Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à la BBC, j'ai fait de mon mieux pour ne pas les abîmer mais j'ai pas vraiment réussi. Seule l'histoire est de moi. L'univers appartient tout entier à la série Merlin.
Note : Reprise de la troisième saison en ayant inclus le modifications apportées par mes deux fics précédentes. (Balinor et Merlin et Hunith et Balinor)
Je remercie Bernie Calling et Angelyoru pour leur gentil commentaire. :)
Remarque sur le retard : Hier j'étais tellement crevée que j'ai finalement fait le tour de l'horloge, bref je me suis endormie avant de poster. Ça arrive. ^^. Désolée.
Bonne lecture.
Le poison de la mandragore II : Partie 2
Assis sur le dos du dragon, juste au niveau de son cou, Merlin souriait de toutes ses dents, les cheveux pris dans les vents tourbillonnant que créait le gigantesque animal par le mouvement de ses ailes. Ses yeux brillaient de joie, le jeune homme était complètement grisé par l'expérience incroyable qu'il vivait.
Le dragonnier, qui se tenait juste derrière lui, ne pouvait pas voir son visage, mais les cris réjouis et les battements de bras de son fils lui communiquaient son excitation et sa bonne humeur. Ce serait sûrement une expérience à renouveler. Là, il se contenta de poser une main sur l'épaule du sorcier pour lui rappeler qu'il était encore faible et devait éviter de se forcer.
Le jeune homme se contenta de pencher la tête en arrière, la tournant légèrement vers la droite pour améliorer sa vue et sourire. Néanmoins il se calma et lorsque Kilgharrah se posa dans la clairière, il soupira de dépit. Le jeune brun laissa sauter Balinor à terre, avant de glisser le long de la peau rugueuse du reptile et d'être rattrapé par son père qui lui évita un atterrissage peu confortable.
-Je m'arrête là, nos routes vont se séparer, déclara le dragon d'un ton solennel.
-Merci. Jamais je n'oublierai votre aide, lui répondit Merlin, les joues encore rougies par l'excitation intense de la balade.
Balinor hocha la tête, remerciant à sa manière le grand dragon, tandis que celui-ci répondait à son fils :
-Soit prudent jeune sorcier, la grande bataille pour Camelot a commencé. Tu dois être vaillant, car le destin d'Arthur ainsi que l'avenir d'Albion sont tous deux entre tes mains.
Merlin hocha la tête alors que, les ailes étendues, Kilgharrah commençait à brasser l'air et sautait en l'air, décollant gracieusement, malgré ses formes amples. Son père le prit par l'épaule, et l'engagea à le suivre.
-Vous… Tu as souvent volé sur son dos ?, se corrigea Merlin, trop habitué à vouvoyer tout le monde pour ne pas le faire automatiquement.
Balinor sourit en entendant l'erreur reprise et répondit aussi complètement qu'il put, tandis que vaillamment, les deux hommes prenaient la route qui montait à la cité.
-Oui, mais pas seulement le sien, d'autres m'ont obéi. Cela dit, c'est toujours plus agréable lorsque tu es ami avec le dragon que tu chevauches. J'ai rarement dû soumettre des dragons, mais certains étaient retors, alors je n'ai pas eu le choix.
-Retors ?, dit le sorcier en fronçant les sourcils, alors c'est un peu comme les êtres humains? Certains sont bons, d'autres lâches, ou encore courageux, ou juste stupides et d'autres sont cruels.
-Mmh oui, Uther et Morgause sont assez semblables, tout en étant l'un sans pouvoir, l'autre avec. Je suppose que c'est notre personnalité qui définit qui nous sommes plus que notre 'espèce'.
-Oui, sûrement, répondit Merlin, allez, hâtons-nous, il faut prévenir Gaius.
-0-0-0-
La porte du laboratoire s'ouvrit violemment sous la fougue du jeune apprenti, réveillant aussitôt son mentor, bien que celui-ci, violenté dans son sommeil, préféra nier ce tintamarre. Mais déjà Merlin secouait le vieil homme en l'exhortant de se lever :
- Gaius ! Réveillez-vous !
- Merlin ! Tu es de retour ! Heureusement qu'Hunith m'a prévenu de ce qu'il se passait. Sérieusement, évite de faire ce genre de choses sans me prévenir préalablement.
-Je n'ai pas le temps de vous expliquer. Mais il faut qu'on se dépêche, lui répondit le garçon en le tirant hors de son lit.
-Tout va bien au moins ?, demanda le médecin, secoué par cette agitation.
-Merlin va bien maintenant, en tout cas, lui fit remarquer Balinor en l'aidant à se relever, alors que son fils, survolté, ne cessait d'aller et venir entre la porte et les deux hommes.
-Morgane est de connivence avec Morgause, elles complotent contre Uther.
-Pardon ?
-Elle est responsable de ses hallucinations. Dépêchons-nous. Il faut que je vous montre quelque chose.
-Tu parles de la mandragore ?
-Comment es-tu au courant, fit Balinor en fronçant les sourcils, je ne savais rien moi-même lorsque je t'ai envoyé Hunith !
Merlin lui-même avait ouvert les yeux de manière assez effrayante, tellement il était surpris que Gaius sache.
-Morgane me l'a avoué. De ce que j'ai compris, elle voulait qu'Uther paie pour les crimes commis pendant la Purge : Morgause lui a permis de se rendre 'pleinement' compte de l'atrocité des crimes commis par son tuteur, expliqua le vieil homme.
-Pardon ? fit le jeune sorcier, que le médecin tenait intentionnellement dans l'ignorance des pratiques de cette période trouble.
Balinor et Gaius se regardèrent, mal à l'aise.
-C'était une période vraiment très trouble, Merlin et Uther a fait des choses qu'il me serait vraiment pénible de t'expliquer, commença à expliquer Gaius, alors que le dragonnier se tenait raide à côté de lui.
-D'accord, alors la racine a été retirée, comprit le jeune homme qui cessa enfin son incessante marche.
-Euh … pas tout à fait, réfuta le vieil homme.
-Pourquoi !, s'exclamèrent ses deux interlocuteurs.
-Eh bien, tu sais, Balinor, je t'ai fait venir à cause d'un petit souci que Morgane avait eu, entama Gaius.
-Oui, et alors ?, fit le chevalier en haussant un sourcil.
-Le phénomène s'est reproduit. Dans la chambre d'Uther, lâcha enfin le médecin, une moue gênée.
-Ooooooh, soupirèrent, surpris, les deux autres hommes.
-Il semblerait que le phénomène se produise lorsqu'elle se laisse absorber par ses propres émotions, en particulier la culpabilité et la peur. Pour échapper à sa peur, elle fait, enfin, c'est une supposition, entendons-nous bien, accélérer le temps : la poussière se dépose, les toiles d'araignées apparaissent, s'agrandissent et les tissus pourrissent et se dégradent, expliqua difficilement le vieil homme en s'asseyant sur une chaise.
-Mmh, je vois, il me faudra faire des recherches, je comprends ce qu'il se passe, mais j'ai des difficultés à évaluer comment elle pourrait se contrôler, fit le dragonnier en se mordant un bout de lèvre, signe de réflexion.
-Toujours est-il qu'Hunith, Gwen et elle s'y sont rendues ce soir pour nettoyer. Je dirais qu'elles doivent encore y être. Elle retirera la plante après, histoire de ne pas rendre Uther suspicieux, acheva Gaius.
-Bonne idée, acquiesça Balinor.
-Pourquoi pensez-vous qu'elles y sont encore ?, s'étonna le plus jeune.
-Parce que vu le bruit que tu as fait, si Hunith était là, elle serait déjà venue vérifier ton état, répondit le médecin en esquissant un sourire moqueur sur le coin de ses lèvres.
Les lèvres de Balinor se retroussèrent instinctivement, mais il retint son sourire. Merlin soupira et se dirigea vers la porte, prêt à aller aider les filles dans leurs travaux.
-Merlin, ne sois pas trop dur avec Morgane. Elle se repent vraiment, elle n'avait pas conscience de tous les impacts que cela aurait. Je crois qu'il est juste difficile pour elle de trouver sa place, le pria son mentor.
-Je comprends, soupira le jeune homme, ne comprenant que trop bien en effet.
-Tiens, voici un flacon, tu pourras dire aux gardes que c'est un calmant pour le roi, lui lança le médecin en lui tendant un flacon qu'il venait de prendre sur une étagère.
Le sorcier sourit penaudement, tandis que Gaius se retournait vers Balinor qui avait déjà sélectionné un certain nombre de livres à étudier afin de trouver une solution efficace aux émanations magiques liées aux émotions de la pupille du roi. Merlin se passa une main dans les cheveux avant de soupirer et de quitter la pièce.
-0-0-0-
Les appartements d'Uther étaient bien plus propres que lorsque les femmes s'étaient mises à l'ouvrage, mais assez vite, Morgane avait dû abandonner. D'une part parce qu'elle n'était pas très douée et faisait plus de mal que de bien, et d'autre part parce que son tuteur s'était assez vite agité.
Des trois femmes, seule sa voix apaisait le malade et en prenant son courage à deux mains, elle avait passé la nuitée à calmer l'homme, à le rassurer … La leçon fut rude, mais elle lui permit de mieux comprendre l'homme. Il n'était pas aussi cruel qu'elle le pensait. Il avait aimé, perdu … et n'avait pas réussi à s'en remettre.
Elle aussi lorsque son père était mort, il lui avait fallu un coupable et elle l'avait désigné. Pourtant là-haut, près de la tombe de Gorlois, elle avait pardonné et avait sauvé la vie de celui qui l'avait élevée et chérie comme sa fille quand elle était devenue orpheline.
Au final, elle comprenait qu'il était difficile de juger un homme sans tout connaître de sa vie. Il avait commis des actes durs et graves, pourtant les uns étaient dû à son désir de vengeance, les autres à la dure réalité politique et certains avaient même échappé à son contrôle.
Alors qu'une crise plus violente secouait Uther et le faisait tomber de son lit, la sorcière finit par le rattraper, tandis qu'il se cachait sous une tenture. La jeune femme le prit dans ses bras, le consolant, tel un enfant. Il hurlait :
-De grâce !
Le malheureux s'accrochait à Morgane comme à une bouée, alors qu'il croyait voir Ygerne et des enfants couverts d'eau.
-Pitié !, le supplia l'hallucination de sa femme.
Elle ne remarqua même pas que les deux autres femmes avaient achevé leur ouvrage et avaient même rangé leur matériel. Hunith et Guenièvre l'observaient prendre soin de cet homme qui la terrifiait pourtant tellement il n'y avait pas quelques jours.
La porte s'ouvrit, laissant entrer le jeune sorcier, qui referma prestement la porte. D'un coup d'œil, il avisa la situation : la chambre était propre, Uther en proie à un délire et Morgane tentait tant bien que mal de le calmer. Merlin se jeta sous le lit, attrapa la mandragore, l'arracha et la jeta dans le feu.
Il fit signe aux filles qu'elles pouvaient sortir, les gardes s'étant assoupis. Il rejoignit alors Morgane et tenta bêtement d'expliquer ce qu'il venait de se passer au roi :
-Vous avez été victime d'un enchantement Sire. Maintenant, il faut vous reposer.
-Oui, affirma le roi, hagard et à peine conscient de ce qui lui arrivait.
-Morgane, aidez-moi à le porter jusqu'à son lit, fit le sorcier en s'adressant à la jeune fille, encore tétanisée, elle-même un peu perdue face à la vitesse des événements qui venaient de se succéder.
Ils se levèrent en soulevant l'homme et l'aidèrent à rejoindre son lit. Une fois qu'il fut bien installé et bordé, Merlin souleva sa tête et lui fit avaler la potion calmante.
-Buvez cela, je vous prie Majesté. Vous ne tarderez pas à dormir.
Endormi, Uther commença à murmurer des choses incompréhensibles et ronfla légèrement avant de renifler bruyamment, de se tourner sur un flanc et de soupirer.
Morgane sourit légèrement au jeune sorcier, comprenant que tout allait bien maintenant et le suivit lorsqu'il sortit.
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Les livres s'amoncelaient sur le sol, se chevauchant ouverts et épars. Un bruit sourd se fit entendre, suivi d'un cri étouffé d'effarement.
-Balinor ! Fais attention, ces livres sont précieux.
-Grrr, renifla le chevalier peu intéressé par ces considérations, entièrement pris par sa recherche effrénée.
-Calme-toi, on va bien finir par trouver, répliqua le médecin.
-Tu parles, c'est à peine s'il évoque l'interaction entre émotion et magie, alors canaliser cette interaction … Il faut envisager de demander de l'aide à Kilgharrah. Il aura peut-être des idées.
-En attendant, la principale conséquence est le vieillissement de la pièce qui se recouvre de poussière. On pourrait peut-être cibler un sort pour contrer ces effets ?
-Guérir au lieu de prévenir ? Dans le dernier des cas alors, compléta le chevalier, plutôt peu séduit par l'idée.
-Non, en attendant de trouver la solution qui préviendrait le cas. Histoire de ne plus se retrouver dans ce genre de situation, expliqua Gaius.
-Il existe sûrement un sortilège de nettoyage, mais ce n'est pas dans ces livres qu'on le trouvera. Seules des sorcières habituées aux travaux ménagers doivent les connaître et se les transmettre. Peut-être les druides ?, réfléchit le dragonnier à voix haute.
-Pourquoi pas demander à la vieille Gertrude qui vit dans les bois d'Ealdor ?, lança une voix claire et cristalline, quoique fatiguée.
Surpris, les deux hommes se retournèrent vers la porte d'où la voix provenait et découvrirent Hunith, suivie de Gwen qui refermait la porte derrière elles.
-Où est Merlin ?, fit le vieil homme en fronçant les sourcils, tout en retirant ses lunettes.
-Avec Morgane, ils ont éliminés la racine, mais Uther était encore un peu choqué. Ils ne vont pas tarder je pense, raconta la jeune métisse.
-C'était une racine ?, demanda la mère du sorcier. Cette chose était indéfinissable, toute recouverte de boue. Comment as-tu su la reconnaître ?
Gwen et Gaius sursautèrent. Merlin ne leur avait pas expliqué ? Non, il est vrai qu'Hunith était arrivée par la suite.
-De ce que j'ai compris, ma mie, la pupille du roi a voulu, d'une certaine manière, faire justice elle-même. Elle a reconnu avoir installé une racine de mandragore sous le lit du roi, cela permet à la personne concernée de revivre ses crimes et ainsi de ressentir tout le mal qu'il a fait, explicita Balinor à sa femme, de manière détachée et presque sans la regarder, alors qu'il feuilletait toujours un livre, le front rempli de rides.
Il releva soudain la tête, fronçant un peu plus ses sourcils et demanda alors à sa femme :
-La vieille Gertrude tu disais ?
-Euh …, entama Hunith, complètement estomaquée et perdue par ce changement de sujet. Attend, tu veux dire que c'est pour cela qu'elle a été voir Morgause ? Elle a sciemment mis en danger le roi Uther, Camelot, le prince Arthur et MON FILS ?, termina-t-elle par un hurlement, passablement énervée d'apprendre comment cette situation s'était mise en place.
-Oui, acquiesça calmement Balinor. Pourquoi la vieille Gertrude ?, reprit-il.
-C'est tout ce que tu dis ?, s'étonna-t-elle.
-Morgane a fait une erreur qui a eu, certes, des conséquences graves, mais néanmoins elle s'en est rendue compte à temps et nous a permis de régler pas mal de choses dans l'immédiat. Je crois que cela lui aura permis d'apprendre beaucoup de choses sur la personnalité de sa sœur, et sur celle d'Uther. Je pense qu'elle saura mieux nuancer les choses maintenant, commenta le dragonnier, avant de reprendre sur le sujet qui le taraudait : Gertrude donc ?
-Bon sang, laisse-moi le temps d'assimiler, cria la femme, avant de se laisser emmener par Gwen jusqu'à un banc où elle pourrait se reposer.
Balinor se leva, voulut parler et finit par refermer la bouche. Inutile de la bousculer davantage, surtout vu la situation actuelle. Bientôt, la guerre allait éclater, ils ne pourraient pas retourner à Ealdor avant un moment.
C'est à ce moment intense en révélations où le silence s'imposait, que la porte se rouvrit dans un grincement affreux, rajoutant à l'atmosphère étouffante de la pièce.
Chacun se tourna vers l'entrée du laboratoire où se tenaient Morgane et Merlin. La sorcière voulut faire un mouvement de recul en voyant le regard dur d'Hunith, manifestement mise au courant de ce qu'elle avait fait. Mais déjà, Merlin lui attrapait la main et entrait dans la pièce, la tirant derrière lui.
-Et alors, vous en faites une tête de mort ! La situation est réglée, tout est bien qui finit bien non ?
Gwen retint un pouffement, alors que Balinor levait les yeux au ciel et que Gaius soupirait. Hunith se contenta de se lever et de prendre un visage réprobateur.
-Ben quoi ?
-Non Merlin, tout n'est pas fini, à cause de moi, Camelot est en situation de faiblesse et Cenred veut en profiter, grimaça la brune, à présent bien consciente des impacts de sa faute.
-Ouais ben, il y est jamais arrivé, et on est dans la même situation que d'habitude, sauf qu'un homme doit faire la sieste au lieu de se battre. Un homme ça fera pas une grande différence, fit le jeune homme en balayant d'un revers de la main tout sentiment contraire à sa réflexion.
-Mmh, Arthur ne se plaint jamais de ton manque de bon sens en ce qui concerne les actes de guerre ?, demanda à peine innocemment son père, à moitié mort de rire intérieurement.
-Tout le temps, mais il se trompe souvent, sourit largement le garçon, provoquant le rire de la foule s'entassant dans les appartements de Gaius, allégeant enfin l'atmosphère.
-Il va falloir que je lui avoue mon crime, maintenant, affirma la sorcière, tremblant sous le coup de sa décision.
-Non, trancha Gaius, pas maintenant. À la rigueur, après la guerre, mais ce serait absolument dangereux de lui dire maintenant.
-D'accord, mais je lui dirai, je dois lui dire, n'est-ce pas, c'est les secrets qui pourrissent les situations, je l'ai bien compris, conclut Morgane.
-0-0-0-
Les portes des appartements du prince s'ouvrirent, laissant passer un serviteur de bonne humeur qui s'avança gaiement dans la pièce pour ouvrir violemment les rideaux, absolument peu soucieux de réveiller le prince encore endormi.
Mal lui en prit, car lorsqu'il se tourna, prêt à tancer Arthur pour le faire se lever, il fut à deux doigts de défaillir.
-Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ?
Merlin avait l'air effaré, totalement dégouté par l'état de la pièce jonchée d'objets divers. Par contre, le blond apprécia moins la remarque qui venait de le réveiller, et passablement énervé lui jeta sa colère à la figure :
-Tu oses le demander ? J'ai dû me débrouiller sans serviteur ! Voilà ce qui s'est passé ! cria-t-il.
-Je ne me suis pas absenté si longtemps !, fit le sorcier, d'une voix emplie de stupéfaction et de suspicion.
-Sans ma permission !, précisa le prince qui se levait.
-Mais si j'avais été à l'agonie ?, répondit le brun tandis qu'il commençait à ramasser le fatras étalé par terre.
-Je ne m'en plaindrais pas Merlin ! Mais tu n'es pas mort ! Alors où étais-tu passé ?, contra Arthur, déjà lassé par la discussion qui promettait de devenir encore plus surréaliste, il le sentait.
-J'étais à l'agonie, affirma Merlin, avec un aplomb qui aurait pu ébranler Arthur si celui-ci n'avait pas déjà pris le parti de considérer que son serviteur lui mentirait certainement.
-Je n'ai pas de temps à perdre avec toi ! L'avenir du royaume repose sur mes épaules ! Aurais-tu la moindre idée de ce que cela représente ?, lança-t-il, de son air parfaitement imbu et voulant faire taire le garçon avant de ne plus pouvoir céder au désir de lui tordre le coup.
-Hé bien… commença le brun, hésitant à lâcher une blague qui ne serait sûrement pas au gout de son maître.
-Merlin ! Je devrais te faire jeter du haut des donjons, alors qu'as-tu à dire pour ta défense ?, s'offusqua le prince, outré qu'il puisse chercher une excuse devant lui.
- Que vous n'avez pas eu de petit-déjeuner ce matin ?, sortit Merlin, incapable de retenir le bon mot qui lui était venu à l'esprit.
Arthur s'énerva encore plus, et toujours assis dans son lit, il se mit à la recherche de quelque chose tout en continuant à répondre :
-C'est toi qui va me servir de petit-déjeuner !
Et trouvant enfin ce qu'il voulait, le jeune le lui jeta à la tête, avant de poursuivre avec tout ce qui lui passait dans les mains.
-Pas étonnant que cette chambre soit dans un état pareil !, répliqua Merlin en évitant soigneusement les projectiles, effectuant sans s'en rendre compte une petite danse qui le rendait particulièrement stupide. Ah oui ! Je vois que vous avez vraiment l'étoffe d'un grand Roi !
Arthur devint rouge, attrapa un dernier objet et visant le jeta le plus fort qu'il peut. Merlin se baissa à temps et courut hors de la pièce, laissant le prince furibard.
-0-0-0-
Arrivée dans ses appartements, Morgane s'était littéralement effondrée sur son lit, faisant pouffer Gwen, qui lui conseilla de ne pas trop se prélasser, pour ne pas que sa nouvelle servante ne se pose de question.
-Oh mais j'ai trop besoin de dormir, moi, se plaignit la jeune fille qui se releva avec difficulté.
-J'ai peut-être une idée …, sourit Gwen, les yeux brillants de malice.
Morgane redressa son dos qui s'était courbé sous le poids de sa fatigue, particulièrement intéressée par le ton qu'avait pris sa nouvelle dame de compagnie.
Malheureusement pour elle, Audrey frappa à la porte et entra en la poussant d'une poussée de dos, les bras chargés de victuailles.
-Ma Dame ?, fit la pauvre fille, étonnée de trouver celle qu'elle remplaçait dans les appartements de sa nouvelle maîtresse.
-Bonjour Audrey, Gwen est venue plus tôt aujourd'hui, … pour… hum, commença à expliquer maladroitement la sorcière.
-Pour préparer notre journée, nous allons mettre les bouchées doubles sur les leçons de broderie. J'ai bien vu que ça n'avançait pas. Aussi, je vais l'emmener chez moi, elle n'aura rien pour la déconcentrer.
-C'est une bonne idée, quel est le sujet de votre ouvrage ?, commenta la jeune bonne en déposant sur la table le plateau et préparant la table du petit-déjeuner.
-Une corbeille d'abondance, … il paraît qu'en plaçant ce genre de sujet dans une pièce pour décorer, cela porte chance, explicita la jeune dame.
-En effet, ma Dame, j'espère en faire une lorsque je me serais mariée…, commença la fille aux cheveux châtains. Enfin si je me marie, finit-elle en rougissant.
-Tu as déjà un fiancé ?, demanda Gwen, qui s'installait à table en face de Morgane qui lui faisait signe de déjeuner avec elle.
La bonne lui apporta une assiette supplémentaire, tout en continuant de rougir :
-Non, malheureusement.
-Mais il y a un garçon qui te plaît…, susurra Morgane, devinant.
-Eh bien… oui, mais …, fit la bonne en rougissant et en se tordant les mains, nerveuse.
Gwen lui sourit et déposa sa main sur les mains tremblantes :
-Je suis sûre que tout ira bien, qui que ce soit, et même si ce n'est pas celui avec qui tu finiras ta vie, je suis persuadée que tu seras parfaitement heureuse.
-Peut-être … Avez-vous encore besoin de moi ?, demanda-t-elle.
-Non, merci. Dès que nous aurons fini, je m'habillerai et nous irons chez Guenièvre, je serai probablement absente toute la journée, n'est-ce pas ?, affirma Morgane avant de s'adresser à sa meilleure amie.
-En effet, … Je m'occuperais de notre repas de midi, lui confirma la métisse.
-Dans ce cas, prends ta journée, profites-en pour aller voir ton fiancé secret, ajouta Morgane à Audrey qui se baissa en une révérence solennelle et sortit joyeusement.
-Elle est mignonne, commenta Gwen.
-Très, je me demande de qui elle est amoureuse, cela avait l'air de la gêner. Peut-être quelqu'un qu'elle ne devrait pas ? …
-Morgane, ne l'ennuyez pas avec ça, s'il vous plaît, rit Guenièvre, comprenant que ce petit jeu allait devenir une obsession.
-Imagine, cela pourrait être ton gentil prince Arthur, la taquina la sorcière.
-Très drôle, ce n'est pas mon gentil prince Arthur, répliqua Gwen en faisant les gros yeux.
-Certes, vous n'en êtes pas encore là, vous vous contentez de vous tourner autour en espérant que l'autre fasse le premier pas. Étonnant de la part d'Arthur, je ne l'aurais jamais cru si timide.
-Morgane …, pria la métisse.
-D'accord, d'accord, tu ne veux pas le reconnaître, mais maintenant que tu es ma dame de compagnie, tu peux au moins prétendre à la main d'un chevalier, alors je pense que tu ne dois pas désespérer.
Gwen lui sourit, tandis que par la fenêtre, Morgane observait Merlin passer dans la cour intérieure. Elle pencha la tête, impassible tandis qu'elle se mettait à rêvasser.
-0-0-0-
La salle du conseil du château était illuminée par le soleil déjà bien haut dans le ciel, tandis que la foule qui y était amassée faisait le point sur la situation particulièrement tendue du moment. Arthur s'appuyait sur la table, tandis que Sir Léon précisait le dernier rapport parvenu au château.
-Selon moi, ils seront aux abords de la ville en moins de deux jours, conclut le chevalier aux cheveux bouclés.
-Sous quelles bannières marchent-ils ?, interrogea Arthur, bien qu'il se doutait de la réponse.
-Celles de Cenred Sire. Nous savions qu'il rassemblait une armée, répondit Sir Léon, las de cet interrogatoire pourtant nécessaire pour montrer au conseil que la situation était bien en main.
-Combien d'hommes ?, poursuivit le prince.
-Vingt mille, peut-être davantage, affirma le chevalier.
-Je crains que la nouvelle de la maladie du Roi ne se soit répandue hors de nos frontières. Cenred estime que c'est une bonne occasion, intervint Gaius dont les cernes avaient été camouflées par une crème, fort à propos.
-Trouvons le moyen de le ramener au calme, proposa Sir Léon.
-Mon père ne ferait pas cela, il ne soumettrait pas à l'ennemi, rétorqua le blond, outré par l'idée de ne serait-ce que penser à 'discuter' avec Cenred, cet idiot incapable de voir plus loin que le bout de son nez.
-Pardonnez-moi Sire, mais ils sont deux fois plus nombreux que nous, avoua le chevalier blond.
Et il serait complètement fou d'espérer s'en sortir sans aide. Pourtant il comprenait le point de vue de son prince, mais vingt mille… c'était énorme, cela dit, il n'était pas faux de dire que l'armée de Camelot était parfaitement entraînée. Arthur était un grand guerrier, un grand meneur, mais il n'avait jamais totalement pris les rênes seul. L'ombre de son père était toujours là, planant derrière chaque soldat. Mais la conversation se poursuivait et il replaça son attention sur ce qu'il se disait.
-Quelles sont les exigences de Cenred exactement ? Quel territoire convoite-t-il ?, questionna le prince.
- Rien ne nous oblige à lui céder quoique ce soit, mais ça nous ferait gagner un temps précieux, rapporta Gaius, soucieux de trouver une solution susceptible de les aider.
-Cela indiquerait que nous sommes plus faibles. Il n'y a qu'une ligne de conduite à adopter, nous devons nous préparer à tenir un siège, répliqua vertement Arthur, incapable d'en faire moins que son père. Il ne laisserait certainement pas l'image de Camelot perdre de sa force à cause de ses propres faiblesses.
-Est-ce bien là une sage décision Sire ?, s'inquiéta Sir Léon.
-Le château est notre meilleur atout, aucune armée n'a jamais pu prendre Camelot, lui jeta Arthur, à présent sûr de lui.
-Mais qu'en sera-t-il du peuple dans les villages alentours ?, demanda le chevalier bouclé.
Après tout, si le château était imprenable, les villageois seraient dans une position très délicate, et Cenred pourrait les utiliser à son profit. Il frémit, Arthur était un prince bon et juste. Un jour il serait un grand roi, mais pour l'heure, son sens aigu de la justice et sa bonté risquaient de se retourner contre eux.
-Nous leur donnerons refuge dans l'enceinte de la ville, réfuta Arthur, ignorant qu'il venait sans le savoir de dénouer une angoisse naissante dans le creux des reins de son interlocuteur.
Cela dit, Sir Léon reprit.
-Que deviendront alors leurs champs, leurs maisons ? Cenred va tout détruire sur son passage, et…
-Mais ils auront la vie sauve. Allez, vite, apprêtez l'armée, l'interrompit son prince, soudain auréolé d'une autorité grandissante.
À suivre
Voilà, j'espère que ça vous a plu. Vous êtes libres de commenter ou pas. Cela dit, ça me ferait plaisir.
À la semaine prochaine.
