Félicity
Si un jour on m'avait dit que je volerai vers les États Unis par obligation et non par choix je ne l'aurai jamais cru, et pourtant je suis bien assise dans un avion en première classe menant tout droit là où je ne veux pas aller.
Je suis vraiment maudite... Je me demande ce que j'ai bien pu faire pour mériter pareil châtiment. Je m'étire un peu puis croise les jambes, il ne me reste plus que deux heures de vol. Je prends mon livre et lis, heureusement que j'avais pensé à en emmener un en cabine parce que je n'ai pas su trouver le sommeil, je suis bien trop en colère contre moi même mais surtout contre Oliver.
L'hôtesse de l'air passe avec le petit déjeuner, je prends un café avec une viennoiserie et un yaourt. L'avantage lorsqu'on voyage en première classe c'est que nous avons plus où moins droit à tout ce que l'on veut. Mon voisin, un homme d'une cinquantaine d'année quant-à lui prend tout un tas de chose, notamment du fromage, du bacon, des œufs brouillés, du jambon, bref tout ce qu'il peut augmenter son cholestérol et aussi me déranger.
Il me fait un sourire avant d'attaquer ses œufs, rien qu'a l'odeur j'ai le cœur qui lève, mon dieu c'est vraiment pas terrible. J'essaie de me concentrer sur mon petit déjeuner mais je n'y parviens pas, les odeurs du déjeuner du voisin me chatouille les narines et ce n'est pas agréable. Je me tourne vers le hublot et contemple les nuages, le soleil commence à percer l'obscurité, d'ici une bonne demi heure il fera totalement jour et il me restera moins d'une heure avant que nous atterrissions.
- Vous ne voulez pas manger votre viennoiserie mademoiselle ?
Je me tourne vers l'homme qui se trouve à ma gauche, il me sourit puis montre mon plateau avec son doigt.
- Si, j'attendais juste que vous finissiez votre repas pour entamer le mien.
Il se positionne face au siège devant lui vexé. De mon côté je souris ravie. Non mais qu'est-ce qu'il croyait celui là ? Que j'allais lui laisser mon repas ? Je n'ai rien avalé depuis hier midi, et encore j'ai pas mangé grand chose, j'avais trop mal au cœur de partir, de quitter mon appartement mais surtout Zélie. Elle m'a accompagné à l'aéroport avec son père, elle est restée dans le hall jusqu'à ce que je parte et ça a vraiment été difficile surtout pour moi. Pour moi parce que j'avais l'impression de l'abandonner, mais elle m'a assuré que non, mais je n'en suis toujours pas convaincue.
Avant que je ne parte pour l'embarquement elle m'a serré très fort dans ses bras et m'a juste souhaité bon voyage, elle n'a laissé couler aucune larme. Elle est vraiment forte cette gamine bien plus que moi au même âge. Tout ce qu'elle m'a dit, c'est ne t'en veut pas, je sais que tu ne m'abandonne pas, tu es toujours là, vivante, le seul point négatif c'est que tu vivras à plus de cinq mille kilomètres de moi, mais il y a toujours Internet et le téléphone.
Je récupère mes bagages puis m'avance dans le hall d'accueil, je souris en voyant Dig tenant une pancarte avec mon nom dessus mais mon sourire s'efface lorsque je cherche Oliver et que je ne le trouve pas. Dig s'avance vers moi et prend ma valise.
- Bonjour Dig ! La pancarte n'était pas nécessaire, je t'aurai reconnu...
- Salut Félicity, je n'étais pas certain que tu me vois surtout, avec tout le monde qu'il y a ici.
- Oliver n'est pas là ?
- Non ! Il est désolé mais il avait une réunion.
Je pousse un soupir pas de soulagement mais de colère. Il se fiche vraiment de moi lui, il m'oblige à venir ici mais n'est pas là pour m'accueillir. Je m'assois sur le premier siège venu et attends.
- Félicity je peux savoir ce que tu fais ?
- Oui je m'assois... Tu vois le panneaux d'affichage là-bas Dig ?
- Oui je le vois...
- A quelle heure est le prochain vol pour Paris ?
- Dans deux heures !
- Bien, donc tu contactes Oliver et tu lui dis qu'il a une demi heure pour ramener ses fesses ici et si par malheur pour lui il n'est pas dans les temps, j'irai m'acheter un billet pour mon retour à Paris.
Dig me regarde avec de grands yeux, il est estomaqué. A priori il ne s'attendait pas à cela et j'avoue que moi non plus, je veux dire, jamais je n'aurai pensé être capable d'une chose pareille. Je sais que j'ai du caractère, que je suis têtue mais c'est la première fois que j'ose me comporter ainsi mais en même temps Queen m'a un peu forcé.
Oliver
Ça faisait un moment que je ne m'étais pas sentit aussi bien et je sais quelle en est la raison. L'arrivée imminente de Félicity, j'espère juste qu'elle ne sera pas trop en colère contre moi parce que je l'ai forcé, elle n'a pas eu le choix, mais je devais le faire. Pour moi, mais aussi pour elle, parce qu'il est clair qu'entre nous il se passe quelque chose et je suis certain de ne pas avoir été le seul à le ressentir.
La réunion vient de commencer, je sais qu'elle durera toute la matinée et que je ne pourrai la voir que dans la soirée mais je n'ai pas le choix, je suis le patron et je suis par conséquent obligé d'être présent. Notre projet est presque au point et ce grâce à Félicity, c'est elle qui a fait la plus grosse partie du travail, les ingénieurs ici n'ont eut qu'a améliorer le design. D'ailleurs lorsque je leur ai amené le produit ils ont tous demandé à rencontrer la personne qui l'avait crée parce qu'ils ont été aussi subjugué que moi par le travail qu'a effectué Félicity avec si peu de matériel.
Je suis assis depuis deux heures à discuter des éventuelles améliorations à apporter quand mon téléphone vibre sur la table. Lorsque je vois le nom de John s'afficher, mon cœur fait un bond dans ma poitrine, j'imagine tout un tas de chose, mais le pire est qu'elle ne soit pas là, qu'elle ne soit pas descendue de l'avion. Je m'excuse auprès du conseil et m'isole pour répondre.
- John ! Un soucis ?
- Oui ! Félicity est assise sur un siège et ne veut pas bouger de là tant que tu n'auras pas amener tes jolies fesses ici.
- Tu plaisantes n'est ce pas ?
- Je ne suis on ne peut plus sérieux Oliver ! Tu as une demi heure avant qu'elle ne reprenne un billet pour rentrer à Paris... Tu ferais mieux de te dépêcher.
- Mais Dig je suis en pleine réunion... Tu ne lui as pas dit ?
- Bien sure que si ! Mais elle a l'air de s'en moquer de ta réunion... Tu es sure de l'aimer ? Parce qu'elle a l'air d'être une sacrée emmerdeuse... Quoi que c'est probablement ce genre de femme qu'il te faut.
- Arrête un peu Dig, elle est tout ce qu'il me faut et je suis sure qu'elle fait ça parce qu'elle est en colère.
- Peut être... Mais plutôt que de perdre ton temps au téléphone, saute dans un taxi et vient nous rejoindre.
Je raccroche et range mon téléphone, j'entre dans la salle, reste debout, souris à tout le monde.
- Je suis désolé, j'ai un contre temps... Reportons cette réunion à demain.
Je quitte la salle sans un regard mais j'entends les grognements de certains et les interrogations des autres.
Félicity
Je suis toujours assise sur la chaise qui se trouve dans la salle d'attente lorsque Dig revient vers moi.
- Alors ?
Il s'assoit face à moi et sourit.
- Je pense qu'il sera là rapidement.
Je souris comme une enfant contente de la bêtise que je viens de faire. En attendant que monsieur daigne se pointer je passe le temps à discuter avec Dig, il me montre des photos de sa petit puce Sara qui aura deux ans dans quelques mois. Elle est vraiment adorable et que dire de sa femme, elle semble être la meilleure des mamans. Dig m'apprend comment il a connu Oliver puis il me parle de leur enfance, les jeux dangereux auxquels ils ont joué, la fois où Moira les a surpris jouant à tarzan dans un arbre du jardin. Ils se sont sacrement fait engueuler. Il m'a aussi parlé de Tommy, un autre ami qu'ils ont en commun et qui a passé lui aussi tout son temps chez les Queen. Décidément, ils ont une enfance bien rempli en ânerie ces trois là.
- Le voilà ! Il a fait vite...
Je lève le regard et voit Oliver braver la foule pour arriver vers nous, j'évite de croiser son regard parce que je suis toujours très en colère contre lui. Lorsqu'il arrive, il me serre doucement contre lui et respire mon odeur. Moi, je ne fais rien, j'ai les bras le long du corps et un regard meurtrier sur le visage mais il ne semble pas s'en rendre compte, il est heureux que je sois là et n'importe qui pourrait lire sa joie sur son visage. Lorsqu'il me lâche, je saisie ma valise et me dirige vers les portes de sortie, j'entends Oliver demander à Dig ce qu'il me prend, Dig ne répond probablement pas parce que je n'entends pas le son de sa voix. Parvenue à l'extérieur je referme les pans de mon manteau, bon sang qu'il fait froid ici, j'avais oublié comment c'était le début du printemps à Starling. Dig passe devant moi, Oliver prend ma valise et le fait rouler à côté de lui.
- Félicity, quelque chose ne va pas ?
- Non ! Tout va bien Oliver... Tu m'as fait venir ici sans me demander mon avis, je suis là, donc je suppose que tout est ok.
J'avance rapidement pour être près de Dig le laissant seul à l'arrière avec ma valise.
Une fois dans la voiture je donne l'adresse où je veux qu'il me dépose, au plus nous approchons de la destination au plus je sens mon ventre se contracter et une sueur froide s'installer le long de ma colonne vertébrale. Dig se gare juste devant le garage, descend de la voiture et sors ma valise. Je descends à mon tour sans un regard pour Oliver, je ne lui ai pas adressé la parole durant le trajet parce que si je suis mal à l'instant c'est de sa faute, et il n'y a rien qui puisse me dire ou faire pour soulager l'angoisse qui monte à chaque instant. Je prends ma valise, sors le trousseau de clés de ma poche et reste sur le trottoir jusqu'à ce que la voiture de Dig ait disparut. Je sors ensuite mon téléphone et appel un taxi.
Lorsque je suis enfin seule dans ma chambre d'hôtel, je me laisse aller à mon chagrin, revenir ici c'est faire face à la réalité, et la vérité c'est que je suis seule ici, désespérément seule. Je n'ai toujours pas fait mon deuil, je n'arrive toujours pas à ouvrir la porte de ma maison, ni même à faire un pas dans l'allée. La seule chose que j'ai vu, c'est que le jardinier faisait un travail remarquable, de même que l'homme d'entretien, la façade de la maison est comme neuve, et le jardin très bien entretenu, personne ne pourrait s'imaginer en passant devant la maison qu'elle n'est plus habitée depuis trois ans, seuls les gens habitant le quartier le savent.
Je parviens à me calmer sous la douche, l'eau tiède coulant sur ma peau à un effet apaisant, je sors et passe un peignoir, puis m'allonge sur le lit. la chambre est spacieuse et décorée simplement, mais je n'ai pas besoin de plus. Je connecte mon ordinateur sur le réseau de l'hôtel, le réseaux n'est pas assez important pour que je puisse travailler, je fais alors ce que je sais faire au mieux, je pirate tout un tas de truc pour pouvoir avoir un meilleur débit et lorsque j'y parviens au bout de cinq minutes je me sens déjà mieux, dans mon élément.
