Titre - Dans les mensonges et les regrets
Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.
Rating – M
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Précédemment - (Chapitre 8) Harry retrouve Claudia McQueen à Pré-au-Lard et accepte sa proposition « d'échange de bons procédés ». Elle lui demande d'espionner Estelle Reilly, en se servant de son inclination envers lui pour lui afin de connaître ses convictions politiques. Harry, de son côté, lui demande de localiser Gustàv Szabolcs.
Harry apprend ainsi que Szabolcs – le seul chercheur encore vivant ayant travaillé sur les Retourneurs de Temps – s'est retiré dans la forêt de Cheshire, lieu magique provoquant des hallucinations et faisant perdre l'esprit à quiconque s'y engouffrant. Il cherche à se renseigner le plus possible, car il est déterminé à y aller. Ce temps passé à la bibliothèque lui permet de se rapprocher de Lily.
Dans le même temps, Harry noue une relation avec Estelle, mais une petite 'panne' de sa part lui fait couper court tout lien. Il préfère alors l'espionner en utilisant la Carte du Maraudeur, et grâce à une information de Nadège Bladwell, il se rend incognito à une petite réunion d'endoctrinement de mangemorts. Il apprend qu'Estelle essayait elle-même de connaître les convictions de Stephen Curson. En sortant, il se fait surprendre par Snape. Ce dernier le couvre, attendant une faveur future de sa part.
La veille des vacances de Noël, Harry prépare ses affaires pour partir retrouver Szabolcs. Il devra, juste avant, retrouver Claudia McQueen pour faire le point sur ce qu'il a appris.
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Note – Bonjour,
Je suis encore en retard, et j'en suis désolée. Merci, encore une fois, pour toutes les reviews, les ajouts en favoris et à tous ceux qui suivent cette histoire.
C'est un chapitre différent des autres, peut-être un peu plus tordu, un peu plus personnel. Très peu 'Potterien'. Honnêtement, il rendait dix mille fois mieux dans ma tête, mais je n'ai pas encore une écriture qui sublime et magnifie mes idées. J'espère néanmoins que vous apprécierez le voyage.
Le prochain chapitre, « Petites manipulations entre amis », ne sera pas posté avant fin juin, je suis désolée, mais j'aurai bien trop de travail pour m'y pencher. La bonne nouvelle, c'est qu'après ça, j'aurais enfin du temps libre.
Mon profil est mis à jour (plus ou moins régulièrement) pour vous informer de l'avancée dans l'écriture des chapitres.
Bonne lecture,
Mona
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Dans les mensonges et les regrets
Partie I – Brumeux
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Chapitre 9 – Noël hallucinant
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Les odeurs de graillons et de fumée emplirent le nez de Harry lorsqu'il descendit les marches du Chaudron Baveur. Il s'était installé dans une des chambres après son arrivée à Londres, le temps de voir McQueen, mais il ne pourrait pas se permettre financièrement d'y laisser ses affaires pendant toutes les vacances de Noël. L'indemnisation du ministère lui laissait une marge confortable mais il serait fou de dépenser cet argent à tort et à travers. Il devait bien y avoir un autre endroit où il pourrait...
« Curson, » le salua sobrement McQueen. Harry sursauta, il ne l'avait pas vu s'approcher. Vêtue d'une longue cape noire, le visage caché par une capuche, elle le fixait intensément.
« Couvre-toi la tête, on ne reste pas ici. » Et sur ces mots, elle s'éloigna. Harry fronça les sourcils, mais s'exécuta avant de la rattraper sur le Chemin de Traverse.
« Et où va-t-on ? »
« Dans un endroit plus discret. »
Elle slaloma entre la foule de sorciers présents. Les derniers achats avant Noël étaient sur toutes les lèvres, présents dans toutes les têtes, et par conséquent, le Chemin était bondé. Des décorations ajoutaient une note festive à cette effervescence. Guirlandes, illuminations, charmes qui animaient des petits lutins, qui faisaient tomber des flocons de neige et même quelques chants que l'on pouvait entendre à travers le brouhaha général.
Harry se sentait oppressé par cette foule grouillante, ce surplus d'informations sensorielles. Il n'avait pas trouvé de cadeau pour les Poufsouffle, réalisa-t-il subitement. Cependant, il n'eut pas le temps de s'appesantir sur ce point, car McQueen tourna subitement.
L'ambiance changea du tout au tout en l'espace d'une fraction de seconde, et même le bruit sembla étouffé. Quelque chose de plus dangereux, de pesant et de sombre. Ils venaient d'entrer dans l'Allée des Embrumes. Ici, point de décorations et d'enchantements de Noël mais des bâtiments délabrés, et seulement quelques sorciers encapuchonnés qui erraient entre les devantures glauques des boutiques.
McQueen prit un virage à droite, dans une sombre venelle qui laissait à peine filtrer la lumière du jour. Elle s'arrêta finalement devant une lourde porte qui indiquait sobrement « La Gargouille Aveugle ».
Harry songea qu'il était peut-être temps de protester, de sortir sa baguette, de partir en courant... de réagir. McQueen ouvrit la porte, et des odeurs rappelant le Chaudron Baveur en sortit, graillon, fumée, sueur empestant l'air. Elle pénétra dans la Gargouille Aveugle sans hésitation, et Harry resta les bras ballant sur le seuil.
« C'est quand tu veux, » vint la voix de McQueen.
Harry tiqua et rassembla son intrépidité légendaire pour entrer.
Un long bar crasseux s'étendait sur le côté droit de la pièce, une estrade avec un vieux piano au fond. Devant lui, des tables branlantes, jusque dans les moindres recoins sombres. Étrangement, Harry s'attendait à un pub plutôt désertique, tel la Tête de Sanglier de Pré-au-Lard, mais en réalité, l'endroit était plein à craquer que ce soit du vieux soûlard braillant plus fort que les autres aux silhouettes encapuchonnées qui trafiquaient leurs petites affaires dans cette ambiance relâchée, une lumière tamisée et une fumée épaisse permettant une discrétion appropriée.
Harry resta les bras ballant, à observer les lieux. McQueen avait disparu, ou plutôt, il l'avait perdue de vue. Un groupe jouait au cartes, deux personnes à la table d'à côté se firent passer furtivement des petits sachets de poudre, d'autres signaient d'obscurs papiers...
« Viens, par là. »
Harry se tourna et distingua McQueen. Elle portait deux chopes dans ses mains. Il la suivit jusqu'à une petite table dans un coin à l'écart de la masse générale.
« Tiens, je ne savais pas quoi te prendre alors j'ai choisi une classique pinte des Trolls. »
Harry acquiesça, lançant malgré lui un regard suspicieux à la chope.
« Veux-tu que j'en boive une gorgée pour vérifier que je ne l'ai pas empoisonnée ? » grinça McQueen. Elle le faisait passer pour un bâtard paranoïaque, mais il préférait ça que le contraire. Vigilance constante, dirait Maugrey.
« Eh bien, puisque vous le mentionnez... » susurra Harry.
Elle soupira, prit une gorgée et lui reposa violemment sa chope devant lui.
« Voilà. À la tienne aussi. » Elle leva les yeux au ciel, mais l'ombre de sourire que Harry pouvait apercevoir lui confirma qu'il ne l'avait pas offensée.
« Je ne connaissais pas cet endroit », commenta Harry, pour changer de sujet.
Un air plus sérieux peignit aussitôt le visage de la femme.
« C'est le pub et auberge central de l'Allée des Embrumes, le plus connu et le plus fréquenté. Les autres ont tendance à être moins remplis et avec une faune encore plus... dangereuse qu'ici. Je t'ai un peu ménagé tant que tu n'avais pas vraiment mis les pieds dans nos affaires, mais à présent, si l'on doit se rencontrer, et sauf exception, je préférerais que ce soit ici. »
Harry acquiesça et prit une gorgée de bière. McQueen sortit son paquet de cigarette, lui en proposa une et Harry se surprit à accepter. Le contexte lui semblait tellement surréaliste, il avait comme l'impression qu'il se lançait dans une drôle de voie.
« Bien, raconte-moi ce que tu as appris. »
Et Harry entreprit de lui faire un rapport sur les éléments qu'il avait compris d'Estelle Reilly au cours de leur rendez-vous, finissant par la réunion d'embrigadement et d'endoctrinement qu'il avait espionné. Il passa sous silence le fait que Snape l'ait découvert. C'était son affaire.
« Tu t'en es bien tiré, » commenta pensivement McQueen. « Je ne sais pas si tu parviendrais à espionner les autres réunions, mais ce serait une avancée considérable. »
« Cela risque d'être difficile et d'être bien trop risqué. »
« C'est bien Malefoy qu'Avery a mentionné à Snape ? » Harry acquiesça. « Lucius Malefoy. Hm. » McQueen semblait perdue dans ses pensées. « Il passe son temps à graisser les pattes des uns et des autres et son influence grandit considérablement au sein du ministère. »
Elle ne lui apprenait rien de bien nouveau de son point de vue, mais Harry profita de son inhabituelle loquacité pour partir à la pêche aux informations.
« Et donc ? »
Elle reporta son regard sur lui et sembla se rendre compte de son babillage. Ses yeux se durcirent, mais elle lui répondit néanmoins.
« Et donc, maintenant qu'il est confirmé qu'il trempe dans les affaires du Seigneur des Ténèbres, il pourrait être pertinent de... l'évincer plus ou moins durablement. Il pourrait être un peu trop dangereux. »
Harry haussa les sourcils. Il ne s'attendait pas à une telle franchise. Bien qu'il s'agisse de Malefoy, il fut mal à l'aise de voir qu'elle parlait de commettre un meurtre comme s'il s'agissait d'un petit pain quotidien.
Et il savait que Lucius Malefoy ne serait pas éliminé de sitôt.
« Justement, s'il est dangereux, il faut y aller avec la plus grande prudence. Je ne suis pas ici depuis longtemps, mais j'ai entendu dire que la famille Malefoy est aussi puissante que respectée. »
Ils discutèrent ainsi durant de longues minutes, à parler de stratégies, de mangemorts et des plans de Voldemort. À la grande surprise de Harry, elle lui donna de nombreux éléments sur les actions de Voldemort. Rien ne l'étonna en revanche dans ce qu'elle dévoila.
D'une part, il avait pour objectif de grandir au maximum ses troupes - que ses partisans se faisaient appeler mangemorts. D'autre part, il infiltrait le ministère, semait la terreur dans la société sorcière, à coups de disparition et de meurtres, et il essayait de rallier auprès de lui les géants, les détraqueurs, …
C'était les grandes lignes qu'il avait toujours suivies, ça Harry le savait pertinemment. Mais McQueen ne le connaissait pas comme il le connaissait. Voldemort, sous ces lignes directives, avait toujours quelques plans plus obscurs qui étaient sous-jacents. Il poursuivait certes la guerre, mais il avait des projets plus personnels. Sa quête de pouvoir, de puissance et d'immortalité.
D'une certaine façon, ses projets personnels avaient toujours été étroitement liés à Harry. Il avait voulu l'éliminer parce qu'il était censé posséder un pouvoir que Voldemort ignorait, qu'il était censé être le seul à pouvoir l'éliminer...
Mais avant qu'il n'y ait la prophétie, que poursuivait Voldemort ? Harry ne pouvait pas croire qu'il n'y ait aucun plan tordu.
Puis soudainement, son cheminement d'idée tomba par terre. Harry secoua la tête. Il s'était laissé prendre au jeu au cours de sa discussion avec McQueen. Sa vie était tellement régentée à découvrir ce que préparait Voldemort qu'il s'était laissé couler avec une facilité déconcertante dans le rôle.
Mais il avait oublié un élément fondamental. Ce n'était pas de son Voldemort qu'il s'agissait. Et ce que faisait ce Voldemort plus jeune ne le concernait en rien.
Il soupira.
« Est-ce qu'il y a autre chose que je dois savoir ? »
McQueen termina sa chope. « Non. » Elle lui lança un regard spéculatif.
« Garde au maximum tes yeux et tes oreilles grandes ouvertes à Poudlard. Je te tiendrais au courant s'il y a quelque chose en particulier que tu peux faire. Si jamais tu reviens à Poudlard. »
Harry leva ses sourcils.
« Tu comptes aller voir cet homme, dans la forêt ? » lui demanda-t-elle doucement.
Il plissa des yeux. Cela ne la regardait aucunement. Pourtant, il acquiesça. Elle se mordit les lèvres.
« J'espère que tu sais ce que tu fais Curson. »
« Inquiète de perdre votre petit collaborateur ? »
Elle garda le silence. Harry préféra passer à autre chose.
« C'est donc aussi une auberge, ici ? Est-ce que les chambres sont assez sûres ? »
« Je conseille de mettre quelques sortilèges pour plus de sécurité si tu en as la possibilité, mais globalement, si tu n'as pas trop d'ennemis, ça va. »
Après s'être dit qu'ils se tenaient au courant, McQueen quitta Harry. Ce dernier s'approcha du bar pour demander le prix d'une chambre. Il s'avéra que c'était trois fois moins cher qu'au Chaudron Baveur. Il n'avait plus qu'à transférer ses affaires ici. Puis enfin, il pourrait prendre la direction de la forêt de Cheshire.
Il avait un homme à trouver.
xXx
Armé d'un sac en bandoulière contenant livres et parchemins, Harry descendit du bus qui l'avait amené au dernier petit village recensé proche de la forêt. Seulement quelques habitants, un bus par jour. S'il marchait au-delà du village, il devrait apercevoir la forêt d'ici deux heures de marches selon ses estimations.
Et, une fois qu'il serait hors zone moldue, il pourrait remettre sa cape chaude d'hiver. Le froid le transperçait de part en part, et devant le ciel blanc et épais, Harry se dit qu'il aurait de la chance s'il ne se mettait pas à neiger.
Il aperçut la forêt, masse obscure au loin, bien plus tôt qu'il ne l'aurait cru. À partir de là, il accéléra le pas, et la distance de la plaine s'amincit rapidement.
De ce fait, il se retrouva devant elle. Fièrement dressée, pleine de mystères, muraille impénétrable, elle lui provoqua un frisson que même la forêt interdite n'avait pu égaler. Harry déglutit, mais son visage n'exprimait qu'une volonté inébranlable. D'un pas déterminé, il s'approcha jusqu'aux premiers arbres encore épars.
Une vague s'empara alors de lui, d'une force magique qui le fit presque vaciller. Son visage se décomposa lentement. Il n'avait ressenti rien de tel auparavant. La magie était habituellement imperceptible, mais il arrivait de la ressentir lorsque les salves se faisaient puissantes. C'était, par exemple, ce qui pouvait arriver lorsque Dumbledore laissait sa colère jaillir de toutes parts. C'était également perceptible par la seule présence de Voldemort.
En revanche, la magie qui venait de l'effleurer n'était pas de cette nature. Elle n'était pas humaine. Harry sut immédiatement, au plus profond des fibres de son corps, que cette magie était à l'état sauvage, indomptée et tumultueuse.
Tu sais que tu es potentiellement en train de commettre une terrible erreur en t'aventurant là-dedans, n'est-ce pas ?
Mais ai-je véritablement le choix ? Gémit Harry.
Il s'emmitoufla dans sa cape, comme pour mieux se protéger et s'élança. Il ne fallait pas y réfléchir à deux fois, auquel cas sa détermination et son stupide courage risquait de flancher. Harry pénétra ainsi la forêt de Cheshire.
Aussitôt, le froid s'empara de lui, aussi virulent qu'une lame, son sang se figea et ses cheveux se dressèrent. Harry serra les dents et s'avança dans le petit chemin tortueux. Les hauts arbres dégarnis se tordaient devant ses yeux en des spirales douloureuses, des angles déformés. Sa vision se brouilla. Une nouvelle vague de magie l'étreignit. Harry se frotta les yeux puis sursauta violemment.
Ses mains présentaient des déformations, des angles aigus, des pics qui ne demandaient qu'à déchirer la peau, étirée à son maximum. La vue lui provoqua un sentiment d'horreur et il se secoua les mains, comme pour faire partir cette image.
Il ferma les yeux et se reprit. Il savait ce qui l'attendait. Il s'était préparé, il avait lu. En ouvrant les yeux, il ne verrait que des mains normales parce qu'il était sujet à des hallucinations.
Harry ouvrit les yeux. Les déformations étaient parties.
Tout va bien, se rassura-t-il. Comme pour le détromper, quelques ricanements jaillirent de la forêt. Il serra les dents et continua à avancer. Il ne pourrait l'expliquer, mais pour une raison inconnue, il se retourna.
C'est alors que la peur et le stress qui s'était logées dans son ventre s'épousèrent, gonflèrent pour donner naissance à une angoisse primitive. Il n'avait fait que quelques pas, en se retournant, il devait normalement voir l'orée de la forêt.
Des arbres tordus et ricanant s'étendait à perte de vue.
Merde.
Il se mit à courir, dans la direction qui devait être la sortie. Il ne s'agissait sûrement que d'une illusion, elle ne pouvait pas avoir disparue. Il courut, encore et encore, jusqu'à ce qu'il devienne absurde de continuer ainsi. Harry s'arrêta, essoufflé.
Il était perdu. Il ne savait même pas dans quelle direction avancer. Il n'y avait plus de chemin. De toute façon, la neige commençait à tomber et recouvrirait dans peu de temps tous les éventuels sentiers.
Il était perdu. Les arbres riaient de sa situation, pendant que la vérité s'insinuait en lui. Il avait peut-être voulu se confronter à quelque chose de trop grand pour lui. Il reprit son souffle, et le rire se stoppa. Il n'avait pas remarqué que les ricanements venaient de lui-même depuis tout à l'heure.
Il se remit à ricaner.
Ça y est, Potter, tu es enfin foutu. Il a fallu que tu trouves la pire situation possible et imaginable dans la laquelle tu pouvais t'engouffrer.
« Ce n'est pas vrai, » protesta-t-il à voix haute. « Ce n'est pas moi qui cherche les ennuis, généralement ce sont les ennuis qui me trouvent. »
« Et à quoi ressemble un ennui ? »
La voix, inconnue, sinueuse, venait de surgir de nulle part. Harry se retourna sur-lui même.
« Qui a parlé ? »
Seul le silence lui répondit.
« Peu importe, » marmonna Harry. « Je ne suis ici que pour une chose, c'est trouver Gustàv Szabolcs. »
Un courant d'air passa, les branches remuèrent à son passage. Harry sentit ses poils se hérisser, une odeur malsaine s'en dégageait. Quelque chose qu'il n'arrivait pas à nommer. Comme un cadavre en décomposition, putréfié. Il s'avança dans la direction que la forêt lui avait montrée. Il fallait juste qu'il garde en tête ce pourquoi il était là. Mais l'angoisse monta d'un cran. Une main se posa sur son épaule. Il hurla.
En se retournant, il resta stupéfait.
« Mais qu'est-ce que vous faites là ? »
C'était Ron et Hermione. La jeune fille fronça les sourcils. « On t'avait bien dit qu'on te suivrait jusqu'au bout. Je ne vois pas en quoi c'est surprenant. Je sais que tu essaies de nous écarter. » Elle prenait un ton accusateur.
Dérouté, Harry balbutia : « Mais non, mais non, pas du tout. »
Hermione épousseta les flocons sur son épaule.
« Écoute, Harry, ce n'est pas grave si tu nous oublies. Mais au moins, fait les choses proprement. »
Le cœur déchiré, Harry murmura qu'il ne les oubliait pas.
« Vieux, on t'a bien vu, pas la peine de nier. »
Ron s'éloigna prestement. Hermione lui lança un regard noir, comme si c'était de sa faute et rejoignit Ron. Elle lui prit la main. Harry partit les rejoindre.
« Attendez ! Attendez. Je vous jure, je ne vous oublie pas. Les choses sont un peu compliquées, c'est tout. Vous devez bien comprendre ma situation... »
Ron fit volte-face, le visage déformé par la rage.
« Ah oui ? Ta situation ? Mais tu nous bassines toujours avec ta situation ! Arrête de te prendre pour le centre de l'univers ! »
Sa voix devint plus basse, plus grave.
« Depuis que vous êtes rentré dans cette école, Potter, vous n'avez eu de cesse de vous pavanez, de penser que tout le monde devrait être à vos pieds ! »
Snape lui lança un regard glacial. Un rire suraigu retentit derrière lui. Une main blafarde écarta Snape.
« Mais tu sais, Harry, avoir le monde à ses pieds n'est pas une mauvaise chose. J'ai toujours été convaincu que tu aimerais ça, et qu'ensemble nous pourrions faire de grandes choses. »
Harry fit des pas en arrière.
« Non ! Non, ce n'est pas vrai ! »
Voldemort lui fit un sourire et lui tendit la main.
« Voyons Harry, toi et moi... »
Il partit en courant. Le rire retentissait toujours aussi près de ses oreilles et il fallait qu'il s'échappe le plus loin possible. Vite, vite. Le rire était toujours là.
« Tu peux toujours courir Harry ! Tu peux toujours, mais je serais toujours là ! Tu ne pourras jamais m'échapper ! Et tu sais pourquoi ? »
Le rire devint hystérique.
Non, bien sûr qu'il pouvait échapper à Voldemort. Il avait passé sa vie à faire ça. Et jusque là, il avait plutôt bien réussi. La forêt s'épaississait à mesure qu'il s'enfonçait plus loin, les arbres se rapprochaient, les branches le fouettaient et une brume opaque lui bouchait la vue. Le froid se fit encore plus mordant.
Essoufflé, Harry se stoppa. Il s'assit sur une racine et se pencha en avant. Reprendre son souffle. Respirer. Chasser l'angoisse.
Des hallucinations. Ce ne sont que des hallucinations, se rappela Harry dans un élan de lucidité. Il sentait son esprit confus. Et surtout, il ne parvenait pas à déloger l'angoisse et la culpabilité.
La tête entre ses mains, Harry tenta désespérément de se raisonner, de trouver une idée pour se diriger vers Szabolcs. La nuit tombait doucement. C'était juste la magie de la forêt qui manipulait son esprit, il fallait parvenir à la surmonter, à la maîtriser.
Une femme s'approcha. Harry se tendit lorsqu'elle vint s'asseoir à ses côtés. Il ne la connaissait pas, mais elle lui paraissait vaguement familière. Sa présence le mit mal à l'aise. Elle ne portait rien d'autre qu'une fine robe noire à bretelle. Sa peau était si blanche qu'on l'aurait crue morte.
Harry la dévisagea et sursauta. Son expression provoqua une profonde angoisse en lui. Sa respiration s'accéléra. De la vapeur sortait de sa bouche.
La femme avait les yeux entièrement noir, sans pupille. Sa bouche, noire aussi, s'étirait en un sourire malsain, dévoilant des dents d'une couleur ignoble. Elle était si proche de lui qu'il pouvait sentir les exhalaisons putrides qui s'échappaient d'elle.
Les traits émaciés, elle aurait pu être belle s'il ne s'en dégageait pas cette impression de malaise, de dégradation...
Harry se sentait comme liquéfié de l'intérieur, le cœur battant à tout rompre. Des sueurs froides dégoulinèrent le long de ses tempes et de sa colonne vertébrale. Il se serait bien effondré, mais il était comme tétanisé, absorbé sous le choc par le visage de la femme. Difficilement, il réussit à articuler : « Qui êtes-vous ? »
« Tu sais qui je suis. »
La même voix que tout à l'heure. Sinueuse, froide et claire comme de l'eau de roche, tranchante comme un poignard. Et tandis qu'elle ouvrait la bouche, Harry put voir quelque chose remuer au fond de sa gorge. L'angoisse le gagna. Il ne voulait pas se confronter à ça. Sa panique était telle qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux, et il se haïssait tellement pour ça.
« La mort ? » murmura-t-il, certain que face à toutes ses sensations qui l'envahissait, seule la mort pourrait le libérer. Il n'y avait pas d'issue, il était coincé, et tout était de sa faute, comme toujours.
C'était de sa faute si ses parents étaient morts en le protégeant. C'était de sa faute si Voldemort était revenu. S'il avait tué Cédric. Si Sirius était mort. Si tant d'autres personnes étaient mortes. S'il n'arrivait pas à tuer Voldemort, qu'il n'était qu'un simple garçon effrayé par tout ce qu'il devait surmonter, … Merde ! C'était de sa faute s'il n'arrivait pas à surmonter tout ça s'il n'était pas capable... Oui, il n'était pas capable.
« Non. Je ne suis pas la mort. »
Inconscient des larmes qui dévalaient ses joues, sa tête, par manque d'oxygène, lui tourna. L'odeur de putréfaction s'amplifia.
« Qu'y a-t-il de pire que la mort ? »
S'il en était là, il ne le devait qu'à lui même. Incapable. Monstre. Dégénéré.
Je suis tellement, tellement désolé.
Il voulait juste que tout s'arrête. La douleur était tellement forte. Un véritable raz-de-marée. Il avait l'impression d'étouffer. La gorge comprimée. L'air lui manquait, il avait froid, il avait des vertiges, il avait mal, il voulait s'effondrer, et il était incapable de penser à tout ce qu'il avait raté dans sa vie, et tout ce que cela engendrait à cause de lui...
Les bras de la femme s'était enroulé autour de son cou. Leur texture devenait étrange, mais Harry ne sentait plus les sensations extérieures, plongé tel qu'il l'était dans son tsunami interne. Elle ouvrit la bouche, et à son oreille lui chuchota : « Je suis la Culpabilité. »
Des vers tombèrent sur ses épaules, grouillèrent sur elle, en elle, et alors, lentement, des tentacules se glissèrent hors de sa bouche. Horrifié, Harry voulut hurler, il voulut vomir, il voulut mourir. Mais il ne pouvait pas, car il était juste bloqué ici, et ne pouvait rien faire. Il se détestait, se vomissait, s'écœurait. Alors, il sut ce qu'elle, la femme, ce qu'elle devenait.
Une gigantesque pieuvre en putréfaction, qui suintait de toutes parts, déployant ses relents nauséabonds, la rendant impossible à ignorer, puisqu'elle semblait être partout, elle imprégnait tous les alentours, y compris Harry. Les tentacules l'embrassèrent, serrant ses bras, ses jambes, sa nuque, fusionnèrent avec lui, et l'une d'elle ouvrit sa bouche, comme pour se glisser dans sa gorge. Son esprit sombra.
xXx
Il était dans le noir. Qu'il ouvre ou ferme les yeux ne changeait rien. Le noir était le plus total. Le genre de noir profond, où l'on ne pouvait rien deviner et qui laissait place à l'imagination la plus folle, la plus dérangée. Le genre de noir déroutant, sans aucun sens des mesures.
Sa respiration se fit plus erratique. La peur prit ses tripes d'assaut. Une peur irraisonnée. Il savait que quelque chose n'allait pas, mais il ne parvenait pas mettre le doigt dessus. Son esprit était engourdi, comme en état de choc.
Dans le silence abrupt, il entendait distinctement les battements de son cœur. Ses mains devinrent moites. Depuis combien de temps était-il là ? Et d'ailleurs, où était-il ? Les battements s'accélérèrent.
Il n'arrivait pas à faire la part des choses. Il songea qu'il avait peut-être été attrapé par Voldemort, placé dans un cachot. Un cachot qui ne filtrait pas la moindre lumière. Mais le temps passant, ses yeux ne s'accommodèrent pas à l'obscurité totale qui régnait. Un noir d'encre, profond et étouffant. Il avait l'impression d'être écrasé par cette immensité. Aucune limite. Un maléfice de Voldemort ?
Ou peut-être... Peut-être qu'il était devenu aveugle. Sa raison vacilla.
« Voldemort ? » appela-t-il. Sa gorge était douloureuse, sèche comme du papier de verre. Il toussa. Pas de réponse.
« Jedusor ? Ho hé ! Quelqu'un ? »
« Debout ! »
Cette voix... Et il sut alors où il se trouvait.
Dans le placard à balais, sous l'escalier du 4, Privet Drive. Il était maudit. Tout retombait toujours là-dessus n'est-ce pas ? Tout convergeait vers eux. Les Dursley. La moue grimaçante et dégoûtée de Pétunia. Les yeux exorbités, pleins de fureur et de promesses de punitions à venir de Vernon. Les poings serrés de Dudley et son rire moqueur.
Les mensonges.
« Mais... Tante Pétunia, pourquoi je n'ai pas de parents comme les autres enfants ? »
« Parce qu'ils sont morts dans un accident de voiture. Et ne pose pas de questions ! »
Les non-dits.
« Ne pose pas de questions ! »
L'absence d'affection. Le mépris.
« Tu n'es qu'un monstre, garçon ! Tu ferais mieux de baisser les yeux quand on te regarde ! L'hébergement que l'on t'offre si généreusement ne te suffit pas ? Tu pourrais au moins nous remercier convenablement, va préparer le repas. »
La séquestration.
« Allez, debout ! »
La lumière se fit. Harry plissa les yeux, mais les larmes l'empêchaient de bien voir. Il étouffait. Tant de souvenirs, tant d'incidences, de conséquences. Aurait-il tant de difficultés s'il avait été mieux armé dès le début ? La pieuvre resserrait son emprise. Harry ouvrit grand les yeux de terreur. Il inspira un grand coup et eut un haut-le-cœur, se rappelant subitement de la forêt, de la culpabilité, des tentacules...
Allongé à même le sol, dans la neige, il se bascula sur le côté pour vomir ses tripes. Des sanglots incontrôlables l'habitaient. Il resta un temps, allongé en chien de fusil, à attendre que la vague de panique cesse, qu'il puisse revenir au moment présent.
Ce ne sont que des hallucinations.
La magie de la forêt devait, par un moyen ou un autre, réussir à lire ses peurs les plus profondes, les matérialiser, leur faire prendre corps, le balancer dans une myriade d'angoisses pour qu'il perde pied, qu'il en oublie ses objectifs.
« Je pense que tu devrais te mettre en marche si tu veux parvenir à tes fameux objectifs. En restant prostré de manière aussi pathétique, tu ne vas réussir qu'à crever lamentablement d'hypothermie. »
Harry se redressa, le cœur battant. Tom Jedusor, avec son physique de jeune homme, le regardait avec dédain, assis sur une racine proéminente tel un trône.
« Encore toi. »
Jedusor se leva, épousseta délicatement sa robe. « Tu n'as pas l'air ravi de me voir. »
« Jamais, » marmonna sombrement Harry. « Mais je sais que tu n'es qu'une hallucination. »
« Oh, tu rêves de moi, alors, Harry ? » le ton se faisait doucereux.
Harry l'ignora. C'était la méthode qui lui semblait la plus rationnelle à l'heure actuelle. Mais Jedusor avait un point : il fallait qu'il avance. Il rajusta sa cape, et s'engouffra dans une direction, au gré de son intuition.
Jedusor lui emboîta le pas. Le silence se fit entre eux, et Harry arriva presque à apprécier ce moment, relâchant peu à peu la pression. Avoir une présence à ses côtés, même s'il s'agissait de lui, était quelque peu rassurante.
Les heures s'écoulèrent. Les arbres se ressemblaient tous, et la neige ne dévoilait aucun sentier, et le brouillard était si épais, si dense, qu'il ne voyait qu'à peine devant lui.. L'inquiétude le prit, Harry savait qu'il était perdu. Il devait y avoir quelque chose qui n'avait pas de sens. Il se surprit à prendre la parole.
« On dirait d'après la lumière que c'est le matin. Mais peut-être que je me trompe. J'ai complètement perdu la notion du temps. »
Le sourire de Jedusor s'étira. « C'est à moi que tu parles Harry ? Ou bien tu te parles tout seul ? » Il se tourna vers lui. « À moins que ce ne soit du pareil au même ? »
Jedusor s'approcha de lui. Harry recula, et buta contre un tronc d'arbre. Il songeait à sortir sa baguette, tout en sachant pertinemment qu'elle ne servirait à rien contre une hallucination.
Ce n'est juste qu'une hallucination.
Jedusor avait placé ses bras de part et d'autre de sa tête. Il se pencha en avant et lui chuchota à l'oreille : « N'est-ce pas Harry ? Ton esprit fait-il la différence entre toi et moi ? »
« Nous n'avons rien en commun, Tom, » grinça Harry.
« Vraiment ? » La voix se fit plus lascive. « Pourtant nous sommes tellement connectés, toi et moi. »
Une main vint se placer dans le creux de ses reins. Harry se raidit et toute pensée cohérente quitta son esprit. Une autre main se glissa dans sa nuque, avec une lenteur délibérée. Jedusor vint placer son front comme celui de Harry.
« Cela toujours été toi et moi, Harry. »
Les yeux rougeoyant de malice, les lèvres de Jedusor vinrent attraper les siennes. Harry glissa une main dans les cheveux de Jedusor, lui retourna fougueusement son baiser, exigeant, possessif et lui mordit violemment la lèvre inférieure tout en lui tirant les cheveux en arrière.
Harry n'eut pas le temps de lui cracher son opinion qu'il hoqueta de surprise. Les traits de Jedusor s'étaient modulés pendant qu'ils s'embrassaient pour se transformer en un autre visage, mais gardant ce sourire pervers et ces yeux rouges emplis de sombres desseins.
Il se tenait devant un double de lui-même.
« Je te l'avais bien dit. Nous sommes pareils. »
Le double se mit à rire. Harry essaya de se dégager de son emprise.
« Ce n'est pas la peine, tu ne peux pas te fuir toi-même. Comment pourrais-tu réussir à fuir ce que tu es ? Arrêtes, accepte-le. »
Ce que tu fais ne sert à rien.
Une partie voulait gémir lamentablement, 'non, non, non', ce n'était pas possible, mais plus rien n'avait de sens.
Accepte-le.
Harry lâcha prise.
xXx
« C'est le lâcher-prise. »
« Le quoi ? »
« C'est le lâcher-prise qui est la clé. En lâchant prise, tu ne contrôles plus, c'est donc la magie de la forêt qui peut alors te guider. Si tu gardes à tout prix le contrôle, ton esprit se confronte aux émanations magiques et créé de toute pièce tes angoisses, tes ombres. »
xXx
Harry ouvrit les yeux avec difficulté. Des tâches multicolores dansaient devant lui. L'ambiance de neige et de gris morne semblait s'être évanouie. Se battait à présent en duel de l'émeraude et du turquoise flamboyant, violet fascinant et jaune doré. Sa vue s'accommoda peu à peu.
L'inquiétante forêt venait de laisser place à une forêt luxuriante, aux arbres fournis, aux buissons et aux fleurs colorées. La neige, toujours présente, n'était plus qu'un léger manteau blanc qui renvoyait les rayons du soleil qui franchissait le feuillage des arbres, faisant ainsi miroiter les couleurs, les sublimant en leur donnant une pigmentation accrue.
Après ce premier constat, Harry se redressa plus amplement et son regard embrassa l'ensemble de la forêt, des fleurs exotiques aux proportions gigantesques, des champignons violets, rouges et orange, à l'air saturé de magie, jusqu'aux oiseaux qui piaillaient doucement dans les branches. Il essaya vaguement de se souvenir ce que qu'il s'était passé, mais son esprit semblait embrumé, pâteux, comme au réveil d'une soirée alcoolisée.
« Et maintenant, dans quelle direction dois-je aller ? » marmonna Harry pour lui-même, se massant les tempes.
« Il me semble que cela dépend de l'endroit où vous souhaitez vous rendre, » lui répondit une voix malicieuse. Harry fronça les sourcils et leva le nez. Un chat l'observait sur une branche. Un chat à la robe d'un violet profond et aux yeux d'un orange étincelant.
« C'est vous qui avez parlé ? »
La queue s'agita et le regard pétilla. « C'est ce qui paraît le plus probable, mais toute autre hypothèse n'en ai pas moins dénuée d'intérêt. »
Harry sentit sa mâchoire se décrocher. « Mais vous êtes un chat ! »
Ledit chat s'étira et bondit au sol. « Brillante observation. »
« J'ai beau être capable de parler aux serpents, je n'ai jusque là jamais été capable de parler aux chats. »
Perplexe, Harry se demanda le nom que pouvait avoir une personne capable de cet état de fait. Puis, d'un point de vue extérieur, l'impression que cela pouvait donner. Si le fourchelangue donnait une combinaison de sifflements étranges, est-ce qu'il était réellement en train de miauler ?
« Mais qui vous as dit que vous me parliez ? Il serait plus exact de dire que c'est moi qui vous parle. » Le chat le regardait avec une certaine satisfaction, avant de s'éloigner à travers les troncs, les fleurs et les champignons. Harry reprit ses esprits, se leva et s'appuya un instant à un arbre pour se stabiliser.
« Attendez ! »
Il s'élança à la poursuite du chat, essayant d'occulter sa raison qui lui signifiait avec morgue l'absurdité de la situation. « Attendez ! Cela signifie-t-il que vous êtes un chat capable de parler comme un humain ? » Il écarta feuillages et branches, et rattrapa vite le chat.
« Comme tous les chats de la forêt de Cheshire, » fut la réponse laconique du chat.
« Navré, mais ça ne paraît pas si évident que ça, » grommela Harry.
« Bien sûr que ça l'est. Simplement, vous limitez encore votre esprit. Vous ne prenez pas la bonne direction. »
« Comment ça ? Je ne fais que vous suivre. Comment savez-vous quelle est la bonne direction ? »
« Je ne le sais pas. »
« Mais alors, comment pouvez-vous dire que je ne prends pas la bonne direction si vous ne la connaissez pas ? »
Le chat lui adressa un regard moqueur. « Mangez un morceau, je vous sens encore trop tendu. » Il tapota un champignon de sa patte. « Celui-ci me paraît adapté. »
Harry sentait que quelque chose clochait dans cette histoire, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus. Son estomac gronda, et il se résolu à grignoter un morceau de champignon. Le chat lui adressa un sourire qui aurait pu paraître effrayant dans d'autres circonstances.
« Au fait, » lança-t-il, « mon nom est Archimède. »
La phrase parut déformée par quelque prisme, mais la situation fit rire Harry. Je parle à un chat qui s'appelle Archimède. Son rire redoubla, et il s'émerveilla de ce fait. C'était comme si le rire jaillissait du néant, n'ayant jamais eu conscience qu'il possédait au plus profond de lui cette capacité. Les arbres tournoyèrent pour se joindre à lui, les feuilles bruissant en rythme.
Exalté, il se mit debout, chancela quelque peu. Archimède avait disparu, tant pis pour lui. Des écureuils volèrent dans les branches, aux couleurs multiples et variées. Ils allaient si vite qu'ils donnaient l'impression de créer des banderoles de couleurs, tels des arc-en-ciel voltigeurs. Le spectacle était saisissant.
Au loin, il entendait une musique sonner dans les entrailles de la forêt, profonde, avec un rythme hypnotisant. Il fallait absolument qu'il aille voir de plus près. Avancer fut plus difficile que prévu, le sol se mouvant au gré de ses pas, d'une flexibilité déconcertante. Et puis, le sol n'était jamais au bon endroit, il était donc difficile de calculer à quel moment il fallait poser le pied et à quelle hauteur.
Finalement, Harry réussi à trouver comment faire : il suffisait d'y aller au rythme de la musique, et surtout, de ne pas réfléchir. Les buissons, les fleurs, faisaient le reste à sa place. Il croisa quelques animaux qu'il salua d'un signe de main. Un double poney vint le voir, et l'une des têtes lui proposa de l'amener au concert. Harry le remercia chaleureusement, mais il préférait y aller à pied pour profiter du paysage.
Après tout, il savait qu'il ne pouvait pas être en retard au concert. Le retard était un concept qui n'avait pas lieu d'être, parce qu'il s'inscrivait dans le temps. Or, pourquoi se soucier du temps, honnêtement ?
Le temps n'avait fait que lui poser des problèmes auparavant. Alors, il fallait simplement l'oublier, c'était juste un sale type.
C'était tellement plus amusant d'imiter un unichabou ! Harry sautilla à pied joint pour faire comme ce croisement de chat et de hibou unijambiste. Les sauts lui donnèrent le tournis et il tomba dans la poudreuse et les fleurs. Des éclats de joie à l'état pur tel des diamants étincelants brillèrent en lui, et il ne s'était jamais senti aussi bien.
Il pourrait rester ainsi à tout jamais.
Le son de la musique, au rythme des tam-tams, l'amena à se relever. Il se laissa guider et arriva jusqu'à un endroit aménagé. Les arbres étaient placés pour former une scène, les troncs des bancs, et le spectacle était une beauté stupéfiante. Noués aux branches, des lampions rouges et orangés éclairaient l'orchestre, et des lucioles volaient dans les airs, au gré du rythme, ajoutant une touche de féerie à l'ensemble.
Harry resta un instant à observer, puis il s'approcha. La musique emplissait l'air, à la fois sinueuse, voluptueuse, délicate et forte, aux accents guerriers, qui donnaient envie de lever le poing, de rugir, de se laisser emporter.
Les escargots jouaient du cor, les écureuils de la flûte, les double poneys étaient aux percussions. Harry aperçut Ron faire du xylophone au fond. Il haussa les sourcils, et remarqua alors que le chef d'orchestre, debout sur un tronc coupé, vibrante au rythme de la musique, n'était qu'autre que Hermione.
Harry se mit à rire. Elle faisait une chef d'orchestre admirable, avec une poigne de fer et la passion qu'il fallait. Il s'installa, rêveur, pour écouter le concert. Archimède vint le rejoindre.
« Joyeux spectacle, n'est-ce pas ? »
Harry acquiesça. Il hésita quelque peu.
« J'ai quand même l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important. » Archimède l'observa, silencieux et attentif. « Il me faudrait... » Harry fronça les sourcils. « Il me faudrait un endroit pour retrouver les choses oubliées. »
Un sourire s'étira sur le visage du chat violet.
« C'est quelque chose qui peut se faire. Suis-moi. »
Il sauta au sol, et, la queue en point d'interrogation, s'engouffra dans la pénombre de la forêt. Harry lui emboîta le pas. Tout tournait encore, mais la joie intense commençait à se dissiper pour laisser place à de la perplexité.
« En réalité, » voulut expliquer Harry à Archimède, « je ne sais plus trop pourquoi je suis ici. Mais faut-il une raison pour être quelque part ? »
« Tout dépend du pourquoi vous êtes dans ce quelque part, » fut la réponse sibylline du chat. Ils passèrent devant une clairière, laissant apercevoir une chaumière au loin.
« Non, » protesta Harry, poursuivant la route, « la question était justement : est-ce qu'il faut nécessairement un pourquoi ? »
Archimède s'arrêta brusquement. « Et pourquoi te poses-tu la question ? »
Harry observa les lieux. Les couleurs n'étaient plus aussi chatoyantes, et même la neige paraissait terne et fade.
« J'aimerais bien savoir pourquoi, » grommela-t-il.
« Je crois, » fit lentement le chat, « que tu as eu la réponse, mais que tu ne t'en es pas rendu compte. L'indice était devant tes yeux. »
Perplexe, Harry songea à ce qu'il avait pu louper. Devant ses yeux ? S'agissait-il du concert ? Et subitement, dans une lucidité foudroyante, l'image de la chaumière lui vint. Elle était la réponse. Son esprit s'enflamma. Comment avait-il pu passer à côté... ? Harry se retourna, se retourna encore, mais qu'importe la direction dans laquelle il regardait, les arbres étaient identiques à perte de vue, et pas l'ombre d'une clairière.
Elle n'était plus là, et le stress se gonfla au creux de son estomac. Il n'avait plus aucune chance de la retrouver, il avait perdu, trop inconscient pour comprendre. Il vacilla et un voile noir recouvrit son esprit.
xXx
« Je croyais qu'il fallait lâcher-prise. »
« Oui. Mais là tu ne contrôles plus rien. Il faut que tu restes uni. Ne vas pas t'éparpiller, te morceler de toute part. Garde ton identité. Garde tes désirs. »
« Réfléchis. Que veux-tu ? »
« Je veux retourner à mon époque, tuer Voldemort, retrouver Ron et Hermione, vivre une vie normale. »
« Et donc, que veux-tu ? »
Silence.
« Trouver Gustàv Szabolcs. »
xXx
Quelque chose lui chatouillait les narines. Il fronça le nez, désirant chasser cette sensation. Sa main se porta à son visage, et il comprit alors qu'il s'agissait de brins d'herbe. Sonné, Harry ouvrit les yeux. Il était – encore une fois – allongé à même le sol, toujours dans la forêt. Cette vision aurait pu le faire pleurer et hurler de frustration mais il n'avait jamais eu les idées aussi claires jusqu'à présent. Comme il s'était perdu lui-même dans les émanations magiques qui se dégageaient de la forêt ! Ce ne serait plus le cas, car à présent, il avait une petite idée sur la situation.
Au début sur ses gardes, il s'était enfoncé dans des délires terrifiants, jusqu'à perdre pied. Là-dessus, il s'était retrouvé dans un univers où l'absurdité était reine, où la logique n'avait pas sa place. Il se leva, les muscles endoloris, mais certain de la marche à suivre. Il n'était pas essentiel qu'il y ait de chemin, car c'était lui-même qui tracerait son propre chemin jusqu'à Szabolcs.
Et sur ses résolutions, Harry se mit en route. Il ne laissa aucune pensée parasite venir l'importuner, l'esprit entièrement tourné vers son objectif, convaincu de réussir. Une seule seconde d'inattention pourrait lui être fatale et le faire retomber dans des hallucinations déjantées.
Son corps protestait de toutes parts, il tremblait légèrement, n'ayant pas été nourri depuis trop de temps. Il lui faudrait à un moment ou un autre manger un morceau s'il ne voulait pas d'effondrer d'inanition.
Aussitôt, un léger effluve de nourriture vint lui titiller les narines. Sa bouche se mit à saliver en un instant, et il put voir du coin de l'œil, sur sa droite, des quantités orgiaques de nourriture. Des coupes de fruits, des plateaux de viande, de la tartiflette, des gâteaux, des crêpes...
Non.
Harry serra les dents, garda le regard fixé droit devant et dû utiliser des ressources d'abnégation pour ne pas se jeter vers cette odeur paradisiaque. Il devait trouver Gustàv Szabolcs et rien d'autre ne comptait.
Ça suffisait les tours de passe-passe. Il fendit la brume, déterminé, les dents serrées et le regard transperçant l'horizon. Et finalement, le brouillard épais laissa place à une petite clairière, un petit ruisseau la traversant, et surtout, surtout, une chaumière en son centre. Une chaumière dont un filet de fumée sortait du conduit de cheminée.
Un soulagement sans nom s'abattit sur Harry. Il avait réussi ! Il l'avait trouvé, et il était de toute évidence vivant. La tension présente dans ses épaules s'allégea et c'est d'un pas léger – du moins aussi léger que sa fatigue lui permettait – qu'il parcourut les derniers mètres jusqu'à la porte.
Il toqua, mais le silence lui répondit. Sans se démonter, Harry recommença. Après tout, ce n'était pas tous les jours que l'homme devait avoir une visite.
« Monsieur Szabolcs ? S'il vous plaît, j'aimerais m'entretenir avec vous... »
La porte s'ouvrit brusquement et une tornade brune s'empara de son visage. Deux énormes yeux ronds l'observèrent de si près, et si rapidement, qu'il en loucha.
« Euh..., » balbutia Harry, déconcerté. L'homme le lâcha et se recula. Il était plutôt petit, un visage parcheminé et quelques cheveux épars blancs. Des yeux bruns, écarquillés, se déplaçant dans les globes oculaires à une vitesse impressionnante. Une robe brune, à laquelle étaient accrochées de nombreuses amulettes qui tintèrent entre elles lorsque l'homme tapa dans ses mains.
« Oh oh oh ! » ricana-t-il. « Un visiteur ! » Dans de larges mouvements, l'homme se rabattit sur le côté, laissant le passage libre. « Je manque à tous mes devoirs, bien évidemment, ce n'est pas que je possède réellement des devoirs particuliers à effectuer, mais il paraît qu'il s'agit d'une simple convention sociale établie dans la société à laquelle il fait bon gré de s'y plier. Je vous en prie, entrez, entrez. Pardonnez mon indélicatesse, je ne reçois guère de visite et j'ai pu être légèrement... »
Harry sentit sa mâchoire se décrocher devant le flux verbal. Il entra précautionneusement dans la chaumière. Une douce lumière dorée l'éclairait et il y régnait un désordre des plus total. Pas un seul pan de mur n'était épargné par des étagères remplies à ras bord de parchemins, livres, plantes dont les branches tombaient gracieusement dans le vide, de globes et de divers gadgets d'une utilité des plus mystérieuses. Au centre, trônait une table, ou plutôt un établi, qui ne possédait pas un seul espace vide.
« Asseyez-vous, asseyez-vous ! Que puis-je faire pour vous ? Ah, mais je sais bien – du thé ! - c'est qu'il m'arrive parfois d'avoir ces moments où le flux de mes pensées ne passe pas correctement, voyez-vous. Je manque à tous mes devoirs. Bien évidemment, je ne possède pas réellement de devoirs a proprement dit, mais il s'agit d'une simple convention sociale... »
L'homme le poussa dans une chaise, et, tout en continuant à parler, passa une lourde tenture jaune et verte, semblant mener vers une petite cuisine. De là où il était, Harry pouvait l'entendre continuer parler. Seul.
C'est bien ta vaine, Potter. L'homme est complètement dingue.
Au bout de trois heures, Harry réussit à avoir la confirmation qu'il était bien Gustàv Szabolcs, qu'il était un chercheur et qu'il acceptait bien que Harry reste quelque temps avec lui pour discuter. C'était, après tout, une simple convention sociale. Et ainsi, les heures se transformèrent en jour.
Jusque là, l'homme s'était échiné à remuer dans tous les sens, à parler sans fin et surtout sans queue ni tête. Harry avait bien vite compris qu'il était impossible de soutenir la moindre conversation sensée avec lui. Babillant à tort et à travers, les yeux roulant dans leurs orbites, sautant de ci de là à travers sa petite chaumière, les amulettes cliquetantes, il semblait parfois oublier jusqu'à la présence même de Harry. Puis, subitement, il s'adressait à lui, lui montrant de nombreuses inventions avortées ou inutiles. Il lui parlait de ses projets farfelus avec une exubérance ahurissante et changeait brusquement de sujet.
Harry s'aperçut rapidement que Szabolcs ne dormait pas. D'une façon ou d'une autre, il était constamment en mouvement. Harry s'était concocté un petit nid douillet de lui-même, s'était servi de couvertures et il était allé se coucher, des cliquètements, des rires, des marmonnements et autres en fond sonore.
C'est deux jours et demi plus tard que Harry put voir une évolution dans le comportement de Szabolcs. Son énergie débordante s'amenuisait peu à peu, comme un train à vapeur qui ralentissait. Jusqu'au moment où il partit se coucher. Enfin. Harry soupira de soulagement. Peut-être qu'après ça, il pourrait réussir à s'entretenir avec lui.
Il n'était pas resté inactif pendant ce temps là, à regarder stupidement Szabolcs s'agiter. Au contraire. Il avait parcouru les nombreux ouvrages et paperasses entassés et disséminés un peu partout. Beaucoup semblaient diablement intéressants et rares, mais Harry s'était échiné à rester fixé sur son objectif.
Il avait ainsi trouvé son bonheur. En partie, du moins. Un livre sur la magie temporelle dont il n'avait jamais entendu parler, Théories temporelles, entre aberration et magie, écrit par deux des chercheurs ayant travaillé avec Szabolcs si ses souvenirs étaient corrects. Ajouté à ce livre, de nombreux parchemins. En revanche, l'enthousiasme de Harry retomba vite lorsqu'il ne comprit goutte et ce, dès la première page. La journée suivante le regarda déchiffrer péniblement le livre. Et, en allant se coucher, la nuque raide, Harry songea que Szabolcs dormait depuis plus de vingt quatre heures. Il n'était plus à une anomalie près.
Le lendemain, l'homme était levé et touillait machinalement son thé, l'air perdu dans ses pensées. Harry s'installa à ses côtés, lentement, comme pour ne pas effrayer un petit animal.
« Monsieur Szabolcs ? »
L'homme tourna lentement la tête, dévisageant Harry comme s'il s'agissait de la première fois. Harry préféra reprendre tout depuis le début.
« Excusez-moi de vous... déranger. Cela fait quelques jours que je suis ici, dans le but de m'entretenir avec vous. »
Szabolcs but une gorgée de son thé. Il pencha ensuite la tête sur le côté, ses yeux, pour une fois immobiles, perçaient Harry du regard. Soudainement, le poids des années semblait être présent.
« À quel propos ? »
Harry prit une inspiration. Il y était. « Les voyages dans le temps. » Seul le silence lui répondit. Harry le prit comme une invitation à poursuivre. « Je cherche à savoir s'il est possible de voyager dans le temps plus que quelques heures, mais pour des années. J'aimerais le savoir, non pas pour utiliser ce savoir et effectuer un tel voyage, mais parce que je soupçonne que c'est ce qui a pu m'arriver. »
Szabolcs le fixait toujours, sans ciller. Après ces derniers jours de remue ménage, il était étrange de le voir si immobile. Harry ne savait pas si c'était bon signe...
« Ce n'est pas possible. Vous avez votre réponse. Au revoir. »
Et l'homme but son thé.
Harry resta de marbre, trop sonné sans doute, pour réagir immédiatement. Il ne s'attendait pas à ça. Lentement, il se leva, prit son sac, ses affaires, ses livres, ses prises de notes, et le livre de Szabolcs avant de se réinstaller à côté du hongrois.
« Je n'ai très certainement pas fait tout ce chemin pour me contenter d'une réponse aussi succincte, Monsieur. Pour donner crédit à ce que je raconte, je suis né en 1981. Nous sommes en 1977 actuellement. »
Le thé se renversa, imprégnant quelques parchemins et diverses étoffes qui traînaient.
« Qu'est-ce qui me prouve que vous êtes né en 1981 ? »
« Rien du tout, » fut la réponse de Harry. « Comment pourrais-je vous le prouver ? Je n'écarte toujours pas la possibilité d'avoir perdu la tête dans cette affaire. Et c'est précisément pour cela que j'ai besoin de vous. J'ai besoin de savoir si un tel voyage – et je parle d'un retour dans le temps de vingt ans est possible. Est-ce que ça l'est ? »
« Comment voulez-vous que je le sache ? »
La réponse laissa Harry coi.
« Vous avez travaillé là-dessus. Vous avez fait parti du groupe de chercheur ayant réussi à créer le premier Retourneur de Temps. J'imagine que cela ne peut se faire sans une bonne compréhension de comment marche le temps et comment la magie peut agir dessus. Vous en avez une meilleure compréhension. »
Harry épongea rapidement le thé, avant de pousser le livre Théories temporelles, entre aberration et magie devant lui.
« J'ai vu que vous aviez ceci en votre possession. Je n'y comprends rien. Vous devez bien avoir un avis sur ce que je viens de vous dire. »
« Bien sûr ! » s'exclama alors l'homme, semblant être insufflé d'une nouvelle vitalité.
« Mais vous m'avez dit que vous n'en saviez rien ! »
« Oui, oui. Sur comment prouver la date de votre naissance. » Il se leva prestement, farfouilla dans des décombres pour en sortir des parchemins vierges. Une plume et un pot d'encre plus tard, il était à nouveau installé à côté de lui. « La plupart des gens pensent que le temps est une progression stricte de cause à effet. Mais en réalité, d'un point de vue non subjectif, non linéaire, c'est davantage une grosse boule de... » Szabolcs sembla perdre le fil de ses pensées.
« Oui ? » le relança Harry.
« C'est une grosse boule, voilà. » L'homme s'agita sur sa chaise. « Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas envisager le temps comme quelque chose en une seule dimension. Il ne s'agit pas d'une dimension de la réalité, mais d'une multitude de dimensions, de facettes, que l'on ne peut voir de là où nous sommes. Nous sommes à l'intérieur même du temps, et nous n'avançons que dans un sens habituellement, ce qui explique notre point de vue si unilatéral, si limité. » Avec des gestes vifs, il traçait des schémas sur le papier.
« Nous n'avons pas la possibilité de voir le temps d'au-dessus, d'y prendre du recul, puisque nous sommes empêtrés dedans comme une mouche dans une toile d'araignée. Le voyage dans le temps permet d'emprunter un autre chemin dans cet espace, une autre dimension, qui nous fait ainsi arriver à un autre moment que celui où nous aurions été si nous avions suivi le flux habituel. »
Harry acquiesça, sentant une vague d'excitation s'emparer de lui.
« La magie, » poursuivit le sorcier, « se trouve partout. Dans toutes les dimensions, dans toutes les pores de la réalité, de l'univers. Elle ne s'y exprime pas nécessairement, mais nous avons la possibilité d'influencer celle-ci. Et puisqu'elle est partout à la fois, elle est finement mêlée aux dimensions du temps. »
« Donc il est possible d'influencer cette magie, » intervient Harry, « d'intervenir directement sur elle, pour emprunter un autre, euh... chemin, qui nous ferait revenir vingt ans en arrière ? »
« Si j'ai appris quelque chose au cours de ma vie, c'est que les possibilités magiques sont infinies. C'est l'esprit humain qui ne l'est pas. »
Le cœur battant, Harry insista. « Donc c'est possible ? »
« En théorie oui, et encore faudrait-il parvenir à un niveau de compréhension tel... Enfin. En pratique, non. Comment pensez-vous avoir remonté le temps de vingt ans ? »
Harry réalisa qu'il n'avait même pas parlé de cela. Et alors, il lui répondit, lui expliqua vaguement les circonstances, et insista sur le fait qu'il ne s'était même pas rendu compte de cet éventuel voyage dans le temps. Szabolcs se gratta pensivement la tête.
« Je ne vois pas comment il serait possible de ne pas se rendre compte. Une telle magie à l'œuvre... La distorsion des dimensions temporelles provoque un changement directement perceptible dans celle dans laquelle nous sommes projetés, on ne peut pas ne pas le voir... De toute façon, il paraît irréalisable de faire une telle distorsion sur vingt ans. »
La gorge de Harry s'assécha un instant, mais sa raison reprit le dessus.
« Vous aviez dit que tout était possible avec la magie ? »
Le sorcier le regarda sévèrement, comme un enfant prit en faute. « Et vous venez d'en faire des raccourcis avec la finesse d'un dragon enragé. La magie est infinie, mais l'esprit humain ne l'est pas. Et, par voie de conséquence, la magie humaine ne l'est pas. »
L'homme partit se servir une autre tasse de thé.
« C'est pourquoi un tel voyage est possible théoriquement, mais pas de manière pratique. »
De toute évidence, sa clairvoyance et sa stabilité psychique allait de paire avec une non reconnaissance des fameuses convenances sociales dont il avait rabattu les oreilles de Harry quelques jours plus tôt, puisqu'il ne lui vint pas en tête d'en proposer une tasse. Harry n'en prit pas outrage et se servit de lui-même. Il sentait qu'il arrivait à un point culminant de la conversation.
« Mais pourquoi ? Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en application la théorie ? »
« Ne m'avez-vous donc pas écouté ? Parce que les ressources magiques et mentales de l'être humain ne pourrait pas aller aussi loin. »
« Mais..., » Harry se mordilla la lèvre inférieure, incertain. « Je ne comprends pas. Avec un Retourneur de Temps, on peut effectuer un tel voyage pour quelques heures. Pourquoi ce ne serait pas possible avec un Retourneur de Temps ayant des capacités ou des réserves magiques supérieures ? Suffisantes pour vingt ans ? »
Et alors, le sorcier feuilleta Théories temporelles, entre aberration et magie, en lui faisant comprendre qu'il n'avait rien compris à la théorie, que les Retourneurs de Temps ne fonctionnaient pas comme ça. C'est alors que les équations entrèrent en jeu, que l'arithmancie vient taquiner ses connaissances, et que son mal de tête débuta.
xXx
« Mais alors, » commença Harry en allumant d'un coup de baguette des bougies. « puisque la magie du sorcier agit sur la magie temporelle, et que la distorsion provoquée est proportionnelle à la puissance et la connaissance de l'acte, qu'est-ce qui empêcherait de trouver un moyen de euh... stocker sa magie afin d'en avoir suffisamment pour provoquer une distorsion aussi importante ? »
La nuit était tombée et l'éclairage aux bougies donnait une note d'intimité et de conspiration que n'avait pas eu les explications durant la journée. Harry envoya son assiette se laver, conscient que Szabolcs n'avait pas mangé de la journée, à part engloutir du thé. Et malgré les quantités astronomiques bues, il n'était même pas passé aux toilettes. La seule chose qui l'avait maintenu animé semblait être le défi intellectuel que lui proposait Harry.
« Deux choses. Premièrement, comment serait-il possible de 'stocker' cette magie ? Il s'agit de la magie personnelle du sorcier, pas d'enfermer vulgairement une magie extérieure. Et nous parlons d'une puissance astronomique. Nous avons vu que la puissance requise est proportionnelle à la distorsion. Mais elle est également exponentielle. »
Il fourragea dans les piles de parchemins qui s'étaient entassés au gré de la journée.
« Voyez. » Il tapota une formule de l'index. « Manipuler seulement une telle dose de magie déchirerait probablement les capacités magiques du sorcier, le rendant au mieux complètement moldu, au pire le tuerait sur le coup. Même les plus grands sorciers de l'histoire ne pourraient pas le faire pour une distorsion de cinq ans ! »
Harry s'enfonça dans sa chaise, désespéré.
« Et le deuxièmement ? »
« Pardon ? Oh, oui. La puissance est un problème, la connaissance en est une autre. On a vu que le Retourneur de Temps se base sur les souvenirs et les connaissances inconscientes que le sorcier à emmagasiner au cours des dernières heures, et sur sa capacité à se projeter psychiquement dans cette autre dimension temporelle. Il paraît extrêmement difficile de le faire sur vingt ans. Je voulais rajouter que dans votre cas, il paraît improbable de le faire jusqu'à un moment où vous n'étiez même pas né. Comment pourriez-vous le faire alors que vous n'aviez même pas vécu à ce moment là ? »
Cette fois-ci, et convaincu d'avoir fait le tour, Harry ne sut que répondre.
« Possible théoriquement, mais pas réalisable, hein ? » grommela Harry. « Donc alors quoi ? J'ai juste perdu l'esprit ? »
Suis-je vraiment manipulé par Voldemort ? Tout ça pour en arriver aux cachots et à l'esprit tordu de ce psychopathe ?
« Je ne sais pas. Peut-être. Ou peut-être pas. Vous êtes une aberration. »
Oh, parfait. C'est ce que j'ai toujours été en fin de compte.
« J'ai tendance à provoquer ce genre de conclusion, » soupira Harry. Il s'étira les bras et les jambes, tout engourdi par sa position statique. Un moment de silence plana dans la pièce. Harry fixa pensivement la lueur des bougies, digérant mentalement les quantités d'informations à laquelle son esprit avait été soumis aujourd'hui.
« Admettons que je sois une aberration, et que je sois théoriquement remonté de vingt ans dans le passé. Comment est-ce que je peux revenir à mon époque ? »
Szabolcs secoua la tête. « Revenir à votre époque ? Vous parlez de créer une autre distorsion, pour voyager dans le futur ? »
Harry n'avait pas vu les choses sous cet angle. « Ah, non. Dans le présent, pour moi. Je suis dans le passé. Qu'est-ce que je peux faire ? »
« L'être humain ne peut pas se déplacer dans cette dimension temporelle. N'avez-vous pas écouté ? » geignit presque l'homme. « Pour ce faire, il faut la connaissance empirique du moment où l'on se rend. S'il est possible de se projeter psychiquement dans le passé, parce que c'est arrivé, ce n'est pas le cas du futur. Comment voulez-vous vous projeter dans quelque chose dont vous ignorez la teneur ? »
« Mais puisqu'il s'agit du présent pour moi ! Je sais de quel moment il s'agit, je sais parfaitement où je vais, » protesta vivement Harry.
« Ce n'est pas suffisant ! » s'exclama le sorcier, levant les yeux au ciel. « Et je passe à côté du problème de la puissance nécessaire, et de la logique arithmétique et magique, et, » souligna-t-il, « qu'il n'existe à ce jour aucun moyen de faire un tel acte. Les Retourneurs de Temps ne peuvent pas vous emmener dans le futur, que je sache. »
Il semblait perdre patience, ou alors la fatigue les guettait tous les deux. Peu importe, ce que Szabolcs laissait entendre glaçait littéralement Harry. Une intuition, aussi horrible que dramatique, pointait dans son esprit ce que le hongrois voulait lui faire comprendre. Il refusait. Clairement, il refusait d'envisager une telle possibilité. Mais, impitoyable, l'homme poursuivit.
« Que se passe-t-il avec un Retourneur de Temps ? »
Harry ferma les yeux. Un goût âcre dans la bouche, il s'obligea à répondre. « La personne revient au moment et à l'endroit précis où elle a effectué la distorsion. »
Szabolcs hocha la tête. « La boucle est bouclée. » Il se leva. « Je vais me coucher. »
« Attendez ! » s'écria Harry, quelque peu désespéré. « Je ne suis pas venu avec un Retourneur de Temps, ça ne marche peut-être pas de la même façon ! Vous êtes en train de sous-entendre que je dois... que je dois... »
« Qu'importe le médiateur, intrinsèquement, nous ne pouvons agir que d'une seule façon sur le temps. La boucle doit toujours être bouclée. »
Il s'éloigna, d'une démarche lourde et passa les lourdes tentures menant à son lit.
« Non ! » gémit Harry. Les yeux écarquillés, le cœur battant, il semblait comme figé sur sa chaise, inconscient de ses mains crispées qui maintenaient la table. Il ne put fermer l'œil de la nuit, dans un état d'anxiété tel qu'il tremblait comme une feuille. L'angoisse s'insinuait dans tous les interstices de son esprit, vicieuse, étouffante et lui susurrait à l'oreille des phrases atroces, dont il ne voulait pas entendre parler.
Le lendemain matin, Szabolcs se leva et reprit son babillage sans fin, ses inventions avortées, son tournoiement d'idées farfelues, présent dans un univers dans lequel Harry ne pouvait l'atteindre. Abattu, il reprit toutes ses notes de la veille, refit tous les calculs, persuadé de trouver la solution à tous ses problèmes au cœur des équations infernales.
xXx
Deux jours s'écoulèrent, sans que l'état mental de Szabolcs n'ait une quelconque évolution. Harry rongea son frein, mais il savait qu'il ne pouvait pas attendre que l'homme ait un nouvel élan de lucidité. Il avait complètement perdu la notion du temps, mais il estimait son temps passé ici à une semaine, peut-être plus, ce qui ne lui laissait que quelques jours pour revenir à Londres, prendre ses affaires et retourner à Poudlard pour la rentrée.
La journée passée avec lui avait été remaniée dans tous les sens, et son insatisfaction s'en était trouvée grandit. Néanmoins, il y avait encore une question qui n'avait pas été posé, et qui pourtant lui était indispensable. D'une façon ou d'une autre, il ne pouvait pas partir sans avoir de réponse. Déterminé, Harry laissait s'égrener les heures, sentant que le moment d'une confrontation directe allait avoir lieu.
Alors que l'après-midi touchait à sa fin, Szabolcs chantonnait en appliquant au pinceau une potion grasse sur un instrument métallique sifflant. Harry n'avait aucune idée de ce dont il s'agissait, et ce n'était pas ce qui le préoccupait à cet instant. Il poussa le chaudron rempli de potion présent sur l'établi et se plaça sur la trajectoire de Szabolcs.
« J'ai une dernière question à vous poser. »
Celui-ci continua à chantonner, sans le voir. Il s'arrêta un instant en voulant tremper le pinceau, mais il contourna Harry et reprit la chanson sans queue ni tête. Harry fronça les sourcils, sentit un grondement dans ses entrailles et agrippa fermement le poignet de l'homme.
« J'ai une dernière question à vous poser. »
« Pose-la, et la chevillette cherra ! » L'homme pouffa de rire. Il tira un peu pour récupérer sa main, mais Harry serra plus fort encore. Il se détestait en cet instant, mais il devait aller au bout.
« Vous ne m'avez pas bien compris, je crois. J'ai une dernière question, et j'ai bien l'intention que vous m'écoutiez. »
Szabolcs hocha la tête dans le vide. « La compréhension est une chose bien rare en ce monde, mon bon monsieur, et il arrive souvent qu'elle soit emprisonnée, affamée, si mal desservie ! J'imagine que c'est ce que font les hommes, mais ne pensez-vous pas que... »
« Non ! » grinça Harry. Il serra plus fort le poignet. « Écoutez-moi, » siffla-t-il les yeux braqués sur Szabolcs. Un éclair de lucidité traversa le regard brun, vite refoulé. Harry s'approcha plus près, posa son autre main sur l'épaule de l'homme et lui demanda fermement la question qui le hantait.
« Qu'en est-il du paradoxe temporel ? »
Le silence se fit, et un nouvel éclair de lucidité passa dans les yeux de l'homme.
« J'ai besoin d'une réponse, Monsieur Szabolcs, et je ne partirais pas sans l'avoir. Qu'en est-il du paradoxe temporel ? »
L'homme passa sa langue sur ses lèvres sèches, et son expression faciale se modifia quelque peu. La voix tremblante, il répondit enfin.
« L'une des principales difficultés est de se croiser soi-même, de se voir, et d'en perdre la raison. C'est ce qui peut arriver avec un retour dans le passé de quelques heures. C'est quelque chose qui ne risque pas de vous arriver si présentement vous n'êtes même pas né. Dans ce cas... » L'homme haussa les épaules, mais Harry fronça les sourcils, peu satisfait.
Il avait bien saisi cet aspect, mais ce n'était pas ce qu'il entendait en tant que paradoxe. Ce n'était pas cette pensée qui le rongeait depuis qu'il était en 1977, qui lui susurrait dans l'oreille ses possibilités infinies, les voies qui s'ouvraient à lui, les connaissances qu'il avait.
« Mais est-ce que je peux créer un paradoxe si je change les événements ? Si je sais que de mon temps, il s'était passé quelque chose, et que j'empêche cet événement d'arriver ? Que se passe-t-il ? »
Szabolcs écarquilla les yeux, tandis que sa respiration s'accéléra.
« C'est impossible. Pauvre fou ! Le temps ne peut être réécrit. »
Les paroles s'insinuèrent perfidement chez Harry, dont la seule idée fut de les rejeter. L'atmosphère dans la pièce se fit plus oppressante, comme si tout décor disparaissait petit à petit, que tout se resserrait uniquement vers l'homme et Harry, l'espace se réduisait, jusqu'à les étouffer.
Harry secoua convulsivement l'homme. « Non ! » Il prit une goulée d'air, inconscient de sa respiration erratique.
« Je peux sauver des personnes mortes. C'est possible ! Mais que se passera-t-il ? » Harry savait que sa voix prenait des accents hystériques. Szabolcs le regardait, les yeux grands ouverts et un ricanement l'embarqua. « Vous ne pouvez pas. » Le rire se fit plus fort, comme s'il résonnait sur toutes les parois. « Et qu'allez-vous faire à présent ? Vous êtes bien parti pour me tuer. »
Un air glacial tourbillonna entre eux.
« De quoi parlez vous ? » souffla Harry, perdu.
L'homme se remit à rire. « Qui de nous deux est celui qui a perdu l'esprit, je me le demande. Que pensez-vous être en train de faire ? »
« Je ne comprends pas. Je vous parle juste... » bredouilla Harry.
« Vraiment ? »
Harry suffoqua, et quelques images défilèrent devant ses yeux, chaotiques. Szabolcs emmitouflé sous ses couvertures. L'absence de réponse. Il s'était approché de lui.
Il se sentit se détacher complètement de la réalité, s'éloigna de son corps et voltiger dans les airs. Brusquement, il se retrouva penché sur Szabolcs, les mains sur ses tempes. Il s'en détacha, tomba en arrière sur le sol et embarqua son estomac avec lui.
Tout faisait subitement sens. Terriblement sens. La folie passagère de Szabolcs n'était qu'un moyen de défense de sa part, la seule issue possible devant l'invasion de son esprit. L'homme le regardait, une fatigue incommensurable sur ses traits, l'air affaibli.
Et cela faisait sens que Harry n'ait pas été embarqué par la magie de la forêt, puisque son esprit n'était pas présent.
« Que s'est-il passé ? »
Sa voix lui apparut enrouée. Szabolcs tourna lentement la tête vers lui.
« Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de le dire, et je n'en ai plus la force. Il est étonnant que je sois toujours en vie après tant d'années. La magie m'avait préservé, et cela convergeait très certainement jusqu'à cet instant. Rien n'est dû au hasard, retenez-le bien, et chaque chose fait sens, d'une façon ou d'une autre, selon le point de vue duquel l'on se place. »
Il toussa et cette action fit décoller son corps du lit de manière impressionnante. Sa respiration se fit sifflante. Szabolcs allait mourir, et Harry avait puisé sa force vitale jusqu'à la moelle. Qu'avait-il fait ? Il avait l'impression que des morceaux de verre déchiraient ses entrailles, ses poumons, l'écorchant plus profondément à chaque respiration.
« Est-ce que tout cela était réel ? » murmura Harry.
« Pourquoi est-ce cela ne le serait pas ? »
« Mais... » Harry buta sur les mots. Comment décrire ce qui avait pu se passer ? La moitié devait lui échapper. « C'était dans votre tête, non ? Ou peut-être dans la mienne... »
Szabolcs ferma les yeux. Il sembla prendre une dernière inspiration. « Bien sûr que ça s'est passé dans nos esprits, mais pourquoi faudrait-il en conclure que ce n'était pas réel ? » D'un dernier souffle, la mort vint le cueillir, l'enveloppant dans ses pans, et ne laissant derrière elle qu'un corps refroidissant.
Harry ne sut combien de temps il resta prostré au pied du lit. Il tentait de digérer par un moyen ou un autre ce qu'il s'était passé, mais les faits étaient si acides, corrosifs, qu'ils lui brûlaient les entrailles. Puis, lorsqu'il lui apparut qu'il ne pouvait rien changer aux événements des derniers jours, il se leva. Lentement, il sortit de la chaumière pour creuser un trou à l'aide de sa baguette. Il devait bien à Szabolcs un enterrement correct.
xXx
Il ouvrit péniblement les yeux. Des yeux orange l'observaient. Harry referma aussitôt les yeux, en gémissant : « Oh, non, pas toi. »
« Charmant. Plaisir partagé. »
« Je ne veux pas. Je suis trop fatigué pour subir une nouvelle fois ces conneries. Tout ce que je veux c'est sortir une bonne fois pour toute de cette maudite forêt. »
Le chat soupira. « Et pourquoi donc crois-tu que je suis là ? »
Harry ouvrit les yeux pour lui lancer un regard noir. « Parce que je suis en train de délirer une nouvelle fois. » Une pensée insidieuse s'empara de lui, glaçante. Tout était si flou, qu'il se demandait si les événements avec Szabolcs s'étaient réellement produits. Et s'il ne s'agissait que du fruit de son esprit ? S'il ne s'agissait que d'une énième hallucination ?
Épouvanté par cette idée, Harry agrippa son sac, l'ouvrit précipitamment. Un soupir de soulagement le calma. Son sac était rempli de livres miniaturisés qu'il avait pris à Szabolcs. Une fois décédé, ils ne lui serviraient à rien, et malgré toute la culpabilité que Harry ressentait vis-à-vis de l'homme, il n'avait pu se résoudre à laisser la chaumière en état et les précieux manuscrits prendre la poussière.
Ils étaient là, palpables. À moins qu'il ne soit présentement en train de perdre l'esprit, tout était bien arrivé. Il devait juste sortir. Son regard se reporta sur le chat. Harry sentit sa mâchoire se contracter.
« Est-ce que tu es une hallucination ? Un chat parlant, et d'une couleur aussi criarde, ça n'existe pas.» Harry fit une pause, avant de marmonner : « Et encore moins s'il prétend s'appeler Archimède. »
Le chat leva les yeux au ciel, comme s'il ne racontait que des inepties.
« Mon espèce n'existe que dans le coin. C'est plutôt rare que l'on se montre aux êtres humains. Mais, puisque je fais parti de la forêt et que je suis connecté magiquement à elle, je connais la sortie. Et puisque tu veux sortir, il faut bien que je me montre. »
Il avait beau dire ce qu'il voulait, Harry restait méfiant, mais suivant son expérience première avec la forêt, il se redressa, planta son regard dans celui du chat, et ne démordit pas de sa pensée.
« Je veux sortir. »
Archimède lui sourit, dévoilant quelques dents pointues, et s'engagea dans une direction. Harry inspira longuement, et le suivit. Je veux sortir, je veux sortir, je veux sortir...
D'une manière ou d'une autre, il réussit à sortir de la forêt. Les derniers pas à la lisière se firent hésitant, comme s'il pensait qu'il s'agissait d'une mauvaise plaisanterie de la part de la forêt. Lui faire miroiter ce qu'il voulait, et que d'un pas de plus, il se retrouve avec des arbres à perte de vue, comme pour dire : 'Et non ! Bien tenté, tu y a cru, hein ?'
Mais alors qu'il franchissait la lisière, Harry sentit la magie se rétracter. Si omniprésente, si étouffante, si sauvage, qu'il ne se rendait même plus compte de sa présence, mais alors qu'il en sortait, la différence fut flagrante. Il tituba, désorienté, respirant de grandes goulées d'air. Lentement, il se retourna.
Archimède était présent à l'orée.
Quelque part, dans l'esprit confus et épuisé de Harry, il comprit que cela signifiait que ce foutu chat était réel. Le soulagement d'être sorti de là était tel qu'il aurait pu tomber directement de fatigue au sol, et y dormir durant trois jours de suite.
Cependant, il ignorait complètement le temps passé dans cette forêt, et il fallait qu'il rentre à Londres le plus vite possible. Péniblement, il se remit à marcher. Avant de disparaître à l'horizon, il se retourna une dernière fois pour faire un signe de main à Archimède. Peut-être qu'il l'avait réellement aidé, après tout.
Mais comme tous les événements s'emmêlaient, il ne savait plus vraiment.
Il se força à garder les yeux ouverts jusqu'à Londres. Ses jambes tremblaient sous lui alors qu'il se dirigeait vers l'Allée des Embrumes pour récupérer ses affaires à la Gargouille Aveugle. Il eut la bonne surprise de les retrouver en l'état, en revanche, une autre mauvaise surprise l'attendait sous la forme de La Gazette.
Concrètement, il voulait dormir maintenant, un mal de crâne atroce lui martelait les tempes et l'ensemble de ses souvenirs des derniers jours étaient dans un désordre si confus qu'il ne distinguait que de vagues impressions. La date du jour lui indiqua qu'il valait mieux qu'il n'en fasse rien. La rentrée à Poudlard était le mardi 3 janvier, et comme la poisse suivait décidément Harry jusqu'au bout, il était présentement jeudi soir.
Pour parfaire le tableau, non seulement il avait loupé les trois premiers jours de rentrée et n'avait aucune excuse, mais en plus de cela, les titres ne lui disaient rien qui vaille.
« Coup d'éclat de Vous-Savez-Qui : attaques foudroyantes et meurtrières au nouvel-an »
