Disclaimer : Les personnages de White Collar ne sont pas à moi.
Prise de conscience
Peter considéra son épouse d'un air surpris et un peu interrogateur.
- De quoi veux tu que nous parlions ? Demanda t'il.
- De ce que tu dois faire. Répondit Elizabeth.
Peter la regarda sans comprendre, se demandant où elle voulait en venir. Il se raidit légèrement en songeant qu'elle était sans doute sur le point de lui demander à nouveau de se consacrer uniquement à sa famille.
Il ne voulait pas renoncer à sa quête, même si cela lui en coûtait de quitter son épouse et leur enfant.
- El' je... commença t'il.
Elizabeth l'interrompit avec douceur.
- Laisse moi parler chéri. Ce que j'ai à te dire est vraiment important.
Peter soupira et se tut, attendant la suite.
Elizabeth lui sourit et l'entraîna vers le salon, l'obligea à s'asseoir et prit place à côté de lui.
- J'ai bien réfléchi et je dois avouer que je ne crois pas avoir le droit de te retenir plus longtemps... je suis vraiment désolée de t'avoir obligé à devenir quelqu'un d'autre.
Peter fronça les sourcils, il ne parvenait plus à suivre son épouse, encore moins à comprendre ce qu'elle essayait de lui dire.
- Je ne suis pas devenu quelqu'un d'autre. Prostesta t'il.
- Bien sur que si, corrigea fermement Elizabeth, tu ne t'en es pas rendu compte c'est tout.
Peter se renfrogna, il n'avait aucune envie d'accepter cette affirmation comme étant vraie, il était toujours lui même, il le saurait tout de même s'il avait changé au point de devenir quelqu'un d'autre.
- Et je suis devenu qui ? Questionna t'il.
- Tu étais avant tout un agent du FBI, expliqua Elizabeth, même si tu étais également un merveilleux époux, tu adorais ton travail, tu vivais pour ce que tu devais faire, au point de continuer à étudier des dossiers même une fois à la maison.
Peter fronça les sourcils.
- Je suis toujours un agent du FBI.
- Bien entendu mon chéri, mais, comment dire... tu n'as plus le même attrait qu'avant pour ton travail.
Peter ouvrit la bouche pour protester mais Elizabeth ne lui en laissa pas le temps.
- Avant de dire le contraire, prends le temps d'y réfléchir un peu... avant que le FBI ne refuse de rendre sa liberté à Neal, avant qu'il n'en arrive à penser qu'il ne pourrait gagner sa liberté qu'en simulant sa mort, tu avais une toute autre vision du bureau, tu étais totalement dévoué à ta mission, mais depuis qu'il n'est plus là tu as changé.
Un long silence suivit l'affirmation d'Elizabeth.
Peter était partagé entre la consternation et la désagréable impression qu'Elizabeth était dans le vrai.
Ce n'était pas facile à admettre... il avait préféré penser qu'il faisait moins d'heures à son travail parce qu'Elizabeth lui avait demandé d'être plus présent pour elle et pour l'enfant qu'elle attendait, il s'était en vérité servi de cette demande comme excuse pour prendre de la distance avec son travail.
Mais son épouse avait raison, il avait pris de la distance avec son travail, depuis qu'il avait partagé la déception de Neal après que le FBI ait refusé sa remise en liberté.
Ce jour là Neal n'avait pas été le seul à subir une désillusion pourtant prévisible, lui aussi avait été face à une réalité désagréable.
Cela faisait un moment que Peter avait des doutes sur les actions du bureau et ce qui s'était passé ce jour là les avait confirmés.
Neal avait réagi en faisant une nouvelle tentative pour gagner sa liberté, non sans assurer ses arrières, tout en refusant d'y croire tout à fait, ce que Peter n'avait compris que trop tard.
Lui avait réagi en prenant du recul avec son travail.
Quelque chose s'était comme brisé en lui à la mort de Neal, quelque chose qui avait été fragilisé par tout ce qu'il avait traversé et enduré.
Quelque chose qu'il n'était pas certain de vouloir retrouver.
- Donc, tu es en train de me pousser à reprendre un rythme plus soutenu au bureau ?
- Pas exactement, je sais que le bureau t'a, vous a, beaucoup déçu et que tu ne continues à y travailler parce que ton dévouement est quelque chose que rien ne peut détruire. Ce que j'attends de toi c'est que tu poursuives ce que tu as commencé, que tu cherches Neal, que tu le trouves et que tu le ramènes à la maison.
Peter soupira.
- Ce n'est pas si facile El', en admettant que je réussisse à le trouver et à le convaincre de revenir, il n'est pas du tout certain qu'on le laisse rester avec nous, encore moins qu'il puisse avoir une vie qu'il souhaiterait.
Elizabeth le regarda droit dans les yeux.
- Mais sans lui tu n'as plus le même élan et nous le savons très bien tous les deux n'est-ce pas ?
A nouveau il y eu un silence, plus long et embarrassé que le premier.
Peter se détourna nerveusement, il n'aimait pas trop admettre que son épouse avait raison et il était encore plus mal à l'aise à l'idée qu'elle en ait parfaitement conscience.
Il avait tellement l'habitude de travailler avec Neal, que même pendant le laps de temps où ils n'avaient plus fait équipe et où il avait tout fait pour s'habituer à ce changement qu'il avait lui même initié, la chose n'avait pas été évidente.
Très vite il avait réalisé que Neal lui manquait, il avait affirmé que c'était le travail sur le terrain, qu'il n'était pas prêt à s'enfermer dans un bureau, mais la vérité était quelque peu différente.
Oui... sans Neal à ses côtés il n'avait pas le même élan et effectivement il le savait. Le jeune homme l'obligeait à se dépasser sans cesse, à se remettre en question, à puiser dans ses ressources et à en tirer le meilleur. Autant pour les affaires que pour maintenir son consultant et ami dans un chemin suffisamment droit pour ne pas être renvoyé directement en prison, à l'hôpital ou à la morgue.
Il ne put s'empêcher de frissonner en pensant au jour où il avait cru que cette fois il avait échoué.
Il avait pleuré la mort de Neal, mais pas seulement, il avait aussi pleuré parce que la mort du jeune homme était une perte dont il ne se remettrait pas.
Parce que sa vie allait redevenir ce qu'elle était avant que Neal n'entre dans sa vie et ne la change en profondeur.
Parce que rien ne serait pourtant tout à fait comme avant.
Il avait donné à son fils le nom du disparu, en mémoire de lui, mais pas seulement, c'était également une façon de se donner une seconde chance de veiller sur un être qui en avait besoin, et qui se nommerait Neal, un moyen de se promettre que celui ci il n'échouerait pas à le protéger de tout, y compris de lui même.
- Tu veux donc que je parte ? Demanda t'il.
Elizabeth hocha la tête.
- Seulement pour que tu puisses mieux revenir mon chéri. Dit elle doucement. Je sais que si je te retiens ici avec nous, tu resteras, mais nous te perdrons un peu plus chaque jour. Je ne veux pas être la personne responsable de cela. Je ne veux pas te perdre. Alors si pour cela je dois te laisser partir, je suis prête à le faire. Du moment que tu me donne ta parole de revenir.
Peter l'attira contre lui un peu nerveusement.
- Tu ne me perdrais pas El'...
- Non, tu serais toujours là, et tu serais un époux et un père merveilleux, mais tu ne serais plus l'homme que j'ai épousé et j'aurai contribué à détruire cet homme là.
- Je te promets que non.
- Promets moi plus tôt que tu vas faire ce que je t'ai demandé.
Peter sourit et l'embrassa.
- Cela aussi je peux te le promettre.
- C'est tout ce que je voulais entendre. Sourit Elizabeth.
Ils restèrent enlacés quelques minutes, jusqu'à ce que la voix de leur fils ne les pousse à s'écarter l'un de l'autre.
- Papa ! Pourquoi ton bureau est fermé ?
Peter rejoignit son fils et le souleva entre ses bras.
- Peut être pour empêcher les petits garçons trop curieux d'y entrer. Répondit il.
Neal fit la moue.
- Mais je voulais prendre du papier, pour faire un dessin.
- Je vais t'en donner une. Sourit Peter qui n'était pas dupe.
Ce n'était pas seulement pour prendre une feuille de papier que Neal voulait entrer dans son bureau, il était curieux de tout ce que faisaient ses parents et pour lui le bureau où il n'avait pas le droit d'entrer seul, en théorie, était une tentation des plus grandes.
Il rouvrit la porte et entra avec son fils dans les bras.
Instinctivement il laissa son regard courir à travers la pièce, par habitude. Tout était en ordre, l'ordinateur s'était mis en veille et rien n'avait bougé ni ne manquait. Il n'y avait pas non plus l'ombre d'un intrus.
Peter déposa Neal à terre et lui donna ce qu'il avait demandé.
Le petit garçon lorgna vers l'ordinateur de son père. Il savait que lorsque des petites lumières étaient allumées cela voulait dire que l'appareil l'était aussi.
- Tu fais quoi papa ? Demanda t'il.
- Je regarde de vieux souvenirs. Expliqua Peter en le guidant vers la porte.
- Des souvenirs de quoi ?
- D'un ami.
- De qui ?
- De Neal.
Le regard de son fils s'éclaira à la mention de celui dont il portait le nom.
- Je peux les regarder avec toi papa ?
Peter secoua la tête, un peu triste de devoir refuser et décevoir son fils, mais ne voulant pas l'exposer à des images qu'il était trop jeune pour regarder.
Peut être plus tard, une fois que Peter aurait tout visionné lui même, qu'il se serait assuré que ces vidéos n'étaient pas de nature à traumatiser son fils.
- Pas pour le moment. Répondit il doucement.
Neal le regarda d'un air un peu déçu, ainsi qu'il s'y attendait.
- Pourquoi ?
- Parce que je veux d'abord les regarder seul. Expliqua Peter.
Neal s'élança pour rejoindre sa mère.
- Ne cours pas dans l'escalier ! Lui intima Peter avant de refermer avec soin la porte du bureau.
Lorsqu'il rejoignit sa femme et son fils ce dernier était en train d'expliquer à sa mère ce que lui avait dit son père.
- Papa il va regarder des souvenirs de Neal et ensuite je pourrai les regarder aussi !
Elizabeth garda le silence, mais elle adressa un regard alarmé à Peter.
Il articula silencieusement les mots plus tard puis l'aida dans ce qu'elle était en train de faire, tout en gardant un œil sur leur fils.
Une fois le petit garçon couché Elizabeth se tourna vers son mari.
- Des souvenirs de Neal ?
- J'ai récupéré une clef USB, elle contient des vidéos, je pense qu'elles sont de Neal. Expliqua Peter.
- Mais tu n'as pas la moindre idée de ce que tu vas voir... murmura Elizabeth inquiète.
Peter ne pouvait pas lui dire le contraire et ne savait comment la rassurer.
Comment l'aurait il pu ? Il avait lui même peur de ce qu'il allait voir sur ces vidéos.
Elizabeth posa la main sur son bras.
- Si tu veux, nous pouvons les regarder ensemble. Tu n'as pas besoin d'affronter cela tout seul.
Peter refusa instinctivement. Elle se trompait, il le devait. Il devait au moins cela à Neal. Puisqu'il n'avait pas réussi à le garder en sécurité.
A suivre
