Disclaimer : L'histoire et les personnages de saint Seiya ne m'appartiennent pas, dommage !

Bonjour à tous, dans ce chapitre notre poooov' Aiolia fait face à la fuite d'Angelo. Mais au fait, où est-il allé, notre crabe adoré ? Pendant ce temps, Mû, lui, part en mission aux Enfers…

Bonne lecture !


9. LA VIE SANS TOI.

Mercredi 29 Août :

- Chevalier Aiolia, réveillez-vous !

Aiolia remua et ouvrit un œil : L'infirmière était penchée sur lui et le secouait doucement. Il s'alarma aussitôt en voyant ses yeux effrayés.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Savez-vous où est allé le chevalier Deathmask ? Je ne le trouve pas !

- HEIN ?

Le lion se redressa d'un coup. Le lit était vide, les habits du cancer avaient disparu. Pas de doutes, le cancer était sorti en douce. C'est pas vrai, quelle tête de mule !

L'infirmière quitta la chambre pour fouiller le reste du bâtiment. Aiolia, son cerveau tournant au ralenti, secoua Aldébaran qui dormait toujours.

- MMmm… Dodo…

- Mais c'est pas possible d'avoir un garde du corps pareil ! Tu parles d'une protection efficace ! Aldébaran, réveille-toi ! Angelo a disparu !

- Quoi ?

- Va chercher le Grand Pope, vite !

Le taureau acquiesça et disparut au pas de course. Le grec, alarmé, se mit à danser d'une jambe sur l'autre, nerveusement. Au bout de quelques minutes de ce manège, il avisa sur la table le dossier médical d'Angelo que l'infirmière avait laissé posé là. Il feuilleta distraitement le dossier : derniers examens, bons résultats. Bien… Traitement : antibiotiques, morphine, antidépresseurs et anxiolytiques. Normal…Tiens, c'est quoi ça ? « Prévoir au plus vite un suivi psychologique pour éviter une nouvelle… » Les yeux d'Aiolia s'arrondirent comme des soucoupes… « TENTATIVE DE SUICIDE ». Quoi ?

Il rapprocha le dossier de ses yeux, se les frotta, mais les mots horribles s'obstinaient à danser sur le papier, le narguant. Le lion chancela, se rattrapant de justesse à la table, et s'effondra sur la chaise. Le dossier tomba de ses mains et se répandit sur le sol blanc.

Ce n'est pas possible… Angelo n'aurait jamais pu… Mais il connaissait bien son amant, et à la lumière de ce que Shaka lui avait appris quelques jours plus tôt, il n'avait aucun mal à imaginer le cancer chercher à en finir. La vérité s'imposa lentement à son esprit torturé : Angelo n'en voulait plus, de cette vie si cruelle !

A ce moment de ses réflexions, Sion et Dokho s'encadrèrent dans la porte. Le lion leva son visage dévasté par les larmes et les contempla, hébété.

- Aiolia, laisse-moi t'expliquer… Commença Sion d'une voix douce.

- Inutile, j'ai lu son dossier, je sais tout, dit le grec d'une voix terne.

- On a envoyé tous les chevaliers d'argent le chercher, ils le trouveront. Il ne peut pas être allé bien loin, dans son état, le rassura Dokho.

- Tu oublies une chose, Dokho, dit tristement Aiolia. C'est la pire tête de mule que je connaisse. S'il ne veut pas être retrouvé, on ne le retrouvera pas. Et il ne se ratera pas cette fois-ci.

- Aiolia… Dit doucement Sion. Ecoute-moi, s'il te plaît. S'il avait voulu recommencer, il en aurait eu largement l'occasion, au cours de la semaine. Il est courageux, il luttera. Fais-lui confiance. Cela seul peut le sauver.

Le lion baissa les yeux, vaincu.

- Je l'aime tellement… Je l'aime trop…

- On aime jamais trop, dit calmement Sion.

- Je veux voir Aioros. Je veux voir mon frère.

- Je vais le chercher, dit Dokho.

Quelques minutes plus tard, Aioros s'agenouillait près du lion.

- Aiolia…

- Tu le savais, et tu ne m'as rien dit…

- Sion nous l'avait interdit. Tu n'étais pas en état de supporter une nouvelle pareille à ce moment-là. Et puis, ce salaud ne pourra jamais que te faire du mal…

- Aioros, je l'aime ! Cria Aiolia. Tu te rends compte, si c'était arrivé à Sion et qu'on te l'avait caché ? En plus, tu as menacé de le tuer ! Et maintenant il est dans la nature et je ne sais même pas si je le reverrai un jour ! Il est parti en pensant que je le haïssais ! Mais tu n'as pas de coeur, ou quoi ?

Le sagittaire rentra la tête dans les épaules, honteux. Il comprenait, enfin.

- Je te demande pardon, petit frère.

Le lion, essoufflé par sa diatribe, le regarda, soupçonneux. Aioros se redressa et l'enlaça étroitement.

- Je vais aider Sion et Dokho pour les recherches.

- Merci, Aioros. Reviens vite me porter des nouvelles.

- Promis.


Le soir venu, Aioros et Dokho se présentèrent devant Sion.

- Rien à faire, il est introuvable.

- Non. Moi je l'ai trouvé, annonça Sion.

- Comment ? S'étonna Dokho. Mais tu n'es pas sorti du palais !

- L'aéroport d'Athènes a téléphoné pour m'avertir que l'un des bons d'échange offert par le sanctuaire avait été utilisé ce matin même. Un certain monsieur Granchio a pris l'avion ce matin pour Bari, dans le sud de l'Italie.

- Granchio ? Mais qu'est-ce que c'est que ce nom ? S'exclama Aioros.

- Ca veut dire « cancer » en italien, expliqua Sion en souriant.

- Eh bien je préfère ça ! Soupira Dokho. Au moins, on sait qu'il n'a pas fait la grosse bêtise qu'on redoutait ! Je suppose qu'il va mettre un peu d'ordre dans sa vie personnelle. Il n'y a plus qu'à attendre qu'il revienne bien gentiment. Ouf !

- Je vais avertir Aiolia ! S'écria Aioros.

Sion et Dokho restèrent seuls dans la grande salle, se dévisageant silencieusement. Sion, finalement passa dans son bureau et proposa une tasse de thé à Dokho.

- Tu es rassuré, tant mieux, dit Sion.

- Je crois que si je n'avais pas porté ton collier avec tes pierres magiques qui me rendent si zen, je n'aurais pas tenu le coup aujourd'hui. Merci encore.

- Mais je t'en prie, Dokho. C'était tout naturel. Merci à toi aussi de m'avoir écouté l'autre soir. J'ai été un peu ridicule, pas vrai ?

- Un peu, oui. Mais tu sais bien que je te pardonnerai toujours tout. Sauf que tu m'appelles de nouveau « tigrou » !

- J'ai fait ça ?

Le chinois lui jeta un regard torve mais remarqua bien vite que son ami le taquinait. Ils se mirent à rire gaiement, dissipant la tension nerveuse qui les crispait depuis le matin.

Sion s'allongea avec un soupir de bien-être. La journée avait été particulièrement longue… Ses yeux se fermèrent presque immédiatement.

Il se réveilla un peu plus tard, lorsqu'un froufroutement lui parvint aux oreilles. Il se dressa sur un coude et rencontra deux prunelles vertes où dansait un feu brûlant.

- Aioros, tu es revenu ?

Le sagittaire le fit taire d'un baiser sulfureux et enfouit ses mains vigoureuses dans les longs cheveux soyeux. Le pope s'arqua sous lui en poussant un gémissement de bonheur et l'emprisonna entre ses longues cuisses fuselées. Ils jouèrent un moment à frotter leurs virilités tout en se redécouvrant, émerveillés.

- Tu m'as tellement manqué, mon amour, murmura Sion.

- Je t'aime, répondit Aioros d'une voix rauque. On va rattraper le temps perdu, fais-moi confiance…


Jeudi 30 Août :

Mû poussa un gros soupir, inspecta une dernière fois son temple et saisit son sac de voyage.

- Je viendrai jeter un petit coup d'œil de temps en temps pour vérifier que tout est en ordre, ne t'inquiète pas, promit Aldébaran.

- Merci, mon ami. Je… Je ne sais pas quoi dire… Tu vas me manquer.

- Alors ça y est, c'est le grand jour ? Demanda Shura, faisant une entrée fracassante.

Mû, la gorge serrée, hocha la tête sans pouvoir dire quoi que ce soit.

- J'attendrai ton retour avec impatience, pour pouvoir t'embêter un peu de nouveau !

- Toi aussi tu me manqueras, Shura. Les quitter, tous les deux… Le quitter, lui !

Il enregistra une fois encore dans sa mémoire le visage noble et les yeux perçants du capricorne, sa voix profonde et généreuse. Si j'étais plus courageux, je lui demanderais de se garder pour moi et je l'embrasserais tout doucement sur la joue…

Mû ferma les yeux, essaya de calmer sa respiration et se redressa d'un air digne. Allez, en route !

Avec un dernier sourire, il se téléporta au palais. Sion l'attendait en jouant aux échecs avec Aioros.

- Mû, bien ! Mais tu es en avance, l'envoyé d'Hadès ne viendra pas avant une demi heure ! Tu veux grignoter un gâteau avec nous ? Une tasse de thé, peut-être ?

- Non, merci. Je pensais aller voir une dernière fois Aiolia à l'infirmerie.

- C'est gentil, ça, le remercia Aioros. Merci, Mû.

Une petite demi-heure plus tard, alors que l'horloge sonnait les dix-sept heures, Rhadamanthe du Wyvern se présenta en surplis devant le grand pope et s'inclina avec quelque raideur.

- Je te salue, Rhadamanthe. Comment te portes-tu ?

- A merveille, ironisa le juge. Et vous-même ? Enfin revenu pour de bon ? Vous ne devez pas vous ennuyer avec cette bande de gamins têtus et indisciplinés ?

- Il suffit, Rhadamanthe ! Coupa Sion, froidement. Pour un envoyé d'Hadès venu réclamer de l'aide du sanctuaire, je te trouve bien arrogant. Un peu de respect serait le bienvenu, puisqu'on ne peut visiblement attendre de toi aucune gratitude !

- S'il n'avait tenu qu'à moi, jamais nous ne serions venus vous demander quoi que ce soit ! Seule sa majesté Pandore a…

- Et sa majesté Pandore a toute autorité sur toi. Un mot de plus, et je lui rapporte tes paroles déplacées. Es-tu prêt à en subir les conséquences ?

Rhadamanthe se renfrogna et croisa les bras, hautain. Il réorienta subitement le cours de la discussion.

- Comment va Kanon ?

Le grand pope le jaugea avec curiosité :

- Un combattant hors pair, n'est-ce pas ? Doté qui plus est d'une personnalité fascinante…

- Le seul qui vaille la peine de retenir mon attention, en effet, reconnu le Juge.

- Il est parti en formation en Inde pour s'ouvrir à de nouvelles perceptions et améliorer ses capacités.

- J'en suis fort aise pour lui. Transmettez-lui mon respect et mes salutations, je vous prie.

- Je n'y manquerai pas. Ah, Mû !

Le bélier, réticent, salua légèrement de la tête le spectre, puis vint mettre genou en terre devant le grand pope. Sion le releva aussitôt et le serra brièvement dans ses bras.

- Acquitte-toi de ton devoir avec honneur, mon enfant. Nous serons tous là à ton retour.

- Je l'espère, maître. Au revoir.

Rhadamanthe laissa son cosmos les envelopper tous les deux et ils s'élancèrent vers le ciel. Mû eut le temps de percevoir un fragment de pensée de son nouveau compagnon : Mon enfant ! Et vas-y que je te serre dans me bras… Ben la hiérarchie au sanctuaire, chapeau ! Elle va vite déchanter aux Enfers, la poupée aux cheveux roses !


Deathmask descendit du camion en adressant un geste de la main au chauffeur :

- Grazie mille !

Il s'engagea en boitant dans la grand rue, et le bruit de la circulation et de la foule lui sauta, agressive, au visage. Le village de ses souvenirs était devenu une petite ville populeuse, drainant les habitants des campagnes alentours.

Bon, Angelo, première étape, trouver une pharmacie. Si tu laisses une infection s'installer, tu finiras à l'hôpital, et il y mieux pour passer inaperçu, tu en sais quelque chose.

Un quart d'heure plus tard, il marchait appuyé sur une canne, un grand sachet à la main. Rien de plus facile que d'obtenir ce qu'on veut ici ! Un petit clin d'œil à la pharmacienne, et hop ! On se retrouve avec antibiotiques, anti douleurs, et matériel de pansement dernier cri ! Bravo les italiennes !

Il déambula un moment dans la ville et des souvenirs douloureux l'assaillirent lorsqu'il localisa l'orphelinat. Oui, c'était là l'étape suivante. Mais avant, il avait encore quelque chose à faire. Il s'aventura sans crainte dans des petites ruelles sombres et sales, et un sourire satisfait étira ses lèvres fines quand un type maigre aux yeux méfiants vint l'aborder.

- Salut, mon pote, tu cherches quelque chose ?

- Ouais. J'ai besoin de papiers d'identité, et quelque chose me dit que tu pourras m'en procurer.

- P'têt ben. Mais va falloir allonger un sacré paquet d'oseille. Qu'est-ce qui me prouve que tu pourras payer, l'infirme ?

- Ca ! Siffla Deathmask, en assénant un solide coup de canne dans l'estomac de l'homme et en lui broyant à moitié la gorge, son regard magnétique planté dans les yeux bruns. Convaincu, maintenant, sale petit trafiquant ?

- Aarghh ! Oui ! Lâche-moi, ça ira ! A quel nom, les papiers ?

- Vitale Tuzzo

- Date et lieu de naissance ? Demanda son interlocuteur d'un ton morne.

Angelo lui répondit succinctement et lui tendit une photo d'identité.

- File, à présent. Tu me retrouveras au café sur la place. Et ne me fais pas attendre, j'ai horreur de ça !

L'homme partit en courant, sans demander son reste. Le cancer renifla dédaigneusement. Sale petite fouine, tellement prévisible, comme tous celles de son espèce !

Quatre heures plus tard, Angelo contemplait sa nouvelle carte d'identité. Une demi-journée pour l'obtenir, et heureusement qu'il avait menacé ce type ! Service italien oblige… En plus, elle lui avait vraiment coûté les yeux de la tête, mais qu'importe ! Il se leva et prit la direction de l'orphelinat…

- COMMENT ÇA, AUCUNE TRACE D'ELLE ? Hurla le cancer. VOUS ETES INCOMPETENT, OU QUOI ?

- Mais enfin, monsieur, je vous en prie ! Ce n'est pas de ma faute si votre sœur s'est enfuie à l'âge de seize ans ! Je ne travaillais même pas encore ici à l'époque !

Deathmask sortit en claquant la porte. Au moins, il savait où retrouver son petit frère.

Rue de Turin, numéro douze :

Une femme âgée ouvrit la porte et le regarda curieusement :

- Oui ? Vous désirez quelque chose, monsieur ?

- J'aimerais voir Frederico, s'il vous plaît.

La vieille femme pâlit et se retint de justesse au montant de la porte.

- Qui êtes-vous ? Murmura-t-elle, bouleversée.

- Je suis son frère.

- Frederico… N'est pas là. Entrez, je vous en prie, dit-elle en s'effaçant. Nous serons plus à l'aise pour parler à l'intérieur.

Le cancer prit place sur une chaise et accepta le café avec gratitude. La femme s'assit en face de lui et le regarda d'un air triste.

- Ainsi vous n'êtes pas au courant.

- Au courant de quoi ?

- Frederico est mort il y a déjà dix ans. Mon petit bambino a succombé à une pneumonie quand il était encore enfant, je suis désolée.

- Qu… Quoi ? S'étrangla Angelo.

- Il était de nature fragile, à cause des privations qu'il avait subies. Mon mari et moi avons tout tenté, mais en vain. Il est mort dans mes bras, par une belle nuit d'été. Mon petit garçon chéri… Nous l'avons pleuré si longtemps, il était si beau et si gentil, un rayon de soleil dans notre vie…

Deathmask ferma les yeux et une larme solitaire glissa sur sa joue. Ainsi j'arrive trop tard…

Il sursauta au contact de la main caressante de la vieille dame.

- Vous lui ressemblez terriblement. Voulez-vous voir nos vieilles photographies ? Demanda-t-elle d'une voix douce.


Angelo s'agenouilla, serrant contre lui la photographie jaunie.

Ainsi, cette petite tombe était la dernière demeure de Frederico…

Bien entretenue, visitée tous les jours et couverte de fleurs et de bougies, elle était le témoignage vivant de l'amour de cette mère adoptive véritablement attentionnée. Son petit frère pourrait dormir ici en paix.

Rassuré, le cancer bénit la vieille dame et fit un rapide signe de croix.

Repose en paix, petit frère. Je vais retrouver Giulia et prendre soin d'elle…


Vendredi 28 Septembre, au sanctuaire :

Comme tous les jours à dix-huit heures, Aiolia s'inclina devant le grand pope.

- Des nouvelles d'Angelo ?

- Non, toujours pas, Aiolia.

- Merci, Grand Pope. Bonne soirée.

- Toi de même, Aiolia.

Le lion se redressa et sortit, silhouette fière et majestueuse.

Sion soupira et rejoignit son amant. Aioros lui versa silencieusement un verre d'eau.

- Merci.

- Il ne pourra plus supporter cette attente bien longtemps, Sion.

- Je sais. Aujourd'hui, j'ai lancé des recherches en Italie. Notre plus fidèle agent est sur place, il le trouvera, fais-moi confiance.

- Je ne doute pas de toi, mais de mon frère. Angelo n'aurait pas du le laisser.

- C'était sans doute la seule solution à ses yeux. Il reviendra quand il sera prêt.

- Prêt ? Le sera-t-il jamais ?

- Il nous a prouvé qu'il était capable de changer, profondément. Et, après tout, Athéna l'a accepté pour chevalier. J'ai confiance en son jugement.

- Tu as son dossier, aux archives. Que dit-il ?

- Pas grand-chose. Il est incomplet. C'est anormal, d'ailleurs… Mais avec son physique particulier, on le repèrera vite.

- Je l'espère.


Aiolia traversa le douzième temple comme un somnambule, ignorant les questions inquiètes de Milo et d'Aphrodite. Toujours rien… Mais que devient-il ?

Il ouvrit le frigo. Plus rien à manger, à part un bout de fromage moisi. Il commença à le grignoter distraitement, les yeux vides. Un cri outré interrompit sa mastication.

- Mais c'est pas vrai, tu vas pas manger ça ? S'exclama Aphrodite.

- Quoi ? S'étonna le lion. Qu'est-ce qu'il y a ? Et d'abord, qu'est-ce que tu fais ici ?

- Aphro a raison, viens manger à la maison, dit Milo en lui prenant le bras.

- Mais…

- Allez, viens ! Trancha le poisson. Ce soir, c'est moi qui régale !


Samedi 29 Septembre, Tarente, Italie.

Deathmask paya son entrée et pénétra dans le club. Les lumières tamisées et la musique feutrée le mirent aussitôt à l'aise. Il avait souvent fréquenté ce genre d'endroits, à Athènes. Ce soir, pourtant…

Il s'assit à une table, dans un coin sombre, et allongea ses longues jambes. Ses blessures étaient tout à fait refermées maintenant, et il avait retrouvé son air fier, si ce n'est sa musculature habituelle. Il observa avec intérêt la scène où deux jeunes hommes outrageusement maquillés dansaient et se caressaient sensuellement pour le plus grand bonheur des habitués. Il pensa à Aiolia et à ses grands yeux verts, avec une bouffée de nostalgie. Arrête, Angelo ! Aiolia est délivré de toi, maintenant, il est en train de refaire sa vie et doit apprendre à être véritablement heureux. Et puis tu sais bien que tu n'as plus ta place au sanctuaire…

- Monsieur, que désirez-vous boire ?

Angelo leva la tête et se retrouva face à une minijupe moulante, une poitrine avantagée par une guêpière, et deux yeux noirs brillants qui le dévisageaient avec gourmandise.

- Helena !

- Non, vous faites erreur, je m'appelle Maria. Mais je peux être Helena pour vous cette nuit si vous le désirez, dit-elle, coquette.

- Heu… Non merci. Je boirai un coca.

- Très bien, répondit la serveuse, déçue.

- J'aimerais aussi rencontrer votre collègue Giulia.

- La veinarde ! La jeune fille désigna la scène. La voilà !

Angelo tiqua : non, cette silhouette gracieuse et aguichante qui ondoyait autour de la barre métallisée sous les sifflements des spectateurs ne pouvait pas être son innocente petite sœur !

La jeune beauté, plus souple qu'une liane, se déhanchait et se cambrait, provocante dans ses bottes à talons aiguille, allant même jusqu'à présenter sans aucune pudeur des cuisses et des fesses parfaitement galbées aux clients qui glissaient billets et caresses osées dans son string en vinyl noir. Sensuelle, elle jouait sans retenue aucune de sourires ingénus sous sa casquette gavroche et de sa cravate à carreaux, dans un style absolument torride.

- CA, c'est Giulia ? Balbutia Angelo qui s'étouffait avec son coca.

- Benvenuto al « Paradise Club », mio caro ! Lui souffla Maria à l'oreille. Je passe la nuit avec toi où tu veux, quand tu veux, et pour rien…

- Non… Répondit Angelo, hypnotisé par le numéro de sa sœur. Une autre fois, peut-être…

- J'y compte bien…

Mais le cancer, déboussolé, ne voyait et n'entendait plus rien. Il finit par revenir à lui pour apercevoir la danseuse quitter la scène au bras d'un client. Atterré, il les vit disparaître au fond d'un couloir obscur, et ne devina que trop bien ce qui allait se passer. Il se redressa brusquement et les suivit, bousculant sans ménagement tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Dans sa fureur, il ne se rendit pas compte que Maria, inquiète, le suivait des yeux et appelait, apeurée, l'homme de la sécurité.

Angelo suivit les voix et les rires étouffés et se retrouva vite devant une porte close. Derrière, sa petite sœur se prostituait pour gagner sa vie. Non ! Pas elle ! Tu ne l'auras pas elle aussi !

Il défonça le battant d'un coup d'épaule et s'avança, menaçant, vers Giulia et son client. L'homme avait déjà baissé son pantalon et attirait la nuque bleutée de la jeune fille vers son sexe dressé. Ils se séparèrent à la vue d'Angelo et la jeune fille poussa un hurlement strident. L'homme se mit devant elle et gronda :

- Dégage, elle est à moi !

- C'est ce qu'on va voir ! Déclara le cancer.

Il fondit sur son adversaire qui, avec un direct dans l'estomac, s'effondra le souffle coupé. Angelo le saisit par le col de sa chemise et le jeta dans le couloir. Il se tourna alors vers sa sœur :

- Je n'arrive pas à le croire !

Mais la jeune fille ne l'entendait pas ainsi. Elle se redressa de toute sa hauteur, rejeta fièrement ses cheveux azur en arrière et le toisa, une flamme brûlante dans les yeux. Une étrange lueur dorée flamboya soudain autour d'elle, avertissement morbide.

- Je ne sais pas qui vous êtes, mais vous n'avez rien à faire ici. Sortez immédiatement, sinon vous le regretterez !

- Est-ce que tu t'es regardée dans une glace ? Mamma aurait honte de toi ! Habille-toi décemment et suis-moi ! Je ne te laisserai pas une minute de plus dans cet endroit !

- V... Vitale ?

Deux paires d'yeux pareillement bleus et furibonds s'affrontèrent, jusqu'à ce que Giulia détourne le regard. Elle porta une main tremblante à sa bouche et s'assit sur le lit, pâle comme la mort.

- Ce n'est pas possible…

Le videur entra alors en trombe et se figea, étonné.

- Ca va, Giulia ? Tu veux que je le sorte ?

- Non, Enrico. C'est… C'est mon frère. Laisse-nous, s'il te plaît.


Au sanctuaire, le même jour :

- Milo, arrête, pitiiiiiéééé ! Cria Aphrodite.

- Nan, j'aime trop te voir rire, mon beau poisson !

Le scorpion renversa Aphrodite dans l'eau et continua ses chatouilles, impitoyable. Le poisson s'écria soudain :

- Tu trouves pas ça bizarre ?

- Quoi ? Demanda Milo

- Ce silence ! C'est pas normal. Ils sont en retard…

- Qui donc ?

- Saga a pas encore eu sa dose de câlins aujourd'hui ! T'as jamais remarqué ? Il attend que Camus lui serve de couverture tous les matins à la même heure !

- Ben dis-donc, régner en despote sur le sanctuaire pendant treize ans ça lui a pas réussi !

- Tu l'as dit ! Je me demande, frileux comme il est, comment il a fait pour rester vierge dans son lit tout froid pendant tout ce temps, alors qu'il avait les pleins pouvoirs… Moi, je lui aurais bien servi de couverture, à ce mignon petit gémeau…

- Peuh, ragea Milo. « Mignon petit gémeau » !!! On fait pas pire comme schizo, oui ! Sorcière bleue du matin requiert un tendre écrin, sorcière grise du soir requiert cadavres et désespoir…

- Tu es jaloux ! Triompha Aphrodite.

- Tu rêves !

- Ah bon !

Le poisson le planta là et, vêtu en tout et pour tout de sa seule chevelure, disparut en direction du onzième temple.

- Eh, attends ! Où vas-tu ?

- Mettre ma théorie à l'épreuve ! Répondit Aphrodite.

- Hein ? Mais… Attends !

Dans le vaste lit, Saga boudait en attendant que son amant finisse de faire couler le café. Il s'était rendu compte avec le temps que sa relation avec Camus était bien autre chose que l'assouvissement d'un désir purement physique. Son cher compagnon était devenu une drogue merveilleuse, dont il fallait augmenter les doses au fur et à mesure. Et pourtant, ces trois petits mots, qu'il brûlait de prononcer, n'avaient pas encore réussi à franchir la barrière de ses lèvres.

Saga se retourna, rageur. Ce français de malheur, sûr de son pouvoir de séduction, le faisait certainement languir en se frottant les mains ! Il allait lui faire payer chèrement cette attente intolérable !

Enfin, la porte s'ouvrit doucement, et un corps chaud vint se presser contre le sien. Immédiatement, son ressentiment fondit miraculeusement. Mais il n'avouerait pas sa défaite aussi facilement ! Les yeux fermés, il refusa de bouger, mais des bras accueillants le ceinturèrent fermement par derrière, l'emprisonnant contre un corps tendre et sensuel. Chaud… Il avait si chaud près de son saint de glace… Il était subitement si entreprenant… Il poussa un soupir de bien-être, se retourna et accepta le baiser si doux… Si… Sucré ? Il battit frénétiquement des paupières et découvrit…

- APHRODITE ??? Hurla-t-il en reculant précipitamment.

- APHRODITE !!!! S'écria Milo qui était accouru. Ca suffit, tu as gagné !

- Gagné quoi ? Demanda froidement Camus, depuis le seuil de la chambre. Le droit de coucher avec mon homme dans mon propre lit ?

- Camus ! C'est… C'est pas ce que tu crois… Balbutia Saga.

- Ah non ? J'ai rêvé, peut-être, quand je t'ai vu embrasser Aphrodite ?

- Non, mais… Saga se ratatina sous le regard implacable. Laisse-moi t'expliquer…

- Inutile, je vais le faire, dit Milo.

- Vraiment, Milo, je ne croyais pas que tu t'abaisserais à tolérer cela, en prenant leur défense. Tu me déçois beaucoup, dit le verseau, méprisant.

- Mais bougre d'imbécile, tu vas m'écouter, oui ! Hurla le scorpion. Aphro m'a accusé d'être jaloux, et a voulu me le prouver, un point c'est tout ! Il va pas te le piquer, ton chéri, alors arrête !

- Mais oui, Camus, c'est vrai ! Assura Aphrodite en pouffant de rire, pas gêné du tout. Saga avait l'air d'avoir froid, alors j'ai voulu le réchauffer un peu avant qu'il ne se transforme en… Glaçon ! Hi hi hi ! Sinon, il t'aurait fait de la concurrence ! Hi hi hi Deux saints de glace ! Hi hi hi ! C'aurait été trop drôle ! D'ailleurs, mon Sagounet, je reviens faire fondre la glace quand tu voudras, t'es tout doux tu sais… Hi hi hi !!!

Saga devint écarlate et se cacha encore plus profondément sous le drap.

- Au secours…

- APHRODITE, CA SUFFIT ! Cria Milo. Non mais, t'es vraiment pas clair, espèce de nympho !

- DEHORS TOUS LES DEUX !!! Hurla le verseau, hors de lui.

Il s'assura que les deux visiteurs soient partis et regagna la chambre. Saga, misérable, s'était entortillé dans les draps, blême. Camus soupira et vint s'asseoir à côté de lui.

- Excuse-moi, mon amour. Je n'aurais pas du t'accuser ainsi.

- Ne me quitte pas, Camus. Je ne voulais pas… Je croyais que c'était toi...

- Chut… Je suis là. Je ne vais pas te laisser. Comment le pourrais-je, d'ailleurs ? Tu fais partie de moi, maintenant.

- Toi aussi, tu fais partie de moi, Camus. Je… Je t'aime.

- Tu… Tu peux répéter ? S'étrangla Camus.

- Je t'aime ! Cria Saga, ses yeux bleus immenses fixés sur lui. Tu ne me crois pas ? Et pourtant c'est comme ça ! Je t'ai dans la peau ! C'est plus fort que moi ! Je t'aime ! JE T'AIME !!!

Camus se mit à rire franchement, et serra son amant étourdi dans ses bras, si fort qu'il lui coupa la respiration. Saga, étonné, le regarda de ses grands yeux clairs.

- Mon chéri, je les attendais depuis si longtemps, ces simples petits mots ! Je suis si heureux !

Camus posa ses lèvres sur celles du gémeau et l'embrassa longuement. Puis, attendri, il murmura en souriant :

- Il faudra penser à remercier Aphro…

Saga soupira d'aise et se serra farouchement contre lui.


Aux arènes :

Aldébaran et Dokho regagnèrent les gradins, couverts de sueur.

- Magnifique, vous n'arrêtez pas de progresser ! Commenta Shura.

- C'est que ça défoule du tonnerre, ce truc, expliqua Dokho.

- Tu viens, Aiolia ? Demanda le capricorne en se tournant vers son voisin silencieux.

- Mmm.

Les deux adversaires se tournèrent autour un moment, puis Shura bondit, lançant un coup de pied droit vers la figure du lion. Celui-ci l'évita au dernier moment, et se mit en position défensive, de biais. Il se décida à entamer une série de coups de poings assez lents que Shura para facilement d'une main. Le capricorne prit rapidement l'avantage et leva son bras droit. Aiolia avait visiblement du mal à concentrer son attention sur le combat. Il ne s'écarta pas comme il l'aurait du lorsque la lame de lumière fondit sur lui.

- Attention ! Cria Shura.

Mais déjà Aioros avait plongé sur son frère et l'avait fait rouler loin de la trajectoire mortelle. Shura, Aldébaran et Dokho se précipitèrent, mais déjà le sagittaire aidait son frère à se relever.

- Mais qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'avais pas anticipé l'attaque de Shura ?

- Non…

- Pas de ça avec moi, dit Aioros. C'était moi ton maître et je te connais. Tu as la tête ailleurs, et ça, ça ne va pas du tout. Dans un vrai combat, tu aurais perdu la vie ! Ce n'est pas ça que je t'ai appris, et tu le sais !

- Fiche-moi la paix, j'en ai marre !

- Tu en as marre ? Explosa Aioros. Bats-toi !

Il lui envoya un Lightning Plasma que Aiolia lui renvoya comme par réflexe avant de se détourner, las. Il récupéra sa cape sur les gradins et s'éloigna, la tête baissée.

- J'ai fait ce que tu voulais. Laisse-moi tranquille, maintenant.

Les chevaliers le regardèrent partir, désemparés. Aldébaran serra l'épaule d'Aioros qui était resté muet d'étonnement.

- C'est mon frère, et je dois le regarder se détruire jours après jours… Murmura Aioros. Même sa fierté ne le fait plus réagir. C'est comme s'il s'éteignait tout doucement…

- On a fait ce qu'on a pu, dit Shura. Il s'est secoué autant qu'il en était capable, je pense. Seulement il est arrivé au bout du rouleau.

- Shura a raison, dit Dokho. Il y a toujours un moment où la bonne volonté ne suffit plus… Il faut retrouver Angelo, et vite !

- Sion a envoyé un agent en Italie. D'après lui, ce type est un crac, il ne peut que le retrouver.

- J'espère que tu as raison, répondit pensivement Aldébaran.


J'espère que ça vous a plu. A venir Mardi : Les retrouvailles d'Angelo et de sa sœur, Mû aux Enfers, et… Une petite surprise ! Ciao !