémie tant je ne pouvais plus rien faire à part écouter et gémir.

Il soupira.

- Il faudrait pas que tu dormes en robe.

Je l'avais entendu, mais j'avais eu du mal à traiter l'information. Ca entrait dans mon oreille, se cognait partout dans ma boîte crânienne pour ressortir par l'autre oreille. J'entendis un nouveau soupire puis il se mit à chuchoter. « Sérieux, si je fais ça, il va me tuer… » Il râla de nouveau.

- Eh oh, Sakura, tu te sens de te déshabiller, là ?

Je voulu répondre quelque chose, mais seulement un « gnnne » sortit de ma bouche. Et ma tête s'écroula de l'autre coté sur l'oreiller comme si elle pesait une tonne. Il soupira, encore une fois, de désespoir. « Et qu'est ce que tu t'es fait aux genoux ? Tu crois pas que c'était suffisant de vomir ? ». Il s'arrêta dans son monologue. Un long silence s'en suivit.

- Bon, je peux pas te laisser dormir comme ça, grogna-t-il,…Désolé vieux.

Mon esprit se demanda juste vaguement pourquoi il était passé de « Sakura » à « vieux », je n'étais pas certaine que ce surnom me plairait, mais je savais aussi que je l'aurais oublié demain. Voir à l'instant. Je vécu juste la sensation désagréable d'être de nouveau ballotée dans tous les sens. Je sentis ses mains chaudes sur ma peau, d'abord mes épaules, rapidement mon ventre pour faire descendre ma robe, puis mes jambes comme par une caresse. Mais elles ne restèrent jamais longtemps posées sur moi. Je compris juste par l'apaisement que ça m'apportait que mon corps considérait ça comme agréable. Peut être même que j'esquissai un sourire. Il ressemblerait à tous les coups à une grimace.

- Ok, tant pis pour les sous-vêtements…. Souffla-t-il. Je peux pas aller plus loin.

J'émis un gémissement de nouveau. Sans réponse de sa part, mon esprit se dit que j'étais maintenant seule dans mon lit et que j'allais pouvoir m'endormir avant que mon corps entier ne se rebelle le lendemain. Alors que je m'étais habitée à ce désagréable tournis qui régnait dans ma tête, un dernier geste tendre de sa part le fit poser sa main sur ma joue. Mon subconscient avait envie de rouvrir les yeux, de croiser une dernière fois le bleu de ses yeux avant de devoir le détester de nouveau demain. Mais j'en fus incapable. Ma bouche pus juste s'ouvrir et articuler un pathétique « gnnh-erci… ».

Sa main se retira de mon visage et j'entendis son souffle dans un ultime soupire. Puis, ses pas s'éloignèrent.

« Je crois qu'il faut que j'appelle Sasuke. »

Comme il fallait s'y attendre, mais avec une violence encore plus virulente que ce à quoi je m'attendais, je fus tirée de mon sommeil de cuite par des douleurs dans absolument tout mon corps. Mes genoux, mes pieds, mes cuisses, mon ventre, mes bras, et putain de merde, ma tête me firent souffrir à l'unisson. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais dormi jusqu'à me débarrasser de tous ces symptômes, mais un bruit infâme et strident ne m'avait pas laissé le choix. C'était une putain de sonnerie de téléphone. J'ouvris les paupières avec difficulté. Non, mon corps n'était pas le seul à me faire du mal, l'environnement autour également, puisque la lumière du jour brûla littéralement mes pupilles.

Je laissai sonner une première fois. Etait-ce mon nouveau téléphone qui faisait ce truc assourdissant ? Non, je n'allais pas m'infliger dès maintenant la lente douleur d'essayer de me remémorer la soirée d'hier soir. Je me roulais avec des engourdissements sur le coté où le soleil se faisait moins violent. Puis ça recommença. Ce maudit téléphone se remit à faire ce pour quoi je l'aurais volontiers éclaté au sol, puis brûlé, noyé et enfin jeté par la fenêtre. Il ne me laissait pas le choix. Je savais qu'il était dans le salon.

Lourdement, et d'un élan que je ne pensais pas pouvoir fournir, je me levai. Au départ à quatre pattes, je finis par atteindre le salon en me relevant difficilement sur mes deux jambes. Un véritable tambour se faisait un concert personnel dans mes crâne, et mon estomac, chef ultime de mes actes, me fit vite comprendre que si je me redressais plus que ça, c'était immédiatement direction les toilettes pour faire ressortir ce qu'il avait gardé en réserve. J'atteignis vite l'objet de Satan lorsque la sonnerie s'arrêta. Ce n'était pas mon téléphone. Et ce que j'y vis sur l'écran me glaça et me fit m'affaler immédiatement sur le canapé.

Sasukeappels manqués (2)

Mes palpitations reprirent de plus belle, et ce n'était pas du goût de mes autres organes qui me firent vite avoir des sueurs froides. Je fixai l'écran du téléphone. C'était celui de Naruto. Je ne voulais pas me l'avouer, tout simplement parce que je ne voulais pas m'avouer que j'avais été aussi faible avec lui hier soir alors que je le détestais tout autant que- OH MON DIEU.

Sasuke – messagerie vocale (1)

Ma respiration devint haletante. J'avais sursauté comme si l'objet était brûlant. Que devais-je faire ?

Non Sakura, sûrement pas ça- Sans réfléchir plus longtemps je déverrouillai le téléphone pour appuyer sur OK, et l'apporter à mon oreille, tremblante.

J'eus littéralement le sentiment de me liquéfier en entendant la voix de Sasuke. Son intonation résonna dans tout mon être, et son image flottait sous mes yeux avec une précision déconcertante. Je ne pouvais pas nier mes sentiments. Mon cœur allait exploser, les larmes me montèrent aux yeux, et encore plus lorsque mon cerveau décoda les mots, puis le message que Sasuke avait laissé à Naruto, d'un ton cinglant.

« Oi, espèce d'idiot, pourquoi tu réponds pas ! J'ai rien compris à ton message d'hier soir et j'ai pas que ça à foutre de le décoder, alors putain qu'est ce qui est arrivé à Sakura ? Rappelle moi, et vite. »

VOILA ! Il est tard, mais je n'arrivais plus à m'arrêter d'écrire. Je ne compte plus les mois, les années depuis la dernière fois que j'ai publié. Nous voilà enfin dans le cœur du triangle amoureux, j'espère vraiment que ça vous aura plu et donné envie de lire la suite. Le chapitre est à mes yeux est assez long, mais moins que le dernier je crois. Et même s'il ne le sera jamais assez pour me faire pardonner de ce qui n'est même plus une attente ! Je tiens à vous remercier du fond du cœur pour vos messages, vos encouragements, tous vos petits mots qui m'ont redonné le courage de reprendre l'écriture. Ce chapitre est là grâce à vous et pour vous, alors j'espère qu'il aura été à la hauteur. N'hésitez surtout pas à me donner votre avis. Aussi, je vous laisse aller jeter un œil à ma nouvelle fiction « Roommates » qui est aussi un SasuSakuNaru ! Voilà voilà ! Si vous avez des questions ou si vous trouvez des incohérences, ou si vous avez des revendications, n'hésitez pas ! Je suis à votre disposition. Encore merci pour tout et à très bientôt.

Auk.