Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.
Chapitre 9: Morne quotidien
Ryûga écoutait Wales bavasser à propos de Julian Konzern. En fait, non. Il prétendait l'écouter pendant qu'il vantait les mérites du gamin. Apparemment, il s'agissait d'une des meilleures personnes de l'univers et il n'y aurait jamais assez d'adjectifs dans le monde pour dire à quel point il était merveilleux. Ridicule. Il ne savait même pas pourquoi Wales était venu l'ennuyer lui. Sérieusement. Est-ce qu'il avait l'air d'aimer écouter les autres? Même dans ce milieu ridicule, ils devraient se rendre compte que non.
...À moins bien sûr que ce ne soit ses parents qui lui aient demandé de lui tenir compagnie. Dans ce cas-là, il meublait seulement le silence par une conversation des plus inutiles. C'était tout à fait possible. Ses parents refusaient de le laisser seul depuis son retour. Ils trouvaient toujours un moyen de lui imposer de la compagnie: ils l'emmenaient à plus de dîners stupides qu'auparavant, donnaient des directives strictes à leurs serviteurs pour qu'ils prennent de ses nouvelles régulièrement, ou, comme aujourd'hui, lui plaçaient un incapable dans les pattes. Et ça faisait près de deux mois que cette situation durait. Tout ça parce que des imbéciles de psys lui avaient diagnostiqués divers traumatismes, mêlés au syndrome de Stockholm. Parfois – comme à cet instant précis – il regrettait de ne pas avoir dit tout ce qu'il savait des Crocs Sanglants aux enquêteurs. Après tout, Kyoya n'avait rien fait pour mériter sa loyauté. C'était même le contraire. Il l'avait trahi.
Et malgré tout ce qu'il pouvait lui reprocher, il avait été incapable de le trahir. Quelle ironie.
Un demi-sourire méprisant s'afficha sur son visage à cette pensée. Sa propre attitude lui paraissait ridicule. Kyoya occupait toujours autant ses pensées, même s'il essayait de se convaincre du contraire. Il avait toujours une place privilégiée dans son estime. Il l'avait blessé et avait essayé de le tuer. Il l'avait trahi. Mais il était encore la chose la plus intéressante qu'il lui soit arrivé.
Pitoyable.
Il n'avait plus entendu parler ni de lui, ni des Crocs Sanglants depuis son retour. Rien. Pas la moindre nouvelle. Comme s'ils avaient complètement cessé d'agir. Peut-être qu'Hensonn et ses parents avaient réussi à les déstabiliser. Il les avait entendu dire – entendu dire car ils ne partageaient aucune information avec lui – qu'ils voulaient lancer une grande traque à travers la ville pour les retrouver. Depuis, absolument rien. D'un côté, ça voulait dire qu'ils n'avaient pas encore été attrapés. Hensonn et ses parents ne manqueraient jamais une occasion de se mettre en avant et qu'est-ce qui pourrait leur apporter plus de gloire que de débarrasser la ville des Crocs Sanglants?
D'un autre côté, ça signifiait que les Crocs Sanglants étaient paralysés. Kyoya aimait qu'on parle de son gang. Il faisait en sorte qu'il sème la terreur en ville pour que leur nom soit sur toutes les lèvres et qu'ils occupent tous les esprits. Ce n'était pas son genre de rester calme. Pas s'il pouvait faire autrement.
Il n'arrivait pas à croire qu'il le connaissait aussi bien juste en ayant passé quelques jours en sa compagnie.
Wales avait dû comprendre qu'il ne l'écoutait pas car il avait cessé de parler. Il était long à la détente quand même. Il le dévisageait avec une certaine inquiétude.
-Quoi? soupira Ryûga.
-Rien. Il est l'heure que je parte. Sophie et moi avons rendez-vous.
-Tant mieux pour toi.
Wales se leva et arrangea ses vêtements.
-Au revoir. J'espère que nous aurons l'occasion de discuter à nouveau.
-C'est ça.
Wales quitta le salon dans lequel ils se trouvaient. Ryûga laissa sa tête retomber en arrière, sur le dossier du fauteuil. Il en avait assez. Tout ça... tout ça ce n'était pas lui. C'était contre sa nature. Peut-être qu'il devrait s'enfuir, partir loin et tout laisser tomber. Ce serait si bien d'être loin de tout ça. Une nouvelle fois.
Sauf que ses parents ne le laisseraient jamais faire une chose pareille. Même s'il parvenait à partir, ils le retrouveraient et le ramèneraient dans sa cage. Le peu de liberté qu'il avait serait totalement anéantie. Kyoya avait été sa seule chance. L'unique. Mais Kyoya se foutait de son sort.
Des coups frappèrent timidement contre la porte. Il ouvrit un œil et marmonna un vague 'entrez'. Une employée ouvrit la porte et se tint dans l'embrasure. Elle avait de longs cheveux noirs qui tombaient jusqu'à sa taille et des yeux bleus-verts. Un air sombre marquait son visage, comme si quelque malheur était arrivé. C'était inhabituel. Généralement, les employés faisaient de leur mieux pour dissimuler leurs émotions sous un sourire factice qui devait faire croire que leur métier était l'accomplissement de leurs vies et qu'ils ne pouvaient espérer mieux que servir la famille Atsuka.
-Vos parents vous attendent dans le salon principal, dit-elle d'une voix atone.
Il soupira. Il avait oublié qu'ils devaient sortir. Encore une soirée de perdue. Pas qu'il avait grand chose à faire de son temps libre, seulement, il préférait rester seul.
-D'accord.
La jeune fille sortit en traînant des pieds et ferma la porte. Il se leva avec autant de conviction qu'elle. Il défroissa ses vêtements et quitta ses appartements. Ses parents l'attendaient, tirés à quatre épingles. Ils ne commentèrent pas son air renfrogné. Ils s'y étaient habitués. Depuis son retour, il était devenu incapable de jouer la comédie. Il avait bien essayé au début, mais il avait vite abandonné. Tout ça semblait bien inutile.
Ils sortirent ensemble de la maison. Une voiture les attendait au pied des marches. Hélios vint leur ouvrir la portière et ils s'installèrent à l'intérieur. Ryûga s'assit près d'une fenêtre pour regarder dehors. Le chauffeur les conduisit hors de leur propriété, puis à travers les routes principales de la ville. Il ne s'arrêta qu'une fois devant la mairie. Ryûga soupira. Hensonn était bien la dernière personne qu'il avait envie de voir. C'était lui, avec ses parents, qui avait lancé cette chasse contre les Crocs Sanglants. Ils l'avaient décidé bien avant son enlèvement. Pour eux, il n'avait été qu'un prétexte pour accélérer le processus. Une excuse servie sur un plateau d'argent.
-Ça ne te dérange pas d'attendre ici? lui demanda son père.
Ryûga haussa un sourcil. Il ne voulait pas y aller mais la seule raison qui pouvait pousser ses parents à lui demander ça était qu'ils allaient parler des Crocs Sanglants. Ils l'écartaient de toutes les affaires qui les concernaient. Ils craignaient sûrement qu'il les trahisse. Il n'y avait aucun risque hélas. Il n'avait aucun contact avec eux. Et même si Kyoya venait le supplier, il ne retournerait jamais auprès de lui. Les jours passés en sa compagnie avaient beau être les plus intéressants de sa vie, il ne comptait pas lui pardonner sa trahison.
Il haussa les épaules avec nonchalance.
-Bien sûr que non.
-Nous ne serons pas longs, promit sa mère.
Ils sortirent du véhicule. Ryûga ferma les yeux et appuya sa tête contre le dossier. Il avait hâte que cette soirée se termine.
Ses parents revinrent quelques minutes plus tard. Des sourires – des vrais – éclairaient leur visages. C'était plutôt mauvais signe. Toutefois, il ne leur demanda pas ce qui faisait naître une telle joie chez eux. Ils ne lui en parleraient que quand ils le jugeraient nécessaire.
La voiture redémarra. Elle les conduisait vers leur quartier. Vers la maison Konzern plus précisément. Il soupira. Il ne savait pas que ce serait leur destination – il aurait trouvé une excuse pour rester chez lui sinon. Enfin, il n'avait pas dû écouter ses parents quand ils l'avaient précisé. Comme si ça n'avait pas suffit qu'il entende parler de ce gamin toute l'après-midi, il allait passer une soirée entière chez lui. En plus, il y aurait forcément ses trois larbins aussi. Ils étaient insupportables à passer leur temps à le complimenter et à lui lécher les bottes. À croire qu'ils étaient incapables de vivre pour eux-mêmes.
La voiture s'arrêta juste devant la porte, à côté de laquelle se tenait un portier. Ils descendirent du véhicule et gravirent la volée de marche. Le portier s'inclina devant eux. Il les laissa entrer sans leur demander leur identité – après tout, qui ne connaissait pas les Atsuka?
Comme Ryûga le pressentait, Julian était assis dans un coin, entouré de Wales, Sophie et Klaus. Ils lui parlaient et empêchaient d'autres personnes de venir l'importuner. Il n'était même pas capable de se défendre seul.
Ryûga s'assit à l'écart. Il devait juste attendre quelques heures, que ça se termine. Au début de la soirée, des gens tentèrent de l'approcher, mais son expression suffit à les en dissuader. S'il avait su avant que rester naturel suffisait à les éloigner, il l'aurait fait depuis longtemps. Il pensait que répondre à leurs questions était la manière la plus rapide de se débarrasser d'eux. Mais il avait tort. Grâce à sa nouvelle méthode, il n'avait même pas à supporter leur présence.
Les heures passèrent avec une lenteur insolente. Il ne comprenait pas pourquoi ils avaient besoin d'autant de temps pour répéter une scène qu'ils avaient joué autant de fois. Quand l'heure de partir sonna enfin, il n'osait plus y croire.
Ses parents et lui furent parmi les derniers à partir. Comme à l'aller, Hélios vint les chercher au pied des escaliers. Ils étaient incapables de marcher quelques mètres seuls, apparemment.
Pendant le retour, l'habitacle résonna des discussions futiles de ses parents. Il regardait la fenêtre sans les écouter. Un paysage trop familier défilait devant ses yeux. Ils atteignirent enfin leur maison. Il n'avait aucune affection pour ce lieu mais c'était moins pire qu'ailleurs. Il donna congé à ses parents avant de sortir de la voiture. Il fut le premier à retourner à l'intérieur. Il ne prêta pas attention aux employés devant lesquels il passait. Il grimpa les escaliers avec lenteur. Il se sentait de moins en moins convaincu par cette vie. Il était... las.
Il atteignit enfin sa chambre. Quand il entra, il n'alluma pas la lumière. Il se contenta de verrouiller la porte derrière lui pour avoir un peu de solitude. Il se dirigea vers son lit et se laissa tomber dessus. Il ne prit même pas la peine de se changer.
Trois coups frappèrent contre la vitre.
Ses sourcils se froncèrent. Il était au premier étage et des gardes ne cessaient de faire des tours autour de la maison. Il avait dû rêver.
Les coups recommencèrent. Trois, au même rythme.
Qu'est-ce qui pouvait les causer?
Il se leva et se dirigea vers la porte-fenêtre menant au balcon. Il ouvrit sans prendre la peine d'écarter les rideaux pour voir ce qu'il l'attendait. Malgré l'obscurité, il reconnut la silhouette immédiatement. Qu'est-ce qu'il faisait là lui?
-J'ai besoin de ton aide, marmonna Nile entre ses dents.
Ryûga ne sut quoi répondre. C'était bien la dernière personne sur terre qu'il imaginait lui demander ça.
Fin du chapitre 9
Et vous, vous vous y attendiez? Rendez-vous dans deux semaines pour le chapitre 10
