Bonjour tout le monde ! Vous allez bien ?

Merci à ceux qui m'ont donné leur avis sur le début de l'entraînement ! J'ai eu moins de retours que d'habitude, j'espère que c'est à cause des vacances et pas parce que vous en avez marre de ce que j'écris ;)

Le titre de ce nouveau chapitre en a intrigué certains d'entre vous. Au programme : de la complicité, des menaces et une dispute... Bonne lecture :)


Chapitre 9 : La rumeur

« Regarde et apprend. »

Alors qu'ils prennent silencieusement l'ascenseur pour remonter vers leur appartement, Bellamy réfléchit toujours sur ce que lui a dit Clarke, plus tôt dans l'après-midi. Il n'imaginait pas qu'elle puisse le considèrer comme un potentiel gagnant.

Il la côtoie depuis des années et pourtant, plus il apprend à la connaître, plus il a du mal à la cerner. La jeune fille est tantôt enjouée, tantôt taciturne. C'est vrai que la perspective de participer aux Hunger Games doit jouer sur son caractère et son moral. Mais Bellamy décèle parfois chez elle un petit côté boudeur et grognon, presque énervé, qui lui rappelle John. C'est dire.

Quand ils sortent de la cabine de verre, ils sont accueillis par une Keenan très enthousiaste et visiblement ravie de les revoir. Elle se jette sur eux pour les enlacer, manquant de les étouffer dans sa dentelle bleue et argentée.

- Alors alors alors, comment s'est passée votre première journée d'entraînement ?, veut-elle savoir en relâchant son étreinte.

- Bien, merci, répond calmement Bellamy. On vous expliquera tout pendant le repas, en même temps qu'à Marcus, non ?

- Oui oui oui, absolument, radicalement !

Alors que leur hôtesse prononce son expression fétiche – et ridicule - Bellamy ne peut s'empêcher d'échanger un coup d'œil avec Clarke. Celle-ci a du mal à se retenir de rire.

- Allez donc prendre une douche, vous en avez bien besoin. Puis vous nous rejoindrez à la salle à manger, leur ordonne Keenan.

Les deux tributs s'exécutent et, une vingtaine de minutes plus tard, ils sont attablés aux côtés de la jeune femme.

- Comme souvent, Marcus se fait attendre, lâche leur hôtesse avec un air pincé.

- Pas de panique Keenan, je suis là, grommelle le mentor en faisant irruption dans la pièce.

Il se laisse tomber sur sa chaise, à côté de Clarke, et se sert un grand verre d'eau gazeuse, dans lequel il lance une rondelle de citron.

- Allez, racontez-moi tout, lance-t-il à ses deux tributs. Qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui ?

Bellamy joue avec un morceau de pain de seigle et lance un regard appuyé à la jeune fille assise en face de lui pour qu'elle réponde.

- On a travaillé sur différentes méthodes pour faire du feu, j'ai donné des conseils médicaux et d'herboristerie à Bellamy, puis il m'a appris à poser un piège pour capturer de petits animaux. Nous ne sommes restés que tous les deux, y compris ce midi, pendant le repas, comme vous nous l'aviez dit.

- Bien, très bien. Comment les autres tributs ont réagi face à vous ?

- Les deux petits du district onze, Charlotte et Zoran, nous ont observés toute la journée, continue Clarke.

- Ignorez-les, dit simplement Marcus.

- C'est ce qu'on a fait.

- Autre chose ?, veut savoir leur mentor.

Bellamy voit bien que Clarke la regarde, mais qu'elle ne semble pas encline à parler de sa légère altercation avec Gustus. Alors il prend la parole.

- Je me suis un peu pris la tête avec un autre tribut, annonce-t-il d'une voix posée.

Kane souffle en levant les yeux au ciel, tandis que Keenan pousse un « oh ! » d'effarement. Comme Bellamy s'y attendait.

- Lequel ?, veut savoir Marcus.

- Gustus.

- Du district un ?

- Tout juste.

- Le colosse aux bras surdimensionnés ?

- Exactement.

- Et je peux savoir pourquoi ?

- Il nous bloquait le passage, il nous dévisageait.

- Rien d'autre ?

- Il a dit que j'étais moins beau sans maquillage.

Contre toute attente, Marcus laisse échapper un rire franc. C'est la toute première fois que Bellamy et Clarke entendent le rire de l'ancien vainqueur.

- C'est un peu vrai, non ? Ils vous avaient tartiné une telle couche de maquillage sur la figure pour la parade…

- Il n'y avait pas que ça, se défend vainement Bellamy. J'avais l'impression que sa petite teigneuse de copine de district nous détaillait du regard, comme pour nous analyser, ça m'a agacé.

Marcus fait un signe de la main, comme pour balayer son argument et mettre fin à la discussion.

- Allez va, c'était stupide mais ce n'est rien de grave.

- Tout de même Marcus, intervient Keenan, Bellamy doit se rappeler qu'il est interdit de se battre avec un autre tribut.

- C'est bon Keenan, il n'y a rien eu, il ne lui a pas collé son poing dans la figure. Tu ne lui as pas collé ton poing dans la figure, n'est-ce pas ?, s'enquit le mentor.

- Non, Clarke m'en a empêché.

- Très bien. Clarke, continue à calmer les ardeurs de Bellamy.

La jeune fille lève un sourcil, mais acquiesce. L'ancien vainqueur avale quelques légumes, une gorgée d'eau, puis reprend la parole.

- Demain, Bellamy, tu expliqueras à Clarke comment manier une arme. Mais fais ça discrètement, sans montrer que tu es doué. Réserve tes talents pour ta séance d'évaluation devant les Juges.

Le jeune homme hoche la tête, pour montrer qu'il a compris. Ces séances privées ont lieu l'après-midi du troisième jour d'entraînement. Chaque tribut passe devant l'ensemble des Juges pour leur montrer ses compétences. À la suite de cette démonstration, les 24 jeunes reçoivent tous une note, en fonction de leur niveau.

- Et continuez à être complices, sans en faire trop, ajoute Marcus.

- Vous allez un jour nous expliquer le but de toutes ces manœuvres ?, demande Bellamy, un peu agacé. Ne rester qu'à deux, être proches, mais pas trop…

- Soyez patients, réplique leur mentor. Ce ne sont pas forcément les tributs les plus pressés qui gagnent les Hunger Games. Vous en avez la preuve en face de vous.

Bellamy n'ose rien répondre, tout comme Clarke. C'est la première fois que Kane évoque ses propres jeux devant eux. Le jeune homme a l'impression qu'il ne va rien leur dire de plus. Et cela se vérifie quand Marcus avale la fin de son verre d'un trait et se lève.

- Je vous laisse. Je vous verrai demain soir.

Keenan n'émet même pas d'objection. Elle semble lassée de protester contre le comportement du mentor.

- Et un petit conseil, ajoute-t-il à l'attention de Clarke et Bellamy, qui redressent la tête. Allez faire un tour sur la terrasse, sur le toit. La vue sur le Capitole est incroyable.

Il prend congé immédiatement, alors que les deux tributs échangent un regard interrogateur.

- Je sais qu'il ne parle pas beaucoup, mais à bien y réfléchir, je pense qu'il sait ce qu'il fait, commente Keenan, dans un éclair de lucidité.

Bellamy hoche la tête. Même si le comportement détaché de leur mentor est parfois agaçant, il n'a pas d'autre choix que de lui faire confiance.


- C'est par là, tu penses ?, lance Clarke à son partenaire en désignant une porte rouge au bout du couloir.

Une fois leur repas terminé, les deux jeunes gens ont décidé de suivre le conseil de leur mentor et de se rendre sur le toit.

- Ca m'en a tout l'air, répond Bellamy en se dirigeant vers le panneau de bois.

Il appuie sur la poignée en fer forgé, pousse la porte et s'écarte pour laisser passer Clarke. « Galant », se dit-elle en montant les escaliers qui se dressent devant elle. Elle pénètre finalement dans une pièce étroite, coiffée d'un dôme. La jeune fille ouvre la porte qui lui fait face et qui la mène vers l'extérieur et cette fameuse terrasse. Elle s'avance précautionneusement, Bellamy à ses côtés. Il fait nuit noire et un léger vent la fait frissonner. Elle regrette d'être sortie avec un simple chemisier et envie le pull noir et la veste de son voisin.

- Wahou…, lâche ce dernier. Je suis un adepte de la forêt, mais là, je dois admettre que c'est assez impressionnant.

Sous leurs yeux, s'étale un spectacle à couper le souffle. Le Capitole n'a plus rien de la ville exubérante et colorée qu'ils ont vu à leur arrivée. On dirait maintenant qu'un ciel étoilé s'est posé sur le sol. Des lumières scintillent partout. Clarke se penche en avant, passant le haut de son corps au dessus de la rambarde.

- Fais attention !, s'exclame Bellamy en posant une main sur son dos.

Clarke tressaille à ce contact.

- Ne te penche pas trop, ça peut être dangereux, continue-t-il en ôtant sa main.

Pour lui faire plaisir, elle se redresse légèrement et continue à contempler ce qui s'offre à elle. Les rues au pied de l'immeuble sont animées. Un brouhaha diffus leur parvient jusqu'en haut de la tour, composé de cris, de rires, de chants et du bruit des moteurs des véhicules.

- C'est tellement différent de chez nous…, finit par dire Clarke.

- C'est sûr. Je comprends mieux pourquoi Marcus nous a conseillé de venir ici.

- Ca fait au moins un de ses conseils que l'on peut comprendre.

Bellamy lâche un petit rire.

- C'est vrai que j'ai un peu de mal à voir où il veut nous emmener, vers quelle stratégie…

- Avec Keenan, c'est plus simple, ajoute Clarke. On doit juste être beaux !

- Oui oui oui !, réplique Bellamy en souriant.

- Absolument !, renchérit la jeune fille, dans une parfaite imitation de leur hôtesse.

- Radicalement !, continuent-ils d'une même voix, avant d'exploser de rire.

Clarke apprécie cette petite complicité qui s'installe entre eux, autant qu'elle l'étonne. Malgré les échéances qui les attendent, ça lui fait du bien de rire avec Bellamy.

- Elle est tout de même incroyable… reprend le jeune homme.

- Toi aussi, elle a manqué de t'étouffer avec les froufrous de sa robe ?

- Mais oui ! J'ai eu l'impression d'avaler du tissu argenté !

La blonde lâche à nouveau un rire franc, tout en passant ses mains sur ses bras, pour se réchauffer. Le vent souffle vraiment fort là-haut.

- Mais tu es congelée !, remarque alors Bellamy. Ca, c'est un truc auquel tu vas devoir penser dans l'arène, ne pas se balader en chemisier léger s'il fait froid…

Il lui adresse un petit clin d'œil.

- Tsss, idiot.

Elle est surprise quand elle le voit ôter sa veste pour la déposer sur ses épaules.

- Voilà, ça ira mieux comme ça, affirme-t-il.

- Merci Bellamy.

Ils continuent à observer la ville un moment.

- Qu'est-ce qui va le plus te manquer du district douze ?, lui demande soudainement le jeune homme.

Clarke réfléchit un moment avant de répondre, tout en jouant avec la montre de son père, attachée à son poignet.

- Mes parents, j'imagine. Je suis très proche d'eux. Surtout de mon père.

- C'est lui qui t'a offert cette montre ?, devine Bellamy en remarquant le regard de la jeune fille posé sur le bijou.

- Oui, juste avant la Moisson…

- Je peux la voir ?

Elle hoche la tête et tend la main vers lui. Il passe délicatement ses doigts autour de son poignet et détaille la fine monture en argent. Clarke tente de rester impassible.

- Elle est vraiment magnifique, apprécie-t-il. Je n'en avais jamais vu d'aussi belle.

- C'est lui qui en a conçu le mécanisme.

- Il a l'air vraiment chouette, ton père.

- Il l'est.

Bellamy lui adresse un petit sourire. Clarke ne l'avait jamais vu sourire autant depuis que la Moisson a eu lieu.

- Allez, rentrons, propose-t-il. Tu as l'air d'avoir vraiment froid et il faut qu'on continue d'assurer à l'entraînement demain.

- Et puis, tu dois m'apprendre à manier une arme.

- Ca va être amusant ça…

Clarke lui assène un coup de poing dans les côtes.

- Idiot !

- Hé, fais attention Princesse, contrôle ta force ! Me faire ça, le jour de mon anniversaire…

- Joyeux anniversaire, idiot.

- Et arrête de me traiter d'idiot.

- D'accord, idiot.


Le lendemain matin, quand Bellamy entre dans la salle d'entraînement, Clarke à ses côtés, il a l'impression que l'ensemble des tributs les dévisagent, mais il ne relève pas. Ils s'approchent ensemble du groupe, pour écouter les consignes de Carl Emerson et du docteur Lorelei Tsing. Ils leurs rappellent les règles d'usage. Mais Bellamy n'écoute pas. Son attention s'est portée sur les Juges, installés dans leur mezzanine. Certains sont déjà en train de s'enivrer à grandes rasades de vin ou de s'empiffrer au buffet, alors qu'il n'est que 10h...

Au milieu de ce petit groupe en robes violettes, se tient Cage Wallace. Le fils du président Dante Wallace, mais également Haut-Juge des Hunger Games. Il occupe ce rôle depuis cinq ans. Bellamy n'aime pas ce personnage. Ses quelques apparitions télé durant les Jeux ne l'inspirent pas. Sa voix lui paraît trop mielleuse pour être naturelle. Quand le regard de Wallace croise le sien, le jeune tribut le soutient. Pas question de se détourner face au chef des Juges. Finalement, Wallace rompt le contact pour se diriger vers le buffet.

- Bellamy, on y va ?, lui souffle Clarke, interrompant sa contemplation.

- Hein ? Ah oui, allons travailler sur un atelier d'armement.

Alors qu'ils traversent la salle, côte à côte, Bellamy croit percevoir des murmures et des regards indiscrets sur leur passage. Il secoue la tête. Il doit se faire des idées.

- On va commencer par la lance, si ça te convient, propose le jeune homme à Clarke en s'approchant de l'atelier en question.

- C'est toi qui vois.

- L'avantage de la lance, c'est que tu peux frapper à distance, mais aussi porter des coups de près.

Il se saisit d'une arme et la tend à sa partenaire.

- Prête à devenir une dure à cuire ?, lui lance-t-il.

- Ca ne sera pas avec plaisir…

- Mais tu dois t'entraîner Clarke, tu le sais.

- Je sais… Allez, montre-moi. Comment est-ce que je fais ? Je tiens la lance comme ça, en pliant mon bras ?, demande-t-elle en joignant le geste à la parole, en se plaçant face au mannequin d'entrainement.

- Plus ou moins, mais tu dois lever le bras un peu plus haut.

Il s'approche d'elle, pose une main dans le bas du dos de la jeune fille et, de l'autre, lui relève le bras. Il la sent fébrile contre lui. Plus encore qu'hier soir, lors des quelques contacts qu'ils ont eu sur le toit. Et il n'arrive pas à savoir ce que ça lui fait. Mais il remarque que non loin d'eux, Lexa et Anya les dévisagent. Il secoue la tête et s'éloigne de Clarke.

- Euh, oui, c'est bon, tu as la bonne position. Maintenant, regarde et apprend.

Il lève la lance, vise la cible, sent le regard de la jeune fille posé sur lui, tire… Et se loupe complètement. L'arme ne touche même pas le mannequin.

- Je regarde toujours…, lâche Clarke avec un ton moqueur, dans son dos.

- Tu sais bien que j'ai fait exprès de rater, histoire de ne pas avoir l'air doué devant les brutes épaisses, grogne Bellamy, un peu vexé par sa remarque. Allez, essaye.

La jeune fille appuie ses pieds sur le sol et précipite de toutes ses forces l'arme dans la cible. Si la lance n'atteint pas le cœur du mannequin, elle parvient tout de même à le toucher et à se planter dedans.

- Eh, plutôt bon, non ?, s'exclame-t-elle, enjouée, en se tournant vers lui.

Bellamy ne peut s'empêcher de sourire. Elle a certains côtés attendrissants.

- Allez Princesse, essaye encore.

Pendant une bonne heure, Clarke s'entraîne à tirer, sous le regard avertit de Bellamy, qui tente vaguement quelques coups de temps en temps, feignant d'être mauvais. Plusieurs fois, il capte le regard goguenard de Gustus, mais aussi de Delano, le tribut à qui il manque un œil, et d'Indra, la carrière du deux.

- Ignore-les, lui glisse plusieurs fois Clarke.

Alors il fait mine de ne pas les voir et se concentre sur la jeune fille, qui progresse doucement. Elle ne sera pas une experte, pas en si peu de temps. Mais elle sera au moins capable de se débrouiller face aux tributs de districts minimes. Il la fait ensuite travailler avec des couteaux. Elle écoute ses conseils, attentive, et tente de les mettre en application.

Quand Carl Emerson sonne le rassemblement pour aller déjeuner, Clarke semble soulagée. L'entraînement de la matinée a été assez intensif pour elle. Alors qu'ils se dirigent vers le réfectoire, Bellamy reçoit un violent coup d'épaule. Il se retourne vivement et tombe nez à nez avec Gustus, qui ne se départit pas de son sourire narquois. Presque carnassier.

- Alors, Bellamy Blake, c'est le grand amour ?

Le jeune homme ne comprend pas et se contente de regarder le carrière avec dédain.

- Tu n'imagines pas le plaisir que je vais prendre dans l'arène, quand je vais égorger ta petite blondinette…

Ce colosse vient de menacer ouvertement Clarke. Bellamy s'apprête à répliquer, mais Carl Emerson intervient, se positionnant entre les deux tributs, le Docteur Lorelei Tsing sur ses talons.

- Ola les garçons, on se calme. Rappelez-vous que vous n'avez pas le droit de vous battre ici. Gardez-en pour l'arène.

Emerson embarque Gustus vers la droite, alors que le médecin les conduit vers un chariot, de l'autre côté de la pièce

- Allez, servez vous, les invite Lorelei. Et faites profil bas cet après-midi, vous attirez déjà assez l'attention comme ça.

- Mais qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ?, demande Clarke après qu'elle soit partie. Nous ne sommes pas tant mis en lumière que ça. Et Gustus, pourquoi il t'a balancé ça ?

- Je ne sais pas, mais ça ne me rassure pas pour la suite, grommelle Bellamy.

Ils déjeunent rapidement. Clarke, probablement pour tenter de lui faire oublier l'épisode avec Gustus, rappelle à Bellamy quelques conseils médicaux. Elle affiche un visage impassible, mais le jeune homme remarque bien dans son regard qu'elle est ébranlée par les menaces que le carrière a proféré à son égard. Menaces qu'il ne comprend pas vraiment.

L'après-midi d'entraînement lui paraît long, plus long que la veille. Probablement parce qu'il ne supporte plus les murmures qui accompagnent leurs déplacements. Quand Carl Emerson annonce la fin de la journée d'exercices, il entraîne rapidement Clarke vers l'ascenseur, pour quitter au plus vite l'ambiance pesante de la salle de travail.

Quand ils rejoignent leur appartement, ils trouvent Marcus assis dans le canapé, face à une grande télévision. Il est installé devant un programme du Capitole, portant sur les Hunger Games. À l'écran, Caesar Flickerman et Claudius Templesmith parlent avec enthousiasme des jeux à venir.

- Et pour cette 53e édition, nous avons quelques favoris, n'est-ce pas Claudius ?, lance Caesar à son comparse.

- Tout à fait ! Je n'ai pas le droit de parier, mais si je le pouvais, je parierais sur Lexa et Gustus, du district un, ou sur Delano, du district quatre.

- Ah Claudius, je vous comprends !, renchérit Caesar avec entrain. Mais je dois vous avouer que j'ai maintenant ma petite préférence. Et figurez-vous qu'il s'agit des tributs du district douze !

- Clarke et Bellamy ? Le couple doré ?, réplique Claudius, sur un ton faussement étonné.

- Le couple doré ?, répètent les principaux intéressés d'une même voix.

Marcus se retourne vers eux, remarquant enfin leur présence. Il leur fait signe de s'assoir avec lui.

- Eux-mêmes, continue Caesar. Voulez-vous qu'on revoit le petit reportage que nous avons concocté sur eux ?

- Allons-y, s'exclame Claudius en se frottant joyeusement les mains.

Toute cette mise en scène sent l'hypocrisie à plein nez.

- C'est quoi ce bazar ?, grogne Bellamy alors que le sujet télé se met en route.

À l'écran, les images de leur parade lors de la cérémonie d'ouverture défilent. Le commentateur du reportage loue leur beauté. Puis, soudainement, la parade laisse place à autre chose. Bellamy se voit à l'écran, en train de rire aux éclats avec Clarke. La veille. Sur le toit. Il se voit tenir le poignet de la jeune fille avec un regard attendri. Il se voit lui passer une main dans le dos. Il se voit lui déposer sa veste sur les épaules pour qu'elle se réchauffe. Et le journaliste s'extasie sur leur complicité.

- La rumeur courrait depuis la parade, mais là, ça se confirme, il y a bien un petit quelque chose entre ces deux là, affirme le commentateur. Juste de l'amitié ? Ou bien plus ? Bellamy Blake et Clarke Griffin ont en tout cas le potentiel pour devenir le petit couple doré de cette année !, conclut-il, alors que l'image s'arrête sur un sourire échangé par les deux tributs, toujours sur le toit.

- Il y avait des caméras là-haut…, lâche Clarke.

- Et vous le saviez !, grince Bellamy à l'adresse de leur mentor, qui éteint la télévision. C'est pour ça que vous nous avez envoyé sur ce toit !

- Oui, je le savais, répond calmement Marcus. C'est même moi qui ai proposé aux médias de se concentrer sur ce qu'il se passait là-haut. Après les avoir travaillés pendant un moment, en distillant peu à peu, depuis votre arrivée, une rumeur selon laquelle vous éprouviez une attirance l'un pour l'autre. Le Capitole adore ce genre d'histoire.

- Mais c'est de la connerie !, s'énerve le jeune tribut en se mettant debout. Vous ne vous rendez pas compte de la situation dans laquelle vous nous mettez !

- Dans une situation de force, justement, réplique le mentor, toujours aussi impassible. On ne parle que de vous.

Bellamy est hors de lui. Et il ne comprend pas comment Clarke peut rester si calme.

- Résultat, tous les autres tributs ont envie de nous lyncher, alors que nous ne sommes même pas encore dans l'arène. Gustus a carrément menacé d'égorger Clarke, aujourd'hui. C'est donc ça, votre fantastique stratégie ? Et puis, vous auriez au moins pu nous prévenir !

- Je ne vous ai pas prévenu parce que j'ai jugé bon de ne pas vous prévenir, assure froidement Marcus. Sans ça, il n'y aurait eu aucune spontanéité chez vous.

Le jeune homme rumine, mais Marcus ne le regarde déjà plus.

- Clarke, fais moi un rapide topo de votre journée d'entraînement, ordonne-t-il à la jeune fille.

Cette dernière lui explique que Bellamy lui a appris à manier la lance et le couteau, comme convenu.

- Bien. Vous continuez demain matin. Et essayez de faire un parcours du combattant. Sans trop en faire, encore une fois. L'après-midi, pendant les séances privées, vous présentez aux Juges ce que vous savez faire de mieux. Clarke, tu leur montres ton agilité, ta vitesse et, éventuellement, ta capacité à transformer les plantes en remèdes. Bellamy, vise juste. Je veux que tu atteignes le plus de cibles possible. Bonne soirée.

Il se lève et quitte prestement la pièce, sans un regard pour eux, les laissant seuls dans le salon.

- Pourquoi tu t'es énervé comme ça contre lui ?, demande Clarke. C'est vrai qu'il aurait pu nous prévenir, mais tout de même. C'est un moyen de nous aider.

- Mais tu ne te rends pas compte de ce qu'il a fait ?, réplique Bellamy en commençant à faire les cent pas autour de la grande table basse. Maintenant, tu es une cible pour tous ces malades des districts aisés !

- Mais c'est normal que je sois une cible pour eux Bellamy, je suis l'une de leurs concurrentes dans les Jeux !, réplique la blonde. Un obstacle comme un autre entre la victoire et eux !

- Maintenant, encore plus, assure le jeune homme. Tu as entendu ce qu'a dit Gustus. Il veut te faire payer le petit accrochage qu'il a eu avec moi. Et il veut te le faire payer violemment. Si c'est pour faire ça, je pense qu'il vaut mieux qu'on évite d'être proches.

- C'est quoi encore que cette bêtise ?

- C'est trop risqué pour toi.

- Non mais tu t'entends ?, s'écrit-elle en se levant à son tour. On va m'envoyer dans une arène pour mourir devant des caméras de télévision. Bien sûr que c'est risqué ! Que tu te prennes la tête avec Gustus ou non.

Ca y est, voilà qu'elle prend la mouche, alors qu'il veut simplement la protéger. Dans la mesure du possible, compte tenu du contexte.

- Clarke…, tente Bellamy, pour lui faire comprendre la situation.

- T'es vraiment un crétin ! Un sombre idiot !, lâche-t-elle en quittant la pièce en trombe.

Bellamy se laisse tomber dans le canapé, dépité. Qu'est-ce qu'il disait… Le même caractère que John.


Tadam ! Et oui, j'ai écrit ma toute première dispute entre Clarke et Bellamy. J'ai un peu galéré, mais j'espère qu'elle vous plaît, tout comme le petit moment de complicité sur le toit et l'entraînement avec les armes. Un avis sur la stratégie de Kane ?

Je n'ai pas mis de passage sur le district, je trouvais que le chapitre était déjà assez long et que ce n'était pas nécessaire.

Et si certains se demandaient, une petite explication sur le fameux "Oui oui oui, absolument, radicalement" de Keenan. L'année dernière, je suis allée pendant un mois en Birmanie avec mon école et, sur place, on a travaillé avec des Birmans, adorables et très motivés. Et l'un d'entre eux, à chaque fois qu'on lui posait une question et qu'il répondait positivement, s'emballait à coup de "Oui oui oui, absolument, radicalement", c'était ultra drôle et c'est devenu un truc entre nous, qui est resté. Du coup, j'avais envie de caser ça ici. Voilà pour la petite histoire :)

Merci aux reviewers guest, lila, katniss, ma Caro, Bouhouhou, ma petite Pandora (merci pour tes encouragements !), Skye et Sixtine.

Au menu du chapitre de lundi, de la jalousie et un retour dans le douze… Passez un bon week-end et n'oubliez pas la petite review :)

Bisous à tous,

Estelle