Un chapitre un peu moins long que d'habitude mais je ne voulais pas le poster trop tard...
Merci à Lessa pour sa review, voilà lasuite!
Merci pour vos reviews et n'hésitez pas à m'en laisser d'autres!
Chapitre 9 ; Le Serment Inviolable
Sigrid ne prit même pas le temps de monter dans le dortoir pour se changer et souhaiter la nouvelle année à ses camarades. Elle accéléra le pas dans le château, et se mit bientôt à courir, bousculant des élèves au hasard qui ne se privèrent pas de l'insulter. Elle n'en n'avait cure.
Il n'était pas à la bibliothèque, il n'était pas dans la Grande Salle, il n'était pas… bon sang, mais où se cachait-il ? Il n'avait pas le pouvoir de se volatiliser dans Poudlard, non ? Elle en aurait hurlé de rage et de frustration.
Finalement, elle se décida à descendre vers leur salle commune, dans les sous-sols. Elle dévala les escaliers quatre à quatre, ses chaussures claquant sur la vieille pierre. Elle parvint à entrer sans mot de passe, à la suite d'un élève, qui la fixa bizarrement.
Le vert et l'argent dominaient dans cette pièce. Des fauteuils ouvragés, une cheminée avec un manteau gravé de symboles complexes. Les plus jeunes étaient assis sur des chaises inconfortables, tandis que les plus vieux avaient possession des sièges les plus douillets. Des rires retentissaient, mais les voix s'abaissèrent quand on se rendit compte de sa présence.
Tom était installé près d'une table basse, se chauffant à côté du feu, avec ce… Malefoy à côté de lui (quel était son prénom ? William ? Terence ? Et quelle importance ?), Nott et Avery. Sans oublier l'habituelle cour de greluches qui secouaient leurs chevelures chatoyantes, et montraient leurs meilleurs profils. Et en prime les rires idiots qui fusaient à la moindre des réparties de Tom. Pitoyable spectacle.
Elle se précipita vers lui ; il haussa un sourcil étonné. Elle se laissa tomber dans un fauteuil miraculeusement libre en face de lui.
« J'accepte. »
Il sourit. Il était à la fois ravi et dérouté. Il avait fait cette proposition sans être sûr qu'elle accepterait et sans même savoir s'il avait envie qu'elle accepte. Quel changement y avait il eu ? Elle ressemblait à une sauvageonne. Les yeux étrangement brillants,les cheveux en bataille, la respiration courte, les vêtements froissés. Elle était beaucoup plus jolie comme cela…
Elle avait crispé ses mains sur les accoudoirs, si fort que les jointures en étaient blanches; la flamme qui s'était allumée dans ses iris, il la connaissait bien. Une lueur de haine, de désespoir et de résolution.
Elle attendait sa réaction ; mais mis à part ce sourire, il ne fit pas un geste. Il se contenta de l'observer, ce qui la mit mal à l'aise. Que voulait-il de plus ? Il se leva et lui fit signe de le suivre, sous l'œil dépité des autres filles. Elle hésita longuement puis obéit à son ordre. Ils sortirent sans un mot de la salle commune. Jedusor marchait très vite et elle avait du mal à se coordonner sur ses pas. Il s'arrêta devant une porte, murmura quelque chose. Il y eut un cliquetis et il appuya sur la poignée. Avec une galanterie qui frôlait presque la moquerie, il s'inclina devant elle et l'invita à entrer. Elle se retint à grand peine de ne pas lui coller une gifle.
La salle était encore plus froide que sa propre chambre, ce qu'elle n'aurait jamais cru possible. Il referma la porte derrière elle, et elle eut la désagréable impression d'être prise au piège. Elle commença à claquer des dents. Il sortit sa baguette et la pointa vers une cheminée qui s'enflamma. Elle attrapa un tabouret et s'assit dos au feu, savourant la douce chaleur qui se répandait dans tout son corps. Il prit une chaise et s'installa, plus haut qu'elle, comme pour la dominer. Elle devait lever les yeux pour lui parler.
« - Alors, demanda-t-il. Qu'est ce qui me vaut l'honneur de ton… accord ?
-Tu n'as jamais stipulé que je devais me justifier, rétorqua-t-elle. J'accepte, point. Que veux tu de mieux ? Tu veux que Grindelwald soit renversé ? Parfait, moi aussi. Tu veux prendre sa place ? Grand bien t'en fasse, moi peut m'importe.
-Peut t'importe, même si cela met en danger le reste de l'humanité, se moqua-t-il en se penchant, les coudes sur les genoux, ses longues mains croisées.
-On m'a toujours reproché d'être égoïste. Un peu plus, un peu moins quelle différence ?
-Je ne savais pas que tu avais un tel cœur de pierre. »
Elle secoua la tête. Avait-elle eu le choix que d'être… ce qu'elle était ? Quelque chose lui disait, au plus profond de son âme, qu'elle ne connaîtrait jamais la paix. Certains naissaient sous une bonne étoile. La sienne était noire et glacée, autant que les yeux de Tom. Elle aurait pu être heureuse, peut être. Après Poudlard, elle aurait quitté son tuteur. Elle serait sûrement retournée en Allemagne ; c'était ce pays qu'elle considérait comme sa véritable patrie. L'argent de ses parents lui aurait servi pour ses études. Elle ferma les yeux ; elle rêvait…
Une jeune femme marche dans une rue enneigée. Très belle, de longs cheveux sombres, de grands yeux bleus verts, une peau diaphane. Habillée chaudement, un manteau rouge qui fait ressortir la couleur de son teint. Elle a un homme à son bras ; blond peut-être, des yeux clairs ? Qu'importe. Il est là parce qu'il l'aime. Elle rit, oui, un vrai rire. Aucune ombre dans son regard. Non, elle a les yeux d'une femme heureuse de sa vie.
Tom vit avec étonnement une larme unique couler sur la joue de Sigrid. Elle avait les yeux d'une noyée.
Jamais elle n'aurait cette vie. Un rêve, seulement un rêve. Elle n'avait plus rien, plus un sou. Même son propre corps ne serait le sien bien longtemps. Elle serait bientôt une fille en robe blanche de mariée, enchaînée à un homme pour le reste de sa vie. Qui, en bon garçon respectueux des traditions des Sang Pur, laisserait son épouse chez lui, en lui faisant un ou deux enfants, avant de la délaisser pour une autre. Non ! Elle ne voulait pas de cette vie ! Plutôt mourir, plutôt se perdre ailleurs.
« - Je ne vais pas te supplier Tom. Si tu ne veux plus, alors…
-Qui a dit que je ne voulais plus ? Je m'informe, c'est tout. »
Il soupira. Passa la main dans ses courts cheveux noirs.
« - Très bien. Tu vas donc rejoindre mon groupe. Apprendre certains…. Secrets. Mais dis toi bien que je ne me contenterai pas d'une simple promesse de ta part de ne rien répéter à personne.
-Tu as tort, ironisa-t-elle. Ma parole vaut de l'or. Mais en même temps… les promesses sont faites pour êtres rompues, pas vrai ?
-Exactement. Ce qui signifie que lors de ta première réunion avec… nous, tu seras forcée de tenir parole. »
Elle fronça les sourcils. Comment voulait-il réussir ce prodige? Comme ça, en claquant des doigts ?
« - Allez, Sigrid, je veux revoir la bonne élève ; celle en robe de sorcier parfaitement repassée, jamais froissée, les cheveux sagement tirés en chignon, en gentille petite fille. Alors, quel serment ne peut-il être rompu, sans craindre pour sa vie ?
-Le Serment Inviolable, répondit-elle doucement.
-Bien. Tu peux encore t'arrêter là, si tu le désires. Mais dis moi que tu trouveras ce soir dans la Tour d'Astronomie, à onze heures, et il sera trop tard pour reculer. Y seras-tu ? »
Elle se prit la tête entre les mains. Il ne voyait plus que sa nuque fragile, si fragile qu'il aurait pu la briser d'une seule main. Il aurait passé ses doigts autour de son cou, sur la peau douce. Il aurait entendu ses os crisser puis craquer. Sa mort aurait été instantanée. Sans même l'abîmer. Une jolie morte. Mais il chassa vite l'image de son corps mince étendu à terre, ses longs cheveux éparpillés comme un voile autour d'elle, ses magnifiques yeux de poupée ouverts sur la mort.
« Je viendrai. »
Ce furent ses seules paroles. Elle ne releva pas la tête. Elle l'entendit quitter la pièce et fermer la porte derrière lui. Elle s'agenouilla devant la cheminée. Les flammes dansaient joyeusement, ballet ininterrompu, accompagné par l'entraînante musique du crépitement. Elle allait signer un pacte avec le diable, elle le savait. Mais que le ciel avait-il à lui offrir ?
Elle tendit la main et la referma sur une braise. La douleur se propagea partout, des orteils jusqu'à son crâne. Sentiment et sensation en parfait accord. Lorsqu'elle la lâcha, une brûlure profonde s'était inscrite dans sa paume.
Elle alla dans le dortoir, sans croiser beaucoup de monde. Arrivée à la salle commune des Gryffondors, ce fut un premier année qui dut l'aider à entrer. La grosse dame, d'humeur festive, les joues encore plus rouges que d'habitude, avait changé le mot de passe et elle souhaitait la bonne année à qui voulait l'entendre (et lui répondre !). Deirdre, Jill et Lisbeth étaient affalées dans des fauteuils. La jolie rousse portait une robe apparemment neuve, d'un bleu profond qui s'accordait parfaitement à la couleur de ses iris ; Lisbeth, en robe de sorcier, avait des cernes mauves sous les yeux, preuve que ses vacances au château n'avaient pas du être de tout repos. Deirdre, elle, tripotait ses longs cheveux, comme à son habitude. Sigrid s'était déjà laissé dire que sa camarade préfèrerait mieux qu'on lui coupe la tête plutôt qu'une seule de ses précieuses boucles. La salle était toujours aussi chaleureuse ; toutes les places étaient occupées. Certains regardaient par les fenêtres, d'autres finissaient leurs devoirs, jouaient aux échecs (version sorcier !), lisaient ou discutaient tout simplement. Elles accueillirent leur amie avec beaucoup d'effusion, sans remarquer le mouchoir qui entourait la main gauche. Elle s'assit à leurs côtés.
Elles racontèrent leurs Noëls respectifs, leurs cadeaux, leur soirée du nouvel an et blablabla. Sigrid regrettait de plus en plus de ne pas être restée au château. Les fêtes y avaient été formidables… Lisbeth ajouta :
« - Anthony te cherchait ! Vous avez du presque vous croiser ! Il avait un cadeau pour toi…
-Oh, » fut la seule réponse de la jeune fille.
Anthony. Elle l'avait complètement oublié celui-là. Il fallait qu'elle mette fin à leur relation, c'était clair. Mais elle n'avait pas envie de se charger d'une tâche aussi pénible. En fait, sa seule tactique pour le moment, était de se rendre la plus odieuse possible pour que ce soit lui qui arrête tout. De la lâcheté ? Oui, sans aucun doute, mais personne n'était parfait, et certainement pas elle.
« - J'allais oublié de te dire, Sigrid ! s'exclama la blonde, secouant sa crinière. Tu as reçu du courrier, ce matin ! La chouette était posée sur le rebord de la fenêtre de notre chambre, avec la lettre dans le bec. Pauvre bête ! Elle était gelée quand on lui a enfin ouvert et…
-Comment était-elle ? demanda l'intéressée.
-Blanche, des yeux d'ambre, très jolie, si tu veux mon av…
-Bon sang, Deirdre, je ne te parle pas de la chouette ! s'énerva Sigrid.
-Ah, la lettre ! Normale, écrite à l'encre dorée. On te l'a posée sur la table de nuit. Mais… tu y vas maintenant ? C'est l'heure du repas !
-Allez y sans moi, je n'ai pas faim. A toute à l'heure. »
Les genspartaient dela salle progressivement ; il n'y eut bientôt plus personne. Elle monta dans leur chambre, prit l'enveloppe, redescendit et se pelotonna dans un vieux fauteuil. Comme un chat…
« -Tu ressembles à un chat, comme ça, ma puce ! riait un homme blond.
-Pourquoi ? répondit une petite fille, en tirant son pouce de la bouche avec un petit bruit mouillé.
-Tu es recroquevillée comme un chaton ! Tu ne trouves pas Christina ? » demanda-t-il, prenant son épouse à témoin.
Une ravissante jeune femme, assise un peu plus loin plongée dans un livre, des lunettes sur le nez, hocha la tête. Elle avait les mêmes yeux que sa fille.
« Si, un chaton un peu effrayé qui cherche de la chaleur… »
Elle ouvrit la lettre, dans un bruit de papier déchiré. Une écriture élégante courait sur le parchemin.
Sigrid,
Ton tuteur, mon père et moi-même avons pensé que nous devrions faire un peu plus connaissance, après la trop courte soirée que nous avons passée ensemble. Comme tu le sais, je suis en pleine année d'examen pour préparer mes ASPIC, mais sois sans crainte, je ne négligerai pas pour autant ma future femme, d'autant plus que nous serons fiancés l'été prochain. Je sais que Poudlard, prévoit une sortie dans ce village que vous nommez Pré-au-Lard, le 25 février. Cela correspond aux vacances que nous accorde Durmstang. Je serai donc ravi de t' y retrouver, à 14h, devant le Chaudron Baveur. En espérant une réponse favorable, je t'envoie mes amitiés,
Damien
Elle avait grincé des dents tout au long de sa lecture. Quelle était cette stupide idée de faire connaissance ? Et quelle était cette histoire de fiançailles ? Si cet abruti pensait qu'elle allait lui faire risette, il se mettait le doigt dans l'œil ! Elle froissa le papier, furieuse et le jeta au feu.
Quand ses compagnes se rendirent dans la chambre pour se coucher, Sigrid dormait déjà profondément. Ou faisait semblant. Elle se releva à dix heures et demie ; un coup de brosse, un châle passé sur ses épaules et elle fut prête. Se promener en chemise de nuit devant toute une bande de garçons ne l'enchantait guère, mais si elle se faisait prendre, comment expliquer sa balade en pleine nuit, habillée comme pour sortir dehors?
Ses chaussons ne faisaient aucun bruit. Elle respirait le plus doucement possible. La grosse dame dormait, et n'ouvrit pas un œil. Le froid passait à travers la châle. Les tableaux chuchotaient entre eux, et les personnages regardaient passer avec indifférence cette élève, frêle silhouette silencieuse. La Tour d'Astronomie ; les nombreuses marches de l'escalier faillirent l'achever. Elle était à bout de souffle. Elle poussa la porte. Des lueurs vertes ; des visages se tournaient vers elle. Ils formaient un cercle,Jedusor et Malefoy en plein milieu. Elle s'avança ; le cercle se fendit.
Un sort fut jeté ; la porte verrouillée. Le cercle se referma. Tom plongea ses yeux sombres dans les siens.
«- Malefoy sera notre Enchaîneur. Tu es toujours prête ?
-Oui, » dit elle dans un souffle, de la fumée s'échappant de sa bouche pâlie par le froid.
Ils s'agenouillèrent ; la pierre était dure et glacée sous les genoux. Leurs mains droites se joignirent. Deux mains étrangement semblables ; longues, fines et blanches. L'extrémité de la baguette de Malefoy se plaça sur leur union. La voix de Jedusor s'éleva, basse et grondante :
« - Sigrid, t'engages-tu à ne pas répéter tout ce que tu apprendras lors de nos réunions, ou lors de nos actions ?
-Oui, » répondit-elle.
Un mince flamme étincelante jaillit de la baguette et s'enroula autour de leurs mains comme un fil de fer chauffé au rouge.
« - T'engages-tu à ne jamais chercher à nous trahir, en actes ou en paroles ?
-Oui. »
Deuxième flamme ; chaîne autour des poignets, plus précieuse encore que l'or le plus pur.
« - Et enfin, t'engages-tu à obéir au moindre de mes ordres, quel qu'il soit ? »
Il y eut un silence ; Sigrid respirait plus vite. Elle se mordait les lèvres qui devinrent rubis dans l'ivoire de son visage. « Je ne vend plus mon corps, mais mon âme » songea-t-elle. Tout le monde retenait son souffle.
« Oui ».
La troisième flamme s'entortilla autour des deux autres et resserra l'étreinte. Puis, plus rien. Jedusor se releva, époussetant ses genoux. Sigrid restait par terre. Elle avait mal aux deux mains à présent. Elle retourna sa main gauche. La brûlure qu'avait laissé la braise était incrustée pour longtemps dans sa chair, mais sa main droite porterait l'épée de Damoclès.
Un pas de travers, un seul. Et l'épée s'abattrait. Sans pitié.
