Bonjour tout le monde !

Aujourd'hui, on retourne sur Terre, où les Avengers se retrouvent à gérer les conséquences du snap et de la disparition de la moitié de la population. Même si ce n'est pas le cœur de cette fic, c'est un aspect que j'avais à cœur de traiter.

Enjoy !


.

Chapitre 8 : Contrecoup et conséquences

.


Comme prévu, Everett Ross arriva une heure plus tard au QG des Avengers. Mais il n'était pas seul.

« Clint ! »

Aussitôt, l'archer se retrouva avec une femme presque hystérique dans les bras. Il était rare que Natasha perde ainsi toute retenue. Pour être tout à fait exact, c'était la première fois qu'il la voyait ainsi. Mais il n'avait rien à faire des regards des autres, et surtout pas ceux de l'agent à côté d'eux. Alors il passa tendrement une main dans ses cheveux, embrassant sa tempe et murmurant des mots doux à son oreille, tandis qu'elle sanglotait amèrement sur son épaule en jurant en russe.

Elle était là, dans ses bras. Elle était vivante, faite de chair, de sang et d'os. Il pouvait sentir son cœur battre dans sa poitrine, son souffle dans son cou, et sa chaleur tout contre lui. Vivante, tout simplement. Il inspira un grand coup, tentant de juguler ses propres émotions. Ses mains tremblaient et son souffle s'emballait tandis qu'il retenait ses propres larmes. C'était le contrecoup après ce drame qu'il ne savait comment gérer, après la panique et l'épouvante, après cette terreur sans nom. Sauf qu'il ne pouvait pas craquer. Pas maintenant.

Clint vit rapidement Ross et les autres s'éclipser, voulant leur laisser le temps de se retrouver. Sauf qu'ils n'avaient pas ce temps justement. Lui ne l'avait pas en tous cas. Il voulait juste tenter d'appréhender ce qu'il était en train de se passer. Il voulait juste essayer de comprendre ces événements auxquels il n'avait pas été confronté, et qu'il n'avait suivi qu'à travers les infos et la télévision. Il voulait juste avoir une putain de réponse à ses questions.

Il voulait juste savoir pourquoi sa femme et ses enfants étaient tombés en poussière sous ses yeux.

Alors doucement, il se détacha d'elle, sans pour autant la lâcher. C'était au-dessus de ses forces. Il vit ses grands yeux bleus rougis et ses joues trempées de larmes, et il ne put retenir la main venant les essuyer. Elle s'y appuya légèrement, sans toutefois détourner le regard. Elle était là.

Et il devait savoir.

« Nat… »

Il s'arrêta, presque surpris d'entendre les sanglots dans sa voix. Elle ne dit rien, n'essaya pas de parler ou de l'interrompre, et il lui en était reconnaissant. Il déglutit péniblement, avant de reprendre.

« Nat… Que s'est-il passé ? »

« Thanos… »

Elle inspira lourdement, semblant chercher ses mots. Et de la même manière qu'elle lui avait laissé le temps de reprendre ses esprits, Clint se retrouva à retenir son propre souffle.

« Tu te rappelles du Tesseract ? Et de la pierre incrustée dans le front de Vision ? » lui demanda-t-elle soudainement, de manière parfaitement incongrue.

Clint ne put qu'hocher la tête, ne faisant pas confiance à sa voix pour ne pas le trahir.

« C'étaient deux gemmes d'infinités, des pierres au pouvoir surpuissant. Il en existe six : temps, espace, esprit, âme, pouvoir et réalité. Thanos, celui qui avait commandité l'invasion des Chitauris, les a toutes rassemblées. Et d'un claquement doigts, il a réduit la moitié de l'humanité en poussière. Et vraisemblablement la moitié de l'univers avec. »

C'était succinct comme résumé, bien trop bref et concis pour répondre aux centaines de questions qu'il avait. Mais l'horreur était là. L'horreur et l'impuissance.

Natasha reprit la parole, mais il ne l'écoutait plus. Il sentait encore Laura s'émietter sous ses doigts, et la poussière sur ses lèvres. Il entendait encore les cris d'effroi de Lila, le hurlement d'épouvante de Cooper, et les pleurs de Nathaniel. Il se souvenait des cendres dans les lits des enfants, s'envolant par la fenêtre. Il se souvenait des heures passées roulé en boule sur le parquet, dans l'attente d'une mort qui ne venait pas.

« …lint… Clint… »

L'homme finit par relever la tête, qu'il n'avait pas conscience d'avoir baissé. Il ignorait ce que laissait exactement transparaitre son regard, mais Natasha le vit et blêmit subitement.

« Laura ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante.

Il ne répondit pas, et elle ne put retenir un hoquet d'horreur.

« Coop' ? » balbutia Natasha. Elle avait l'air d'être sur le point de vomir, et lui-même n'en était pas loin. « Lila ? Nate ? »

Il ne dit rien. Les secondes passèrent, sans un bruit, sans un geste.

Et finalement il laissa échapper un terrible gémissement, telle une bête à l'agonie, et se laissa tomber à genoux. Et Natasha resta là, se laissant glisser au sol avec lui, le serrant avec force dans ses bras. Elle resta alors qu'elle pleurait aussi, des sanglots lourds et douloureux. Elle resta tandis qu'il laissait enfin s'échapper la douleur, hurlant à la mort.

Elle resta.

oOoOo

Ils n'ajoutèrent rien de plus. Ils gagnèrent simplement la zone d'habitation de la base pour se passer un peu d'eau sur la figure et faire disparaitre les traces de leurs larmes. Ils étaient des espions. Ils étaient des Avengers. Ils ne pouvaient pas se permettre de se laisser aller.

Ils devaient se battre. Alors ils se battraient.

Qu'importe le fait qu'ils n'aient plus aucun espoir. Qu'importe le fait qu'il soit à moitié mort à l'intérieur.

Redevenus aussi impassibles que d'ordinaire, tels les agents expérimentés qu'ils étaient, ils rejoignirent le reste de l'équipe dans la salle de réunion, où Ross avait eu le temps de faire les présentations avec ceux qu'il ne connaissait pas. Lui-même prit rapidement le temps de saluer les autres qu'il n'avait pour la plupart pas vu depuis longtemps. Depuis deux ans à vrai dire.

Il s'attarda tout particulièrement auprès de Scott, qui lui adressa un sourire brisé. Il ne lui demanda pas où était Cassie, ou comment elle allait. Le vide dans ses yeux, le même qu'il se savait arborer, était plus parlant que n'importe quel mot. Alors il lui serra la main, fort, à s'en broyer les phalanges. Se raccrochant désespérément à l'autre homme pour ne pas s'écrouler de nouveau, et il savait qu'il en était de même pour Scott. Ils avaient appris à se connaitre avec le temps, et s'étaient découverts identiques par bien des aspects.

Lui et l'homme-fourmi étaient en effet restés en contact après la Civil War qui avait divisée les Avengers. Et si l'équipe menée par Steve – et dont tous deux avaient fait partie – était devenue renégate, les deux hommes avaient fait le choix de se rendre, et passé un accord avec le gouvernement. Tous deux avaient des enfants, une famille, et n'avaient pu y renoncer contre une vie de fugitif.

Étonnamment, leur meilleur allié dans cette affaire avait été Stark. Tony avait en effet utilisé son influence – et son argent, très probablement – pour leur éviter la prison et leur permettre de rejoindre leur famille. Et s'ils étaient amis de longue date, jamais auparavant Clint n'avait été aussi reconnaissant envers lui.

Il était donc retourné à sa petite vie tranquille dans sa petite maison dans son petit bled paumé. Mais il n'avait jamais oublié que cette vie, c'était à Tony qu'il la devait. Ils avaient eu quelques contacts pendant ces deux ans. Rares, mais bel et bien présent. Clint n'avait jamais abordé le sujet de Cap, de Bucky, de ses parents ou des accords – il n'était pas suicidaire non plus.

Le génie leur avait même rendu visite une fois, finissant par céder après que Clint le lui ait demandé à de multiples reprises. Et si Tony avait d'abord semblé mal à l'aise en leur présence, il était de certain de l'avoir vu loucher à quelques reprises sur Cooper, Lila et Nathaniel, dès lors que lui et son épouse avait le malheur de détourner le regard simultanément. De ce jour-là, Clint s'était plus ouvert à lui, lui avait parlé de sa vie de famille. En retour, Tony s'était confié – laborieusement et avec beaucoup de pudeur, mais quand même – à propos de Peter, le gosse araignée qu'il avait sous sa protection. Et si Tony n'avait jamais réellement mis de mots sur cette relation, Clint savait qu'il considérait Peter comme le fils qu'il n'avait jamais eu. Qui savait où était le gosse maintenant ? Évaporé, comme des millions d'autres personnes ? Comme sa propre famille tombée en poussière.

Rapidement, il dut toutefois cesser de ressasser ses souvenirs, la main de Natasha sur son épaule. Affreusement conscient des larmes qui coulaient sur son visage et sur celui de son ami ainsi que des regards des autres pesant sur eux, il essuya rapidement ses joues humides avant de s'assoir entre Nat et Scott, suppliant mentalement Steve de commencer cette foutue réunion. Fort heureusement, le Cap semblait être devenu télépathe en deux ans, puisqu'il attaqua sans tarder.

« Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, je vous présente l'agent Everett Ross, » commença Steve, désignant l'homme debout à ses côtés. « Ancien agent de l'Air Force, il a travaillé pendant plusieurs années à l'anti-terrorisme et à la CIA, et est en poste depuis quelques mois maintenant au ministère de la défense. Il travaillait hier encore sous les ordres directs du Secrétaire d'Etat Thaddeus Ross. »

« Un sacré nombre de quiproquo en perspective j'imagine ! » s'amusa Rhodes, un sourire forcé aux lèvres. A vrai dire, tout semblait forcé chez lui, son sourire comme sa blague, mais Clint lui était reconnaissant d'essayer d'alléger un tant soit peu l'ambiance.

« Vous n'avez pas tort, » approuva l'agent Ross avec un bref sourire, jouant le jeu. « Toutefois, ce n'est pas la raison qui m'amène. Avec la disparition de Thaddeus, ainsi que de bon nombre de gradés militaires et de personnalités politiques, l'échelle hiérarchique a été entièrement bouleversée, et j'ai moi-même gagné en responsabilité. Ceci dit, je ne suis pas certain d'avoir gagné au change. Par chance, le vice-président est en vie, et nous ne sommes pas complètement démunis. La situation est toutefois absolument catastrophique, la population panique et nous avons besoin de toute l'aide disponible. »

« Et nous vous apporterons cette aide avec grand plaisir ami Ross. Nous ne laisserons pas Midgard être détruite par de vaines querelles quand l'heure est si grave. »

Ross inclina profondément la tête en direction de Thor, le remerciant pour cette aide spontanément offerte. A vrai dire, lui-même se retenait de sauter dans les bras du dieu pour l'enlacer. Après les mauvaises nouvelles, qui semblaient terriblement plus nombreuses que les bonnes, il avait besoin de ce genre de bravade et de l'assurance du dieu de la foudre. Ce n'était qu'un masque de plus, car qui le connaissant pouvait manquer l'ombre dans son regard ? Mais ils en avaient besoin.

« J'ai mes entrées au Pentagone, ainsi qu'à la Maison Blanche, » reprit l'agent Ross. « Ce que j'ai besoin de savoir, c'est ce que vous comptez faire. »

« Si vous pouvez nous permettre de rencontrer le président, je pense que cela nous faciliterait grandement les choses, » lui répondit Steve. « Nous ne serons pas efficaces si nous ne pouvons agir au grand jour. Si les choses se déroulent comme je le souhaite, Rhodes pourrait ensuite vous accompagner au Pentagone, afin que nous puissions coordonner nos actions avec l'armée. La loi martiale va-t-elle est déclarée ? »

« Ce n'est pas encore à l'ordre du jour. Après tout, l'armée elle-même est fortement désorientée. Mais l'état d'urgence a été décrétée, ou alors ça ne tardera pas, » lui répondit Everett. « Et vous, que comptez-vous faire ? »

Tous les Avengers de longue date ne purent retenir un vague sourire en voyant une lassitude familière dans les yeux de Steve.

« Je n'échapperai pas à la conférence de presse n'est-ce pas ? »

oOoOo

Sitôt la réunion terminée, les préparatifs avaient été rapides. Rocket et Scott allaient rester au QG, l'un pour essayer de réparer le réseau et les systèmes de communication – pas sûr que sortir un raton-laveur qui parle en public soit une bonne idée – tandis que le second surveillerait pour eux les chaines de télévisions, les radios et tous les médias disponibles afin d'anticiper aux mieux les réactions des gens, et prévoir ainsi leurs propres actions. En revanche, le reste du groupe s'était rapidement équipé, à la fois de vêtements civils et de leur tenue de justicier.

C'est avec un plaisir mâtiné de regrets qu'il avait lui-même récupéré sa tenue de combat et son arc. Excepté avec les jouets de ses enfants, il n'avait pas tiré une flèche depuis deux ans. Cela faisait partit de l'accord qu'il avait passé avec le gouvernement à l'époque, ne plus avoir accès à aucune arme. Et il s'y était plié, acceptant les règles qu'on lui avait imposé comme il avait accepté le bracelet électronique à sa cheville. Mais il n'avait plus de famille à protéger aujourd'hui. Plus personne pour qui se rendre, renoncer à ses idéaux et baisser la tête.

Il ferait son devoir.

Ils feraient leur devoir.

Avec une vitesse acquise par l'habitude, il s'était tous retrouvés dans le salon en moins de dix minutes. Un premier groupe composé de Steve, Natasha et Rhodes, accompagnés d'Everett Ross, avait aussitôt embraqué dans un Quinjet à destination de Washington. Pendant ce temps, Thor, Bruce et lui gèreraient la situation à New-York. Enfin, gérer… Ils étaient trois, pour une ville comprenant plusieurs millions d'habitants, et venant de connaitre la pire catastrophe de son histoire.

Tranquille…

oOoOo

Gérer, vraiment ? Quelle blague !

Clint essayait tant bien que mal de relativiser, mais c'était difficile.

Le monde tel qu'ils le connaissaient venait de voler en éclat, de s'effriter, de tomber en cendres. La moitié de l'univers avait été détruite. La moitié de la population des États-Unis était morte. Le président était mort. Partout, des pillages, des vols à main armée, des saccages, quand ce n'était pas des meurtres. Les blessés se comptaient par milliers, et les hôpitaux ne parvenaient plus à absorber l'afflux soudain de patients. C'était une catastrophe sans précédent.

Mais alors que Steve était actuellement à la Maison Blanche et discutait avec le vice-président, que Rhodey briefait les principaux chefs de l'État-major au Pentagone, que Bruce avait été propulsé médecin en chef de l'hôpital central de New-York, que Natasha avait rejoint un centre de commandement pour coordonner les services de polices et d'ambulance sur tout l'état et que Thor dégageait les rues en soulevant des voitures à main nues, Clint était dans un quartier paumé du Bronx à faire la circulation.

Définitivement, ils avaient un petit problème de proportion…

Bon, s'il devait être tout à fait honnête, il était de mauvaise foi. Après un entretien avec le commissaire Gordon, le chef de la police de New-York – miraculeusement indemne, quoi que secoué – il s'était lui-même proposé pour patrouiller dans les rues avec ses hommes, aussitôt approuvé par Thor qui l'avait accompagné. Et si le dieu était effectivement parti dans les quartiers sud, et plus particulièrement dans le Queens où un building s'était effondré après le crash d'un avion, Clint était dans le nord.

Agissant à une plus petite échelle, lui et les hommes mis à sa disposition fouillaient un par un les immeubles alentour afin de sécuriser les lieux et de recenser les personnes à risque. Ils avaient déjà stoppé trois altercations, et été obligés d'escorter une ambulance que la population essayait de caillasser. Dans un logement délabré, ils avaient trouvé un nourrisson, seul dans son berceau. Ne trouvant aucuns papiers dans l'appartement, et faute de parents à contacter, un officier l'avait emmené dans l'hôpital le plus proche. Une boule au ventre, Clint avait également vu passer en courant une bande de jeunes enfants en guenille. Il s'attarda malgré lui sur ce petit garçon aux cheveux ébouriffés et aux grand yeux clairs, le cœur au bord des lèvres. Qui sait combien d'entre eux étaient désormais orphelins ? Mais malheureusement, il savait ne rien pouvoir être faire de plus pour l'instant.

Ce n'était même plus une catastrophe à ce niveau là – ils avaient depuis longtemps dépassé ce stade. C'était juste une foutue Apocalypse en 3D avec son et lumière qui venait de leur passer dessus comme un char Patton.

C'est le bruit d'un klaxon qui le sortit – encore – de ses pensées lugubres. Reculant de quelques pas, il fit signe aux voitures venant de sa droite de circuler. Si Rocket – bénie soit la bestiole – avait réussi à rétablir le courant dans cette partie de la ville, les feux de circulations devaient encore être réactualisés et resynchronisés. Un travail de titan – quel jeu de mot abominable – quand on comptait le nombre de carrefours de la grosse pomme. Un travail qu'une personne seule, aussi brillante soit-elle – et il n'aurait jamais imaginé associer l'adjectif « brillant » à un raton-laveur, mais la vie était faite de surprise – ne pouvait réaliser seule.

Un bip sonore retentit dans son oreille droite, et il ouvrit rapidement le canal de communication de son oreillette.

« Clint ? » l'appela Scott dans l'oreillette. « Tu m'entends ? »

« Je te reçois cinq sur cinq, tu remercieras Rocket de ma part. »

« Ou est-ce que tu es ? » l'interrogea immédiatement Ant-Man, sans lui répondre. Ouch, ça ne sentait pas bon.

« A la limite du Bronx et de Manhattan, pourquoi ? » s'inquiéta-t-il. A raison semble-t-il.

« Ramène tes fesses dans le sud, et magne toi surtout. »

N'attendant pas de compléments d'information, il réquisitionna rapidement le véhicule de l'un des policiers l'accompagnant. Quelques secondes plus tard, il filait à toute allure sur les boulevards, slalomant entre les carcasses des véhicules embouteillés. Quand il gagna une ligne droite relativement dégagé, il se permit de demander plus d'informations à Scott, qui jusque-là s'était contenté de le guider dans son oreillette, se servant des images satellites en temps réel que lui fournissait Friday pour lui indiquer le chemin le plus dégagé.

« Que se passe-t-il exactement ? » demanda-t-il.

« Des émeutes. »

« Ce ne seront pas les premières, et probablement pas les dernières. »

« Sauf que là, on comptabilise plusieurs dizaines de personnes qui cassent les vitrines et détruisent les abribus, effrayant les rares passant présents. Une femme a été violemment prise à partie, et un homme qui a tenté de s'interposer a été poignardé. J'ai déjà contacté les services d'urgence, » compléta-t-il rapidement, anticipant sa question, « ils sont déjà sur place, tout comme la police. Mais ils ne sont qu'une quinzaine, et ils vont avoir besoin d'aide pour contenir la foule. »

« Parce qu'avoir seize personnes au lieu de quinze fera une formidable différence, n'est-ce pas ? » railla-t-il, usant instinctivement du sarcasme pour dissimuler l'angoisse qui lui tordait les tripes.

Scott ne répondit pas tout de suite. Vraiment pas bon du tout.

« Une personne quelconque, non, » finit-il par lâcher. « Mais la présence d'Hawkeye ? J'en suis certain. »

Clint ne put rien ajouter à cette déclaration d'une logique imparable. Alors il se tût, coupant son oreillette. Et appuya sur le champignon.

oOoOo

Une quinzaine de minutes plus tard, il arrivait dans le secteur que lui avait indiqué Scott. Mais de toute façon, aurait-il été plus vague dans ses indications qu'il aurait tout de même trouvé. Le quartier d'affaire… était en ruine. On se serait cru dans un film d'horreur en mode apocalypse zombie, ou un jeu vidéo du type horror survival.

Mais il ne put s'attarder rapidement sur le décor qui l'entourait, car il aperçut plus loin sur le boulevard une foule visiblement furieuse et totalement hors de contrôle. Garant son véhicule à la hâte, il claqua sa portière et se précipita vers le bâtiment le plus proche, un sac à la main. Il en ressortit quelques minutes plus tard habillé de cuir, carquois sur l'épaule et arc à la main. Un costume, et surtout une identité qu'il n'avait pas endossée depuis deux ans. Il s'était complu dans la peau de Clint Barton durant tout ce temps, savourant le plaisir simple de pouvoir rentrer chez lui chaque soir, dormir toutes les nuits avec sa femme, et l'embrasser chaque matin. Mais quoi qu'on puisse en dire, quoi qu'il se soit lui-même efforcé de penser, il n'avait jamais réellement cessé d'être un Avengers. Il n'avait jamais cessé d'être Hawkeye.

Alors il se faufila rapidement entre ces gens en train de hurler, esquivant d'un mouvement souple les attaques plus ou moins volontaires portées contre lui. Gagnant ce qui semblait être l'épicentre de cette masse furieuse, il marqua un bref temps d'arrêt, avant de charger d'un pas furieux. Casseurs, vandales, hooligans, tabassant un policier à terre. Le visage en sang, son uniforme déchiré, l'un de ses bras formait un angle absolument anormal. Plusieurs personnes s'acharnaient sur lui, et d'autres prenaient à partis les policiers restants. L'un d'entre eux, ceinturé par trois hommes, dû user avec violence de sa matraque pour se dégager. Mais s'il mit ses assaillants à terre, cela sembla réveiller davantage la fouler, qui se rua en avant.

Prenant le risque de sacrifier l'une de ses précieuses flèches explosives, il la décocha vers le haut, la laissant exploser une dizaine de mètres au-dessus de leurs têtes. Pour le coup, cela attira l'attention sur lui, resté relativement inaperçu jusqu'alors. Ignorant les murmures choqués, il grimpa sur la carcasse d'une voiture, qui avait emboutit un lampadaire. Plus loin, des policiers indemnes – ou plus probablement les moins grièvement blessés – aidaient leurs collègues à terre à se relever, pendant que l'un d'entre eux était au téléphone. Contactant le central pour demander des renforts, ou peut-être les secours afin d'obtenir une ambulance.

Voyant les regards se détourner de lui pour poser un regard presque soupçonneux se poser sur les officiers, il prit rapidement la parole. Et bordel, il détestait les discours pourtant. Presque autant que Steve, et ce n'était pas peu dire.

« Habitants de New-York, » déclama-t-il d'une voix forte. « Je sais que vous êtes désemparés, que vous essayez tant bien que mal de comprendre ce qu'il s'est passé. Que vous cherchez des responsables. Mais ces responsables ne sont pas là. Ce ne sont pas les gouvernements, les forces de l'ordre, ni aucun de vos concitoyens. La menace ayant éradiqué une partie de la population mondiale est venue de l'espace, et malgré nos efforts, n'a pu être contenue. »

Il se racla la gorge, affreusement conscient des dizaines de regard posés sur lui. Il détestait vraiment ça.

« Je sais ce que vous traversez, » finit-il par poursuivre d'une voix rauque. Et non, il ne pleurerait pas. « Croyez-moi, je le sais. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous liguer les uns contre les autres. Nous ne pouvons pas nous permettre de succomber à la haine et à la colère. Ce serait facile pourtant, mais nous ne pouvons pas. Et vous savez pourquoi ? Parce que les morts, nos familles et nos amis, tous ces proches que nous avons perdus, ne méritent pas qu'on tue des innocents en leur nom. »

Et en prononçant ces mots, Clint était affreusement conscient de tout ce qu'ils sous-entendaient. De tout ce qu'il ne pouvait pas dire, du véritable coupable désormais hors de leur portée, et du fait que la vengeance ne ramènerait ni Laura ni ses enfants. Il l'avait dit. Maintenant, il lui faudrait trouver en lui le courage de l'accepter.

Quelqu'un dans la foule applaudit.

oOoOo

L'émeute avait finalement été maitrisée. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, nombreux avaient été ceux à approuver ses propos, et plusieurs avaient même baissé les yeux face à ses accusations. Seuls une poignée d'irréductibles avaient essayé de rallumer la flamme chez leurs congénères, et avaient rapidement été embarqués par les policiers arrivés en renfort. Ce n'était qu'une solution provisoire, mais c'était tout ce qu'ils pouvaient faire actuellement.

Clint promena lentement son regard autour de lui. Il n'avait eu que très peu l'occasion de se balader dans New-York – l'inconvénient d'être une célébrité – mais le coin lui semblait étrangement familier. Il fit quelques pas, se promenant dans les rues, avant de se retrouver face à un restaurant. Mais pas n'importe quel type de restaurant : un shawarma. Le shawarma. Clint avait l'impression d'entendre son cœur battre à ses tempes tandis qu'il entrait par la porte sortie de ses gonds. Rien n'avait changé. Le même papier-peint décoloré, les mêmes assiettes blanches soigneusement empilées sur les étagères, les mêmes tableaux hideux aux murs, le même comptoir de bois patiné, les mêmes tables rondes. Il se souvenait encore s'être assis là, sur cette chaise, et ceux qui allaient devenir des amis installés autour de lui. Aucun d'eux n'avait eu la force de parler, tout juste de mâcher. Ils étaient là, dans leurs costumes tachés de sang et de poussière, dans un petit restaurant bien propret et convenable, à manger des shawarmas en plein milieu de l'après-midi. Il se souvenait encore de Nat, qui soutenait péniblement sa tête ; le pauvre Bruce dormait à moitié sur sa chaise, exténué par les actions de son hôte, et Tony lui… Tony… Tony, contrairement aux autres, ne reviendrait pas. Ils étaient cinq maintenant, et non plus six. Plus jamais six.

Il sortit en courant, ayant envie de vomir. Et se figea aussitôt. Évidemment, s'il était au restaurant, alors juste un peu plus au sud…

Un peu plus au sud, il pouvait apercevoir cette tour grandiose auréolée de lumière qui dépassait allègrement tous les autres gratte-ciels des environs, comme si elle voulait les narguer. Mais surtout, il ne pouvait manquer le gigantesque « A » de la tour Avengers, illuminé de ses néons et brillant de mille feux. La tour était intacte, parfaite et inaltérée, un refuge dans ce monde qui s'effondrait sur ses fondations.

Il se souvenait de l'époque où il était encore un Avengers, et où ils vivaient tous ici. Ils n'étaient encore que six à ce moment-là : Tony, Steve, Bruce, Thor, Nat et lui. Ils avaient parcouru le monde pour lutter contre des terroristes, jugulé des menaces internationales avant qu'elles ne prennent de l'ampleur, et détruit une à une les bases d'Hydra. Mais c'est ici qu'ils revenaient invariablement. C'était dans cette tour qu'ils avaient appris d'abord à cohabiter, puis à se connaitre et à s'apprécier. Il avait vécu certains de plus beaux moments de sa vie ici, et savouré plusieurs de ses plus grands fou rire. Et s'il reconnaissait la magnificence du complexe construit par Tony en marge de la ville, ça n'avait jamais été réellement chez lui, pas comme cette tour l'avait été.

C'était sa maison, à une époque. Sa maison, et sa famille.

Sa famille de cœur qui n'existait plus, déchirée deux ans plus tôt à cause d'un foutu bout de papier.

Sa famille de sang, disparue en poussière en une fraction de seconde.

Dans un geste d'une atroce familiarité, il fit rouler son alliance sur son annulaire, la caressant du pouce. Et là, parmi les décombres fumants de ce qui était son ancienne vie, Clint laissa couler ses larmes.


Pour l'anecdote, je tiens à repréciser que tout ceci a été écrit bien avant Endgame, et donc que la mort de l'entièreté de la famille de Clint n'était pas avérée. Comme quoi, ce n'est pas seulement la faute de mon côté sadique amatrice de drama !

Prochain chapitre qui fait directement suite à celui-ci et est dans la même vaine, avec un point de vue encore inédit. Une idée ?