Washington, 1er juillet 2011

Ma très chère Hannah,

Je vous écris cette lettre aujourd'hui, car me préparant calmement à supporter Booth dans une étape difficile de sa vie, je ressens le besoin irrationnel de vous parler. Après votre rupture avec lui, il y a eu plusieurs choses que j'ai voulues vous dire, mais comme nous ne nous sommes pas revues depuis, j'ai dû les garder pour moi. Je sens que cette lettre, aussi inutile, déraisonnable et incohérente avec toutes mes convictions soit-elle, pourra me procurer la paix d'esprit que je recherche depuis que j'ai appris votre nouvelle la semaine dernière.

Lorsque Booth m'a parlé de vous la semaine dernière, la première réaction que j'aie eue en avait été une de colère. Comment osiez-vous lui faire cela après toute la souffrance que vous lui aviez fait subir avec votre refus en février? Quand vous aviez emménagé avec lui l'an dernier, je vous avais averti qu'il se donnerait à vous corps et âme et vous m'aviez assuré que ces sentiments étaient partagés. Pourtant, quelques mois plus tard, alors qu'il vous offrait le plus important des engagements de sa vie, alors qu'il vous offrait de partager son quotidien jusqu'à sa mort, qu'il offrait de vivre avec vous tout ce qu'il avait toujours voulu, vous lui avez brisé le cœur.

Pendant des semaines après votre départ, il n'était que l'ombre de lui-même, en colère contre l'humanité. Il passait ses soirées à boire amèrement et à éviter tous contacts avec les autres. Je me sentais privilégiée d'être une des celles qu'il gardait toujours dans son cercle d'amis, mais j'avais parfois l'impression que c'était contre moi qu'il était le plus acerbe. Le temps et quelques regrettables incidents ont changé les choses, mais je ressens parfois en partageant mon quotidien avec lui que votre refus a laissé une cicatrice profonde que le temps seul arrivera à guérir.

Quand il m'a annoncé la nouvelle la semaine dernière, je n'arrivais pas à croire que vous lui causiez d'autres souffrances. Il commençait à bien se sentir à nouveau, l'étincelle dans son regard était revenue depuis quelques temps et je le voyais recommencer à sourire et à être le Booth que je connais depuis si longtemps.

Une fois ma colère apaisée, j'ai ressenti un soulagement. Soulagement de savoir qu'il n'était plus attaché à vous comme il l'était il y a à peine six mois. Il y a six mois, une telle nouvelle l'aurait tué; aujourd'hui, elle ne fait que l'attrister. Je suis soulagée parce que lorsqu'il est entré chez moi la semaine dernière, s'est offert une bière dans mon réfrigérateur et s'est affalé sur mon canapé, il s'est confié à moi. Sa voix était rauque et la tristesse évidente qui se trouvait dans son regard semblait être apaisée par ma présence. Je voyais en lui le même soulagement que je vis présentement, soulagement de savoir que la vie qu'il est en train de bâtir avec moi ne serait que brièvement affectée par votre départ.

Vous me croyez peut-être dure avec vous. Dans des moments comme ceux-là, nous devrions normalement éprouver de la compassion pour votre situation et reconnaître les qualités que vous avez plutôt que de vous blâmer pour le mal que vous causez autour de vous. Je sais que votre situation n'est pas volontaire, mais je ne peux m'empêcher de vous en vouloir un peu de nous y inclure.

Le soulagement que je vis aujourd'hui, je le vis parce que je sais qu'une vie meilleure nous attend, lui et moi. Je ne sais pas s'il est coutume d'annoncer ces choses dans ces situations, mais je ressens le besoin de partager avec vous une nouvelle secrète dont seuls Booth et moi sommes au courant. Depuis quelques semaines, nous sommes entrés lui et moi dans une relation monogame, romantique et sexuelle à long terme. Nous avons finalement partagé les sentiments d'amour que nous ressentons l'un pour l'autre et nous avons cédé à la tentation de satisfaire nos besoins plus charnels. Aujourd'hui, deux mois après le début de notre relation, je suis enceinte. Dans sept mois, Booth et moi allons être parents et je dois avouer que sans vous, je ne suis pas certaine que notre bonheur aurait pu être possible.

Loin de moi, ici, l'idée de vous remettre sous le nez le fait que vous ayez refusé la vie que nous nous bâtissons Booth et moi. Je souhaite simplement partager le bonheur que je ressens avec une amie que je ne reverrai plus jamais.

Je sens le besoin aujourd'hui de vous remercier. Vous remercier d'avoir été une bonne amie à mon retour des îles Moluques en septembre dernier. Vous remercier de m'avoir accepté telle que j'étais, sans tenter de me changer et sans espérer que je sois plus habile socialement. Vous remercier de ne pas avoir été jalouse de notre relation entre Booth et moi, je ne peux pas dire que le contraire soit complètement vrai par contre. Vous remercier d'avoir accepté le fait que j'avais des sentiments pour Booth sans les condamner, les juger ou les ridiculiser. Mais le plus important : je dois vous remercier de m'avoir ouvert les yeux sur ma relation avec Booth et sur la façon dont je vivais ma vie.

Pour la première fois, aujourd'hui, je peux avouer à haute voix que je suis heureuse. Je suis sur le point de former une famille avec l'homme que j'aime et c'est un peu grâce à vous que je peux vivre ces instants de bonheur. La simple idée de ne jamais pouvoir vous remercier en personne m'attriste énormément.

La semaine dernière, lorsque Booth est venu chez moi, la mine basse et le cœur gros m'annoncer votre décès dans une explosion en Afghanistan, je dois avouer avoir d'abord été en colère, puis soulagée, puis attristée. Vous avez toujours été une très bonne amie pour moi et il me peine de savoir que plus jamais, je ne pourrai partager de verres avec vous. J'aurais aimé boire un dernier verre de boisson forte à la vôtre ce soir, mais comme ce serait extrêmement imprudent dans ma condition actuelle, je devrai me contenter d'un jus de fruits.

Si Booth était là, il vous souhaiterait que votre âme soit entre les mains de Dieu, mais je ne suis pas une personne religieuse. Même si l'idée que vous viviez en paix dans un endroit paradisiaque est rassurante, je doute fort que ce soit possible. Mais simplement au cas où Booth ait raison, je vous souhaite que vous soyez heureuse dans l'autre monde. Qui sait, peut-être nous nous y retrouverons un jour. Entre-temps, je vous promets de m'occuper de Booth comme la personne la plus précieuse au monde. C'est ce qu'il est pour moi.

Votre amie pour toujours,

Tempérance.


NA : Prochainement, le dernier chapitre de cette fanfiction. Une idée de T'Pau.