9.
Lothar Grudge s'était installé devant l'une des centrales de communications de son bureau et avait suivi, non sans intérêt, la fin de la première phase de sa basse vengeance envers celui qu'il avait créé, qui avait docilement suivi ses ordres, et qu'à présent il détruise sans le moindre état d'âme.
Il sourit quand les portes de la cellule s'ouvrirent et que le prisonnier nu et enchaîné tressaillit et se traîna jusqu'au mur le plus proche comme s'il pouvait y trouver un trou où se cacher, mais la longueur de chaîne ne le lui permettait toujours pas et il demeura au centre de la pièce, vulnérable.
- Désolé, pas de petit traitement de faveur cette nuit, rit pour sa part Yogan. Juste une dernière question qui va être vite réglée, à présent !
Dans la pièce cylindrique, qu'éclairaient faiblement quelques lampes rouges qui y jetaient de sinistres lueurs, totalement nue, il n'y avait qu'une petite croix blanche au centre dont on pouvait deviner le rôle.
Soigneusement entouré de gardes, les poignets toujours entravés devant lui, mais vêtu d'un pantalon et d'une chemise sans boutons, Albator avait évidemment tout de suite compris ce qui l'attendait !
« Et nous y voilà… Une exécution sommaire, sans témoins… ».
Il jeta un coup d'œil au septième individu présent, tout de noir vêtu, une cagoule lui enserrant étroitement la tête et dont le rôle était également clair.
Mains pendantes devant lui, les six gardes l'entourant à près de deux mètres de distance, Albator s'était mis à genoux sur la croix blanche et l'Exécuteur s'était approché.
D'un étui rigide, l'Exécuteur avait sorti un gros et long revolver en argent brillant, l'avait chargé d'une seule balle et s'était placé juste derrière le prisonnier.
La détonation avait sèchement claqué, une atroce douleur avait traversé la nuque d'Albator et il n'y avait plus eu qu'un univers noir et glacé.
- Bienvenue aux tourments éternels bien que cette appellation soit un peu erronée vu que tu passeras, bel et bien, de vie à trépas d'ici quelques semaines, avait lancé l'un des gardes quand il était revenu à lui dans ce qui devait être un jet, volant à pleine vitesse au vu des légères vibrations. Pour ta traîtrise, tu vas connaître un sort bien mérité. La mort aurait été trop douce pour toi ! Bien que sur un sol ferme, tu vas être enterré vivant et chaque jour qui te rapprochera du dernier aura son cortège de supplices !
Se redressant sur ses poignets toujours menottés, Albator aurait voulu masser sa nuque qui le brûlait, mais les chaînes des anneaux reliées à sa ceinture ne lui permettaient guère de mouvement.
- Comment avez-vous fait ? L'Exécution ?
- Une balle électrique. Ca envoie une bonne décharge, comme tu as pu le constater. C'était juste pour le fun, que tu y croies !
- Où me conduisez-vous ?
- Aux mines de carcinium !
- Ce n'est pas le Melkor.
- Trop lent. Et bien que tu ne sois plus qu'un vulgaire déchet, notre Roi a voulu s'assurer que tu arrivais sur place dans les plus brefs délais.
Aux mines, s'il n'y avait eu que l'abrutissant travail dans les galeries, le capitaine de l'Arcadia aurait peut-être pu s'en accommoder, mais là aussi il semblait avoir été mis sur la liste des personnes à tourmenter.
Les brimades étaient quotidiennes, les Gardiens ne se retenaient pas sur les coups de fouets ou de verges, quand il ne s'agissait pas de passages à tabac pur et simples et bien sûr parfaitement gratuits.
Mais le pire avait été la reprise des supplices voulus par Lothar, qui avaient lieu dans la maison du Gardien en chef.
Et si le premier soir, Albator avait cru qu'il s'agissait « simplement » de la reprise de l'intrusion la plus intime de son corps, il avait rapidement compris que le Gardien en chef avait ses raffinements personnels !
Menottes aux poignets, entraves aux chevilles, il n'avait pu opposer qu'une résistance de principe à ses trois agresseurs et quand le Gardien en chef avait caressé avec un air mauvais le manche de son fouet, le grand Pirate balafré avait réalisé que cette fois ce ne serait pas à la mèche qu'il allait goûter.
Le Gardien en chef s'était placé derrière et lui et Albator avait abaissé sa paupière et serré les dents… Mais avait rapidement commencé à hurler.
De retour au Dortoir, sur son lit, il avait été bien incapable de trouver le sommeil, tremblant de douleurs et de faiblesse, humilié jusqu'au plus profond de lui-même, ayant abandonné depuis longtemps toute fierté, sa faculté d'opposition amoindrie un peu plus à chaque jour qui passait.
« Un piège sans faille. Et chaque jour, je paie mon mouvement irréfléchi envers mon père et la destruction d'un cuirassé Pirate. Lothar a bien préparé sa vengeance… ».
- … Lothar Grudge a aussi fait placer sa marque pour esclaves, au fer rouge, sur sa hanche droite, poursuivit Tharen Blomm le Médecin-Chef de l'Octavion. Il suffira d'une greffe de peau pour qu'elle disparaisse. A son admission, j'ai fait procéder à des sprays de désinfection pour la vermine, les perfusions ont nettoyé son organisme des parasites internes. Mais pour ce que Lothar, son amant et ses sbires lui ont fait subir, je n'ai pu soigner que les blessures physiques, filer un traitement à large spectre contre les MST. Pour les autres séquelles, il faudra voir. Mais tout mis ensemble viendrait à bout de la personne la plus résistante qui soit !
- Il a tenu près de quatre mois alors qu'on n'en donne généralement que trois. Je crois qu'il a suffisamment fait la preuve que la vie était profondément ancrée en lui, même pour ce martyre qui aurait poussé plus d'un à en finir ! gronda Skendar, catastrophé. On va bien s'occuper de lui, ne plus le lâcher. Et qui sait, si la générale donne son accord, peut-être que la nouvelle existence que je lui proposerai lui donnera assez de courage que pour surmonter ces traumatismes.
- Je le souhaite, fit sincèrement Tharen, mais nullement convaincu ni convainquant.
- Ce que Lothar lui a fait… hoqueta Skendar.
Il pâlit encore plus, se plia en deux et vomit.
