Auteurs : Brisby & Anya

Disclaimer : Malgré tout ce qu'ils ont pu vivre avec nous, ils refusent obstinément de nous appartenir, allez savoir pourquoi !

Base: Gundam Wing

Rating: Un gentil ptit citron et des tenues pas très habillées, on reste gentilles, hein ? ;)

Genre : UA (monde plus ou moins médiéval), Angst, yaoï, aventure, vampires.

Couples : 13x2.


Once upon a bloody time…


Chapitre 9: Some guys just never learn…

Duo se cambra en arrière, haletant, sa longue natte presque entièrement défaite sur le drap.

Il entrouvrit les yeux et vit Treize l'observer avec un mélange de satisfaction et de pur plaisir. Le châtain referma les yeux et passa ses bras autour du cou du brun pour accentuer le contact, pour que son partenaire aille plus vite. Treize accentua les vas et viens en embrassant son cou avec avidité, ses mains caressant sans cesse le corps en sueur du prostitué.

Ils jouirent en même temps, avant de rester essoufflés dans les bras l'un de l'autre.

Treize se détacha assez vite de Duo, après tout il devait bien l'écraser à rester ainsi sur son torse… Mais pour très vite le serrer à nouveau contre lui, heureux.

- « Tu sais qu'à chaque fois, tu me prends toute ma nuit, toi…

- Et tu regrettes ?

- Hmm… Laisse-moi réfléchir… Tu m'épuises, tu vires tous les autres clients quand tu débarques ici, tu…

- Et je paye bien, et je te traite comme il faut, je ne suis pas un type tordu qui te demande de l'attacher à des barreaux…

- … Ok, ok. Je dois admettre que tu es mon meilleur client.

- Si ça ne tenait qu'à moi je viendrais plus souvent, Duo.

- Mais très cher Ambassadeur Kushrenada, je ne vous oblige pas à venir…

- Mais j'ai envie… »

Et le fonctionnaire recommença à l'embrasser, avec douceur… Duo ne put s'empêcher de sourire pendant le baiser.

- « Quoi… ?

- Je me demande si tu es comme ça avec tous les prostitués.

- Je suis « comme ça » avec les gens spéciaux, et tu es spécial, Duo.

- … Oula, le trop plein de travail doit te taper sur le système pour raconter ce genre de trucs à un simple prostitué… »

Treize l'observa avec un petit sourire, comme s'il savait quelque chose que le châtain ignorait. Puis il s'étira et soupira longuement.

- « Exactement, j'ai plein de boulot, surtout depuis qu'on a une nouvelle affaire sur les bras, comme si on en n'avait déjà pas assez… »

Duo sourit gentiment. Treize lui faisait souvent des confidences sur l'oreiller après le sexe, ou quand il était débordé. C'était une marque de confiance que Duo appréciait beaucoup, même si ses histoires l'endormaient parfois.

- « Quelle type d'affaire ?

- Disparition.

- Ca devrait être du ressort des flics ça… Pas de celui d'un ambassadeur du continent, non ?

- Oui, mais il s'avère que là on a un inspecteur de disparu.

- … Attends, l'inspecteur en chef de Hieminsula a disparu ?

- Non, pas celui de cette ville de fous, un autre inspecteur, venant de je sais plus trop où mais du continent en tout cas. C'est pour ça que j'y suis indirectement mêlé. C'est moi qui gère les relations diplomatiques entre Hieminsula et le continent, alors une disparition d'un haut gradé sur notre petite île… Les gens du continent sont toujours pareils tu sais, ils pensent que parce que nous vivons sur une île, on a moins de soucis et qu'on règle plus facilement les problèmes. Alors que la corruption est comparativement plus élevée ici que sur le continent et je n'ai pas moins de travail depuis que je vis à Hieminsula… »

Duo lui sourit d'un air compatissant. Treize continua, ayant visiblement besoin d'extérioriser ses soucis des derniers jours.

- « Je ne sais pas ce que cet inspecteur avait l'intention de faire ici, mais il a prévenu son commissariat au dernier moment avant de disparaître dans la nature… Il donnait des nouvelles de temps en temps et disait enquêter sur un énième groupe extrémiste… On n'en sait pas plus, si ce n'est qu'il était accompagné de trois chasseurs de prime. »

Duo pâlit et se pencha plus sérieusement vers Treize, un léger doute le traversant.

Et si… ? Non, ce n'était pas possible que ces mecs là…

- « … Mais qu'est-ce qu'un inspecteur du continent viendrait faire ici ?

- Pour son enquête je suppose. On a juste retrouvé un vieux van saccagé avec des affaires appartenant à plusieurs personnes, et en particulier un bijou désignant la famille Schbeicker. Si un membre de cette famille a bel et bien disparu, on est encore plus mal… Je ne te dis pas comment on va s'amuser avec une affaire pareille si le bijou est authentifié. En plus d'un haut gradé, un membre de la famille Schbeicker !

- Je vois… En même temps je ne vois pas ce qu'un membre de la famille Schbeicker irait faire dans un « vieux » van…

- J'ai dit « vieux » parce qu'il ne datait pas d'hier et que le moteur semble en avoir pas mal vu, tout comme les roues, mais à l'intérieur ça devait être très moderne avant qu'on ne casse tout, c'était du matériel de pro. Ordinateurs, armes… »

Un inspecteur du continent.

Schbeicker.

Un van usé par la route.

Des ordis…

Duo passa la main dans ses cheveux, abasourdi. Qu'est-ce qu'ils étaient venus foutre ici ? Il les croyait partis pour Verberia… Et puis, apprendre que ses anciens compagnons de voyage étaient portés disparus le surprenait tout de même énormément. Heero se faire avoir… ? Un mec pareil ! Et Quatre, qui aurait bien pu faire plier Quatre ? Et Trowa, un si bon tireur, toujours sur ses gardes ? Wu Fei ne devait pas non plus être n'importe qui pour avoir un grade si élevé, alors qui… ? Malgré lui, il ne put s'empêcher de ressentir une pointe d'inquiétude.

Quatre…

Puis il se ravisa. Peut-être qu'il se trompait après tout… Et puis pourquoi est-ce qu'il s'occupait de ces types là au fait ? Il s'en fichait complètement !

Il lança un clin d'œil au brun et dit, un petit sourire désolé sur les lèvres :

- « Bon courage alors… Je ne risque pas de te revoir de suite en tout cas ! »

Treize ramena Duo à lui et se bouina contre lui, caressant sa chevelure à présent entièrement défaite. Le châtain referma ses bras autour de lui par automatisme.

Treize resta silencieux pendant encore un bon moment avant de continuer, visiblement agacé :

- « Non, franchement cette affaire prend des proportions… Puis comme ils surveillaient vraisemblablement un groupe extrémiste, il faut qu'on cherche à savoir ce qu'ils comptaient trouver ici. Des infos ou le groupe en lui-même ? Si on devait surveiller tous les mecs louches de la ville faudrait commencer par les flics eux-mêmes !

- Vous n'avez vraiment pas la moindre idée de quel groupe ils recherchaient ? »

Treize soupira et se mit à embrasser le cou de Duo en remontant jusqu'à sa mâchoire. Puis il s'arrêta au coin de ses lèvres et se détacha du châtain.

- « En fait… Il semblerait qu'ils recherchaient un groupe ayant un rapport avec les vampires. »

Treize ne fit pas attention au soupir agacé qui s'échappa des lèvres du châtain. Pourquoi avait-il fallut qu'il obtienne la confirmation de ses doutes… ?

- « Il est vrai que sur une île, coupée du monde…C'est assez pratique de s'établir et d'essayer de se développer… Hieminsula n'est pas réputée pour sa police et les malfrats ont la vie facile ici. En même temps, si un groupe louche s'est vraiment installé ici… »

Le brun soupira à nouveau, avant de se tourner vers Duo d'un air peiné.

- « Excuse-moi de te prendre la tête avec ça… Ca me travaille, tu comprends ? »

Duo se pencha vers lui et l'embrassa longuement.

- « Non, non… Je te comprends. Je te souhaite bonne chance, vraiment. »

Et Duo était si sincère que l'ambassadeur ne résista pas pour s'emparer à nouveau de ses lèvres.


Cinq jours plus tard…

Duo n'avait pas bien dormi la veille. C'était son jour de repos et il aurait dû en profiter, mais il n'avait pas réussit à trouver le sommeil. Il avait repensé à Solo et avait eu un petit coup de cafard, il lui manquait vraiment et sa dernière visite avait été si courte…

Et c'est en repensant à toutes les autres personnes auxquelles il tenait que le visage de Quatre s'était imposé à lui. Cette histoire de lien le travaillait et il avait encore fait deux rêves ayant un rapport avec le vampire la semaine dernière. Il se posait beaucoup de questions, des questions qu'il aurait voulu poser au blond.

Il avait envie de revoir Quatre. Il ne l'avait vu que très peu de temps, mais… C'était vraiment quelqu'un de bien. Un type qu'il aurait aimé connaître plus, dans d'autres circonstances…

Et bien sûr, il avait finit par penser à la disparition des habitants du van.

Malgré lui, il y pensait.

Malgré lui, il était légèrement inquiet.

Malgré lui, il se demandait s'il pouvait faire quelque chose.

Et qu'est-ce qu'il était censé faire maintenant ?

On toqua à sa porte. Duo se leva et alla ouvrir.

- « Treize ?

- Bonsoir, Duo.

- Mais… Je t'ai vu il y a cinq jours !

- Je m'en souviens très bien. »

Et le fonctionnaire lui sourit d'un air coquin. Duo ne put s'empêcher de rire et le fit entrer.

- « Bon, qu'est-ce qui t'amène ?

- J'avais envie de bien finir ma journée… »

Et il prit Duo par la taille pour le retourner vers lui et lui capturer les lèvres pendant une longue minute. Ses mains s'attardèrent sur ses hanches, alors qu'il se pressait plus contre le corps du prostitué.

- « Hmm… Trei…ze…

- Mm… ?

- Il n'est que 19 heures…

- Oui, j'ai quitté plus tôt que d'habitude.

- Je ne commence qu'à…

- Je partirai plus tôt… »

Et Duo fut incapable de formuler une phrase cohérente après ça.

Ce n'est que bien plus tard, alors qu'il était en train de laver le dos du brun dans le grand bain annexe à sa chambre, qu'ils discutèrent un peu de leurs journées respectives.

- « Et donc là je lui ait dit : « vous êtes viré ».

- Mais quel salopard tu es…

- Eh oh, ce mec était censé être mon secrétaire, je ne le payais pas pour s'endormir sur mes dossiers urgents ou insulter mes correspondants du continent parce qu'il avait le malheur d'être de mauvais poil.

-Hmm… Je n'aimerais pas travailler avec toi, Treize.

- Parce que c'est si désagréable que ça de « travailler » avec moi ? »

Il se retourna et commença à chatouiller le châtain qui se mit à rire avant de le repousser dans l'eau. C'est après s'être chamaillé un moment et avoir mis de l'eau un peu partout sur le carrelage de la salle de bain qu'ils redevinrent sérieux.

- « Treize… Toi, tu… »

Duo s'arrêta au début de sa phrase, hésitant.

- « Qu'est-ce que tu ferais si tu avais des connaissances dans le pétrin ?

- Ca dépend… Pour des amis, je ferais tout mon possible. Mais qu'est-ce que tu entends par 'connaissances' ?

- Des gens que tu ne connaîtrais pas énormément mais qui auraient fait… un bout de chemin avec toi on va dire.

- Et bien s'ils en valent la peine, je considère ce que je peux faire. Encore que ça dépend de la situation. Pourquoi ça ?

- Non, je me posais la question… Simplement. »

Et Duo n'en reparla plus de toute la soirée.


Le lendemain midi…

Duo rentra dans un immeuble délabré et monta tranquillement au septième étage. Il tourna à gauche et sonna à la dernière porte de l'étage. Il attendit patiemment avant qu'une vieille femme replète dans une robe miteuse ne vienne lui ouvrir.

- « Bonjour, mamie Tissnissa.

- Bonjour, gamin. Qu'est-ce qui t'amène ?

- J'aurais besoin de voir votre mari.

- Tu t'es encore fourré dans une histoire pas nette ? »

Duo prit un air de petit garçon puis rit gentiment.

- « Non, j'aurais par contre besoin de renseignements. »

La vieille femme sortit un cigare de sa poche, l'alluma et le détailla en tirant une grande bouffée. Elle renifla et cracha sur le palier d'à côté sans complexe.

- « C'est à quel sujet ?

- Vampires. »

Duo savait qu'il n'y avait pas besoin de mentir ou de parler dans le vague, cette mamie devinait toujours tout du premier coup d'œil. 80 ans passés et toujours vive comme si elle était une jeune femme. Elle soupira et secoua la tête d'un air désespéré

- « Suis-moi, gamin. Mais si tu te fourres encore dans un truc pas possible, tu ne viendras pas te plaindre. Et si mon idiot de mari te met des idées abracadabrantes dans la tête, je lui interdirai de t'adresser la parole à l'avenir, c'est compris ? »

Duo rit et acquiesça, puis entra.

La vieille femme le guida jusqu'au salon où un géant somnolait sur un rocking-chair.

- « Debout papi ! T'as le gamin qu'a des questions ! »

Elle lui hurla dans la figure sans complexe et partit faire « un thé ».

Le géant renifla, ouvrit les yeux et se tourna d'un air bougon vers Duo.

- « Hey petit…

- Bonjour, papi… Je viens au mauvais moment on dirait. »

Le vieil homme cligna des yeux et fit un geste vague de la main, comme pour dire « non, non, c'est rien »… Il sortit une chique de sa poche et commença à la mâcher tout en regardant attentivement le châtain.

- « On a le sommeil agité, petit ?

- Hmm… En quelque sorte.

- Encore tes mauvais rêves ? Tu n'avais pas réglé cette histoires en intervertissant tes…

- Si, si, ça fait longtemps, ne t'inquiètes pas.

- Alors c'est quoi ces cernes et cet air préoccupé ?

- J'ai une décision à prendre et j'hésite.

- Aha… En quoi est-ce que je peux t'aider ? »

Sa femme revint à ce moment là avec trois tasses de thé. Elle fourra de force un mug dans les mains du géant et celles de Duo. Puis elle s'assit sur un pouf qui traînait et commença à boire bruyamment le liquide brûlant.

- « En fait, j'aimerai savoir si tu as entendu parler d'un groupe de vampires extrémistes dans le coin… Ou de disparitions… Ou d'affaires louches en rapport avec des vampires.

- Des disparition y'en a tous les jours, c'est trop vague comme question, petit. Quant à des groupes de vampires, y'en a partout et de toutes sortes. Quel type de groupe tu recherches exactement ?

- Un groupe extrémiste, genre des allumés qui voudraient « dominer le monde » et nous avoir à leurs pieds. Un groupe qui intéresserait de vrais flics.

- Hum, hum. »

Le géant fit jouer la tasse entre ses doigts et fit la moue en plissant les yeux.

Quand on connaissait le père Tissnissa, on savait qu'il faisait cette tête là quand il réfléchissait. Mais la première fois, ça avait de quoi déstabiliser. Il posa sa tasse sur la petite table basse entre eux sans avoir rien bu et regarda Duo dans les yeux.

- « Ecoute petit… De là à dire qu'il s'agit d'un groupe extrémiste…. Je ne peux pas te dire, j'en sais rien. Mais j'ai entendu dire depuis un peu que… pour se faire de l'argent vite fait bien fait, il faut se rendre à la maison rouge du quartier Antea.

- Antea… ? Cet ancien quartier qu'un aristocrate fou aurait entièrement racheté pour pouvoir le rénover et en faire sa demeure il y a de ça deux siècles ? Mais ce mec est mort depuis belle lurette, je croyais que cet endroit était entièrement délaissé ?

- Il l'est. Plus personne n'y habite, en plus la plupart des bâtiments sont dans un sale état et puis c'est bien trop éloigné du centre ville… Seulement, il semblerait que la maison rouge… Tu sais bien, un vieux manoir assez imposant avec une façade en briques rouges. Bref, il aurait été racheté il y a quelques années. Le propriétaire y vivrait reclus.

- Et en quoi est-ce que cette maison peut m'intéresser ?

- Il semblerait que l'aristocrate ne vive pas seul, il aurait toute une ribambelle d'amis qui vit avec lui et... Pour s'amuser ils recrutent toute personne ayant un quelconque talent pour leurs « soirées », ou alors simplement des employés... Pour le service, enfin c'est ce qu'ils disent. Certaines personnes ne sont jamais revenues, et une rumeur a commencé à courir dans les quartiers pauvres comme quoi ces aristocrates ne vivaient que la nuit et dévoraient leurs employés.

- Je vois… En plus comme la maison est éloignée des quartiers habités et au milieu d'un endroit abandonné, les gens n'osent pas trop s'en approcher je suppose…

- Exactement. Les gens dans le besoin sont malgré tout attirés par cette offre, et en même temps, ces disparitions font peur. C'est encore trop récent pour que la police s'en mêle, et puis tu sais, si des gens peuvent les débarrasser des plus pauvres, ça les arrange.

- En gros la police n'en sait rien et même si elle le savait, elle ne ferait pas grand chose.

- Tu as tout compris. »

Duo commença à siroter son thé sans rien dire de plus. La vieille femme écrasa alors son cigare dans sa tasse vide et prit la parole :

- « Pourquoi est-ce que tu avais besoin de savoir ça, petit ? Je t'ai fait entrer parce qu'on te connaît depuis ton arrivée à Hieminsula, que tu as toujours été discret quant à nos informations et que tu es plus prudent que la moyenne des gens, mais j'aimerais savoir pourquoi tu t'intéresses à quelque chose de si dangereux ? »

Duo soupira et se cala plus dans son siège.

- « En fait… Une de mes connaissances a disparu et… Sur le continent, elle recherchait des vampires. Je me demandais donc si elle pouvait avoir atterrit dans les réseaux vampires du coin.

- Tu recherches un chasseur de prime ? »

Duo sourit.

- « On ne peut rien vous cacher, hein, mamie ? »

La vieille femme se leva et se rapprocha de lui, jusqu'à ce que ses yeux ne soient plus qu'à quelques centimètres des siens.

- « Ecoute moi bien, Duo. Si jamais j'apprends dans quelques jours qu'un prostitué avec une longue natte a disparu…. Et que par hasard tu en réchappes… Plus jamais je ne te rouvrirai ma porte. Tu es jeune, tu as toute une vie à vivre. Alors réfléchis bien à ce que tu fais. J'espère que cette personne en vaut la peine, parce que sinon, ton bon cœur te perdra. »

Elle se releva et se tourna vers son mari.

- « Des fois il vaut mieux agir comme le dernier des salopards au lieu de vouloir être bon avec tout le monde. Sinon tu finiras comme notre troisième fils. »

Et elle planta à nouveaux ses yeux dans les siens.

- « Dévoré par ce monde en pourriture. »


Duo ouvrit lentement les yeux. Il se trouvait debout devant une porte. Il resta un moment sans bouger, puis il actionna la poignée et il entra dans la pièce. Il s'agissait d'un vieux salon qui, si on en jugeait par l'état de délabrement dans lequel il était, avait été laissé à l'abandon depuis longtemps. Il fit quelques pas dans la pièce et s'arrêta à peu près au centre. A quelques mètres devant lui se trouvait un fauteuil, quelqu'un y était assis mais il faisait trop sombre pour qu'il puisse voir de qui il s'agissait.

- « Je ne pensais pas que tu te souviendrais aussi bien de l'heure. »

La personne laissa échapper un éclat de rire, puis elle se tourna vers lui. Duo avait déjà sa petite idée sur l'endroit où il se trouvait, mais quand il aperçut les deux yeux d'un bleu sombre, la bouche éternellement rouge et les cheveux d'un noir profond coupés courts, il n'eut plus aucun doute.

- « Tu n'espérais quand même pas que j'allai oublier ? »

Et allez… C'était repartit pour un tour… Il avait finit par s'habituer à voir des scènes du passé de Quatre. Enfin presque… Ca lui faisait toujours le même effet bizarre lorsqu'il se réveillait…

Noin se leva et fit quelques pas dans la pièce. Elle était enveloppée dans une cape épaisse.

- « Oh non. Mais je ne pensais pas que tu serais aussi ponctuel. Alors, tu trouves que ça a changé ? Qu'est-ce que ça fait d'être libre ? »

Duo se sentit légèrement agacé par les mots de la brune.

- « Ca ne fait rien. Ca ne change rien. Je ne suis pas plus libre que je l'étais hier. Je ne serai jamais aussi libre que je le voudrai. Je suis et je serai à jamais un vampire. »

Noin soupira et s'approcha du feu qui brûlait dans la cheminée.

- « En cent ans, ta haine pour les vampires n'a pas changé… Enfin… Au moins tu n'essayes plus de te suicider… »

Duo essaya de ne pas repenser aux autres scènes qu'il avait vues où Quatre essayait de mettre fin à sa vie de vampire. Etant donné qu'il avait eu un aperçu de ce que ressentait le blond, il le comprenait totalement. Mais ces scènes n'en avaient pas moins été extrêmement oppressantes…

Il tenta de se concentrer sur le moment présent et sur les émotions de Quatre. Il était énervé, très énervé. Il n'aimait pas qu'on lui remette le nez dans ses tentatives de suicides. Il n'aimait pas qu'on les lui rappelle. Et Duo le comprenait, après tout, il leur avait fait la promesse de rester en vie. A elles. A ses sœurs. Les rares qui avaient survécu au massacre mais que Noin avait recapturées. Celles qu'il avait délivrées au petit matin dans le dos de sa maîtresse, elle avait mis du temps à lui pardonner d'ailleurs. Lui qui ne pensait plus qu'à se tuer, elles l'avaient toute suppliées de rester en vie. Pour leur mère, qui avait donné sa vie pour qu'il naisse. Pour Iria, leur sœur aînée, qui était morte pour qu'il reste en vie. Pour leur père et toutes leurs sœurs qui étaient mortes cette nuit là. Et pour lui, parce que malgré tout, elles étaient certaines que la vie continuerait à lui apporter des choses. Elles l'avaient supplié longuement en pleurant et il avait fini par accepter. Le jurant sur son nom, sur son sang, et sur l'être humain qu'il avait été.

Ce rêve là avait particulièrement marqué Duo. Il s'était réveillé en larmes et avait eu le cafard toute la journée suivante. Alors oui, il comprenait parfaitement que Quatre n'aime pas qu'on lui rappelle qu'il avait failli rompre la promesse faite à ses sœurs.

Noin s'agenouilla à côté du feu. Sa cape glissa un peu, laissant entrevoir les vêtements qu'elle portait en dessous. Duo fut assez surpris de voir qu'elle portait un pantalon d'homme et que le haut de son habit semblait avoir des épaulettes.

- « Malgré nos cents années passées ensemble, je comprends toujours aussi peu ton attachement aux humains. »

Duo entendit un grand craquement et les vêtements que portait le vampire tombèrent au sol en lambeaux. Elle se releva et réajusta sa cape, seul vêtement qui lui restait. Duo ne comprit pas grand chose à ce qui venait de se passer, mais il se sentait calme. Quatre avait dû comprendre lui… Le vampire fit un geste de la main et les morceaux de vêtements au sol furent expédiés dans la cheminée. Elle s'approcha calmement du châtain, ses jambes nues sortant par moment de sa cape…

- « À partir de cette nuit, le lien de maître à disciple qui nous unissait est officiellement rompu. Ton premier siècle fait de toi un vampire indépendant, Quatre Raberba Winner. »

Raberba Winner ? Qu'est-ce que c'était que ce charabia ? Le nom complet de Quatre peut-être… Il ne lui semblait pas l'avoir déjà entendu en entier.

Quoi qu'il en soit, Duo se sentit passablement agacé par les paroles de la brune.

- « Je ne suis plus Quatre Raberba Winner. Je n'appartiens plus à cette famille depuis un siècle. Jour pour jour… »

Noin roula des yeux en souriant.

- « Très bien, alors… Quatre qui n'appartient plus à la famille Winner. Et est-ce que je peux savoir ce que tu comptes faire maintenant ? »

Duo sentit quelque chose d'étrange s'immiscer en lui après la question du vampire. Ca ressemblait à un mélange de résignation, de haine et de tristesse.

- « Je ne sais pas… Mais une chose est sûre, je n'hésiterai pas à me servir de tout ce que tu m'as appris si jamais je croise un de nos congénères… Je ne veux rien avoir à faire avec le monde des vampires ! »


Duo se réveilla en sursaut dans son lit, couvert de sueur. Encore un rêve…

Quatre…

Il sentit son estomac se nouer petit à petit. Après sa discussion avec le couple Tissnissa, il avait un peu renoncé à chercher d'autres renseignements. La mise en garde de la vielle femme lui avait donné à réfléchir. Bien sûr qu'il aimait bien Quatre. Bien sûr qu'il se sentait mal à l'idée qu'il ait pu lui arriver quelque chose. Mais… Vu ce qu'il savait sur ce groupe de vampires extrémistes, ces types s'étaient foutus dans un beau merdier. Alors bon, il était peut-être du genre à foncer tête baissée sans réfléchir, mais là ça relevait quand même du suicide. Est-ce que ça valait le coup de mourir pour cinq personnes qu'il ne connaissait pas vraiment hein ? Pourtant… Pourtant il se sentit mal rien qu'à l'idée que…

J'espère que cette personne en vaut la peine, parce que sinon, ton bon cœur te perdra.

Raaah, il savait pas quoi faire ! Il n'arrivait pas à se décider !

Il resta un moment sans bouger, essayant en vain de tomber d'accord avec lui-même. Il finit par abandonner et tendit le bras pour allumer la lampe à pétrole sur sa table de chevet. Il jeta un coup d'œil à l'horloge à l'autre bout de sa chambre : Onze heures trente-huit. Tiens ? C'était bizarre qu'on ne l'ait pas réveillé plus tôt… Réléna ne le laissait pas dormir aussi longtemps habituellement. A cet instant, on frappa à sa porte de façon énergique.

- « Duo ! Petit-déjeuner !

- J'arrive ! »

Il s'étira longuement, attrapa une robe de chambre empruntée à un de ses collègues. Il enfila des chaussons neufs achetés la veille, profita un moment de la douceur du coton et sortit de sa chambre. Il descendit rapidement les escaliers, traversa le salon des clients, salua quelques serveurs qui faisaient le ménage et se dirigea vers leur salle à manger. C'était une des choses qu'il aimait beaucoup dans cette maison close, l'espace dont ils pouvaient disposer. La plupart des autres maisons où il avait été privilégiaient toujours l'espace uniquement là où les clients allaient et résultat, ils se marchaient les uns sur les autres toute la journée. Mais ici, ils avaient une large salle à manger qui faisait également cuisine où Réléna tenait à ce qu'ils mangent tous ensemble. C'était très agréable au final et cela permettait de mieux souder l'équipe. Même si on pouvait parfois le regretter quand on était de corvée de cuisine et qu'on devait préparer un repas pour vingt-trois personnes.

Le châtain entra d'un air joyeux dans la salle à manger mais il perdit rapidement son sourire et resta un moment sur le seuil. Une jeune fille pleurait dans un coin de la pièce, entourée par six autres filles. Réléna, assise un peu plus loin, les regardait en fronçant les sourcils, l'air soucieuse. Une dizaine d'autres prostituées regardaient la scène de loin. Tout le monde était encore en tenue de nuit, sauf Réléna qui était déjà habillée. Très étonnant, d'habitude c'était plutôt l'inverse…Duo s'approcha de quelques autres personnes qui les regardaient de loin.

- « Qu'est-ce qui se passe ? »

Un grand blond se tourna vers lui.

- « Tiens, salut Duo. »

Il sembla chercher ses mots un moment mais une jeune fille rousse le devança.

- « Lizbeth s'est fait plaquer par son mec. »

Le châtain fronça les sourcils.

- « Et le hic naturellement c'est…

- C'est qu'il est parti avec tout son fric. Comme d'habitude. »

Duo soupira et jeta un coup d'œil à la jeune fille en train de pleurer. Il s'aperçut alors que Réléna le regardait d'un air blasé. Il grimaça pour lui monter ce qu'il pensait de la situation. Elle haussa les sourcils en secouant la tête pour toute réponse. Elle se tourna alors vers la petite blonde qui hoquetait en essayant de retenir ses larmes.

- « Bon, Lizbeth… Est-ce que tu sais combien d'argent au juste il t'a pris ? »

Elle leva les yeux vers la gérante. Ils étaient rouges et gonflé, son rimmel avait coulé depuis longtemps mais il restait de longues traînées noires sur ses joues. Elle essaya de parler tandis que d'autres larmes roulaient sur son visage.

- « Uh… Je ne suis pas sûr, non… Il a pris tout ce que j'avais pour vivre ce mois-ci et… Et quelques bijoux aussi. »

Elle hoqueta, retenant un gémissement.

- « Mais ça je m'en fous ! Le tuc c'est qu'il a pris tout ce que j'avais économisé pour maman ! »

Elle se remit à pleurer, en cachant son visage dans ses mains.

- « En plus, ses crises de toux ont recommencé ces temps-ci… Je voulais lui envoyer l'argent pour qu'elle puisse s'acheter des médicaments… »

Elle se redressa, essuyant une larme qui coulait sur sa joue.

- « S'il avait besoin de fric, il n'avait qu'à me le dire ! Je lui en aurais passé ! Mais là… Là c'était l'argent pour maman…

- Tu pleures juste parce qu'il ta pris les florin que tu gardais pour ta mère ? Je te rappelle qu'il ne t'a pas volé que ça… Je ne comprends même pas que vous vous laissiez dépouiller par vos mecs comme ça… »

Duo leva les yeux au ciel avec un sourire. Le tact de Dorothy entrerait un jour dans la légende… La blonde était encore sur le seuil de la porte, vêtue de son habituelle robe de chambre en soie rouge. Une jeune femme brune avec une crinière impressionnante où traînaient encore quelques bigoudis et qui faisait partie de celles qui cherchaient à réconforter Lizbeth incendia la blonde du regard.

- « C'est quoi ton problème ? Tu prends ton pied à l'enfoncer parce qu'elle, elle a réussi à se trouver un mec !

- La belle affaire… On voit bien où ça l'a mené. Contrairement à vous mes chéries, je ne vois les hommes dans nos vies privées que comme une nuisance. »

Une fille qui caressait le dos de la petite blonde jeta un regard noir à Dorothy.

- « Tu nous fais une déclaration ? »

Celle-ci éclata de rire.

- « Je ne crois pas non. Je n'ai pas plus envie d'avoir une femme dans ma vie privée. Si quelqu'un veut y entrer, il faudra d'abord qu'il ait le fric suffisant pour. Je ne me laisse pas approcher par n'importe qui.

- Et c'est une prostituée qui dit ça… Ton cœur t'en as fais quoi ? Tu l'as troqué contre des florins ?

- Ca suffit maintenant. »

Réléna n'avait pas haussé la voix mais tout le monde s'était tut.

- « Vous êtes libre de faire ce que vous voulez de votre vie privée et de vos florins. Chacun respecte les décisions de l'autre, peut importe son point de vue sur la question, j'ai toujours été claire sur ce point. Je ne veux aucune tension dans l'équipe, sinon vous irez voir ailleurs. »

Dorothy ne répondit rien et alla s'adosser au mur à côté de Duo. Les regards noirs des autres filles se perdirent sur le parquet de la salle à manger. Réléna s'approcha de Lizbeth. Elle ne semblait pas spécialement agacée par les pleurs de la jeune fille mais pas compatissante non plus.

- « Maintenant il faut que tu me dises Lizbeth… Quand vous donnez vos florins de votre propre chef à vos amants et qu'ils disparaissent au bout d'un moment avec, je me suis toujours refusée à m'en mêler. Vous êtes assez grandes pour savoir qu'il faut assumer vos actes. Je suis votre gérante, pas votre nourrice. Je n'ai pas à vous sortir des mauvais pas où vous vous mettez. »

La blondinette acquiesça tandis qu'un petit gémissement s'échappait de sa bouche.

- « Par contre, il s'agit là d'un vol pur et simple. Une tierce personne a réussi à s'introduire dans ma maison, que ce soit par ton biais je m'en fiche, et y a volé quelque chose. Tu comprends bien en quoi la situation est différente, Lizbeth ?

- Ou… Oui…

- Bien. En temps que gérante, je ne peux tolérer qu'un vol ait eu lieu sous mon toit. Ca nuit à la réputation de l'établissement. »

Lizbeth baissa la tête.

- « Oui… Je sais… Notre vie privée ne doit pas retomber sur la réputation de l'établissement.

- Exactement. C'est pourquoi… Nous allons transformer ce vol en un malentendu. Malentendu que nous allons vite régler. »

Elle laissa passer un court silence avant de continuer.

- « Mais pour cela il nous faut ton accord. »

La petite blonde releva la tête pour regarder la gérante. Ses yeux avaient pris un éclat sombre.

- « Vous allez lui faire mal hein ? Vous allez lui faire payer ? »

Réléna ne répondit pas immédiatement, elle ferma les yeux et s'éloigna.

- « Tu trouves qu'il n'y a pas assez de violence à l'extérieur ? Tu voudrais qu'on aille nous aussi en rajouter, Lizbeth ? »

Dorothy se pencha à l'oreille de Duo avec un sourire.

- « Elle a dit ça à la mauvaise personne la petite…

- Tu m'étonnes… Ca fait combien de temps qu'elle n'avait pas eu l'occasion de faire son speach notre gérante ?

- Hm… Au moins un bon mois… »

Duo ne retint pas son sourire.

- « Tu crois que ça lui a manqué ?

- C'est indéniable… »

Réléna pendant ce temps était retournée s'asseoir.

- « Pour ma part je trouve qu'il y a suffisamment de violence sur cette île sans avoir envie d'y participer à mon tour. Je vois trop de gens mourir et souffrir pour penser qu'il y a sûrement d'autres façons de résoudre nos problèmes. »

Elle fixa sans ciller la jeune fille.

- Alors non Lizbeth, je ne vais pas lui faire mal. Je ne lui ferai rien payer par la violence. Tu peux si tu veux te venger à ta façon, t'y impliquer toi-même ou engager des gens pour le faire. Mais si tu préfères régler ça de cette façon, je vais peut-être croire que tu préfères la force et la violence. Je me demanderais alors peut-être ce que tu fais dans ma maison close alors qu'il y en a à la volée qui fonctionnent par la force. Tu ne crois pas ? »

La jeune fille déglutit difficilement.

- « Uh… Non, bien sûr que je ne préfère pas ce genre de maison close… Bien sûr… Si on peut régler ça sans violence, ça me conviendra tout autant. »

Réléna se mit à sourire et se leva.

- « Je suis heureuse de t'entendre dire ça. »

Elle regarda les autres prostitués avec un sourire.

- « Car, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais j'ai une aversion toute particulière pour la violence. »

La majeure partie des personnes présentes dans la pièce répondit à son sourire. Dorothy également, à ceci près que son sourire à elle était clairement cynique.

- « Regarde-moi ça… Il y en a plus des trois quarts qui se sont fait avoir par son sourire d'ange… Ca me fait presque de la peine pour eux…

- Tu sais ce qui est le plus affolant ? C'est qu'il n'y a aucune mauvaise intention derrière son sourire… Ils se font tous manipuler par une nana qui déborde de gentillesse et de bonne volonté. C'est quand même pas banal…

- Et tu connais pas le pire ? On est au moins autant manipulé qu'eux. »

Duo fronça un peu les sourcils.

- « Ah non… On l'est un peu moins quand même. Nous on sait alors on l'est forcément moins.

- Ca c'est ce qu'elle voudrait nous laisser croire… Mais si tu y réfléchis bien, tu verras que même si on sait, ça ne change rien à son emprise sur nous. »

Le châtain resta silencieux un moment.

- « Et tu as trouvé une solution à ça ?

- La lancer dans la politique, dans le droit, ou dans la mer, enchaînée à une ancre.

- Ah c'est pas mal… Sauf que dans tous les cas je me retrouverais seul avec toi, et même si j'ai fais pas mal de conneries, j'ai pas mérité une telle punition. »

Elle sourit de plus belle.

- « Ne t'inquiète pas pour ça. J'ai une dose de curare en réserve pour toi. J'abrègerai tes souffrances.

- Trop aimable… »

Réléna repoussa sa chaise.

- « Bien, je crois que tout est réglé. Dorothy tu viendras avec moi, vas te préparer. Duo, suis-moi. »

Elle sortit de la pièce, suivie par les deux prostitués. Avant d'entrer dans sa chambre, Dorothy lança à Duo un regard sarcastique.

- « Tu vois bien qu'on l'est autant qu'eux.

- Non. Nous c'est pire, on l'est en toute connaissance de cause.

- De quoi est-ce que vous parlez ? »

La gérante les regardait avec un sourire interrogatif. Dorothy lui répondit avec son habituel sourire cynique.

- « Rien, rien… »

Elle referma la porte de sa chambre. Réléna regarda Duo, un brin surprise… Ou faisant semblant de l'être, d'ailleurs… Puis elle se remit à marcher. Duo la suivit sans poser de questions jusqu'à la chambre de la jeune femme. La pièce était de très loin la plus spacieuse, pourtant quand elle offrait sa compagnie, elle ne recevait jamais ses clients dans cette pièce. Et à bien y réfléchir c'était par certains aspects compréhensibles, la pièce dégageait une certaine atmosphère qui ne plaisait pas à beaucoup d'hommes. Peut-être était-ce dû à la moquette rose fuchsia. Ou alors au papier peint rose bonbon. Ou peut-être aux diverses petites lampes à huile qui diffusaient une lumière rose à cause des morceaux de tissus dont on les avait entouré. Ou bien encore au grand lit à baldaquin dont tombait des voiles de divers teintes de roses. Ou peut-être même les draps roses pastels qui recouvraient le lit. Il y avait aussi… Non… Ce ne devait pas être à cause de la salle de bain entièrement faite en marbre rose.

Bref, pour une raison obscure, la jeune femme avait décidé de recevoir ses clients dans une autre pièce.

Une fois qu'ils furent entrés, elle referma la porte et soupira bruyamment.

- « Aaah… C'est épuisant. Tout les trois mois, c'est la même chose… Pas la même histoire heureusement, mais les mêmes problèmes… A croire que ces filles n'ont pas de tête. »

Elle commença à déboutonner sa robe le plus naturellement du monde.

- « Heureusement que je n'ai pas ce genre de problème avec Dorothy et toi. Encore que, je suis mauvaise langue, les autres garçons non plus ne m'ont jamais posés de problèmes. Mais les filles… »

Elle soupira une deuxième fois et retira le haut de sa robe, laissant apparaître un soutien-gorge violet en dentelle, avec des fleures brodées dessus… Roses, évidemment.

- « Ca ne se finit pas toujours comme ça heureusement. Mais à chaque fois, elles font les étonnés, elles se mettent à pleurer et elles décident de se venger. Tu sais, la dernière je n'ai pas réussi à lui faire entendre raison. Elle avait déjà sorti son couteau et tout une artillerie inimaginable. Je l'ai mise aussitôt à la porte. Tu sais que je ne plaisante pas avec ces choses-là. »

Duo la regarda avec un petit sourire tandis qu'elle passait derrière un paravent pour retirer complètement sa robe.

- « Et alors ? Tu sais où il est ?

- Dans le quartier Sud.

- Quoi ? Mais c'est un des quartiers les plus dangereux de la ville ! Vous n'allez quand même pas y aller ? »

Réléna ne répondit pas. La bouche pleine d'épingles à cheveux, elle donna un dernier coup de brosse à sa chevelure avant de se faire un chignon. Duo attendit qu'elle ait fini, toujours surpris de la perfection avec laquelle elle réalisait ses coiffure. En quelques minutes, elle avait un chignon parfaitement serré, semblant fait d'une multitude de mèches de cheveux entrecroisées.

- « Il le faudra pourtant bien. Tu peux me passe une de mes robes, s'il te plait ? »

Il alla jusqu'à l'armoire qu'elle lui désignait. Il l'ouvrit, ne se formalisant pas sur l'intérieur revêtu d'un fin velours rose ni sur l'amas impressionnant de vêtements étant donné qu'il en avait d'habitude autant.

- « Laquelle ? »

Elle se mit sur la pointe des pieds pour regarder sa garde-robe et réfléchit un moment en fronçant les sourcils.

- « La blanche qui est très longue et sans décolleté. »

Duo chercha un moment puis la sortit et lui tendit.

- « C'est dangereux, Réléna.

- Je ne peux pas courir le risque que ça retombe sur mon établissement. Tiens, passe moi aussi des collants. »

Duo soupira et se retourna vers l'armoire.

- « Ils sont où ?

- Dans la boite rose.

- Hm… Sois un peu plus précise s'il te plait. Tu as au moins une demi-douzaine de boites roses…

- La rose claire.

- Uh… Réléna… »

Elle sortit de derrière le paravent et alla prendre une boite dans l'armoire.

- « Excuse-moi, je n'y pensais plus… »

Elle attrapa une des boites.

- « Tu peux me fermer ma robe ? »

Il s'exécuta tandis qu'elle cherchait des collant qui conviendraient dans sa boite. Une fois qu'il eut fini, elle s'assit sur le lit et remonta sa robe jusqu'aux cuisses pour enfiler ses collants.

- « Prends aussi mes bottines noires dans l'armoire.

- Oui votre altesse… »

Elle lui lança un regard faussement outré et se dirigea vers la salle de bain. On frappa à la porte à ce moment, Duo alla ouvrir.

- « Elle est prête ?

- Pas tout à fait. »

Dorothy entra dans la pièce en soupirant d'exaspération. Le châtain en profita pour détailler longuement sa tenue. Elle portait un long manteau noir et à chacun de ses pas, on pouvait apercevoir le revers en satin rouge. Deux longues bottes aux talons aiguilles disparaissaient sous une robe noire relativement sobre par rapport à ses robes habituelles puisqu'elle n'était fendue que sur un côté. Son maquillage aussi était léger, mis à part ses lèvres d'un rouge vif.

Réléna sortit de la salle de bain, maquillée tout aussi légèrement. Elle alla prendre un manteau en daim dans son armoire et l'enfila. Elle alla se placer à côté de Dorothy.

- « Alors Duo ? Qu'est-ce que tu en dis ? »

Le jeune homme soupira et les regarda, mains sur les hanches.

- « Très belles. Pas aguicheuses, c'est assez surprenant quand on connaît Dorothy… Pas sobres pour autant. Pleines de sensualité. Vous avez de l'allure. Vous avez l'air décidées aussi. Vous en imposez clairement les filles. »

Les deux jeunes femmes sourirent, satisfaites. Le regard du châtain devint un peu plus sombre.

- « Non sincèrement, vous êtes parfaites pour vous faire égorger dans une des ruelles du quartier Sud. »

Dorothy lui sourit d'un air méprisant.

- « Pourquoi crois-tu qu'on va se faire égorger ? »

Duo lui répondit du tac au tac.

- « Parce que vous êtes deux femmes seules qui partez vous promener dans le quartier Sud.

- Oooh, il faudrait qu'on ait un mâle pour nous protéger c'est ça ? »

Duo roula des yeux d'un air agacé.

- « Je regrette, c'est statistique. Même si deux mecs courent un certain nombre de risques à aller se promener là-bas, ils en courent toujours moins que deux filles.

- Et pourquoi cela ?

- Parce que c'est comme ça. Je ne suis pas macho et vous êtes bien placées pour le savoir, mais même si vous en imposez, là-bas, vos deux chromosomes X vous colleront l'étiquette « sans défense ». »

Réléna se mit à rire.

- « Mais on compte justement là-dessus Duo. Qu'ils nous croient… »

Elle sortit de sa poche un objet entièrement en bois dont seules les deux bornes à l'extrémité étaient en métal, et abaissa un petit loquet en bois. Un fin courant électrique passa entre les deux bornes métalliques en un bourdonnement.

- « … Sans défense. »

Duo la regarda, abasourdit, et se tourna vers Dorothy qui lui fit un clin d'œil en tapotant une de ses poches d'où sortait une crosse de revolver. Duo passa sa main sur son visage en soupirant.

- « Vous n'allez quand même pas vous en servir ?

- Il est hors de question qu'on en fasse usage. Mais je connais le genre de types qui vivent là-bas Duo, ça suffira à les remettre à leur place s'ils tentent quelque chose. On va en imposer par tous les moyens possibles, et vu le quartier, ça sera bien assez suffisant pour qu'on s'en sorte sans problème.

- Vous êtes complètement folles… »

Il soupira et s'assit sur le lit.

- Pourquoi tu fais ça Réléna ? Tu pourrais sans problème étouffer l'affaire. Ou même mettre Lizbeth dehors, elle n'est pas irremplaçable. Pourquoi tu vas te risquer dans le quartier Sud ? Tu dis que tu ne bouges pas quand elles donnent leurs florins de leur propre chef, mais ce n'est pas plutôt parce que tu as pitié d'elles quand elle se fond voler ? Surtout que lorsqu'il y a eu vol, tu es sûre d'avoir assez d'impact pour pouvoir ramener l'argent… Pourquoi tu fais ça pour elles ? »

Réléna s'arrêta de sourire.

- « C'est une question sérieuse ?

- Oui. »

Elle s'approcha de Duo et prit son visage entre ses mains.

- « Bien sûr que j'ai pitié d'elles Duo, parce qu'un vol ce n'est pas juste. Que ces têtes de linottes n'aient pas encore compris que lorsqu'une prostituée donne de l'argent à son amant, il y a peu de chance qu'elle le récupère un jour, c'est leur problème. Ce n'est que par leurs propres expériences et leurs propres déceptions qu'elles comprendront que donner ses florins n'est pas une preuve d'amour, et encore moins quand on fait un travail comme le leur. Mais qu'elles se fassent voler par un homme alors qu'elles n'avaient pas l'intention de lui donner de l'argent ça non, je ne le conçois pas. La vie est suffisamment dure pour elles sans qu'en plus, on leur fasse ça. »

Elle soupira.

- « Et tu as raison. J'agis aussi parce que dans ces cas-là, je suis pratiquement certaine de réussir à faire suffisamment peur au voleur pour qu'il me rendre l'argent mais… »

Son visage sembla soudain peiné.

- « Duo… Nos vivons dans un monde complètement pourri… Alors si j'ai une occasion de le rendre un peu plus vivable autour de moi, je ne tiens pas à la manquer. Les bonnes intentions sont déjà trop rares dans ce monde sans que j'en rajoute à mon tour. »

Elle lui fit un petit sourire.

- « Tu es satisfait ?

- Hm… Je crois que oui. »

Il finit par répondre à son sourire.

- « Allez, filez faire votre bonne action ! Mais faites attention à vous quand même. »

La gérante lui fit un clin d'œil. Elle se pencha vers lui et déposa un baiser sur son front.

- « Ne t'en fais pas. Je compte sur toi pour me garder la maison en attendant.

- Il n'y a pas de problème. »

Il se laissa tomber en arrière sur le lit tandis que les deux jeunes femmes s'apprêtaient à sortir.

- « Hm… Réléna ? »

Elle se retourna.

- « Oui ?

- Tu ferais aussi ça pour des personnes que tu ne connais pas vraiment ? Et avec qui tu ne t'entends pas très bien non plus ?

- Bien sûr. »

Le châtain mordit l'ongle de son pouce, songeur.

- « Même si c'est dangereux ?

- Vu le monde où nous nous trouvons, je ne sais pas si ça vaut le coup de continuer à vivre si c'est pour devenir aussi pourri que lui. On n'a déjà pas souvent l'occasion de faire des choses bien, alors si on hésite le moment venu… »

Duo soupira.

- « Tu dois avoir raison… »

Elles lui dirent une dernière fois au revoir et sortirent de la pièce. Duo fixa longuement les voiles qui se croisaient au-dessus du lit à baldaquin.

Bon… Il allait devoir trouver un super cadeau à mamie Tissnissa pour qu'elle lui pardonne ce qu'il allait faire.


Deux jours plus tard…

Le châtain se retourna une dernière fois vers l'immeuble d'où il sortait, puis il remonta bien son col pour garder la chaleur. Il sortit de la ruelle et prit le chemin du retour vers la maison close.

Il allait avoir besoin de temps pour tout mettre en place, mais si la police ne se bougeait pas, alors personne n'irait sauver les cinq disparus. Cela faisait bien trois jours qu'il menait sa propre enquête auprès des habitants, de la police, de Treize… Pour finir chez les quelques gens louches qu'il connaissait un peu. Tout ça pour retrouver ces cinq gens qu'il n'aimait même pas vraiment. Enfin, si on exceptait Quatre.

… Bon, d'accord, il ne détestait pas réellement Wu Fei… Et Trowa non plus… Par contre la petite princesse et son ex-fiancés, ils devraient se prosterner à ses pieds une fois qu'il leur aurait sauvé la peau. Il se sentit pousser une montée d'autoritarisme à cette idée. Et un peu de sadisme aussi… Il sourit sarcastiquement.

Ouais. En attendant, il fallait déjà qu'il arrive à les sauver du trou à rats où ils étaient retenus. A chercher le diable, on finissait forcément par se trouver face au pire.

Et être retenu par LE groupe de vampires extrémistes du coin relevait tout de même de l'exploit.

Quelle bande d'idiots…

La police se foutait bien des informations d'un prostitué qui avait trouvé ses sources chez les malfrats du coin, il ne lui restait donc plus qu'à tenter l'impossible tout seul.

Duo accéléra le pas, inquiet et énervé de l'être. Il était vraiment trop bête des fois à vouloir aider tout le monde, même ceux qui ne le méritaient vraiment pas.

Parce que si le couple Tissnissa lui avait appris où il fallait se rendre, il avait encore hésité en se souvenant des paroles de la vieille femme. Puis il avait été demander plus d'infos au sujet de disparitions, par acquis de conscience… A un ancien cambrioleur aujourd'hui recyclé dans le trafic d'herbes médicinales et autres drogues chez qui il se rendait régulièrement il y a quelques années. Ce type là connaissait tout sur les Hieminsuliens. Et lui savait que toute disparition de plus d'une semaine, surtout si les gens étaient probablement coincés chez des vampires, ça équivalait à une mort certaine.

Et rien qu'imaginer Quatre décédé le rendait malade.

Alors ignorer qu'il y avait peut-être déjà cinq morts lui était impossible.

Tsukusu…



Le mot de la fin : Oui, on sait, on sait, on le publie après plus de deux mois d'attente…

¤ A&B qui s'inclinent ¤ Excusez-nous, mais ce n'était pas la meilleur période pour taper, à Noël c'était « les fêtes avant tout ! » et puis Anya avait des examens. Et puis on n'arrivait pas à se mettre d'accord vite sur l'ensemble, la distance n'arrange pas les choses… Mais comme du coup on avait aboutit à 54 pages pour le chapitre 9, on a été obligé de couper en deux et le chapitre 10 arrive d'ici à deux semaines (et oui, on a encore quelques trucs à régler !).

En espérant que ce chapitre vous ait plu, à bientôt :)

A&B