Chapitre 9 : Les Liaisons Dangereuses d'un ascenseur en détresse

Vous vous demandez tous si Albus va trouver la lampe d'Aladdin, si Saroumane va revenir dans le club des Vieux Sorciers Barbus, si Dracula va pourrir ce faux vampire d'Edward Cullen et reprendre sa place et si Lucky Luke entretient une liaison secrète avec Legolas… Et bien non, vous ne le saurez pas, chers lecteurs. Aujourd'hui, c'est Sirius la rock star.

- C'est cette vieille chauve-souris puante qui l'a tué ! Arrête de le défendre, Lily.

- Tu sais très bien ce qu'il s'est passé ! C'est Dumbledore qui le lui a demandé ! Toi, arrête de t'acharner sur lui !

Sirius en avait marre. Il ne supportait plus de les entendre se disputer, et ce, toujours pour la même chose. A cause de la seule et même personne, aurait-il ajouté. Et il ne pouvait blâmer James de voir rouge alors que sa femme le trahissait ainsi. En plus, ils n'arrêtaient pas de le prendre à parti. Et, comme à chaque fois qu'il soutenait James -c'est-à-dire tout le temps-, Lily lui faisait la tête pendant des jours. Mais en même temps, ne pas la soutenir lui coûtait cher.

En effet, depuis quelques temps, Lily avait pris des cours de cuisine avec les deux plus grands chefs du Paradis : Bob l'éponge et Hannibal Lecter. Et elle maîtrisait maintenant la recette du pâté de crabe à la perfection… Bob était bien sûr le maître de cette recette, mais Hannibal l'avait amélioré avec un ingrédient que seuls les élèves les plus doués avaient le droit de connaître. Sirius ne savait pas quel était cet ingrédient secret, mais peu importait tant qu'il avait son pâté de crabe tous les jours.

- Patmol ! Dis-lui que j'ai raison ! Dis-lui qu'à sa place, jamais tu n'aurais tué Dumbledore.

Sirius eut le cœur déchiré. Il allait encore devoir se priver de pâté de crabe ce soir. C'était son seul petit plaisir au Paradis étant donné qu'il finissait à l'hôpital les trois quarts du temps lorsqu'il sortait de l'étage 777. Il grogna un assentiment à l'adresse de James et se leva du canapé sur lequel il était assis après avoir éteint l'écran géant. Ses croisèrent ceux de Lily qui le foudroya du regard. Comme un chien battu, il baissa la tête et se risqua tout de même au dehors dans le but de s'échapper de l'ambiance morose qui s'était abattue sur l'étage 777, à ses risques et périls.

Dans l'ascenseur, il croisa Valmont en compagnie de Rebecca Rabbit. Le pauvre Sirius se dit qu'il allait assister au numéro de drague le plus long de l'histoire du Paradis. Quelle idée d'habiter l'étage 777...?

- Comprenez-vous, mon lapin, ce n'est pas ma faute. Vous êtes si radieuse et éblouissante, si belle et si parfaite… Si je n'étais pas déjà mort, je donnerais mon cœur palpitant ne serait-ce que pour rêver de votre image. Sans vouloir paraître discourtois, je voulais vous dire que je vous désire plus que tout.

Sirius assista en fin de compte à la plus belle baffe que le Paradis ait jamais vu.

- Comprenez-vous, Monsieur le Vicomte, ce n'est pas ma faute. Vous êtes si fourbe et si dégoulinant de bons sentiments, si coureur de jupons et si malhonnête… Sans vouloir paraître grossière, je voulais vous dire que vous pouvez aller vous faire…commença à répondre Rebecca au Vicomte.

- Madame, Messieurs, salua le Capitaine Crochet en entrant dans l'ascenseur.

Sirius avait toujours été fasciné par le nombre d'embouts que le Capitaine possédait. Il portait aujourd'hui une fausse main très réaliste tenant un micro.

- Vous donnez un concert au casino, Capitaine ? demanda-t-il.

- Non, moussaillon. Je vais faire des répétitions pour la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques Fictionnels.

- Oh ! Vous avez été choisi, alors ! Il parait que la bataille a été rude.

- Ah mon garçon, ne m'en parles pas. J'ai dû sortir tout ce que j'avais dans le crochet pour convaincre le jury. Il faut dire que passer après l'Halleluja de Psykokwak qui avait fait pleurer tout le monde, c'était pas facile. Surtout que j'avais moi-même versé une petite larme… Qu'est-ce que tu veux, on se refait pas. J'ai toujours été un grand sensible au fond. Mais finalement, je pense qu'ils ont trouvé que mon interprétation de « Bali-Balo » avec des sanglots dans la voix était original.

- Et puis vous aviez quand même l'habitude de faire face à un jury. Vous avez pu tirer des leçons de tous les télé-crochets auxquels vous avez participé.

- Ah ça, les télé-crochets, les crochets en tout genre en fait…c'est ma grande passion ! Je suis un peu le Omar Sharif des crochets quand j'y pense…

Soudain, l'ascenseur s'arrêta net et la lumière s'éteignit.

- Oh mon dieu, oh mon dieu, oh mon dieu…psalmodiait une voix à la droite de Sirius.

- Calme-toi enfin, moussaillon ! Ce n'est pas une attitude à avoir en compagnie d'une charmante dame.

- Ce n'est pas ma faute. Je suis claustrophobe, Capitaine…murmura Valmont.

- Vous savez où se trouve le bouton d'appel ? demanda Sirius.

Un bruit sourd suivi d'un grognement de douleur étouffé se fit entendre.

- Non, il n'est pas là, Vicomte, fit Rebecca, une colère lourde dans la voix.

- Toutes mes excuses, mademoiselle Rabbit, répondit Valmont d'un ton anormalement aigu. Mais ce n'est pas ma faute, je ne vous avais pas vu.

Sirius pouffa et appuya sur le bouton d'appel qui se trouvait en fin de compte juste derrière lui.

- Ah, on dirait que ça ne marche pas. C'est pas un interphone normalement ?

- Si, réessaye, moussaillon.

Sirius s'exécuta, mais l'interphone resta sans voix.

- Il faut que je sorte d'ici, sinon…commença Valmont.

- Sinon quoi ?

- Non, rien. Trouvez une solution.

De nouveau, on entendit un bruit sourd, suivi cette fois-ci par un cri aigu.

- Non mais ça va bien, oui ? Nous ne sommes pas sous vos ordre, Monsieur le Vicomte, dit Rebecca, l'ironie dégoulinant de sa voix.

- Cessez de vous chamailler, vous deux, les coupa Crochet.

- Et si vous utilisiez votre micro, Capitaine ? demanda Sirius.

- Ah, mais voilà une idée constructive.

On entendit un petit « clic », puis :

- Attention, attention ! Ohé, ohé, matelots ! Matelot navigue sur les floooots…commença à chanter le Capitaine. Il était un petit navire, il était un petit navire…qui n'avait ja-ja-ja…

- Capitaine !

- Toutes mes excuses, moussaillonne. Mais mon micro-crochet marche divinement bien ! Ohé, ohé ! Ceci est un SOS, partent dans les airs…dans l'eau laissent une trace…

- Ahem…

- Ceci est un SOS en direct de l'ascenseur, se reprit rapidement Crochet. L'interphone ne fonctionne pas et nous sommes bloqués. Je répète, ceci est un SOS…

Soudain, l'interphone se mit en marche et une musique que Sirius adorait résonna dans l'ascenseur.

- Oh trop cool ! s'exclama-t-il. Il va nous sauver !

- C'est pathétique… A chaque fois qu'on fait appel à lui, c'est toujours la même chose. Le générique et après « le choix des armes » comme il appelle ça…ronchonna Rebecca.

- Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur d'Angus MacGyver, agent secret DXSID N°XC4479 et directeur de logistique et réparations en tout genre. Je ne suis pas là pour le moment, veuillez laisser un message après le « bip » sonore.

- Nan mais c'est une blague ? s'exclama Valmont, au bord de la panique.

Tout le monde resta perplexe un moment. Puis :

- Ah ah ! Je vous ai bien eu, hein ?

- Très drôle…marmonna Valmont.

- Mais oui, ce n'est pas de votre faute non plus si vous n'avez pas d'humour, Vicomte, répondit MacGyver.

- Vous allez réussir à nous tirer de là ? demanda Rebecca que l'on sentait légèrement inquiète.

- Mais bien sûr, ma jolie. Même si je suis pathétique avec mon générique, je vais le faire. Je suis trop bon. Et trop fort…

- Et trop modeste…ajouta Valmont, un sourire dans la voix. Et puis s'il ne nous sauve pas, il sera mis à pied par Le-Tout-Puissant de toute manière.

Sans discuter plus avant de ses nombreuses qualités et des obligations qui lui pesaient sur les épaules, l'agent secret poursuivit :

- Je réfléchis, permettez que je remette le générique pour me remettre dans l'ambiance.

Après un quart d'heure ininterrompu de générique, tous les prisonniers de l'ascenseur fredonnaient. Cela semblait même calmer Valmont. Mais soudain, la musique s'arrêta et tout le monde sembla reprendre ses esprits.

- Pari ! lança MacGyver. J'ai un stylo bille bleu, une balle de golf, un cerf-volant troué, un livre sur la cuisine des yacks mongols, du Nespresso et…what else ? Ah oui, une carte Pokemon, un dé à coudre, et le meilleur pour la fin : une magnifique touillette à cocktail avec la photo de Tom Cruise dessus. Faîtes vos jeux… Rien ne va plus !

- On est vraiment obligé…? demanda Rebecca.

- C'est le jeu ma pauvre…Rebecca, répondit Valmont. Bon, je mise cinquante points de karma sur le cerf-volant, la carte Pokemon et la touillette en moins de dix minutes.

- Oh, monsieur commence fort…

- Quarante points sur le livre de cuisine et le dé à coudre en vingt minutes, renchérit Crochet.

Sirius, fredonnant toujours le célèbre générique, s'interrompit pour miser à son tour :

- Le Nespresso, le stylo bille et la balle de golf pour cent points de karma, tout ça en moins de cinq minutes.

- J'ai l'impression que la demoiselle se dégonfle, alors tant pis, c'est parti. Top chrono !

Sirius trépignait d'impatience. Il ne l'avait encore avoué à personne - pas même à James - mais McGyver était son idole depuis qu'il avait atterri au Paradis. Le générique était reparti et on entendit soudain un grand « boom » venant du plafond de l'ascenseur. Plafond qui disparut très vite sous les coups rageurs de la touillette Tom Cruise. Le Maître du Système D apparut ainsi devant eux, tout son attirail dans son sac à dos propulseur emprunté aux Totally Spies. Sirius eut du mal à se retenir de jouer la groupie en délire. Mais il tenait beaucoup à la dignité qui lui restait. Il ne fit donc aucun commentaire sur le nouvel arrivant.

- J'ai aussi utilisé la carte Pokemon. Le Cerbère là-haut l'a voulue pour me laisser passer.

- Et maintenant ? demanda Rebecca, toujours aussi sceptique.

- C'est tout simple : je vais fabriquer un harnais avec le cerf-volant, le livre et le dé à coudre, puis nous lancerons la balle de golf au Cerbère en lui disant d'aller chercher la baballe pour le distraire et une fois que nous serons tous remontés, vous serez sains et saufs, tout ça grâce à moi.

L'œil brillant devant tant de génie, Sirius ne put s'empêcher de pousser un « whoua » d'admiration. Cependant, Angus n'avait pas prévu qu'il se trouvait en présence du sorcier le plus malchanceux et maudit du Paradis et que les choses n'allaient pas se passer comme il l'espérait.

Ainsi, à quelques étages de là vivaient toujours une bande d'irréductibles vieilles mégères maudissant Sirius. Et la vie n'était pas facile pour le jeune homme retranché dans l'ascenseur.

Walburga se réjouissait de la panne d'ascenseur qu'elle avait provoqué. Mais son fils semblait heureux de rencontrer ce débrouillard à la noix qu'était MacGyver. Il allait falloir employer l'artillerie lourde pour faire perdre le sourire à sa progéniture. Elle approcha le doigt d'un énorme bouton rouge où il était inscrit « Danger », affublé d'une tête de mort, et, souriant d'un air machiavélique à faire pâlir Lucifer de terreur, appuya.