Chapitre 9 :
Château de la Méchante Reine…
Emma entendait le crépitement du feu sur sa gauche, distinguait le défi dans son regard, le plaisir de l'avoir surprise, affiché par son sourire sur lequel s'étirait cette cicatrice qu'elle avait tant de fois embrassée. La jeune femme remarqua l'étincelle de fierté dans ses yeux, celle du conquérant persuadé d'avoir gagné et mis à terre un ennemi coriace.
The Evil Queen jubilait. Le Dark One étonné par son geste, posait les yeux sur le manche du poignard qui dépassait de sa propre poitrine. Emma allait mourir dans quelques instants et la Reine guettait le sang qui coulerait de sa bouche si la magicienne noire tentait de parler. Elle observa ahurie, Emma tirer doucement sur la poignée et suivre des yeux la lame sans la moindre trace de sang sortir de son thorax. Elle croisa le regard entièrement noir du Dark One qui venait de laisser tomber l'arme, captant tel un écho dans le lointain, le son métallique de l'acier cognant le sol en pierre de la chambre.
Pour la deuxième fois de la journée, la Reine sentit les doigts d'Emma serrer sa gorge. Sur le visage pâle du Dark One à quelques centimètres du sien, The Evil Queen contemplait la fureur qui déformait ses traits. Mais si elle devait mourir, la souveraine provoquerait cette Princesse une dernière fois, décida-t-elle en articulant difficilement.
– Allez-y, tuez-moi… Embrassez-moi… Faites quelque chose… Princesse.
The Evil Queen ne lui donnerait jamais la satisfaction de lui montrer qu'elle avait gagné, que sa tentative d'assassinat sur elle avait échoué et qu'Emma pouvait donc faire ce que bon lui semblait d'elle. Non, le Reine noire, lui cracherait tout son dédain jusqu'à son dernier souffle.
– Pensiez-vous vraiment me tuer d'une quelconque dague dans le cœur… Majesté ? Je suis le Dark One, je suis Immortel. Comment avez-vous pu faire une erreur aussi stupide ?!
Emma l'avait lâchée et s'était reculée, lui tournant le dos, inspirant profondément pour calmer sa rage. Ayant immobilisée Regina d'un mouvement du poignet. Elle attendait sa réponse en se disant que The Evil Queen ne se souvenait plus d'elle, que cet acte n'était que le résultat d'un sort de Rumplestilskin et qu'elle ne devait pas l'oublier !
– Je ne peux plus utiliser ma magie grâce à ce bracelet, alors je fais avec les moyens du bord, ironisa la Reine.
Elle se garda de préciser que la lame était empoisonnée, déçue que son petit cadeau n'ait aucun effet sur Emma.
Le Dark One porta une main à sa poitrine et sourit. Le poison était vicieux, Regina aurait vraiment pu la tuer mais avoir l'équivalent des pouvoirs de deux Dark One dans le sang l'avait sauvé… Elle inspira doucement sentant les ténèbres se dissiper et son regard redevenir humain puis demanda :
– Quand comptiez-vous me dire que la lame était empoisonnée ?
– …
Emma se retourna et fixa en silence la femme inerte. Même imbibée jusqu'à la moelle de noirceurs, l'Obscur savait qu'elle n'aurait jamais pu lui en vouloir. Si le poison s'était répandu dans son système sanguin, elle aurait encore aimée son assassin, lui aurait pardonné jusqu'au dernier instant.
Son regard dévia sur la main qui portait la bague et Emma esquissa un sourire.
– C'est une belle alliance que vous portez-là, Majesté. Qui vous l'a offerte ?
Regina la toisa puis répondit :
– Mon fiancé…
– Daniel ? S'étonna Emma.
– Oui, répondit la Reine du bout des lèvres, s'injuriant intérieurement de lui donner cette information. Elle suspectait que le Dark One l'obligeait à parler en utilisant sa fichue magie contre elle.
Emma inspira à nouveau et la libéra en prononçant clairement :
– JE vous ai donnée cette bague, Regina, quand JE vous ai demandé de m'épouser…
Elle écouta impassible le rire de la femme qui la prenait pour une demeurée.
– Vous êtes complètement folle, lâcha la Reine, persuadée que la Princesse avait touché le fond.
Emma s'assit dans un des fauteuils devant la cheminée et invita Regina à faire de même dans le deuxième. La Reine plissa des yeux pendant que le Dark One reprenait tranquillement.
– Pourriez-vous me lire l'inscription présente dans l'anneau ?
La femme portant toujours des vêtements aguicheurs, fit le tour du mobilier et s'assit dans le siège sans un mot continuant à regarder Emma d'un air d'incompréhension.
Emma sourit tristement et lui montra sa main gauche où une réplique de sa bague entourait son annulaire. Le Dark One la retira et la tendit à Regina.
– Que lisez-vous ?
La Reine manipula l'anneau dans ses doigts, finit par apercevoir l'inscription gravée dans l'or blanc et murmura :
– SwanQueen…
– Oui… c'est nous. Je suis Swan et vous Queen.
La souveraine retira sa propre bague, y distingua la même inscription, leva les yeux vers elle et déclara en fronçant les sourcils :
– Vous pensez que je vais vous croire ? C'est un surnom ridicule. Et même, à supposer que vous ayez raison, je n'aurai jamais accepté que « Queen » soit à la deuxième place !
Emma faillit rire de cette remarque mais se retint. Elle laissa les flammes la divertir, se souvenant à la place d'un incendie à Storybrooke durant lequel elle avait sauvé la femme qui quelques minutes plus tôt avait voulu la tuer… Encore une fois elle soupira. Emma n'aurait-elle jamais droit à une vie tranquille ? Elle se réprimanda intérieurement, elle était en vie, Regina aussi, sa « nouvelle identité » n'était qu'un fâcheux contre temps… Un sort qui n'avait pas été brisé par leur baiser… Pour changer...
– Alors ? La rappela Regina. Vous allez me dire la vérité ?
Emma fit apparaitre une petite table en bois entre elles, deux verres et une bouteille.
– Voulez-vous un verre du meilleur cidre au monde ? Proposa le Dark One.
– Vous n'avez pas quelque chose de plus fort ? Demanda The Evil Queen d'un ton plein de mépris.
Le Cygne noir leur servit un verre sans un mot, souriant intérieurement à cette réplique inversée d'un autre temps et but une gorgée en ferment les yeux, se fichant de savoir si la Reine comptait goûter ou non à la boisson. Regina expira devant l'air buté d'Emma et s'adressa à elle, le verre dans la main, s'interrogeant sur la couleur du liquide.
– « Swan »… Pourquoi ?
Emma finit son verre et se resservit, énervant un peu plus la femme à ses côtés.
– Savez-vous pourquoi nous sommes ici, Majesté ?
– Parce que je suis The Evil Queen et que vous avez peur de moi. Alors vous n'avez rien trouvé de mieux que de m'enfermer, répondit automatiquement Regina.
Le Dark One tourna la tête vers elle l'observa en silence avant de préciser :
– Nous sommes ici parce que je dois vous protéger…
The Evil Queen se mit à rire. Emma attendit tranquillement que la crise et la réplique cinglante soient passées.
– Me protéger ?! Non, mais écoutez-vous ! Vous êtes aussi pathétique que votre mère. Je n'ai besoin de personne et certainement pas d'une ringarde qui chante dans la forêt pour faire plaisir aux fleurs !
La Reine ouvrit la bouche au rire de la Princesse, se demandant si cette fichue progéniture de Blanche-Neige avait compris ce qu'elle venait de lui dire. Emma se calma et reprit la parole.
– C'est vrai… Je chantais ! Un instant mémorable… Mais n'ayez crainte cela n'arrivera plus. Concernant votre question, sachez que je vous protège… de vous-même.
La Reine ne daigna pas répondre, reniflant à la place pour lui signifier qu'encore une fois elle la prenait pour une abrutie. Emma but une nouvelle gorgée et reporta son attention sur le feu, reprenant d'une voix triste.
– Je dois avouer une chose… Rumplestilskin était intelligent…
Regina nota mentalement l'information dont elle s'était doutée, à savoir que l'ancien Ténébreux était mort, puis écouta la suite.
– Je l'ai haï pour les termes du contrat qu'il vous a proposé et que vous avez accepté pour me sauver.
La Reine fronça les sourcils, Emma hocha la tête sentant le trouble émaner de la femme de sa vie.
– Il vous a fait croire qu'il vous rendez vos pouvoirs… Il a été si malin… Il a d'abord pris votre mémoire et remplacé vos souvenirs par ceux de la Regina de ce monde…
Regina gigota sur son siège, encore victime d'un silence imposé par le Dark One afin qu'elle ne l'interrompe pas.
– Une Reine à qui la magie avait été enlevée… Mais vous auriez dû vous méfier, Regina. Tous les Dark One ont pour habitude d'escroquer ceux avec qui ils passent un marché…
Emma eut un petit rire.
– Bien que je suppose que vous pensiez l'avoir roulé vous-même, persuadée qu'il n'y arriverait pas. Elle soupira. Mais vous avez oublié une chose primordiale, dans tout autre monde vous auriez eu raison, sauf ici… Au royaume des vœux… Bien sûr la chance d'y arriver était mince et pourtant possible…
Le Dark One regarda la femme qui ne la quittait pas des yeux et commençait à comprendre.
– Oui, c'est bien ça, Majesté… Félicitations… Vous êtes enceinte.
The Evil Queen accusa le coup, suivant des yeux Emma qui se levait et se dirigeait vers le balcon.
Elle était enceinte de Rumplestilskin !
Emma avait eu raison, Regina avait passé la nuit avec lui pour honorer sa parole dans leur contrat qui lui permettrait de retrouver ses pouvoirs, mais aussi parce qu'elle avait toujours eu un petit faible pour lui. Elle n'aurait pas dû être enceinte, les effets de la potion qu'elle avait bu plusieurs années auparavant étaient insensibles à toute forme de magie, elle s'en était assurée… Pourquoi n'avait-elle pas pensé aux conséquences du Royaume des vœux ? La Reine déglutit en se disant que quelque chose clochait, comment avait-elle pu oublier la magie du monde dans lequel elle vivait ?! Une erreur pareille n'était vraiment pas son genre. À moins que… Emma avait parlé de souvenirs implantés en elle, lui révélant qu'elle n'était pas la Regina de ce monde…
The Evil Queen se leva et porta une main à son ventre en repensant à ce qu'elle venait d'apprendre.
Emma les mains accrochées à la rambarde, observait la forêt dans le lointain. Elle entendit les pas de Regina mais ne se retourna pas, la voyant du coin de l'œil se placer à côté d'elle.
– Expliquez-moi… Comment savez-vous pour Rumple et moi ?
Emma serra les dents, elle avait encore du mal à accepter qu'elle ait passé la nuit avec… lui, même si son but avait été de la sauver. Elle ferma les yeux et révéla :
– Je possède tous ses souvenirs…
Regina ouvrit la bouche.
– Vous voulez dire… ?
– Oui, même de vos ébats, dit-elle d'une voix teintée d'une rage contenue et d'une tristesse, elle, parfaitement audible.
La Reine observa le profil de la princesse. D'après ce qu'elle lui avait dit, elles étaient fiancées et bien que cette idée restât pour elle des plus ridicules, la peine présente dans la femme immobile la toucha, elle murmura ne comprenant pas vraiment pourquoi elle voulait alléger son chagrin, pourquoi elle disait cela.
– Alors vous savez que j'ai simulé…
Emma se tourna vers elle et lui sourit. Elle caressa la joue de la Reine qui se figea mais ne recula pas, décelant toute la tendresse du Dark One pour elle.
– C'est gentil de dire ça… Mais je sais que vous mentez… J'ai suffisamment partagé votre couche pour reconnaître que vous avez apprécié sa compagnie…
Regina ne répondit pas, détournant le regard vers la végétation dans le lointain. Emma recula et porta une main à ses yeux se les frottant doucement.
– Je suis fatiguée, Majesté. La journée a été longue et j'aimerais me reposer…
– J'ai besoin de réponses.
– Et je vous les donnerai, je vous le promets, simplement pas ce soir… S'il vous plait.
The Evil Queen la fixa sans rien dire et opina. Et dire que moins d'une heure plus tôt elle avait voulu la tuer et que maintenant elle acceptait d'attendre pour connaître toute l'histoire ! Elle ferma les yeux, sentant la fatigue s'emparer également de son corps et s'éloigna.
Elle entendit Emma lui souhaiter « bonne nuit » mais ne répondit pas en sortant de la chambre.
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Château des Charmant, le lendemain matin…
Drizella observait du haut de la tour le couple en contrebas. Alice et Robin reflétaient le bonheur à l'état pur. Elle expira et détourna le regard. À quoi servait de se torturer de la sorte, Alice ne serait plus jamais avec elle et il n'était pas juste d'en vouloir à… Samy. Elles étaient des âmes sœurs.
La jeune sorcière marcha en direction de l'immense table ronde. La salle de réunion était vide et ses pas résonnaient désagréablement à son oreille. Elle regrettait le temps où ses talons annonçaient son arrivée, le temps où Tilly l'attendait…
Elle jura et attrapa une des cartes présentes sur la table. Le Royaume des vœux était immense. Forcément… La moindre andouille ajoutait toujours un lambeau de terre à ce lieu, comme si réunir plusieurs domaines sur le même territoire était une bonne idée.
Grincheux, la Fée Bleue et quelques autres lui avaient fait un résumé de l'état du domaine. Depuis la mort de ses grands-parents, le « Roi » Henry avait dilapidé les caisses du royaume pour retrouver The Evil Queen dans une nation où elle n'était même plus et commençait apparemment à filer un mauvais coton. Connaissant Emma, elle saurait ramener son rejeton sur le bon chemin, se dit la jeune femme.
Drizella sourit, Emma était guérie… Et elle lui avait fait confiance pour reprendre les choses en main ici pendant qu'elle s'occupait de Regina. Elle repensa à ce qu'elle lui avait dit la veille. Regina était enceinte… de Rumplestilskin. Elle se remémora les traits de la Reine dans leur appartement face à la proposition du Dark One. Elle avait paru surprise et pourtant avait accepté pour sauver Emma.
Alice n'aurait pas fait ça pour elle, pensa-t-elle amèrement.
Elle se demanda ce que voulait faire Emma. Voudrait-elle repartir pour Hyperion Heights ? Voulait-elle rester ici ? Le Ténébreux était parti s'enfermer dans le château de la Méchante Reine avec son fils mais pour combien de temps ? Regina finirait par se souvenir et même si elle était heureuse de retrouver une version de la Forêt Enchantée, elle n'aurait pas été contre… Elle agita le poignet puis sourit. Elle n'aurait pas pensée y arriver mais… Elle se dressait là sur la table fière avec son étiquette rouge : une bouteille de coca-cola. Cette boisson lui avait toujours remonté le moral.
Elle l'attrapa et se mit à la boire avec plaisir. Drizella sursauta en apercevant la femme à quelques mètres qui la regardait avec étonnement. D'après son accoutrement, il s'agissait d'une servante.
– Quoi ?! Aboya Drizella. Qu'est-ce qu'il y a ?
Non mais cette femme osait la déranger dans un moment de retrouvaille extraordinaire ! Le sucre qui s'accrochait encore à ses papilles lui avait manqué. Elle n'était ici que depuis un jour mais cela lui paraissait être des années.
La bouteille à la main, Drizella fixait méchamment cette blonde qui se rapprochait, obnubilée par sa boisson.
– Qu'est-ce que c'est ? C'est une boisson sucrée, non ? Je m'y connais en sucrerie et cependant ce liquide ne me dit rien… Expliqua l'inconnue en montrant le coca-cola.
– C'est à moi ! S'écria Drizella.
Elle eut honte de son comportement. Tout ça pour une pauvre bouteille de coca. Elle se conduisait comme une gamine à qui on voulait enlever son bonbon. Elle était à cran… Les derniers jours avaient eu raison d'elle et n'avoir personne pour partager ses nuits après « deux ans » auprès d'Alice commençait à lui peser dangereusement. Elle reporta son attention sur l'étrangère qui s'était arrêtée en entendant l'avertissement et inspira.
Surprise Drizella ouvrit la bouche, oubliant ce qu'elle voulait dire, cligna des yeux à la place, décelant l'odeur si particulière de la magie. C'était déconcertant, car hormis celle d'Emma et d'Alice qui lui était familière et guère excitante, ce parfum là possédait une autre touche plus alléchante, une légère odeur de caramel et de pâtisserie sortant du four. Drizella secoua la tête. Elle avait toujours aimé le sucre mais à ce point-là ? Elle était accro ? Ou était-ce cette femme qui la troublait ?
La sorcière la détailla. Assez belle, blonde avec des yeux bleus, la jeune femme souriait en coin devant son regard insistant, l'air pas vraiment intimidée. Au contraire, elle paraissait plutôt provocatrice, cherchant à visiblement à l'agacer. Elle reprenait la marche dans sa direction et face à Drizella, elle désigna la bouteille en demandant :
– Je peux ?
Drizella s'interrogeait. Comment cette servante se permettait-elle d'agir de la sorte ? Elle lui donna la bouteille en questionnant :
– Qui es-tu ?
La jeune femme ne répondit pas, goûta l'étrange boisson sucrée et s'exclama :
– Whoua… c'est bizarre ! Mais c'est bon.
Drizella ferma un instant les yeux à l'essence qui se dégageait d'elle. Fichue odeur de cookie ! Depuis quand s'enivrait-elle de ce genre de détail ?!
– Tu sens le gâteau, souffla Drizella malgré elle.
La jeune femme haussa les épaules, s'éloignant en précisant :
– C'est possible, j'ai vécu pas mal de temps dans une maison en pain d'épice.
– …
Drizella la suivait des yeux, sentant que quelque chose lui échappait. Finalement l'intruse se retourna et un éclair rose projeté dans sa direction l'attaqua. Drizella l'arrêta sans problème. Elle comprit que la personne à quelques mètres était également une sorcière, mais qu'elle ne possédait pas son talent et son expérience, elle n'était encore qu'au début de son entrainement. Les traits de la servante reflétaient une surprise non dissimulée, avait-elle vraiment cru qu'elle pourrait l'atteindre ? Elle agita le poignet et la jeune femme se retrouva ficelée sans ménagement, se tortillant pour essayer de se libérer mais sans succès.
Drizella fronça les sourcils aux éclats de verres et au liquide sur le sol, sa merveilleuse bouteille lâchée dans sa lutte contre ses liens par cette petite grue qui avait osé lui envoyer un sort insignifiant.
Elle s'avança d'une démarche lente articulant avec contrariété :
– Ta magie marche peut-être sur les gueux qui peuplent ce château mais elle est aussi inoffensive pour moi qu'une balle en mousse !
– Une balle en mousse ? Répéta bêtement la prisonnière.
Drizella se pinça l'arrête du nez entre l'index et le majeur. Et dire qu'elle avait été une avocate crainte et respectée dans un autre monde et qu'aujourd'hui, elle se retrouvait à devoir expliquer ce qu'était une balle en mousse à une étudiante en magie digne d'une première année de Poudlard !
– Qui es-tu ? Lui demanda-t-elle pour la deuxième fois.
La jeune femme ne répondit pas lui envoyant à la place un regard assassin qui n'eut pour résultat que d'énerver encore plus Drizella qui resserra magiquement les liens autour d'elle, arrachant une grimace de douleur à celle qui se permettait de lui résister.
– Alors ?
– Gretel ! S'écria la servante pendant que les cordes commençaient à sérieusement l'étouffer.
Gretel… Drizella chercha dans sa mémoire, sans résultats, ce nom ne lui disait rien.
– Et où est Hansel ? Demanda une voix derrière elle.
La sorcière se retourna et suivit des yeux celle qui s'approchait d'eux. Sa démarche dénotait la certitude de son pouvoir, elle avait beau ne pas ressembler physiquement à sa sœur, leur côté « supérieur » coulait dans leur veine et s'exprimait même dans leur façon de se mouvoir.
– Zelena, la salua-t-elle, que me vaut ce plaisir ?
La nouvelle arrivée ne lui répondit pas, passant devant elle sans la regarder, s'intéressant à sa prisonnière en fronçant légèrement les sourcils.
– Tu es plus âgée que tu ne devrais l'être… Si mes calculs sont bons tu as le même âge qu'Henry et pourtant je dirais bien que tu es plus vieille de quoi… six ans ? Ais-je raison ?
Gretel la foudroya du regard et Zelena se rapprocha en souriant, inspirant lentement l'odeur de la jeune femme.
– Ta magie sent plus fort qu'elle ne devrait, tu as donc été victime d'un sort… Elle s'éloigna à pas lents tout en réfléchissant, puis s'adressa à Drizella. N'as-tu pas remarqué la signature dans son odeur ?
Drizella jeta un coup d'œil à Gretel, cette histoire de parfum la déroutait. Elle décida de l'écouter, elle lui jetterait quelques remarques désobligeantes un peu plus tard. Elle réfléchit à ce qu'elle avait senti et secoua négativement la tête en répondant :
– Une odeur de gâteau, de cookie, mais à part ça…
Zelena sourit de toutes ses dents avec condescendance en répliquant :
– Et cela prouve que tu es encore une jeune sorcière… Saches, Drizella, qu'une touche de fumée enrobe la magie de cette demoiselle… Et qui possède cette odeur si particulière lors de l'utilisation de sa magie ?
Drizella s'interrogea. Emma sentait l'essence, Regina le poivre, des odeurs fortes et agressives dues à leur puissance et toute la magie noire qu'elles dissimulaient, Alice exhalait la terre, Zelena le foin. Quand à elle, pour le moment, elle embaumait le chocolat noir, parfois amer, d'après les dires d'Emma, quand elle s'énervait suite à un sort raté.
– Je ne vois pas, finit-elle par répondre.
Zelena parut déçue, puis soupira :
– C'est vrai, tu ne l'as pas connu, Emma l'a tué… Eh bien, il s'agit de Rumplestilskin ! Lui seul sentait le brûlée de la sorte ! Ce qui signifie que…
La sorcière revint sur ses pas et fixa d'un œil énervé Gretel en déclarant :
– Le Rumplestilskin de ce monde a été ton professeur, n'est-ce pas ?
Gretel la défiait du regard, pinçant les lèvres pour ne pas répondre. Zelena haussa un sourcil et comme Drizella serra les liens un peu plus, arrachant un cri de douleur à la jeune femme.
– Oui ! C'est vrai ! Avoua-t-elle.
– Ah ! S'exclama triomphalement Zelena. Et pourquoi t'avoir vieillie ?
– Parce que je n'arrivais pas à lancer un sort, chaque échec me valait un an…
– Et tu n'as réussi qu'au bout de six fois, une bien piètre élève… observa-t-elle avec dédain. Elle se détourna d'un air las de la femme ficelée. Mais tout cela m'ennuie… Et Drizella et moi devons parler.
Zelena agita le poignet et fit disparaître la jeune femme. Drizella se retint du moindre bruit ou mouvement, se doutant que la sœur de Regina n'attendait que ça. Elle préféra jouer l'indifférence.
– Et puis-je savoir où tu l'as envoyée ?
– Dans ta chambre, précisa Zelena en s'asseyant sur une des chaises poussant sans délicatesse les cartes sur la table pour libérer un espace devant elle. Amuse-toi donc avec elle et oublie Alice…
Drizella tiqua. Zelena sourit à sa réaction.
– C'est drôle nous nous sommes jamais rencontré dans la forêt Enchantée, n'est-ce pas ?
– Non, approuva la jeune femme.
– La seule image que j'ai de toi est cette vague avocate minable qui secondait le Commander, ma sœur, et qui a ri à certaines de mes propositions lors de notre rencontre sur l'arrêt de la Résistance à Hyperion Heights…
Drizella la rejoignit et s'assit également en répondant :
– Elles étaient ridicules… Construire un héliport au-dessus de ton bar ? Vraiment ? Ton besoin de voler te manquait à ce point-là ? Il suffisait de t'acheter un balai et de sauter d'un immeuble…
Zelena serra les mâchoires et reprit :
– Tu as de la chance, j'ai promis à ma belle-fille de ne pas te faire du mal… Mais touche à nouveau à un cheveu de Robin et je te tuerai moi-même de mes propres mains…
Drizella se mit à rire et répondit avec mépris :
– Samy est venue pleurer dans le bras de sa mère… Comme c'est « touchant ».
– Arrête de l'appeler ainsi !
– Tu préfères Scooby-doo ?
Zelena se leva en serrant les poings. Drizella sourit avec méchanceté en enfonçant le clou :
– Attention tu deviens verte…
La sorcière de l'Ouest fit apparaître un miroir dans ses mains, examina son cou pointé du doigt par Drizella, cria de rage et disparut dans un nuage de fumée verte. Drizella soupira de soulagement, Zelena aurait pu l'anéantir, elle devait au-moins remercier Alice d'avoir plaidé pour elle, puis souffla de fatigue. Après cette visite elle s'attendait à voir Hook débarquer à n'importe quel moment pour lui faire la morale sur la relation qu'elle avait entretenue avec sa fille.
Tout ceci attendrait encore un peu, il fallait qu'elle parle à Emma et cette Gretel l'accompagnerait, il était hors de question qu'elle s'en sorte si facilement. Elle se dématérialisa en pensant à l'odeur de cookie qu'elle aimait tant.
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Château de la Méchante Reine, une heure plus tôt…
Regina observait la lumière du soleil qui filtrait à travers la porte fenêtre. Elle se leva du lit et se dirigea vers la terrasse. Elle avait toujours aimé la vue sur la Forêt Enchantée que lui offrait son balcon. Habillée de sa robe de chambre en soie, les pieds nus, sentant la pierre froide sous ses pas, elle fit quelques pas jusqu'à la rambarde dans un état second.
Elle attendait un enfant.
Regina savait qu'Emma ne lui avait pas menti, se doutait que Rumplestilskin voulait un nouveau fils. Bealfire était mort et son petit fils Henry le détestait. Il avait été logique qu'il fasse appel à elle, leur magie combinée rendrait la chose possible et puis il avait été honnête, lui avait dit qu'il espérait que ressortirait une belle « conclusion » de leur nuit ensemble.
La Reine porta une main à son ventre et le caressa du bout des doigts. Le garderait-elle ? Oui.
Le destin avait décidé de la rendre mère malgré son stratagème pour que cela fût impossible. Elle n'irait pas à l'encontre de celui-ci.
Pourquoi ? S'interrogea-t-elle. Elle avait toujours combattu une fatalité Divine qu'elle trouvait injuste à son égard. Pourquoi, acceptait-elle aujourd'hui si facilement cette nouvelle surprise ? Elle ne comprenait pas vraiment, mais elle sentait que tout son être voulait le garder, comme s'il s'agissait d'une seconde chance… une chance inestimable.
Elle soupira. Elle avait l'impression que tellement de choses lui échappaient. Elle ne se souvenait plus des derniers mois et… cette bague de fiançailles portant cette inscription idiote la troublait. Comment cette Emma et elle avaient-elles pu être ensemble ? La princesse disait-elle la vérité, les souvenirs qu'elle possédait étaient-ils ceux d'une autre version d'elle-même ?
Regina ferma les yeux, elle sentait la colère poindre dans son corps. Elle avait besoin de calme, de tranquillité, d'oublier tout ça, ne serait-ce que le temps d'une heure, elle avait besoin… Elle sourit et décida de s'habiller pour le rejoindre.
La Reine avait toujours aimé les odeurs qui régnaient dans ce lieu. Le bois, le vernis, le cuir, et la paille. Elle s'approcha du box et sourit en entendant son doux hennissement. Il l'attendait, l'accueillait.
Elle posa son front sur le ganache de Rossinante, caressant doucement l'encolure de l'animal.
– Je suis enceinte, murmura-t-elle.
Le cheval ne bougea pas, à l'affut de l'humeur de sa maîtresse.
– Et je vais le garder, continua-t-elle doucement.
Il tourna la tête et la déposa sur son épaule pour lui signifier qu'il était d'accord, arrachant un léger rire à la Reine qui se dégagea et le contempla avec amour.
– Merci, lui dit-elle reconnaissante.
Elle recula et récupéra le matériel nécessaire au pansage de son animal. Elle le brossa avec amour, chantonnant doucement pendant sa préparation, admirant sa robe, vérifiant l'état de la corne, des fers, l'absence de corps étrangers sous la sole, s'oubliant dans cette activité qu'elle avait toujours aimé. Une préparation qu'aucune autre personne n'était autorisée à effectuer sur Rossinante à part elle.
Regina remarqua que l'étalon avait été bien traité durant les mois de son absence et se demanda qui était venu prendre soin de lui. Elle prépara la selle, l'attacha, positionna son pied dans l'étrier et se hissa sur son dos. Elle flatta l'encolure, passa ses doigts dans sa crinière et sortit de l'écurie sur son dos, ne s'intéressant qu'à sa monture, oubliant le château, Emma et le bracelet à son poignet pendant sa promenade sur le dos de l'animal, ne s'apercevant pas des yeux qui la suivaient calmement pendant qu'elle s'éloignait.
Emma s'était levée tôt. Pourquoi ses pas l'avait-elle conduit ici ? Elle l'ignorait, peut-être avait-elle eu besoin de se cacher, de se déconnecter de tout ça. Peut-être la force tranquille que dégageait les chevaux l'avait-elle attirée ? Elle réfléchissait assise, adossait à un des poteaux en bois de l'écurie, quand elle avait entendu des pas. Pourquoi n'avait-elle pas révélé sa présence ? La jeune femme avait senti que briser les retrouvailles entre l'étalon et la Reine s'apparenterait à un blasphème, alors elle était restée dans l'ombre, observant celle qu'elle aimait prendre soin de son animal. Elle avait entendu sa confession et s'était renfrognée, préférant retourner au château en méditant la décision de Regina après qu'elle fût partie.
Elle voulait garder l'enfant…
Emma n'avait pas prêté attention au rire sardonique de Rumplestilskin dans sa tête, sa victoire désagréable, résonnant dans son cerveau comme une musique entêtante et dont elle n'arrivait pas à se débarrasser. Finalement la princesse n'était pas retournée au château, préférant marcher dans la campagne. Si John Newman avait été présent, elle lui aurait rendu visite, lui demandant son avis sur toute cette histoire, mais elle ne devait compter que sur elle-même.
Regina garderait l'enfant. Bien sûr, Emma l'avait toujours su. La colère qu'elle ressentait lui vrillait les entrailles. Elle repensa aux paroles de Drizella, au fait que Regina l'avait fait pour elle et que ses émotions parasites : la colère, la tristesse et la jalousie n'avaient pas lieux d'être.
Cet enfant n'aurait pas à payer sa vie sur cette Terre à cause des fourberies de son père. Regina l'aimerait et elle aussi… Si on admettait tout l'absurdité et le côté tordu de cette histoire alors en un sens, ce bébé était aussi le sien, car n'était elle pas le Dark One ? Elle l'acceptait et l'aimerait comme son propre enfant.
Emma sourit au cri de rage du crocodile dans sa tête.
Oui, elle aimerait cet enfant… Elle l'aimait déjà.
Elle caressa les épis de blé du champ dans lequel elle se mouvait d'un pas lent, plus sereine tout à coup, ressentant une paix douce qu'elle n'avait pas connue depuis un moment, heureuse de son choix, déambulant simplement en écoutant les bruits sauvages qui l'entouraient. Emma devait reconnaître que ce monde, celui de la forêt Enchantée lui avait manqué. Elle souriait à la simplicité et l'équilibre qu'elle ressentait, à cette parfaite harmonie engendrée par la nature autour d'elle puis grimaça.
Elle ne pouvait donc jamais être tranquille ?!
Emma se matérialisa au milieu de la salle du trône et écouta les jérémiades de celle qui marchait de long en large, décidant de la couper au milieu d'une phrase incompréhensible.
– Qu'est-ce que tu veux, Zelena…
La sorcière rousse s'avança et continua :
– « Ta petite sœur » est une véritable peste ! Incapable du moindre respect envers quiconque ! Sais-tu comment elle appelle Robin ?!
Le Dark one retint un sourire, attendant la suite.
– Samy ! Elle ose la comparer à un abruti sorti d'un dessin-animé !
Emma lui tourna le dos et partit s'assoir sur le trône, écoutant d'une oreille distraite la suite du laïus rébarbatif de sa belle-sœur.
– J'aurais dû te représenter à sa place ! Ou Regina ! Après tout tu oublies qui je suis. M'avoir privé de ma parole pour lui parler dans la salle de conférence était indigne de toi, Emma !
Le discours décousu de Zelena, confirma au Dark One qu'elle sautait d'une idée à l'autre sans aucune logique, oubliant la phrase précédente pour se focaliser sur un autre point qu'elle délaisserait dans peu de temps.
– Je veux voir ma sœur !
– Elle n'est pas là… Et Regina ne sait pas qui tu es Zelena. Elle possède les souvenirs de la Méchante Reine de ce royaume et tu n'es jamais venu ici, dans ce monde tu es resté à Oz, sans semer le chaos…
Zelena plissa les yeux, se fichant de la critique répondant à la place :
– À qui la faute ?! Ton vœu ne m'a donné aucune chance ! Merci !
Emma soupira.
– Zelena tu m'agaces. Je tolère ta présence ici car tu es la mère de Robin et la sœur de Regina, mais sans ça, tu serais toujours à Hyperion Heights, alors un petit conseil, ne me cherche pas, je n'ai pas oublié que tu as tué Neal… Et je ne suis pas encline à la patience ou au pardon en ce moment. J'ai l'équivalent de la magie de deux Dark One qui coulent dans mes veines et relâcher la bride de mes pouvoirs peut arriver n'importe quand…
Zelena renifla avec dédain et arrêta la phrase qu'elle lui réservait en croisant le regard entièrement noir du Ténébreux. La sorcière n'ignorait pas ce qu'avait fait Emma pendant vingt-ans et même si elle ne l'aurait jamais avoué, elle la craignait plus que Rumplestilskin, car contrairement à lui, Emma n'avait aucun sentiment appréciable à son égard.
– Très bien ! Mais surveille ta sœur ! Ordonna-t-elle. Et je te préviens, je reviendrai pour voir Regina à un moment ou un autre ! Précisa-t-elle, avant de disparaître dans un nuage de fumée verte.
Emma esquissa un sourire, elle devait bien l'avouer, Zelena avait toujours eu un certain panache.
L'Obscur fit apparaître une tasse de café dans sa main et se mit à la boire en fermant les yeux.
– Nespresso ? Demanda une voix féminine à quelques pas.
– What else ? Répondit Emma en levant les yeux vers sa sœur.
Drizella regarda autour d'elle avec intérêt.
– George Clooney n'est pas là ?
– Il est coincé dans les embouteillages…
Les deux sœurs se sourirent et Drizella s'avança en reprenant :
– Tu n'aurais pas une tasse pour moi ?
Emma fit apparaître le récipient sur la table et se leva du trône pour la rejoindre, jetant un œil à la femme ligotée, bâillonnée et allongée sur le marbre qui se tortillait comme un vers de terre.
– Puis-je te demander ce que Gretel fait sur le sol ? Questionna-t-elle en désignant de la tête la prisonnière.
– Tu la connais ?
– Pas vraiment, mais elle était l'élève du Rumple d'ici…
– Oui, c'est ce qu'a dit Zelena.
Emma s'assit sur une des chaises reprenant une gorgée de sa boisson, étudiant Drizella qui humait la tasse fumante, visiblement ravie.
– Zelena était là, il y a quelques minutes…
Drizella leva les yeux au ciel, provoquant un sourire sur les lèvres de sa grande sœur.
– Une vraie tragédienne…
– Elle veut que tu arrêtes d'appeler sa fille, « Samy »…
Drizella observa ses ongles d'un œil las.
– J'ai proposé Scooby-doo à la place, mais ça non plus ça ne lui va pas…
Emma ricana et secoua la tête.
– Ah, gamine, tu es incorrigible… Qu'est-ce que je vais faire de toi ?
Drizella releva la tête et croisa le regard tendre de sa sœur, ne s'occupant pas des cris étouffés de Gretel un peu plus loin.
– Tu as pu parler avec Regina ?
– Oui et non, c'est compliqué, soupira Emma.
– Est-ce qu'on va repartir à Hyperion Heights ?
Emma se recula sur sa chaise en inspirant.
– J'y ais pensé, mais ce n'est pas une bonne idée…
– Pourquoi ?
– Je ne suis pas sûre que le bébé survive dans un monde sans magie… Il appartient au royaume des vœux, je pense que d'une certaine manière sa vie en dépend.
Drizella hocha la tête en posant sa tasse sur la table.
– Ainsi donc, vous allez le garder…
Emma ferma les yeux.
– Oui. La Regina d'ici, le veut, mais je pense que même si elle se souvenait, elle le garderait également. Elle a toujours voulu être mère, tu connais toute l'histoire. Je ne peux pas lui enlever ça.
– Oui, murmura Drizella, je comprends, et toi, tu l'acceptes ?
– Oui, cet enfant sera le nôtre.
La jeune femme sourit avec malice.
– Je vais être tata !
Emma sourit également, elle aimait l'enthousiasme et la simplicité de sa sœur.
– Pour la deuxième fois, il y a Henry aussi.
Drizella hocha la tête gravement.
– Oui, Henry… Emma je dois te prévenir, l'Henry d'ici est…
– Sur une mauvaise pente… Oui je sais, j'ai tous les souvenirs de Rumple et les rapports que lui faisait Gretel sur lui, expliqua-t-elle en se tournant vers la prisonnière.
La jeune femme immobile depuis un moment écoutait, passionnée, la discussion entre les deux femmes. Elle sentit une sueur froide courir le long de son dos en voyant les yeux entièrement noirs posés sur elle.
– Voyez-vous ça ? Sucre d'orge était une espionne à la botte du Ténébreux…
– Sucre d'orge ?
– Elle sent le cookie et elle a apparemment vécu dans une maison en pain d'épice, répondit négligemment Drizella.
Emma arqua un sourcil.
– Elle sent le gâteau ?
Drizella secoua la tête.
– Je sais, c'est du grand n'importe quoi…
– Et toi, tu sens le chocolat…
La jeune sorcière croisa le regard amusé de l'Obscur et la menaça :
– Oh non, n'y pense même pas…
– Avoue que cela est étonnant…
– Pff ! Tu sautes sur des conclusions idiotes !
Emma sourit et continua :
– Je me suis toujours demandée ce qui nous plaisait tant dans les odeurs de magie, celle de Regina qui m'attirait tellement, le poivre… Je m'attendais vraiment à ce que ce soit la pomme, mais non, et puis le poivre, c'est beaucoup plus excitant…
– Alors que toi, tu pues l'essence… Elle apprécie ?
– Oui, elle estime cette odeur des « temps modernes », qui n'a rien à voir avec la Forêt Enchantée. Elle ne supportait pas celle que j'avais quand j'utilisais la magie blanche.
Drizella finit sa tasse et demanda :
– C'était quoi ?
Emma détourna les yeux :
– La vanille…
Drizella fixa sa sœur incrédule et se mit à rire :
– La vanille ?! Tu es sérieuse ? Pourquoi pas, la fraise ou la noix de coco pendant que tu y es !
Emma savait que Drizella ne manquerait pas de la taquiner par la suite, mais elle ne regrettait pas de lui avoir avoué, elle avait besoin de penser à autre chose et quitte à l'aider, elle acceptait d'être la cible de ses moqueries.
Son regard s'assombrit en pensant à Regina. Drizella le remarqua et demanda :
– Que se passe-t-il, Emma ?
L'Obscur fixa son attention sur le ciel à travers une fenêtre sur sa gauche en confessant :
– Le sort qu'a subi Regina ne sera pas brisé par un baiser entre nous… Rumple s'en est assuré en lui faisant oublier jusqu'à l'existence de Mademoiselle Swan.
Drizella ne parut pas convaincue :
– Alors fais en sorte qu'elle se souvienne de toi. Reconquiers-la.
Emma soupira :
– Elle me déteste, pas plus tard qu'hier, elle a essayé de me tuer…
– Je me suis toujours demandée ce qui t'attirait chez elle, plaisanta Drizella.
Devant l'absence de sourire sur le visage de sa sœur, elle reprit :
– Emma, Regina t'aime, elle ne le sait plus, c'est tout. Il faut que tu retrouves le chemin de son cœur et que tu fasses renaître l'amour enfoui en elle, pour qu'il brille à nouveau pour toi…
Emma reporta son attention sur Drizella :
– « Il faut que tu retrouves le chemin de son cœur et que tu fasses renaître l'amour enfoui en elle, pour qu'il brille à nouveau pour toi… », répéta-t-elle. Tu as entendu ça dans quoi ?
– Oh, dans un soap quelconque… Il n'empêche que c'est vrai. C'est ton plan, non ? Qu'elle redevienne amoureuse de toi ?
– Oui, murmura Emma.
Drizella se leva en souriant :
– Ben, voilà !
– C'est plus facile à dire qu'à faire… Elle estime que je la retiens prisonnière, que je lui ai enlevé ses pouvoirs avec le bracelet…
– Blablabla, la coupa Drizella. Tu as l'équivalent des pouvoirs de deux Dark One dans le corps et tu aimes et connais cette femme par cœur, tu ne peux pas échouer ! Souviens-toi de Storybrooke, vous vous détestiez au début, non ?
– Si. Emma esquissa un sourire, les deux premières années nous nous sommes bouffés le nez.
– Alors tu ne seras pas perdue…
– Tu as raison, j'y arriverai, dussé-je y passer les dix prochaines années de ma vie.
Emma se leva et hocha la tête revigorée par ce dialogue avec sa sœur. Elle s'approcha de Gretel, signifiant que le sujet était clos, s'accroupit et ôta le bâillon de la bouche de la prisonnière.
– Bonjour Gretel, j'ai le regret de t'apprendre que ton ancien professeur est mort… Je l'ai tué.
– …
L'Obscur fronça les sourcils et demanda :
– Où est ton frère ?
– …
– N'essaie pas de jouer les dures en ma présence…
– …
Emma souffla :
– Très bien, on recommence. Où est ton frère, demanda-t-elle en agitant légèrement le poignet.
– Je ne sais pas…
Gretel les yeux ronds, referma la bouche immédiatement, cette fichue femme utilisait la magie pour lui faire dire la vérité.
– Vous trichez ! Ne put-elle s'empêcher de l'accuser.
Emma rit de cette remarque candide.
– Je suis le Dark One, ne t'attends pas à ce que je la joue franc jeu… Mais, nous parlions de ton frère… Aimerais-tu le revoir ?
– Oui…
– Merveilleux !
Le Ténébreux se retourna vers Drizella pas vraiment intéressée qui venait de se resservir et buvait tranquillement cet incroyable arabica…
– Ça tombe bien, continuait Emma, Drizella ici présente, se fera un plaisir de partir avec toi à sa recherche…
La jeune sorcière recracha son café en entendant cette absurdité. Elle toussa et fixa sa sœur pleine de colère, en s'écriant :
– Hors de question !
Emma se releva et marcha vers elle :
– Drizella, s'il te plaît, Zelena va me casser les pieds, car soyons honnêtes, tu ne pourras pas t'empêcher de la chercher… Elle viendra s'en plaindre à moi comme aujourd'hui et… Je finirai par la tuer ne serait-ce que pour ne plus l'entendre geindre.
– On s'en fout ! Ce n'est pas une raison pour m'envoyer camper dans les bois avec chuppa chups, à la recherche de son frère qui est certainement mort !
Emma retint un sourire et confessa :
– Je sais que son frère n'est pas mort.
La jeune sorcière les bras croisés sur la poitrine, continuait à lancer un regard assassin à sa sœur sans répondre.
– Drizella, je ne peux pas chasser Zelena… Et pourtant crois-moi, j'en ai envie. Tu la connais, elle va se vexer et revenir nous attaquer avec tout une armée de singes volants. J'aimerai éviter une guerre inutile. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment, et je pense que t'éloigner d'Alice et Robin peut aussi te faire du bien…
– …
– Fais-le pour moi, s'il te plaît, la supplia Emma.
Drizella soupira.
– Emma, je comprends tes arguments. J'accepte de partir en mission si tu le désires, mais pas avec elle, on ne peut pas se voir ! Et puis qui te dit qu'elle n'essaiera pas de me tuer ?
– C'est une remarque pertinente, acquiesça Emma.
Elle bougea vaguement les doigts en direction de Gretel, puis de Drizella.
– Voilà, je t'ai immunisé contre sa magie…
– Whoua, comme c'est gentil ! Et si elle décide de m'égorger dans mon sommeil ?
– Je ne vais pas faire tout ton boulot, répondit Emma excédée.
Drizella leva les yeux au ciel.
– Et si c'est moi qui la tue ?
– Faites l'amour et pas la guerre…
La jeune sorcière regarda sa sœur d'un œil plus que blasé.
– Ce n'est pas drôle.
Emma s'approcha d'elle et posa ses mains sur ses épaules.
– Drizella, j'ai besoin de toi dans cette histoire, Hansel, le frère de Gretel travaille pour le roi Midas et…
– Comment vous savez ça ? L'interrompit la voix de Gretel.
Emma tourna la tête en précisant :
– Il semblerait que ton ancien professeur ait fait des recherches sur lui mais qu'il ait préféré garder les résultats pour lui.
Gretel accusa le coup en silence pendant qu'Emma reprenait.
– Le roi Midas va finir par apprendre que Regina est prisonnière et inoffensive. Il a toujours louché sur ses terres. Je pense qu'il se prépare depuis des mois pour venir ici. Il est intelligent il sait qu'il doit attendre le bon moment. J'aimerais que tu essais d'en savoir un peu plus sur ses plans.
– Tu veux que j'empêche le lingot d'or de t'attaquer ?
– Oui ou du moins que tu le prives de son bras droit, Hansel.
Drizella plissa les yeux.
– Comment sais-tu qu'il préfèrera sa sœur au pouvoir ?
– Il est persuadée que Gretel est morte, Rumple lui a annoncé lui-même la nouvelle.
– Quelle ordure, murmura Drizella, même moi je n'aurais pas fait ça.
– Oui, quoi qu'on en dise, il était un sacré Dark One, ne rechignant devant rien pour arriver à ses fins, observa Emma.
Drizella baissa les yeux et hocha la tête :
– Très bien, je vais le faire, mais simplement parce que je sais ce que c'est d'avoir perdu une sœur et que même un Carambar a le droit de retrouver son frère…
Emma sourit et la prit dans ses bras :
– Merci, gamine, je n'oublierai pas… Je t'offre le château du Dark One pour te remercier.
Drizzela brisa leur étreinte et observa sa sœur les yeux ronds.
– Vraiment ? Un château rien qu'à moi ?
– Oui, mais faudra que je vienne avec toi quand tu emménageras parce que Rumple a semé quelques pièges…
– Un château, répéta Drizella d'une petite voix, j'ai toujours rêvé d'en avoir un.
– Je sais…
Elle accueillit sa petite sœur qui se précipita dans ses bras et sourit tendrement en murmurant à son oreille :
– Je t'aime, gamine, j'espère que tu le sais.
La voix étouffée de son ancienne apprentie lui parvint légèrement enrouée.
– Moi aussi, Emma.
.
Henry faisait la tête. Il avait refusé de sortir de sa chambre. Emma ne s'en formalisa pas. Il n'avait qu'à bouder. Ils finiraient par avoir une conversation à un moment ou un autre. Elle avait passée une partie de la journée en compagnie de Kurt. Un homme qu'elle commençait à apprécier, un homme qui avait repris les rennes de la garde de la Reine, entraînant le reste des hommes encore présent. Il avait expliqué à Emma que le royaume de la Méchante Reine avait été abandonné lors de sa disparition, les Charmant ayant interdit à quiconque d'occuper ces terres, rapatriant les paysans ou tout autre habitant au Royaume blanc.
Emma écouta avec attention, elle devrait repeupler les environs, reconstruire l'armée de la Reine et se préparer à toute attaque éventuelle…
.
La nuit été tombée, Regina n'était pas encore revenue, elle l'attendait. Emma savait qu'elle voulait des réponses et qu'elle viendrait la rejoindre pour les avoir. Assise comme la veille face à la cheminée, un verre de cidre à la main, elle ne fut pas surprise par les coups secs à la porte.
– Entrez !
Emma l'observa marcher dans sa direction. Elle ne s'était pas changée, portait toujours les habits adaptés à sa promenade équestre. Quelques mèches de cheveux s'était échappées de sa tresse et l'Obscur sentit un désir violent l'envahir. Regina s'arrêta, elle ne pouvait pas utiliser la magie mais ce qu'elle avait aperçu dans les yeux du Ténébreux à son encontre, ce qui venait de la traverser, cette vague de désir absolue l'excita terriblement. Elle secoua la tête pour chasser son trouble. Elle voulait des réponses pas une partie de jambe en l'air aussi incroyable qu'elle put s'annoncer et surtout pas avec cette fichue princesse !
Emma s'éclaircit la gorge, décelant son émoi.
– Pardonnez-moi, j'ai encore parfois du mal à me contrôler quand je vous vois…
Regina agita la main avec dédain.
– Peu importe, mais sachez que cela n'arrivera pas, je préférerais encore coucher avec Grincheux qu'avec vous !
Emma éclata de rire.
– Eh bien ! Me voilà avertie !
Elle reprit son sérieux en déclarant doucement :
– Pourtant, hier soir, vous avez fait preuve de clémence en prétendant avoir simulé…
– Un moment d'égarement, rien de plus, ne vous habituez pas, Princesse…
Emma jeta un coup d'œil à la bague de fiançailles que portait toujours Regina mais ne fit aucun commentaire, proposant à la place le fauteuil vide. La Reine s'assit et fronça les sourcils devant la bouteille lisant à voix basse.
– Jus d'orange ? Où est passé le cidre ?
– Dans votre état l'alcool est proscrit, cela peut engendrer des déformations du fœtus… Je veux dire du bébé.
Regina la regarda ahurie.
– Vous n'êtes pas sérieuse ? C'est n'importe quoi !
Emma soupira.
– Majesté, je viens d'un monde où la médecine est bien plus en avance qu'ici et croyez-moi je ne de dérogerait pas sur ce principe. Vous êtes enceinte, fini l'alcool et le tabac !
– Vous êtes pitoyable... Cet enfant est le fruit de deux magies très puissantes, il pourrait survivre à de l'ammoniac !
Emma la regarda durement.
– Vous préférez que je vous dégoûte de l'alcool et du tabac ?
– Vous n'oseriez pas ?! S'offusqua Regina.
– Ne me poussez pas à bout, Majesté, je ne suis pas la douce et gentille Emma de ce monde. Je suis le Dark One depuis plus de vingt ans et avant ça, j'étais le Sauveur ! Répondit-elle d'une voix glaciale.
Regina l'observa sans rien dire puis capitula :
– Très bien, « Dark One », maintenant, racontez-moi.
Emma recula dans son siège, fixa les flammes, but une gorgée et commença :
– Je m'appelle Emma Swan, je viens d'un monde sans magie. Et vous, vous êtes, Regina Mills, la Méchante Reine qui a lancée le sort noir sur la Forêt Enchantée et maudit tout ses habitants, les envoyant comme moi dans un monde où la magie n'existait pas, dans une ville du Maine appelée Storybrooke…
