9) Vertueuse
Décembre était beau. En ce mois de Poséidon, nous fêterons une petite Dyonisie. Des bateaux étaient arrivés de la Cité avec des amphores remplies de vin et de colons. La fête s'annonçait joyeuse.
Le Scorpion la vit chez lui, occupée à ses tâches journalières.
— Tu me sembles de bonne humeur. Serait-ce les préparatifs de notre célébration qui te font chanter ?
— J'ai toujours connu ce festival rural, mais je n'y suis jamais allée...
— Nous organiserons la vôtre cette année. Il y aura un défilé militaire, des chants, des danses, du vin et du théâtre. Qu'en penses-tu ?
— Que pourrais-je en penser ? Je peux penser mais je ne peux en débattre...
— Tu redeviens prude ! J'ai l'impression d'avoir Aiolia devant moi. Lui fis-je boudeur. Voudrais-tu aller au théâtre ?
— Oui ! Mais je ne vois pas comment car je ne suis pas citoyen, les femmes ne peuvent pas y aller entre elles. Je n'y ai donc tout simplement pas le droit, histoire de ma vie !
— Parlais-tu à ce point de doctrine avec ton père ? Je te vois très bien tenant un salon intellectuel à Athènes. Nous en reparlerons plus tard...
Il n'était plus à table, ni dans ses appartements. Iona finissait son travail. Elle ne pouvait pas rester à ne rien faire, seule dans les quartiers du Scorpion. Elle ferma la porte et y resta devant dans le corridor.
« Puisqu'il voulait de nouveau s'entretenir avec moi" pensa t-elle, se demandant si ces entrevues ne commençaient pas à lui plaire à elle. Il se faisait long et elle s'endormit.
On la bouscula, c'était le petit matin et elle se trouvait allongée dans son lit au dortoir des femmes.
— Iona, c'est l'heure !
— Aida , mais qu'est-ce que je fais ici ?
— Aurais-tu oublié que tu dors ici ? C'est lui, n'est-ce pas... Il t'a portée jusqu'ici. Je pensais qu'il t'était arrivé quelque chose mais, tu dormais comme un enfant. Honnêtement, s'endormir devant sa porte !
Voyant la gêne de la jeune fille, la vieille femme riait de bon cœur.
— J'avais dit lui plaire, pas t'enchaîner à ses appartements. Quel dommage que je sois si âgée, il me plait !
— Aida !
— Ne sois pas si vertueuse ! Au fait, il n'est pas là ce matin. Il m'a dit qu'il y avait un coffre jaune dans ses quartiers et il te demande de le faire briller. Avant ça, tu vas m'aider avec les provisions pour la fête.
— Un coffre ?
— C'est ce qu'il a dit.
