Hey, alors si vous vous demandez : à quoi on ressemble quand on s'est fait opérer des dents de sagesse, la réponse est... Un hamster ! (non ce n'est pas un légende urbaine). Si jamais pour la comparaison, je dirais Ao d'Akatsuki no Yona ^.^Mais bon je tiens mes temps, hein ? :D comme promis :p

Réponses aux reviews :

Fuwa-chaan: donc voilà la suite tant attendue ! héhé oui mais chut sur ce qu'elle cherche ! et chut pour le spoil même si la réponse est dans ce chapitre !

Baka-NH: moi aussi je t'aime déjà, je suis contente que tu sois revenue ^.^! moi, cruelle? merci pour les compliments, tout de même ! :D et le voilà ton chap, OK ! ;p

Nekoko3 -même si elle n'a pas laissé de review ;) - : tu vois je t'ai dit, ne mets pas tes théories dans les reviews : tu as de bonnes intuitions littéraires ! :p

Donc, pour ce chap, je conseille : reluctant heroes slow cover, SnK. Voilà, je vous souhaite une bonne lecture, et merci pour ceux qui lisent : on a passé le millier de vues ! :D


Chapitre 9 : Remords

Eren trébuche, se rattrape au dernier moment. Il ne veut pas s'arrêter, pas faire demi-tour, il risque de faire du mal à ceux auxquels il tient. Il l'a déjà fait, et ça, il ne peut pas se le pardonner. Non, plus jamais. Tout cela est de sa faute. Il doit disparaître comme le lui a proposé Erwin. Pas pour sa sécurité, mais pour celle de ses camarades. Il voit déjà Armin à ses pieds, le doigt tendu dans sa direction, cette flaque rouge qui vient tacher ses pieds. Oui, il le sait : tout est de sa faute. Il voit aussi Mikasa, pas très loin de son autre ami, la tête penchée sur le côté, la bouche ouverte en un rictus de souffrance. Ce filet de sang le long de son menton semble le culpabiliser un peu plus. Et ses yeux vitreux, posés sur lui ! Et les autres, Jean, Ymir, Christa, Conny et Sasha. Morts. De l'autre côté, son escouade. Tout est comme dans son cauchemar, sauf que cela va bientôt se réaliser.

Non, il ne le tolérera pas. C'est pour ça qu'il va se rendre, tant pis, il ne veut pas que du mal soit fait. Annie a peut-être réussi ce qu'elle voulait qu'il fasse, il le sait, mais il ne veut pas que tous meurent pas sa faute. Ses parents se sont déjà fait assassinés devant ses yeux pour le protéger, cela suffit. Ses nerfs ont déjà été mis à rude épreuve et il ne le supporte plus. Il faut qu'il voit la vérité : il n'est pas à la hauteur, il ne le sera jamais. Il n'est pas aussi fort qu'il s'en est cru au début. Il ne fait pas le poids face à Annie. Il reste cette victime dans son coin à attendre qu'on le sauve. Il ne peut pas protéger ceux à qui il tient. Alors, se rendre est le meilleur moyen. Elle fera de lui ce qu'elle voudra. Elle le tuera si elle le veut, tant qu'elle laisse les autres tranquilles.

Le caporal court alors à sa suite, accompagné de Petra tandis que Gunther et Auruo restent pour attendre l'ambulance. Ils ne vont pas laisser le jeune homme tout seul, ne pas le laisser faire de conneries vu son état. Ce n'est vraiment pas bon, il prend tout sur lui comme le voulait cette salope manipulatrice ! Le supérieur accélère un peu plus, semant Petra, pour rattraper son subordonné. Sa main effleure d'abord son poignet. Ce dernier accélère un peu plus et sans un regard derrière lui jette :

— Foutez-moi la paix, cassez-vous ! Sauvez-vous ! Si vous restez vous mourrez. Tout ça est de ma faute. Laissez-moi, s'il vous plait ! Si je me rends il n'y aura plus de morts.

Mais Livaï ne va pas s'en tenir là. Il n'est pas question de le laisser seul dans sa merde. Lui aussi l'a été dans sa jeunesse et on lui a tendu la main. Il est temps de le faire avec Eren. Encore une fois. Pff sérieusement est-ce que ce gosse ne fait que lui causer des soucis ? Il se le demande vraiment, parce qu'il en a l'impression. Entre ses crises de panique, ses ennemis et là. Non mais sérieux qu'est-ce qui lui a pris de le prendre sous son aile ?! Mais est-ce qu'il va l'abandonner maintenant juste parce que la folle est revenue et a décidé de tuer tout ceux à qui il tenait ? Pas question. Ce n'est pas dans son genre. Il ne tend pas souvent la main, mais quand il le fait, il ne la retire plus. Il est comme ça et ça ne va pas changer juste maintenant. Simplement parce que sa pauvre vie est en jeu. Il est capable de se défendre.

Sa main attrape fermement le poignet du gamin et tandis que celui-ci tente de s'en défaire, il se bloque sur ses pieds et force le brun à s'arrêter. Il le fait tourner sur lui-même pour qu'il les voit. Pour qu'il voit qu'ils ne sont pas partis, qu'eux n'ont pas peur de mourir s'il le faut. Oui ils seront là jusqu'au bout. Jusqu'à la mort ou l'emprisonnement d'Annie. Car ils ne vont pas mourir de sa main, mais bien de vieillesse après une vie bien chargée. Ils ne vont pas prendre peur juste comme cela. Ils sont désormais sur leurs gardes. Le caporal plonge ses yeux gris et froids dans ceux verts et baignés de larmes du gamin. Il raffermit sa prise sur le poignet qui tente de s'échapper.

— Ressaisis-toi, gamin ! ordonne le caporal. Ressaisis-toi, tu ne dois pas faire ce qu'elle attend de toi. Tu ne dois pas céder à la panique, OK ! Tu ne dois pas te refermer sur toi-même : on est toujours là et on ne t'abandonnera pas, quoique tu en dises, ok espèce d'abruti ? On ne va pas t'autoriser à pleurer sur toi-même et te morfondre que la vie est vraiment trop injuste, que tout est de ta faute alors que ce n'est pas vrai. Tu n'es pas maudit comme tu peux le penser en abruti, tu t'es juste collé une psychopathe sur le dos et qui veut ta mort et sa vengeance. Maintenant c'est à toi de faire face et de lui montrer que tu es bien plus fort que cela, que ça ne va pas te tuer.

Le brun en face de lui commence à pleurer, son nez coule et cela est vraiment dégoutant. Mais le noiraud tient bon. L'autre baisse la tête et bafouille des paroles incompréhensibles. De ce qu'entend le supérieur, c'est un « tout est de ma faute si les enfants sont orphelins. Je ne vais plus pouvoir retourner chez lui. »

— Tu te sens coupable, hein, parce que tu as brisé une famille ? Déjà ce n'est pas de ta faute et ensuite, tu n'auras qu'à aller les voir et t'excuser, leur dire que tu es là, que l'assassin sera arrêté. C'est ton rôle et ne l'oublie pas.

— Eren, rajoute Petra comme elle les a rejoint, tu es fort et déterminé. Alors mène l'enquête, retrouve celui qui l'aide et fous-les en prison. C'est la meilleure arme que tu as. C'est comme ça que tu as été sélectionné, tu te souviens !?

Elle ouvre les bras et laisse le jeune homme s'y précipiter. Il enfouit sa tête sur son épaule, ses épaules se soulèvent et s'abaissent en rythme avec ses sanglots plus ou moins silencieux. Le caporal reste légèrement en retrait. Les câlins, ce n'est décidément pas son truc. Alors avec des larmes et de la morve pour avoir les habits dégelasses, non merci. Il préfère rester en arrière, les bras croisés. Il attend que le jeune homme se calme et il croise le regard de la rousse et hoche la tête. Oui il est prêt à être mis au courant. C'est le moment idéal.

— Eren, commence-t-il. On doit te dire quelque chose à propos d'Annie, avec Petra. Pour que tu puisses renverser la situation dans le cas où tu te trouverais en face d'elle. Es-tu prêt à l'entendre ou pas ? Ça concerne aussi mon passé…

Le brun, sèche ses larmes de sa manche et se saisit du mouchoir que son supérieur lui tend. Il se mouche et se redresse. Oui il est prêt. Oui il est prêt à pouvoir mettre en pièce cette femme qui veut le détruire. Il se reprend lentement. Il veut pourvoir protéger ceux auxquels il tient. Il ne veut plus rester seul et une victime. Il veut se battre et avoir les armes pour.

Petra fait un signe de la tête à son supérieur. C'est à lui de le faire, pas à elle même si elle le connaît. Dans une soirée ils ont tour à tour expliqué leur passé. Bizarrement il n'y avait qu'elle qui était encore consciente pour s'en rappeler. Même le caporal était relativement bourré. Et puis, elle a suivi l'évolution de leur relation, l'épanouissement du supérieur et puis son effondrement total. Et ce bout de chou qui est finalement venu dans leur Brigade après des mois de lutte et qui les a tous éclairés. Qui a évité à Livaï de ressombrer dans l'alcool et la déprime.

— Allons prendre un café en attendant, ça va prendre un certain temps, autant se mettre un peu au confort. Petra, tu peux prévenir le groupe s'il-te-plait.

Elle hoche la tête. Tout de suite. Elle s'éloigne d'un pas pour prévenir les deux membres restants. Ils se dirigent ensuite vers une terrasse d'un café et s'installent. Ils commandent tous les trois une boisson. Café pour la rousse, capuccino pour Eren et thé pour le caporal. Une fois qu'ils sont bien installés, ce dernier commence. Son enfance difficile, enfant d'une fille de joie et les banlieues. Les égouts… Il passe tout cela rapidement pour ralentir à ses vingts ans.


~X~


Livaï était sur le terrain, armé. Pourquoi il était à la guerre avec tous sons affreux qui résonnaient dans se oreilles autour de lui ? Parce qu'il n'avait pas eu le choix. En fait, si, mais il venait des quartiers pauvres et celui qui l'avait récupéré lui avait dit de s'engager dans l'armée de terre. Et il l'avait fait. Est-ce qu'il avait fait une connerie ? Il l'ignorait toujours. Il était plutôt fort dans le tir, de distance ou de proximité c'était la même chose. Et le corps à corps, il assurait aussi. La furtivité n'était pas mal non plus. Une merveilleuse recrue donc pour eux, les forces armées. Cette recrue si prometteuse avait donc été mise avec une équipe direction l'Afghanistan. Ils avaient débarqué dans ce terrain aride et sec, ce pays dévasté par la guerre. Ce désert composé de nombreuses vallées et ce sable qui piquaient les yeux. Pas d'eau à vue d'oeil, la soif et la chaleur accablante.

Mais ce n'était pas le pire. Loin de là. Comme tous les enfants, même ceux des banlieues et aux conditions horribles, il s'était représenté la guerre comme un jeu vidéo. Un gros flingue dans les mains et semi-automatique. Rien à faire sinon que d'appuyer sur la gâchette et bouger légèrement sur soi-même. Attendre que la mort vienne cueillir les adversaires. Mais ce n'était pas ça.

Pour faire simple, la guerre en ce moment, telle qu'il la vivait, c'était un mélange de hurlements de douleur, d'ordre jetés à tout va. Tout cela dans le chaos le plus total des deux côtés, sous les tirs fournis des deux camps. Il y avait du sang aussi. Beaucoup. Tellement qu'il y avait des marres écarlates. Elles étaient ensuite absorbées par le sable qui devenait soudainement vermeil. Mais aussi sur soi, sur ses vêtements, son visage, ses mains. Le rouge s'incrustait sous les ongles et formait des croutes brunâtres inenlevables dont on ne savait plus si elles étaient siennes ou non.

Il y avait les larmes aussi et la transpiration qui collaient et qui tiraient la peau comme le sable s'y déposait. Et puis ce stress, cette tension constante et palpable jour après jour, heure après heure. Cette peur de mourir, de voir mourir ses camarades à ses côtés sans pouvoir rien faire de plus qu'appuyer sur la plaie en priant. Hurler leur nom quand ils sont touchés. Tout cela qui mettait les nerfs à dur épreuve, qui faisait que peu d'entre eux dormaient et qui accentuait encore plus la nervosité. Tout cela qui ferait qu'ils seraient majoritairement traumatisés.

Mais Livaï était coriace, l'un des meilleurs même : il n'avait jamais eu rien à perdre, jamais eu de bouée de secours loin de cet endroit pourri ou quelque part où pleurer. Il n'avait jamais réellement cru en un monde parfait de bisounours et merveilleux. Alors, quand il dégoupille sa grenade et la jette derrière lui par-dessus son épaule gauche, toujours caché derrière son camion, qu'il entend un peu assourdi, le bruit de l'explosion et les cris de douleur et d'horreur, il sait. Il sait qu'il ne rêve pas, que ce n'est pas son imagination, qu'il a réellement tué plus d'une vingtaine de personnes, des « méchants ». Il sait qu'il sera félicité pour cela alors qu'il ne les connaissait pas, ils avaient sans doute une famille, quelqu'un qui les attendra éternellement chez eux, peut-être une famille. Mais c'est ainsi. C'était la guerre et chacun tuait pour rester en vie.

Il fit signe à ses deux amis à ses côtés qui attendaient son signal, Isabel et Farlan. Go go go ! Le champ est libre, ils pouvaient avancer encore un peu pour rejoindre leur base dont ils avaient été séparés. Ils se positionnèrent sur le sol, rampant un peu pour avoir un meilleur champ de tir avec leurs semi-automatiques noirs, les calèrent, et tirèrent sur la masse encore vivante ou blessée. Du sang, encore, en grands giclements dans les airs, des cris de douleur, de terreur. Farlan était fatigué, tuer ne lui était pas agréable, il était également traumatisé, faisait des cauchemars toutes les nuits. Même la présence rassurante de sa compagne ne faisait rien. On le voyait sur son visage qu'il n'en pouvait plus. Il devait donc être ramené en métropole la semaine suivante. Lui, Livaï, l'élément prometteur mais aussi le plus têtu du groupe, le supportait. Il prenait sur lui. On lui avait aussi promis de meilleures conditions de vie après et un grade sans doute. Isabel, sa petite soeur adoptive, aux cheveux presque rouges, semblait impassible.

Comment ils s'étaient rencontrés pour former ce groupe assez insolite… Hum, cela leur paraissait si lointain avec tout ce sang écarlate sur leurs mains. Pourtant, cela ne faisait qu'un mois, à peine.

C'était dans le gros hélico qui les amenait sur le terrain. Les pales vrombissaient durement et ils n'entendaient rien, un casque placé sur les oreille pour entendre les ordres. Ils avaient été regroupés par équipe, un flingue à la main. Sa tête était penchée en avant comme c'était sa seconde mission. Et une jeune femme pétillante du nom d'Isabel était venue le voir. Simplement, sans complexe malgré le fait qu'il l'ait rejeté au début. Elle avait tenu bon et avait commencé à parler, fissurant son épaisse armure d'insensibilité. Elle lui avait demandé s'il avait peur il avait haussé un sourcil pour lui dire de partir. Mais elle avait persisté, encore, s'était assise à coté de lui, avait parlé et proposé de partager un bout de son repas tandis que Farlan le rejoignait aussi. Et le trio s'était formé. Ils étaient devenus inséparables, s'étaient sauvés plusieurs fois. Une belle histoire d'amitié malgré ce contexte sanglant. Il n'y avait pourtant jamais cru, le noiraud avait d'abord pensé que l'amitié était simplement pour les faibles, pour leur permettre de tenir. Mais non, il y avait trouvé du réconfort, du courage. De la chaleur qu'il n'avait jamais connu. Quelque chose d'agréable et qu'il ne voulait plus abandonner.

Livaï revint dans le présent, sur se sol chaud et ses vêtements humides de sueur, ses cheveux collés sur son front et repéra un homme armé qui arrivait et qui visait ses camarades. Il se plaça dans l'angle, cala son pistolet sous son menton, les deux bras placés correctement. Il approcha sa main de la gâchette. Il ferma un oeil et tira, repliant simplement l'index. Le tireur d'élite réussit : la balle transperça le front de l'homme de part en part. Et ce dernier s'écroula lourdement, un filet de sang derrière lui, ses membres semblèrent flotter puis suivirent le corps. Isabel se tourna vers le tireur et leva le pouce vers lui.

— Yeah, bravo, Aniki, joli tir comme d'hab' !

— Ouais, bravo Livaï ! Nice shot ! rajouta Farlan.

Il ne pouvait pas s'empêcher de sourire, ah ces idiots… Il leur fit signe de revenir vers le camion, repli. Ils devaient rejoindre les autres de leur escouade, un peu plus loin. pour revenir à la base et préparer certains soldats à retourner à la métropole. La mission sur ce territoire se finissait enfin. Ils grimpèrent dans le camion peint en camouflage et Farlan et Isabel s'installèrent à l'avant, tandis que le noiraud se mit à l'arrière. Il s'appuya sur son fusil, la main sur le canon et le menton au-dessus et ferma légèrement les paupières, somnolant doucement. Il était fatigué, la chaleur était intense et il n'avait toujours pas pris cette foutue habitude, le sable lui brulait les bronches et la soif commençait à se faire sentir. Sans parler de la luminosité trop forte qui l'éblouissait.

Il regarda distraitement entre les sièges la route. Ils voyaient les voitures du reste de son escouade. En les repérant, les voitures commencèrent à démarrer lentement.

— Voilà, Aniki, ils sont là. Coucou, on est là !

Le conducteur de l'autre camion fit alors de grands signes vers eux. Ah, lui aussi appréciait bien Isabel apparemment. Mais alors, tout tourna au désastre. La roue de ce camion se posa sur une mine anti-personnel. En plein sur la route comme leurs ennemis pensaient qu'ils passeraient là. Le camion explosa, une vague d'air chaud, des flammes. Le feu se propagea à celui qui le suivait. Des débris explosèrent et volèrent dans tous les sens. Leur véhicule fut alors propulsé en arrière par cette même vague. Il leur sembla reculer de plusieurs mètres, tandis qu'ils n'entendaient que du chaos et que la chaleur leur brûlait tout le corps. Le pare-brise vola en éclat sous la pression et la chaleur, les passagers à l'avant hurlèrent en mettant leurs mains devant leur visage tandis que le verre leur coupait les avant-bras. La tête de Livaï tapa brutalement dans la tôle derrière lui. Un éclaire de douleur blanc lui passa devant les yeux et lui fit perdre momentanément conscience.

Il se réveilla une minute plus tard. Le feu flambait en face de lui, il se releva difficilement en grognant. Il avait mal à la tête, celle-ci pulsait douloureusement et tout tournait autour de lui. Il se tâta le crâne et sentit que le derrière de ce dernier était humide, ses cheveux étaient collés par le sang. Le reste de son corps était indemne et il pouvait marcher. Puis il se souvint de ce qu'il s'était passé. Il agit avec précipitation : il s'agrippa aux sièges devant lui et se tira vers eux. Il manqua de tomber de nouveau.

— Isabel ! Farlan, répondez-moi ! Vous allez bien ? Dites-moi que vous n'êtes pas blessés !

Farlan était couché en avant, sur le volant. Sa tête avait heurté violemment le devant du tableau de bord. Le sang tachait ce dernier et le crâne semblait être fendu en deux. Sa poitrine avait été également enfoncée sous le choc, l'airbag ne s'était pas libéré. Oh mon dieu. C'était vraiment écoeurant, un carnage. Et ses yeux opaques et livides, horrible. Il hurla un peu plus son prénom en le secouant par l'épaule puis se résolut. Il n'y avait rien à faire pour lui. Il regarda alors Isabel, elle peut-être avait une chance. Sa tête reposait sur le côté mais ses paupières étaient encore légèrement frémissantes. Il saisit précipitamment sa main et tâta son pouls. Il était là, faible mais régulier ! Elle était vivante. Il se pressa vers elle, lui secouant doucement l'épaule et lui disant de se réveiller.

— A… niki… je suis… vivante ? Et Farlan ? est-ce… qu'il vit ?…

— Tout va bien, Isabel, tu es en vie ! Tout va bien, OK, on va survire. Tu es vivante, moi aussi ! Farlan… est mort… sur le coup, je suis désolée. Il n'a pas souffert, je te le promets.

Une larme coula le long de la joue de sa petite soeur. Il s'appuya sur les sièges et décrocha la ceinture, ainsi elle pouvait respirer correctement. Son meilleur ami était mort, il le pleurerait plus tard : il devait sauver sa petite soeur, il en avait maintenant la responsabilité ! Il devait la ramener au Q.G, leur dire de la soigner rapidement et de la ramener d'urgence en métropole. Il repérait déjà les blessures qu'elle comportait. Il se pressa alors pour sortir du véhicule et se placer à ses côtés.

Tout à coup, alors qu'il venait de sauter du camion et plaçait son arme dans son dos tandis qu'il se rattrapait pour ne pas tomber, il entendit des voix. Des ordres dans une autre langue, qui hurlaient. Puis des coups de feu, et encore une explosion. Et soudain, les coups de feu furent proches. Trarararararararara ! Un semi-automatique comme ils en avaient. Isabel, oh mon dieu non, Isabel ! Elle était devant et ils vérifiaient si tout le monde était mort ! Il se jeta en avant pour courir vers elle. Les hommes s'étaient tournés vers les autres camions. Non, Isabel ! Il avait peut-être une chance qu'ils l'aient épargnée.

Il ouvrit la porte de la portière. Mais c'était trop tard. Sa bouche était ouverte, sa tête pendait mollement sur le côté. Du sang tachait le fauteuil derrière elle, de nombreux trous dévoilaient la mousse à l'intérieur. Ses yeux verts étaient ouverts et un voile opaque les recouvrait. Non oh putain non.

— Isabel, Isabel ! Réponds-moi, s'il-te-plaît ! Isabel ! NOOOON !

Il agit avec frénésie et tenta de l'extraire du véhicule. Sa poitrine était trouée de balles et des points de sang les entouraient. Elle n'avait aucune chance. Non, non, non ! Sa voix se brisa de douleur et d'horreur. Non, pas elle ! Il tenta de lui faire un massage cardiaque sur le sol, avec désespoir. Rien, il lui fit du bouche-à-bouche mais impossible. Cela ne servait à rien !

Alors le désespoir le fit agir. Il reprit son arme, rempli de haine, et la fit passer devant lui. Ses yeux n'étaient plus qu'une fente de rage pure. Une ombre tombait sur ses yeux et une aura noire meurtrière l'enveloppait. Il héla les hommes, ces derniers se retournèrent vers lui prêts à le tuer. Mais il était plus rapide. Il appuya alors sur la gâchette les regardant en face. Il voulait les voir dans les yeux, voir l'horreur et le désespoir. Il voulait voir le sang qui giclait du corps de ces salauds de première ! Il voulait les réduire en miettes, ne laisser plus que de la cendre d'eux ! L'un d'eux s'était jeté au sol. Il s'avança alors vers lui. Il laissa son arme de côté et le saisit à la gorge par le col, le relevant à sa hauteur.

Il commença à lui donner de nombreux coups de poings et le laissa ensuite retomber. Il s'agenouilla pour prendre plus d'élan et recommença. Il sentit ses dents s'éclater sous ses phalanges, sa peau s'entailler et son sang couler, se mélangeant à celui qu'il martyrisait. Il continua, en hurlant. Le visage de l'homme commençait à ne plus ressembler à rien. Il était boursoufflé, violet et bleu. Vert aussi et jaune. Son nez était explosé, ses arcades sourcilières étaient en sang, il n'avait plus de dents. Pourtant le militaire ne s'arrêtait pas. Il lui enfila des coups de pieds, le projetant un peu plus loin. Tout cela était de leur faute. Il avait perdu à cause d'eux son meilleur ami, sa petite soeur, et le reste de son escouade. Il était le seul survivant.

Une larme coula le long de sa joue. Il lâcha l'homme et continua à lui donner de grands coups de pieds de rage et de désespoir. Il hurla une fois de plus à s'en arracher les cordes vocales et s'arrêta subitement. Il n'avait plus d'énergie, il ne savait pas s'il avait encore envie de vivre après tout cela ! Il avait tabassé l'autre à mort, transformé les autres en éponge mais cela ne le réconfortait pas.

Soudain une voiture de leur armée arriva. Il la reconnut aussitôt. Erwin descendit du camion, pistolet en mains et regarda froidement les restes des camions en flammes et les corps des ennemis en pièces et les cadavres de ses légions. Il repéra aussi les poings en sang de son sous-fifre tremblant.

— Tu es le seul survivant ?

Livaï se contenta d'hocher la tête. Il plaça alors le canon de son pistolet qu'il venait de sortir de sa botte contre son front. Il ne pouvait pas le faire avec un semi-automatique mais un Colt, sans problème. Il n'avait plus rien à perdre. Ce froid métallique lui faisait du bien sur sa tempe. Il n'avait qu'à appuyer sur la détente pour que tout s'arrêtât. Pour que le soulagement le prenne, qu'il ne ressente plus cette douleur psychique tellement puissante en lui. Il souffrait. Il avait envie d'arrêter de respirer, de lutter. Il n'avait plus de courage pour vivre sans ses amis. Il leva les yeux vers Erwin qui lui disait d'enlever cette arme de sa tempe. Il avait pété un câble, il l'avouait.

— N'approche pas, Erwin, ne fais pas un pas de plus ou je me fais sauter la cervelle. Tu sais que je peux le faire.

— Eh bien fais le, mais qu'est-ce que tu y gagnes, hein ? C'est totalement débile si tu le fais. Je te croyais plus fort que ça, Livaï. Tu as survécu à cette mine anti-personnel et à ces soldats. Tu crois que c'est le moment de te mettre une balle dans le tête, sérieusement !? Tu pense que tes camarades, Farlan et Isabel apprécieraient ? C'est vraiment pitoyable si tu le fais, et le respect que j'ai pour toi disparaîtrait. Alors arrête tes conneries et prends ma main. Pose ce putain de flingue, soldat, c'est un ordre.

Livaï regarda la main que le grand blond lui tendait. Elle était gercée, en mauvais état, sale. Des taches de sang étaient incrustées dans ses ongles à demi brisés, dans les rayures de la peau. Mais elle était amicale. Il sentait aussi les grands yeux bruns froids et autoritaires posés sur lui. C'était vrai, s'il se flinguait maintenant ce serait totalement risible, ridicule. Indigne d'un soldat tel que lui. Alors son bras tomba mollement et il s'effondra sur les genoux dans le sable tâché de sang. Ses épaules s'abaissèrent et se relevèrent brusquement, en hoquets silencieux. Il sanglotait comme un enfant et il regardait ses larmes tomber sur le sable et ses mains. Il avait perdu tout ce à quoi il tenait. Ses deux camarades, le peu qu'il avait. Il n'avait plus re repères, plus de bouée. Pourquoi ne pas mourir sur ce champ, passer pour un héros ?

— Livaï, ne t'en fais pas. On va les butter, tous ces connards. Et on rentrera en héros en France. On montera une unité d'élite là-bas, comme le GIGN. Alors, tout ce que je te demande c'est de te reconstruire un peu et de rentrer avec moi au pays. Tiens bon, lieutenant, je vais avoir besoin de toi.

Et Livaï se leva et le suivit. Il allait faire un carnage dans les rangs ennemis, lâcher toute sa haine contre eux. Il allait leur faire payer. Il raffermit sa prise sur son arme et laissa l'ombre sur ses yeux s'épaissir.


~X~


Deux ans s'étaient écoulés, ils étaient finalement rentrés en métropole, les mains couvertes de sang ennemi. Ils avaient vu beaucoup de leurs camarades mourir. S'étaient aussi liés avec une folle et psychopathe bigleuse du nom d'Hanji. Mais au final, ils étaient vivants. Bel et bien en vie. Livaï avait été gradé caporal par ses exploits, ainsi que ses deux nouveaux compagnons un peu étranges. On les respectait, les craignait même. On les admirait de loin, des interviews à la télé – bizarrement on ne voyait que de Livaï un visage bougon qui leur répondait « allez vous faire foutre » – pour leur demander les conditions de vie en Afghanistan. Ils avaient commencé à monter un semblant d'unité, avec l'accord du président.

Mais le noiraud ne retrouvait pas vraiment le sourire – s'il l'avait déjà eu auparavant. Après le travail au GIGN – oui parce qu'ils apprenaient comment gérer leur élite pour plus tard –, il allait au bar. Il buvait jusqu'à être soul et puis il rentrait chez lui. Il parlait dans son appartement désert, tout seul. Ou plutôt avec les spectres de ses deux amis décédés. Il lui semblait qu'ils étaient toujours là, que sa petite soeur parfois lui disait que l'oeuf était prêt, que s'il ne se dépêchait pas, l'eau allait déborder. Tandis que Farlan lui conseillait d'assaisonner tel plat avec tel épice. Quoiqu'il en soit, il avait perdu l'appétit, du poids même.

Il était encore là, à ce même bar, la même place avec toujours un martini bien tassé dans la main. Les glaçons refroidissaient cette dernière et de la buée se formait sur le verre transparent. Une jeune femme relativement grande – en tout cas plus que lui – rentra en souriant et en saluant les personnes. A demi dans les vapes, il se tourna vers la porte d'entrée. C'était la deuxième ou la troisième fois que cette blonde venait. Elle s'installait comme lui au comptoir et demandait un whisky. Au début, cela l'avait interloqué : une femme, prendre un whisky ? Puis il s'en foutait. Il n'avait pas envie de faire ami-ami avec quiconque.

— Vous vous appelez comment, monsieur ? Il me semble vous avoir vu à la télé, vous êtes acteur ? tenta-t-elle d'engager la conversation.

Ça y est, il en était sûr, elle était là pour le faire chier. Il se contenta de souffler lourdement et de lui lancer un regard noir. Normalement ça suffisait à faire fuir les gens. Mais pas là, elle sourit un peu plus. Il y avait quelque chose dans ses yeux bleus électrique qui lui rappelait un peu lui-même. Il ne savait quoi de dangereux, de mystérieux. Elle semblait plutôt athlétique et en forme. Une coucherie ce soir, une histoire sans lendemain ? non, pas trop pour lui… Il se contenta de boire son verre d'un coup, de reposer le verre sur le comptoir, de payer ses frais et de descendre de son siège. Il poussa la porte en saluant le bar-man et monta dans sa voiture. Il mit les clefs sur le compteur, et au moment où il voulut démarrer en les tournant, il se rendit compte que la jeune femme l'avait suivi et s'était mise devant sa voiture, les poings sur les hanches et le regard furieux.

Putain, c'était vraiment pas le moment, alors cette pouffe avait intérêt de se pousser de là et rapidement avant qu'il ne l'écrase. Il était plus de vingt-trois heure et ses deux amis devaient l'attendre et le sermonneraient. Il klaxonna bruyamment et lui fit signe de la main de s'enlever, de foutre le camp et de ne pas faire chier. Elle secoua avec détermination la tête. Il ouvrit sa fenêtre et lui demanda :

— C'est quoi votre problème, poussez-vous de là ! Je veux rentrer chez moi, hein, alors foutez le camp.

— Non, si vous tentez de faire un mètre avec ce véhicule, je vous arrête pour conduite en état d'ivresse, je vous préviens !

Elle souleva légèrement le pli de son T-shirt – ça y est, se dit le caporal, elle nous fait un strip-tease au milieu de la rue – et dévoila son insigne de flic. Oh merde, ça s'était une autre histoire. Il soupira, autant montrer son grade.

— Je suis le caporal en chef Livaï Ackerman, laissez-moi passer maintenant. Je fais partie du GIGN et je sais ce que je fais, OK, je suis grand, merci et pas besoin de tutelle. Me faites pas chier je suis votre supérieur.

— M'en fiche. Et de toute façon vous êtes un militaire, je ne dépends donc pas de votre division.

Il leva les yeux au ciel et serra les poings sur le volant. Elle était vraiment chiante, celle-là. Il klaxonna de nouveau, avec plus de rage.

— Vous klaxonnez encore une fois, je vous colle un amende pour usage abusif et sans motif du Klaxon dans la ville et en plus dans la nuit. Je vous cites, ne faites pas chier les autres qui dorment.

Il se passa les deux mains sur son visage en soupirant. OK, il jetait l'éponge.

— Bon, vous voulez quoi au juste ?

— Je vais vous reconduire chez vous, passez du côté passager. Au fait, je m'appelle Annie Leonhart.

Il soupira et abandonna. OK. Comme elle voulait. Il passa du côté passager en escaladant la boite de vitesse, attacha sa ceinture et lui fit signe de prendre le volant. Il la guida pendant le trajet et répondit froidement à ses questions. La guerre, pendant combien de temps. C'était comment ? Une unité d'élite ? Je pourrais y appartenir ? Il y a des tests ? Facile ! En fait, le caporal commençait à s'amuser – même s'il était loin de le montrer. Elle lui donna son numéro, et étrangement il le rentra dans ses contacts.

Enfin, elle gara la voiture et l'aida à monter jusqu'à son appartement. Pas de problème pour elle, elle n'habitait pas loin elle retournerait chercher sa voiture demain matin. A plus tard et dors bien. La porte se ferma et le noiraud contempla son appartement désert. Il n'avait pas réalisé à quel point il était seul. A quel point, à cause de cela, il se morfondait sur lui-même. Il avait besoin de compagnie. Le fantôme froid de sa soeur le frôla alors, de ses mains sur ses joues. Elle lui souffla dans l'oreille un petit « elle te plaît, hein ? Elle a du caractère, elle pourra te tenir tête ». Il tenta d'ignorer en vain sa voix. C'était inutile, la jeune femme blonde ne voudrait pas de lui à ses côtés, il était trop bougon et elle bien trop séduisante. Il était de toute façon assez alcolo et elle perdrait son temps. Elle devait avoir un petit copain, ah non, c'était vrai : elle lui avait dit le contraire. Mais de toute façon, tout ceux qu'il avait aimés sont morts, alors elle aussi dans pas longtemps. Isabel s'accrocha à son épaule « tu ne peux pas faire de généralités, on est en sécurité, ici, tu sais. » Foutue fantôme. Bien sûr que non, elle ne l'intéressait pas. Elle était simplement une flic chiante.

Pourtant ses doigts presque tremblants attrapèrent son téléphone sur la table dans la cuisine et allèrent directement dans contacts, sans marquer d'hésitation. Il chercha son nom, le premier de la liste du A, donc de tout son téléphone, et l'appela. Il ne savait pas pourquoi il faisait cela mais qu'importait. Il avait besoin d'entendre sa voix, de savoir si elle voulait bien devenir son amie, et un peu plus après. Une voix décrocha dès la première sonnerie. Elle semblait satisfaite qu'il l'ait appelée.

— Oh, c'est toi, Livaï ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

— J'ai besoin de compagnie… Alors, si tu voulais bien me parler, sauf si je te fais chier comme tu veux sans doute dormir pour travailler tôt le matin.

Elle nia. Et alors, il entendit quelqu'un toquer à la porte d'entrée. Il ouvrit, un peu curieux. C'était elle, le téléphone collé à l'oreille et souriante.

— Je savais que tu dirais cela, lui expliqua-t-elle devant sa mine surprise.

Elle avança d'un pas et rentra dans l'appartement. Leurs lèvres se trouvèrent aisément et la porte claqua doucement derrière eux. Il ferma à clef et la guida vers la chambre. Dans leur pressentiment, ils savaient qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, que dans peu de temps ils se fianceraient. Annie rentrerait dans la Brigade sans difficulté et ils seraient aux côtés l'un de l'autre pour toujours.

Mais voilà, les choses avaient tournées différemment et elle était en prison, s'était maintenant évadée et leurs fiançailles avaient explosé. Comme Livaï avait eu du mal à voir la vérité en face. Il y avait de la douleur. Il lui avait fait confiance et il avait eu tort. Sur toute la ligne. Il s'était fait manipulé et la douleur avait été extrêmement puissante. Il ne savait pas s'il pourrait jamais faire confiance à quelqu'un. A une femme même.


~X~


— Voilà, tu sais tout, gamin.

Alors le caporal finit son café et laisse le jeune homme la bouche grande ouverte. Il n'a rien à ajouter. Il a fini, le brun détient toues les cartes en mains. A lui de faire ce qu'il faut.


Voilà pour ce chap. Alors ? qu'est-ce que vous en pensez ? Vous vous y attendiez ? :D merci de laisser une review... et ... euh je vais voir quand je publie le prochain 0:)