Commissariat, bureau des affaires criminelles - 21 mars, 13h47
Nous y voilà. Je n'aime pas trop venir ici. L'atmosphère est tendue et pesante. Les bureaux disposés en « open-space » permettent aux policiers de circuler librement. Il doit y avoir une vingtaine de postes de travail. L'inspecteur a parlé d'un briefing d'enquête, espérons que c'est terminé…
-« M. Nick, regardez ! Inspecteur Négligé est là. »
Franziska, je crois qui ton impétuosité envers Tektiv a déteint sur Pearl.
-« Ah, vous êtes venu finalement, mon gars… » dit Tektiv.
-« Pourquoi cet accueil aussi froid ? Un peu de gaieté, que diable ! »
-« Et bien parce que je n'ai aucune raison d'être content ou chaleureux. »
-« Ah, pourquoi ça ? »
-« Parce que les témoignages sont parfaits et les preuves infaillibles. »
-« Grr… Mais je ne peux pas abandonner maintenant ! Je dois me montrer optimiste ! Que voulez-vous dire par « les preuves sont infaillibles » ? »
-« Malheureusement, je ne peux pas vous donner tous les détails gars, mais on a deux grosses pièces. »
-« Deux ?! »
-« Ouais, et elles sont toutes les deux sur la photo du crime. D'abord, le bouton manquant du costume du Ninja Billy. »
-« Que vous avez retrouvé sur Engarde pendant la fouille… »
-« Ouais… Et le couteau dans la poitrine d'Engarde. Et plus précisément, les empreintes qui sont dessus… Le labo vient de rendre les analyses. »
-« Alors ?! Alors ?! »
-« C'est pas évident mon gars ? Elles appartiennent à Matt Engarde. »
Hmm… Je sens que le procès de demain ne va pas être une partie de plaisir…
-« Et les « témoignages parfaits » ? »
-« Le singulier suffit, mon gars. C'est celui de Mlle. Eïchouette. L'agent de sécurité. »
-« Je m'en doutais… »
-« Comment ça vous vous en doutiez ? Elle vous a dit quelque chose, c'est ça ? »
-« Eh bien… »
-« Heureusement que je lui avais dit de fermer son clapet… Quoi qu'il en soit, cette dame a tout vu. Elle a vu Engarde sortir de la chambre de Corrida à l'heure du décès de la victime. »
-« Grr… C'est pas possible… Mon client est innocent, je le sais ! »
-« Ouais et bien bonne chance pour le prouver, mon gars ! »
-« On ne peut pas abandonner maintenant ! Pas tant que Maya est… »
Qu'est-ce que je fais maintenant ? Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je ne dois pas faire ? On est dans l'impasse !
-« M. Nick… Calmez-vous., souffle Pearl, vous êtes le meilleur des avocats sur Terre. Mystique Maya a confiance en vous, vous ne pouvez pas laisser tomber maintenant. »
-« Tu as raison, merci Pearl. »
Je regarde Tektiv.
-« Inspecteur, croyez-vous que ce scandale pourrait être lié à ce meurtre ? »
Je lui montre l'article de presse.
-« Ah vous savez mon gars, nous aussi on s'intéresse aux ragots. »
-« Pourquoi ? »
-« Parce qu'il y a deux ans… Une femme s'est suicidée… »
-« Suicidée… ? »
-« Elle s'appelait Céleste Lavoute, et elle était le manager de Juan Corrida. »
-« Le manager de la victime ? »
-« Et ce n'est pas tout ! Elle était aussi le mentor d'Andréa Landry. Elle lui a tout appris. »
Cette femme… À la fois manager de la victime et mentor d'Andréa Landry. Possible que son suicide ait un lien avec cette affaire, mais comment savoir ?
-« Pouvez-vous m'en dire plus sur elle, inspecteur ? »
-« Eh bien, cette femme s'est suicidée il y a deux ans… Et voilà que maintenant, un autre décès les réunit. A moins que ce soit une simple coïncidence ? Mais… (*CLAC) Ahhh ! »
Von Karma est de retour, tous aux abris !
-« J'en ai vraiment plus qu'assez de travailler avec une brochette d'imbéciles. Négligé, vous semblez vraiment avoir besoin de vous allier avec l'ennemi on dirait… Je n'ai vraiment pas besoin d'un traître dans mes rangs… »
-« Madame ! crie Tektiv, vous ne voulez pas dire que… »
-« Si, reprend Franziska, vous êtes viré ! Je vous donne trente minutes pour débarrasser le plancher ! »
-« Attendez Madame, je vous en prie ! Si je ne suis pas payé ce mois-ci, je vais… »
-« Taisez-vous ! C'est à cause de traîtres comme vous… »
-« « …Que j'ai perdu », c'est ce que tu allais dire, n'est pas Franziska ? »
-« Toi ! »
Cette voix... C'est une voix que je croyais partie toujours, mais une voix que je ne connais que trop bien… C'est… c'est…
-« Hunter ! »
-« Ça fait un bail, hein Wright ? »
Il se tourne vers Von Karma.
-« Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? Toujours à blâmer les autres de tes propres erreurs. Je vois que tu n'as pas changé d'un iota, Franziska Von Karma. »
-« … … Tu… Tu as un sacré culot de te montrer ainsi, sans le moindre remord ! hurle Franziska après un silence lourd de sens. Tu as traîné le nom des Von Karma dans la boue et tu nous as déshonorés ! Tu t'es enfui ! Peureux que tu es ! »
-« Tu parles de la devise des Von Karma ? « La perfection en tout » ? Je crois que tu as aussi du mal à tenir ce niveau de perfection, ces temps-ci, non ? »
-« Grr… Toi… »
-« Je crois que le poids sur tes épaules commence à te peser. C'est pourquoi je suis revenu. »
-« Garde tes théories fumeuses pour toi-même ! Cette affaire est à moi ! Jamais tu ne me la prendras ! »
Elle se tourne vers moi.
-« (*CLAC) Phoenix Wright ! Je vous vois demain, au tribunal. Je vais vous donner un cours méthodique sur la « victoire totale », je gagnerai, vous verrez ! »
Elle quitte le bureau d'un pas décidé.
-« Toujours aussi sauvage. » souffle Hunter.
Je me tourne vers lui.
Benjamin Hunter est une ancienne connaissance. On s'est rencontré en CM1, en primaire. Cette année-là, il a fait quelque chose pour moi que je n'oublierai jamais. Cet homme… a changé ma vie.
Pourtant, il se retrouve en face de moi au tribunal, à l'accusation. Il était l'élève de Manfred Von Karma, le père de Franziska, un homme cupide. Tout comme cet homme et sa fille, Benjamin n'aspire qu'à la perfection.
Nous nous sommes « affrontés » plusieurs fois, et j'ai toujours gagné. Il y a un an, il a disparu, en laissant pour note « Benjamin Hunter choisit la mort ». J'avais donc décidé d'enterrer le Benjamin Hunter que j'estimais tant… pour toujours. Et pourtant, aujourd'hui, le revoilà devant moi.
-« … Je te croyais mort, Benjamin Hunter, avocat de l'accusation. »
-« M. Nick ! » souffle Pearl.
-« Je… J'aurais préféré ne jamais te revoir ! »
Hunter prend son petit sourire narquois.
-« Je pense que je vais écourter cet accueil aussi chaleureux après un an d'absence. »
-« … Tu vas te charger du procès de demain… ? »
-« Tu l'as entendue comme moi, non ? La pouliche sauvage ne jettera pas l'éponge et ne me laissera pas prendre les rênes de l'affaire. Donc je pense que je ne viendrai pas. »
Je fronce les sourcils.
-« Wright… La haine que tu ressens à mon égard n'est pas constructive. Ni partagée… Mais je vais te dire quelque chose. »
-« … »
-« Demain tu ne pourras pas gagner le procès tout seul. »
Que veut-il insinuer ?
-« Vois-tu, je possède quelque chose dont tu es totalement dépourvu. Le travail d'équipe, indispensable dans la recherche de la vérité. Pour gagner le procès, il te faudra appréhender une certaine « vérité ». »
-« Une « certaine vérité » ? »
-« Enfin, si tu as besoin d'aide, tu sais où me trouver… N'étant pas chargé de l'affaire, je peux te révéler plus d'informations. »
Qu'est-ce qu'il peut bien se passer dans ta tête, Benjamin ?
-« Tu sais, reprend Hunter, malgré tout ce qu'il s'est passé, et tout ce que tu peux penser, je considère toujours Manfred Von Karma comme mon mentor. Un « palmarès sans faute » prouve que je suis un Von Karma. »
-« … Il y a un an, tu as connu plusieurs défaites, à la chaîne… Sont-elles la cause de ta soudaine disparition ? Tu es parti parce que tu as perdu ton « palmarès sans faute » ? »
-« … »
-« Comment peux-tu représenter l'accusation pour une raison aussi égoïste ?! Il aurait mieux fallu pour tout le monde que tu restes mort, Benjamin ! »
Je me suis emporté… Mais je ne peux pas cacher cette haine que je garde envers lui. Et puis, je ne comprends pas pourquoi Hunter garde une foi inaliénable envers l'homme qui…
L'affaire DL-6, l'affaire du meurtre de Henri Hunter, le père de Benjamin, fut l'une des plus longues à résoudre, et j'ai joué un rôle dans sa résolution.
Henri Hunter était avocat de la défense. Manfred Von Karma et lui s'étaient affrontés pendant une affaire et Von Karma avait perdu. Après la fin du procès, il y a eu un tremblement de terre. Benjamin, son père et un agent de sécurité, Yanni Yogi, sont restés enfermés pendant 4 heures dans un ascenseur avant d'être « secourus ». Les prisonniers de l'ascenseur souffraient du manque d'oxygène. Seulement, un meurtre a été commis. Le père de Hunter nous a quitté ce jour-là.
C'était l'année de CM1 de Benjamin. Il a vu son monde s'écrouler autour de lui, ce n'était qu'un gamin. Cette affaire a été résolue il y a seulement 1 an, avant la disparition de Hunter.
Bien sûr, le principal suspect était Yanni Yogi, mais, à cause du manque d'oxygène, il a été victime de complication de santé et a gardé de graves séquelles. Il était incapable de se souvenir ce qui c'était passé dans l'ascenseur.
L'affaire a resurgi car, l'an dernier, Hunter a été accusé de meurtre et le principal témoin était… Yanni Yogi.
J'étais l'avocat de Benjamin, et j'ai fait d'une pierre deux coups en prouvant l'innocence de Benjamin et en résolvant l'affaire DL-6.
Pendant la captivité dans l'ascenseur et après un long moment à attendre, Yanni Yogi commença à devenir nerveux et ordonna à Henri de « ne plus respirer son air ». Benjamin vit que Yanni s'en prenait à son père, et jeta le pistolet de service, appartenant à Yanni, sur ce dernier.
A ce moment, un coup de feu est parti. Benjamin a attendu un cri, un cri qui l'a hanté jusqu'au procès d'il y a un an. Henri Hunter a été tué par balle. Benjamin a donc culpabilisé en pensant qu'il avait tué son propre père, en voulant l'aider.
Mais grâce à moi, nous avons prouvé que ce n'était pas Benjamin qui avait tué son père. Après avoir entendu le cri, il s'est évanoui. Mais il n'avait pas tiré sur Henri, mais sur Manfred qui se trouvait à l'extérieur de l'ascenseur.
Furieux, Von Karma ouvrit l'ascenseur et vit Henri Hunter, l'homme qui lui avait causé tant de tourment par sa victoire contre lui au tribunal. Henri était inconscient. Fou par la haine et la douleur, il saisit donc l'opportunité... ramassa l'arme que Benjamin avait lancée… et tira.
Voilà qui clôturait l'affaire DL-6. Manfred Von Karma, qui était le procureur pendant l'accusation de Benjamin, disparut après ça.
Benjamin également. Je l'avais sauvé… et voilà comment il me remerciait.
Voilà pourquoi je lui en veux autant.
Et surtout, je ne comprends pas qu'il puisse encore considérer Manfred comme son mentor, et pire comme son père adoptif, après ce qui a été révélé à son sujet. Les Von Karma avaient recueilli Benjamin après la mort d'Henri. Voilà pourquoi Franziska l'appelle « petit frère », bien qu'elle soit plus jeune que lui. C'est Manfred qui a poussé Benjamin à devenir procureur, au lieu d'avocat comme lui le voulait avant cet incident.
Hunter me sortit de mes pensées.
-« Je vois…, me dit-il. Alors permet-moi de te poser une question. Et toi ? Pourquoi te présentes-tu à la barre ? Pourquoi ? »
-« Eh bien, quand elle me voit, Franziska dit toujours : « Cette fois je ne perdrai pas ! ». Mais un procès n'est pas le règlement de compte entre la défense et l'accusation. Je me présente à la barre pour défendre mon client, pour prouver son innocence. Je lui sauve la vie… »
-« Tu sauves ton client, dis-tu ? »
-« Les avocats qui ne poursuivent que leur propre intérêt et les procureurs égoïstes me sortent par les yeux… Et c'est tout aussi valable pour les « prodiges »… Ou pour les gens comme toi, Hunter… »
-« … Je vois qu'il te reste beaucoup à apprendre, Phoenix. »
-« « Beaucoup à apprendre » ? Moi ? »
-« Mais cela suffit pour le moment, tu ne vas pas tarder à comprendre. »
A comprendre ? Qu'est-ce que je vais comprendre ?
