Bêta/Lectrice : Manelor ! Merci pour tes conseils précieux et ton don pour traquer les fautes d'orthographes et surtout ta bonne humeur. Une fille en or qui fait un super boulot.
La Terre du milieu ne m'appartient pas, elle est la propriété de la TOLKIEN estate entreprise. Seule Éden et mes précieux OC sont à moi. Cette histoire ne remplit pas mon compte en banque. La chanson que chante Éden est de Queen : I want to break free.
Merci à tous pour vos commentaires.
Kiffez bien :D
Chapitre 7
Thinnant Ithil
Thinnant Ithil
ar Giliath ,
enend en-fuin,
gwanna i lû
im losta erui..
La lune est partie
Et les étoiles,
Au milieu de la nuit
Le temps s'écoule
Je suis allongée, seule.
Sappho
Quelques heures auparavant, le camp était animé de grandes réjouissances, les rires et les chants témoignaient de la joie des elfes. Les premiers nés d'Illuvàtar reprenaient vie loin des ténèbres du Mordor. Leurs fëa âmes brillaient comme des lumières. Loin de cette vive lueur, deux silhouettes minces, cachées par une épaisse souche d'arbre, s'agitaient faiblement dans la nuit. Un gros sac de toile verte était posé sur un tapis de feuilles mortes. Dans les ténèbres humides de l'automne, on s'échangeait des adieux :
- No gelin a velthin idh raid gîn, que tes chemins soient vert et dorés ... Murmura Andî en pressant doucement l'épaule de la jeune femme.
- De vilui. Merci. Chuchota Éden, au bord des larmes.
La jeune servante du prince était maintenant vêtue comme un ellon. Ses cheveux blonds étaient coiffés de tresses qui étaient ramenées près de chacune de ses tempes. L'uniforme était de couleur vert feuille et à la grande surprise d'Éden, les épaulettes parurent masculiniser sa silhouette. La seule chose pouvant la trahir était son visage féminin, aux traits si juvéniles. Sa relative petite taille pour un elfe était aussi un problème.
Éden rabattit le capuchon de sa cape et serra son poing contre sa poitrine. Il fallait partir. La jeune femme doutait, l'avenir lui semblait si effrayant. Les sentiments violents s'agitaient en elle jusqu'à lui en donner la nausée. Les elfes avaient été si gentils avec elles, Thranduil l'avait été aussi à sa façon ...
Toutefois, elle savait qu'elle devait partir. Rester avec eux signifiait qu'une seule chose : demeurer une servante. Être dépendante du bon vouloir de quelqu'un, devoir lui obéir, ce n'était pas supportable pour elle. Le pire était de voir son visage jour après jour ... Il n'y avait aucun avenir pour elle si elle restait dans l'ombre du prince, tout ce qu'elle gagnerait serait la souffrance.
- Galu ... Bonne chance. Lui souhaita l'ellon de la Maison de la fleur d'une voix douce.
La petite elleth attrapa le sac et serra l'elfe contre elle. En faisant cela, elle avait l'impression de remercier tous ceux qui l'avaient aidé. L'idée de prendre Thranduil dans ses bras l'a fit sourire du bout des lèvres. Lui, il aurait mérité un vrai baiser devant tous ses hommes puis une violente gifle sur son si beau visage. Il en aurait eu le souffle coupé. Ainsi, il aurait compris la dualité des sentiments en elle. « Mon unique regret ».
Doucement, elle s'écarta d'Andî et essuya une larme traitresse. Tel un fantôme, elle s'engouffra dans les ténèbres, un sourire triste flottant sur ses lèvres.
La nuit était apaisante. Ses yeux elfiques lui permettaient de voir des choses qu'elle n'aurait jamais cru pouvoir apercevoir. Les feuilles craquaient sous ses pieds, les petits animaux restant tapis dans l'ombre. Les bruissements sous ses pas lui rappelaient son cœur battant dans sa poitrine. C'était une douce musique, la nature lui faisait un peu oublier les récents évènements, ainsi que son avenir si trouble.
Et si partir n'avait pas été la solution la plus intelligente ?
Elle n'en faisait souvent qu'à sa tête, ignorant les impacts de certaines de ses décisions et actes.
« Ce connard l'a bien cherché. Il se croit tout permis. Détrompes toi, Thranduil je ne suis pas ton jouet, je ne suis pas dépendante de toi... Qu'est-ce que tu penses être ? Un prince ? Je dirais un rang au-dessus, moi. L'empereur des cons, le roi des emmerdeurs. »
Peu à peu, la fatigue se rappela à elle. La colère disparaissait pour faire place à la peur et à la tristesse. Le sommeil lui donnerait un répit dont elle avait cruellement besoin. Tout était humide, elle ne pouvait dormir nulle part. La citadine n'avait jamais été vraiment à l'aise dans les bois.
Les seuls moments où elle avait des contacts avec Mère Nature, c'était quand elle faisait son jogging dans le parc à côté de chez elle. La terre du milieu l'avait réconcilié avec la faune et la flore. Pour les insectes, ça attendrait. Les elfes se sentaient connectés avec la nature, pas comme les êtres humains de son monde. Ils se sentaient comme une part infime d'un tout.
« L'elfe est lié à la terre jusqu'à la fin des temps ». L'elleth pu presque entendre la voix de Thranduil gronder dans ses oreilles pointues.
C'est en levant les yeux que la jeune femme trouva son nid douillet. Un frêne gigantesque s'épanouissait avec arrogance. Grâce aux leçons d'Arphen, elle avait appris à monter quelques espèces d'arbres, malgré son vertige. Si elle montait sur la plus basse des branches, elle n'aurait pas trop peur.
« Trois mètres, ça va ... Easy, ma poule. Ne regardes pas en bas ... ne regardes surtout pas en bas ».
Avec un peu d'élan, elle réussit à monter sur la branche.
« Avant, il y avait Man VS WILD, mais ça, c'était avant. Maintenant, voici en exclusivité Elleth VS WilD mention 'je gère la fougère'. Je pourrais faire Koh Lanta sans dec' ! Il me faut positiver. Je m'en sortirai, je n'ai pas besoin de ces nymphettes aux cheveux long, ni de la vieille Galadriel de la Lindóri(n)and (ancien nom de la Lothlórien) ». Pensa-t-elle.
- Je vais m'en sortir sans bobo et en un seul morceau. Personne ne me sous-estimera. Tout ira bien, c'est sans aucun bobo et en un seul morceau que je rentrerai à la maison ... Murmura-t-elle.
Son sac en guise d'oreiller, elle trouva le sommeil sur l'énorme branche de frêne. Elle espérait que cette nuit soit une pause à ses angoisses. Tout ce qu'elle voulait, c'était la paix, mais à chacune de ses respirations, le visage sans défaut de Thranduil revenait s'imposer à elle comme un boomerang – énervant, le boomerang. Les larmes perlaient dans ses yeux rougis par la fatigue.
Dans cette nuit froide sans lune ni étoiles, elle était étendue, seule. Les sanglots de la jeune l'elleth raisonnaient parmi les arbres millénaires. Maintenant, elle n'était plus qu'une vagabonde perdue dans l'immensité d'Arda.
- Elle ... elle est introuvable, personne ne l'a vue depuis la nuit dernière.
Arphen pensait qu'Éden était devenue une amie et qu'elle voulait demeurer avec les siens, peut-être même vivre à Vert bois le grand. Le Sinda en voulait à son prince de l'avoir effrayé. Certes, elle s'était comportée de la pire des manières, mais il était aisément remarquable de voir qu'elle n'était qu'une enfant perdue. Le prince aurait dû faire preuve de tact ...
Après avoir fixé ses pieds quelques secondes, Arphen eu enfin le courage d'affronter le regard de son souverain. Il pouvait prévoir les colères du prince comme les orages les soirs de grande chaleur estivale. Thranduil serrait les dents, sa bouche n'était plus qu'une mince fente sur un visage balayé par les vents de la colère.
- Par les Valars, cela ne se peut. Rugit-t-il. Il donna un coup de poing dans un arbre mort. Le bois craqua sous ses doigts. Elle est donc aussi prompte à commettre les pires stupidités ...
Quelques cheveux blonds volèrent dans la brise et se posèrent délicatement sur ses larges épaules. Cuthalion pouvait percevoir l'inquiétude qui était visible dans les iris océaniques de son souverain. Il le connaissait depuis des millénaires et le haut commandant était le seul ellon capable d'entrevoir les sentiments de Thranduil.
- Elle est si jeune, mellon nîn. Rappelez-vous donc quels élans de liberté vous emportaient jadis. Après une bonne correction, elle se souviendra de sa place. Fît remarquer Cuthalion, ses bras massif serrés contre son torse imposant.
Arphen fit un pas en avant et posa la main sur son cœur en guise de sincérité.
- Je ... je ne suis d'accord avec vous, Seigneur Cuthalion. Éden était juste effrayée. Parfois, la douceur et la plus efficace des armes. Je vous conjure de ne point la punir. Ernil-nîn ... Protesta l'héritier du Hêtre, d'une voix faible.
Le Seigneur du Bouleau blanc le fusilla du regard. Arphen Aldaronion était plus sentimentale qu'une elleth lors de ses fiançailles. Il regrettait que le frère aîné de ce lâche ait péri lors du siège de Barad-dûr. En effet, Veryatur Aldaronion aurait fait un grand seigneur. La Maison du Hêtre allait droit à la catastrophe avec ce poète.
« Il ne peut même pas soutenir mon regard », déplora-t-il avec une moue de mépris.
- On ne se moque pas du prince d'Eryn Galen impunément. Siffla Thranduil entre ses dents.
Il ne pensait pas qu'elle serait assez stupide pour partir seule. Manifestement, il s'était trompé. Sainte Elbereth, elle était plus dépendante qu'un bébé ! Heureusement, le port éphémère de Cirdàn n'était plus très loin et elle n'avait que quelques heures d'avances. Éden avait plus de chance de rencontrer un elfe qu'un orque. Toutefois, Thranduil était anxieux, les elleth ne passaient pas inaperçues dans les environs et Éden était loin d'être discrète. Une rencontre avec des humains sans honneur était possible ...
Dans le cœur du prince héritier se mêlait inquiétude et colère. En simple servante, elle avait contesté son autorité et cela devant ses troupes. Il devait retrouver Éden. Cette histoire risquerait de lui faire perdre la face. Loin de lui l'idée de penser que l'opinion des autres lui importait, mais il n'était pas encore couronné. Quel futur roi était-t-il s'il n'était même pas capable de se faire obéir d'une elleth de vingt-cinq ans ? Ces questions seraient celles que poseraient les membres de la Maison du roi ses proches parents en vérité, dont certains étaient autant attirés par la couronne de son père que les spectres de l'anneau l'étaient par l'Unique.
- Que viennes Andî, capitaine du troisième régiment des éclaireurs. Son prince a une mission à lui confier. Termina Thranduil en fixant Arphen de ses yeux de cristal.
Le prince héritier rangea son épée dans le fourreau d'un mouvement sec. Le pauvre Arphen sursauta. L'écuyer du prince accourut et prit l'espadon de son maître avec délicatesse. Thranduil ne lui accorda aucun regard.
Éden Dilaurentis était l'elleth la plus imprévisible qu'il n'eût jamais rencontré. Elle trouvait toujours le moyen de se mettre en danger. Il ferma les yeux. Les arbres étaient silencieux, endormis pour la venue de l'hiver. Les questionnements fourmillaient dans son esprit ayant connu plusieurs millénaires. Comment avait-t-elle pu quitter le camp aussi facilement ? Un elfe parjure l'avait sans doute aidé à partir, mais qui ?
« Elle me reviendra... Je le jure... Elle reviendra ». Le sentiment de mal-être et de colère n'avait pas quitté son cœur depuis la veille. Et l'entraînement n'avait pas réussi à calmer sa rage, bien au contraire ...
Des dizaines d'heures semblaient s'être écoulées. Le soleil était à son sommet dans le ciel nuageux. Thranduil faisait les cent pas dans sa tente princière. Ses ellyns les plus doués et sa royale personne avait cherché l'elleth en fugue, mais sans succès. Dépité, le prince était retourné bredouille au camp.
I ls devaient partir sous peu vers le port, il ne pouvait donc pas attendre qu'on la retrouve. Un prince ne devait montrer aucun signe de faiblesse. L'elleth Éden était une faiblesse, il devait se l'avouer. Un léger bruissement le fît sortir de ses pensées.
- Andî, fils de Seregon. Capitaine du troisième régiment. Ve thorthol, cund vell, je suis à votre service, prince bien aimé. Annonça-t-il.
Andî, le visage décidé, se tenait devant son prince. Dans son cœur, il essayait d'ignorer la crainte que Thranduil lui inspirait. Le prince rayonnait comme le soleil, mais ses yeux ombrageux ne dégageaient aucune chaleur. « Il aurait dû s'appeler Thranrhîw hiver vigoureux, non pas Thranduil Printemps vigoureux... » Pensa l'ellon.
A première vue, il était déjà préparé à rencontrer les haut-dignitaires Noldor. Il était magnifiquement vêtu de pourpre, les jambes gainées par des jambières en cuir noir. Ses longs doigts habitués au maniement des armes depuis des millénaires étaient décorés de pierres précieuses.
Les cheveux blonds aux reflets argentés de l'héritier paraissaient plus clairs que d'habitude. Ils n'étaient pas tressés mais cascadaient à la place naturellement dans son dos, ainsi que le long de son noble visage. La tiare d'or, agrémentée de rubis incrustés à intervalles régulières, reposait sur son front et ne laissait pas place au doute quant à son ascendance royal. Un digne parent de Thingol de Doriath ...
Andî plissa ses yeux bleus. Il ne pouvait pas supporter ces elfes tout-puissants. Ces princes et ces seigneurs aveuglés par leur pouvoir ne se doutaient point du mal qu'ils faisaient.
Thranduil s'assit sur un siège de pin, sa main forte serrant fortement l'accoudoir. « Pour assoir son autorité, le Prince a le choix entre l'amour et la peur. Mais il est plus facile de se faire craindre que de se faire aimer ». Le fils d'Oropher avait la seconde option en préférence à la première. En ce début de règne, il devait assoir son autorité.
- Épargnes moi le protocole, Andî. Ordonna-t-il sèchement. Je t'ai appelé pour une seule raison. Tu es le meilleur pisteur et éclaireur du royaume, je désire que tu me ramènes l'elleth Éden. En tant que souverain, je ne peux quitter les troupes, ni le seigneur Amroth et Celeborn. De nombreuses réunions importantes sont à venir. Je ne peux déroger à mes responsabilités.
Il n'était pas dans les habitudes du prince de se justifier. Était-t-il possible que Thranduil ait quelques affections pour Éden ? Andî mordilla sa lèvre inférieure. « Comme un maître apprécie son animal de compagnie ... ».
- A vos ordres, Ernil-nîn mon prince. Répondit l'ellon de la Maison de la Fleur d'un ton sec.
Ce n'était pas si catastrophique que cela aurait pu être. Il ne l'avait pas aidé à s'enfuir pour rien. Pour que la suite de son plan se déroule à merveille, il ne fallait pas que la garde royale s'en charge. Thranduil ne devait pas la retrouver lui-même. Andî appréciait le prince, il savait que sous cette épaisse couche de glace, il y avait un ellon bon et avisé, mais il espérait que son futur statut de roi soit trop dur à supporter pour ses seules épaules. Il n'y avait rien de pire que les seigneurs qui ne se voyaient que par leurs statuts.
- Tâche de faire vite ... Intima le prince dont la voix rauque se brisa sur ses derniers mots.
- Ne vous inquiétez pas, tout se déroulera selon votre désir. Promis Andî dont les yeux menteurs ne croisèrent pas ceux de Thranduil.
- Tu as jusqu'au coucher du soleil, après cela je confierai cette mission à la garde royale. L'elleth est sous ma protection, Andî. Si elle n'est pas auprès de moi après ma réunion avec le premier conseiller d'Elrond, si par malheur, elle ne monte pas sur le premier bateau de Cirdàn avec moi ... Nan ear adh in elin ! Par le soleil et les étoiles, redoutes ma colère ! Menaça le prince héritier.
Le prince sortit un parchemin de la poche intérieure de sa cape.
- Voici une missive pour Elrond d'Imladris. Envoies-la dès que tu sortiras, c'est d'une importance capitale. Tu es le chef des éclaireurs de Vert bois-le-grand, membre des services secret au service de Bar-en-aran la Maison du roi. Ne me déçois pas.
- Cerithon i iest dhîn, il en sera fait selon vos souhaits. Le fils de Seregon prit la lettre scellé par le sceau du prince.
Éden s'était bien cachée. Si la garde royale ne l'avait pas trouvée, il devait y avoir une raison.
« La situation était tout de même critique. »
Après une courbette, le capitaine sortit de la tente, le visage assombri par l'inquiétude.
Thranduil se passa la main sur son visage. Les ombres provenant de branches ondulaient sur la toile émeraude de la tente. Andî Seregonion. Il lui laissait sept heures, après cela et si ne la ramenait pas, il s'en occuperait lui-même. Dans un mouvement de colère, il jeta sa coupe sur le sol. Le vin se répandit comme du sang. Il l'avait blessée, il y a peu. Peut-être l'avait-il réellement effrayée pour de bon …
Il maudit sa position, mais culpabilisa immédiatement. Il était le plus privilégié des privilégiés et pour cela il devait répondre à ses obligations. Éden lui faisait perdre son calme légendaire, ce n'était pas pardonnable. Une voix raisonnant dans l'ensemble de son corps le suppliait de la ramener à lui, une autre dans sa tête lui hurlait de la laisser partir. Pour la première fois, Thranduil choisit la première option. Il choisit d'écouter son cœur.
Les vers du poème emplissaient l'air pur des bois. Une voix douce comme du miel au timbre grave bien que légèrement cassée, chantonnait. Elle venait d'une petite silhouette dissimulée sous un Saule Pleureur. La voix ne s'occupait de rien, perdue dans les branches tombantes de l'arbre. Un peigne de jade sillonnait une chevelure couleur corbeau aux reflets bleutés.
Isil unútië
ar i eleni
edessë lómiva
i lúmë autë
erinqua caitanyë
- Linnog vê, tu chantes bien ... Mais quels tristes vers !
Le visage mélancolique d'Andî se retourna, faisant voler ses mèches ébène.
- Wilwarin ... Ce n'est que la simple vérité. Le soleil et les étoiles ont disparu de ma vie. Dit l'elfe tristement en posant son peigne sur le sol.
L'ellon Nandorin éclata de rire et écarta les branches nues du Saule.
- Tu es toujours si dramatique ! Mais je dois avouer que j'aime t'entendre chanter, malgré que je déplore l'usage du Quenya. Cette langue salie ta belle bouche. Pouffa Wilwarin.
- Je te défends de te moquer. Chanter la langue de ma mère est mon droit. S'insurgea l'elleth Sinda en se levant brusquement du tapis de feuilles où elle se trouvait.
- Ne vous énervez point heryn vell, Dame bien-aimée. Je venais vous féliciter de votre merveilleux travail. L'étrangère ne s'est doutée de rien et le prince l'a cherché toute la matinée sans succès. Vous avez rendue service à tous même à cette idiote. Glapit le scribe.
Elle se pinça les lèvres. Wilwarin la tenait, si elle ne lui rendait ce service, il la dénoncerait à son père et au prince héritier. L'elleth se maudit de lui avoir fait confiance aussi facilement. Elle se vengerait de sa couardise.
- J'ai encore à faire. Ernil-nîn m'a demandé de la ramener avant le coucher du soleil. Il semble s'être attaché à elle, il ne sera pas aisé de la faire disparaître. Il m'a même donné une missive dont le destinataire n'est autre que le Seigneur Elrond ... L'informa la noble elleth en agitant la lettre sous le nez de Wilwarin.
Les yeux écarquillés, le bel elfe regarda le parchemin et l'arracha des mains blanches du capitaine du troisième régiment. Furieux, il déchira délicatement le sceau. Loué les Valars qu'il fut scribe dans la Maison du Seigneur Seregon car ainsi, il pouvait lire le Quenya parfaitement.
Heru Elrond, Seigneur Elrond.
Je requiers votre aide malgré nos différents. Une très jeune elleth, servante en ma Maisonnée, a disparu la nuit dernière. I tië raxëa ná, la route est dangereuse, je crains pour sa vie. Si elle croise votre chemin, prévenez-moi dans l'immédiat.
Aa' menle nauva calen ar' ta hwesta e' ale'quenle
Puisse vos pas rencontrer la verdure et le vent accompagner votre marche.
Nous nous verrons sur le navire immaculé de Cirdàn.
Thranduil Prince sous les arbres d'Eryn Galen.
Wilwarin fixa le capitaine de ses yeux marécageux tout en posant la missive sur une toile posée sur le sol.
- Les relations entre Noldor et notre royaume ne sont au beau fixe, loin de là. Mais Thranduil Oropherion demande l'aide du Seigneur Noldo Elrond. Tu es scribe, alors imites l'écriture du prince et change cette lettre. Intima-t-elle froidement.
- As-tu perdu l'esprit ? J'ai beaucoup à risquer. Si on me découvre, c'est la fin. Objecta Wilwarin.
- Tu comprends ce que je ressens désormais. Si on me découvre, c'est la fin. Les elleth ne peuvent intégrer les rangs de l'armée et j'ai pris l'identité de mon frère ... Dit-t-elle dans une quinte de toux.
L'ellon sylvain, inquiet, s'approcha d'elle, mais elle le repoussa. Les épaules tremblantes, elle tentait de prendre son souffle. Dans un hoquet, elle s'accouda au tronc du Saule Pleureur. Ses joues étaient creuses, ses lèvres autrefois rouges en pleines étaient gercées et grises telles celles d'un cadavre.
- Tu ... tu devrais me laisser te soigner. Te voir ainsi me fait plus de mal qu'à toi ... Murmura Wilwarin, les yeux baissés.
- Ne t'occupe pas de cela ! Tu n'en as pas les compétences. Écris cette lettre, Wilwarin ... Dis qu'un elfe éclaireur de mon régiment est en mission et doit partir pour le Gondor, que ce n'est pas un déserteur. On ne sait jamais, si les noldor la trouvent avant moi ... Quant à moi, je vais obéir à mon prince et trouver Éden. Je l'aiderai à prendre un bateau au Port-éphémère de l'Anduin pour Minas Anor. J'enverrai une missive au prince en lui faisant croire que je la lui ramènerais... qu'elle prendra le bateau avec lui, mais il n'en sera rien. Je gagnerai du temps ... L'étrangère, comme tu l'appelles, sera en route pour le Gondor alors que le prince fera voile vers la Lindorinand, royaume d'Amroth. Suggéra-t-elle.
- Tu es d'une grande intelligence, douce Isil. Le complimenta Wilwarin en ramassant le peigne de bois sur le sol.
- Lorsqu'elle sera partie, me promets-tu de me laisser en paix ? De ne plus me faire ce chantage ignoble ? Demanda-t-elle pleine d'espoir. Cela ne te ressemble pas d'user de telles méthodes, Wilwarin. Je suis la fille de ton maître. N'as-tu pas quelques affections pour moi ?
L'ellon sylvain contempla les joues blanches de l'elleth.
- Je verrai cela ... Tu ne me connais point, noble dame. Pardonne-moi de devoir te faire chanter ainsi, mais tu ne m'as point laissé le choix. Je ferai comme tu l'as dit, Damoiselle Isil Meltintallë... Si belle, si distante ... J'écrirais cette lettre. Il fit une pause en touchant les écailles du peigne. Une question me taraude l'esprit. Quelle folie t'as poussée à aller en Mordor ? Murmura-t-il.
La pauvre elleth sursauta, Wilwarin la contrôlait et c'était insupportable. Une des raisons pour laquelle elle était partie sur le champ d'honneur, c'est qu'elle désirait ardemment la liberté que son frère Andî possédait.
- Je voulais défendre Eryn Galen, comme toi ... Est-ce si difficile à comprendre ? Cria-t-elle les larmes perlant dans ses yeux clairs.
Wilwarin caressa la lèvre inférieure d'Isil et plongea ses yeux brillant dans les siens.
- Tu restes une amie Isil, même en étant une menteuse. Ton père ne pourrait te pardonner, il vénère les lois et les traditions. Rappelle-toi simplement que la nouvelle lune ne peut se cacher éternellement, elle se révèle tôt ou tard aux yeux du monde en prenant sa forme pleine. Isil, la lune en Quenya. Ithil la lune en Sindarin. Mystérieuse Isil ... Je suis curieux de savoir que penserait ton noble fiancé de ta condition. Les Noldor sont si vieux jeux ... Insinua-t-il en un ricanement.
La jeune elleth s'arracha de l'emprise du scribe. Elle sortit une dague de son ceinturon et avec une vitesse étonnante, elle plaça la lame aiguisée sous la gorge de l'ellon. Son visage tressaillit sous la colère.
- Je te défends de mêler le Seigneur Glorfindel à tout ceci ! Tu m'entends ? Hurla-t-elle.
Wilwarin attrapa aisément le bras de l'elleth malade.
- Vous n'êtes pas de taille à rivaliser avec moi, Damoiselle Isil Meltintallë Seregoniel. Vous obéirez à mon bon vouloir. Menaça le sylvain, un sourire énigmatique sur le bout des lèvres.
La rage se transforma en dégout. Isil recula, les traits de son beau visage marqués par la haine. Elle prit ses effets, puis disparue derrière les branches ascendantes du Saules Pleureur.
L'elfe Nandorin la regarda partir, un sourire satisfait apparaissant sur ses lèvres. Bien, elle savait maintenant où était sa place. Il avait le contrôle et il adorait cela. Son maître Seregon serait fou de rage s'il apprenait que sa petite Tittalle « petite en Quenya » comme il la nommait affectueusement, avait pris part à cette guerre. Une question le tourmentait cependant.
Si Isil avait pris la place de son frère Andî. Où était Andî ? Cet elfe était le meilleur pisteur de tout Vert bois-le-grand, faisant partie des forces secrètes de la couronne. Aurait-il laissé sa sœur jumelle prendre sa place ? Pour quelle raison ? Tout ceci n'avait aucun sens !
« Prince Thranduil ... si vous saviez. Heureusement que des serviteurs tels que moi s'occupent de votre sécurité... » Pensa le Sylvain en mettant la missive de Thranduil dans la poche intérieure de sa cape de laine.
L'après-midi était déjà bien entamée. Des « trompes » d'eau lui tombaient dessus depuis une heure environ et maintenant, elle était aussi trempée qu'une petite culotte de fan de One Direction après un concert.
« Hé ouais, des trompes d'eau. C'est bien connu, les éléphants, quand ça trompe, tous aux abris ! »
Où était la Éden toujours nickel et sexy ? Depuis qu'elle était en Terre du Milieu, elle était l'ombre d'elle-même. Le monde moderne lui manquait autant que Thranduil. « Mais à quoi je pense ? Thranduil ne peut pas me manquer. Arrêtes de penser à Thranduil et aux elfes de Vertbois-le-grand. Stop ! ». Hurla-t-elle intérieurement.
Elle s'arrêta et chercha sa gourde dans le sac de toile. La soif lui brûlait la gorge. Frénétiquement, elle agita la gourde au-dessus de ses lèvres gercées. « Rien, que dalle ! »
Sa marche ne semblait pas avoir de fin. Pour la première fois dans sa putain de vie, Éden Dilaurentis ne savait pas où aller. Andî lui avait dit de rejoindre le port-éphémère et de se cacher. Cet elfe était décidément une crème. En revanche, ses explications n'avaient pas été très claires. « Maudit sois-tu, sens de l'orientation pourri ! » Pesta-t-elle.
Grâce à lui, elle pourrait partir vers un pays peuplés de personnes normales. Le Gondor, royaume des Hommes, par exemple. Si elle devait rester dans ce monde, autant qu'elle en profite librement. Bien entendu, elle espérait au plus profond d'elle pouvoir rentrer en France. La jeune femme avait toujours aimé voyager mais là ce n'était pas un road trip ordinaire.
Depuis des heures, elle continuait de penser à Thranduil. Il avait l'air si blessé quand elle lui avait parlé de son père. Par moment, elle s'en voulait d'être partie. Son cœur se serrait à chaque fois. Il n'était pas comme ces mecs qu'elle avait pu fréquenter.
Thomas était d'ailleurs l'exact opposé de Thranduil : joueur, immature, fêtard, n'ayant rien à foutre des obligations. Il vivait au jour le jour. Au départ, il lui avait manqué terriblement. Éden aimait plus que tout repenser à cette soirée guitare où il avait chanté en la regardant s'endormir. En été, après avoir fait l'amour, ils allaient dans son petit jardin et fumaient une cigarette en se racontant des histoires légères. Thomas était drôle, mais un trou du cul de la pire espèce – Dieu en était témoin –, cependant elle l'avait aimé comme une possédée.
Thranduil, lui, était quelqu'un d'une profondeur insondable. Il savait exactement ce qu'il voulait. Il prenait ses responsabilités à bras le corps et gérait ses obligations avec sang-froid et intelligence. Elle ne s'était jamais ennuyée avec lui. Toutes ces discussions auprès du feu, ces cours d'escrime ... Le prince lui apprenait tant de choses. Lorsqu'elle était proche de lui, elle se sentait comme dans une bulle chaude et confortable.
Maintenant, c'était Thranduil l'objet de son manque. Thranduil le juste, le protecteur ne croiserait plus jamais son chemin. Soudain, elle se demanda si le fait de penser sans cesse à ce prince casse couille n'était pas une façon pour elle de ne pas penser à l'avenir. « Du calme, Éden, le futur est incertain mais que c'est excitant ! Tu es immortelle, ce que tant d'êtres humains désirent, tu le possèdes. Jeune pour l'éternité. Il faut que tu en profites. Être une elleth n'a pas que des mauvais côtés. Surtout que tu es désormais libre. Libre ! Libre ! ».
Un étang recouvert de feuilles mortes s'étendait devant ses yeux. Des hauts arbres parsemant les bordures du chemin se reflétaient dans le miroitement de l'eau. Un sourire idiot se dessina sur ses charmantes lèvres, son visage enfantin agité par des émotions intenses et incontrôlables.
Elle plongea la gourde dans l'eau froide de l'étang en ondulant son bassin, toute joyeuse à la pensée de ne plus avoir besoin de rendre des comptes à personne. La jeune femme grisée par sa nouvelle liberté chantonna :
I want to break free
I want to break free
I want to break free from your lies
You're so self satisfied I don't need you
I've got to break free
God knows God knows I want to break free
I've fallen in love
I've fallen in love for the first time
And this time I know it's for real
I've fallen in love yeah
God knows God knows I've fallen in love
It's strange but it's true
I can't get over the way you love me like you do
But I have to be sure
When I walk out that door
Oh how I want to be free baby
Oh how I want to be free
Oh how I want to break free
L'elleth en fuite eu un haut le cœur. Les paroles de sa chanson disparurent de son cerveau soudain engourdi par la peur. Un bruit étrange attira son attention. Un clapotis dans l'eau calme de l'étang puis un splash. Quelque chose entrait dans l'eau ... Avec prudence, elle leva les yeux.
- Qui merin ma carina, caruvanyes eryavë, Si je désire une chose, je m'en occupe moi-même. Parla une voix qu'elle ne connaissait pas, au timbre profond.
- Ma mauya, Cundo ? Est-ce nécessaire, Prince ? Isildur ne veut point détruire l'anneau. Je crains qu'il n'y ait que la forme qui puisse le convaincre. Ajouta une autre voix. Éden n'en comprenait pas un traitre mot.
L'elleth se pétrifia sur place. La bouche grande ouverte, les yeux aussi ronds que des cendriers. Devant elle, quatre hommes nus s'avançaient dans l'étang couvert de feuilles jaunies. L'eau pure s'arrêtait à leur taille. Ils possédaient une carrure imposante. Leurs muscles roulaient sous la peau de leurs bras. Leur torse semblait avoir été sculpté dans le granit. Les abdominaux étaient si bien dessinés que s'en étaient douloureux à voir. Même les rugbymans du son calendrier des Dieux du Stade qui était accroché au pendant de ses toilettes ne pouvait pas rivaliser avec ça. Plus elle levait les yeux, plus sa bouche prenait la forme d'un poisson rouge.
Son attention fut attirée ensuite par leur chevelure. Le mieux bâti de tous possédait des cheveux d'or éclatant. Ils ondulaient sur ses biceps, le long de son torse d'éphèbe. Son visage ainsi que son corps lui faisait penser à Brad Pitt dans Troie. Si son cul était le même, elle allait faire une crise cardiaque. Les autres hommes n'étaient pas aussi beaux que leur compagnon doré, cependant ils se dégageaient d'eux la même perfection et la même aura de puissance que celle de Thranduil. Ils se différenciaient du blondinet personnifié Dieu grec par leurs cheveux noirs, illuminés de reflets bleutés.
Le cœur d'Éden manqua un battement. Elle laissa échapper un gémissement. Leurs oreilles étaient pointues. Ces hommes étaient ... des elfes. Ne pouvaient-t-elle pas rencontrer des hobbits ou des êtres humains pour changer ? Décidément, la poisse lui collait aux basques.
Avec horreur, elle vit que l'un d'eux s'avançait vers elle. Il ne semblait pas très commode. Les feuilles dorées s'écartaient sur son passage, l'une d'elle se collant à son pectoral droit. Les longues mèches ébène se mariaient savamment à sa peau halée. Ses cheveux étaient plus courts que ceux des autres. Une tiare d'argent encerclait son front. En voyant les yeux inquisiteurs du ténébreux brun, elle tenta de fuir, bien que toujours assise. Ses bras essayèrent de repousser son petit corps loin d'eux. Pourquoi ses membres ne lui obéissaient pas ? Son cœur battait à la chamade, elle crut qu'il allait sortir de sa poitrine.
- Man esselya ná ? Quel est ton nom ? Réponds ! Tonna l'elfe, ses yeux inquisiteurs la transperçait.
Cette langue lui était totalement étrangère. Des cheveux noirs, une langue différente que celle de Thranduil et les siens.
« Ces elfes sont des Noldor ... Je ne pouvais pas tomber plus mal ».
Thranduil un soir lui avait parlé du Quenya, la langue des elfes aux cheveux d'ébènes. Le prince lui avait dit que le roi Thingol de Doriath avait interdit l'usage à sa cour, que des Noldor avait massacré son peuple, contraint sa famille à l'exil ...
- Dhen ú-chenion, Je ne vous comprends ... Hoqueta Éden en Sindarin.
L'ellon couronné d'une chevelure d'or marcha aussi vers elle. Ses yeux étaient vifs et brillant. Il lui parla d'une voix douce.
- Es-tu un elfe d'Eryn Galen ? S'enquit-t-il dans un Sindarin parfait.
Éden, prise de panique, eut du mal à faire sortir une phrase cohérente de sa gorge nouée.
- Je ... Je suis un elfe du troisième régiment d'éclaireur. Sous les ordres du Capitaine Andî Seregonion et sous le haut commandement du prince Thranduil. Mentit la jeune femme en déglutissant.
- Ton accent est étrange... Man i eneth dhîn? Quel est ton nom ? L'interrogea l'ellon en plissant ses yeux de saphir.
C'était une très bonne question. Quel nom devait-t-elle donner à ces elfes ? Surtout pas Éden, ce n'était pas un prénom elfique. La jeune femme paniquée regarda les elfes. Ils la fixaient d'un air curieux attendant sa réponse. Elle ne savait pas quoi dire.
- Réponds au Seigneur Glorfindel ! Lui ordonna un ellon élancé, mince, à la musculature sèche. Il avait l'air coincé. Le genre de personne qu'Éden ne supportait pas.
Les yeux noisette de l'elleth regardèrent autour d'elle. Le nom d'une vieille famille de Doriath lui vînt à l'esprit. Sur un arbre nu, une seule feuille encore verte frémissait sous la brise. Un signe ?
- Laegolas, Hîr nîn, mon seigneur ...
L'ellon du nom de Glorfindel lui sourit et continua son interrogatoire.
- Et que fais-tu sans tes troupes, Laegolas ?
- En mission pour mon supérieur hiérarchique. Je suis éclaireur, je vérifie que la voie est libre. Se justifia la jeune femme en essayant de soutenir le regard de diamant de l'elfe.
- Cela m'étonne que Thranduil Oropherion ait dépêché un seul ellon fluet et petit pour une pareille mission. Il ressemble plus à une elleth qu'à un guerrier. Remarqua l'elfe le plus éloigné en Quenya.
C'était un elfe grand et svelte. Sa silhouette était élancée et son corps d'athlète reflétait l'ardeur des combats qu'il devait avoir mené. Les longs cheveux de jais de l'elfe, héritage des Noldor, lui arrivaient jusque dans le milieu du dos. Il avait une tresse d'une de ses mèches, comme la plupart des grands seigneurs elfes. Son regard était sévère, bien que les traits de son visage fussent relativement fins. Ses yeux sont gris comme le soir retransmettaient l'éclat des étoiles d'Elbereth.
- On ne peut jamais savoir ce que traverse l'esprit du fils d'Orpher, Mellonamin Elrond. Parla l'elfe à la tiare d'argent dans la même langue.
Puis il se mit à rire doucement. Il ne semblait plus du tout en colère mais amusé par la situation. Elrond souriait lui-aussi. Il sortit totalement de l'eau, Éden se demanda comment sa mâchoire pouvait encore tenir en place.
- Quelle est cette mission, petit ellon ? Demanda le Seigneur d'Imladris.
La jeune femme en avait assez d'être là. Même si la vue était cool, il fallait qu'elle trouve un moyen de se sortir de là. Son regard chocolat se fixa sur l'entrejambe du hérault de Gil-Galad.
- C'est une très grande et longue histoire... Articula-t-elle difficilement en beuguant sur le membre proéminent de l'elfe … « Quel pénis énorme ! Si tous les elfes sont montés comme ça... ». L'elleth se demanda si celui de Thranduil était si grand. « On dirait un serpent... » En gros, cela ne vous regarde pas. Lâcha-t-elle abruptement en regardant Elrond dans les yeux avec nonchalance.
L'elfe le plus menu au visage strict rugit :
- Comment oses-tu ? Tu parles au Seigneur Elrond d'Imladris. Et devant toi, Glorfindel Seigneur Noldo de la Fleur d'or. Enfin, plus important encore tu te trouves en présence du fils de Gil-Galad, Ràvion Haut-prince des Noldor. L'ellon désigna un à un les ellyn. Je ne peux supporter cette impertinence. Siffla-t-il entre ses dents de perle.
Éden plaça sa petite main devant sa bouche. Alors l'elfe aux cheveux noirs, le premier à être venu vers elle était le Haut-prince des Noldor. L'ellon d'or, Glorfindel était un Seigneur important. Enfin, Elrond était celui dont elle avait tant entendu parler. Hérault du défunt Haut-roi, Seigneur de Fondcombe.
D'après ce qu'elle avait compris, Thranduil ne le portait pas dans son cœur. Il avait pourtant l'air gentil, flippant comme tous les elfes mais sympathique. Encore un prince et des seigneurs ! Pour une fois, elle aurait voulu rencontrer des gens du commun des mortels. Cela aurait changé ce quotidien épuisant.
- Écoutez, c'est la vérité, ce ne sont pas de vos affaires. Alors n'in-sis-tez pas. TOP secret. Insista-t-elle en détachant chaque syllabe.
Elrond fronça les sourcils. Cet elfe était des plus étranges. Son accent n'était pas celui d'Eryn Galen. Plus important encore, son physique n'était pas celui d'un soldat. Les quatre Noldor la toisèrent. Le plus fin des ellyn présent était rouge de colère. Il marmonna quelques paroles inaudibles.
L'elleth l'ignora royalement. Elle prit la hanse de son sac vert bouteille, se leva comme un ressort et leur adressa un sourire éblouissant.
- J'ai été ravie de faire votre connaissance. Bonne baignade ! Claironna précipitamment la jeune femme avec un signe de main. Sous les yeux médusés de Seigneurs, elle s'en alla avec une gracieuse démarche. Seulement, c'était trop beau pour être vrai. Black mamba lui enserra le bras.
- Nous ne pouvons vous laisser partir. Affirma le Seigneur Elrond avec froideur.
L'elfe insupportable couleur tomate cerise n'avait pas fini de l'ennuyer. Il sortit lui-aussi de l'eau, la jeune femme n'en pouvait plus. « C'était une saucisse party ou quoi ? Et on ne pouvait pas dire que c'était des knackie balls, ah ça non... »
- C'est sans doute un déserteur. Il nous faut envoyer une missive au Prince Thranduil pour l'avertir. Continua en Quenya l'insupportable Noldo au balai dans le cul.
« Putain et ils continuent à parler leur patois. ». Soupira-t-elle intérieurement.
- Ce ne sera pas nécessaire, Erestor. Nous arriverons sous peu au Port. Il retrouvera ainsi les siens. Trancha Elrond.
Ràvion éclata d'un rire franc faisant gonfler son torse humide.
- Tanya nae sai eina, Ce fut très amusant. Un bain bref mais distrayant grâce à ce petit ellon. Il nous suivra jusqu'au port. Telle est la volonté de ton prince, Erestor. Décida-t-il dans un sourire déstabilisant. Il me tarde de revoir mon vieil ami, Thranduil. Sa compagnie est toujours fort distrayante. S'exclama le prince. Sortons de cet étang.
Éden arqua l'un de ses fins sourcils. Ce prince était totalement différent de Thranduil. Son aura était de feu, ses yeux semblaient embrasés par une passion secrète. Il avait l'air presque chaleureux, cela contrastait avec la froide attitude de Thranduil. Cependant, sans qu'elle sache pourquoi, cet elfe ne la rassurait pas comme le prince de Vert bois-le-grand. Au contraire, il la mettait mal à l'aise. Ses yeux de braises la transperçaient comme s'il savait tout d'elle.
Quelques minutes plus tard, les seigneurs Noldo étaient tous vêtus de leurs magnifiques tuniques. Elrond alla vers elle.
- Viens avec nous. L'invita-t-il.
Éden se dit qu'elle était quand même une grosse perverse car elles les trouvaient mieux à poils que dans leurs vêtements d'apparat. Cela faisait trois mois et demi qu'elle n'avait rien fait, du moins rien d'ordre sexuel. Sa libido était à son maximum.
La boule au ventre, elle suivit ces elfes. A chaque seconde qui passait, la même question enflammait sa cervelle. Comment s'enfuir de ce cauchemar ? Elle avait entendu le nom de Thranduil durant leurs conversations. Ils ne devaient pas l'amener à lui, cela n'était pas envisageable.
Le Haut-prince Noldo se retourna. Ses yeux de rapace lui percèrent l'âme.
- Une chose. Pourquoi chantais-tu en langue commune ? L'interrogea Ràvion en Sindarin.
« Non mais ils prenaient tous des cours ensemble à l'académie des princes emmerdeurs ou quoi ? Pitié Jésus, Marie, Allah, Yahvé, Bouddha... Sortez-moi de cet enfer ... »
- Euh ... Tous les elfes de Vert bois-le-grand parle la langue commune. J'aime cette langue, voilà tout, Ernil Ràvion. Se justifia l'elleth au bord de la crise d'apoplexie.
- Tu as une belle voix. Je croyais entendre une femme chanter. Dit-il mystérieusement.
- On me dit souvent que je ressemble à une elleth. Mais croyez-moi, il y en a dans le pantalon. Lança-t-elle dans son timbre le plus grave. Elle termina sur un rire gras essayant d'imiter un homme. Éden n'avait jamais été douée pour cela. Il n'y avait pas plus féminine qu'elle.
Les seigneurs elfes semblaient perplexes. Éden leur rendit un sourire peu assuré.
A quelques heures de chevauchée d'Éden, Thranduil, toujours d'une humeur des plus exécrables, montait son étalon au pelage de neige. Il n'avait aucune nouvelle d'Andî sur le cas de cette stupide elfing. Malgré tout ceci, son cœur bouillonnait et sa mine était renfrognée.
Son port altier faisait honneur aux légions d'Eryn Galen. Celeborn et Amroth étaient d'un calme parfait. Le seigneur Celeborn s'inquiétait pour la jeune elleth, pourtant son esprit pragmatique lui disait qu'Éden n'irait pas bien loin toute seule.
Quant au prince de la Lindorinand, Amroth, il était songeur, toutes ses pensées dirigées vers l'elleth qui avait réussi à capturer son cœur. Nimrodel, sa muse ... Il espérait pouvoir la conquérir à son retour, la prendre pour reine.
Un elfe aux cheveux de jais galopa vers les Seigneurs Sindars. Fier et droit sur son cheval, Lindir, conseiller dans la Maison d'Elrond, ferait de son mieux.
- Mae govannen, Thranduil Oropherion, Saesa omentien lle. Salutations Thranduil fils d'Oropher, C'est un plaisir de vous rencontrer. Salua-t-il en Quenya.
Thranduil, toujours possédé par la colère, répondit avec force en Sindarin.
- Mê' g'ovannen Lindir o Imladris.
Celeborn se retourna vivement vers Thranduil. Il comprenait fort bien que Thranduil réponde en Sindarin, cependant la manière de le faire n'avait pas été la bonne. Son ton était trop cassant. Lindir serra les dents. On lui avait parlé de l'aura imposante du prince Thranduil. Ce n'était pas une fable.
- J'apporte la parole du Haut-prince des Noldo Ràvion et du Seigneur Elrond, maître d'Imladris.
Le fils d'Oropher respira profondément. Il devait calmer ses inquiétudes.
- Parle. Quelles sont les nouvelles ? S'enquit-t-il d'un ton distant, empreint de diplomatie.
A première vue, les elfes Noldor n'étaient pas si différents des ellons Sindars et Sylvain. Leurs cheveux n'avaient pas la même couleur, de plus ils étaient plus nombreux. C'étaient cependant les seules différences visibles. Thranduil disait vrai lorsqu'il me contait que les pertes noldorines avaient été moins nombreuses que les leurs.
Au départ, ils l'avaient tous regardé étrangement. Ils s'étaient tous demandés que faisait un elfe d'Eryn Galen dans leurs légions. Plus étonnement encore, ils s'étaient demandés pourquoi cet ellon marchait comme une elleth.
Des cheveux ondulés encadraient un visage charmant. Si ses cheveux n'avaient pas été tressés comme il en était de coutume chez les guerriers, ils auraient juré d'avoir en face d'eux une sœur ou une épouse. Le visage de l'étrange ellon était mangé par deux grand yeux caramel, et en dessous de celui-ci se trouvait un petit nez retroussé et des lèvres pleines. Ce n'aurait pas été la plus belle des elleth mais son charme mystérieux en aurait intrigué plus d'un. Cependant, tout ceci était sans importance vu que Laegolas était un ellon. Certains soupirèrent. Cela faisait trop longtemps qu'ils n'avaient pas vu de femmes.
Éden marchait aux côtés des troupes noldorines, la mine déconfite.
- Nous arriverons dans deux jours au port. Ensuite, vous pourrez toi et les tiens rentrer à Vert bois-le-grand. Tu dois être impatient de voir le prince Thranduil couronné ? Le questionna le tueur de Balrog éblouissant sur sa monture drapée d'or.
- Je suis impatient, bien entendu. Le prince assistera d'abord au couronnement d'Amroth. Il désire aussi que Dame Galadriel lui prédise l'avenir de son règne. Lui apprit Éden.
Elle était inquiète. Tout n'allait pas comme elle l'avait désiré. Comment pouvait-elle s'en sortir ?
- On m'a dit cela. Je suis curieux de savoir ce que lui dira la Dame Blanche. Tu es bien informé pour un simple subordonné. Se méfia l'ancien Seigneur de Gondolin.
Il le trouvait étrange. Glorfindel avait déjà rencontré le prince Thranduil. Il n'aurait pas donné ce genre de mission à « ce » genre d'elfe. Il aurait plutôt dévolu cette besogne à Andî, le frère de sa future épouse.
- C'est grâce au Capitaine Andî, monseigneur. Se justifia Éden dans un hoquet.
Un bruit de sabot derrière la fit sursauter. « Ma pauvre, tu deviens Parano. » Pensa-t-elle.
Sur un immense étalon noir, le prince Ràvion dominait tous les autres ellyns. A ses côtés, Elrond paraissait tout aussi royal. Les vêtements d'Elrond étaient de velours gris et bleu. Sa cape cendre couvrait une partie de la scelle de son cheval au pelage aussi noir que sa chevelure. Le fils de Gil-Galad était vêtu de pourpre et d'or, couleur de la royauté. Sa tiare à la lumière d'étoile brillait sous les faibles rayons de fin d'après-midi. Soudainement, la jeune elleth vit le haut-prince des Noldor prendre à une vitesse hallucinante son arc dans son dos. Il lui tendit, ainsi qu'un fil couleur argent. Qu'est-ce qu'il voulait qu'elle fasse de ça ?
- Bande ! Ordonna Ràvion d'une voix rocailleuse.
La jeune femme grimaça. Que voulait-il dire par « bande » ? Il voulait qu'elle bande, qu'elle ait la trique. Il voulait que Laegolas s'astique le manche avec un arc et un fil devant lui ? Durant ses trois mois avec Thranduil, elle n'avait pas appris le maniement de l'arc ni les traditions qui allaient de pair avec cet objet. L'ange de la plaine voulait le lui apprendre à Vert bois-le-grand ...
- Je ne suis pas assez excité et je ne suis pas de ce bord-là, désolé. Dit-elle brusquement d'un trait en refusant de prendre l'arc d'or et d'ébène.
I ls la regardèrent tous avec un air suspicieux. Comment un elfe de Vert bois-le-grand ne pouvait pas savoir bander un arc ? Cela était inconcevable. De plus, les ellyn éclaireurs étaient des archers aguerris.
- Tu ne sais pas bander un arc ? L'interrogea le Seigneur d'Imladris.
Éden ne savait plus quoi dire. Bander un arc, c'était placer la corde sur l'arc, elle s'en souvenait maintenant. Cependant, elle n'avait pas les capacités physiques pour le faire. Les Seigneurs Noldor s'arrêtèrent tous. Ses yeux s'écarquillèrent. Ainsi le Prince Ràvion voulait la tester ...
Elle allait perdre tout espoir lorsqu'une voix qu'elle connaissait bien tonna au-dessus des chuchotements des elfes Noldo. Sur un cheval, Andî se tenait droit devant eux avec noblesse.
- Nae saian, luume', Cela fait longtemps, mon prince. Salua le capitaine des éclaireurs d'Eryn Galen en Quenya.
Ràvion fixa Isil du haut de son cheval. Avec un grand sourire solaire, il la salua de la tête. Isil connaissait le Haut-prince des Noldor. C'était un ellon d'une très grande intelligence, d'un esprit de feu, chaleureux et avenant. Il ne faisait jamais les choses en demi-mesure. Il débordait de vie, de puissance. D'ailleurs, Thranduil le comparait souvent à son aïeul Fëanor.
Par conséquent, il fallait qu'elle s'en méfie. L'elleth de la Maison du Chêne savait imiter parfaitement son frère. Ses mimiques et sa démarche n'avait aucun secret pour elle. Et c'est comme cela qu'elle s'en était sortie jusqu'à présent. Éden était naturellement féminine, c'était un problème pour la suite de sa mission. Le cœur serré, elle osa regarder le Seigneur Glorfindel. A son plus grand regret, elle ne put cacher son trouble.
- Suilad, Andî. Votre sœur Isil se porte-t-elle bien ? J'ai fait forger les anneaux de mariage, faites-lui savoir. Le Seigneur d'or était avide de nouvelles la concernant.
Isil déglutit. Ce mariage l'effrayait énormément. Une autre chose lui faisait peur, c'était les sentiments que lui inspirait Glorfindel. Elle ne voulait pas l'aimer. Pour elle, aimer c'était appartenir à quelqu'un et ainsi perdre sa liberté.
- Elle se porte à merveille, Heruamin, Monseigneur. Dit-t-elle en baissant les yeux.
Elrond, dont les talents de guérison étaient connus de tous, regarda Isil intensément. « Cet ellon est très malade, une blessure infectée, sans aucun doute. Un poison de Morgul ». Pensa-t-il en fronçant les sourcils.
- Ce n'a pas l'air d'être votre cas. Rétorqua le Seigneur d'Imladris.
- Ne vous inquiétez dont point, je me porte à merveille. Mentit l'elleth noble.
La jeune française ne comprenait pas ce qu'ils racontaient. Cela avait le don de la mettre en rogne. Elle devait voir le bon côté des choses. La présence d'Andî était une bonne chose, il allait l'aider.
- Voici une missive du Prince Thranduil pour vous. Continua-t-elle en lui tendant la missive réécrite par Wilwarin.
Il remercia le capitaine travestie d'un signe de tête. Son beau visage concentré, il parcourut la lettre du regard puis il la tendit au haut-prince.
- Lisez. Condo Ràvion, Prince Ràvion. L'invita Elrond d'une voix douce.
Ràvion lut la lettre pour la donner ensuite à l'un de ses conseillers.
- Laegolas. Me voilà rassuré à ton sujet. Cette missive me parle bien d'un elfe de la troisième division devant se rendre à Minas Anor. Dit-t-il sa belle main couverte de bagues sur son torse.
- En effet, Altesse. Je viens chercher mon subordonné. Laegolas doit partir avec moi vers le port. Il embarquera vers Minas Anor comme le Prince Thranduil l'a ordonné. Certifia Isil en caressant la crinière rousse de son cheval. Viens sur mon Cheval Laegolas, tu as pris assez de retard. Intima Andî d'une voix rauque en Sindarin. Wilwarin avait fait un excellent travail. Recopier l'écriture de Thranduil avait été un jeu d'enfant pour lui.
La jeune femme sourit aux elfes Noldor, puis elle monta avec Andî. Enfin la situation se retournait à son avantage. Son ami avait parlé à ces elfes, elle était libre désormais.
- Ce fut un plaisir de vous rencontrer, amis des forêts. Avoua le ténébreux prince Noldo.
Glorfindel posa la paume de sa large main sur son torse massif, ses cheveux virevoltant dans le début du soir. Le soleil mourait petit à petit derrière l'horizon, sa lumière aspergeant la chevelure d'or de ses derniers rayons.
- Faites bonne route. Souhaita-t-il en Quenya. Cormamin niuve tenna' ta elea lle au', mon cœur pleurera jusqu'à nos retrouvailles.
« Le mien aussi » pensa Isil.
Enfin ce fut le tour du Seigneur Elrond. Il avait une impression étrange avec ces ellyn. L'elfe du nom d'Andî était blessé, il lui avait mentit. Le Noldo salua les deux elfes en pensant qu'il devrait avoir une discussion avec le prince Thranduil.
Les deux ellith partirent au galop sur la monture d'Isil. Ràvion suivit le cheval des yeux. Sur ses lèvres, un large sourire s'étirait. Cet elfe ne pouvait être dans le troisième régiment pour la raison simple que l'armée n'acceptait pas d'elleth.
Laegolas n'était pas ce qu'il paraissait, cependant il fallait qu'il en soit sûr. Il les laissait partir sachant très bien que la vérité serait un jour révélée. Le haut-prince Noldo brûlait d'impatience d'arriver au Port-éphémère, de revoir Thranduil l'elfe qu'il aimait comme un frère et haïssait en même temps. Pour la première fois depuis des millénaires, la Terre du Milieu allait voir le couronnement de trois rois elfes. Thranduil, son seul rival depuis des millénaires, était un membre de cette trinité royale.
Depuis de longues heures, Thranduil s'entretenaient avec le dignitaire Noldo.
- Cela est d'une importance capitale. Les relations entre le Gondor et les royaumes elfiques ne pourraient pas mieux se porter. La seule ombre sur cette fresque épique qu'est la victoire de cette guerre est l'Unique. Isildur ne veut rien entendre. Le seigneur Elrond craint que le futur haut-roi des Noldor ne règle l'affaire par la force. Avança Lindir avec émotion.
Ràvion était intenable. Il ne pouvait jamais prévoir ce qu'il allait faire. Le prince regretta la perte de Gil-Galad. Certes, il en voulait profondément à cet elfe pour les relations houleuses qu'il avait eu avec son père, mais il était sage.
- Il ne faut vous inquiéter. J'entamerai des discussions avec l'Arnor et le Gondor. La guerre est tout juste terminée, il est hors de question d'en déclarer une autre. Assura-t-il d'une voix parfaitement calme.
- Je suis ravie de vous entendre dire cela, cund vell. Le seigneur Elrond partage votre avis sur cette question. Lança Lindir en courbant la tête.
L'époux de Galadriel parla à tous les ellyn présent d'un ton sérieux.
- Le prince Cyrion, troisième fils d'Isildur, représentera son père lors de votre couronnement. Il fera route avec vous jusqu'à Eryn Galen. Le Haut-roi des hommes est trop occupé à instruire son neveu à Minas Anor et ne peut vous donner ses vœux en personne.
- Peut-être qu'en parlant avec le fils, nous en apprendrons davantage sur les intentions de son père. Suggéra Amroth. Qu'en pensez-vous, mellon-nîn? Demanda-t-il à Thranduil. Mellon-nîn ... ? Répéta le prince.
Il sortit de ses pensées. Le soleil se coucherait sous peu et il n'avait toujours pas eu de nouvelles de sa petite elleth.
- Je pense que le fils d'Isildur ne sera pas si aisément corruptible. Fit remarquer le prince d'Eryn Galen en se reprenant.
Cuthalion regarda son prince avec inquiétude. Il semblait réellement préoccupé par le sort de cette Elleth. Brusquement, Rauros arriva au galop, un oiseau voyageur posé sur son épaule. Un beau sourire illuminait son visage.
- Ernil-nîn, une missive du Capitaine Andî. Cela doit être une bonne nouvelle, j'en suis sûr. S'exclama-t-il.
Il ouvrit la lettre. Un poids gigantesque s'envola de sa poitrine. C'était une bonne chose, elle était saine et sauve. Elle n'aurait tenu plus d'une semaine seule dans les vallées de l'Anduin. Pour une raison obscure, Éden n'était pas à l'aise avec la nature. De nombreuses choses élémentaires pour un elfing de huit ans lui étaient totalement inconnues. Parfois, il avait l'impression qu'elle avait peur de la faune et la flore peuplant Arda.
Cund Vell, Prince bien-aimé.
J'ai retrouvé Éden, je la ferais monter avec vous sur le navire de Cirdàn le Charpentier. Il n'est donc point nécessaire que la garde royale s'en occupe. Je fais route vers le port éphémère à ses côtés. Elle ne se doute de rien.
No vain i arad, puisse votre journée être belle.
Votre fidèle Serviteur, Andî Seregonion.
Thranduil se tourna vers ses gens, une lueur de satisfaction dansant dans ses yeux aux couleurs d'un ciel au Printemps. Le prince tira sur les rênes de sa monture et son cheval hennit. La bête se cabra et ses sabots retombèrent brusquement sur le sol, formant un nuage de poussière autour de lui.
- Le port n'est qu'à deux jours de chevauchée ! Faisons au plus vite. Tonna le prince.
§ § §
Firith Étiolement
Hithui Novembre
Orithil Mercredi « A la lune »
L'an 1 du Tiers âge du Soleil.
Bord de l'Anduin, Port-éphémère Teleri.
Le soleil s'était couché depuis longtemps sur l'Anduin. Il n'y avait ni lune ni étoiles, le ciel était un océan de ténèbres. Deux elfes descendirent d'un cheval aux poils bruns, à la crinière orangée.
L'activité sur les bords du fleuve était animée. Des marchands provenant de toute la Terre du Milieu était venus vendre leurs effets aux elfes revenus du front du Mordor. Une foule de toutes sortes de personnes se pressait.
Éden pouvait entendre les ventes à la crier. Les nombreux bateaux de la flotte Teleri avaient jetés l'encre. Elle était heureuse de voir des Hobbits. La dernière fois qu'elle avait vu ces petits bonshommes, leurs corps jonchaient le sol de la place de l'un de leurs villages. Elle s'arrêta à un stand de vêtements féminins au grand désespoir d'Idil.
- Venez, il y a mieux à faire que de chercher une robe. La sermonna-t-elle.
- Je regarde, c'est tout ... Grommela Éden en caressant le tissu bleu d'une robe bustier vaporeuse. Le voile était si doux. Je n'ai pas mis quelque chose de descend sur le dos depuis trois mois. Se plaignit-elle.
Le capitaine des éclaireurs soupira. Elle non plus n'avait pas pu enfiler une robe depuis des lustres et pourtant, elle n'en faisait pas une maladie. La superficialité de cette elleth l'étonnait, à croire qu'elle avait vécu dans le confort toute sa vie. Elle lui avait pourtant assurée qu'elle n'était pas noble. D'après elle, il n'y en avait pas chez elle.
- Éden, écoutes ... L'un des ellyn de mon régiment m'a écrit que Thranduil était arrivé depuis trois heures déjà. Les troupes ont accéléré le pas, ainsi elles nous ont rattrapées. Je ne peux rester plus longtemps avec toi. Je dirai que tu t'es enfuie, c'est compris ?
- Comment ? Il est ici en ce moment ? Tu vas avoir des problèmes par ma faute, Andî. Souffla Éden. Elle replia la robe, le marchant ronchonna en comprenant qu'elle n'achèterait rien.
- Oui, il est ici. Sur l'un de ces navires ...
Isil lui désigna d'immenses navires immaculés, qui étaient amarrés sur le grand fleuve. Les voiles semblaient être de soie et semblaient être brodées de pierres précieuses blanches à la lumière aussi brillante que les étoiles. Il n'y avait pas besoin des astres cette nuit, les bateaux de Cirdàn le Charpentier éclairaient les alentours. Éden n'aurait jamais cru voir tant de beauté, la main sur ses lèvres. Elle observait les œuvres d'art flottantes.
- Tu dois prendre le bateau pour Minas Anor. Le seul bateau pour les terres des hommes est le sixième en partant de la droite. Lorsque tu rentreras dans le navire, descends l'escalier de droite. Ta cabine se trouvera au bout du couloir. Tu ne pourras pas la manquer, je me suis occupé de tout. Tu y trouveras des vivres, des vêtements et de l'or. Confia l'elleth qu'elle pensait être Andî. Isil lui prit la main. Nover mellon-nîn, Adieu mon amie. Souhaita doucement l'elleth noble en Sindarin d'une voix aussi belle qu'une berceuse.
- Je ne sais pas comment te remercier, Andî. Je ne sais pas si j'aurais pu en faire autant pour quelqu'un. Tu te mets en danger en m'aidant. Si Thranduil l'apprend ...
Un doigt se posa sur ses lèvres rosées.
- Chut ... Ne t'inquiète point pour moi. La liberté est la plus belle des choses, Éden. Fais-en bon usage. Profites de chaque seconde. Certaines n'ont pas ta chance ...
Éden fondit en larme. Elle serra Andî dans ses bras, ne sachant pas qu'elle était une elleth. Idil ferma les yeux, elle pleurait aussi. Elle espéra qu'Éden vive pour elle car sa vie à elle touchait à sa fin. Une quinte toux sépara les deux amies.
« Je ne te trahis pas Éden, je te rend service. Je peux te faire une promesse, Wilwarin paiera. »
Son plan s'était déroulé à merveille. Elle s'était jouée de Wilwarin … Ainsi, elle avait fait croire au scribe qu'elle envoyait l'étrangère au Gondor alors qu'elle la rendait à Thranduil. Le mot qu'elle avait écrit à Thranduil était la stricte vérité. Wilwarin avait écrit la fausse missive, elle en avait la preuve. Il risquait la mort pour cela. C'était désormais à son tour d'avoir le contrôle. Éden était trop inexpérimentée pour vivre seule, sans les siens. L'envoyer à Minas Anor, c'était l'envoyer à la mort. La seule raison pour laquelle elle l'avait aidée à s'enfuir, c'était pour piéger Wilwarin.
Son cœur se serra lorsqu'elle vit son visage mutin s'éloigner vers le navire des rois. Elle ne la trahissait point, elle la sauvait. Lorsqu'Éden deviendrait une elleth d'une centaine d'année, elle pourrait s'en aller. La vraie liberté n'était accordée qu'à ceux dont les connaissances étaient assez élevées.
Thranduil n'était point la pire chose au monde pour elle. Elle pensa à Glorfindel, elle eut soudain envie de se réfugier dans ses bras. Elle chassa rapidement cette idée de son esprit. « Je ne me lierai point à lui, j'ai trop lutté pour ma liberté. Personne ne devait savoir qu'elle était une elleth. »
Heureusement, elle avait désormais toutes les cartes en main pour faire taire Wilwarin. Quand elle vit qu'Éden était montée sur le bateau, elle gravit elle-aussi les escaliers menant au pont.
Éden monta sur le navire. Le bois étincelait comme de la neige sous le soleil. Pourtant, il n'y avait aucune lumière. Le voile de la nuit avait recouvert l'espace, ne laissant que la lumière des navires elfiques. L'inquiétude lui saisit les tripes quand elle vit que de nombreux elfes s'affairaient tout autour d'elle.
Tout d'un coup, un homme gigantesque à la barbe grise apparût sur le pont supérieur. Ses cheveux argentés voletaient sous une douce brise. Il était vêtu comme un roi, d'une tunique indigo parsemée de pierres précieuses comme les voiles du navire. Les elfes étaient imberbes, il devait être un homme.
Des hommes aux cheveux longs discutaient en langue commune. Leurs tuniques étaient somptueuses, aussi belles que celles des elfes. Ils devaient être des personnes illustres et importantes. Cela la rassura, elle était bien sur le navire pour Minas Anor. Sinon, pourquoi des humains seraient à son bord ?
Comme le lui avait conseillé Andî, elle descendit les escaliers sinueux menant aux cabines. Le navire grouillait de monde, mais dans le couloir sombre où elle se rendait, le silence s'imposait. L'allée était éclairée par des torches de petites tailles. Leurs lumières réchauffèrent son cœur. C'était le chemin menant à la liberté. Bientôt, elle serait dans sa cabine. Un détail l'étonna. Sur les portes des cabines, de part et d'autres du couloir, elle y voyait des inscriptions argentées, en elfique.
- Boh ! Ce bateau a été construit par des elfes, c'est normal. Il n'y avait pas à s'inquiéter. Au fond, une porte de Chêne portait une inscription en or.
« Andî m'a offert une suite cinq étoiles ou quoi ? Le coquin »
La porte coulissante glissa doucement. Un parfum enivrant flottait dans la cabine, une odeur rassurante. Elle était fatiguée, sa seule envie était de se coucher dans un vrai lit. Elle ne fut pas déçue.
La pièce était spacieuse. Le plancher était en bois ciré, une fourrure aux poils dorées en tapissait une partie. Un grand lit à baldaquin trônait au milieu de la cabine. A ses côtés se trouvait un hublot ouvert de moitié dont les bordures étaient incrustées de pierres blanches. Les rideaux, voiles de satin, dansaient dans le vent du soir. Elle fut enchantée du silence, de la paix de ce lieu.
Doucement, elle posa son sac sur le sol. Ses vêtements étant sales et n'ayant aucune affaire de rechange, la jeune femme se dévêtit entièrement. Puis, elle posa ses effets sur une table basse. Il ne faisait pas froid, une brise caressante soufflait sur sa peau nue. Ses mains habiles défirent les tresses sur ses tempes. Ses cheveux avaient bien poussé en trois mois. Elle les couperait demain, ce n'était pas pratique.
Le sourire aux lèvres, elle alla vers le lit, écarta les tissus brodés du lit à baldaquin. Ses pupilles se dilatèrent sous l'effroi. Une main surgit, à travers les rideaux. Elle lui enserra le bras, l'entraina sur le matelas. Elle tomba sur le lit. L'elleth tremblante ouvrit les yeux. Autour d'elle se formait une cage dans la pénombre de la pièce. La respiration saccadée, deux bras lui encerclèrent fermement le corps. Une flagrance de menthe, d'herbes fraichement coupées, de fleurs sauvages lui envahit les sens ... Prise de panique, elle comprit. Cette cabine n'était pas la sienne ... C'était celle de ...
- Thra ...Thran … duil. Bégaya-t-elle dans un sanglot.
Le visage du prince était de marbre. Il approcha ses lèvres de son cou, l'embrassa doucement puis s'intéressa à sa bouche qu'il captura. Elle brûlait, sa gorge était en feu. La langue du futur roi s'enroula autour de la sienne. Un gémissement lui échappa. C'était interminable, elle perdait pied. Sa tête lui tournait, l'une des mèches d'or de l'elfe caressa son épaule gauche. Il termina son baiser en lui mordillant la lèvre inférieure.
- Te voilà rentrée, Pinig, j'ai bien réfléchis à la correction que j'allais te donner. Susurra-t-il au creux de son oreille pointue.
Éden se tortilla sous son corps de pierre. Profitant d'une ouverture, elle lui envoya un violent coup de genou dans l'entrejambe. La satisfaction de Thranduil se mua en la plus grande des rages. Paniquée, elle prit une chemise brodée sur la table de chevet et l'enfila. Le prince bondit hors du lit. La jeune femme ouvrit la porte de la cabine puis courut dans le couloir, qu'elle voyait maintenant sous un tout autre jour. Une condamnée au couloir de la mort.
Son corps se glaça d'effroi. Le navire avait jeté l'ancre. Le port éphémère s'éloignait à toute vitesse.
« Ces bateaux ont des moteurs ou quoi? »
Elle monta quatre à quatre les escaliers du pont supérieur. Les bourrasques faisaient voler ses cheveux.
L'homme à la barbe grise la regarda, étonné. Avec horreur, elle remarqua ses oreilles pointues. C'était un elfe. A ses côtés, elle reconnut le Seigneur Elrond et Glorfindel. Ils cessèrent leurs discussions dès qu'ils la virent.
- Que signifie tout ceci ? Demanda l'elfe à la barbe d'argent.
- Ce n'est rien Cidàn, Mellon-nîn. Gronda la voix de Thranduil.
La jeune femme tourna la tête. Le prince d'Eryn Galen était lui aussi sur le pont. Il n'avait pas l'air d'être de très bonne humeur d'ailleurs.
Il portait une tunique de soie blanche au col brodé de fils d'or, un pantalon de la même couleur. Ses pieds nus reposaient sur le plancher immaculé du navire. Ses yeux gris la toisaient avait sévérité. La pluie commença à tomber à grosse goutte. De l'eau glacée s'écrasaient du ciel pour tomber sur ses cheveux, sur la chemise qu'elle portait. Elle vit les Seigneur Glorfindel, ainsi qu'Elrond écarquiller les yeux. Le vêtement épousait ses formes, l'eau faisait pointer ses seins. Elle enroula ses bras autour d'elle, pour se cacher.
- Je me suis trompée de bateau. Je ... ne suis pas dans le bon. Souffla-t-elle. C'est ... c'est possible de faire demi-tour ? Argua-t-elle dans un faible sourire, frigorifiée.
A suivre...
Lundi 7 avril au plus tard.
Toutouille Game !
A un moment Eden compare Glorfindel à Brad Pitt. Quels acteurs ou actrices verrez vous dans le rôle des personnages de Printemps vigoureux ?
Je verrai bien River Phoenix pour Rauros par exemple !
Je trouve ça marrant !
OC :
Eden Dilaurentis : Jeune femme de 25 ans, propulsée en Terre du Milieu. Servante de Thranduil, elle s'échappe. Malheureusement pour elle comme l'a dit Andî : on ne peut faire confiance à personne. Elle est indépendante et spontanée.C'est une grande gueule. Spontanée même trop elle a tendance à ne pas réfléchir avant de faire quelque chose. Pétillante, elle touche les gens par son sourire. Elle est positive et ne lâche jamais l'affaire quand elle veut quelque chose. Elle est très indépendante.
Isil Meltintallë Seregoniel : Fille de Seregon, sœur jumelle de Andî. Elle a pris l'identité de son frère jumeau et a intégré l'armée à sa place. Elle est fiancée au Seigneur Glorfindel. Sa mère est une elfe Noldo. C'est une fille qui ne laisse personne entraver son chemin, elle fait ce qu'elle a envie. Elle est ambitieuse, talentueuse et persévérante .
Arphen Aldaranion : Héritier de la Maison du Hêtre. C'est un ami d'Eden. Il est doux au tempérament artistique. Il n'aime pas les conflits.
Rauros Mapalanion : Écuyer du Prince. Il espère se faire adouber prochainement. Il est le neveu du Seigneur Seregon. Le cousin de Andî et Isil. Il est confiant presque arrogant. Il aime faire la fête.
Amàndil Palantirion : Lieutenant du quatrième régiment. Il est charmeur et farceur. Il est néanmoins très protecteur avec son frère cadet qui porte tous les espoirs de sa famille.
Wilwarin Palantirion : Ellon sylvain très patriotique. Il n'aime pas les étrangers et se méfie de Éden. Scribe du Seigneur Seregon. Très ambitieux, il veut rentrer dans les hautes sphères de la politique. Pour lui la vrai puissance est l'information, non pas la naissance.
Cuthalion Belegion : Haut-Commandant des armées d'Eryn Galen, Grand Chambellan du Royaume. Seigneur du Bouleau Blanc. Ami d'enfance de Thranduil, ancien pupille d'Oropher à Doriath. Ellon d'une vive intelligence autoritaire et dévoué à la couronne.
Seregon Nàmoion : Echevin du Royaume d'Eryn Galen. Il est père de jumaux : Andî et Isil. Protecteur de Wilwarin, Oncle de Rauros. Ellon sage et Austère.
Ràvion Ereinionion : Haut-Prince des Noldor. Fils de Gil Galad. Caractère joviale toujours passionné. C'est un homme de feu. Tout le contraire de Thranduil qui lui contrôle ses émotions. Enflammé, coléreux, il est néanmoins de bon caractère.
Ràvion : Fils de Lion
Isil :Lune
