Désolée de vous avoir fait attendre autant, mais j'ai repris le travail et cela me laisse moins de temps pour écrire. Il risque d'y avoir un peu plus d'attente entre les différents chapitres mais promis, je ne laisserai pas tomber cette histoire !
Merci beaucoup pour vos commentaires ! J'espère que ce chapitre vous plaira.
Si vous êtes gentilles avec moi, je vous expliquerai peut-être d'où vient mon pseudo :)
Chapitre 9
Comme un rituel, Alice m'attendait à la sortie des cours le lendemain après-midi. Elle était radieuse, et je m'arrêtai quelques instants pour la contempler - et rassembler mon courage - avant de l'approcher. Elle dut sentir mon regard car elle se retourna et me sourit. J'étais un peu nerveuse mais son sourire fit s'envoler tous mes sentiments négatifs et je la rejoignis d'un pas enjoué. Elle me salua avec un sourire éclatant et passa son bras sous le mien en m'entraînant vers mon camion.
Je lui ouvris la portière passager et je fis le tour pour m'installer. Je m'appuyai un instant le dos sur la portière et pris une grande inspiration avant de monter. Je n'arrivais pas à me calmer. Depuis que j'avais réalisé mes sentiments pour Alice, j'avais du mal à agir normalement autour d'elle, et j'avais une conscience aigue des choses que j'avais envie de faire qui n'étaient probablement pas appropriées : l'embrasser ? non approprié. Lui prendre la main ? Probablement non approprié. Lui caresser la joue ? Clairement non approprié. Passer ma main dans ses cheveux ? Pas plus approprié.
- Bella ? Ça va ?
Sa voix me ramena brutalement sur terre. J'étais restée bloquée derrière le volant et elle devait se demander ce que j'attendais pour démarrer. Je rougis violemment et bredouillai :
- Euh, oui, oui, ça va, je... j'étais perdue dans mes pensées.
Elle rit, et ce son me rendit presque euphorique. Angela avait raison, j'étais un cas désespéré. J'avais du mal à suivre mes humeurs, qui passaient de la tristesse à la joie débordante en quelques instants.
Je nous conduisis chez moi, où nous nous arrêtâmes pour travailler quelques heures avant la séance de cinéma. Nous avions décidé d'aller voir le dernier Narnia. Je n'étais pas particulièrement fan de ce genre de films, mais lorsque j'avais listé les films à l'affiche, le visage d'Alice s'était illuminé sur ce film en particulier. J'étais prête à tout pour lui faire plaisir et le film m'importait peu du moment que je passais du temps avec elle.
Alice semblait joyeuse, comme à son habitude, et je n'eus pas le cœur d'aborder à nouveau le sujet de la fin de soirée samedi ni de notre rendez-vous raté de dimanche. Je préférais lâchement profiter de sa bonne humeur - contagieuse - plutôt que d'aborder un sujet potentiellement épineux et de gâcher notre temps ensemble. Alice m'aida à faire mes exercices de maths et nous passâmes un peu de temps à réfléchir à notre dissertation d'anglais. Je mâchonnais mon stylo en réfléchissant pendant qu'Alice tournait les pages du livre à la recherche d'un passage en particulier. Elle était allongée sur le lit et je tournai ma chaise de bureau pour lui faire face. Je la regardai un moment, puis elle leva les yeux vers moi et arqua les sourcils d'un air interrogateur. Je lui souris, probablement bêtement, et elle fit de même, mais d'une manière que je qualifierais plutôt de tendre. Tendre ? Non, je m'emportais probablement. Nous continuâmes à travailler en silence. J'aimais cette atmosphère entre nous, ce silence paisible. Nous n'avions pas besoin de nous parler pour savoir que l'autre était là, prête à aider.
Avant d'aller au cinéma, nous passâmes chez Alice. Elle voulait déposer ses affaires de classe et souhaitait qu'on aille à Port Angeles avec sa Porsche. Je n'étais pas contre et je l'attendis dans le salon en compagnie d'Emmett qui me défia de le battre à Gran Turismo, ce qui je fis avec plaisir. Nous étions en plein milieu de la revanche lorsqu'Alice fit irruption dans le salon. Sentant sa présence, je me retournai, et ce simple mouvement me fit perdre la course. Alice s'était changée, et elle était, eh bien, comme d'habitude, magnifique. Je restai quelques instants à la regarder, en prenant garde de fermer la bouche, sentant le regard scrutateur de Rosalie sur moi. Je sursautai en sentant la manette vibrer dans mes mains : ma voiture venait de s'écraser contre une barrière. Je me levai et lançai la manette sur le canapé :
- Tu as gagné celle-là Emmett ! On fera la belle une prochaine fois !
Il ne détourna pas le regard de l'écran mais lança :
- Dégonflée !
Je rejoignis Alice et elle m'ouvrit la porte de sa voiture. Le trajet jusqu'à Port Angeles fut plutôt rapide. Alice était silencieuse et fredonnait de temps en temps et j'étais perdue dans mes pensées. J'allais passer deux heures à côté d'Alice dans une salle obscure. Cette pensée me perturbait au plus haut point. J'avais encore des difficultés à tracer la ligne entre ce qui était approprié de faire et ce qui ne l'était pas. Alice me stoppa dans mes réflexions en signalant que nous étions arrivées. Je lui payai sa place, malgré ses protestations, en lui rappelant qu'elle m'avait demandé de l'emmener au cinéma et que déjà j'avais fait une concession en la laissant conduire. Elle n'insista pas et m'embrassa sur la joue pour me remercier. Je ne pouvais imaginer de meilleur moyen pour me remercier, ainsi que pour me faire rougir comme une tomate. Enfin si en fait, je pouvais en imaginer plein.
Je la laissai choisir nos places. A ce stade, plus rien n'était important pour moi. J'étais avec Alice, et c'était tout ce qui comptait à mes yeux. Nous nous installâmes au milieu de la salle, plutôt vers le fond et Alice feuilleta tranquillement le magazine distribué à l'entrée du cinéma, en me commentant certains des articles. Elle semblait avoir une bonne culture cinématographique - contrairement à moi - et s'étonna que je n'aie pas vu certains grands classiques, ou la plupart des films d'horreurs. Je lui racontai alors que j'avais été effrayée par E.T. étant petite et que depuis, je détestais les films d'horreur, car généralement je faisais des cauchemars. Elle éclata de rire et se moqua de moi jusqu'au début du film. Je ne pouvais pas l'en blâmer, j'avais d'ailleurs moi-même un peu honte de cette peur irrationnelle et je ris de bon cœur à ses plaisanteries. Elle finit par me dire :
- C'est vraiment trop mignon Bella. Je t'offrirai une peluche d'E.T. pour ton anniversaire !
- Oh non, pitié, pas ça. Il est vraiment trop moche ! Je n'arrive même pas à comprendre qu'on puisse faire des peluches aussi laides ! C'est sensé être mignon et rassurant une peluche non ?
Elle rigola de plus belle, et le film commença. Je me tortillai dans mon siège, ne parvenant pas à trouver une position confortable. Je ne savais pas comment me tenir. Devais-je mettre ma main sur l'accoudoir, mon coude, mes mains sur les genoux, croiser les bras ? Je ne savais plus quelles étaient les positions normales à adopter au cinéma. Alice me donna un coup de coude pour me montrer les castors en cotte de maille dans le film et je ne pus m'empêcher de me faire la réflexion qu'elle était trop mignonne de s'extasier devant des castors en cotte de maille. Elle s'était rapprochée de moi pour me parler et nous étions à présent penchées l'une vers l'autre. Je croisai mes bras et posai ma main droite sur l'accoudoir de gauche, ne sachant pas trop ce que j'attendais de ce geste. Je jetai des coups d'œil en biais à Alice et tentai de me plonger dans le film, même si cela semblait être au dessus de mes forces. Ce le fut définitivement quand je sentis la main glacée d'Alice se poser sur la mienne. Je me figeai de surprise, ne sachant pas si elle avait mis sa main sur la mienne par erreur. Après quelques instants sans bouger, je constatai que sa main était toujours sur la mienne. Je perdis instantanément tout intérêt pour le film, dont je ne suivis absolument pas l'histoire, et j'aurais bien été incapable à la fin de la séance de raconter le scénario... Mon cerveau cessa de fonctionner normalement pour se concentrer sur la main d'Alice sur la mienne. C'était une sensation incroyable qui provoqua des réactions jusque là jamais expérimentées dans mon corps. Mon estomac se tordait dans tous les sens, j'avais des frissons qui partaient de ma main et remontaient dans tout mon bras et je fus incroyablement excitée par ce simple geste, bien plus que je ne l'avais été par Edward dans nos moments les plus torrides. Je fus complètement prise de court par la violence de mes sensations à ce simple geste. J'étais au bord de l'évanouissement, à l'agonie tellement cela éveillait des sensations merveilleuses et inconnues en moi.
Je n'osai regarder Alice et je faisais semblant de suivre le film le plus sérieusement du monde. Je ne sentais pas son regard sur moi, et j'en déduisis qu'elle faisait de même.
Lorsqu'elle commença à tracer des cercles avec son pouce sur le dos de ma main, je faillis défaillir dans mon siège. Ma température dut monter de 3 degrés, ce qui compensa la froideur de la main d'Alice. J'étais complètement perturbée et je n'en revenais pas. J'avais mis ma main sur l'accoudoir presque par hasard, n'osant imaginer dans mes rêves les plus fous qu'Alice puisse faire quelque chose. Et elle avait pris ma main, et était en train de la caresser tendrement provoquant une foule de réactions plus agréables les unes que les autres en moi. N'y tenant plus, je mis ma tête sur son épaule et fermai les yeux. Je n'avais cure du film qui passait, et j'étais complètement perdue dans l'instant. Après quelques instants, elle appuya sa tête contre la mienne et je l'entendis soupirer. C'était le plus beau jour de ma vie.
Je sursautai lorsque les lumières se rallumèrent, signalant la fin du film. Alice se redressa et je fis de même à contre cœur. J'évitai son regard, ne sachant pas très bien comment réagir. Elle retira sa main de la mienne et je ressentis cruellement son absence. Je ne pus retenir un regard désespéré dans sa direction et elle me sourit. Nous nous regardâmes un moment comme deux gamines prises en flagrant délits en train de manger des bonbons. Mon cœur faisait des bons dans ma poitrine et mon estomac de la corde à sauter et j'aurais pu me perdre dans ses yeux qui brillaient de mille étincelles. Nous nous dirigeâmes en silence vers la sortie puis vers sa voiture. Le trajet du retour fut silencieux. Nous nous jetions sans arrêt des regards évocateurs et jamais le silence n'avait été aussi chargé de signification. Elle me ramena chez moi et se gara dans l'allée. Nous nous regardâmes un long moment, et j'avais du mal à détacher mon regard du sien. Finalement, elle rompit le silence :
- Bella, je...
Je rougis furieusement rien qu'en l'entendant prononcer mon prénom. Elle finit par poursuivre :
- Je pense qu'il faut qu'on discute toutes les deux.
Certes.
- Oui...
- Je passe te prendre demain matin pour aller en cours ? Ton camion est garé chez moi. Qu'est-ce que tu penses d'aller sur la falaise après les cours ?
- Ok.
J'avais du mal à faire des phrases complètes et me contentai de ces réponses simples. Finalement, je détournai le regard, lui souris et m'extirpai de la voiture. Je regardai la Porsche s'éloigner, immobile sur le seuil de la maison et attendis qu'elle ait complètement disparu avant de rentrer.
J'étais euphorique, à mille lieux de la réalité, perdue dans mon monde intérieur. Charly dut répéter deux fois sa question afin que son sens atteigne mon cerveau. Je prétextai un mal de crâne pour monter me coucher. Il me regarda bizarrement mais ne fit pas de commentaires. Je montai me réfugier dans ma chambre et me mis en pyjama afin de me glisser dans mon lit. Alice avait pris ma main dans la sienne. Les sensations que ce simple geste avait provoquées étaient extraordinaires. Je n'osai pas imaginer ce qu'il pourrait se passer si jamais... elle m'embrassait ? Non, je préférais ne pas penser à cela, c'était au dessus de mes forces. La pensée d'Alice et moi, seules sur la falaise le lendemain provoquait des frissons d'anticipation dans tout mon corps. Je désirais être seule avec elle comme je n'avais jamais rien désiré auparavant, mais j'appréhendais également la discussion que nous allions avoir. Ressentait-elle les mêmes choses que moi ? Avait-elle des sentiments aussi puissants ? Je n'étais pas sûre de vouloir entendre ses réponses à mes questions. Et pourtant, il fallait que nous éclaircissions nos sentiments respectifs avant d'aller de l'avant, quel que soit la définition de cet avant.
Le lendemain matin, Alice vint me chercher comme promis. Elle avait l'air en pleine forme et souriait comme si elle venait de décrocher l'oscar de la meilleure actrice. J'avais personnellement plutôt mal dormi : même si mes pensées avaient été agréables, elles ne m'avaient pas laissées beaucoup de répit. Je lui souris bêtement en entrant dans sa voiture et elle me salua :
- Bonjour Bella.
- Salut Alice.
Je ne sus pas comment poursuivre la conversation. Il m'était impossible de faire comme si de rien n'était et les seuls sujets de conversation qui me venaient à l'esprit étaient bien trop lourds de signification pour être abordés dans la voiture sur le chemin de l'école. Ils attendraient cet après-midi. Du coup, je ne dis rien, et elle garda également le silence. Comme la veille en revenant du cinéma nous nous jetions des regards en coin. Je finis par rigoler doucement, n'en pouvant plus de cette tension presque palpable entre nous, et elle se joignit à moi quelques instants plus tard. Elle se gara sur le parking et au moment de nous séparer pour aller dans nos classes respectives, elle effleura ma main de la sienne, provoquant l'apparition de frissons dans tout mon bras et me laissant paralysée sur le parking de l'école. Elle me fit un clin d'œil en s'éloignant et cela ne fit rien pour arranger mon cas. Je fus tirée de ma rêverie par Angela qui claqua des doigts devant mes yeux pour me faire revenir à la réalité.
- Salut Bella ! Tu as l'air... perdue dans tes pensées !
- Mmmh, oui, salut Angela, ça va ?
- Oui, ça va, je suis mieux réveillée que toi a priori.
Je rigolai doucement. Elle me lança un regard plein de sous-entendus et me lança avant d'aller rejoindre Eric :
- Tu me raconteras ce midi !
Je ne répondis pas, sachant qu'elle ne lâcherait pas le morceau avant de m'avoir fait avouer ma culpabilité. Je souris et me dirigeai vers ma salle de classe.
Dire que les cours passèrent lentement est un euphémisme. Je tentai de suivre le plus sérieusement du monde, mais mes pensées glissaient sans arrêt vers Alice et j'avais un mal fou à me concentrer sur ce que disaient les professeurs. Je n'eus pas le loisir de reparler avec Alice avant la fin des cours, et je ne la vis pas non plus à sa table habituelle avec ses frères et sœurs le midi. Edward était également invisible. Je me demandai brièvement si cela avait un quelconque rapport avec les évènements de la veille mais n'eus pas le temps de m'appesantir sur la question car Angela prit place à mes côtés et tenta de m'arracher les vers du nez. Je mis toute la mauvaise volonté dont j'étais capable. J'avais peur d'exprimer à haute voix ce qui s'était passé entre moi et Alice, d'une part parce que cela le rendrait réel et entrainerait probablement de la part d'Angela des questions auxquelles je ne saurais pas et n'aurais pas envie de répondre. D'autre part, j'avais le sentiment que ce moment n'appartenait qu'à moi et Alice et mettre des mots sur ce qui s'était passé rendrait les évènements insignifiants et banals. Je n'avais pas envie de briser la magie attachée à cet instant. La curiosité d'Angela était donc toujours intacte lorsque Jessica nous rejoint à la table et qu'il fut impossible d'avoir un semblant de conversation privée, voire un semblant de conversation tout court. Pour une fois, je fus reconnaissante à Jessica de monopoliser la parole et l'attention de la table. Angela me lança un regard que je traduisis par "tu ne perds rien pour attendre" et je lui renvoyai un petit sourire triomphant.
Le cours de sport se termina très vite pour moi. A vrai dire, je ne m'étais pas particulièrement appliquée et j'avais quasiment fait exprès d'être maladroite dans l'espoir de sortir plus vite. Le professeur tenta de me parler avant que je quitte la classe, tentant d'analyser mon manque d'adresse et de coordination. Je baragouinai des réponses que je pensais intelligibles et je m'échappai à la première occasion. Mon mouvement avait probablement du ressembler à une fuite et il faudrait que je sois un peu plus appliquée à la prochaine séance. Je balayai bien vite cette pensée et partis le plus vite dont j'étais capable sans me blesser ou blesser mon entourage vers la sortie du lycée. Je fus prise d'une peur panique à la pensée qu'Alice ne soit pas là à m'attendre et je soupirai de soulagement en la voyant m'attendre à sa place habituelle.
Elle m'entraina vers sa voiture et m'ouvrit la portière passager. Elle conduisit silencieusement et à une vitesse dépassant largement les limitations. Cependant, je me sentais en sécurité lorsqu'elle conduisait. Nous ne parlâmes pratiquement pas pendant tout le trajet. Lorsqu'enfin nous fûmes arrivées en haut de la falaise, Alice s'assit à sa place habituelle. Je pris le temps d'admirer le paysage et en profitai pour tenter de calmer ma respiration et les battements de mon cœur qui s'étaient accélérés. J'étais nerveuse à l'idée de la conversation que nous allions avoir.
Je rejoignis Alice et m'assis à ses côtés, un peu en biais de manière à pouvoir observer son visage. Elle avait le regard perdu dans le lointain et je me mis à jouer nerveusement avec les manches de mon pull. Elle brisa le silence mais garda son regard vers le paysage en face de nous :
- Bella...
Elle sembla hésiter puis se reprit et ajouta tout de go :
- Qu'est-ce que tu ressens pour moi ?
Je dus rougir furieusement et je n'osai lever mon regard vers son visage, de peur de me trahir. Je ne pensais pas qu'elle allait me poser la question de but en blanc et j'étais un peu prise au dépourvu. Je bredouillai :
- Mmmh, eh bien, à vrai dire, ... je ...
Je m'arrêtai. Je ne savais pas comment lui dire, ni à vrai dire, quoi lui dire. Voyant mon hésitation, elle me prit la main, ce qui provoqua l'accélération des battements de mon cœur et des frissons dans tout mon corps. Complètement chamboulée par ce contact, je lâchai :
- Est-ce que... toi aussi... enfin je veux dire, qu'est-ce que tu ressens quand on se touche comme ça ?
Je baissai à nouveau les yeux vers mes chaussures et maudis ma timidité.
- C'est électrisant. Répondit-elle d'une voix douce. Comme si elle avait senti qu'il allait falloir qu'elle m'aide, elle ajouta :
- Bella, je... quand je prends ta main dans la mienne, je ressens comme un courant électrique dans tout mon corps. C'est extraordinaire, et j'ai l'impression que je ne pourrai plus jamais me passer de cette sensation.
Je relevai les yeux vers elle et son visage était radieux, ses yeux lumineux. Je marquai un temps d'arrêt, perdue dans sa contemplation. Je souris et répondis timidement :
- Moi aussi.
Je poursuivis :
- Tu sais, samedi soir en rentrant de la soirée, quand je t'ai demandé si... euh... enfin, tu te souviens... Je voulais que tu saches que euh... J'en ai vraiment envie.
Si j'avais pu disparaître sous terre, cela aurait été un moment approprié. J'étais rouge comme une pivoine et je ne savais plus où me mettre.
Elle passa sa main sur ma joue, ce qui me fit immédiatement relever les yeux vers elle. La sensation que ce geste provoqua manqua de me submerger. C'était divin et j'étais paralysée. Elle répondit en me regardant droit dans les yeux :
- Moi aussi, Bella, j'en ai envie.
Je me doutais bien de ce fait aux vues de ses derniers agissements mais l'entendre le dire me fit un effet considérable. J'étais prête à me lever et à danser en chantant "Alice veut m'embrasser... Alice veut m'embrasser". Je n'en fis rien cependant et je déglutis difficilement, mon cerveau en ébullition. Il fallait que je lui dise, je n'en pouvais plus. Je pris une grande inspiration, et commençai :
- Alice... Je... Il faut que je te dise...
Je m'arrêtai, la regardai dans les yeux pour vérifier que j'avais bien son entière attention, repris une grande inspiration et me jetai à l'eau :
- Je... ressens des choses pour toi que je ne devrais probablement pas ressentir. Je suis un peu perdue... Mon cœur s'accélère quand tu me touches, j'ai envie de t'embrasser et euh, je voudrais que tu sois tout le temps à mes côtés. Je me sens bien quand tu es là, et mmh, je crois que... Je suis amoureuse de toi.
J'avais fini ma phrase en chuchotant presque mais je savais qu'elle avait entendu ce que j'avais dit. Je n'osai pas la regarder et je baissai les yeux. J'avais peur de sa réponse et je ne lui laissai pas le temps de la formuler :
- Je suis désolée, je sais que c'est mal, mais je ne peux pas m'en empêcher... C'est plus fort que moi...
J'étais en mode panique, au bord des larmes et j'aurais voulu m'enfuir en courant. Alors que j'analysais mes différentes options de fuite, Alice pris mon menton dans sa main et me força à la regarder. Elle plongea son regard dans le mien et dit :
- Ne sois pas désolée Bella. C'est la plus belle chose que l'on m'ait jamais dite.
Elle se leva d'un bond et m'aida à me relever également. Avant que j'ai eu le temps d'établir complètement mon équilibre, elle me serra tendrement dans ses bras, enfouissant son visage dans mon cou et je l'entendis respirer profondément. Perdue dans l'étreinte, je l'enlaçai à mon tour, et la serrait de toutes mes forces dans mes bras. La sensation d'être enveloppée dans ses bras était grisante. J'avais pour la première fois de ma vie le sentiment d'être exactement là où je devais être. Et j'avais l'impression que nos corps avaient été faits pour se serrer l'un contre l'autre. Je ne pus m'empêcher de soupirer son prénom et un sanglot m'échappa. J'étais tellement bien que j'aurais pu rester éternellement comme ça, serrée contre elle à respirer son odeur enivrante.
Au bout d'un moment qui me sembla une éternité, elle relâcha son étreinte et s'éloigna un peu pour me regarder dans les yeux. Ses yeux étaient noirs comme du charbon et je fus surprise par ce changement de couleur. J'avais déjà pu l'observer lors de la soirée chez Mike, mais j'avais alors mis cela sur le compte de l'alcool.
- Bella, ... je suis désolée.
Elle s'éloigna brusquement de moi, me laissant pantelante et fit face au paysage. Elle prit de grandes inspirations et je n'osai pas la déranger. Elle semblait perturbée.
J'étais pour ma part un peu déboussolée. Je m'assis et plaçai mes bras autour de mes genoux, ramenant ces derniers sous mon menton. Je me balançai légèrement en attendant qu'Alice reprenne ses esprits. Elle se retourna au bout d'un moment qui me sembla durer une éternité et son regard avait à nouveau sa couleur marron claire presque dorée. Elle semblait attristée et vint s'assoir à côté de moi. Elle rompit le silence :
- Je suis désolée Bella, ... Je... je suis un petit peu submergée par mes sentiments et j'ai encore du mal à les appréhender. C'est difficile pour moi... Je n'ai pas l'habitude de ressentir des choses aussi fortes.
J'eus le sentiment qu'elle voulait en dire plus, mais elle s'arrêta là. Ses paroles me touchèrent beaucoup et je me sentis rassurée quant à ses sentiments pour moi. J'étais encore étonnée d'avoir vu ses yeux changer complètement de couleur mais j'étais à mille lieux de ce genre de considérations, bien trop à l'écoute de mon cœur et de ses sentiments pour m'inquiéter de ce genre de détails techniques.
- Je comprends Alice... J'ai également du mal à gérer mes émotions quand je suis avec toi...
J'avais envie de l'embrasser, mais elle avait l'air si désemparée que je ne sus pas si cela était une bonne chose à faire. Je préférai la serrer dans mes bras pour la réconforter. Nous restâmes un moment dans cette position, puis elle se leva à nouveau et dit :
- Il se fait tard, nous devrions rentrer.
