Salut les petites chouettes !

Désolééé pour ce retard ! Enfin, ça fait plus de deux semaines du coup, qu'aucun chapitre n'est sortit ! Bon celui ci était prêt aujourd'hui, alors soit, publication le mercredi ! Si tout se passe comme prévu, le prochain paraitra quand même dimanche qui vient, MAIS je ne promet rien !

Je ne compte pas parler pendant des heures, mais merci encore et toujours à vous qui me lisez, à ceux qui fav, follow, et review ! Vous grimpez en nombre ces derniers temps et ça me fait extrêmement plaisir, me motive dans ce passage difficile de l'histoire, et ce passage difficile de ma vie (le bac loool)

Bref, je vous aime !

Merci aussi bien sûr à Akimitsu N, ma beta lectrice !

Sur ce je vous laisse, bonne lecture, on se retrouve en bas ! ;)

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Il leur fallut une vingtaine de minutes pour rallier leur point de départ jusqu'à l'appartement de Bokuto à Noveapolis, sachant qu'Akaashi boitillait, tanguait, et que son esprit fatigué de ses émotions le tourmentait sans cesse, lui donnant le tournis.

A peine rentré dans le fameux quartier, l'ambiance était déjà différente. Akaashi n'était définitivement pas à l'aise, et faisait tout pour le cacher. Mais le fait est qu'il avait entendu tellement d'histoires ragoûtantes sur ce quartier qu'il avait fini par intégrer l'idée que Noveapolis était un endroit dangereux. Son coeur battait normalement, mais son esprit était aux aguets, aussi aurait-il fallu un simple signe de danger pour que ses jambes s'animent d'elles-mêmes, le propulsent en avant et le tirent loin de là. Il faisait noir, la nuit était définitivement tombée sur la ville, et des lampadaires silencieux chassaient les ténèbres suspicieuses hors de leur chemin. En fait, tout semblait beaucoup trop calme, et Akaashi aurait juré que son anxiété irradiait de lui, le rendant fluorescent dans la nuit noire. A côté de lui, Bokuto lui lançait quelques regards mal à l'aise.

- On arrive bientôt, dit-il d'un ton désaccordé.

Akaashi hocha la tête, tentant tant bien que mal de sourire, mais même ses joues étaient tendues.

Ils traversèrent un parc entièrement désert, où ils durent marcher sur un chemin de graviers. Roulant sous leurs semelles, les gravillons crissaient, hurlaient dans les oreilles d'Akaashi. Il tentait alors de marcher le plus doucement possible, mais sa démarche acrobatique, visant à se rendre léger, le rendait encore plus robotique.
Ils déboulèrent alors sur une grande rue, où une voiture était arrêtée. A l'intérieur, deux jeunes hommes étaient assis et discutaient avec véhémence avec un autre garçon debout sur le trottoir, accoudé à la fenêtre ouverte.

Akaashi ne pouvait s'empêcher de les regarder, intimidé. Oh, ce monde était tellement éloigné du sien ! Ici gisait tout ce qu'il n'avait jamais connu, tout ce qu'on lui avait toujours dit d'éviter. Et voilà qu'à peine lâché dans la vie active, il s'y engouffrait avec le premier venu. Mais qu'était-il en train de faire ?! Il avait sûrement perdu la tête. Son coeur battait fort. Il aurait juré que Bokuto l'entendait, et qu'on pouvait voir sa poitrine se tordre sous ses pulsions sanguines.
Il jeta un coup d'oeil vers son guide qui marchait la tête haute, mais dont les yeux surveillaient discrètement le groupe à sa droite. Akaashi avait du mal à marcher correctement. Autant à cause de ses blessures que parce qu'il ne se sentait définitivement pas à sa place.

Ils finirent éventuellement par dépasser la voiture, et de grands cris se firent entendre derrière eux. Notre danseur classique crut en percevoir une exclamation, quelque chose de semblable à un "Va te faire enculer !" empreint de douceur. Aucune émotion ne se dégageait depuis les larges épaules de Bokuto, qu'Akaashi observait de dos.

Finalement, ils débarquèrent devant un grand bloc gris taché de taches stylistiques anthracites. Sombre, silencieux, tel un dragon aux écailles soupirantes, aux portes de la mort. Bokuto marchait vite devant, et Akaashi peinait un peu à le suivre. Arrivés devant la lourde porte dont la vitre était fissurée, Bokuto sortit un passe vert, brisé en un coin. La porte se déverrouilla.

- Allez zou ! souffla le plus grand et posant sa main dans le dos d'Akaashi, l'incitant à rentrer.

L'intéressé s'exécuta. Dès son premier pas à l'intérieur, une lumière automatique grésillante s'alluma.

Le plafond était bas, et les murs, le sol, le plafond, étaient tous de la même couleur. Sur la gauche s'étendait une interminable série de boîtes aux lettres en ferraille vieillissante. Une forte odeur régnait, une sorte de mélange entre l'eau de Javel, l'âcreté de l'urine et un vague parfum de fumée de cigarette. Akaashi fronça le nez.

Il avait un peu peur.

Cet endroit ne lui inspirait pas du tout confiance.

Soudain son chez lui, son lit confortable, ses tapis familiers lui manquèrent.

Il fit soudain volte-face, pour faire face à un Bokuto tout sourire.

- Tu viens ? C'est au cinquième. Pas d'ascenseur, mais on est presque arrivés ! déclara-t-il d'une voix douce.

Il semblait tellement décalé par rapport à cet endroit défraîchi, sombre, froid.

La lumière de Bokuto le renvoya à la solitude qu'il aurait rejoint chez lui. Un mal pour un bien au final.

Les deux garçons montèrent les escaliers. Bokuto parlait. Il râlait à propos du fait que cela faisait maintenant trois ans que des projets de rénovation étaient censés être mis en place, mais qu'absolument rien n'était fait ici. Ces plaintes semblaient un peu gênées, comme s'il s'excusait de l'état des lieux.

Aussi bizarre que cela puisse être à dire, Akaashi le trouva très mignon. Sans doute avait-il perçu son désarroi. Cet intérêt qu'il lui portait le toucha, et pour être honnête, l'épuisement autant physique que mental dû amplifier sa réaction.

Arrivés face à la porte de gauche du cinquième étage, Bokuto s'arrêta.

- On y est ! Bon, on est cinq mecs à traîner là dedans, et j'avais pas prévu qu'on ait de la visite, alors c'est pas nickel chrome, hein, déclara-t-il en piétinant sur place. Mais voilà, c'est chez nous, fais comme chez toi !

Et sur ce, il ouvrit la porte d'un mouvement de clé, et se plaça sur le côté pour laisser entrer son invité.

La lumière fut allumée. Il n'y avait pas un bruit dans l'appartement, mais il y faisait bien chaud. Toujours humide, empêtré dans ses vêtements depuis l'altercation de tout à l'heure, Akaashi fut soulagé à l'idée de pouvoir se libérer de toutes ses charges.

- Vas-y, passe tes affaires je vais les mettre à sécher ! s'exclama Bokuto en bondissant derrière lui après avoir verrouillé la porte.

L'intéressé s'exécuta. Son manteau pesait des tonnes sur ses épaules, gorgé d'eau. Il ôta son pull qu'il portait en dessous, mais au final même son t-shirt et son pantalon étaient détrempés.

- Désolé, je suis un peu chiant, s'excusa Akaashi, gêné.

C'était vrai. Il ne posait que des problèmes depuis le début.

- Mais non ! Pas du tout ! s'exclama Bokuto, emportant les vêtement du plus petit dans la salle de bain. Suis moi ! reprit-il. Je vais te passer des fringues ! Je dois avoir un pyjama trop petit qui traîne !

Et curieux, bien que raide de tout les côtés, Akaashi s'exécuta. Ils quittèrent la minuscule entrée où ils s'étaient arrêtés pour pénétrer dans un séjour désorganisé où s'entassaient une grand table, deux canapés, une télévision et un pot de fleur posé devant la fenêtre. Sur le sol gisaient divers objets, des coussins, des magazines, des boites de jeux vidéos, des vêtements… Par ailleurs, Akaashi repéra la présence d'une jupe fleurie sous une chaise, et en vint à se demander qui avait une petite amie qui laissait traîner ses affaires dans l'appartement. Sûrement Kenma. Il était encore le plus présentable du groupe.

Ils pénétrèrent alors dans un petit couloir menant à une chambre et une salle de bain. Bokuto étendit rapidement les vêtements d'Akaashi au dessus de la baignoire, puis revint vers son invité, avant de le faire entrer dans la chambre adjacente.

- Ma chambre ! s'exclama Bokuto avant d'ouvrir une grande armoire et de fouiller dans l'amas de vêtements entassé à l'intérieur.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'ensemble de la pièce était plutôt ordonné. Le lit était fait, bordé d'une couette orange décorée de petites chouettes stylisées. Sur une petite table dans un coin s'entassaient divers objets, mais hormis cela, rien ne gisait au sol, et l'ensemble paraissait net. Détournant le regard à nouveau vers le lit du plus grand, Akaashi songea aux paroles de Kenma quelques semaines auparavant : "Kuroo fait une fixette sur le chats, et Bokuto sur les chouettes."

"Désespérant, je sais !" avait ajouté Oikawa.

Et Akaashi se mit à sourire. D'une de ces sourires de tendresse, d'affection.

- Pourquoi tu rigoles tout seul ? lui demanda alors Bokuto en lui jetant un coup d'oeil, souriant à son tour.

Il avait jeté sur son épaule ce qui semblait être un pantalon de jogging gris. Akaashi se mordit la lèvre inférieure.

- C'est ta couette qui me fait rire, répondit-il.

- Oh ! pouffa son interlocuteur. C'est Oikawa qui me l'avait trouvé je sais plus où…

Il marqua une pause pleine de souvenirs.

- Je l'adore ! s'enthousiasma-t-il avec un immense sourire.

Il finit par extirper de son armoire chaotique un t-shirt noir barré de ce qui semblait être un faux logo Adidas, puis le tendit joyeusement à Akaashi avec le pantalon qu'il gardait sur son épaule.

- Tiens ! enchaina-t-il. Tu peux aller te changer dans la salle de bain, je vais nous chercher de quoi bouffer !

Et Akaashi se retrouva enfermé dans la salle d'eau, assis sur le rebord de la baignoire, profitant de ces quelques minutes de solitude pour méditer sur sa situation. Toute cette soirée était totalement improbable. Que faisait-il ici ? Il n'avait fait que suivre le cour des évènements, trop pris par le poids que le destin lui avait balancé dans la figure. Mais maintenant qu'il y repensait, il était tout de même chez Bokuto, celui là même qui depuis trois mois maintenant guettait son arrivée tout les matins, celui là même qui hantait les pensées échappées d'Akaashi, celui là même qui était source pour lui de tant d'interrogations !

Il inspira une grande goulée d'air, puis s'observa dans le miroir. Il était affreux. Du sang avait séché autour de sa bouche, ses cheveux étaient encore plus en bataille que d'habitude, et son regard, ce teint blâfard, cet air hagard qu'il abordait… Il avait l'air soit défoncé, soit à moitié mort. Dans le vain espoir d'arranger les choses, il remit vaguement en place ses cheveux, et essaya de se rincer rapidement le visage, grattant la croûte de sang sur sa joue. Il tenta de sourire, face à son miroir, mais il abandonna vite. Ce n'était pas son genre.

Il retira alors enfin son t-shirt crasseux, son pantalon collant. Il se sentait plus libre que jamais. Il accrocha ses vêtements avec les autres, sur le fils au dessus de la baignoire, puis, pressé de se réchauffer, enfila le t-shirt de Bokuto, mille fois trop grand pour lui, puis son jogging, dans lequel il nageait littéralement. Peu importe. Il ne manqua pas de constater cependant l'état de ses jambes, ses bras, et même son ventre, tâché d'un énorme hématome violacé, malsain. On aurait dit qu'il avait été torturé. Et c'était un peu le cas au final, non ?

Il prit une seconde pour observer les alentours et se laisser respirer. Il était soulagé. L'appartement de Bokuto lui était étrangement chaleureux. La fatigue s'empreignait de lui, doucement, et il sut qu'ici il n'aurait aucune crainte à se laisser emporter par le sommeil. Il savait qu'ici il se sentirait en sécurité, et il pensa à Bokuto, sa présence près de lui. Et l'idée se manifesta en lui comme une large et chaude vague sur son coeur. Malgré les circonstances, il sourit. Malgré les circonstances et sans comprendre pourquoi, une aiguille différente se piqua sur son coeur. Une dose de bonheur lumineux.

Malgré tout il soupira, secoua sa tignasse, et resserra le cordon du jogging autour de sa taille. Le tout sembla tenir de façon correcte, alors il quitta la salle de bain pour retourner au séjour. Mieux valait ne pas trop se retourner les pensées. Il était ici pour oublier. Là, Bokuto avait allumé la télévision et était en train de virer divers objets d'un des canapés.

- Alors ? Ça te va ? demanda-t-il en relevant la tête, pour inspecter l'effet de ses vêtements sur son invité.

- Un peu grand, mais c'est très bien, répondit Akaashi, poli.

Bokuto haussa les sourcils, et son interlocuteur ne manqua pas de remarquer qu'il se retenait de rire.

- Quoi ? demanda-t-il, intrigué.

- C'est pas du tout ton style, déclara Bokuto en laissant échapper un éclat de rire.

Akaashi baissa les yeux sur ce pantalon qui lui retombait mollement sur les genoux. Il avait raison. Il sourit doucement.

- C'est vrai, dit-il en passant sa main dans ses cheveux, un peu gêné. Je porte jamais de jogging.

- En même temps on a jamais vu Léonardo Dicaprio en jogging ! s'exclama Bokuto en souriant à pleine dents, visiblement fier de sa comparaison. Ça le ferait pas, c'est tout ! Puis, pareil, moi je me vois mal danser en costard dans la rue. Les gens me regarderaient en quatre fois j'crois !

Akaashi baissa les yeux, mais rit doucement en imaginant le tableau. Pourtant il aurait parié que Bokuto en costume complet serait absolument dandy.

Il ne put s'empêcher cependant de noter la comparaison avec Dicaprio. Il ne savait pas s'il devait être inquiet d'être encore associé au métier d'acteur ou flatté d'être mis au même niveau que cet homme qui jadis faisait se pâmer tous les coeurs de part son charme légendaire.

En relevant les yeux, Akaashi remarqua que son hôte s'affairait à ranger rapidement les alentours du canapé.

- Tu as besoin d'aide ? demanda-t-il.

- Oh non, c'est gentil, t'inquiètes ! répliqua Bokuto en poussant du pied un tas de bazar sous la table. C'est les autres qui foutent le bordel, mais bon, ils se démerderont pour retrouver leur affaire là dedans hein !

Il se tourna vers Akaashi, l'air goguenard.

- Allez, c'est bon, on sera bien là ! Viens t'installer, fit-il avec un mouvement vers le canapé. Tu as froid ?

Sans même lui laisser le temps de répondre, il fila dans un coin chercher un immense plaid en fausse fourrure beige.

Akaashi s'avança, un peu incertain. Bokuto posa sa main sur son épaule et le fit s'asseoir dans le canapé avant de lui fourrer le plaid dans les bras.

- Je reviens tout de suite ! lâcha-t-il avant de filer vers sa chambre.

Akaashi se retrouva seul, face à la télévision dont le son était coupé. La pâle lueur lunaire imprégnait la pièce depuis la fenêtre, tandis qu'une lampe à la lumière jaune l'éclairait depuis l'entrée. Il s'imagina Bokuto, Kuroo, Kenma, Oikawa et Iwaizumi tous rassemblés là, il observa chaque objet traînant sur le sol, se demandant à qui ils appartenaient. Qui était totalement accro aux jeux vidéos ? Qui balançait ses chaussettes à rayures derrière lui tel le Petit Poucet ? Qui exposait fièrement ses bouteilles d'Arizona sur une étagère ? Qui laissait en plan de vagues croquis près du téléphone fixe ?

Qu'est-ce qui appartenait à Bokuto dans ce vaste bazar ?

C'était étrange de se retrouver soudain plongé dans l'intimité des gens.

L'intéressé surgit soudain hors de sa chambre, et passa en coup de vent, se glissant jusque dans la cuisine. Akaashi remarqua qu'il s'était changé et qu'il arborait maintenant lui même un jogging noir et un débardeur tâché. Le danseur classique le fixa, curieux, jusqu'à ce qu'il revienne avec dans les mains deux tasses de chocolat chaud, surmontés de chamallows. Tout sourire, visiblement fier de lui, il avançait cependant avec une prudence extrême, surveillant à la fois le sol semé d'embûches sous ses pieds, et le contenu fumant de ses tasses. Akaashi se surprit à sourire.

- Tiens ! s'exclama Bokuto en laissant avec soulagement sa tasse à son invité, avant de s'écraser à son tour dans le canapé. J'ai mis beaucoup de chocolat. C'est meilleur comme ça, hein.

Akaashi hocha la tête. Bokuto s'enfouit sous le plaid à son tour.

- Et puis à mon niveau, je crois que ça ne se refuse pas, répliqua le plus petit avec un petit rire jaune.

Il avait le nez dans sa tasse, humant le parfum familier avec soulagement. A côté de lui, Bokuto l'observait d'un air concerné.

- Bien sûr dès que tu te sens capable d'en parler, n'hésites pas, souffla-t-il doucement, les yeux baissés, le nez dans sa tasse.

Akaashi hocha la tête. Un noeud se forma dans son estomac. Pas ce soir en tout cas. Il y avait trop de choses à admettre. Il rougit un peu, mais il n'aurait pas su dire si c'était visible depuis l'extérieur.

- Merci, Bokuto, répondit Akaashi, réellement sincère, en tournant la tête vers son interlocuteur.

Ce dernier l'imita, et leurs regards se croisèrent. Un peu perdus, chacun à leur façon. Il y avait tout l'univers dans ces yeux dorés, tout un monde qu'Akaashi rêvait d'explorer. Ce garçon semblait renfermer tout ce à quoi qu'Akaashi n'avait jamais eu accès.

- Bon, Akaashi ! s'exclama soudain Bokuto, faisant sursauter son invité.

Ses chamallows tanguèrent dangereusement dans sa tasse.

- Je te rappelle qu'on a parié qu'on passerait une meilleure soirée que les autres trouducs !

- Tu traites tes meilleurs amis de trouducs ? gloussa Akaashi.

Il était épuisé et son corps était encore envahi par le stress, aussi son rire se fit plus violent que prévu, plus nerveux. Mais un bien fou l'envahit. Comme s'il se libérait enfin d'un poids herculéen.

- Ça va, je suis gentil par rapport à comment ils me traitent eux ! Si tu savais tout ce qu'ils me font subir…! répondit le plus grand d'un air exagérément dramatique.

Akaashi se prit à sourire bêtement.

- Ah oui ? répliqua-t-il. Eh bien, vas-y, exprime toi, je ne te jugerai pas, affirma-t-il d'un ton faussement compréhensif.

Tout content de voir son invité rentrer dans son jeu, Bokuto leva la tête et, tout sourire, répondit d'une voix désemparée :

- Ils me torturent ! Ils sont d'une cruauté avec moi ! Par exemple, Iwaizumi refuse de manger tout ce que je cuisine, sous prétexte qu'une fois ! Une seule fois j'insiste ! Je me suis trompé et ai mis trois cuillères à soupe de sel dans une tarte au lieu de trois pincées !

Akaashi faillit s'étouffer avec sa gorgée de chocolat chaud, mais avala tant bien que mal sa boisson chocolatée, avant de se mettre à rire d'un éclat libérateur.

- T'as vraiment fait ça ? demanda-t-il, souriant, les genoux repliés contre lui sous le plaid, la voix un peu embourbée dans la fatigue.

- Ouais, j'avoue… expliqua Bokuto d'un air faussement désolé. Mais c'était juste une fois ! Et Kuroo l'a mangé, lui !

- Kuroo ne doit pas avoir de goût, désolé.

Bokuto fit mine de réfléchir un instant.

- Ouais, maintenant que tu le dis. Il mangerait n'importe quoi. C'est flippant. Même moi j'en suis pas à son point !

Akaashi sourit, ce qui lui fit un bien fou. C'était comme si son coeur avait été gonflé jusqu'au bord de l'explosion et qu'enfin il permettait à l'air de s'échapper. Cependant, il était toujours fatigué, et sa tête était lourde. Aussi la laissa-t-il reposer en arrière, contre le rebord du canapé. Entre ses doigts sa tasse était bien chaude, lui réchauffait la peau, tandis que le brevage chaud s'occupait de ses entrailles.

- Tu es fatigué ? demanda Bokuto, attentif. Tu veux aller te coucher ?

L'intéressé jeta un oeil à son téléphone. Il était à peine vingt-deux heure.

- Non, non… Penses à notre promesse. On doit s'amuser.

Un petit silence s'en suivit. Et pris d'un élan de sincérité qu'on ne lui connaissait pas, Akaashi reprit :

- Parle moi de toi, Bokuto.

Car cela l'intéressait vraiment. Et c'est ce qu'il fit.

Akaashi écoutait, silencieux mais attentif, et Bokuto parlait, il racontait sa première rencontre avec Kuroo, comment ils avaient triché pour la première fois en cour d'espagnol en sixième, la fois où au lycée il avait séché les cours pendant une semaine pour partir à la mer avec ses amis et comment en rentrant ses parents l'avaient privé de toutes les choses possibles et inimaginables. Akaashi souriait un peu, baillait de temps en temps. Il prêtait attention à toutes les inflexions de la voix de Bokuto. La tendresse qui émanait de ses mots, une sincérité qu'il n'avait jamais entendu chez quiconque. Un courage aussi, une force. Il n'avait peur de rien, il riait aux éclats, souriait avec son coeur, et Akaashi souriait avec ses lèvres en l'écoutant. Il avait fini son chocolat chaud et s'enroulait maintenant de plus en plus dans son plaid. Bokuto s'était tourné vers lui, et ils étaient désormais tout les deux enturbannés côte à côte, dans une sorte de bulle fabriquées par leurs soins.

Lors de l'histoire racontant comment Oikawa avait fini par sortir avec Iwaizumi, grâce aux talents d'entremetteurs de Kuroo et Bokuto, Akaashi ferma les paupières.

"Juste le temps d'une seconde", avait-il décidé.

Juste le temps d'une seconde.

Mais à peine avait-il posé sa tête que son esprit entier se laissa éconduire vers un repos tant désiré. Il soupira d'aise une dernière fois, puis sombrant définitivement dans un sommeil apaisé, bercé par la voix de son ami, il songea combien il avait de la chance d'être ici.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, la première chose qui le frappa avant même une pensée cohérente fut la douleur qui le lançait partout dans son corps. Il avait mal au crâne, mal au dos, mal aux épaules, dans le ventre, les jambes… C'était comme s'il avait été passé au mixeur. Il souffrait à la fois d'un mal musculaire, des horribles courbatures qui lui engonçaient les bras, mais aussi et surtout un mal violemment physique. Des points précis de son corps qui le lançaient, le torturaient… Quant à sa tête, elle semblait lui avoir déclaré la guerre. Il avait l'impression de porter dans son crâne une pierre énorme, lourde, qui se cognait à tout vas dès qu'il bougeait la tête. Inspirant une goulée d'air frais, il releva la tête en arrière, les paupières toujours closes, puis tenta de tourner sur le côté. Son corps entier lui fit bien comprendre qu'il n'apprécia pas le mouvement. Cependant, en retombant sur son côté droit, il réalisa que sa tête s'enfonça de manière inhabituelle dans son oreiller, et que sur sa peau, sa couette était plus rêche qu'à l'accoutumé.

Un sentiment d'insécurité et de légère panique surgit en lui tandis que son coeur se mettait à battre plus vite. Il resta immobile le temps de quelques secondes, le temps de rassembler un semblant de pensées cohérentes, puis d'eux-mêmes, ses yeux finirent par s'ouvrir, offrant à sa vue une chambre qu'il ne reconnut pas de premier abord. Il inspira encore une fois, pour se réveiller pleinement, puis se redressa en position assise, le coeur toujours battant. De là, il baissa seulement les yeux, et tout de suite comprit, tout de suite se souvint : il était chez Bokuto. Les petits motifs de chouettes sur la couette lui sautèrent aux yeux, joyeux, enfantins. Il se surprit à sourire.
Mais comment s'était-il retrouvé là ? Son dernier souvenir de la soirée de la veille lui suggérait qu'il avait pourtant du s'endormir sur le canapé, enrobé dans un plaid. Il tourna la tête autour de lui, inspectant son environnement. Les muscles de son cou le tiraillèrent.

Les stores sur la fenêtre à sa gauche n'étaient pas totalement fermés, aussi la lumière du jour pénétrait dans la pièce. Une lumière douce du matin, mais froide, froide comme le mois de décembre qu'elle illuminait. Elle baignait la pièce, faisait briller chaque détail, donnait vie à la poussière qui dansait dans ses rayons. Depuis sa place, assis au chaud dans son lit, Akaashi percevait le son lointain de la ville. Ce n'était pas le même que depuis chez lui. Il n'aurait pas su dire en quoi, c'était juste différent. Les moteurs vibraient dehors, les voix criaient, parlaient, s'élevaient par dessus la masse. Le vent parfois soufflait sur la ville. Prenant conscience soudain des bruits de la vie, Akaashi nota subtilement une conversation au delà de la porte de la chambre. Deux voix, d'abord. Familières, certes, mais lesquelles ? Il était encore un peu engoncé dans le sommeil.

- Ouais et alors ? assénait la première d'un ton un peu sec, et par réflexe le corps d'Akaashi se tendit. Je sais pas ce qui te prend en ce moment avec lui mais c'est pas une raison pour lui donner tous les droits.

L'autre soupira lourdement.

- Qu'est-ce que ça peut te faire de toutes façons ? En plus...

- Ça me fait que je pense à toi, moi, vu qu'apparemment t'es pas capable de le faire tout seul ! Tu le connais même pas ce gars, t'es sérieux là ?

Un silence s'imposa. Akaashi avait un peu de mal à suivre.

- Et donc tu voudrais que je fasse quoi ?

- Demande-lui ce qui s'est passé quoi ! Merde, bro, c'est pas l'auberge ici, on a le droit de savoir pourquoi on le garde chez nous !

- On le sait, ce qui s'est passé. Je te l'ai dit. J'ai vu. Il se sent pas d'en parler.

Un soufflement agacé se fit entendre.

- Oui, bah, la chochote va péter un coup là ! Et puis depuis quand tu joues les psy toi ?!

Akaashi avala difficilement sa salive. Son cerveau appréhendait peu à peu les informations. C'était de lui qu'on parlait, n'est-ce pas ? Il ne l'aurait pas parié mais cela semblait très probable. Il tenta de se redresser encore, mal à l'aise. Comment allait-il se sortir de cette situation ? Comment était-il censé manifester sa présence ? Il se tourna vers la table de chevet, où il aperçut son téléphone, posé au bord du petit meuble. Akaashi tendit son bras, dans l'espoir de l'attraper…

- T'es sérieux là ? T'as quoi en ce moment put…

Un bruit de fracas se fit entendre. Akaashi se tendit instantanément. Il avait effleuré son téléphone, qui dans son équilibre fragile avait perdu de sa stabilité. Il avait glissé, pour dégringoler jusqu'au sol dans un claquement qui résonna jusque dans la salle de séjour.

Les voix à côté se stoppèrent.

Akaashi était figé. Son coeur tressautaient dans sa cavité.

"Merde !" jura-t-il tout bas en se mordant la lèvre inférieur.

Il entendit les pas se diriger vers lui, puis soudain, on toqua à la porte. Une seconde plus tard, un Bokuto mal coiffé passait sa tête par l'embrasure de la porte, tout sourire.

- Salut, Akaashi ! déclara-t-il en se glissant à l'intérieur, son sourire habituel sur le visage.

Il referma la porte derrière lui. Un peu gêné, l'intéressé répondit d'une petite voix :

- Salut.

Au moins, Bokuto n'avait pas l'air en colère contre lui.

Il se baissa pour récupérer son téléphone sur le sol. L'objet n'avait rien.
- Ça va mieux qu'hier ? demanda son hôte, avant de venir s'asseoir près de lui sur le rebord du lit.

- Oui. Bien sûr.

Akaashi leva les yeux, et constata que Bokuto l'observait avec intérêt. Comme s'il en attendait plus.

- Comment je me suis retrouvé ici ? demanda-t-il. Je veux dire, je me souviens m'être endormi sur le canapé.

- Oh ouais ! répliqua son interlocuteur en haussant les épaules. Une fois que tu dormais bien je t'ai porté jusqu'ici. Je me suis dis que tu dormirais mieux. Ça a été, d'ailleurs ?

Akaashi n'osa pas le regarder. Subitement il pensa à son mensonge, et ne se sentit plus d'affronter ces yeux plein de candeur. Il ne méritait pas toute cette gentillesse. Bizarrement, il se sentait amère. Bien plus que la veille.

- Très bien. Merci beaucoup, c'est gentil de…

Il hésita une seconde.

- … de m'héberger ici. J'apprécie beaucoup. Vraiment.

Il passa une main dans ses cheveux. Bokuto l'observait toujours, curieux, il pouvait sentir son regard lui brûler le crâne.

- Franchement, t'inquiète pas pour ça ! Ça nous fait plaisir ! répondit-il.

Et Akaashi songea à la discussion qu'il avait intercepté. Un frisson le parcourut. Au moins il n'était pas le seul à mentir.

- Enfin bref. T'as faim ? On va prendre le petit-dej. Les autres sont rentrés. Oikawa à fait des pancakes ! s'exclama le plus grand en rebondissant sur le rebord du lit, visiblement impatient.

Akaashi hocha la tête subtilement, cachant tant bien que mal l'inquiétude qui s'emparait de lui. Malgré les dires de Bokuto, Akaashi avait le sentiment profond qu'il n'était pas le bienvenu ici. Et son mensonge, ce leurre idiot… Il s'empêtrait dans ses fils, comme une araignée piégée dans sa propre toile et il n'était plus question de se voiler la face : il allait bientôt devoir avouer lui même la supercherie.

Cependant, Bokuto se leva, tout sourire, et Akaashi, animé d'un automatisme poli, se mit à le suivre. Les deux garçons traversèrent l'appartement. En quelques secondes ils arrivèrent dans la cuisine, où étaient attablés les autres habitants de ce nid. Tous tournèrent la tête, et leurs yeux ronds, curieux, ne firent qu'emplir Akaashi d'une gêne bien trop grande pour lui.

La pièce était petite. En face s'imbriquait une fenêtre couverte de rideaux farfelus. Juste en dessous, un radiateur, puis une table tout en longueur. Dans l'ordre, on comptait depuis le fond Kenma, Kuroo, puis Iwaizumi, et enfin Oikawa, debout devant ses poêles. Les plaques chauffantes étaient encastrées dans un minuscule plan de travail, juste au dessus d'un four. A côté s'entassaient cafetière, micro-onde, et vaisselle en train de sécher, puis dans un coin, un balai posé contre le mur. En face, s'alignait une série de placards d'une autre époque, de vieux meubles, d'un bois sombre et démodé. Et pour couronner le tout, une petite étagère tout au fond de la pièce, où trônait un vase vide et un cadre photo.

- Eh bah putain, lança soudain Iwaizumi, accoudé à sa place.

Il observait scrupuleusement le visage d'Akaashi, qui frissonna en revenant à la réalité.

- Ils t'ont pas raté. Je croyais que Bokuto avait exagéré.

Son expression n'avait pourtant pas changé. Iwaizumi gardait un air relativement indifférent. Akaashi ne sut pas quoi répondre. Son regard refusa de suivre ses ordres et vint s'écrouler sur le sol.

- J'avoue ! s'exclama Oikawa en se retournant, arborant quand à lui une moue surprise. Tes yeux…

Il sembla vouloir continuer, mais se retint.

- T'inquiètes, se reprit-il. Ça ira tout de suite mieux après mes pancakes. Par contre commencez à manger, ou ça va refroidir. Et puis surtout toi Iwa, sinon tu seras en retard.

L'intéressé haussa les épaules, mais tartina un des fameux pancakes d'une confiture sanglante, avant de croquer dedans à pleine dents. Akaashi, toujours si mal à l'aise, se tordait les mains l'une contre l'autre sous l'anxiété. En face de lui, Kuroo le fixait, la mine sombre. Ses yeux de chats étaient glacials, et ce mépris qui irradiait de lui… Akaashi évitait son regard autant que possible. Cependant, Bokuto se pencha vers lui. Son épaule effleura la sienne, et il sursauta discrètement.

- Tu verras, chuchota le plus grand d'un ton chaleureux. Les pancakes de Oikawa c'est les meilleurs.

Puis, avant même de le laisser répondre quoi que ce soit, il attrapa son invité par le poignet et le tira jusqu'à la table, où il l'assit en face de lui. En s'écrasant à sa place, Bokuto fit trembler la table. Iwaizumi retint sa tasse de se renverser d'un mouvement expert, tandis que celle de Kuroo hésita une seconde avant de retomber sur son socle.
Personne ne pipa mot.

Une assiette fut déposée devant Akaashi.

Bokuto tendit les bras vers le plat de crêpes. En attrapa une et la posa devant lui avant de la tartiner lourdement de Nutella. Akaashi n'avait pas très faim. Son estomac était noué. En fait, son ventre grognait, mais il avait le sentiment qu'une simple bouché pourrait le faire vomir à tout moment. Il s'empara cependant d'un pancake. Simple politesse.

En face de lui, Iwaizumi bailla une dernière fois, puis, avec un dernier regard vers sa montre, déclara d'un ton impassible :

- Bon. Bah je vais y aller moi.

Il se leva. Akaashi remarqua qu'il était le seul déjà habillé dans la pièce. Il portait un jean bleu foncé, une chemise noire, des rangers. Ses cheveux étaient dressés de tous côtés sur sa tête, comme la dernière fois. Il se glissa dernière Bokuto, puis se dirigea vers l'entrée. Il avait un pas lourd. Comme s'il portait sur ses épaules tout les malheurs du monde. Mais il ne fléchissait pas. Il avançait, déterminé. C'était un garçon qui depuis le début s'était montré toujours aimable malgré une certaine réserve. Et pourtant. Il impressionnait Akaashi. On aurait dit qu'il cachait en lui les pires secrets de l'univers.

- Bah hey, tu me dis même pas au revoir, quoi ? s'exclama Oikawa en se penchant en arrière, dans l'espoir d'apercevoir le plus petit.

- Je vais être en retard, Oikawa, soupira l'intéressé depuis l'entrée, en enfilant un manteau lui descendant jusqu'à mi cuisses ainsi qu'un foulard bleu nuit.

Akaashi se tourna vers Oikawa, curieux. Et il vit, le temps d'une micro seconde, une ombre passer sur son visage. Une déception, une inquiétude qui malgré sa breveté glaça le sang du danseur. Aussitôt cependant, l'intéressé chassa cette expression et se dirigea vers l'entrée. Akaashi eut le sentiment désagréable d'avoir encore surpris quelque chose qu'il n'était pas censé voir.

Devant la porte cependant, Oikawa glissa ses bras autour de la taille de son petit ami et approcha son visage du sien. Akaashi déglutit, puis détourna vivement la tête. Là, il croisa le regard de Bokuto, qui lui afficha un sourire, avant de rouler des yeux d'un air désemparé.

- Tu vois, souffla-t-il sur le ton de la confidence. Quand je te dis qu'ils sont trop chiants tous les deux avec leur histoire d'amour parfaite, là…

Akaashi sourit, un peu crispé.

- Quoi, tu es jaloux maintenant ? fit-il, histoire d'avoir quelque chose à répondre.

- Bah ouais, grave !

- T'inquiètes, Bokuto, s'éleva soudain la voix d'Oikawa. Tu finiras peut-être par trouver quelqu'un d'assez courageux pour te supporter.

Bokuto s'apprêta à répondre, seulement, la voix de Kenma le coupa.

- Quelqu'un d'assez bête, tu veux dire… marmonna-t-il pour la première fois, son regard braqué sur son téléphone.

Et Akaashi ne put empêcher un sourire amusé de prendre place sur son visage. Il sentit son corps se détendre un peu.

- Woah ! Vous êtes sérieux ?! s'exclama l'intéressé d'un air indigné. De toutes façons, je m'en fiche, répliqua-t-il. J'ai déjà Kuroo pour me supporter !

Il se tourna vers le plus grand, qui lentement, pivota vers son ami, un air impénétrable sur le visage.

- C'est vrai que tu as de la chance de m'avoir, répliqua-t-il en haussant un sourcil d'un air impérieux.

Bokuto roula des yeux, puis dans le fond, Iwaizumi s'exclama :

- Bon, allez, il est neuf heures moins vingt, faut que j'y aille là !

Et il planta un baiser fluet sur les lèvres d'Oikawa, puis la porte claqua.

La discussion reprit son cour, mais Akaashi, lui, était figé sur place.

- Neuf heures moins vingt ?! finit-il par lâcher, et on entendit malgré lui la panique vibrer dans sa voix.

Le théâtre ! Il ne serait jamais à l'heure ! Il avait totalement oublié, avec tout ce qui s'était passé. Son cerveau avait été totalement retourné et voilà maintenant qu'il allait débarquer avec sans doute plus d'une demi-heure de retard au travail. Tsukishima avait beau avoir été de bonne humeur la veille, certes. Mais notre danseur classique ne s'attendait pas à voir cela arriver plus d'une fois ce mois ci !

- Quoi ? répliqua Oikawa. Pas la peine de crier, c'est le matin je te rappelle !

- Je vais être en retard au théâtre, j'avais… J'avais complètement oublié, mais où j'avais la tête ?! bredouilla le danseur.

Il hésita une seconde, mais pris d'une fébrilité soudaine, il se leva d'un bond. Quel jour était-on déjà ? Mercredi ? Jeudi ? Et ses chaussons de danse qui avaient pris l'eau la veille ! Comment allait-il gérer tout cela ?

En face de lui, Bokuto se leva à son tour.

- Akaashi ! s'exclama-t-il.

Et l'intéressé leva le regard vers lui.

- Quoi ? fit-il d'un ton plus dur, plus désespéré, qu'il ne l'aurait voulu.

- Tu déconnes j'espère, tu vas pas aller travailler dans cet état !

Une légère pause suivit sa déclaration.

- Ben... si. Tu te rends pas compte, c'est tout un projet de groupe, si je ne suis pas là ils pourront pas avancer sur pleins de scènes et...

- Oh, c'est bon, t'es pas la reine d'Angleterre non plus. Déstresse, ils peuvent bien se passer de toi pour une fois, lâcha soudain Kuroo d'un ton ennuyé.

Un silence se fit. Tendu. Akaashi se tourna vers lui, fronçant les sourcils.

C'est bon. On avait tous compris que Kuroo ne lui vouait pas une affection foisonnante.

L'intéressé quant à lui le fixait avec un air de défi dans le regard. Les paupières mi-close, un sourcil haussé, une moue supérieure.

- Pas la peine de t'adresser à moi comme ça, répliqua Akaashi d'un ton bien plus froid qu'il ne l'aurait voulu. De toutes façons je m'en vais, alors tu n'auras plus besoin de me supporter.

La colère avait pris le dessus dans sa voix, mais c'était à cause de l'angoisse qui s'était éprise de lui l'instant plus tôt. Aussi pour couronner le tout, il voulut faire volte-face, filer récupérer ses affaires afin de s'en aller le plus vite. A la fois honteux de se comporter ainsi après la générosité que lui avait manifesté Bokuto, et en colère contre ce garçon qui ne pouvait manifestement pas s'empêcher de le rabaisser. Seulement, il n'eut pas même le temps de faire un pas, qu'il se cogna contre le torse de Bokuto.

Le choc, pourtant léger, fit écho avec ses blessures de la veille, et tout son corps s'électrisa depuis ses épaules, qui semblaient avoir le plus souffert. Il ne put étouffer un semblant de grognement.

- Doucement…! s'exclama Bokuto, les mains sur les hanches. Personne ne va nul part, là ! Akaashi, tu vois bien que tu peux pas travailler, je t'ai à peine touché on aurait dit j'étais la Torche Humaine. Et puis Kuroo, juste… Ta gueule.

Akaashi sursauta.

- Depuis quand tu me dis de fermer ma gueule ?! s'offusqua l'intéressé tandis qu'Akaashi l'observait par dessus son épaule.

- Depuis que tu joues les p'tits cons pour rien ! répliqua Bokuto.

Les yeux félins du plus grand se plissèrent, puis il ouvrit la bouche, prêt à répliquer. Akaashi sentit son coeur frissonner d'appréhension. Venait-il de déclencher une guerre ?

Cependant, Kenma vint poser sa main sur son bras d'un mouvement aérien. Pour une fois il avait lâcher son écran du regard.

- Kuroo. Tu crois vraiment que ça en vaut la peine ? déclara-t-il d'un ton étouffé.

Et l'autre ne répondit rien. Il fixa le plus petit, et le silence se fit dans la pièce. Ne sachant pas quoi faire, Akaashi se tourna de nouveau vers Bokuto qui lui barrait toujours la route. La proximité lui sauta cependant aux yeux, et il fit un pas en arrière. Le plus grand baissa les yeux sur lui. Il ne souriait pas. Il avait l'air triste.

Akaashi s'en voulut.

- Eh bah la vache ! s'exclama soudain une cinquième voix.

Akaashi jeta un oeil surpris derrière Bokuto. Oikawa avait ressurgi. Il était désormais habillé. Il portait un jean bleu pétrole soutenu par des bretelles noires, et un t-shirt blanc où s'inscrivait au travers d'une broderie : "Let's handle this like adults : Rock, Paper, Scissors." Il arborait au poignet une montre dorée, et aux pieds, des derbies en daim beige, mises en valeur par les revers faits aux jambes de son pantalon. Enfin, il tenait à la main une capeline en feutre noir qu'il balançait du bout du bras.

- On peut pas vous laisser cinq minutes, de vrais sauvages… minauda-t-il en venant s'asseoir à table.

Tous le fixèrent tandis qu'il s'asseyait puis choisissait à son tour un pancake qu'il couvrit de sucre glace.

- Alors ? reprit-il d'une voix impatiente. C'est quoi le problème ?

Un court silence se fit, durant lequel Akaashi intercepta l'heure sur la montre d'Oikawa. Neuf heures moins dix. Il trépigna, anxieux.

- Akaashi veut aller travailler. Je lui ai dit que c'était pas une bonne idée. Et Kuroo a voulu mettre son nez dans les affaires des autres, expliqua Bokuto d'une voix neutre.

Kenma leva le nez de son téléphone pour venir fixer son ami. L'heure devait être grave. Oikawa quant à lui tourna la tête vers Akaashi, le scanna de haut en bas, mettant l'intéressé dans une phase de malaise physique perturbante.

- Déjà si j'étais toi, j'oserais pas sortir avec un coquart comme le tien, répliqua Oikawa. Avec une allure pareille, on va penser que tu sors de prison.

La fierté d'Akaashi en prit un coup. Son coeur fut transpercé plus vivement qu'il ne l'aurait cru.

- Pardon ? répliqua-t-il cependant par automatisme.

Dans le fond, Kuroo roulait des yeux.

- Honnêtement chéri, tu ferais mieux de te reposer pour aujourd'hui. Tu as une mine à faire peur. Tu déconcentrerais plus les autres acteurs qu'autre chose en allant travailler comme ça.

- A moins que vous ne montiez The Phantom of the Opera, répliqua vaguement Kenma dans le fond.

Et malgré tout ça, Akaashi se prit à sourire. Il fut de plus surpris que le plus petit possède la référence.

- En plus, reprit Oikawa. Je suis sûr que Bokuto serait ravi de te tenir compagnie aujourd'hui.

Il glissa sa réplique en jetant un petit coup d'oeil vers l'intéressé.

- C'est vrai qu'avec nous, il se fait chier comme un rat mort maintenant… siffla Kuroo, écrasé dans son siège, la mine renfrognée.

Bokuto fit volte-face.

- Mais pourquoi tu dis ça, Bro ?! Je…

Il fut coupé par une cuillère que lui lança Oikawa dans la tête.

- Vous deux, vous commencez vraiment à être chiants avec vos histoires de gamins, taisez vous !

- C'est lui qui casse les couilles… marmonna Bokuto.

- C'est toi qui devient guignol… répliqua Kuroo.

Oikawa soupira lourdement, et il fut rapidement suivi de Kenma.

Un silence blanc, froid, vide, s'installa dans la petite pièce. Troublé seulement par le bruit du couteau étalant la confiture sur les tartines d'Oikawa et le tapotement régulier des doigts de Kenma sur son clavier.

- Bon, déclara Kuroo d'une voix sourde.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Il détourna le regard un instant vers la fenêtre, puis revint plonger son regard dans les yeux d'Akaashi. Un regard insondable.

- Est-ce que tu vas enfin nous expliquer ce qui s'est passé hier ? demanda-t-il d'un ton moins interrogateur qu'impératif. Bokuto a été trop gentil avec toi tout ça pour tes beaux yeux, mais moi je veux savoir pourquoi tu traînes chez moi, déclara-t-il.

Le cerveau d'Akaashi implosa le temps d'une seconde, ne sachant pas sur quelle information se focaliser. La panique de devoir expliquer sa situation ? La gêne face à Bokuto ? La colère face à l'agressivité de Kuroo ? Même si au fond il comprenait le plus grand. A vrai dire, il ne le connaissait pas, et il aurait même pu avancer que ce dernier ne l'aimait pas. Alors l'avoir laisser rester chez lui cette nuit là était déjà un acte généreux, malgré la forme qu'il y mettait. En pleine réflexion, Akaashi tourna la tête vers Bokuto, et il remarqua que ce dernier était bloqué, fixant Kuroo, un air indigné sur le visage, les tempes rougies.

Akaashi baissa les yeux, et jeta un coup d'oeil à la montre d'Oikawa. Il était neuf heures. Dans un soupir, il abandonna alors tout espoir d'aller travailler ce jour là, et, bien à contre coeur, comprit qu'il était temps d'avouer son mensonge. Comme un enfant de maternelle, prit au piège dans une histoire idiote. Oh, nul doute qu'après ça plus personne ne voudrait de lui ici. Il s'assit. Il avait tout gâché.

- Laisse moi prévenir les autres que je n'irai pas travailler aujourd'hui… soupira-t-il en envoyant un message à Yachi.

Bokuto l'imita alors, et vint s'asseoir à sa droite, les mains rassemblées, la tête rentrée dans les épaules, l'air mal à l'aise.

Au fond de lui, Akaashi était pourtant pétrifié. Son coeur battait la chamade. Il était résolu malgré tout. Il savait qu'après ça, la vision que lui porterait cette drôle de troupe - la vision que Bokuto lui porterait - serait différente. Mais le simple fait d'avouer qu'il avait tort…

Quel comportement puéril, penseront les plus modestes, mais cela n'a jamais été chose facile que d'avouer ses faiblesses. Surtout pour le petit garçon qui aimait la danse plus que tout. Surtout pour le garçon esseulé qui dans l'espoir de regagner un semblant de respect avait décidé de devenir un danseur prodigieux. Surtout pour le jeune homme qui plus tard avait décidé de ne laisser de la place dans sa vie qu'à l'excellence. Surtout pour Akaashi qui posait, dans un équilibre fragile, sa confiance en lui sur ses standards de perfection.

Il glissa son téléphone sur la table.

Tous tournèrent la tête vers lui. Même Kenma.

- Pour commencer, il y a quelque chose que je dois vous dire."

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Alors ? Vous imaginez bien le quartier de Bokuto ? A votre avis, comme se le demande Akaashi : "Qui était totalement accro aux jeux vidéos ? Qui balançait ses chaussettes à rayures derrière lui tel le Petit Poucet ? Qui exposait fièrement ses bouteilles d'Arizona sur une étagère ? Qui laissait en plan de vagues croquis près du téléphone fixe ?" Et d'où vient la jupe qu'Akaashi à vu traîner ? Vous aussi vous aimeriez être enroulé dans un plaid avec Bokuto ? (moi oui, inutile de mentir) Vous comprenez la réaction de Kuroo ou vous le trouvez vraiment égoïste ?Comment pensez vous que les garçons vont réagir quand Akaashi va avouer son mensonge ?

Bref, beaucoup d'interrogations de mon côté comme vous pouvez le voir haha ! J'espère que ce chapitre vous aura plu, et encore une fois merci pour vos review sur le dernier chapitre, même si je suis longue à répondre, j'adore discuter avec vous ! C'est une des choses que je préfère dans la publication de cette fic.

Allez, sur ce, kiss sur vos joues, et ... A bientôt !