Chapitre 9

Salle de travail, 12ème District, 17h.

Attablés dans la salle de travail, Beckett et Castle avaient étudié les documents fournis par Dauriac concernant « Plaisir masqué », avec l'impression de chercher une aiguille perdue dans une botte de foin. Dauriac leur avait effectivement donné la liste complète des couples membres de la confrérie, mais il y en avait quasiment sept-cent, avec leurs noms, leurs coordonnées téléphoniques, leurs adresses et leurs petits surnoms animaliers qui faisaient beaucoup rire Castle. Dans l'état actuel des choses, cette liste aussi riche soit-elle, leur n'était pas vraiment d'un grand secours. Ils ne pouvaient pas décemment imaginer appeler ces sept-cent couples, et encore moins les interroger, d'autant plus que les trois-quarts d'entre eux n'habitaient pas New-York. Beaucoup étaient quand même originaires de la côte Est, mais un grand nombre venaient aussi du reste des Etats-Unis, quelques-uns d'Europe et même du Japon. Dauriac n'avait pas menti sur la renommée de sa confrérie, et son rayonnement international. D'après les fichiers informatiques de « Plaisir masqué », il était impossible d'établir la liste des deux cent personnes présentes lors de l'événement de la veille. Les fichiers comprenaient essentiellement des détails logistiques, des plans de décoration, des scenarii érotiques et ce genre de choses, mais aucune information ne semblait enregistrée concernant les participants à ces soirées libertines. Dauriac avait expliqué aux gars que le secret était la règle numéro un de « Plaisir masqué », et que ses confrères et lui s'attelaient à garder le plus de mystère possible, d'autant plus qu'il ne leur était d'aucune utilité de conserver ce genre d'informations. Les convocations aux événements étaient envoyées à tous les membres via simple sms deux mois avant le jour J, et les participants confirmaient leur venue sur une page Internet codée uniquement destinée à cet usage, qui servait à comptabiliser les effectifs, mais disparaissait avant même l'événement. Enfin, au tout dernier moment, tous les membres de la confrérie recevaient par sms le lieu où se rendre. Ce sms servait de sésame pour profiter des plaisirs de la soirée. Il n'y avait donc aucun moyen de savoir, qui, sur les sept-cent couples que comptait la confrérie, était effectivement présent la veille. De plus, il fallait ajouter à la liste des suspects potentiels douze hommes et femmes employés par « Plaisir masqué », comme Victor, pour pimenter les soirées.

Esposito et Ryan avaient réussi à obtenir de Dauriac, grand maître de la confrérie, le nom de la jeune femme au masque de libellule qui apparaissait sur la photographie issue du téléphone de Victor Harper. Dans l'attente que les gars la ramènent pour l'interroger, Beckett s'était lancée dans des recherches la concernant, afin de cerner un peu mieux à qui ils allaient avoir affaire. C'était leur seul élément concret, et leur seul moyen, pour l'instant d'avancer.

La jeune femme s'appelait Lucile Weyburn. Elle était française, plus connue sous le surnom de Lulu, et travaillait au sein de l'entreprise de François Dauriac, « Sexy Dreams », à la conception de divers jouets et jeux sexy. Elle était membre de la confrérie, bien-sûr, et Dauriac ne voyait pas en quoi cette photo sur laquelle elle apparaissait en compagnie de Victor pouvait avoir un rapport avec la mort du jeune homme. Selon lui, les photos, les vidéos étaient monnaie courante au cours des soirées qu'il organisait, les membres aimant immortaliser leurs ébats et prouesses, pour leur plaisir personnel, ou éventuellement même pour les diffuser sur des sites Internet. Pour preuve, il avait dévoilé aux gars une partie de sa collection personnelle de clichés et mini-films enregistrés sur son téléphone. Les photos circulaient librement entre les membres, les employés, et même le grand public, via les systèmes de messagerie ou les réseaux sociaux. Dauriac leur avait expliqué ne pas avoir remarqué si Victor avait été proche ou non de Lucile Weyburn et son époux au cours de la semaine passée. Il assurait être lui-même bien trop occupé pour surveiller tout ce qui se passait. Quand les gars lui avaient demandé si Lulu était présente à son événement de la veille, il avait expliqué que non, puisqu'on ne pouvait assister à ces fêtes qu'en couple, et que son mari était absent ces jours-ci. Avant qu'ils finissent par le laisser partir, Dauriac s'était énervé en disant qu'il ne comprenait pas que les flics puissent tirer des conclusions ridicules d'une simple photographie, et que la mort de Victor n'avait rien à voir avec sa confrérie. Il était parti, menaçant de porter plainte contre la police de New-York, si le droit à la vie privée de ses confrères était violé de manière totalement injustifiée et infondée.

Après avoir rapidement informé Beckett et Castle de leurs avancées, les gars étaient maintenant en route pour aller chercher Lucile Weyburn au sein des bureaux de « Sexy Dreams », afin de la ramener pour un interrogatoire. Il ne faudrait que le temps d'une comparaison de son ADN avec celui retrouvé sur les cheveux féminins dans la chambre 301 pour être fixés, au moins sur sa présence au Belleclaire Hôtel hier soir et ses rapports avec Victor.

Devant l'ordinateur, Beckett approfondissait sa recherche sur la jeune femme, mais aussi sur « Sexy Dreams », l'entreprise de Dauriac, tandis que Castle s'amusait à détailler la liste des membres de la confrérie, en quête du nom d'une personnalité publique.

- Cette liste vaut de l'or …, constata Castle. Dauriac a dit vrai. C'est l'élite qui fréquente « Plaisir masqué ». Beaucoup d'avocats … a priori, le barreau fait dans le libertinage. Des PDG à la pelle … Oh, oh ! Jerry Brown !

- Jerry Brown ? Le gouverneur de Californie ? s'étonna Beckett, sans quitter des yeux l'écran de son ordinateur.

- Oui, lui-même ! Et son épouse très … guindée …

-Il n'y a pas plus puritain …, constata Kate.

- Tu parles, oui. Jerry Brown est Monsieur … Castor !

- Monsieur Castor …, sourit Kate, à la fois sidérée et amusée, tant cet animal lui paraissait absolument incongru pour susciter le désir de ses partenaires.

- Un castor franchement … comment on peut choisir d'être un castor pour s'envoyer en l'air, continua Rick, songeur. Tu sais que les castors ont la queue …

- Je sais, Castle. Epargne-moi les détails …, répondit-elle avec un sourire.

- Waouh ! s'exclama de nouveau Rick, tout content de trouver des informations croustillantes. Le sénateur Woodruff et sa femme, le juge Monroe et son mari …

- Le juge Monroe ? Vraiment ? l'interrompit Beckett, qui avait vu la juge hier à la Cour d'appel de New-York.

- Oui, affirma Rick. Le juge Rebecca Monroe joue les hirondelles … Tu imagines quand hirondelles et castors se retrouvent au lit …

- Non, je préfère ne pas imaginer ce bestiaire masqué … à poil, grimaça Kate.

- Et à plumes …, ajouta-t-il, amusé. Mais, je n'ai pas trouvé Gates encore …

Kate releva les yeux de son écran, et se tourna vers lui, se demandant s'il cherchait vraiment le Capitaine dans la liste.

- Parce qu'elle n'est pas sur cette liste ! lui lança-t-elle comme une évidence, d'un ton un peu exaspéré.

- Tu n'en sais rien … Peut-être que si …, répondit-il, tout en lisant les noms inscrits sur les documents.

- Et si, ce que je ne crois pas une seconde, elle s'y trouvait, tu voudrais vraiment savoir ? Imaginer mon patron, que tu vois tous les jours ou presque, … participant à ce genre de soirées ?

Il eut l'air de réfléchir, comme s'il se posait réellement la question.

- Oui ! s'exclama-t-il, tout sourire.

Elle se contenta de soupirer, avant de se replonger dans sa recherche sur l'ordinateur.

- En tout cas, ne me dis plus rien … Je préfère ne pas savoir ce que font tous ces gens de leurs nuits …, fit-elle remarquer.

Pendant quelques secondes, ils restèrent silencieux, côte à côte, chacun concentré sur sa recherche.

- Oh … mon … Dieu ! s'exclama tout à coup Rick, l'air sidéré, retournant brusquement la feuille comme pour ne pas voir le nom qu'il venait de découvrir.

- Quoi ? s'étonna Kate, sans se détourner de son écran.

- Non … Rien … Je vais essayer d'oublier ce que je viens de voir…, répondit Rick, tout en grimaçant, l'air dégoûté.

- Quoi, Castle ? Qui as-tu vu ? demanda-t-elle, la curiosité piquée au vif.

- Je ne pourrai plus jamais le regarder dans les yeux …, continua-t-il, comme totalement perdu dans ses propres réflexions, sous le choc de sa découverte.

- Castle ! Dis-moi ! s'exclama-t-elle, impatiente, se tournant vers lui, cette fois-ci très intéressée.

- Bob !

- Bob Weldon ? Le maire ? fit-elle, aussi surprise que lui.

- Tu connais un autre Bob ? grimaça-t-il, effaré d'imaginer son ami participer à des soirées libertines.

- Tu vois, ça n'a rien de drôle de savoir ce que font ces gens de leur vie privée.

- Bob ..., soupira-t-il, comme s'il ne parvenait pas à réaliser. Quand je pense qu'à chaque fois qu'on a joué au golf le dimanche matin, il revenait peut-être d'une soirée débridée, où il s'était déguisé … en … en quoi d'ailleurs ?

Incapable de résister à la curiosité, il retourna la feuille en quête de l'animal fétiche de son ami le maire.

- Castle … Tu te fais du mal …, fit remarquer Kate avec un sourire taquin.

- En perroquet … Un perroquet, Kate ! Le maire de New-York en perroquet …

Elle éclata de rire, autant parce qu'elle imaginait Robert Weldon, nu, arborant fièrement un masque à plumes multicolores censées représenter un perroquet, que parce que Rick enchaînait les grimaces dégoûtées.

- Bob a le droit de prendre du bon temps comme tout le monde …, et comme il en a envie, fit-elle remarquer, tentant de dédramatiser.

-Avec un masque de perroquet ? Et deux cent personnes qui le reluquent ? répondit-il, toujours sidéré.

- Pourquoi pas ? sourit-elle. Ce n'est pas notre délire, mais sois un peu ouvert d'esprit.

- Je suis ouvert d'esprit … quand il ne s'agit pas de mes amis …, marmonna-t-il.

- Tu sais, Bob serait aussi surpris s'il savait tout ce que l'on fait dans l'intimité …, constata—t-elle, essayant de se reconcentrer sur sa recherche. Que penserait-il s'il savait que tu aimes recouvrir mes seins et mes fesses de crème Chantilly ou de caramel pour … les déguster ?

Il la regarda en souriant, son esprit aussitôt envahi par la vision délicieuse des seins et des fesses de sa femme, et la réminiscence des sensations exquises qu'il ressentait quand il s'adonnait à ce petit plaisir.

- Bob n'en penserait sûrement que du bien ! C'est tout à fait normal ça …, répondit-il avec un grand sourire.

- Et ça te plairait qu'à chaque fois qu'il me voit il imagine ma poitrine recouverte de Chantilly parce qu'il a connaissance de ce détail de notre intimité ? continua Kate, essayant de lui faire comprendre les choses.

Il grimaça, rien qu'à cette idée plus que dérangeante.

- Et que penserait-il du fait qu'on soit restés coincés dans les toilettes de l'avion lors de notre week-end à Barcelone … parce que Monsieur mon mari voulait absolument réaliser un de ses fantasmes à 10 000 mètres d'altitude ?

- Il trouverait ça peut-être un peu déplacé … Quoique … Mais ce n'est pas de ma faute si on est restés coincés ! Le verrou était bloqué …, expliqua-t-il, pour sa défense. Et avoue que c'était absolument génial …

- On est restés coincés plus d'une heure, Castle ! s'offusqua-t-elle.

- C'est un détail ça …, répondit-il avec un sourire. Et puis si tu avais bien voulu que j'appelle au secours, on serait venu nous libérer plus tôt.

- On aurait ameuté tous les passagers oui, bonjour la honte … Tout ça pour dire que je n'ai pas envie que tout le monde sache comment on aime prendre du plaisir tous les deux …, et toi non plus, ça ne te plairait pas. Alors respecte l'intimité des autres.

- Je respecte leur intimité … mais il faut bien enquêter …

- Tu n'enquête pas, tu cherches des scoops, affirma-t-elle, se tournant de nouveau vers son écran. Tu ne veux pas te rendre utile autrement qu'en farfouillant dans cette liste ? Ce n'est pas ça qui va nous aider à trouver qui a tué Victor.

- Je suis très utile …, quand on devra aller enquêter sous couverture à l'une de leurs soirées, on saura qui est qui … ce sera bien plus facile.

Elle ne put s'empêcher de relever de nouveau les yeux vers lui, stupéfaite.

- On n'ira pas enquêter sous couverture dans une soirée libertine, Castle …, affirma-t-elle, comme une évidence.

- On n'aura peut-être pas le choix …, fit-il remarquer avec un sourire. Ce serait … trop … marrant …

- Tomber sur Bob en perroquet ? Ou sur Rebecca Monroe en hirondelle ? lui fit-elle, sceptique.

- Non, pas ça …, ça ce serait dégoûtant …, répondit-il, faisant la moue. Mais, c'est une confrérie du sexe, Kate ! Il y a forcément un truc bien mystérieux à découvrir là-bas.

- Il y a surtout deux-cent personnes à poil …

- Ne me dis pas que ne trouverais pas ça marrant ? lui lança-t-il en la regardant dans les yeux.

- Oui, tiens, pourquoi pas ? Je pourrai mettre la petite tenue que tu m'as offerte pour la St Valentin et que tu aimes tant, pour me fondre dans le décor, qu'en dis-tu ?

Il la regarda, absolument sidéré, réalisant qu'enquêter sous couverture dans une soirée libertine serait finalement une très mauvaise idée. Vraiment très mauvaise idée. Le regard lubrique et carnassier de Dauriac posé sur Kate lui revint en tête. Tous ces hommes qui allaient dévorer sa femme du regard, et la désirer. Non. Ce serait au-delà du supportable, et il finirait sûrement par tuer quelqu'un.

- Euh … oublie l'enquête sous couverture ... Je risquerais d'y commettre un meurtre …, avoua-t-il.

- Tu vois, on arrive toujours à tomber d'accord, lui lança Kate, avec un grand sourire satisfait.

- Mais je pense à quelque chose …, reprit Rick, tout en feuilletant la précieuse liste. Tous ces gens très sérieux qui s'adonnent au libertinage, si ça se savait, imagine le scandale pour certains. Je pense à Bob par exemple … ça lui coûterait sa réélection …

- Tu crois que Victor aurait pu faire chanter quelqu'un, histoire de se faire de l'argent encore plus facilement ? demanda-t-elle, comprenant où il voulait en venir.

- C'est une possibilité …

- Mais ces gens sont puissants, fit remarquer Kate. Ils ont des relations et bien des moyens de faire taire un jeune homme comme Victor … plutôt que de l'empoisonner … ça indique un mobile plus personnel.

- Hum …, répondit-il, pensif. Et tu as trouvé quelque chose sur Lucile Weyburn ?

- Non. Mis à part qu'elle est mariée au Capitaine Brad Weyburn de la 3ème Compagnie du FDNY …, rien …, soupira Kate en s'adossant dans son fauteuil.

- Weyburn …, voyons voir …, répondit Rick en parcourant la liste rapidement.

- A priori, elle vit à New-York depuis trois ans …, et rien d'autre à signaler.

- Monsieur et Madame … Libellule, c'est bien ça. Ils ont tous les deux le grade de maître au sein de « Plaisir masqué », annonça Castle.

- Oui. Mais si Lucile n'était pas à la fête hier après-midi, comme Dauriac l'a dit, elle ne peut pas avoir empoisonné Victor, constata Kate.

- Sauf qu'on ne sait pas vraiment à quelle heure Victor a été empoisonné, ni même à quelle heure il a quitté Englewood pour rejoindre New-York, et atterrir au Belleclaire Hôtel

- Mais même si l'ADN correspond, ça prouvera qu'elle couchait avec lui et qu'elle était dans la chambre, pas qu'elle l'a empoisonné. Surtout que si je devais empoisonner mon amant, j'éviterais de me retrouver dans son lit au moment de sa mort …

- Ton amant ?

- Façon de parler, Castle …, sourit Kate, comme une évidence.

- Et si ce n'est pas elle ? Comment on va faire ? On n'a aucun moyen de savoir qui était présent hier …, on ne sait pas à quel moment il a été empoisonné …

- Dans le pire des cas, on aura sept-cent couples à interroger …

-Castle lui lança un regard interdit, se demandant un instant si elle était sérieuse. Mais il n'y avait aucun doute. Elle l'était. Elle y passerait des semaines s'il le fallait, mais elle trouverait ce qui était arrivé à Victor Harper, peu importe le nombre de personnes à interroger.

- Il faudrait creuser aussi du côté de Dauriac, suggéra Castle. A mon avis, il est louche …

- C'est l'avis de mon mari jaloux … ou de mon redoutable coéquipier ? lui lança-t-elle avec un sourire, pas vraiment dupe quant aux raisons pour lesquelles Rick se méfiait de Dauriac.

- Les deux …, reconnut Castle, avec une petite moue. Ok, il m'agace à te reluquer comme ça tout le temps … mais il n'y a pas que ça …

- En tout cas, sa boîte est clean. Les gars n'ont rien trouvé le concernant. Et puis il a été plutôt coopératif malgré tout jusque-là, fit remarquer Kate.

- Il n'avait pas vraiment le choix. Mais il est trop charmant, trop sûr de lui, pour ne pas cacher quelque chose.

- Tu crois qu'il a quelque chose à voir avec la mort de Victor ?

- Peut-être … Je ne sais pas.

- Il avait l'air vraiment surpris et affligé quand on lui a appris.

- Et si Victor avait découvert le secret de « Plaisir masqué » ? suggéra Castle. Un secret à même de créer un bouleversement considérable …. Une révélation titanesque … Quelque chose que Dauriac aurait voulu protéger à tout prix …

Kate le regarda avec un sourire, toujours amusée, quand il se lançait dans ses grandes théories loufoques. Elle s'étonnait qu'il n'ait pas déjà mentionné l'existence d'un trésor qu'on ne pourrait découvrir qu'en résolvant une série d'énigmes.

- Et quel serait le mystérieux secret de « Plaisir masqué » ? demanda-t-elle, avec son petit air sceptique.

Il eut l'air de réfléchir une fraction de seconde.

- Je ne sais pas …, finit-il par avouer. Mais Dauriac cache quelque chose. Je le sens.

- Que veux-tu qu'il cache ?

- C'est une confrérie, Kate. Il y a toujours un truc louche dans une confrérie, un mystère à élucider. C'est évident …

Elle soupira, tout en se levant.

- Castle … Ce ne sont pas les francs-maçons, non plus ni une confrérie séculaire. C'est une confrérie du sexe, fondée il y a deux ans …je ne vois pas quel mystère elle pourrait dissimuler.

- Moi, non plus … mais je finirai bien par trouver, répondit-il, déjà perdu dans ses réflexions.

Elle le regarda avec un petit sourire, amusée par l'air concentré qu'il prenait quand il réfléchissait. Elle pouvait presque deviner toutes les théories qui devaient se bousculer dans sa tête en ce moment même.

-Je te laisse méditer … Je vais voir Gates pour faire le point, annonça-t-elle, en s'éloignant vers la porte.

-Ok.

Vingt minutes plus tard …

Quand elle rejoignit de nouveau la salle de travail, refermant la porte dans son dos, Rick, debout contre le mur, était le nez penché au-dessus de son petit carnet en train de griffonner.

- Bon, je viens d'avoir Ryan. Ils seront là d'ici deux minutes avec Lucile Weyburn, annonça-t-elle, en se postant face à lui, observant son air concentré.

- Ok, répondit-il, sans lever les yeux de son carnet. Et Gates ? Tu lui as dit pour Weldon ?

- Non. Pas besoin pour le moment. Qu'est-ce que tu fabriques ? Tu n'es pas en train de trafiquer les scores ? lui fit-elle, avec un petit sourire, intriguée, et méfiante, s'approchant plus près de lui, pour regarder elle-aussi l'intérieur du carnet.

- Non …, répondit-il, l'air très sérieux. 140 points pour toi. Et pour moi …

Il ne termina pas sa phrase, si bien qu'elle releva la tête pour le regarder, quêtant la suite. Elle vit tout de suite à ses yeux malicieux, qui se perdirent dans les siens, ce qu'il avait en tête. Mais il ne lui laissa pas le temps de réfléchir davantage, et pressa doucement sa bouche contre la sienne, le temps d'un baiser.

- Et pour moi, ça fait 130 points maintenant …, fit-il doucement, son souffle se mêlant au sien.

Il ne voulait que réduire l'écart avec sa muse, qui avait pris une belle avance au tableau des scores. Mais chaque nouveau baiser qu'ils avaient échangés depuis ce matin réveillait, un peu plus intensément, son envie d'elle. Ce n'était, à chaque fois, qu'une sensation agréable et diffuse, qui remontait du fond de son ventre, stimulée par la tendresse et la chaleur des baisers de Kate. Mais s'il n'y prenait pas garde, ce doux plaisir se muait en quelques secondes en une envie furieuse. Et à chaque nouveau baiser, même le plus chaste et léger, il sentait que Kate en était au même point que lui dans le contrôle de ce désir qui s'intensifiait petit à petit. Elle était bien plus raisonnable que lui, surtout au poste, où jamais elle ne s'autorisait d'écart en la matière, limitant les tendres effusions au minimum. Mais il constatait qu'aujourd'hui elle s'était très facilement laissée prendre au jeu. L'appât du gain, en l'occurrence son corps à la merci de tous ses fantasmes, serait-il plus fort chez sa muse que son professionnalisme ? Sans aucun doute. Et cela l'enthousiasmait.

Ravie de s'être laissée avoir par surprise, et pas vexée le moins du monde, elle lui sourit, avant de déposer à son tour un baiser sur ses lèvres.

- 170 pour moi …, chuchota-t-elle, plongeant ses yeux dans ceux de son homme.

Elle y vit cette intensité qui la renversait à chaque fois, doux mélange d'amour et de désir, alors qu'il passait une main dans le creux de son dos pour la prendre tout contre lui. Elle était incapable de résister à ce regard-là, et le laissa, avec plaisir, déposer à son tour un baiser sur ses lèvres.

- Et 160 …, murmura-t-il tout contre sa bouche, qui jouait à effleurer sensuellement la sienne.

Elle se contenta de sourire, l'enlaçant par la taille. Et comme si elle ne se souciait plus ni du jeu, ni de l'endroit où ils se trouvaient, il sentit ses mains venir caresser ses fesses à travers son jean, tout en le pressant contre elle.

- Hey ! Mes fesses ! sourit-il doucement, repensant à l'interdiction, qu'il avait eu, lui, de laisser ses mains s'aventurer sur les fesses de sa muse quelques heures plus tôt.

- Moi, j'ai le droit …, répondit-elle, avec son petit air coquin.

- Ah oui ? Et pourquoi donc ? s'étonna-t-il.

- Parce qu'ici tu es sur mon territoire … Je décide …

- Hum … C'e n'est pas faux … Vas-y, fais toi plaisir avec mes fesses alors …, lui murmura-t-il d'une voix chaude et suave, ne résistant pas davantage à sa bouche appétissante à quelques centimètres de la sienne.

Il happa tendrement sa lèvre inférieure, l'effleura, la mordilla, la câlina, savourant le soupir de plaisir de Kate, et ses mains qui chérissaient ses fesses avec envie. Il la sentit se laisser aller, comme jamais elle ne l'avait fait au poste.. Il l'adorait plus encore, si tant est que ce soit possible, quand elle laissait ses désirs prendre le pas sur sa raison. Ils avaient oublié leur jeu, les scores, pour se retrouver dans leur bulle de plaisir, et se laisser prendre quelques secondes au jeu des lèvres qui se pressaient, gourmandes, des langues qui s'effleuraient, brûlantes, grisés par l'envie qui s'emparait d'eux. C'était ce que Rick souhaitait : avoir envie d'elle encore et encore aujourd'hui, et attiser peu à peu son désir à elle-aussi, pour intensifier leurs retrouvailles câlines en fin de journée. Et cela fonctionnait à merveille. Néanmoins, il fallait savoir s'arrêter à temps, avant que couper court à leur désir ne devienne insoutenable. Alors doucement, ils tempérèrent leurs ardeurs et calmèrent l'impatience de leurs baisers, pour desserrer l'étreinte de leurs corps et de leurs bouches.

- Ce jeu va nous rendre dingues …, sourit Kate, en s'éloignant de lui pour rassembler les documents de la confrérie éparpillés sur la table.

- Je t'avais dit que tu allais adorer, répondit-il, tentant de calmer ce désir impatient qui brûlait toujours en lui.

- C'est terriblement frustrant, avoua-t-elle, s'appliquant à faire une pile avec les feuilles pour les ranger dans le dossier « Plaisir masqué ».

Il la regardait s'évertuer à se concentrer sur tout autre chose que lui pour oublier qu'elle mourrait d'envie d'être dans ses bras.

- Et terriblement excitant …, ajouta-t-il avec un sourire. Tu sais, si c'est trop frustrant … on peut peut-être s'échapper d'ici et …

- On a une suspecte qui va arriver, Castle … mais tout à l'heure, rendez-vous à vingt-et-une heures, ok ? fit-elle en le regardant avec un grand sourire.

- Un rendez-vous coquin ? lança-t-il, surpris, et tout émoustillé rien qu'à cette idée.

-Oui …, répondit-elle, d'un air mutin.

- Où ? reprit-il, impatient d'en savoir plus.

- Mystère …, sourit-elle, en s'éloignant dans le couloir. Surveille tes messages … Tu ne seras pas déçu d'avoir attendu.

- J'adore les mystères …, murmura-t-il pour lui-même, en lui emboîtant le pas.

Il allait mourir d'impatience et de curiosité en attendant ce rendez-vous. Il se demandait bien quelle idée Kate pouvait avoir eu pour sa surprise sexy, et où elle allait lui demander de la retrouver. Sûrement pas au loft. Peut-être dans son appartement. Il leur arrivait d'y trouver refuge de temps en temps pour fuir les tornades rouquines qui vivaient avec eux. A moins que ce ne soit totalement ailleurs. Mais où ? Il la savait capable de l'étonner et de le surprendre comme jamais. Et il savait qu'elle disait vrai. Il ne serait pas déçu. Au contraire, il savait déjà qu'elle allait le faire mourir de plaisir.