Chapitre 8 : Quelques larmes par amour.
L'infirmière donne les dernières instructions à Hermione, expliquant que si le besoin s'en fait ressentir, ils peuvent l'appeler à tout moment, ou les urgences moldues. Hermione la remercie en fermant la porte. Elle rejoint Harry et son époux dans le salon transformé en chambre.
- J'ai cru qu'elle n'allait jamais partir, lâche Ron.
- Je crois qu'Harry lui a tapé dans l'œil, dit la maîtresse de maison.
- Qu'est-ce qu'elles ont ces bonnes femmes ? demande Ron à l'intention de son épouse. Dès qu'elles voient un beau mec amoché, elles ont toutes envie de lui sauter dessus.
- Pourquoi tu me poses cette question ? Comme si j'étais capable de te répondre. Moi, j'ai juste envie de l'aider parce que c'est mon ami, en ce qui concerne les autres…..
- Tu ne pourrais pas me trouver un infirmier pour les autres jours ? Si elle doit me faire les yeux doux en m'aidant à m'habiller, je crois que je vais la frapper.
- On verra ce qu'on peut faire. Demain matin, ce n'est pas elle qui viendra…
Alors qu'Hermione se perd dans des explications sur les raisons du roulement des infirmières, un « crac » tout aussi sonore qu'effrayant se fait entendre. Sortant sa baguette, Ron se dirige vers l'entrée d'où provenait le bruit incongru.
Il relâche immédiatement les muscles de ses épaules en grognant entre les dents.
- Ah, non. Il ne manquait plus que lui.
- Maître, oh mon Maître. Kreattur avait bien senti. Réveillé le Maître. C'est ce que Kreattur a senti ce matin.
- Toi, mais que fais-tu ici? Je t'avais dis de rester à la maison, crie Harry.
- Mais c'est le sang pur qui a ordonné. Et Kreattur doit obéir, parce que le sang pur a dit que le Maître devait savoir.
- Qui, Kreattur? Que dois-je savoir ? demande Harry avec impatience.
- Le noble sang pur à la peau pale. Il a dit « Donne ceci à ton maître dès que tu le pourras ». Alors dès que Kreattur a su pour le Maître, il est venu.
Harry regarde d'un air dégoûté l'enveloppe, à demi-cachée dans les plis du tissus sale de la serviette de table douteuse que porte Kreattur. L'elfe de maison porte avec respect le morceau de papier jusqu'à son Maître, ignorant l'air de dégoût affiché sur le visage de Ron. Il tente de grimper tant bien que mal sur le lit de Harry. Ron l'intercepte et le rejette en arrière. Le nez de Kreattur venant cogner bruyamment le sol.
- Ron, laisse le tranquille. Il est venu voir Harry. Viens là, Kreattur. Montre-moi ton visage. Je suis sûre …..
- Ah, la sang de bourbe touche pas… Beurk, ignominie, infâme bête, immonde…..
- Arrêtes avec ça tout de suite ou je te réduis en bouillie, crie Ron en attrapant Kreattur par le bras.
Harry allais réprimander Kreattur quand celui-ci lance un sort aux doigts de Ron.
- Ah, ça fait mal. Sale bête…. Oh Merlin, Harry fais quelque chose. Cet abruti vient de changer mes doigts en saucisses…
- Kreattur, ça suffit. Rend tout de suite leur forme aux doigts de Ron, hurle le Survivant.
- Kreattur n'a pas le temps, il doit obéir au magnifique sang pur d'abord.
- D'accord, donne-moi cette fichue enveloppe et occupe-toi de la main de Ron. Gentiment, précise Harry.
Kreattur escalade à nouveau le montant du lit, sous le regard courroucé de Ron. Il dépose doucement une enveloppe tâchée et déchirée par endroits entre les mains de son Maître. Harry déglutit difficilement. Il garde les yeux rivés à l'extrême gauche de l'enveloppe.
L'emblème des Malfoys.
Hermione s'approche, inquiète, au vu de l'air effrayé de Harry. Elle tressaille malgré elle, percevant le début d'un sanglot chez son meilleur ami. Elle vient s'asseoir sur le bord du lit, repoussant Kreattur.
Hermione entoure Harry de ses bras.
- C'est lui, tu crois ? demande-t-elle.
- Qui…. Qui t'as remis cette enveloppe ? bégaye-t-il.
- Le digne héritier de ses ancêtres. Il a dit important, pas oublier …. Très important…
Harry retourne l'enveloppe entre ses doigts. Son nom est inscrit en toutes lettres, fines, délicates, tout à fait lui.
- Stupide bestiole ! hurle Ron. Si c'est si important, tu aurais dû nous la donner dès le début. Avec le temps qu'on a passé là bas…..
- Le Maître, le noble sang pur a dit à ton Maître…. Rien que mon Maître. Revoir le beau sang pur, servir le beau sang pur, Kreattur est fait pour servir la noble descendance…..
- Silence, Kreattur !
- Je ferais selon les désirs de mon Maître…..
Kreattur se recroqueville en-dessous du lit d'Harry, marmonnant sur la supériorité de la noble maison des Malfoys.
- Harry, tu m'oublies ? Je ne peux pas rester comme ça, je t'en prie…..supplie Ron.
- Excuse-moi. Kreattur, la main de Ron. Dépêche-toi !
Kreattur dépasse la tête de dessous le lit et lance le contre-sort de mauvaise grâce avant de retourner à ses élucubrations.
- Merci, Harry. Eh attends, il fait quoi l'animal. Je refuse qu'il reste ici ! Fais-le sortir de chez moi, Harry !
- Laisse-le. Il veut veiller sur Harry. C'est son devoir après tout, dit doucement Hermione.
- T'es pas possible, ma belle. Il t'insulte et tu le défends toujours.
- Ne me cherche pas, chéri. Ou nous finirons encore la soirée en se disputant.
- Alors qu'est-ce que c'est ? demande Ron.
- Je crois qu'elle vient de Draco. C'est son écriture, je sens presque l'odeur de sa peau sur le papier….
- Argg, t'es vraiment malade, Harry. C'est de la fouine qu'il s'agit, s'indigne Ron. Et puis après avoir traîner un an dans les poches de cette chose….
- Ron, le réprimande Hermione. Harry, on te laisse. Si tu as besoin, nous ne sommes pas loin. Appelle-nous.
- Mais, ….
Ron est coupé dans son élan par le coude de son épouse s'enfonçant dans ses côtes. Elle le traîne jusqu'à la porte du salon qu'elle referme en lançant un sourire d'encouragement à son meilleur ami.
- Enfin partis, sang de bourbe et traître à leur sang….
- Ça suffit ! Rentre à la maison, attends-moi là-bas. Je viendrai te chercher quand j'aurais besoin de toi. Et garde la maison bien propre, dit Harry.
Un nouveau « crac » retenti, Harry est sûr d'avoir entendu un « assassin du grand Lord Noir » s'échapper des lèvres sombres de l'elfe de maison. Il l'oublie aussi vite, concentrant son attention sur les lettres de son prénom tracées par Draco. Il soupire et ferme les yeux. Il retourne une dernière fois l'enveloppe entre ses doigts et le décachette sans rouvrir les yeux.
Il admire les fines arabesques des lettres sur le papier de qualité. Une légère ombre sur la première ligne.
« A-t-il pleuré ? »
Rassemblant son courage, il extrait la lettre de l'enveloppe, découvrant un deuxième feuillet à l'allure officielle dont il ne se préoccupe pas. Sentant les larmes poindre à ses paupières, toujours cette gêne, il faut qu'il en parle à Hermione, il laisse ses yeux courir sur les mots laissés par son ami.
Harry,
Je ne voulais pas te frapper. Bien sûr que tu as tous les droits sur moi.
Mais je ne peux pas partir, tu le sais aussi bien que moi. Je ne perdrais pas le peu de temps qu'il me reste à te ré-expliquer mes raisons, tu les connais.
Je crois bien que nous ne nous reverrons pas. Voldemort et mon père ont compris que je suis le traître.
J'ai essayé de retourner voir mon père pour m'expliquer. J'ai fait demi-tour, tu sauras sûrement pourquoi.
Il est encore plus déterminé à te tuer, je ferais de mon mieux pour le retenir. Pour qu'il ne t'atteigne pas. Sa rage sera plus destructrice que celle de Voldemort.
Je sais que tu n'auras pas le temps de m'écrire ou peut-être que tu n'en auras pas l'envie. Ce n'est pas grave, je ne t'en tiendrais pas rigueur.
Fais bien attention à toi, superflu, peut-être, tache de survivre et je ferai de mon mieux pour te retrouver, et pour te protéger.
Tu trouveras dans l'enveloppe un document de la plus haute importance. Garde-le précieusement pour moi, au cas où il m'arriverait quelque chose.
L'aube arrive, dans une heure ils seront dans le parc et tu leur feras face. Je serais caché dans notre clairière. J'essayerai d'y revenir après la bataille, si je suis encore en vie. Viendras-tu me rejoindre ?
Je l'espère. Il ne me reste qu'à te dire adieu.
Pardonne-moi. Je t'aime.
Draco Malfoy.
Harry lit et relit les mots, comprenant le sens, sentant le chagrin, maudissant leur destinées tragiques.
Ses larmes rejoignent celle de Draco.
Laissant à contre-cœur les tendres élans du cœur de son aimé, il prend le deuxième feuillet et le parcourt rapidement des yeux. Un sourire triste s'étire sur son visage.
« Promis, je prendrai soin de toi. »
Harry replace avec précaution les deux feuilles dans l'enveloppe avant de se laisser sombrer dans le sommeil.
