Un petit peu d'avance pour ce chapitre, mes horaires ayant changé, je n'aurai plus le temps de publier le vendredi matin, ce sera donc soit le jeudi soir, soit le vendredi soir. ^^
Merci à mes deux revieweuses (ça se dit ça? XD) pour leurs encouragements qui me vont droit au coeur.

Bonne lecture. ^^


Chapitre 9:

Milo.

La différence fondamentale entre Luffy et Law tenait dans le fait que là où Luffy se serait rué au dehors pour voler au secours de ses camarades, sans même savoir où ils se trouvaient, et probablement par là même jeté dans un piège, Law lui resta calme et ne bougea pas de son siège. Cependant Seran savait qu'il se passait bien plus à l'intérieur de son crâne qu'il n'en laissait paraître. A la façon dont il se massait les tempes, les yeux fermés, l'Atlante comprenait qu'il était inquiet. Il ne voulait tout simplement pas le montrer.

− Qu'est-ce qu'on attend pour y aller? s'écria Luffy en bondissant sur ses pieds.

− Allez où? Grogna Law. On ne sait même pas où ils étaient quand ils ont appelé, et il y a des risques que le propriétaire de cette voix les ait emmené ailleurs.
Ça sembla au moins faire réfléchir Luffy.

− Alors quoi? On reste là les bras croisés, grogna-t-il.
Law lui lança un regard glacial qui ne suffit pourtant pas à calmer les ardeurs du plus jeune.

− Avant tout, nous devons rester calme, répliqua-t-il, fronçant les sourcils. Ça ne sert à rien de s'énerver. Nous devons nous en tenir au plan, trouver les renseignements qui nous permettront de savoir où et comment frapper.
Agacé, Law se tourna vers Seran qui semblait la seule à ne pas lui reprocher son comportement. Elle lui adressa un petit sourire rassurant

− On les retrouvera, affirma-t-elle. J'ai confiance.
Les Chapeau de paille ne semblaient pas comprendre en quoi mais ce n'était pas son problème. La seule chose qui lui importait était de signifier à son capitaine qu'il pouvait compter sur elle, quoi qu'il décide.

− Bien, soupira-t-il content de voir que l'Atlante gardait la tête sur les épaules. Avant tout, trouver cette mine, ensuite les enfants.

− Si c'est à la mine que vous allez, interrompit la barmaid, je peux vous y emmener.
Tous les regards se tournèrent vers elle et elle avala cul-sec le verre d'alcool qu'elle venait de se servir pour se donner du courage.

− J'y suis allé une fois où deux, avant que ce type n'arrive avec sa clique. Je sais où se trouve l'entrée principale. Je peux même vous montrer une entrée secrète si vous voulez. Mais vous devez me promettre qu'il n'arrivera rien aux enfants.

Avant que Law ait pu ouvrir la bouche pour répondre, cependant, un cri résonna à l'extérieur du saloon:

− Maria! ... Maria, viens vite.
La barmaid s'écarta des débris de son bar et se dirigea vers la porte.

− Oh, mon dieu, s'écria-t-elle. Vite, amenez le à l'intérieur.
Les pirates échangèrent un regard. Luffy bondissait vers la porte pour voir ce qui se passait quand plusieurs femmes entrèrent, l'une d'elle portant un jeune adolescent.

− Posez le ... commença la barmaid nommée Maria.
Elle s'arrêta net en voyant l'état dans lequel se trouvait la salle de sa taverne avant de reprendre.

− Sur une table.
La jeune femme qui portait l'enfant s'exécuta et le déposa avec douceur sur l'une des table encore debout. Aussitôt, toutes les femmes se mirent à tourbillonner autour de l'enfant en parlant fort, posant des questions et se lamentant. De là où il se trouvait, Law put voir l'état dans lequel le nouveau venu se trouvait: sale, vêtu de haillons ensanglantés, le visage pâle sous une couche immonde de sang séché et de poussière rouge, les joues creuses visiblement sous alimenté et déshydraté.

− Pauvre petit! Pauvre petit! Pleurait l'une des femmes.

− Milo? Milo? Appelait Maria en le secouant doucement.
Le gamin ouvrit les yeux et regarda autour de lui d'un air hagard. Aussitôt toutes les femmes fondirent sur lui pour le harceler de questions.

− Milo, comment tu t'es échappé?

− Tu as vu Peter?

− Pitié, dis moi que Paul et Fran vont bien.

− Est-ce que tu sais où sont Nina et Pam?
Et bien d'autres encore. Voyant que le gamin, encore groggy, ne comprenait même pas ce qu'elles disaient, Seran fit un pas vers le groupe.

− Mesdames s'il vous plaît! Lança-t-elle d'une voix ferme.
Les femmes se tournèrent vers elle, surprises de la voir là. Un instant, elles regardèrent les pirates, avec méfiance et stupéfaction.

− Laissez à ce petit le temps de se remettre.
L'Atlante se tourna vers Law et un seul regard suffit au capitaine pour comprendre ce qu'elle voulait. Avec un soupir, il s'avança vers la table sur laquelle le gamin était encore étendu. Il prit quelques minutes pour ausculter Milo avant de donner son diagnostique.

− Cet enfant est déshydraté et il n'a pas fait un bon repas depuis un moment. Vous devriez le laisser se reposer un peu.

− J'ai ce qu'il lui faut, déclara Maria avant de disparaître dans l'arrière salle en criant par dessus son épaule, emmène le en haut, Lily.
L'une des femmes prit le gamin dans ses bras et monta les escaliers situés près de la porte. L'une des femmes se précipita vers Law.

− Est-ce qu'il va s'en remettre?

− Sans doute, répondit évasivement le pirate.

− Vous ne comprenez pas, fit une autre femme. Ce petit ... Il a été enlevé avec tous les autres. Il peut nous dire où se trouvent nos enfants. Il faut qu'il parle.
Entendant ça, Law échangea un regard avec Seran, comprenant soudain que leur situation venait de nettement s'améliorer. Avec l'aide de Maria et de cet enfant, les pirates allaient pouvoir trouver la mine ainsi que l'endroit où les enfants étaient retenus. Mais pour le moment, il fallait se montrer patient. Milo n'était pas prêt de parler.

La journée se déroula dans le calme. Law envoya Luffy et ses compagnons faire le tour de la ville pour avoir un peu la paix et ne plus sentir le regard réprobateur de la navigatrice rousse braqué sur lui. Sincèrement, qu'est-ce qu'elle avait cette fille? Si elle ne pouvait pas supporter de voir torturer un salop qui ne méritait pas mieux, elle devrait franchement songer à changer d'orientation. Et ça se disait pirate ... Law ne comprenait vraiment pas comment Luffy avait pu choisir son équipage. C'était au dessus de son entendement. Heureusement pour lui, Seran s'était montré d'une toute autre trempe. Il ne savait pas ce qu'il aurait pu faire d'elle si elle avait fait sa délicate comme la rouquine. Il pouvait dire qu'il était fier d'elle.

Au cours de l'après midi, la nouvelle de leur présence sembla se répandre dans la petite ville et les femmes se regroupèrent petit à petit dans le saloon dévasté pour avoir des nouvelles. Milo, le jeune garçon évadé, avait été installé à l'étage dans l'une des chambres où il pouvait se reposer après avoir mangé et bu. Law entendait bien lui rendre une petite visite dans la soirée, histoire d'apprendre ce qu'il savait de la cachette où étaient gardés les enfants. Un plan commençait d'ailleurs à se former dans sa tête. Il pensait gagner la mine en compagnie de Usopp, Luffy et Zoro s'ils le retrouvaient car le sabreur s'était encore perdu. Il laisserait à Seran, Bepo, Nami, Robin et Sanji le soin de sauver les enfants. Tout ce qu'il espérait c'était que l'un ou l'autre des groupes tombe sur Shachi et Penguin pendant leur mission et que les deux compères se portaient bien.

Ce n'est que vers le soir que Maria, la barmaid, descendit rejoindre les autres femmes, annonçant que Milo était enfin réveillé et qu'il se sentait mieux. Aussitôt, un concert de voix se fit entendre et les femmes se massèrent au pied de l'escalier se disputant pour savoir qui allait être la première à monter voir le gamin pour avoir des nouvelles de ses enfants. Law se fit un plaisir de mettre un terme à leur cirque.

− On se tait, ordonna-t-il.
Son ton autoritaire fit taire toutes les piailleuses qui le regardèrent, interloquées.

− Si vous voulez avoir une chance de revoir vos enfants en vie, c'est moi qui vais aller parler à ce garçon. Et je n'admettrai aucune interruption.
Un instant, les femmes semblèrent prête à l'envoyer sur les roses, mais un seul regard de sa part suffit au capitaine pour se faire obéir. Impressionnées, les femmes reculèrent et regagnèrent les chaises sur lesquelles elles attendaient depuis l'arrivée du gamin.

D'un signe de tête, Law indiqua à Seran de le suivre. Kikoku toujours dans les bras, la jeune femme se précipita derrière lui et grimpa les escaliers à sa suite. Quatre portes donnaient sur l'espèce de balcon surplombant la salle de la taverne, l'une directement en haut des escaliers, les autre tout le long du balcon. Law poussa la seconde et entra sans frapper. Le gamin était allongé dans le lit, encore pale mais bien réveillé à présent. Ses yeux bleus suivirent les deux étrangers alors qu'ils approchaient de lui.

− Z'êtes qui? Demanda-t-il comme Law se plantait devant le lit.

Seran lança un regard vers son capitaine en se demandant comment il allait réagir à ça. Law n'appréciait pas qu'on lui manque de respect.

− Law, répondit le capitaine, décidant que les renseignements qu'avait ce garçon valaient bien une légère encoche à son ego. Et elle, c'est Seran.

− Drôle de noms, remarqua le gamin. Jamais entendu de pareil. Je vous ai jamais vu non plus. Vous venez d'où?

− De loin, répondit simplement Law. Écoute petit, on est pas venu pour faire la conversation. Tu était bien prisonnier avec les autres gamins?

Milo lui lança un regard suspicieux.

− Pourquoi vous voulez le savoir?
Law, que la journée commençait à sérieusement agacer ferma les yeux et se pinça l'arête du nez entre le pouce et l'index. Seran décida de prendre le relais avant que son capitaine ne perde définitivement son calme. S'asseyant sur le lit, elle adressa un sourire rassurant à l'enfant, essayant de minimiser le fait qu'elle portait une arme presque plus grande qu'elle.

− Nous sommes là pour nous occuper des hommes qui vous ont enfermé tes camarades et toi. Mais pour ça nous devons d'abord libérer les autres enfants. Il faut que nous dises où ils se trouvent.
Le gamin la regarda avec des yeux ronds.

− Il est où mon père?

− Euh ...
Elle lança un regard vers Law qui haussa un sourcil tandis que la conversation qu'ils avaient eu dans l'après midi avec Maria la barmaid leur revenait en tête.


Maria descendait de la chambre dans laquelle elle avait placé Milo quand son regard se posa sur les étrangers qui avaient investi son établissement. Elle ne savait vraiment pas quoi penser d'eux. Au début elle avait pensé qu'ils ne valaient pas mieux que Darkov et sa clique, mais après la bagarre qu'ils avaient provoqué aucun d'eux n'avait fait le moindre geste contre les habitantes de la ville. Le jeune au chapeau de paille semblait amical et rieur, il lui donnait envie de lui faire confiance alors que l'autre, celui au chapeau blanc, lui donnait d'avantage la chair de poule. Mais au moins ils se tenaient tous tranquilles.

Rassemblant son courage, elle se dirigea vers Law. Si elle avait bien compris, cet homme était une sorte de médecin, et c'est justement ce dont avait besoin Milo à ce moment. Certes Milo n'était pas son fils, mais son instinct de mère la poussait à essayer de trouver tout ce qui pourrait aider le gamin à se rétablir. Même si ça signifiait affronter ce type impressionnant.

Vous êtes médecin? Demanda-t-elle en se plantant devant Law.
Le jeune homme lui lança un regard glacial qui la fit reculer. Cependant, elle ne tarda pas à se reprendre et à retrouver contenance.

J'aimerais que vous alliez voir Milo.

Je l'ai vu tout à l'heure, répondit le jeune capitaine. Je ne peux rien faire de plus. Appelez votre médecin si vous voulez que quelqu'un lui tienne la main.
Le visage de la jeune femme se ferma et Seran la vit se mordre la lèvre en regardant ailleurs.

Nous n'avons plus de médecin, fit-elle d'une voix éteinte.
Law la regarda sans ciller, indifférent à ce qu'elle pouvait ressentir.

Vous avez certainement vu ce corps devant la forge?
Difficile de le rater. Surtout avec Seran se ruant derrière lui pour se cacher, des fois que le cadavre l'attaque!

Oui, et?

C'était lui notre médecin, fit Maria d'une voix amère.
Un instant de silence suivit cette déclaration. Maria regarda Law et Seran avant de pousser un soupir et de se laisser tomber sur une chaise.

Ça c'est passé quelques semaines après que les pirates aient pris les enfants et enfermé les hommes dans la mine. Le docteur Sven vivait ici depuis trente ans. Il m'a mise au monde. Il a aider mes enfants à naître, comme tous ceux de la ville. Je pense que c'est pour ça qu'il s'est rebellé. Il n'a pas supporté de voir tous les enfants, qu'il considérait un peu comme les siens, être pris en otage par des pirates. Il a essayé de monter un mouvement de résistance mais personne ne l'a suivi. On était tous morts de peur et on osait pas bouger pour ne pas mettre les enfants en danger.

Elle laissa passer un instant avant de reprendre, les yeux perdus dans le vague:

Pourtant, ça ne l'a pas arrêté. Il s'est débrouillé seul pendant des semaines. Il a même réussi à mener quelques opérations de sabotage à bien. Je ne pensais pas qu'il était si courageux. Mais Darkov a fini pas s'en agacer et il est venu ici pour nous menacer. La vie des enfants contre celle du traître, ce sont les mots qu'il a utilisé. Et pour nous faire comprendre qu'il ne plaisantait pas, il a amené avec lui une fillette du village, qu'il a menacé de tuer sur le champ si on continuait à se taire. On savait tous qu'il le ferait. La mère de la petite a eu tellement peur qu'elle a dénoncé le docteur Sven. Je ne peux pas lui jeter la pierre, malgré tout ce que le docteur a fait pour nous, si j'avais été à sa place, j'en aurais probablement fait autant pour protéger mes fils.
Nouveau silence. Des larmes perlaient à présent au coin de ses yeux.

Ils sont allé le chercher en plein milieu de la nuit et les ont tiré du lit, sa fille et lui. Ils ont mis le cabinet à sac avant de l'incendier. Et puis ils ont ... ils ont prit sa fille ... et se sont amusés à déchirer ses vêtements avant de ... ils ont ... ils l'ont ...

Elle éclata en sanglots, les mains plaquées sur son visage.

Ils l'ont violé, acheva Seran d'une voix sombre.
Maria hocha la tête, le corps secoué de sanglots.

L'un après l'autre, vagit-elle, perdant la maîtrise de ses émotions.

L'atlante quitta sa place pour s'asseoir à coté de la barmaid et essayer maladroitement de la rassurer en lui frottant le dos de bas en haut. Elle échangea un regard amer avec Law et le jeune homme compris quel impact ce crime pouvait avoir sur elle. Il se souvenait parfaitement pour quelle raison elle avait été bannie d'Atlantide. Il redoutait qu'elle n'essaie de se lancer aux trousses des criminels.

Elle avait à peine vingt ans, se lamenta la barmaid. Et elle était enceinte.

En plus! Un instant, Seran serra la jeune femme contre elle, sans cesser de lui frotter le dos. Il fallut plusieurs minutes à la barmaid pour se calmer et reprendre son récit.

C'est de notre faute à tous.
Elle renfila avant de se moucher bruyamment.

Ils ont obligé le docteur Sven à regarder pendant qu'ils ... qu'ils ...
Elle renifla à nouveau.

Et ils l'ont tué, sous les yeux de son père. Après ça, ils ont tabassé le docteur, ils l'ont attaché à une otarde et l'ont traîné dans toute la ville. Ça a duré des heures. Puis quand ils en eu assez, ils l'ont attaché à un poteau et l'ont abandonné là. Ils l'ont laissé six jours et six nuit. En plein soleil. Sans eau ni nourriture. Le pauvre ne ressemblait plus à un humain. On aurait dit un sac sans forme, ensanglanté, déchiré. C'était horrible. Et on ne pouvait rien faire pour l'aider. Quand ils sont revenus le sixième jour, il était toujours en vie. Alors Darkov a laissé ses hommes se servir de lui pour s'entraîner au tir. Et il a ordonné qu'on laisse le corps là, à pourrir au soleil, comme un avertissement pour ceux qui auraient aussi envie de se rebeller contre lui. Autant dire que personne n'a essayé depuis.
Il y eut un instant de silence puis la voix de Law se fit entendre, froide et dure.

Triste histoire, mais qu'est-ce que ça a à voir avec le gamin?

Mais tout, répondit Maria. Le docteur Sven était le père adoptif de Milo. Sa fille, Dora, était à la fois une soeur et une mère pour lui. Vous voyez, il y a une dizaine d'années, la mère de Milo est arrivée avec lui. Personne n'a jamais su d'où ils venaient mais Maki était polie et respectueuse et tout le monde l'a rapidement apprécié. On manquait d'une institutrice alors elle s'est proposée. C'était vraiment une femme charmante même si elle n'a jamais parlé de son passé à qui que ce soit. Malheureusement, elle est morte de la fièvre rouge quand Milo avait huit ans. Elle aurait peut-être pu être sauvée si on avait su de quoi elle souffrait, mais c'est une petite île éloignée de tout ici et on n'était pas bien au courant. Le docteur Sven ne s'est jamais pardonné cette erreur de diagnostique. Il s'en est voulu jusqu'à sa mort, je crois. Alors il a adopté Milo qui se retrouvait seul au monde. Le docteur et sa fille était la seule famille que Milo avait. Il ne sait certainement pas qu'ils sont morts. S'il vous plaît, ne lui faite pas plus de mal que ce qu'il a déjà subi.

Une impression étrange et désagréable s'empara de Law à ce moment, celle que cette femme était en train de lui confier le gamin.

Et son véritable père? Demanda-t-il.

Personne n'a jamais su qui il était. Il y a bien eu une rumeur qui a circulé pendant un moment, prétendant que le père du petit était un pirate. Mais comme Maki n'a jamais rien dit pour confirmer où démentir, ce n'est resté qu'une rumeur. Je crois qu'elle n'en a parlé qu'une seule fois. Il donnait l'impression d'être un homme très dangereux et j'ai toujours pensé qu'elle s'était probablement enfuie avec le petit pour lui échapper.
Law poussa un soupir résigné puis se leva pour aller voir le gamin.


Milo les regarda tous les deux tandis que les pirates s'interrogeaient du regard pour essayer de savoir ce qu'ils devaient faire. Seran ne savait pas si elle pouvait lui dire la vérité maintenant ou s'il était trop tôt. Elle ne comptait pas vraiment sur Law pour le faire. Bien que médecin, elle doutait qu'il connaisse une façon douce d'annoncer ce genre de nouvelles. Et de toute façon ce n'était pas dans son caractère.

− Écoute Milo, il vaut vraiment que tu nous dises où sont les enfants. Nous devons le savoir.

− Je veux voir mon père.
Seran soupira. C'était mal parti!

− C'est ... Il s'est passé quelque chose de grave et ... Je suis désolée, Milo, ton père et ta soeur ne sont plus de ce monde.
Le gamin la regarda un instant sans comprendre, puis d'énormes larmes coulèrent sur ses joues. Cependant, il ne cria pas, ne s'agita pas, ne fit rien. Il resta assis dans le lit, les yeux fixés sur ses mains tandis que ses larmes tombaient silencieusement sur les draps. Seran se plaça près de lui et le sera contre elle, le berçant doucement tandis qu'il se laissait aller à son désarroi.

La chambre resta silencieuse pendant de longues minutes. Milo reniflait de temps à autre sans produire le moindre autre son. Enfin quand il se fut un peu calmé, il se décolla à regret de l'épaule de Seran et chuchota:

− Je savais que quelque chose comme ça allait se passer.
Ce fut tout ce qu'il dit pendant un moment. Il resta assis, le regard dans le vague, visiblement perdu dans ses souvenirs avant de s'essuyer les yeux d'un revers de main.

− Père n'était pas du genre à laisser ces types faire ce qu'ils voulaient sans bouger. Quand il était plus jeune, il était médecin de bord dans la Marine, alors forcément, les pirates ne lui faisaient pas peur.

Il laissa échapper un énorme soupir avant de serrer les poings.

− Je le vengerai, gronda-t-il. Je tuerai ces hommes.

− Attends encore quelques années, petit, intervint Law.
Le gamin lui lança un regard noir qui ne sembla pas affecter le pirate.

− Si tu nous dis où sont les autres enfants, nous pourrons débarrasser cette île de ces pirates, intervint Seran.
Milo resta un instant silencieux.

− Vous êtes des pirates, vous aussi! Lança-t-il d'un ton accusateur.

− C'est si évident que ça? Demanda Seran avec un sourire.
Le gamin pointa un doigt vers Law.

− J'ai vu ce signe dans le journal, il y a quelques semaines, fit-il désignant le logo des Heart imprimé sur le manteau du jeune homme. On en a beaucoup parlé.
Ça sembla amuser Law.

− Tu as raison, je suis bien capitaine d'un équipage pirate.

− Pourquoi des pirates voudraient nous aider? Lança Milo avec défi. Les pirates ne sont que des monstres assoiffés de sang et de richesses. Vous voulez la mine pour vous, c'est ça?

− Ce que je veux ne te regarde pas, morveux, grogna Law.
Seran lui lança un regard de reproche et Law croisa ses bras sur son torse d'un air sombre.

− Tu vois, Milo, cet homme qui dirige les pirates, ce Darkov, il est sous les ordres d'un autre pirate encore plus fort que lui. C'est ce pirate que nous voulons anéantir. Mais pour ça nous devons commencer par l'affaiblir en attaquant tous ses intérêts sur cette mer. Tu comprends?
Le gamin fronça les sourcils essayant de réfléchir. Law soupira en se massant les tempes. Son agacement grandissant commençait à se faire sentir.

− Je vais être clair, gamin, lança-t-il. On est pas venu pour vous aider, ni pour nous emparer de cette mine. Je me fiche pas mal de cette île et de ce qui s'y passe. Ma seule cible c'est Darkov. Si sa disparition peut vous profiter, tant mieux pour vous, mais en ce qui me concerne, c'est sans importance.

Un silence pesant suivit la déclaration du capitaine des Heart.

− Capitaine, fit Seran sur un ton de reproche.
Law lui lança un regard glacial.

− Si tu ne veux pas nous parler, ce n'est pas grave, Milo, fit-elle en se tournant à nouveau vers le gamin. Je peux quand même trouver l'information que nous cherchons.
Les yeux de l'enfant s'agrandirent de terreur.

− Je le savais, s'écria-t-il. Vous voulez me torturer. Mais je ne dirai rien, jamais je n'aiderai de vulgaires pirates.
L'Atlante dut se retenir de lever les yeux au ciel.

− Mais non, voyons!
Law sentit soudain la légère onde de choc qui accompagnait l'utilisation des pouvoirs temporels de la jeune femme. Elle leva une main auréolée d'énergie et posa simplement un doigt sur le front de l'enfant. Pour le gamin et le capitaine, tout se passa instantanément: une seconde plus tard, un petit cristal apparaissait dans la paume de la jeune femme. Pour Seran, en revanche, il fallut un instant pour se concentrer sur le lien établi avec la mémoire de Milo afin de trouver le souvenir qui l'intéressait et l'extraire.

− C'est quoi ça? Demanda Law en s'approchant.

− Un vestige du temps passé, répondit l'Atlante en faisant tourner le cristal entre ses doigts. Un souvenir.
Law secoua la tête, incertain d'avoir bien compris.

− Tu as un pouvoir sur la mémoire?

− Non, pas sur la mémoire. Seulement sur les souvenirs qui existent déjà. Je peux pas créer de faux souvenirs et les implanter à quelqu'un. Je peux juste extraire ceux qui existent ... et les faire disparaître, si besoin.

Law fronça les sourcils.

− Comment?

− En brisant ce cristal, tout simplement. Je ne sais pas très bien moi-même comment ça fonctionne, mais je sais que même extrait de la mémoire d'une personne, le souvenir existe toujours, tant que le cristal le contenant n'est pas brisé. On peut ainsi le rendre à son propriétaire s'il le souhaite. Par contre, si le cristal est brisé, le souvenir disparaît de sa mémoire. Définitivement.
Law n'était pas très sûr de ce que cette découverte lui inspirait. En tout cas, il comprenait parfaitement que ce pouvoir était redoutable et il imaginait déjà ce qu'il pourrait en faire quand l'occasion se présenterait.

− Comment tu sais ça? Demanda-t-il.

− Je l'ai déjà fait ... Sur Chisa.
Reconnaissant le nom de l'amie de la jeune femme qui avait été attaquée par des marines, il décida de ne pas pousser plus loin son investigation. Pour le moment, tout du moins.

− Tout ce que tu veux savoir est là, affirma-t-elle.
Elle prit la main de Law et déposa le cristal au creux de sa paume avant de refermer ses doigts tatoués dessus, gardant la main du jeune homme entre les siennes. Le cristal était chaud au toucher et semblait pulser comme un coeur. Law ressentit encore l'une de ses petites ondes de choc, et en quelques secondes, une foule d'images se déversa dans son esprit, lui indiquant l'emplacement de la prison des enfants aussi clairement que s'il s'y était lui même rendu.

− Wow, fit-il en s'écartant de Seran, titubant un peu. C'est le truc le plus étrange que j'ai vu!
Les souvenirs issus de la mémoire de Milo ne s'imposaient pas à lui comme s'ils était les siens propres. Il savait parfaitement que ce n'était pas lui qui les avait vécus, comme s'il avait vu la scène à travers les yeux de l'enfant. Ça lui donnait d'avantage l'impression de regarder un film que de vivre quelque chose de terrifiant.

− Est-ce que tu veux que je détruise ça, demanda Seran en se tournant à nouveau vers Milo qui les regardaient avec des yeux ronds, comme s'ils étaient fous tous les deux. Si je détruis ce cristal tu oublieras aussitôt tout ce qui s'est passé dans cette prison et tu pourras vivre comme si ça n'était jamais arrivé. Si c'est ce que tu veux, dis le. Mais réfléchis bien.
Le gamin resta muet un instant, les yeux fixés sur le petit cristal entre les doigts de la jeune femme. Après quelques minutes de réflexion il secoua la tête.

− Non, je veux pas oublier.

− Tu es sûr?

− Oui, certain. Je veux me souvenir à quel point les pirates sont des êtres cruels et sans coeur.
Seran soupira devant cette réaction. Bien sûr le gamin avait raison, la grande majorité des pirates étaient effectivement des monstres. Mais elle aurait bien voulu qu'il comprenne qu'ils n'étaient pas tous comme ça et que certains d'entre eux n'étaient pas des monstres. Mais il semblait que le gamin soit encore trop jeune pour faire la part des choses. Surtout s'il avait été élevé par un ancien marine qui avait dû lui bourrer le crâne de leur propagande à la noix. Sans faire la moindre remarque, elle se pencha vers l'enfant et posa délicatement le cristal sur son front. Une petite onde de choc plus tard, l'objet disparut, comme absorbé par la peau de l'enfant, le souvenir réintégrant sa place dans la mémoire de Milo.

− Bon, fit Law en se tournant vers la porte. Maintenant on peut agir.
Il ouvrit la porte et quitta la chambre sans un regard vers le gamin. Un instant Seran et Milo restèrent silencieux, écoutant le bruit des talons du capitaine s'éloigner à l'extérieur de la chambre.

− Repose-toi, tu en as besoin, conseilla Seran en ébouriffant les cheveux sales de l'enfant.
Puis elle se leva et suivit son capitaine à l'étage inférieur où leurs alliés attendaient de savoir ce qu'ils allaient faire.