_Paty27 : Merci beaucoup, et bien la voici la suite ! :)
_Guest : Merci pour tous ces compliments et cette petite review qui m'a vraiment fait très plaisir !
_Nordom : ahahah xD Je comprends tout à fait ta vision des choses et si cela peut te rassurer, toute cette histoire n'est pas encore fini, mais tu le verras dans le chapitre qui suit. J'espère que la suite de te décevra pas ! Merci de ton passage !
Bêta : Sylphideland (D'ailleurs si vous n'êtes pas encore allés lire sa fiction sur Teen Wolf du nom de "L'enfant loup", je vous y invite fortement ! Elle est superbe !)
Chapitre 9
Le bruit d'un oiseau tapant avec insistance à la fenêtre finit par réveiller Stiles. Grimaçant superbement, il bondit du lit avec un grognement agacé et alla frapper à son tour la fenêtre de sa paume. L'oiseau s'envola immédiatement en lançant un pépiement vexé et strident, puis le calme revint dans la chambre. Stiles passa plusieurs fois sa main sur son visage, agacé, ne se gênant pas pour pousser quelques soupirs d'énervement. Maintenant qu'il était debout, il savait que ce serait difficile pour lui de se rendormir, d'autant qu'il avait eu du mal à fermer l'œil. Et il n'avait en tout et pour tout dormis que trois heures. Trois petites heures. Alors que, et ce depuis qu'il était enfant, il lui fallait bien sept ou huit heures de sommeil pour être en forme toute la journée sept belles longues heures, enroulé dans une couette, à ne rien faire d'autre que dormir. Malheureusement pour lui, son esprit avait cogité toute la nuit, laissant ses pensées s'entremêler encore et encore en un ballet infernal qui lui avait donné mal à la tête. S'endormir après une dispute n'était jamais facile, et Stiles n'avait cessé de penser à ce qui l'avait tant mis en colère la veille. Pourquoi tout était toujours si compliqué ? Il avait réfléchi la nuit entière, peinant à trouver l'explication qui lui aurait permis d'apaiser son cerveau en ébullition, ne serait-ce qu'un peu, pour lui permettre de s'endormir. Se retournant sans cesse dans ses draps, traversé par des vagues de colère, de tristesse et la sensation d'être complètement perdu, il avait grommelé, juré, attendu. Et maintenant, il constatait avec amertume que cette nuit quasiment blanche l'avait totalement vidé de ses forces.
L'hyperactif resta debout un petit moment au milieu de la pièce, fixant le lit vide aux draps défaits.
J'aurais dû ramener mon oreiller, soupira-t-il en se frottant les yeux, la voix rauque de fatigue.
Il avait eu froid sans Derek. Il avait pris, le soir, l'habitude de se blottir contre le loup, profitant de sa chaleur et de son odeur apaisante pour s'endormir tranquillement et dans de bonnes conditions. Il se rendait compte maintenant que Derek était devenu un peu comme cet oreiller dont il avait du mal à se séparer, même à l'époque où il dormait souvent chez Scott. Ça le perturbait. Il avait eu toute la nuit l'impression que quelque chose, ou plutôt quelqu'un lui manquait. Une fois la colère passée, il avait hésité longtemps à sortir de son lit pour rejoindre le loup qui dormait dans une autre pièce et reprendre le dialogue, plus calmement, mais ce désir était apparu bien trop tard dans la nuit pour qu'il y succombe. De plus, Derek méritait davantage que quelques heures de séparation forcées. Bien davantage. Stiles s'était donc résigné à dormir seul. Après tout, c'était lui qui l'avait voulu.
Ce fut en trainant des pieds qu'il décida de se rendre dans la cuisine. Comme presque chaque matin, il hésita entre un verre de lait ou de jus d'orange, puis se dit que, plutôt que de se préparer quelques toasts, il en volerait à Laura. C'était un petit jeu entre eux : qui volerait le plus de toasts à l'autre ?
Ce matin, il semblait être le seul à s'être levé si tôt. A cette idée, l'hyperactif ne put s'empêcher de sourire, parce qu'il était rare qu'il se lève avant tout le monde. D'ordinaire, c'était Cora qui le réveillait en courant dans le couloir et chantonnant assez fort pour que chaque habitant de Beacon Hills se retrouve brusquement réveillé par ses hurlements de joie. Une gamine pleine d'énergie. Elle se faisait souvent gronder par Talia pour cette raison d'ailleurs.
Stiles aurait préféré déjeuner avec quelqu'un, ça lui aurait permis de se changer les idées en abordant n'importe quel sujet excepté celui de sa dispute d'hier soir. Ça l'obnubilait. Sans doute parce que c'était encore tout frais, ou peut-être parce qu'il savait qu'il croiserait forcément Derek aujourd'hui. Après tout, c'était dimanche, le loup n'avait donc pas cours. Il resterait très certainement à la maison avec Laura et Cora, ou alors, avec un peu de chance peut-être qu'il sortirait voir ses amis de l'équipe de basket.
Le fils du Shérif se passa une main sur le visage et secoua la tête.
- Penser à autre chose, penser à autre chose, se répéta-t-il presque en colère contre lui-même de prendre cette situation trop à cœur.
Tout en prenant une bouchée de son premier toast généreusement recouvert de confiture, Stiles sentait que son cerveau marchait à toute vitesse. Et malgré lui, dans ce silence assourdissant, il ne parvenait pas une nouvelle fois à penser à autre chose.
Une petite voix lui disait que c'était idiot de faire une montagne de cette histoire, que Derek n'avait eu des relations avec Gabriella que parce qu'il ne pensait pas se remettre avec lui elle lui disait qu'ils étaient séparés, et que le loup n'avait à ce moment-là aucun compte à lui rendre. Malheureusement, il y avait cette autre voix, plus brutale et plus sèche, qui lui chuchotait bien d'autres choses toutes plus déplaisantes les unes que les autres : peut-être que cette relation entre eux avait duré plus longtemps que ce que Derek lui avait fait croire ? Peut-être qu'il s'était attaché à elle, peut-être qu'il lui avait menti, peut-être qu'il ne l'aimait plus !
Après tout, Derek s'était dépêché de vite tourner la page. Trop vite. Peut-être qu'il reproduisait exactement ce que Stiles avait fait subir à Malia environ un an plutôt. Peut-être que c'était son karma qui se retournait contre lui ! Et si Derek n'avait plus de sentiment pour lui, qu'il était revenu seulement et uniquement à cause du bébé ? Que sans cette grossesse au départ non désirée il ne serait jamais revenu ?
A cette idée, Stiles sentit son cœur se broyer dans sa poitrine, et se maudit intérieurement de réussir si bien à se torturer l'esprit sans l'aide de quiconque. Oh, qu'il était doué au jeu des « peut-être » ! Peut-être, que des peut-être, trop de peut-être qui pour le moment n'apportaient aucune réponse mais bien trop de questions.
L'hyperactif se mordit la langue par inadvertance ce qui le fit sortir brusquement de ses pensées. Il émit un petit gémissement de douleur en passant son index sur ses lèvres, puis fronça légèrement les sourcils en voyant l'heure. Neuf heures et deux minutes. Si Stiles avait bien appris une chose en vivant ici, c'est qu'il n'y avait pas plus matinaux que les Hale, alors voir qu'aucun d'entre eux n'était debout à une heure pareille le surprit. Il se leva, délaissant ses toasts et son verre de lait, puis s'aventura dans diverses pièces de la maison. La chambre de Laura était vide et celle où Stiles supposait que Derek avait dormi l'était aussi. Immédiatement, le jeune homme sentit son cœur battre plus fort sous la surprise et l'inquiétude. Il devina que Talia était également absente car ses chaussures et ses clefs n'étaient plus près de la porte d'entrée. Quand Stiles se rendit dans la chambre de la petite Cora, il la vit profondément endormit dans son lit, roulée en boule tel un petit chiot, et soupira de soulagement. Mais ce fut de courte durée. Aucun Hale ne l'avait jamais laissé seul jusqu'à maintenant, surtout pas avec Cora que s'était-il donc passé ? Pourquoi aujourd'hui faisait-il exception à la règle ?
- Derek ? Laura ? héla-t-il d'une voix incertaine, espérant une réponse.
Personne ne répondit. Stiles commença à énumérer les raisons qui auraient forcé les Hale à partir sans l'avertir, et il en arriva très vite à la conclusion que ce n'était pas normal. Et tout ce qui n'était pas normal avait le don de l'angoisser, c'était bien connu.
- Pas d'affolement, se dit-il pour tenter de relativiser. Ils sont juste sortis, c'est pas comme si tu n'avais jamais était seul dans une maison de toute ta vie ! Et puis... Cora est là, ajouta-t-il sans conviction.
Il retourna dans la cuisine, s'assit devant son petit déjeuner et attrapa un autre toast. Ses jambes tressautaient nerveusement tandis qu'il se mordait les lèvres, figé, un toast à quelques centimètres de sa bouche. On était dimanche ! Qu'est-ce qui pouvait pousser tous les Hale à disparaitre un dimanche dès neuf heures du matin? Le jour de la flemmardise ? Le jour où la plupart des lieux publics étaient fermés ? Le jour où personne n'avait rien de mieux à faire que de rester à la maison ! L'espace d'un instant, Stiles se sentit comme un enfant qu'on aurait oublié à une station service, et son cœur fit un bon paniqué dans sa poitrine. Les Hale n'étaient pas du genre à aller au marché ou à l'église ! Alors où étaient-ils ? Abandonnant de nouveau son repas, il se leva un peu brusquement tout en se demandant pourquoi il n'avait pas pensé plus tôt à utiliser son portable pour obtenir une explication.
Mais il n'était même pas sorti de la pièce qu'il vit, par la fenêtre, que de la poudre de sorbier entourait le terrain de la maison. Il se rapprocha pour scruter l'extérieur, perplexe, les yeux écarquillés comme si il ne croyait pas une seconde que cela puisse être possible. Il comprenait de moins en moins. C'était quoi, ça ?! Depuis quand les Hales entouraient leur maison de sorbier? D'ailleurs quel loup-garou sensé penserait à faire ça ?
Stiles décida finalement de se diriger vers la porte d'entrée, nonobstant son téléphone, et sortit malgré l'air glacial. Quelques frissons s'aventurèrent le long de sa colonne vertébrale dès son premier pas dehors, mais il avança tout de même prudemment jusqu'à cette ligne de poudre noire étalée sur les feuilles mortes. Parce qu'il avait toujours été un indécrottable curieux, il essaya de passer son pied par-dessus la ligne mais ne réussit qu'à se heurter à un mur invisible qui le projeta rudement en arrière.
Tout en se rétablissant sur ses pieds en chancelant douloureusement, il sentit son cœur rater un battement. Puis il plissa les yeux pour observer les alentours, espérant que personne n'ait surpris ce petit moment gênant, avant d'essayer une nouvelle fois. Parce qu'en plus d'être curieux, il était têtu. Mais cette tentative-ci s'avéra être aussi infructueuse que la première et il fut brutalement repousser une seconde fois. Interdit, le jeune homme grogna d'agacement. Puis il fronça les sourcils, prit le temps de réfléchir trois secondes … et il comprit. Il ne pouvait certainement pas passer cette poudre à cause du louveteau qu'abritait son ventre. Il était pour le moment considéré, par les règles qui régissaient le monde surnaturel, comme un lycanthrope, à l'instar de Scott ou Malia.
Cette révélation ne le rassura pas pour autant, loin s'en faut tout ça était bien trop étrange pour que Stiles reste les bras ballants. Immédiatement, son cerveau lui fit imaginer et analyser tous les scénarios possibles.
Il se décida à revenir sur ses pas et rentrer, les sourcils froncés, plongé dans ses pensées. Il referma la porte et commença à réfléchir sérieusement à ce qui pouvait bien se passer pour que non seulement tous les Hales désertent leur propre maison sans l'en avertir, mais qu'en plus il s'y retrouve enfermé. Quelqu'un lui voulait-il du mal ? Ou bien à son enfant ? Est-ce que Derek allait bien ? Est-ce que la meute avait des problèmes ?
La seule façon d'avoir des réponses à ses questions était que Stiles parvienne à communiquer avec quelqu'un. Il revint à son idée initiale et monta alors les escaliers, retourna dans sa chambre et attrapa son téléphone portable à une vitesse incroyable. Il appela d'abord plusieurs fois Derek avant de se souvenir que celui-ci n'avait plus de portable par sa faute, puis, tout en réprimant un grognement d'agacement, il appela Scott. Messagerie. Lydia. Messagerie. Il fit le tour de ses contacts sans qu'un seul d'entre eux lui réponde. Evidemment, dans les moments les plus urgents, il n'y avait plus personne !
Ses mains se mirent à trembler alors que ses neurones surchauffaient et que son cœur palpitait à cent à l'heure. Il y avait bien quelqu'un qui allait le rappeler ! Qui allait se manifester ! Quelqu'un qui savait ce qui se passait, qu'il réussirait à joindre et qui le rassurerait ! Même son père ne répondait pas. Pourquoi il ne répondait pas ?! Pour quelle raison le Shérif de la ville ne répondait pas ?!
Stiles s'assit finalement sur son lit, serrant son portable entre ses mains.
- Il doit y avoir une explication, tenta-t-il de se persuader, la colère se disputant à l'inquiétude sur son visage. Ils ont intérêt à avoir une explication !
Et si personne ne revenait ? Et si Stiles et Cora se retrouvaient à tout jamais enfermés ? Il secoua la tête à cette idée complètement idiote. Bien sûr que les Hale allaient revenir, et si ce n'était pas le cas il n'avait qu'à appeler la police ou n'importe quelle personne humaine capable de rompre ce fichu cercle de sorbier. Pour le moment il devait se contenter d'attendre. Quelqu'un lui donnerait bien des nouvelles d'ici quelques instants et lui expliquerait. Ça ne servait à rien de s'inquiéter, ce n'était pas bon pour sa santé.
Même s'il savait tout ça, Stiles ne parvenait pas à se calmer, et pendant plus d'une heure, seul dans cette maison – sans compter Cora toujours endormie dans sa chambre – il vacilla entre colère, rage, puis peur et angoisse. D'autant qu'il n'avait jamais été très patient. Personne ne répondit à aucun de ses appels et cela même s'il insista, réitérant ses coups de téléphone toutes les cinq minutes. Deaton était injoignable alors qu'il était censé être toujours accessible. Mais soudain, sans que rien ne l'annonce, la porte d'entrée du rez-de-chaussée s'ouvrit de l'extérieur. Immédiatement, bondissant du lit tel un ressort, la respiration bloquée dans ses poumons, Stiles courut hors de la chambre puis dévala les escaliers, prit d'une colère noire et prêt à tous les étriper.
Les premières personnes qu'il vit furent Laura, Derek et Deaton, et le soulagement qu'il ressentit fut tel qu'il en oublia sa colère, et il resta là, au pied des escaliers, à regarder l'agitation. Talia semblait être la seule absente du lot. Il les observa se diriger vers le salon, suivant Scott avec empressement sans même remarquer sa présence.
- On doit faire quelques choses ! explosa Laura, le faisant sursauter.
- Je n'ai jamais vu une telle atrocité de toute mon existence, ajouta Deaton avec inquiétude. Ils sont très expérimentés !
- Il faut qu'on prévienne l'intégralité des meutes de Beacon Hills et des villes alentours ! lança Scott avec une autorité nouvelle. On ne peut pas rester là sans rien faire ! Ils vont finir par venir pour nous aussi !
- Ma mère est en train de réunir tous les Alpha des environs, reprit Laura avant de se tourner vers Allison. On doit savoir si ta famille est d'accord pour nous apporter de l'aide. Les Argent connaissent certainement un moyen efficace pour les arrêter sans faire couler trop de sang. On doit faire vite !
- Je vais leur demander. Je suis certaine qu'ils accepteront, répliqua la brune avec une lueur déterminée dans le regard.
- Derek, va avec elle. On n'est jamais sûr de rien. Ils s'attaquent même aux humains alors tu y vas, ordonna Laura d'un ton sans appel.
Stile, complètement exclu de cet échange, était perdu. Il aurait voulu les interrompre, leur demander clairement ce qui se passait ainsi que les raisons de leur colère et de leur peur, mais il n'osait pas, jugeant le moment inadéquat. Aussi se contenta-t-il de regarder Derek et Allison partir sans même lui adresser un regard ou se rendre compte de sa présence, puis comprit que l'heure était probablement grave. Il ne les avait jamais vus aussi inquiets.
- Ne restez jamais seuls, reprit Laura. Tant qu'on n'aura pas neutralisé la menace ne vous séparez pas. Erica tu viendras vivre ici pour le moment.
- Boyd, Isaac, vous dormirez chez moi le temps qu'il faudra, déclara Scott à son tour alors que les deux autres se contentaient de hocher la tête. On a deux chambres de libre.
- J'irais chez Jackson, intervint Lydia en levant la main sans demander l'avis du concerné.
- Malia et moi allons poser nos bagages ici, s'imposa Peter avec un sérieux épique, avant de se racler la gorge et de préciser : écoutez-moi bien, ils n'ont pas l'air de rigoler, là, dehors. Vous avez tous vu ce qui est arrivé à la meute de Deucalion ? On doit être vigilant et très prudent, à l'affut du moindre danger ! Ils sont nombreux et tant que Talia n'aura pas réussi à rallier les autres meutes de la ville, on reste discrets ! Compris ?
Ils hochèrent tous la tête. Brusquement, Stiles, le souffle court, sentit ses jambes devenir flasques et la pièce se mit à tourner. Tout allait trop vite pour lui, il avait tenté de suivre le fil de la conversation mais bientôt les mots se mélangèrent, s'assourdirent, et il ne ressentit plus que le besoin de s'assoir. Ce qu'il fit.
Il se laissa tomber sur le canapé, déglutit, puis serra les poings et les dents, ressentant la tension qui avait envahi la pièce comme si elle était vivante, palpable. Peut-être était-ce à cause du louveteau qu'il portait qu'il ressentait les auras affolées toutes les personnes autour de lui. Il ferma les yeux et tenta de trier ses émotions pour se calmer malgré les voix qui se mélangeaient autour de lui. Soudain, il sentit une main froide se poser sur la sienne et le canapé s'affaisser à ses côtés. Il ouvrit les yeux et croisa ceux d'Isaac qui tentait de le rassurer d'un sourire. C'était le seul qui semblait prendre conscience de sa présence les autres continuaient leurs échanges sans lui accorder le moindre intérêt.
- Ça va ? lui demanda le jeune homme aux bouclettes parfaites.
- Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda immédiatement Stiles, plus brutalement qu'il l'avait voulu.
- Un léger contretemps, expliqua le loup embarrassé, hésitant manifestement à lui en dire plus. On va dire que … la meute de ce cher Deucalion a … enfin, aurait été salement décimée la nuit dernière par ce qui semble être des chasseurs expérimentés.
Stiles fronça légèrement les sourcils, tentant de se rappeler des visages des membres de la meute de Deucalion. Il savait qu'elle était composée de loups et d'autres créatures surnaturelles, ainsi que de quelques humains tout comme la meute à laquelle il appartenait. Et, dans ses souvenirs, certains étaient encore des adolescents. Stiles avait eu l'occasion d'en rencontrer deux ou trois lors d'un match amical de la crosse contre l'équipe d'un autre lycée. Gabriella faisait partie de cette meute.
Réalisant cela, Stiles se rappela des coups de téléphone que la jeune louve avait passé le jour précèdent. L'avait-elle fait pour demander de l'aide ? Etait-elle en danger à ce moment-là ?
Stiles avait-il, sans réellement le vouloir, condamné cette fille à une mort certaine ? Mais était-elle vraiment morte ? Il y avait peut-être des survivants. Elle devait certainement en faire partie. Stiles se devait de le demander. Il devait savoir.
- Est-ce que...
- Personne n'a survécu excepté Deucalion, anticipa Isaac d'un ton un peu brusque. Hier matin l'un d'eux à été abattu en pleine rue devant toute une foule de personne !
Stiles se redressa et haussa les sourcils. Pourquoi se sentait-il triste ? Il n'avait aucune raison de se sentir concerné par le sort de Gabriella. Il ne l'avait jamais aimé. Après tout, cette fille n'était qu'une opportuniste qui avait déjà essayé de lui enlever Derek plusieurs fois. Il la détestait, et ça depuis leur première rencontre. Il aurait donc dû rester impassible à cette nouvelle, ou bien ne ressentir qu'une légère tristesse. Malheureusement, ce qu'il ressentait était bien plus fort et ne lui plaisait pas du tout. C'était de la culpabilité à l'état brut, violente et paralysante, comme si le simple fait de ne pas ignorer les appels de cette fille aurait suffit à lui sauver la vie.
- Ceux qui s'en sont pris à sa meute ont commencé il y a un mois à les pourchasser un par un, jusqu'à la nuit dernière où ils ont attaqué les 6 derniers membres en même temps, relata Isaac la mâchoire contractée.
- C'est impossible, baragouina Stiles d'un ton faible. Ce n'est pas possible. Toutes les meutes de cette ville et des villes environnantes n'ont enfreint aucune règle. Pas d'humain tué donc pas de loup-garou à pourchasser ! conclut–t-il vivement, l'incompréhension toujours peinte sur son visage. Pas d'indiscrétion donc pas de mesure extrême à prendre ! C'est comme ça que ça marche ! Il y a un traité !
- Ces chasseurs-là ne sont pas comme les Argent, grimaça Isaac. Allison a été catégorique, ce ne sont pas leurs méthodes. Les membres de sa famille ne rigolent pas avec le règlement du traité. Donc ce sont d'autres chasseurs. Des chasseurs qui se foutent complètement des règles et qu'on ne connait pas.
Stiles observa le reste de la meute qui débattait toujours autour de la table sans se préoccuper de ce qu'Isaac et lui pouvaient bien se raconter. Terminés les quelques mois de tranquillité. Les ennuis revenaient, plus dangereux que jamais. Stiles passa une main sur son ventre sans vraiment réaliser son geste, peu rassuré. Ce n'était vraiment pas le moment pour que des cinglés débarquent à Beacon Hills et se lancent ni plus ni moins dans une purge !
- Ils viennent probablement d'une autre ville ou même carrément d'un autre pays, pensa Stiles à voix haute. Il faudrait peut-être d'abord se renseigner sur la raison de leur venue ici.
- On ne sait pas pourquoi ils ont choisi de venir à Beacon Hills, on ne sait même qui ils sont ! Mais ce qui est clair c'est qu'ils sont venus pour la meute de Deucalion et prendre leur pied à tous les exterminer …
- Peut-être que la meute de Deucalion s'en était pris à ces chasseurs dans le passé, hasarda Stiles dans sa tentative de trouver une explication qui tienne la route.
- Non, impossible, réfuta Isaac en secouant la tête. Deucalion nous a clairement dit qu'il ne les avait jamais croisés de sa vie. Il n'a jamais eu à faire à eux.
- Il doit bien y avoir une raison ! On ne tue pas les gens comme ça voyons !
- Mais j'en sais rien ! Si ça se trouve c'est un jeu pour eux d'exterminer n'importe qui sous prétexte qu'ils en ont simplement envie ! Et même si ils avaient des raisons, aucunes d'entre elles ne justifieraient ce qu'ils ont fait aux bêtas de Deucalion. Ça aurait pu … être nous …
Le jeune loup-garou passa une main vive dans ses cheveux bouclés, manifestement encore secoué par ce qu'il avait vu. Stiles se tut et regarda ses propres mains, un peu gêné de n'y avoir pas pensé et de s'être laissé emporter. Isaac avait raison. Peu importe la raison, ces chasseurs étaient allés trop loin. Il n'eut pas le temps d'y penser plus avant car Isaac reprit, plein de colère :
- Si tu avais vu les corps ! Ils étaient à peine reconnaissables ! Personne ne mérite de subir ça ! Certains étaient des amis !
Il passa sa main sur son visage pâle et continua, plus doucement :
- Le pire dans tout ça c'est que ces chasseurs s'en prennent aussi aux humains et n'importe quelle créature appartenant à une meute. Lydia, Allison et toi, articula-t-il en le regardant directement dans les yeux, sachant que Stiles avait tendance à prendre des risques inutiles et dangereux, vous courrez autant de danger que nous, si ce n'est pas plus !
Il y eut un instant de silence, le temps que Stiles remette toutes les informations qu'il venait d'obtenir en ordre et de les lier les unes aux autres. Puis une question fusa dans son esprit fatigué par cette longue nuit blanche et stressé par la situation : pourquoi avoir entouré la maison de sorbier ? Ça n'avait aucun sens car complètement inefficace face à des chasseurs humains. Il releva la tête vers son ami, prêt à lui poser sa question – autant qu'il en profite tant que quelqu'un lui prêtait attention – car il ne doutait pas que Scott et la meute allaient le mettre de côté comme ils le faisaient toujours quand le danger était bien trop grand. Comme maintenant.
- A quoi servait la poudre de sorbier ? demanda-t-il sans prendre de gants.
- On voulait vous garder à l'abri, Cora et toi. Avant de se rendre sur place, on pensait que c'était l'œuvre de loups, alors on a préféré être prudent. Au final on s'est complètement trompé. Quand on s'est rendu compte de notre erreur, enfin quand Derek nous l'a fait remarquer, on est tout de suite revenu le plus vite possible ici pour briser le cercle et s'assurer que tout allait bien. On a eu un petit moment de panique, je te l'avoue, ralla Isaac qui retrouvait à présent le sourire, mais toi et Cora allez bien c'est ce qui compte.
Stiles se contenta de hocher la tête. Ses amis avaient cru bien faire et il ne pouvait pas leur en vouloir pour ça. Ils auraient cependant pu au moins lui glisser un mot, quelque chose pour qu'il ne s'inquiète pas de absence. C'était quand même un groupe de plus de cinq personnes, l'une d'entre elles aurait pu y penser !
La voix de Scott, plus forte, interrompit leur discussion. Ils tournèrent toute leur attention vers lui et Stiles en eut presque un choc. Il n'avait jamais vu son ami d'enfance aussi sérieux que maintenant.
- Aujourd'hui le plus important est de récolter le plus d'informations possible pour connaitre davantage nos ennemis, et protéger Deucalion comme promis, reprit Scott. Soyez prudents! Ne prenez aucun risque !
oOoOo
Stiles se sentait inutile, enfermé dans cette maison. La meute avait catégoriquement refusé son aide et, pour une fois, n'avait pas plié. Il comprenait pourquoi ils désiraient tous le tenir à l'écart, certes, mais ça le mettait hors de lui de les voir se démener pour assurer la sécurité de tous, tandis que lui restait là, à ne rien faire de la journée. Mais le pire n'était pas l'inaction le pire, c'était de n'être tenu au courant de rien ! Depuis le résumé d'Isaac, Stiles n'avait rien appris de plus. Deaton avait ordonné qu'il soit tenu le plus éloigné possible de cette histoire, et qu'il ne reste pas dans la même pièce que les autres pendant qu'ils élaboraient des plans d'attaque ou échangeaient des informations. Il avait été clair et catégorique, ne laissant à personne l'occasion de le contredire, pas même Stiles lui-même.
- Toutes ces mauvaises ondes risquent de t'affecter, lui avait-il expliqué, autoritaire. Même si tu es humain, le fait que tu sois enceint d'un loup accentue ta sensibilité comme si l'enfant te transmettait temporairement ses capacités à pouvoir percevoir les émotions des autres. Ce que ressent ton entourage, tu risques de le ressentir également, et ce serait beaucoup trop stressant pour toi. Alors tu te tiens éloigné, s'il te plait.
C'est ainsi que Stiles se retrouvait, à chaque fois que les autres membres de la meute se réunissaient, à l'étage à jouer avec Cora. Il avait l'impression d'être un enfant qu'on jugeait inapte à comprendre les problèmes des adultes, ou alors d'être un ado inconscient à leurs yeux. Ce n'est pas comme s'il allait se ruer dans la bagarre pour donner une bonne raclée à ces chasseurs odieux ! Il voulait seulement les aider à trouver une solution, réfléchir avec eux au problème. Il était particulièrement doué à ça, pourtant, tout le monde le savait ! Il avait parfaitement conscience de sa situation, il savait qu'il devait mettre un terme à ses prises de risque irréfléchies, mais tout ce qu'il voulait c'était servir à quelque chose.
Assit sur le sol à jouer à la poupée avec Cora, il se repassait en boucle la discussion que lui et Isaac avaient eu. Gabriella était morte. Elle avait définitivement disparue. Est-ce qu'il aurait pu empêcher ça si il avait répondu à ses foutus appels ? Si il n'avait pas été aussi jaloux et possessif ? Il essayait de se remémorer les derniers messages qu'il avait pu lire sur le portable de Derek avant que celui-ci ne rende l'âme dans la cuvette des toilettes. Certains sortaient du lot, les plus récents qui dataient d'au moins trois bons jours, ceux que Stiles avait cru être une tentative pour lui voler son copain. « J'ai besoin de toi ! » « Je ne lui dirais rien ! » « Je t'appelle pas pour lui ! C'est important, j'ai besoin de te voir ! Ce n'est pas un caprice ! ». Peut-être que la jeune fille avait fini par laisser des messages audio en voyant que personne ne lui répondait. Peut-être qu'ils auraient pu aider la meute.
- Stiles tu n'es pas marrant ! se plaignit soudain une petite voix fluette, à la fois triste et agacée.
Sorti de ses pensées, Stiles en sursauta presque. Face à lui, Cora laissa tomber son postérieur sur le sol et croisa les bras, une moue boudeuse sur le visage, tenant sa poupée dans la main droite.
- Désolé Cora, souffla Stiles en baissant les yeux sur la poupée blonde qu'il tenait. Laura est beaucoup plus douée que moi pour jouer à ce genre de truc tu sais …
- Toute façon je peux jouer sans toi ! Va t-en ! Allez ! Zouh ! s'écria brusquement Cora, une grimace contrariée sur le visage.
Elle lui arracha la poupée des mains et, d'un doigt énergique, lui montra la sortie. Stiles haussa les sourcils, surprit par le comportement grognon de la petite louve qu'il n'avait pas eu l'occasion de voir jusqu'à présent, puis il se leva, lui ébouriffa les cheveux au passage – obtenant quelques grognement supplémentaires de la part de la fillette - puis sortit de la pièce.
oOoOo
Maintenant que Stiles y réfléchissait, c'était la première fois qu'il voyait autant de monde assit autour de la table du salon. Cela faisait désormais deux bonnes heures que Scott, Boyd, Isaac, Jackson, Lydia et Deaton étaient partis. Dès leur départ, Laura avait couru en cuisine, sollicitant l'aide de Erica et Malia pour faire le repas de ce soir. Peter s'était plaint qu'on laisse ces filles faire la cuisine, proclamant haut et fort que tout le monde risquait d'être intoxiqué. Il n'avait pas tout à fait tort, mais ce n'était pas pour autant qu'il avait mis la main à la pâte au contraire, comme à son habitude il s'était simplement servi une tasse de thé puis s'était installé devant la télévision du salon, enfoncé dans le canapé pour y rester jusqu'à l'heure du repas. En ce qui concernait Derek, il n'était toujours pas rentré, et Stiles aurait menti en affirmait qu'il ne s'inquiétait pas. Avec tout cet affolement depuis ce matin, il craignait que son petit ami rencontre des problèmes, et cela même si il était toujours remonté contre lui. Sa tête et son cœur n'étaient décidément pas souvent du même avis. Puis, ils avaient toujours rendez-vous chez Deaton ce soir pour l'échographie. Sa présence comptait énormément.
Talia, quant elle, avait ni plus ni moins disparu, comme à chaque fois. Stiles se demandait souvent ce que la matriarche de cette famille faisait de ses journées quand elle n'était pas au travail. Il ne la croisait que très rarement dans les couloirs de la maison et ne lui adressait quasiment jamais la parole, principalement de peur de dire une ânerie car il avait facilement tendance à se perdre dans des récits sans queue ni tête voilà pourquoi il était préférable que la mère de Derek soit épargnée. Aussi, quand se fut l'heure du repas et que l'Alpha daigna engager la conversation avec lui, il faillit s'étouffer avec un morceau de viande bien trop cuit. Puis, les larmes aux yeux, il s'assura d'un coup d'œil que l'alpha s'adressait bien à lui. Après tout, elle aurait pu vouloir participer à la discussion entre Laura et Peter sur la meilleure façon de préparer une omelette. Un débat qui avait étonnement retenu l'attention de tout le monde jusqu'ici.
Voyant que Talia s'adressait bien à lui, Stiles se redressa vivement et essaya de respecter au mieux ce fameux proverbe qui disait qu'il fallait toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Bien qu'il soit certain que, même en suivant ce conseil, ouvrir la bouche était beaucoup trop risqué pour lui. Alors il hésita, chercha longtemps ses mots. Trop longtemps. Un instant, l'alpha parut agacée de ne pas recevoir de réponse, mais continua :
- Ton père ne voudrait pas au moins une fois venir passer l'après-midi ici ? lui demanda-t-elle d'une voix douce et calme. Tu ne vas quand même pas passer les cinq prochains mois sans le voir, tout de même.
- Je ne sais pas, hésita Stiles, préférant fixer le riz jaune avec lequel sa fourchette s'amusait plutôt que de regarder son interlocutrice droit dans les yeux.
Son regard se déplaça juste une fraction de seconde vers l'alpha pour retomber aussitôt dans son assiette, et celui de la louve laissait apercevoir un soupçon d'intérêt pour ce début de conversation, ce qui le rassura un tant soit peu et l'incita à continuer. Après tout, il n'avait rien à perdre et ne pouvait pas tomber plus bas dans l'estime de la mère de Derek et Laura. Alors, pour une fois qu'elle faisait le premier pas, Stiles se dit qu'il avait tout intérêt à se montrer sous son meilleur jour. Il se redressa donc de nouveau, déglutit discrètement afin de s'éclaircir la voix et reprit. Courage.
- A vrai dire, rien que le fait qu'il ait accepté que je vienne vivre ici était déjà un peu trop pour lui, alors lui demander de passer ce serait comme lui enlever le peu de fierté qui lui reste. Je ne sais pas si il est prêt à faire cet effort, souffla-t-il le regard triste. Mais je dois avouer que même si je suis bien ici, il me manque un peu et j'aimerais bien le revoir au lieu de l'avoir seulement au téléphone, rajouta-t-il en levant enfin les yeux de son assiette pour les encrer dans ceux, bruns foncés, de Talia Hale, qui lui offrait un petit sourire discret et tendre.
Talia Hale lui souriait ? Il n'en croyait pas ses yeux ! Ce changement d'attitude semblait si soudain qu'il avait du mal à savoir si c'était vrai, ou s'il n'était pas tout simplement en train de l'imaginer. Si il l'avait pu, il se serait pincé, il aurait cligné au moins une cinquantaine de fois des yeux afin d'être sûr qu'il ne rêvait pas. Avait-elle changé d'avis à son sujet ? Si c'était le cas, pour quelle raison ? Non, en fait il s'en fichait de savoir le pourquoi et le comment, tout ce qu'il voyait maintenant c'est que Talia Hale lui donnait une opportunité de faire partie de cette famille.
Il croisa le regard bienveillant de Laura, à l'autre bout de la table, et aperçut son pouce droit se lever en signe de soutien. La jeune femme lui adressa aussi un charmant petit clin d'œil. C'était sa manière à elle de lui l'informer qu'il partait dans la bonne direction.
- Je suis sûre que si tu lui proposes il acceptera. Tu es son fils après tout, tu dois aussi lui manquer, l'encouragea l'alpha, ramenant l'attention de Stiles vers elle. Dis-lui que nous sommes prêts à l'accueillir comme il se doit et qu'il peut venir quand cela lui chante.
- Merci, sourit Stiles d'un air ravi. Merci beaucoup.
Finalement, cette journée n'avait pas été qu'un total fiasco. Parviendra-t-il un jour à appeler Talia Hale « belle-maman » ? On ne sait jamais.
oOoOo
Une semaine entière s'écoula sans qu'il n'y eut aucune attaque, ni aucune tentative quelconque de la part de ces soi-disant chasseurs étrangers envers la meute. C'était un soulagement. Les esprits avaient fini par se calmer et il n'avait pas fallu longtemps avant que la vie reprenne son cours, et ça malgré la menace toujours présente. Après tout, la meute était en partie constituée de lycéens qui devaient à tout prix éviter l'échec scolaire, et ça même si ils s'occupaient de sauver le monde pendant leur temps libre.
Entre temps, une petite fatigue avait fait son apparition chez Stiles. Il était devenu un peu plus maladroit et parlait un peu moins. Un petit miracle selon l'avis général de ceux qui partageaient son quotidien. Le moindre effort physique l'obligeait à passer la majorité de la journée au lit à essayer de trouver une position confortable pour pouvoir dormir ne serait-ce que quelques minutes. Les stupides vitamines de Deaton ne servaient vraiment à rien.
Le jeune homme ne voulait pas laisser Laura s'occuper de tout dans cette maison géante dont l'entretien demandait une formidable détermination, un courage sans faille et une énergie illimitée. Il désirait vraiment l'aider, malheureusement la louve lui avait clairement fait comprendre qu'elle préférait qu'il ménage ses forces de peur qu'un accident survienne.
Mais voilà, Stiles étant Stiles, il n'aimait pas être inactif, il n'avait d'ailleurs jamais aimé cela et depuis son plus jeune âge. Diagnostiqué très tôt hyperactif, il avait toujours eu du mal à tenir en place. Rester assis sur une chaise, concentré et calme, très peu pour lui. Même en cours il n'y était que très rarement parvenu.
Sa grossesse l'obligeait toutefois à faire un effort considérable sur lui-même et cela avait pour conséquence de le rendre beaucoup plus aigri que d'habitude. Puis, rester là, à ne rien faire, l'amenait, contre son désir à penser à Derek. Lorsqu'il commençait, c'était dur pour lui de s'arrêter, aussi avait-il tourné leur dispute de samedi au moins un million de fois dans sa tête.
Une semaine maintenant qu'ils s'étaient disputés. Une semaine que Stiles s'évertuait à l'éviter autant que possible en faisant semblant de dormir ou en prenant garde à ne jamais se retrouver dans la même pièce que lui. Derek avait essayé d'engager la conversation à maintes reprises, mais Stiles l'avait simplement envoyé bouler à chaque tentative, et ce bien plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. La seule fois où l'humain avait accepté, trois jours auparavant, ils avaient encore fini par se disputer et s'étaient séparés en quelques minutes, au grand désespoir du loup.
Stiles ne se sentait pas prêt à avoir une nouvelle confrontation de si tôt, tant il était à fleur de peau. Pas tout de suite. Et Derek semblait l'avoir compris, car il n'avait pas retenté de s'approcher, au grand soulagement de l'hyperactif.
Ce-dernier secoua la tête, sortant partiellement de ses pensées, et fixa l'horloge juste au dessus de la porte. Si il avait de la chance, Malia et Erica rentreraient bientôt et il aurait ainsi la possibilité de penser à autre chose. Il fallait juste qu'il attende un peu. Patience. Sois patient.
Stiles se redressa dans un long soupir et ouvrit l'un des tiroirs de la table de nuit, près du lit. Il en sortit une enveloppe vierge, qu'il attrapa des deux mains avant de la fixer avec insistance un long moment.
Derek n'ayant pas pu venir pour l'échographie, Stiles avait demandé à Deaton de ne pas lui dévoiler le sexe de l'enfant. Il voulait depuis le début qu'ils vivent cette étape à deux, ensemble, mais les récents évènements avaient rendu la chose impossible. Ayant sans doute vu sa tristesse, Deaton, pour lui épargner une trop longue attente supplémentaire, avait inscrit l'information sur un papier puis l'avait caché dans une enveloppe avant de le lui remettre ainsi Stiles était libre de prendre connaissance du contenu quand il le désirait.
Il avait toujours été très curieux de nature et cette retenue qu'il s'imposait à présent le frustrait. L'envie de savoir le dévorait de l'intérieur. Même son père avait tenté de le faire céder lors de leur dernière conversation téléphonique, il s'était d'ailleurs montré encore plus curieux et enthousiaste que son fils.
Stiles avait la réponse à sa question juste là entre ses mains, il suffisait qu'il ouvre cette enveloppe et le tour serait joué. Fille ou garçon ? Rose ou Bleu ?
Il secoua la tête, grommela et replaça l'enveloppe dans le tiroir, bien décidé à respecter son engagement.
- Tout vient à point à qui sait attendre ! se résonna-t-il.
A peine eut-il remit l'enveloppe à sa place que Stiles entendit du mouvement au rez-de-chaussée et il sourit – à cette heure-ci, cela ne pouvait être que les trois autres lycéens qui vivaient désormais ici avec lui.
Il sauta donc hors de son lit d'un mouvement rapide et descendit les rejoindre. Enfin quelqu'un à qui parler !
Son bonheur fut de courte durée. Le trio semblait se disputer et il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre la raison.
- Oui et alors ?! hurla carrément Erica, les joues empourprées et les poings serrés.
La jolie blonde se tourna vers Derek et Malia, près de la porte d'entrée, qui avaient l'air aussi furieux qu'elle : ils la dévisageaient tous les deux comme deux prédateurs guettant une proie. Stiles en frémit. Qu'avait bien pu faire Erica ?
- Oh ça va ! reprit justement cette dernière sans même attendre une réponse. Ça fait une semaine ! Si les chasseurs avaient voulu nous attaquer ils l'auraient déjà fait ! J'avais juste envie de me retrouver seule deux minutes et le lac d'à côté me semblait être un endroit sûr ! Vous n'allez quand même pas m'interdire d'avoir un petit moment à moi de temps en temps ! s'écria-t-elle de plus belle.
- Tu aurais pu être blessée, contra Malia les yeux noirs de colère.
Erica soupira bruyamment en levant les yeux au ciel, puis fit volte-face et entra dans le salon, suivie de près par les autres. Elle se laissa tomber sur le canapé puis s'y allongea de tout son long, faisant tomber quelques coussins à terre au passage.
- Blessée ? Par quoi ? ricana-t-elle, moqueuse. Par un poisson d'eau douce ? Arrêtez de flipper ! Il n'y a aucune raison de s'inquièter.
Avec un sourire, elle attrapa l'une des mèches de sa longue chevelure blonde et commença à jouer avec. Derek et Malia étaient sur des charbons ardents.
- C'est pas la première fois qu'on a à faire à des chasseurs ! reprit Erica avec un feint détachement. Les Argent, ça vous dit quelque chose ? Alors au lieu de paniquer pour rien, profitez un peu du soleil et lâchez-moi.
- Elle me gonfle ! rugit Derek, exaspéré, avant de darder ses yeux noirs de colère sur la jeune femme. Tu sais quoi ? lui demanda-t-il, furieux. Fais ce que tu veux mais ne viens pas te plaindre après.
Il quitta la pièce d'un pas rageur, les muscles contractés de colère. Si le sujet n'avait pas été aussi sérieux, Stiles aurait peut-être ri en voyant le visage stupéfait de Malia suite à l'abandon si rapide de son cousin devant une Erica maintenant souriante et satisfaite. Stiles était cependant obligé de rallier la cause des Hale, car, même de son point de vue, Erica prenait des risques inconsidérés et mettaient inconsciemment tout le monde en danger.
- Je suis d'accord avec eux Erica, intervint-il prudemment. Ce n'est pas un jeu, tu devrais faire plus attention.
- Oh, tu vas pas t'y mettre toi aussi ! C'est facile pour toi de dire ça, ronchonna la jeune louve en se redressant. Tu passes toutes tes journées enfermé ici ! C'est pas toi qui te fais pister ou coller toute la journée par la meute ! Y en a marre de voir Allison et Scott s'emballer à tous les interclasses, d'écouter Jackson se vanter pour tout et n'importe quoi et d'entendre Boyd et Isaac parler du nouveau Pokémon qui va sortir dans deux semaines ! Et je ne parle même pas de Malia et Derek qui passent la journée à faire semblant de s'en vouloir à mort alors que tout le monde sait qu'ils veulent juste se reparler comme avant ! balança-t-elle avec un regard insistant en direction de la coyote. Je vais exploser moi, tu comprends ? J'en peux plus !
- Bah t'as qu'à passer du temps avec Martin, c'est la seule qui semble ne pas t'énerver, intervint Laura qui venait d'entrer dans le salon, alertée par les cris.
- Voilà, problème résolu, ironisa Stiles. Erica va falloir que tu apprennes à supporter tes amis !
- Je vais y réfléchir, rit finalement la jeune femme en réponse. En attendant, mêles-toi de tes affaires. Et puis ce serait bien que tu règles tes problèmes de cœur avec Hale pour qu'il arrête de me parler de toi toute la journée, ça commence à devenir dur d'être sa confidente, se moqua-t-elle.
Stiles se sentit instantanément rougir en comprenant que Erica était dans la confidence. Lui qui, par pudeur, avait refusé d'en parler à Laura et Malia toute la semaine, voilà qu'il apprenait qu'Erica était au courant du moindre détail. Bon, ok, il n'aurait pas dû être autant surpris, après tout il savait que Derek avait l'habitude de se confier à elle – un peu trop à son goût d'ailleurs – mais tout de même ! Il ne pouvait pas garder certaine chose pour lui ? Et voilà que Laura et Malia tentaient d'obtenir des informations.
- Comment ça se fait que mon frère te parle plus à toi qu'à moi ! s'insurgea la plus âgée, faussement vexée, avant de se tourner vers Stiles. Et toi, tu peux me dire c'est quoi votre problème ? Tu comptes bannir Derek encore longtemps de votre chambre ou on peut espérer qu'un jour tu l'autorises à y remettre les pieds ?
Ne se sentant pas d'affronter la louve ce soir, qui plus est devant un public, Stiles tenta de s'enfuir du salon aussi rapidement que possible. Manqué.
- Hey reviens par là ! s'écria Laura en l'attrapant par le bras. Tu ne m'échapperas pas aussi facilement !
- Stiles ne veux pas avoir de discussion avec Derek. Ça fait une semaine que Derek essaie de lui parler, mais Stiles est fermé comme une huitre. En plus ce n'est pas comme si Derek ne faisait aucun effort. Il cherche un travail comme tu lui as demandé, on est allé voir des membres de ma famille il y a deux jours pour récupérer des affaires pour enfant qu'ils n'utiliseront plus. Et si je t'envois des sms pour te demander si tu vas bien quand on est en cours, c'est seulement parce que ton copain me harcèle pour que je le fasse vu que tu ne réponds pas à ses messages.
- Erica on t'a rien demandé, lâcha Stiles, agacé de son intervention.
Il avait l'impression d'être piégé. Finalement il aurait préféré qu'Erica rentre plus tard ou se fasse réellement manger par un poisson d'eau douce. Il n'en revenait pas qu'elle ait réussi à détourner la conversation en un claquement de doigt.
- Pourquoi tu ne veux pas lui parler ? lui demanda Malia, un air innocent collé au visage. Je te rappelle que tu m'as toujours dit que pour résoudre un conflit il fallait se parler l'un à l'autre.
- Bah il ne faut pas toujours m'écouter. Et venant de toi c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité, grimaça Stiles en toute mauvaise fois.
- Si j'étais Lydia je dirais que tu flippes, reprit Erica avec une moue moqueuse sur le visage, alors qu'il n'y a aucune raison. C'est lui qui devrait flipper à mort. T'as peur de quoi finalement ?
- Je flippe pas !
Stiles leva les yeux vers les trois louves en ne les entendant pas répliquer. Toutes les trois le fixaient intensément, le défiant de répéter une telle absurdité. Fichues oreilles de loup-garou ! Il fallait absolument que Stiles apprenne à mentir beaucoup mieux que ça.
oOoOo
Voilà. Tout ce qu'il avait voulu éviter cette semaine s'était produit en un seul et même jour. Qu'est-ce qu'il racontait ? En une heure minimum ! Malia, Laura et Erica avaient essayé de lui bourrer le crâne pour qu'il accepte enfin de parler à Derek et les arguments n'avaient pas manqué. Elles étaient fichtrement douées pour se mêler des affaires des autres.
- Et puis, avait fini par reprendre Erica une heure plutôt, tu sais très bien qu'il regrette vraiment ce qu'il a fait. C'était une erreur ! Toi aussi t'en as fait et c'est pas pour autant qu'il a décidé d'en finir avec toi. Je ne vais pas épiloguer là-dessus mais penses-y.
Voilà pourquoi les trois jeunes femmes dévisageaient Stiles alors qu'ils dînaient. La table était silencieuse, chose étonnante qui n'arrivait pas souvent chez les Hale, car il y avait toujours quelqu'un pour raconter quelque chose. Entre Laura qui se plaignait de ses corvées, Cora qui réclamait de nouvelles poupées et Peter qui monologuait sur sa vie de célibataire et toutes ses conquêtes, il y avait de quoi y passer des heures. Et pourtant, ce soir, Stiles avait la désagréable impression que ce dîner serait plus long et difficile que tous les autres, car les filles avaient fait en sorte que lui et Derek se retrouvent face à face. Et maintenant elles souriaient, persuadée qu'un miracle arriverait. Malheureusement, tout ça eut seulement pour conséquence d'énerver davantage Stiles qui n'arrivait même plus à desserrer les dents pour manger. Maintenant en plus d'ignorer son copain, il devait ignorer sa cousine, sa sœur et sa meilleure amie disposées de façon stratégique aux quatre coins de la table, s'efforçant pour ça de fixer son assiette, rien que son assiette. Qu'elles aillent se faire voir ! Il ne craquerait pas ! Encore quelques minutes de plus à tenir, le repas était bientôt terminé.
- Vous êtes tous très calmes ce soir, remarqua Talia. Il se passe quelque chose ?
- Non, répondit Laura avec un grand sourire, rien du tout. C'est juste Stiles qui fait la gueule à Derek.
Stiles sentit qu'il n'y parviendrait pas. Attendre la fin du repas était au-dessus de ses forces, tout ça commençait tout bonnement à le rendre fou. Sa chaise racla brusquement le carrelage lorsqu'il se leva, puis il attrapa ses couverts avant de partir se réfugier dans la cuisine en ignorant du mieux qu'il put les regards surpris qui le suivaient.
Apparemment, le terme de « vie privée » échappait à tout le monde ici ! Fallait-il vraiment que tout le monde soit au courant ? Que tout le monde se mêle de tout, tout le temps ? Si seulement il pouvait rentrer chez lui au volant de sa jeep et tous les oublier ! Evidemment sa jeep n'était pas là, et personne ne le laisserait partir seul vu le danger qui pesait toujours au-dessus de la tête de la meute – et de la sienne, par extension.
C'est ça vivre en communauté, lui murmura une petite voix vicieuse dans sa tête. Et bien que la communauté brûle en enfer ! C'étaient ses histoires, ses problèmes et il était bien capable de s'en occuper et les résoudre seul ! Il était un grand garçon, il n'avait besoin de personne.
Une voix le fit sursauter alors qu'il lavait son assiette au-dessus de l'évier, et il la rattrapa de justesse avant qu'elle ne lui échappe des mains. Quand était-elle rentrée dans la pièce ?
- Hey, sois pas si susceptible, le taquina Laura en s'arrêtant à quelques centimètres à peine de lui.
Elle déposa une pile d'assiette à côté de l'évier et s'appuya négligemment sur le plan de travail.
- Tu vas m'ignorer moi aussi ? tenta-t-elle une seconde fois. C'est pas très sympa ça.
- Pas plus que ce que tu viens de faire, rétorqua Stiles d'une voix qui laissa transparaître, bien malgré lui, sa colère.
Ils entendirent tous les deux la porte s'ouvrir une seconde fois puis la voix d'Erica résonna dans la cuisine, suivit de très près par celle de Malia. Stiles leva les yeux au ciel. Il ne manquait plus qu'elles. Elles allaient réellement ouvrir un conciliabule dans cette cuisine ?!
Il sentit la main de Laura se poser sur son épaule, puis la jeune femme déposa un chaste baiser sur sa joue, ce qui lui coupa le souffle. C'était assez bizarre venant de la sœur de son copain, il devait bien l'avouer, mais il ne ronchonna pas, trop occupé à frotter son éponge contre une seconde assiette.
- M'en veux pas, chuchota Laura, pour ce que je vais faire. D'accord ?
Elle n'attendit même pas qu'il lui réponde et quitta la pièce en emportant Malia et Erica avec elle malgré leurs protestations. La porte claqua et ce fut seulement à cet instant que Stiles comprit les mots de Laura. Il fronça les sourcils lorsqu'il entendit la porte du frigidaire s'ouvrir et se retourna. Bien sûr.
Tant pis pour la vaisselle, quelqu'un d'autre la fera. Hors de question qu'il reste ici.
Il déposa le verre qu'il tenait dans l'évier, rinça patiemment l'éponge avant de la remettre en place, puis s'essuya rapidement les mains avec le premier torchon qu'il trouva sur son chemin et se dirigea avec empressement vers la porte de la cuisine.
Quand il tenta de l'ouvrir une première fois, elle resta fermée. Idem lorsqu'il la poussa une deuxième fois puis une troisième fois. Non, Laura n'avait tout de même pas fait ça ?! Les enfermer dans la cuisine ?! Vraiment ? Stiles serra la poignée et la tordit une nouvelle fois. Il jura en comprenant qu'il ne parviendrait pas à ouvrir cette fichue porte tout seul. Il inspira profondément puis se retourna, frustré, furibond.
- Derek ouvre la porte, ordonna-t-il d'une voix moins ferme que ce qu'il avait espéré.
Ces mots lui arrachèrent une grimace amère mais il répéta tout de même courageusement, lorsqu'il vit que le loup ne réagissait pas :
- S'il te plait, ouvre la porte.
- Stiles il faut qu'on parle, répliqua simplement Derek, très calmement.
- Pas maintenant. J'ai pas envie. Plus tard. Ouvre cette porte !
Stiles l'entendit soupirer mais ne le vit pas faire le moindre mouvement. Parler ? Il allait devoir accepter de parler pour pouvoir sortir de cette pièce ? Soit. Qu'ils parlent. Ça devait bien arriver un jour alors autant en finir tout de suite et mettre les choses au clair.
- Ok, concéda Stiles en croisant les bras, geste instinctif de défense, avant de soupirer bruyamment pour bien montrer qu'il ne le faisait que sous la contrainte. Tu veux qu'on parle de quoi ? Du fait que tu te sois tapé quelqu'un d'autre ? Pas juste une fois en plus de ça ! Ou bien que tu ais oublié de m'en parler ? Parce que c'est vrai que ce n'est qu'un détail ! Choisis !
- Je me suis déjà excusé ! gronda Derek, la voix vibrante. Tu veux que je fasse quoi Stiles ? Ok, j'ai foiré, mais tu voulais que je te le dise dans quelle circonstance ?! Tu es venu m'annoncer pour le bébé et tu voulais que je te dise quoi ?! Je savais très bien comment tu allais le prendre !
- Oh oui, parce que maintenant ça va être de ma faute !
- C'est pas ce que j'ai dit, bougonna Derek.
- Bien sûr ! Tu ne dis jamais rien toi, t'es sage comme une image ! Si je t'en veux autant c'est parce que je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y en a peut-être d'autres ! Je ne sais pas puisqu'il faut toujours que tu me caches des trucs ! C'est pas compliqué pourtant d'aligner le sujet, le verbe et le complément !
- Je ne suis pas le seul à garder des trucs pour moi ! T'es pas non plus tout blanc de ce côté-là je te rappelle ! C'est pas moi qui avais deux relations en même temps je crois !
- Mêle pas Malia à ça, s'exaspéra Stiles en le pointant du doigt, les yeux plissés sous la colère. J'ai été honnête avec toi dès le début, tu le savais que je sortais avec ta cousine ! Tu savais que j'avais des sentiments pour elle ! J'en ai marre de toujours m'excuser pour ça !
Le ton de sa voix montait. Il se mit à faire les cent pas, comme il faisait toujours quand il tentait de se calmer. Ça ne marchait jamais. Il reprit alors, plus véhément qu'avant :
- Tu sais quoi ? Je crois que j'ai fait la plus grosse erreur de ma vie en la larguant pour toi.
Les mots avaient dépassé ses pensées et la barrière de ses lèvres avant qu'il se soit rendu compte de leur violence, mais lorsqu'il réalisa la portée de ses paroles, c'était trop tard, le mal était fait. Derek ne le regardait plus, trop occupé à serrer poings et mâchoire pour tenter de garder le contrôle. Et le silence s'installa. Un silence dur, inconfortable, qui remplit la pièce d'une froide irrévocabilité qui fit frissonner Stiles. Jamais ils ne pourraient oublier ces mots, l'un comme l'autre.
Voilà pourquoi il ne voulait pas discuter, pas maintenant. Il aurait préféré retrouver un maximum de calme et de contrôle sur lui-même avant de parler, pour éviter justement que ce genre de paroles dépassent sa volonté. Involontairement, il avait voulu blesser le loup comme ce-dernier l'avait blessé une semaine plus tôt. Ç'avait été plus fort que lui. Mais à présent, il regrettait terriblement, et sentait déjà sa colère diminuer à vue d'œil. Un mal pour un bien qu'il aurait voulu éviter.
Il prit donc sur lui et s'approcha de Derek avec prudence, bien décidé à réparer cette terrible erreur.
- Je suis désolé, souffla-t-il d'une petite voix, brisant le silence terrible qui s'en retrouva plus fort. Je n'aurais pas dû dire ça. Je ne le pensais pas.
Derek réagit enfin, arrachant à Stiles un soupir de soulagement, lui qui n'aurait pas supporter de se heurter à un mur de colère et d'amertume. Le loup se redressa, se décollant du plan de travail de la cuisine, puis soupira. Il finit par s'avancer vers son compagnon, lui attrapa les mains pour le rapprocher un peu plus de lui. Et Stiles le laissa faire. Un bon début vers leur réconciliation, un signe que Stiles était désormais prêt pour une discussion calme, sans cris, sans mots blessants et regrettables.
- Je … j'ai, bégaya le jeune homme, cherchant ses mots pour la première fois de sa vie. J'ai besoin de te poser une question. Ou peut-être plusieurs. Je ne sais pas.
- Vas-y. Tu ne demandes pas la permission d'habitude, lui fit remarquer Derek, tendu.
- Si...
Stiles hésita. Il n'avait pas envie de poser cette question, pas envie de connaître la réponse, et pourtant il en avait besoin pour calmer ses pensées et avoir une idée claire de la situation. Toutes ces histoires avaient malmené son cerveau au point qu'il s'était probablement fait de fausses idées et avait fini par se persuader qu'il y avait certainement une grande part de vérité dans tout ce qu'il avait entendu. Ça ne pouvait pas venir de nulle part après tout.
- Est-ce que cette grossesse est la seule raison pour laquelle tu veuilles rester avec moi ? demanda-t-il d'une traite, d'un seul souffle, pour en finir, comme un pansement qu'on arrache. Enfin je veux dire ... Puisque maintenant je sais pour Gabriella, autant me le dire tout de suite si...
- Si quoi ? l'interrompit Derek lorsqu'il comprit où il voulait en venir, avant de lui demander, avec amertume : si j'avais des sentiments pour elle ? Tu crois vraiment qu'en deux semaines je suis tombé raide dingue d'elle alors que je la connaissais bien avant qu'on se mette ensemble ? Dis pas n'importe quoi ! C'était juste un bouche trou. Je ne pensais qu'à toi quand j'étais avec elle … Et je crois que même sans cette grossesse j'aurais fini par revenir. Peut-être que j'aurais pris plus de temps, avoua-t-il avec un pauvre sourire, mais je serais revenu.
Voilà, il avait entendu ce qu'il voulait entendre. Stiles était à présent rassuré. Pas totalement, il lui faudrait encore un peu de temps pour accepter tout ce qui s'était passé, mais il finirait par y arriver. Un petit sourire se forma sur ses lèvres. Il s'approcha assez pour que son front touche celui de Derek, et dit tout bas :
- Tu ne devrais pas parler d'elle comme ça. Elle est morte je te rappelle, badina-t-il, ne pensant absolument pas un traitre mot de ce qu'il venait de dire.
Il s'en foutait. Gabriella n'était plus là. Il ne l'aimait pas et ne l'aurait sans doute jamais aimé, alors inutile d'être hypocrite en plus de rancunier. Stiles n'en avait strictement rien à faire. Ça ne changeait rien à son quotidien. Derek rit jaune mais accepta cette mauvaise blague, puis il fondit sur ses lèvres et le serra fort contre lui.
Ce soir, il regagnerait son lit et retrouverait son compagnon.
Voilà pour ce chapitre 9 ! :) J'aimerais remercier toutes les personnes qui suivent toujours cette fiction, ainsi que ceux qui l'ont ajouté en favoris ! Je pense qu'il reste encore trois chapitres environ avant sa fin. Donc on s'y approche doucement mais surement ! Sur ceux, à bientôt pour le chapitre 10 !
