Merci à MonaYsa pour sa review.
MonaYsa : J'espère que mon rythme de lecture ira mieux dans ce chapitre-là. Quelque chose me dit que t'aimeras bien le début du chapitre. ;-p
Bonne lecture !
Disclaimer : Les personnes de l'univers de Clash of Titans ne m'appartiennent pas. Tout est la propriété de Warner Bros et cie. Néanmoins, Taylor est issue de mon imagination.
Il est temps de partir
Cela faisait à peine une journée qu'Hadès avait quitté l'Olympe.
Après l'avoir déposé au sol, le pégase blanc avait renâclé, désireux de retrouver la liberté.
L'ancien dieu n'avait eu ni la force ni l'envie de le retenir. Après tout, ces créatures étaient l'œuvre de son frère, Poséidon. Le moins qu'il puisse faire, pour honorer sa mémoire, était de respecter l'une de ses créations.
Après ça, il avait marché toute la journée à travers la campagne grecque, sans croiser le moindre humain. Du moins, vivant. Car il les voyait. Les âmes. Elles sortaient du sol, par des terriers de lapin, des fissures naturelles ou sismiques…
Ce spectacle l'avait glacé jusqu'au sang. Cela avait commencé. Maintenant qu'il n'avait plus de pouvoir sur les Enfers, tous ses anciens sujets étaient relâchés. Thanatos se moquait des âmes. Seul le pouvoir, le fait de savoir qu'il pouvait faire ce qu'il voulait, lui suffisait.
Et le pire, c'était que ces âmes étaient meurtries, en état de choc. Elles n'avaient pas reconnu Hadès. Ces spectres fixaient le vide avec l'air hagard et gémissaient de peur. Sans personne pour les guider ni les protéger, ce n'était que des fantômes. Et sans les effets magiques bienfaisants des Champs-Élysées, ou ceux plus froids des Limbes, elles ne pouvaient pas panser les blessures liées au souvenir de leur mort. Et pire encore, sans les effets du Léthé, le fleuve de l'Oubli qui se trouve en Enfer, elles ne pouvaient effacer tous leurs souvenirs avant de remonter à la surface pour se réincarner et entamer une nouvelle vie !
Comment ces âmes allaient-elles faire pour vivre une nouvelle vie, maintenant ? Leurs anciens souvenirs seraient sans doute étouffés par la torpeur douloureuse de la naissance, mais ils ne disparaitraient pas. Ils resteraient enfouis dans leur subconscient, les empêchant de réfléchir correctement, grignotant petit à petit leur lucidité…
Au moins, quand je mourrai, je n'aurai pas ce problème. Mon âme rejoindra le néant et elle ne reviendra jamais se réincarner, pensa Hadès.
Il essayait de se consoler, de trouver une idée réconfortante en pensant à son destin, quand il se souvint que Thanatos l'avait maudit : il ne pouvait pas mourir. Pas tant qu'il n'aurait pas retrouvé la Flamme. Il fallait qu'il se raccroche à cette idée. Il avait un objectif ! Il ne devait pas abandonner. Pour Zeus, Hestia et les autres…
D'un pas plus décidé, il s'engagea sur le sentier. Le soleil cognait dur, heureusement il avait une cape.
Mais bientôt, la chaleur devint plus forte. Pour la première fois, il connut la soif. C'était horrible ! Il avait l'impression que sa gorge était en feu, et sa langue pâteuse. Puis la fatigue, qui lui donnait l'impression que son corps était chargé de pierres. Et la faim !Pas la faim si familière liée au manque de prières, non. Une faim physique. Il avait envie de nourriture humaine…
Épuisé, il s'arrêta à l'ombre d'un arbre et s'appuya contre le tronc en soufflant. Il aurait aimé prendre une branche pour s'en faire un bâton, mais il était épuisé, alors essayer de tirer sur une branche… Et il n'y en avait aucune morte, au sol.
Mais il ne devait pas s'arrêter. Finalement, au bout de quelques minutes, il se força à se remettre en marche. Et cette fois, il ne s'arrêta pas. Sinon, il sentait qu'il n'aurait pas la force de se remettre en route.
Bientôt, l'air marin lui parvint. La mer ! Enfin, de l'eau…
Il grimpa la colline et aperçut un village, en contrebas. Il hésita. Ces gens risquaient de se méfier, de ne pas le laisser s'approcher. Et si jamais ils le reconnaissaient ? Les statues représentant les dieux n'étaient pas si ressemblantes que ça, mais tout de même…
Soudain, il sentit ses genoux céder sans qu'il n'ait rien décidé. Il réalisa que son corps était lourd et douloureux. La fatigue du voyage le rattrapait ! Il avait fait un effort brutal pour arriver jusqu'ici.
Il aperçut vaguement une femme à la porte de la maison la plus proche, qui le regardait avec l'air surpris et inquiet.
Il n'eut pas le temps de réfléchir ni de bouger. Il tomba au sol et ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes, réclamant le sommeil dont son corps avait tant besoin.
Ignorant les voix inquiètes et les gens qui approchaient, il eut l'impression de sombrer doucement, comme s'il s'endormait.
XxXxXxXxXxXxXxX
En apprenant qu'une mystérieuse maladie sévissait depuis qu'une crevasse s'était ouverte aux portes de Delphes, Phinée était devenu paranoïaque.
Il avait crié, annulé la fête et congédié tout le monde, puis avait ordonné à son esclave le plus rapide d'aller chercher le plus grand médecin de la cité pour l'ausculter.
Trop contents d'avoir une raison de s'échapper, Andromède et ses amis avaient quitté la villa et rejoint le camp militaire.
Une fois à l'abri dans la tente royale, Taylor fila derrière le paravent installé par la reine et ôta sa belle robe pour remettre ses propres vêtements. Une fois habillée, la jeune fille plia soigneusement la robe sur un siège. Elle caressa le tissu. Elle se sentait un peu comme Cendrillon, lorsque la magie cessait d'agir et qu'elle reprenait la tenue d'une souillon.
Mais le temps n'était pas aux rêveries sur les robes et les fêtes. Une autre personne était tombée malade. Et la jeune fille sentait qu'il fallait agir, ou d'autres encore pourraient être affectés.
Taylor sortit de la tente et marcha vers l'enclos des chevaux. Pégase était toujours là, près de ses cousins sans ailes.
La jeune fille regarda le soleil se lever. Le ciel était splendide, d'une belle teinte orangée avec des nuages violets qui y flottaient paresseusement.
Taylor marcha jusqu'au pied de la falaise, où se trouvait la fissure d'où la mystérieuse fumée s'était échappée, et avait frappé le soldat — le Patient Zéro, comme elle avait décidé de l'appeler.
Mais elle ignorait quelle était la cause de ce mal. Était-ce un sale tour de Thanatos ? Avait-il commencé à répandre des maladies pour tester les capacités immunitaires des humains, ou bien juste pour s'amuser ?
Curieuse, elle s'approcha du bord.
« Prenez garde, la terre est friable à cet endroit. »
Dans un sursaut, la jeune fille se redressa. Sur sa gauche se tenait la personne qui lui avait parlé. Il s'agissait d'une femme, drapée dans une cape en laine.
Sous le vent, quelques mèches de cheveux roux s'échappèrent de sa capuche. Elle fixa Taylor de ses yeux verts emplis de sagesse.
« Pardon, vous disiez ? » demanda la jeune fille.
« Ne vous approchez pas trop du bord. La terre est sèche et mourante, près du bord », dit-elle.
Comprenant le message, Taylor se leva et s'écarta du bord. La femme fronça des sourcils en voyant sa tenue étrange.
« Vous n'êtes pas de la cité ? » demanda-t-elle.
« Non… et vous ? » demanda Taylor.
« J'habite une ferme pas très loin d'ici. Mais mes cultures sont mourantes… » soupira la femme, avec l'air las.
Elle jeta un regard triste au panier à ses pieds.
« J'ai vendu le peu de récolte que j'avais hier, mais je sais que c'était la dernière fois. La terre souffre depuis que les dieux sont morts, en particulier Zeus et Déméter. La pluie ne tombe plus, les saisons semblent figées… »
Mal à l'aise, Taylor ne dit rien. Les paroles de cette femme lui rappelaient sa mission et surtout, le fait qu'elle hésitait à l'accomplir. C'était comme si cette femme lui reprochait ses malheurs.
« Bon, veuillez m'excuser. Il faut que je rentre », dit la femme.
Ramassant son panier, elle se dirigea vers la route à travers la campagne.
Taylor reporta son regard sur la crevasse, quand des hurlements lui parvinrent.
Aussitôt, elle courut en direction de la tente d'où ils provenaient.
Elle comprit qu'il s'agissait de la tente des guérisseurs, c'était la plus proche de la tente royale et la seule occupée par des gens sans armure.
Les guérisseurs essayaient de retenir le Patient Zéro. Toujours aussi bleu et l'air enragé, il se débattait tandis que deux hommes essayaient de le retenir.
« Dépêchez-vous de l'attacher ! Il ne faut pas qu'il s'enfuie », dit l'un d'eux.
Une guérisseuse essaya de s'approcher avec un chiffon imbibé de narcotique, quand l'enragé saisit le bras d'un des hommes et le mordit à pleines dents.
Hurlant de douleur, le malheureux le relâcha. Aussitôt, l'enragé se mit à courir à travers le campement, ignorant tous les soldats qui, réveillés à cause du tapage, sortaient de leurs tentes à moitié endormis.
Plus vif et alerte que les autres, Persée sortit de sa tente et suivit Taylor, qui courrait déjà sur les traces de l'enragé.
Tous deux le virent bientôt un peu plus loin, près de la pile de barils où l'armée stockait la nourriture du campement.
Le malade frappait un des tonneaux avec ses poings, si fort qu'il ne tarda pas à se retrouver avec les jointures en sang. Pourtant, ignorant la douleur, il continua de frapper en hurlant de rage.
Les deux soldats les rejoignirent. L'un d'eux, armé d'une masse, s'approcha du malheureux et, sans prévenir, le frappa à la tête. Aussitôt, la victime tomba au sol.
« Il voulait de la nourriture… » comprit Taylor en voyant une ouverture dans l'un des barils, laissant entrevoir des fruits.
« Son état s'aggrave, et on n'a toujours pas d'antidote », soupira Persée.
Soudain, l'homme ouvrit les yeux et se redressa.
« J'ai faim… tellement faim ! Aidez-moi, je vous en prie… ! »
« Il remet ça ! » gémit Taylor.
Armé d'un arc, l'un des soldats se posta devant le malheureux.
« Recule ! » dit-il.
Mais le malheureux ne semblait rien entendre. Lentement, il se redressa, et s'avança vers eux.
« N'approche pas ! Tu entends ce que je dis ? Recule ! » cria le soldat.
Soudain, l'enragé s'arrêta… puis tomba au sol. Inquiet, l'archer abaissa son arc puis s'approcha et lui saisit le bras. Il le relâcha aussitôt, puis se tourna vers les autres et fit « non » de la tête.
Taylor comprit avec tristesse qu'il était mort.
« Bon, là, ça suffit ! » dit la jeune fille.
Elle fit volte-face et s'éloigna à grands pas.
« Où vas-tu ? » demanda Persée.
« Voir la Pythie ! Je veux qu'elle nous explique ce qui se passe. Je suis sûre qu'elle en sait plus qu'elle le prétend. »
« Quoi, maintenant ? Mais le soleil n'est même pas encore levé », dit Agénor.
« Eh ben, tant pis ! C'est pas parce qu'elle a un don qu'elle a le droit de faire la grasse matinée tandis que des gens meurent au-dehors. »
Persée échangea un regard avec son cousin, puis tous deux coururent la rejoindre.
« On vient avec toi. Nous aussi, on a encore des questions », dit Persée.
Sans cesser de marcher, Taylor les remercia d'un hochement de tête.
Tous trois traversèrent la cité. Il n'y avait guère de monde à cette heure, les rues étaient désertes. Ils ne croisèrent que quelques mendiants et des marchands à moitié éveillés, qui commençaient à installer les tables où ils exposeraient leurs articles.
Arrivés à l'entrée du temple, ils sentirent tout de suite que quelque chose clochait.
Les grilles gisaient par terre. Elles étaient tordues, comme si une créature énorme les avait arrachées de leurs gonds.
Inquiets, ils marchèrent d'un pas plus rapide jusqu'au sanctuaire de la Pythie.
Les tentures rouges qui ornaient les murs étaient déchirées, certaines avaient été arrachées et gisaient au sol, brûlées à cause de la chaleur de l'Omphalos.
« Je n'aime pas ça », souffla Taylor.
Un gémissement leur parvint. Ils coururent dans cette direction et aperçurent, gisant au pied de la statue d'Apollon, la Pythie.
La malheureuse était allongée par terre, et un filet de sang maculait sa tempe gauche.
« Oracle ! Que s'est-il passé ? » demanda Persée en courant près d'elle.
« Il est venu… Il voulait des réponses ! J'ai refusé de lui répondre », gémit la jeune femme d'une voix tremblante.
Agénor courut rejoindre son cousin. Avec précaution, ils aidèrent la jeune femme à se redresser puis l'installèrent contre une des colonnes.
« Qui est venu vous demander des réponses ? » demanda Persée.
« Il voulait la pierre… Il la veut avant… qu'Hadès la retrouve ! »
Malgré la chaleur ambiante, Taylor sentit son sang se glacer. La Pythie gémit de douleur, puis se tourna vers elle et tendit la main.
Hésitante, la jeune fille s'approcha.
« Tu dois les ramener à la vie… Seuls les dieux peuvent l'arrêter ! Tu dois… »
« Ne parlez pas ! On va vous soigner », dit Agénor. « On va chercher quelqu'un et… »
L'Oracle fit « non » de la tête, ce qui lui arracha une grimace de douleur.
« Les autres prêtres sont morts… Thanatos les a tous tués… pour me punir de… ne pas lui avoir… donné de prédiction… »
Un sourire triste étira les lèvres de l'Oracle.
« Je ne pourrai pas… reposer en paix… L'Enfer est en proie au chaos… Les âmes vont continuer de s'échapper… et de contaminer des gens… Elles sont affamées ! »
Persée comprit soudain le sens de ces mots.
« Alors c'est ça qui rend les gens morts de faim et enragés… ? » dit-il.
« Oui… Les âmes… prennent des corps… Elles sont libres… Thanatos… se moque… du bien-être des âmes… »
La Pythie fut interrompue par une quinte de toux. Du sang s'échappa de sa bouche, maculant le sol.
Prise de pitié, Taylor lui prit la main. Ce geste parut surprendre l'Oracle, puis un sourire plus doux éclaira son visage.
« Ton futur… Il est empli… de promesses ! Merci…! Je pars… avec cette… belle vision. »
Lentement, ses doigts glissèrent de ceux de Taylor. Sa main tomba sur le sol, inerte et sans vie.
Les trois amis ne dirent mot. Finalement, Persée se leva et, soulevant le corps de la jeune femme, il sortit dehors.
Parmi les offrandes dans les jardins, ils trouvèrent une pelle et une pioche. Sans doute des cadeaux laissés par un mineur et un jardinier.
Ils les utilisèrent pour creuser une tombe dans laquelle ils déposèrent la malheureuse.
Taylor prit des fleurs dans les buissons et en fit un bouquet qu'elle posa sur le monticule de terre fraîche.
Après quoi, ils quittèrent les jardins et retournèrent au campement.
Ils trouvèrent Andromède dans la tente royale, en pleine conversation avec Mantius et deux autres officiers grecs.
« Préparez-vous. Nous devons lever le camp. Il faut partir », dit le fils de Zeus, coupant leur conversation.
« Quoi ? Mais où ça ? » demanda Andromède.
« Loin de Delphes. Comme nous l'a indiqué l'Oracle. »
« Pourquoi ? Elle a eu de nouvelles visions ? »
« L'Oracle est mort », dit Agénor.
La reine écarquilla les yeux.
« Quoi ?! Mais comment ? Que s'est-il passé ? »
Persée prit la jeune femme par le bras et l'entraîna au-dehors.
« Je t'expliquerai plus tard. Pour l'instant, le plus urgent est de partir. Fais-moi confiance. »
XxXxXxXxXxXxX
Lever le camp ne fut pas chose aisée.
Andromède donna des instructions à Mantius et lui dit de renvoyer le plus gros des troupes à Argos, pour protéger la cité, tandis qu'elle, Persée, Agénor, Hélios, Taylor et un petit groupe de soldats prendraient le chemin de la campagne, vers la forêt.
Une fois qu'ils eurent rempli des sacs de vivres, d'armes et de drachmes pour la route, le petit groupe quitta le campement et se mit en marche vers les bois.
« Où va-t-on, au juste ? » demanda Taylor, pour briser le silence de la marche.
« À Itéa, un village de pêcheurs proche de la mer. Là-bas, nous prendrons un bateau pour nous rendre jusqu'à l'Île des Hespérides », dit Agénor.
« Les Hespé… quoi ? » demanda Hélios.
« Les Hespérides. Je l'ai vu parmi les visions de l'Oracle. C'est l'endroit où se trouvent les pommiers des dieux. J'y suis déjà allé une fois, au cours d'un de mes voyages », dit Agénor.
« Et c'est un bon souvenir ? » demanda Taylor.
« Pas vraiment », avoua le jeune homme avec une grimace gênée.
Taylor plissa les yeux, puis émit un « oh » surpris, qui obligea tout le monde à la fixer sans comprendre.
« Vous avez essayé de voler des pommes d'or ! » dit-elle en le pointant du doigt.
Agénor ouvrit la bouche pour objecter, mais aucun son n'en sortit.
« Elle a vu juste, on dirait », sourit Persée.
Les autres membres du groupe émirent des gloussements étouffés, tandis qu'Agénor fusillait Taylor du regard.
« Bon, au moins, tu pourras nous guider sans problème, dit Andromède au jeune homme. Sauf que nous ignorons pourquoi nous devons nous y rendre. En quoi le fait d'aller là-bas peut nous aider à vaincre Thanatos ? »
« Un problème à la fois », dit Persée. « Commençons déjà par trouver un bateau. »
Une ombre passa sur le sol. Levant la tête, Taylor reconnut la silhouette de Pégase, qui volait dans le ciel au-dessus d'eux en formant des cercles.
Cette vision apaisa un peu l'inquiétude qui la taraudait depuis la mort de l'Oracle. Malgré la menace du dieu de la mort, quelqu'un veillait toujours sur elle.
Reprenant espoir, elle serra les lanières de son sac à dos et reprit la marche d'un bon pas avec ses nouveaux compagnons.
Le voyage se passa sans incident notable. Il faisait chaud, le soleil cognait et la végétation se faisait rare. Le sol était aride, mais tous marchaient en silence.
Il n'y eut qu'une halte aux alentours de midi, pour s'arrêter à l'ombre d'un figuier où tous mangèrent et burent de l'eau, puis l'on se remit en route.
Le soir, lorsqu'il commença à faire trop sombre, le petit groupe s'arrêta et l'on fit un feu en se restaurant à nouveau.
Taylor ne supportait pas le silence qui pesait sur eux. Les derniers évènements semblaient tous les hanter. Elle les comprenait, mais… elle avait besoin de parler, d'entendre autre chose que cet horrible silence qui l'obligeait à ressasser les horreurs de ces derniers jours.
Une fois qu'elle eut fini de manger, la jeune fille se leva et se dirigea vers son sac à dos. Elle en sortit son MP3. Fourrant les écouteurs dans ses oreilles, elle ferma les yeux et sourit en entendant les premières paroles de la chanson Immortals du groupe Fall Out Boys.
Elle sentit soudain quelqu'un lui tapoter l'épaule. Ouvrant les yeux, elle vit qu'Andromède l'avait rejointe et la regardait avec curiosité.
« Que fais-tu ? » demanda la reine, une fois qu'elle eut ôté les écouteurs.
« J'écoute de la musique grâce à cet appareil », dit Taylor, jugeant que mentir ne servirait à rien.
« Sans instruments ? » s'étonna la reine, sceptique.
Souriante, Taylor lui tendit un des écouteurs et lui dit de le mettre dans son oreille.
Andromède hésita, puis s'exécuta maladroitement. Taylor remit la musique.
La reine eut un léger sursaut, puis se remit à écouter. Bientôt, elle s'assit et continua d'écouter la chanson jusqu'au bout, en fermant les yeux. Lorsque ce fut fini, Taylor éteignit l'appareil et le rangea dans son sac.
« Alors ? Vous avez aimé ? » demanda la jeune fille.
« Oui, j'aime bien, même si je n'avais encore jamais entendu ce genre de musique… Mais c'est tout de même étrange ! Comment cet appareil fait-il ça ? C'est une boîte à musique magique ? »
« On pourrait dire ça, oui… »
« Où te l'es-tu procuré ? »
« Euh… Chez Sony », dit Taylor, à court de réponses.
Persée interrompit leur conversation en venant les rejoindre pour leur annoncer qu'il prenait le premier tour de garde, et qu'elles feraient mieux d'aller dormir, car ils se lèveraient tôt le lendemain matin.
Le jour suivant, tandis qu'ils marchaient, Hélios se mit au niveau de la jeune fille et lui demanda à quoi ressemblait l'endroit d'où elle venait.
« Père m'a dit que tu venais d'un endroit appelé Stonetown. C'est une cité ou un village ? »
« Hum… Un peu des deux. Trop grand pour être un village, trop petit pour être une cité. »
« Est-ce que les gens sont tous habillés aussi bizarrement que toi ? »
« Hélios ! » le reprit Andromède.
« Non, laissez, c'est pas grave. Et oui, Hélios, les gens y portent des vêtements aussi bizarres que les miens. Y'en a même qui ont une allure très… farfelue. »
« Farfelue ? Comment ça ? » demanda Agénor.
Amusée, Taylor leur parla des coiffures que certaines personnes se faisaient. Lorsqu'elle leur décrivit une coupe à l'iroquois, tous la regardèrent avec des yeux ronds. Qui pourrait se coiffer comme ça ?!
Lorsqu'elle aborda le sujet des teintures de cheveux, elle vit Agénor regarder Andromède en pouffant de rire.
« Quoi ? » demanda la reine, les sourcils froncés.
« Rien, je me disais juste… les cheveux bleus, ça t'irait bien, altesse ! »
Andromède plissa les yeux, puis se tourna vers Taylor.
« Toi qui t'y connais en coiffures, comment les gens de ton pays s'y prendraient-ils pour coiffer correctement Agénor ? »
Avec l'air sérieux, Taylor se planta devant lui et le regarda un moment avant de courir près d'Andromède et de chuchoter quelque chose à son oreille.
La reine parut surprise, puis un sourire malicieux fleurit sur ses lèvres, avant de plaquer la main sur sa bouche pour étouffer un rire.
« Oh non… ! » dit-elle.
« Si ! » appuya Taylor, toute contente. « Et aussi… »
Elle se remit à chuchoter. Cette fois, Andromède éclata de rire.
« Oh oui, c'est clair ! » dit-elle en pointant Agénor du doigt.
« Quoi ? De quoi vous parlez ? » demanda celui-ci, agacé.
« Rien ! » dirent les filles en chœur, entre deux éclats de rire.
Les jours suivants s'écoulèrent de façon bien plus gaie. Taylor continua de les régaler avec des anecdotes de chez elle, sans pour autant souligner le fait qu'elle venait d'une autre époque.
Parfois, Andromède et elle se lançaient dans des messes basses en regardant Agénor, ce qui avait le don de l'agacer.
Enfin, à l'aube du quatrième jour de voyage, le terrain se fit plus pentu, et une forte odeur maritime se fit sentir dans l'air. La mer n'était plus très loin !
Ils arrivèrent bientôt au sommet d'une colline. Une fois au sommet, ils aperçurent en contrebas des habitations.
Contrairement à celles de Delphes, celles-ci avaient des toits constitués de chaume ou de branchages.
Des bateaux étaient visibles sur la berge, face à la mer. Des pêcheurs se tenaient près des embarcations, occupés à restaurer des filets.
Agénor se dirigea aussitôt vers eux, suivi d'Andromède et Persée, pour négocier le prix d'un bateau.
Restée en retrait avec Hélios et les soldats, Taylor regarda autour d'elle.
Bizarrement, à part les pêcheurs, il n'y avait pas grand-monde dehors. Les femmes et les enfants étaient-ils tous dans leurs maisons ? Si oui, pourquoi donc ?
Elle regarda un peu plus loin à l'est, et nota un sentier qui partait du village et grimpait le long d'une colline, jusqu'à un bâtiment en pierre. Pas de doute, c'était un temple. Plus petit que celui de la Pythie, il devait néanmoins servir autrefois aux gens, pour prier.
La jeune fille sentit son bras chauffer.
« Quelque chose ne va pas, Taylor ? » demanda Hélios.
« Je ne sais pas… on dirait que mon tatouage réagit à nouveau. »
En effet, le phénix sortit bientôt de sa main. Regardant autour de lui, il poussa un cri puis se dirigea vers le temple.
« Eh, attends ! » cria Taylor.
Elle se mit à courir à sa poursuite.
« Jeune dame ! On ne doit pas s'éloigner », cria l'un des soldats, derrière elle.
« Je sais, je reviens ! Je ne peux pas partir sans ce piaf », cria la jeune fille sans s'arrêter.
