Chapitre 9
Tempérance entendit du bruit dans le couloir et se précipita. Non, les voix passaient devant sa porte et s'éloignaient. Il était deux heures du matin et elle était folle d'inquiétude. Booth n'était pas rentré et ne répondait pas au téléphone. Les pires scénarios se déroulaient dans sa tête. Et s'il avait été blessé lors du coup de filet, et s'il était mort… Non, non, pas ça. Elle avait appelé tous les hôpitaux mais personne correspondant à son signalement n'avait été admis dans un aucun établissement. Elle ne savait plus quoi faire. Tant que Ron était resté, elle s'était raisonnée mais il était parti vers 11h et maintenant, elle était terrifiée.
Elle se força à penser à Ron. Elle se souvint de leurs années de fac. Ron et elle s'étaient rencontrés au cours d'anthropologie sociale, en deuxième année. Ils avaient sympathisé et rapidement étaient devenus très proches. Ron est comme Angela, se dit-elle une nouvelle fois, une âme d'artiste, un cœur d'artichaut, une sensibilité à fleur de peau. Elle l'avait consolé un nombre incalculable de fois. Il se croyait amoureux, se lançait dans la relation, se faisait briser le cœur et venait chercher du réconfort auprès d'elle, puis le cycle recommençait quelques semaines plus tard. Elle n'avait jamais compris, mais elle ne le jugeait pas. Lors d'innombrables soirées, ils avaient discuté de tout et de rien et Ron la connaissait mieux que quiconque. Au fil des années, ils s'étaient moins vus, d'abord parce que Ron était parti s'installer en France mais aussi parce qu'il était en couple et que tout allait bien.
C'avait donc été une surprise lorsqu'elle l'avait vu installé au milieu de la salle, lors de l'atelier d'écriture de lundi. A midi, elle s'était jetée dans ses bras et lui avait demandé ce qu'il faisait là. Ron lui avait raconté brièvement que son compagnon Tony était mort d'un cancer quelques mois plus tôt. Ron était rentré aux Etats-Unis et avait trouvé un poste à la faculté d'Atlantic City. Lorsque l'atelier de l'illustre auteur Tempérance Brennan avait été annoncé, il s'était inscrit pour la revoir. Les deux amis s'étaient donné rendez-vous après les cours et avaient pris un thé à la cafétéria de la fac. Tempérance et Ron n'avaient pas pu arrêter de discuter, de rire. Très vite, elle lui avait parlé de son partenaire. Ron l'avait taquinée jusqu'à ce qu'elle avoue les sentiments qu'elle avait pour lui et ses doutes sur ceux de Booth. Elle s'était étonnée : même avec Angela, elle n'arrivait pas à être aussi complice qu'avec son vieil ami. Il était bien le seul à lui faire admettre qu'elle était amoureuse de son coéquipier.
Tempérance avait proposé à Ron qu'il reste manger avec Booth et elle. Il était curieux de le connaître et avait accepté bien volontiers. Et lorsqu'elle avait eu le message de son partenaire l'informant qu'il ne pourrait pas se libérer, Ron, voyant la déception de son amie, était resté. Après le repas, il l'avait accompagnée à son hôtel. Les vieilles habitudes reprenant tout naturellement leur place, il s'était glissé dans le lit avec elle et ils avaient parlé, ri et chuchoté jusqu'au milieu de la nuit.
Aujourd'hui, elle avait eu bien du mal à animer l'atelier. Elle avait finalement réussi à s'immerger dans le travail, comme elle le faisait toujours mais la journée lui avait parue interminable. Et maintenant, plus la soirée avançait, plus elle s'inquiétait.
Elle entendit à nouveau l'ascenseur s'arrêter à l'étage et elle entrouvrit sa porte pour mieux voir. Elle aperçut Booth, le bras autour des épaules d'une grande blonde affublée d'une mini-jupe en cuir et de bottes à talons vertigineux. Il arriva devant la porte de sa chambre, fourragea dans sa poche pour trouver sa clé. En voulant la glisser dans la serrure, la clé lui glissa des mains. Il laissa échapper un gloussement et se pencha pour la ramasser, perdant l'équilibre et se rattrapant de justesse au bras de la prostituée. Il marmonna quelque chose d'indistinct.
Tempérance sentit la colère monter. Elle eut envie de fermer sa porte et de se réfugier dans son lit. Mais soudain, elle se souvint de Ron, lui affirmant que Booth était amoureux d'elle et blessé par ce qu'il avait vu le matin. Stupide comportement de mâle alpha, qui va exhiber ses conquêtes sexuelles au lieu de reconnaître ses sentiments… Elle ouvrit la porte de sa chambre d'un geste brusque et atteignit celle de Booth au moment où la fille allait la refermer. Elle attrapa la blonde par un bras et la jeta sur le palier. La fille laissa échapper un hoquet de surprise. Tempérance lui glissa « Désolée, il est déjà pris. Allez trouver une autre proie pour ce soir. » et elle lui ferma la porte au nez. Elle se retourna et regarda en direction de Booth.
Il ne s'était pas rendu compte de ce qui venait de se passer car il tournait le dos à la porte. Il était en train d'essayer d'enlever sa cravate, mais ses mains, rendues tremblantes par l'excès d'alcool, ne semblaient pas très efficaces.
Tempérance s'approcha, le fit se retourner et commença à défaire le nœud de sa cravate. Booth se laissait faire, en souriant. Soudain, il sembla comprendre qu'il se passait quelque chose d'inattendu et il la repoussa.
- Bones, qu'est-ce que vous faites là ? Où est…. heu, machine ?
- Elle est partie. Laissez-moi m'occuper de vous. Vous êtes en piteux état.
Il abandonna, laissa tomber ses bras le long de son corps et baissa la tête.
Elle enleva sa cravate puis déboutonna sa chemise. Elle se revit en train de faire les mêmes gestes dans le labo, le jour où le Père Noël avait explosé et sourit pour elle-même. Décidément, cela faisait deux fois qu'elle déshabillait son partenaire, comme dans ses rêves les plus inavouables, mais les deux fois, pas du tout pour les raisons espérées ! Elle se pencha pour défaire sa boucle de ceinture et son pantalon. Elle le poussa doucement en arrière, il tomba assis sur le bord de son lit. Elle ouvrit les draps, l'obligea à se coucher et remit les draps sur lui.
« Bonne nuit, Booth. », chuchota Tempérance, lui caressant doucement le visage.
