Chapitre VIII
Robin faisait les cent pas. Elle s'était isolée pour « travailler un peu »... Mais la raison n'était que vaine. Elle avait un livre dans les mains, au cas ou que quelqu'un rentre brutalement... Évidemment, elle aurait été au courant car elle avait posté des paires d'yeux à l'extérieur pour savoir si quelqu'un arrivait... Sans s'en rendre compte, elle rejoignait, elle aussi, l'humeur contaminante du navire : pensante. Pourquoi faisait-elle tout ça au juste? Elle l'aimait, ça semblait évident. Ils s'aimaient, elle le savait aussi... Elle avait les cartes en main pour pouvoir tout leur briser et dans cet instant de faiblesse, elle parviendrait à récupérer ce qu'elle voulait tant... Celui qu'elle voulait. Bien qu'elle se trouvait de plus en plus d'arguments, l'archéologue n'arrivait toujours pas à se convaincre elle même... Après tout, si le sentiment qu'elle avait était sincère, elle ne voudrait jamais son mal, et elle voudrait son bonheur, bien qu'il soit loin de ses bras...
-Le bonheur des uns fait le bonheur des autres, soupira t'elle. Elle se laissa tomber contre le mur lentement. Arrivée au sol, elle mit sa tête entre ses bras et ferma ses yeux.
-Pourquoi lui...
Et elle revoyait cet homme. Un caractère indomptable, comme insensible il ne vivait que pour sa rage de vaincre. Il avait de l'ambition, elle aimait ça. Il irait loin, le contraire était impensable. Son charisme était là, son humour (que d'ailleurs elle avait souvent du mal à comprendre ou même à trouver), son endurance au combat, sa détermination, son regard froid, ses gestes précis... Elle le connaissait si bien, pourtant elle était incapable de pouvoir envisager ses réactions... à part face à un ennemi, mais tout l'équipage réagissait pareil (enfin, Usopp est une exception). Elle se trouvait face à un dilemme trop dur à surmonter.
D'un coté, celui qu'elle aime, et d'un autre coté son bonheur personnel...
Elle se revoyait. Cette femme. Ce caractère indomptable. Déjà si jeune, elle était tant déterminée... Elle avait toujours été prête à tout pour arriver à ses fins. Traîtrise, mensonge, manipulation... elle savait toujours quand et où tomber, quand et où filer. Elle savait à qui il fallait s'associer... et Luffy est arrivé.
Nami fronçait des sourcils. Ce que lui demandait son capitaine (un tantinet capricieux) relevait de l'impossible. La route de tous les périls changeait toujours, aucune carte n'était vraiment fiable, aucun compas, aucune boussole ne pouvais surmonter cette route vers la victoire... Il lui fallait un Log pose rechargé, c'était sur. Et soudain, une idée de génie lui traversa l'esprit!
-Oh oui ils en sont capables... Et elle couru vers les ateliers, s'entretenir avec Franky et Usopp. Si quelqu'un pouvait les sortir de là (Nami évidemment, mais quelqu'un en plus d'elle) c'était bien l'un des deux...
Zoro tentait tant bien que mal de réparer son hamac. Il ne pouvait pas dormir une nuit de plus avec le blond. Oui, il aimait ça. Oui il le désirait. Oui il ressentait le besoin d'être près de lui. Oui il avait envie que leur corps ne fassent qu'un. Mais il fallait que tout cela stop. Il ne s'entraînait plus, il était moins à l'affut, il pensait beaucoup trop par rapport à la normale... Il ne pouvait pas se le permettre. Après tout, Sanji avait été là juste parce qu'il avait besoin de ça à un moment, c'est tout. Il voulait croire en ce qu'il avançait. De toutes façons il ne pouvait pas y avoir d'autres solutions... Il serrait le cordage du hamac, tirait de toutes ses forces sur le nœud... Il ressentait une douce douleur s'imisser dans ses doigts.
Satisfait de son mélimélo, il s'installa timidement dans son « lit ». Il l'essaya, se retourna plusieurs fois afin de tester sa résistance. Il décida de resserrer un peu plus, juste au cas où, quand une paire de mains se posa sur les siennes...
Le bretteur l'avait sentit arrivé, mais il n'avait pas tenté de le repousser... à croire qui lui restait de la route avant de lui résister. Il décida de lui mentir, et de se mentir :
-Je t'avais pas vu arriver...
-Hmm tu baisses tes gardes, c'est pas bien... alla lui murmurer le cuistot au creu de son oreille. L'épéiste voulut se retourner pour parler face à face avec son interlocuteur. Mais ce fut comme si ce dernier avait prévu son geste, et à peine Zoro lui faisait face, il l'avait déjà embrassé. Le bretteur se laissa faire, encore une fois, il se retint de ne pas passer ses mains sur le corps du blessé... Et comme pour se trouver une excuse, il se détacha de lui en lui demandant comment il allait.
-Et bien je ne vais pas mourir maintenant... Mais on sait jamais ça pourrait tomber vite, tu ne penses pas qu'il faudrait se dépêcher d'en profiter? Lui demanda le blond dans un regard langoureux.
L'escrimeur profita de cette occasion. Il savait déjà qu'il le regretterait... c'était évident. Mais il le devait. Il ne pouvait pas risquer de s'attacher à quelqu'un d'autre. La dernière personne a qui il s'était attachée était son amie d'enfance, sa rivale, celle qui était disparue. La dernière personne a qui il s'était attaché était morte. Pour Sanji comme pour lui, il préféra opter pour la séparation, bien que ce terme soit peu approprié à leur relation. Ils souffriraient un peu, et avec le temps tout irait mieux, ils combattraient beaucoup mieux, reprenant leurs entraînements et leur vie ne seraient plus en danger.
-Sanji...
L'intéressé glissa ses mains dans le dos de son partenaire. Mais quand il comprit qu'il n'y avait aucune réaction, il commença à s'inquiéter...
Pourquoi ce comportement si soudain de la part de son amant? Pourquoi refusait il de se faire plaisir? Pourquoi refusait il de lui faire plaisir? Il devenait si distant, si froid. Comme si rien ne s'était passé. Mais il n'allait pas quand même tout nier? Était-ce une ruse pour se faire encore plus désirer? Ce comportement si soudain le désorientait. Toutes ces réflexions, grâce à la magie du cerveau, s'étaient faites en quelques dixièmes de secondes. Et pourtant elles avaient sembler être des heures pour le blond.
-Quoi? Demanda ce dernier.
Zoro était figé par le ton du cuisinier. Sec, autoritaire, fier, rien de ce qu'il connaissait. Se doutait il de ce qu'il allait dire? Il se retrouva sans voix, mais il ne laissa rien paraître. Il se contenait de baisser la tête pour que le blond ne puisse pas lire l'expression de son visage.
-Quoi? Répéta t'il.
Rien à faire. Ce ton était trop cruel pour être vrai. Mais c'était encore plus dur de se dire qu'il se forçait à être cruel... Plus dur de se dire qu'il voulait qu'il lui fasse du mal... Plus dur encore d'imaginer qu'il avait comprit ce qui allait s'en suivre. Il regretterait déjà la décision qu'il avait prise. Mais il savait que ce serait mieux... Bien qu'au début ce serait pire....
-QUOI? S'égosilla l'oiseau mécheux, les larmes aux yeux.
Zoro resta encore muet, sans même sans rendre compte. Il ne se rendit pas non plus compte qu'il avait redressé la tête et qu'il fixait le visage de son adversaire. Mais où était passé la passion des quelques jours, même quelques heures précédentes? Tout est finit à cause de lui? Il avait aussi remarqué le fait que les yeux du cuisinier brillaient. La rage? Le désespoir? La peine? La réalité? Peut être que finalement il était trop narcissique et que si Sanji était dans un état pareil ce n'était pas à cause de lui...
-Zoro! Réponds moi!
Ce fut comme si il était frappé par la foudre. Il lui parlait. Toutes ces paroles, toutes ses paroles étaient bien pour lui, ces émotions aussi. Il se sentit ridicule. Le laisser dans le néant si longtemps, le silence... Et il continuait, sans même le vouloir.
-Mais tu le fais exprès ou quoi??
-Excuse moi... Murmura l'intéressé, baissant à nouveau la tête.
-Ha oui, et tu t'excuses de quoi? De tes changements de comportements brutaux? De tes silences soudains? De ce que tu vas me dire et que je redoute?
-Un peu de tous je crois...
-Les premiers sont déjà accomplis, alors maintenant, dis moi ce que tu as à me dire! Continue le blond, toujours aussi sévèrement.
-Je... L'interlocuteur ravala sa salive. Il ne fallait pas qu'il montre qu'il était fragile est en mauvaise posture.
-Je pense qu'il vaut mieux tout arrêter entre nous.
Avant que l'homme au sourcil réponde, la porte s'ouvrit avec fracas.
-SANJIIIIIIII ON MANGE QUAND? S'exclama le capitaine.
Et en un seul mouvement, les deux hommes se retournèrent, sans vraiment se quitter du regard.
