Salut à tous!

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Merci aux reviewer anonymes qui ont pris le temps de laisser des review:

Aventurine-san: les ellipses seront récurrentes, car je ne peux pas décrire toute la vie de Harry au jour le jour. Il faut que j'avance dans l'histoire. Mais elles ne seront pas toujours aussi conséquentes. Quelques semaines tout au plus entre les chapitres, sauf exception. Les citations ne sont pas de moi, non! J'en ai une bonne collection pour mes fics. Draco a déjà une place importante dans la vie de Harry, même si les deux ne se sont pas encore rencontrés. Cette mini obsession qu'il a déjà de lui est importante pour la suite de leur relation. Quant à l'ambigüité entre Harry et Voldemort, elle restera toujours ainsi. Leur relation restera toujours très nuancée, entre haine et respect.

Sélènè: Voldemort a de grands projets pour Harry, oui, mais ce qu'il veut surtout, c'est s'assurer qu'une fois grand et formé, Harry lui soit totalement acquis et qu'il ne soit pas une menace pour lui. J'ai pris soin de laisser à Voldemort un côté sombre et menaçant quand il en va de Harry. Après tout, il est face au garçon qui l'a déjà vaincu une fois, et il garde envers lui une rancœur certaine! Il ne le porte pas vraiment dans son cœur, malgré tout. Mais il se contrôle relativement bien!

Inconnue: Harry est encore jeune, il ne comprend pas tout ce qui se passe pourtant sous ses yeux innocents. Comme il ne comprend pas la dangerosité de Voldemort, même s'il en a conscience.

coeurdegael: ravie que cette nouvelle fic te plaise également! :)

Enjoy ce nouveau chapitre!

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Chapitre 8

Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre, et quand il sera vieux, il ne s'en détournera point

Bible

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1er septembre 1988

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Les Mangemorts étaient réunis dans le petit salon privatif du premier étage, et le bruit de leurs conversations enjouées résonnait jusque dans le couloir, malgré la porte hermétiquement close. Des tintements de verre, et parfois de couverts, laissaient entendre qu'ils buvaient et mangeaient, malgré l'heure matinale.

Harry était curieux, mais il n'osait pénétrer dans la pièce. Les Mangemorts n'étaient pas toujours aimables avec lui, et ils avaient tendance à l'effrayer. Le jeune garçon restait donc sagement debout devant la haute porte en bois sombre, et il glissait parfois un coup d'œil dans le trou de la serrure pour se faire une idée plus précise de ce qu'il se passait à l'intérieur. Il ne voyait qu'une portion réduite du salon, mais, au son de leurs voix, il en déduisait qu'ils étaient une petite dizaine, peut être un peu moins.

Dans le fauteuil qui faisait directement face à la porte d'entrée trônait Lucius Malfoy, l'air détendu et la posture nonchalante. Il tenait un verre rempli d'un liquide ambré qu'il portait parfois à ses lèvres, tandis qu'il écoutait d'un air concentré un Mangemort discourir sur son travail au Ministère. La présence du patriarche Malfoy rassurait Harry. Il restait, malgré tout, le Mangemort en qui il avait le plus confiance, et qu'il respectait le plus.

Il était rare que les Mangemorts se réunissent spontanément, sans la présence du Maître, pour passer du bon temps ensemble. En général, dès que leur entretien avec le Maître était terminé, ils s'empressaient tous de disparaître. Ce petit rassemblement improvisé avait attiré l'attention du jeune garçon qui passait par là, son balai sur l'épaule, dans l'idée d'aller voler.

Il était curieux de savoir ce dont parlaient les Mangemorts, lui qui était constamment tenu à l'écart de toute conversation. Il n'avait aucune idée de ce qui poussait ces hommes sombres et mystérieux à se réunir autour de Voldemort, mais il avait l'intuition que ce n'était rien de réjouissant. Il suffisait de voir l'aura sombre et menaçante que dégageait le Maître pour comprendre que lui et ses hommes ne pouvaient rien préparer de bon. De toute évidence, les intentions de ces hommes étaient, sinon mauvaises, illégales, et Harry mourait de savoir de quoi il en allait réellement.

-Je peux savoir ce que tu fais? Demanda soudain une voix doucereuse dans son dos.

Harry sursauta si fort qu'il se cogna contre la poignée de la porte. Il se redressa vivement, tentant de garder un air digne malgré la situation, et se tourna pour faire face au Seigneur des Ténèbres. Ce dernier le fixait avec condescendance de ses prunelles noires, et le regard qu'il posait sur lui n'avait rien d'avenant. Harry recula de quelques pas, à la fois intimidé et effrayé, comme toujours. Voldemort faisait naître en lui une peur irrationnelle et incontrôlable, et il ne se sentait jamais à l'aise ou totalement en sécurité en sa présence.

-J'écoute, répondit Harry sur le ton de l'évidence.

Mentir à Voldemort ne lui avait jamais traversé l'esprit. Cela lui semblait être une activité bien trop périlleuse.

-La curiosité peut être dangereuse, Harry. Tu ferais bien de t'en souvenir, à l'avenir. Elle a parfois du bon, mais pas en toutes circonstances.

Harry, la bouche sèche, approuva. Les yeux noirs du Seigneur des Ténèbres s'échouèrent sur le balai qu'il tenait tendrement sur son épaule, et Harry vira au cramoisi. Il se racla la gorge, brusquement mal à l'aise et, pour couper court à toute réprimande, il demanda:

-Vous serez là ce soir?

Voldemort tourna à nouveau son regard intense dans sa direction, et Harry soutint son regard fièrement. Il attendit patiemment, et plein d'espoir, que le Maître daigne lui répondre.

-Je serai là, approuva-t-il finalement au bout de quelques secondes d'un silence tendu.

Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire ravi, que le Seigneur des Ténèbres ne lui rendit pas. Pas mécontent néanmoins, il raffermit sa prise sur le manche de son balai et tourna les talons en s'exclamant:

-Bonne journée!

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Harry avait passé l'après midi à lire. Il était dans une période où il s'intéressait de près à la métamorphose magique, et il tentait de déchiffrer un livre sur le sujet bien trop compliqué pour un garçon de son âge. Les schémas et illustrations qui parsemaient le livre ne l'aidaient guère, et il passait de longues minutes concentré sur un même paragraphe afin d'en comprendre toute la complexité. De son index dressé, il refaisait les mouvements de baguette décris dans le livre tout en murmurant l'incantation, et s'imaginait alors que son livre devenait soudainement une souris grise. C'était passionnant. Horriblement laborieux. La magie dans toute sa complexité, comme il l'aimait. Il fallait la mériter, et en être digne.

Néanmoins, Harry n'était pas résolu à lâcher prise. Il voulait comprendre. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, cela lui semblait primordial. Lui qui n'avait jamais rien connu de sa vie sur la magie et qui allait dans quelques années entrer définitivement dans le monde magique sans le bagage qu'auraient la plupart des autres enfants de son âge, il devait se donner les moyens d'être à la hauteur.

C'était du moins ce que Voldemort pensait, et Harry pensait comme lui, évidemment. Il n'était pas plus idiot qu'un autre, il n'y avait pas de raison qu'il reste sur le banc de touche. Il suffisait seulement d'être déterminé, et de se donner les moyens de réussir.

La réussite n'est pas servie sur un plateau d'argent, disait-Il, et Harry voulait bien le croire.

C'est donc le cerveau empli de schémas complexes et de mots incompréhensibles qu'il se dirigea, le soir venu, vers les appartements du Maître. La nuit était tombée, et il aimait beaucoup ce moment de la journée où tout devenait paisible et silencieux.

Les appartements du Maître étaient éclairés d'une lumière diffuse, et les fenêtres étaient ouvertes, permettant à une brise fraîche d'envahir agréablement les lieux. Comme à son habitude, Harry jeta un coup d'œil par la baie vitrée et observa les lumières du village que l'on voyait briller en contrebats, dans la vallée. Il imagina les moldus, êtres insignifiants, s'agiter à ses pieds, et cette pensée le fit sourire avec arrogance.

Voldemort était installé dans un fauteuil élégant, et il posa sur lui un regard impénétrable quand Harry pénétra dans la pièce. Il se demanda si le Seigneur des Ténèbres l'avait attendu, et cette idée le fit sourire.

-Bonsoir, salua poliment le jeune garçon en esquissant un sourire radieux.

Voldemort hocha courtoisement de la tête, tandis qu'un léger sourire ironique se dessinait sur ses lèvres. Harry lui rendit innocemment son sourire tandis qu'il s'installait en tailleur sur le canapé faisant face au fauteuil. Il lissa sa robe de sorcier noire et dégagea les mèches de cheveux qui lui tombaient devant les yeux. Le regard du Maître s'égara au niveau de sa cicatrice, et Harry le vit pincer les lèvres.

Le silence s'installa entre eux, à la fois paisible et tendu. Harry avait conscience que le Maître attendait qu'il engage la conversation, mais le jeune garçon ne savait par quoi commencer. Il y avait tant de choses dont il voulait lui parler. Il voulait connaître son avis sur tout, du sujet le plus capital à celui le plus insignifiant mais savait que son temps était compté. La patience du Maître avait ses limites, et il ne tarderait pas à le congédier.

-Les sorciers n'utilisent pas de voitures, n'est-ce pas? Demanda-t-il doucement au bout de quelques secondes.

-Pourquoi le feraient-ils?

Harry haussa nonchalamment les épaules. Le Maître tenait sa précieuse baguette entre ses doigts fins, et Harry l'observa avec fascination et jalousie. Il avait récemment arrêté d'en réclamer une au Maître, quand il s'était fait congédier plus violemment que d'habitude, lorsqu'il avait posé la question une fois de trop.

-Mes parents sont morts dans un accident de voiture, expliqua-t-il posément. Mais ils étaient tous les deux sorciers.

-Ta mère, pas entièrement.

Harry fronça les sourcils, mais hocha néanmoins de la tête. Il réfléchit pendant quelques secondes, et la conversation qu'il avait eue avec Lucius Malofy quelques jours plus tôt lui revint en mémoire.

-Est-ce que, parce que c'était une Sang de Bourbe, cela signifie qu'elle n'était pas entièrement sorcière?

Voldemort inclina légèrement la tête, et Harry aurait voulu lire dans son esprit, à cet instant. La réponse à sa question l'inquiétait un peu. Si sa mère n'était pas totalement une sorcière, alors il n'était lui-même pas non plus totalement un sorcier, non? Y avait-il des chances pour qu'il n'ait pas sa place à Poudlard?

-Les nés-moldus sont des sorciers. Au même titre que les sang mêlés, et les sangs purs. La magie leur obéit autant qu'elle obéit à un sang pur, et ils peuvent réaliser les mêmes miracles que les autres. Néanmoins, ils sont moins dignes de manipuler quelque chose d'aussi pur que la magie, car ils ne sont pas vraiment légitimes. Ils sont une sous-espèce de sorcier, en quelque sorte. Ils ont, peut être, leur place dans la société, mais ils ne méritent pas d'en gravir les échelons.

Harry médita ces paroles pendant quelques secondes, songeur. Il regardait fixement les yeux noirs du Maître posés sur lui, et se sentait hypnotisé.

-Lucius dit que les né-moldus, c'est de la vermine.

Voldemort inclina légèrement la tête, mais ne fit pas de commentaire. Harry plissa les yeux, tentant de deviner s'il était également de cet avis.

-Ma mère n'était pas une vermine, dit-il, l'air déterminé. C'était une sorcière brillante.

Voldemort haussa un sourcil surpris.

-Comment le sais-tu? Demanda-t-il poliment.

Harry se rembrunit. Il n'en savait rien, évidemment. Mais il aimait se représenter sa mère ainsi, courageuse, effrontée et brillante, malgré son statut de née-moldue. Il croisa les bras sur sa poitrine et jeta un regard plein de défi à Voldemort, le défiant de le contredire.

-Comment un né-moldu peut-il être un sorcier? Demanda finalement Harry au bout de quelques secondes de silence. Je pensais que la magie se transmettait par le sang. Si les deux parents sont moldus, comment leur enfant peut-il être un sorcier?

Un léger sourire joua sur les lèvres du Maître. Harry sourit à son tour timidement, bien qu'il ne comprit pas ce qu'il pouvait y avoir d'amusant dans ses paroles. Il parlait sérieusement.

-Oui, c'est un mystère, depuis bien longtemps.

Harry attendit, impatiemment mais sans le montrer, que le Maître poursuive, ce qu'il ne fit que quelques secondes plus tard:

-Peut être l'ont-il volée, suggéra-t-il doucement en le fixant sans ciller.

-Voler quoi? Demanda Harry, perplexe.

-La magie.

-Voler la magie, répéta Harry, de plus en plus désorienté, goûtant ces trois étranges mots du bout des lèvres.

Voldemort l'observait avec attention, comme s'il voulait jauger sa réaction. Harry s'installa plus confortablement sur les coussins du canapé, l'esprit bouillonnant de centaines de pensées qu'il essayait de discipliner. Voler la magie, l'idée lui paraissait folle. Il se demanda si le Seigneur des Ténèbres parlait sérieusement, ou s'il essayait seulement de le faire réfléchir.

-Comment peut-on voler la magie? Interrogea-t-il. Un bébé dans le ventre de sa mère ne peut pas voler de la magie à un sorcier. Surtout si ses deux parents sont moldus et qu'ils n'ont jamais croisé un sorcier de leur vie. Et puis la magie, c'est quelque chose d'abstrait. On ne peut pas l'attraper pour la voler.

Il hocha de la tête, l'air convaincu. Plus il y pensait, et plus l'idée lui paraissait absurde.

-Comment expliques-tu l'existence de nés-moldus, dans ce cas?

-Je ne sais pas, admit-il en faisant la moue. Est-ce que je peux trouver la réponse dans un livre?

-Je ne pense pas. C'est un mystère qui n'a pas encore été résolu, à ce jour. Il y a beaucoup de théories, mais peu me semble vraisemblable.

-Est-ce que c'est votre théorie, le vol de la magie?

-C'est une hypothèse qui revient souvent. Mais elle n'a jamais été prouvée.

Ils s'observèrent longuement, dans un silence profond. Le regard du Maître était noir, intense, profond, hypnotique. Harry le fixait sans ciller, réfléchissant intensément à toutes ces informations. Il aimait la façon dont le Maître lui exposait ses idées et ses pensées, tout en le laissant se forger sa propre opinion. Il avait l'impression de garder son libre arbitre. Voldemort ne cherchait pas à l'influencer ou à lui bourrer le crâne d'idées préconçues. Il le laissait réfléchir par lui-même et se forger sa propre opinion, et Harry lui était reconnaissant pour cela.

Comme un enfant face à ses parents, Harry adoptait souvent le point de vue du Lord, car c'était le seul qu'il avait à sa disposition. Voldemort lui parlait sans scrupules de ses pensées, de ses idéaux, mais il n'avait jamais cherché à les lui imposer. Il ne cherchait pas à imposer sa vision du monde à Harry, mais, comme souvent, l'enfant qu'était Harry reprenait les idées de celui qu'il considérait comme son mentor.

-Est-ce que les nés-moldus sont plus faibles que les autres, alors?

-Magiquement parlant? Evidemment. Tu ne peux pas comparer un sorcier issu d'une longue et ancestrale famille de sorciers à un né-moldu, Harry. Leur pouvoir n'est pas le même. Les nés-moldus ne sont pas inaptes à la magie, mais ils ne la méritent pas, particulièrement s'ils l'ont volée.

-Les sangs purs sont supérieurs.

Voldemort hocha patiemment de la tête. C'était une phrase qu'Harry entendait souvent, dans les couloirs du Manoir. Les Mangemorts se targuaient régulièrement d'être des sangs purs issus de vieilles familles de sorciers, mais Voldemort lui avait un jour affirmer que ce n'était que vantardises, et que la plupart des hommes n'étaient pas aussi purs qu'ils aimaient l'affirmer. Cela avait fait sourire Harry.

-Je ne suis pas un sang pur, ajouta Harry, un peu déçu. C'est pour cela que Lucius ne veut pas que je rencontre son fils.

Le Seigneur des Ténèbres eut l'air agacé, et Harry se tut brièvement. Il balaya sèchement l'air de la main, comme s'il voulait chasser une mouche particulièrement agaçante, et affirma:

-Cela n'a pas d'importance. Ce que tu dois retenir et mettre en avant, c'est que tu descends d'une grande famille sorcière, les Potter. Tu es le dernier héritier vivant, et c'est à toi de redorer le blason terni par ton père.

Harry fit la moue, mais n'osa pas le contredire. A ses yeux, que son père ait épousé une née-moldue était le moindre de ses soucis. Il n'y accordait aucune importance. Ses parents s'étaient mariés parce qu'ils s'aimaient, du moins c'est ce qu'il aimait penser, et si son père avait su passer outre le statut de sang de son épouse, c'est que cela ne devait pas être aussi important que le proclamaient les Mangemorts.

-Les nés-moldus sont de plus en plus nombreux dans notre société, reprit soudain Voldemort d'un air sombre. Mais le lien puissant qu'ils gardent avec le côté moldu de leur famille est un danger pour notre société. Que se passerait-il, à ton avis, si les moldus venaient à apprendre notre existence?

Harry se redressa prestement, l'air soudain concentré. Il réfléchit sérieusement à la question pendant quelques secondes, sous le regard patient du Maître.

-Ils auraient peur, dit-il finalement en repensant à son oncle et sa tante.

Voldemort hocha imperceptiblement de la tête.

-Et que font les moldus, quand ils ont peur?

Harry inclina la tête. Il n'avait plus pensé à son oncle et sa tante depuis des mois. Il s'efforçait d'effacer cette période maudite de ses souvenirs. Ce n'était pas quelque chose dont il était fier, de s'être laissé rabaisser et humilier par des moldus, et il évitait généralement d'y penser. Il se sentait honteux, devant Voldemort, et aurait préféré que le Maître ignore cette partie-là de son enfance.

-Ils se mettent en colère, chuchota-t-il en repensant à ces heures interminables qu'il avait passées dans son placard, après qu'il se soit passé quelque chose d'étrange et d'inexpliqué.

-Exactement. Ce serait la guerre.

Harry releva la tête.

-Entre les sorciers et les moldus?

Voldemort approuva posément. Il fixait Harry d'un regard si intense que le jeune homme avait l'impression qu'il attendait quelque chose de lui. Son index long et pâle caressait nonchalamment le bois lisse et chaud de sa baguette magique.

-Mais les moldus sont trop faibles, ils ne feraient pas le poids, contre nous et notre magie, affirma Harry en fronçant les sourcils.

-Ne sous-estime pas les moldus. Ils possèdent des armes puissantes et dangereuses, autant que peut l'être la magie.

Harry approuva, prenant soin d'ancrer ses paroles dans son crâne. Tout ce que disait le Seigneur des Ténèbres lui paraissait primordial. Il voulait tout retenir, jusqu'au moindre détail. Cela lui semblait capital, de ne surtout rien oublier.

-C'est pour cela qu'il ne faut pas qu'ils apprennent notre existence? Demanda-t-il. Pour ne pas qu'il y ait une guerre?

-Entre autre, oui. Les moldus n'ont rien à faire dans notre monde. Ils ne le comprendraient pas, ils n'y seraient pas à leur place, et ceux qui pensent l'inverse se trompent lourdement. Nous nous devons de préserver le secret de notre existence, et les nés-moldus le mettent gravement en danger.

-Pourquoi? interrogea candidement Harry.

Le regard du Seigneur des Ténèbres sembla se durcir face à cette innocente question, et Harry referma précipitamment la bouche. Le Maître était si imprévisible qu'il avait du mal à anticiper ses réactions. Il posait les questions qui lui passaient par la tête, sans se demander au préalable si elles étaient appropriées ou non.

-Parce qu'ils sont trop liés avec le monde moldu. Ils passent d'un monde à un autre en toute impunité, dévoilent le secret à leurs proches, amènent des traditions et des valeurs moldues qui n'ont pas leur place dans notre monde. Ils nous rendent vulnérables et nous affaiblissent.

Les yeux du Maître brillaient d'une lueur fervente, et Harry était hypnotisé par ce regard animé. Le Seigneur des Ténèbres parlait avec une dévotion et une conviction qu'il ne cherchait pas à dissimuler, et Harry le trouvait majestueux. Il s'enivrait de ses paroles, les laissait couler en lui et s'en imprégnait avec avidité. Il était convaincu, car le Maître l'était lui-même profondément et qu'il arrivait, par Harry ne savait quel tour de magie, à ancrer ses paroles au plus profond de son être.

-Alors, il faudrait que les nés-moldus quittent définitivement le monde moldu, quand ils rentrent dans le notre, de monde?

Le Maître inclina légèrement la tête. Il le vrilla de son regard intense, et affirma:

-Ou qu'ils n'entrent jamais dans le notre. L'important, c'est que la frontière qui sépare nos deux mondes reste définitivement close.

Harry resta interdit pendant quelques secondes, face à cette assertion inattendue. Il fixa le Seigneur des Ténèbres avec attention, s'attendant à ce qu'il ajoute quelque chose, à ce qu'il s'explique, mais il n'en fit rien. Harry fronça les sourcils, et prit quelques secondes pour rassembler ses pensées avant de les dire à voix haute.

-Mais les nés-moldus, ce sont des sorciers, quand même, même si leurs parents sont moldus. Ils ont le droit de vivre parmi nous.

-Pas au risque de mettre en péril la suprématie et le secret du monde sorcier.

Le ton catégorique de Voldemort était clair, et Harry ne chercha pas à le contredire. Il y avait des points qui ne prêtaient pas à discussion, avec le Seigneur des Ténèbres, et celui-ci en était clairement un. Harry n'avait pas l'intention de discuter, mais il trouvait cela un peu radical, comme point de vue. Sa mère était une née-moldue, et il n'aurait pas aimé la voir bannir du monde sorcier.

Voldemort se pencha un peu en avant dans son fauteuil, et posa ses coudes sur ses genoux, en fixant Harry avec intensité. Le jeune garçon releva le visage dans sa direction, attentif.

-Les sorciers, les vrais, ceux qui descendent d'une longue lignée de sorciers, sont très attachés à des valeurs et traditions ancestrales, qui se perdent d'années en années. La civilisation moldue s'immisce peu à peu au milieu de nos traditions et valeurs millénaires, et le monde sorcier perd chaque année de sa grandeur passée, de sa gloire, de sa suprématie, de son identité. Si nous ne faisons pas attention, un jour au l'autre, le monde moldu envahira le nôtre, et ce danger provient des nés-moldus, qui sont trop liés au monde moldu quand ils entrent dans le nôtre. Nous devons préserver nos valeurs, nos traditions, notre gloire, notre suprématie, la pureté de notre sang en faisant attention à ne pas le mêler au sang impur et moldu.

-Je suis impur, souffla Harry, l'air vaguement contrit.

-Mais tu descends d'une grande famille de sorcier. Tes grands parents ont commis une faute en laissant leur Héritier épouser une née-moldue, mais la lignée des Potter est une grande lignée de sorciers, qui se perpétuera à travers toi, malgré cet...écart de conduite.

Harry approuva doucement.

-Vous connaissiez mon père? Demanda-t-il avidement. Est-ce qu'il faisait parti de vos Mangemorts?

Voldemort l'observa pendant quelques secondes, et Harry fut bien incapable de déchiffrer son expression. Il retint son souffle et se pencha en avant, avide et curieux.

-Non, il n'en faisait pas parti.

-Pourquoi pas? C'était un sang pur.

-Certes. Malheureusement, tous les sangs pur ne partagent pas cette opinion sur la pureté du Sang. Ton père a épousé une née-moldue, tu dois bien te douter qu'il ne croyait pas en leur...nuisance. Danger.

Harry fronça les sourcils. Il réfléchit quelques instants, un peu perplexe. Il se tenait droit et trépignant au bout du canapé, penché en direction du Lord sans en avoir vraiment conscience. Il le fixait sans réellement le voir, perdu dans ses réflexions. Voldemort, confortablement installé dans son fauteuil, n'esquissa pas un geste. Il fixait Harry avec une certaine condescendance indulgente, attendant patiemment que le jeune garçon vienne à bout de toutes les pensées contradictoires qui l'assaillaient.

-Je croyais que tous les sorciers pensaient la même chose, souffla-t-il finalement, au bout de plusieurs minutes de silence. Sur la nuisance et le danger des nés-moldus. Et la supériorité des sorciers sur les moldus.

Voldemort haussa un sourcil.

-Il n'existe aucune société où tous ses membres ont la même opinion, Harry.

Harry médita cette phrase quelques secondes. Son regard s'égara sur la baguette du Lord, qu'il faisait tournoyer habilement entre ses doigts.

-Qui ne pense pas comme vous? Demanda-t-il posément. Mon père?

-Ton père est mort, Harry.

-Parce qu'il ne pensait pas comme vous?

Voldemort haussa un sourcil, l'air vaguement interdit. Harry, la bouche entre-ouverte, le fixa attentivement. Face à ce regard noir, il eut l'impression d'avoir dit une bêtise, et il en rougit de honte.

-Je sais qu'il est mort, corrigea-t-il précipitamment. Mais il ne pensait pas comme vous, vous venez de le dire. S'il ne faisait pas parti de vos Mangemorts, c'est qu'il ne partageait pas les mêmes opinions, non? Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes qui ne pensent pas comme vous?

Plusieurs secondes s'écoulèrent avec que le Seigneur des Ténèbres ne daigne répondre.

-Qui te dit que c'est eux qui ne pensent pas comme moi? Cela pourrait être moi, qui ne pense pas comme eux.

Le Lord haussa un sourcil. Il avait l'air vaguement amusé par l'expression perplexe qu'arborait Harry. Il se tapota le menton du bout de sa baguette magique, fixant Harry d'un regard carnassier. Harry n'avait jamais envisagé que le Lord puisse être une minorité. Que ce qu'Il pensait ne soit pas ce que tout le monde pensait.

-Ca dépend qui sont les plus nombreux, non? Les sangs purs, ou les nés-moldus.

Voldemort inclina légèrement la tête, souriant doucement.

-Dans tous les cas, il y en a quelques uns, qui ne pensent pas comme moi, oui. Mais il ne faut pas s'arrêter à cela. Il faut avoir le courage de crier haut et fort ses opinions, de les assumer, quoiqu'il en coûte. C'est comme ça que tu gagneras le respect et le soutien de ceux qui pensent comme toi, mais qui l'assument moins. Ne te laisse jamais déstabiliser par quelqu'un qui s'oppose à ce que tu penses.

Harry haussa les épaules. Il n'avait pas l'occasion de mettre cela en pratique mais, comme toujours, il rangea soigneusement ce conseil dans un coin de son esprit.

-Et s'ils sont violents? Demanda-t-il en pensant à son oncle Vernon et son visage rouge de fureur quand Harry lui parlait de magie.

-Alors soit plus violent qu'eux.

Harry approuva doucement.

-Et s'ils sont méchants, je dois être plus méchant qu'eux?

-De toute évidence.

Harry resta songeur. Le Seigneur des Ténèbres continuait de le fixer avec intensité, et il soutenait son regard sans s'en rendre compte. Il ne le voyait pas vraiment, perdu dans ses pensées. Harry, fébrile, finit par se lever. Il arpenta doucement la pièce, sans but réel, et un peu inconsciemment, sous le regard intense du Maître.

Il repensait aux discussions qu'il avait eues avec le Maître. Ils avaient toujours plus ou moins abordé ce sujet, mais jamais aussi profondément, jamais en entrant autant dans les détails. Harry se demanda si le Maître le considérait enfin comme "grand", et si c'était pour cela qu'il se livrait plus que d'habitude.

-Mais s'il y a des gens qui s'opposent à ce que vous pensez, alors comment voulez-vous changer les choses, avec vos Mangemorts? Ils ne vous laisseront pas faire, si?

-Il suffit d'être déterminé.

Un léger sourire joua sur les lèvres du Maître, et Harry le fixa pendant quelques secondes, un peu perplexe. Il y avait quelque chose de menaçant, dans cette expression dangereusement amusée, mais Harry ne comprit pas pourquoi. Tous deux se fixèrent pendant quelques secondes, puis Harry demanda:

-Vous êtes déterminé?

-Evidemment.

-Alors, comment vous allez faire?

Voldemort sourit de plus belle. Il croisa nonchalamment les jambes et se caressa doucement la lèvre inférieure du bout de sa baguette, sous le regard un peu jaloux du jeune garçon. Harry s'appuya contre le dossier du canapé et fixa le Lord avec avidité.

Le sourire quelque peu arrogant du Maître lui faisait froid dans le dos, mais il essayait tant bien que mal de le cacher.

-Que lis-tu, en ce moment? Demanda soudain celui-ci.

Harry fronça brièvement les sourcils, mais se laissa distraire avec une facilité enfantine. Il se redressa prestement et, se rappelant soudain ses soucis de lecture, il demanda:

-C'est quoi, les exceptions à la loi de Gamp?

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Voilà pour ce chapitre, qui marque le retour de Voldemort! Ils abordent des sujets un peu plus délicats, mais le Maître ne se démonte pas! Qu'en pensez-vous? J'espère qu'il vous a plu!

A la semaine prochaine pour la suite!

Natom, 30/05/15