Chapitre VIII :

La nuit avait déposé un voile de silence sur le village, les hommes, les animaux, le ciel et la mer étaient profondément endormis. L'air était chaud et lourd, presque étouffant mais une douce et légère brise maritime s'engouffrait dans la bourgade et la forêt environnante où les feuilles frémissaient. Ce calme plat était rompu quelques fois par des bruit de craquements de bois. Ce grincement venait d'une habitation en particulier, comme toutes les autres maisons, elle était plongée dans le noir et ses occupants endormis, du moins c'est qu'on aurait pu croire en l'observant. Sous son porche, se dessinait d'étranges silhouettes.

Octavia se trouvait au-dessus du corps endormi de Clarke. Elle la secoua légèrement et à la seconde où la jeune femme ouvrit les yeux, la jeune Blake couvrit sa bouche avec sa main pour étouffer le moindre bruit, elle reporta son doigt vers sa propre bouche pour lui faire signer de ne pas déranger le silence ambiant. Clarke se redressa sur ses bras et lança un regard rempli d'incompréhension, Octavia libéra la bouche de la jeune femme et la saisit au poignet pour la sortir du lit. Les deux femmes se dirigèrent vers la chambre d'Octavia mais elles n'eurent pas le temps de l'atteindre qu'un énorme fracas émana de la porte d'entrée et celle-ci fut dégondée. L'encadrement de la porte laissait apparaître trois imposantes silhouettes qui s'avancèrent doucement, la lumière de la lune dévoila à leurs mains, des épées et des pistolets. Clarke était tétanisée de peur mais ce n'était pas le cas d'Octavia qui se rua vers la cuisine et empoigna un long couteau, elle se mit devant l'autre jeune femme et brandit son arme face à ces intrus. La posture menaçante de la sœur Blake ne les empêcha pas de continuer d'avancer, elles commencèrent à distinguer leur visage. Tous avaient une barbe, des cicatrices aux visages et portaient des aillons pour vêtement. L'un d'eux fit un pas et pointa son pistolet vers Octavia mais il eut à peine le temps de tirer que celle-ci avait changée de position et était maintenant à quelques centimètres de lui, elle donna violemment un coup sur le bras qui tenait l'arme avant d'enfoncer sa lame dans son ventre. Le coup tiré un instant plutôt avait presque heurté Clarke, elle s'allongea sur le sol, rampa sous la table et se recroquevilla sur elle-même, plaquant ses mains sur ses oreilles et plongeant sa tête dans ses genoux. Les deux autres hommes se jetèrent sur Octavia, elle se débattait comme un véritable animal, chaque coup qu'elle recevait, elle le rendait deux fois plus fort, les lames la transperçaient sans jamais la toucher, elle réussit à frapper assez l'un des deux assaillant pour le faire perdre pied, alors que la jeune femme allait achever l'homme à terre, le deuxième sortit un pistolet de son dos et tira mais jamais la mèche ne s'alluma pas. La jeune Blake plongea son couteau dans la gorge du premier avant de se retourner, l'ultime assaillant la frappa brutalement ce qui envoya le couteau à l'autre bout de la pièce, elle se retrouva complètement désarmée, l'homme en profita pour l'attraper par la gorge et laissa glisser son épée le long de son ventre, il commença enfoncer sa lame tout doucement, un sourire aux lèvres, à travers la peau opaline de la femme. L'autre jeune fille témoin de ce spectacle trouva le courage de saisir le couteau ensanglanté non loin d'elle et se précipita vers eux, elle donna de toutes ses forces un coup dans le dos de l'homme, il cria et lâcha Octavia avant de s'écrouler. Octavia posa ses mains sur sa gorge et toussa fortement tandis que Clarke se laissa couler sur le sol, désemparée de ce qu'elle venait de faire. Elle reprit très vite ses esprits et s'approcha de celle qu'elle venait de sauver, sa chemise était empeignée d'une large tache de sang.

« Tout va bien ? » Demanda Clarke en retirant délicatement le tissu de la plaie.

« Oui. » Articula-t-elle péniblement.

« Assis toi. Je vais m'occuper de ça. »

Clarke alla chercher de l'eau au puits, son trajet fut sans embûche mais chaque pas qui l'éloignai de la maison faisait grossir une boule dans son ventre. Une fois le seau d'eau rempli, elle courut vers l'intérieur le plus vite qu'elle put. Octavia n'avait pas bougé de place mais il y avait encore plus de sang, la jeune femme mit tout de suite de l'eau à bouillir, lava ses mains, alluma une bougie et déchira la chemise ensanglantée avant d'examiner la blessure. Elle regarda soigneusement la plaie, pressant délicatement ses doigts autour.

« Alors ? » Demanda la blessée en grimaçant.

« Tu ne vas pas mourir. Ta blessure n'est pas bien profonde. »

Clarke plongea des morceaux de linge dans l'eau qu'elle avait mis à chauffer et nettoya tout le sang.

« As-tu un nécessaire à couture ? »

« Oui, dans ma chambre, dans la commode, premier tiroir. »

« Appuis. » Ordonna Clarke d'un ton très sérieux et calme en désignant le linge.

La jeune femme revint un fil et une aiguille à la main qu'elle chauffa avec la bougie. Elle referma la plaie avec la plus grande délicatesse, cela lui prit mains de quelques minutes avant de finir.

« Tu as de l'alcool ? »

« Sur l'étagère. Un excellent Brandy de 1678. » Dit-elle en prenant la bouteille des mains de Clarke. Elle but une bonne lampée et la redonna.

La jeune femme versa le contenu sur la plaie et la recouvrit de bandages.

« C'est bon, tu es sortie d'affaire. » Dit-elle, un sourire aux lèvres.

« C'est du beau boulot. Où est ce que tu as appris à faire ça ? »

« J'ai été l'assistante d'un médecin pendant un an, à La Havane. »

Clarke regarda les trois cadavres et eut envie de vomir pendant une seconde mais se ressaisit très vite.

« Tu te sens de les bouger et de les mettre dehors ? » Demanda Octavia d'une voie délibérément douce.

La jeune femme hocha la tête et tira un corps après l'autre vers le jardin, elle les entassa derrière le potager pour que personne ne les remarque. Elle rentra dans la maison épuisée, en sueur et pleine de sang.

« On s'occupera du reste demain. » Dit Octavia pendant que Clarke se lavait les mains.

« Je vais faire du thé, tu en veux ? »

« Oui… je veux bien. » Prononça-t-elle difficilement en se redressant sur son fauteuil.

« Comment une fille comme toi s'est retrouvé assistante d'un médecin ? » Reprit-elle un peu plus tard.

Clarke ne répondit pas et prépara la boisson. Elle versa deux tasses et en donna une à Octavia.

« Ma mère a toujours cru qu'il était nécessaire pour les personnes comme nous, la noblesse, d'avoir une forme de savoir intrinsèque à nous. Elle m'a toujours dit que notre rang, notre titre, nos terres nous sont données par bon vouloir du peuple et qu'ils peuvent nous le reprendre à n'importe quel instant. Elle voulait que j'aie quelque chose qu'on ne pourrait jamais me prendre. Sa mère lui avait donné la même éducation que la mienne et tout comme elle j'ai étudié la médecine. » Elle arrêta son discours une seconde pour boire une gorgée. « Mon père ne fut pas de cet avis, après un an d'étude, il m'a rappelé à la maison. »

« Il t'a, tout de même, laissé étudier pendant une année entière. »

« Ma mère lui avait caché cette initiative. Etant amiral, mon père était rarement à la maison, il s'en est rendu compte que très tard, assez tard pour que j'apporte la honte sur notre famille. » Dit-elle en souriant. de manière sarcastique. Clarke remarqua qu'elle en avait beaucoup dit sur elle et sa famille, elle se leva, gênée de s'être livrée ainsi.

« Tu as besoin d'aide pour aller jusqu'à ton lit ? » Demanda-t-elle d'un ton glacial.

« Non …ça ira. » Répondit Octavia perturbée par ce changement d'attitude si brusque.

Clarke se dirigea vers sa chambre et s'installa confortablement dans son lit mais la jeune femme ne trouva jamais le sommeil cette nuit-là. Elle se réveilla à chaque bruit qu'émettait la nuit, se tournant sans cesse, réfléchissant à cette attaque. La jeune femme n'arrivait pas à retirer ces images de sa tête. Les souvenirs de la nuit de son enlèvement remontèrent à la surface. La mort d'Harper, de sa mère, de Finn, la destruction de sa maison…Elle ferma ses yeux de toutes ses forces et secoua la tête, espérant oublier cela.

Le soleil commença à se lever et ses premières lueurs entrèrent dans sa chambre, éclairant les murs de pierres vétustes. Ses yeux brûlèrent sous cette lumière et lui provoqua une migraine très douloureuse. Elle n'avait pas arrêté de cogiter. Même si elles n'en avaient pas parlé, toutes deux savaient très bien pourquoi ces hommes étaient venus. C'était pour elle. Octavia avait raison, elle était un vrai danger pour son entourage.


Et voilas la 8eme chapitre ! Bonne lecture!