J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre. D'abord, parce qu'au vu des reviews que vous m'avez laissées, j'étais au septième ciel et je ne savais pas si je pouvais faire quelque chose du même acabit. Et j'ai peur de tomber dans la guimauve. Et je crains toujours autant pour les dialogues. Et je ne suis pas satisfaite de ce que j'ai pondu. Bref.

Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai eu autant de critiques positives et que le chapitre précédent vous ait autant plu... Mille mercis !


La nuit fut pour le moins mouvementée pour Quinn. Elle ne cessait de revoir son appartement vide, des croix gammées sur des uniformes immaculés, et se réveillait alors en sursaut de peur que ses cauchemars ne soient devenus réalités ; mais à chaque fois qu'elle ouvrait les yeux, elle sentait la présence de Rachel, tout autour d'elle, et ses bras autour de sa taille, alors seulement pouvait-elle se rendormir sans crainte.

Elle ne pouvait s'empêcher de resserrer son étreinte sur la jeune fille, comme si elle ne faisait confiance qu'à son sens du toucher pour la rassurer.

Elle s'extirpa définitivement du sommeil lorsqu'elle sentit de languides caresses sur son dos, à travers sa chemise, si délicates qu'elle pensa d'abord les imaginer.

Il lui semblait que des années s'étaient écoulées depuis la dernière fois où Rachel et elle avaient dormi ensemble. Mais à peine vingt-quatre heures avaient passé, et tant d'événements qui lui apparaissaient si proches et si lointains à la fois.

En ouvrant les yeux, Quinn vit le visage cerné de cheveux bruns qu'elle avait si souvent observé dans le moindre détail, en général quand Rachel s'endormait contre elle et que ses traits n'étaient éclairés que par la lumière de la lune ou des réverbères.

La blonde se demanda brièvement si elle avait le droit de la regarder ainsi, quand Rachel n'en était pas consciente ni, peut-être, consentante, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle avait été à un cheveu de la perdre et jamais ne recommencerait. Elle ne pouvait pas non plus s'arrêter d'essayer de mémoriser son visage, ses traits fins et la courbe de son nez, comme si c'était la dernière fois qu'il lui était donnée de voir la jeune femme.

Quinn sentit des larmes sous ses paupières en imaginant se réveiller seule, sans une tête brune contre son sternum et un corps minuscule contre le sien.

Quand Rachel se réveilla et s'étira quelques minutes plus tard, elle fut accueillie par une vision qu'elle aurait espérée ne plus jamais connaître — bien qu'elle ne l'eut vue qu'une seule fois, à peine quelques heures plus tôt, dans cet état-là — le visage de Quinn constellé de larmes.

Elle se mordit la lèvre inférieure en pensant que c'était de sa faute si la blonde pleurait, et, avec mille précautions, leva son bras pour écarter quelques mèches blondes de son visage. Le geste sembla la sortir de sa torpeur, car elle ouvrit lentement deux yeux verts, humides et fatigués, qui retrouvèrent un morceau de leur éclat en rencontrant leurs homologues bruns.

Rachel sourit, doucement, malgré la tristesse et la douleur qui, elle en était sûre, étaient peintes sur son visage, et Quinn copia timidement son action.

La brune n'osait bouger, de peur de perturber la jeune femme ou de briser le moment en ouvrant la bouche ou en agissant stupidement. Mais cela ne sembla pas interrompre la blonde dans sa contemplation, qui explorait sans fin sa beauté de son regard.

Puis Quinn osa un geste — elle qui faisait rarement le premier pas, par manque de courage ou simplement par honte, elle ne le savait trop elle-même.

Elle s'approcha de son visage et posa, sans trop y réfléchir, un baiser sur sa joue pendant une seconde ou deux avant de reprendre sa position initiale, les yeux fermés.

Pas sur les lèvres. Pas ailleurs. Elle sentait qu'elle n'en avait pas le droit, ou pas la force.

Bien qu'elle n'ait pas oublié l'endroit où Rachel l'avait embrassée la veille, sur ce même canapé.

Pourquoi n'osait-elle pas l'embrasser sur la bouche, elle n'en savait rien. Rachel l'avait pourtant bien fait. Ce serait exactement le même geste. La seule différence serait que Quinn aurait initié le baiser. Mais elle ne pouvait se le permettre. Que Rachel l'embrasse par gratitude ou pour apaiser ses craintes était une chose, mais elle ne pouvait décemment pas s'autoriser un acte qui aurait d'aussi grandes conséquences.

Elle ne pouvait dévoiler ses sentiments à Rachel de cette façon. Ce serait injuste. Irrespectueux.

La jeune blonde rouvrit les paupières après qu'une minute a passé, sortant de ses pensées, et ces deux mêmes yeux continuaient de la regarder instamment, bienveillants, oublieux des tourments qui l'assaillaient de toute part.

C'était mieux ainsi. Il ne fallait pas que Rachel sache ce qui hantait Quinn, ou même que Quinn était rongée par l'inquiétude. Plus que tout, Quinn voulait la protéger, et s'il fallait aussi la protéger d'elle-même, alors c'est ce qu'elle ferait.


Ce fut la première fois depuis très longtemps que Quinn ne fit strictement rien de sa journée, au sens propre du terme. Elle n'avait pas trouvé la force de s'extraire de l'étreinte apaisante de Rachel, ni même l'envie, et bien que la jeune Juive se leva ensuite pour utiliser la salle de bains et se préparer à manger, Quinn ne put que se recroqueviller sur elle-même, toujours sur ce canapé incommode.

Elle se sentait incroyablement coupable d'avoir mis la vie de Rachel en danger, de ne pas l'avoir assez protégée.

C'était pourtant ce pourquoi elle l'avait recueillie, lorsqu'elle l'avait vue dans la cave de l'immeuble ; elle avait pensé qu'il faudrait offrir un abri à la jeune femme, et surtout, un abri sauf.

Mais elle n'avait qu'un appartement, minuscule, au pied de la butte Montmartre et avec vue sur la station de métro Abbesses — et même si le métro était déserté ces temps-ci, elle aurait pu trouver un endroit plus sécurisé pour leur éviter des frayeurs, à toutes deux, qui pourraient devenir réalité.

Quinn ferma les yeux tout en resserrant sa prise sur ses genoux, enterrant son visage contre sa poitrine.

Elle savait que cette relation serait compliquée. Ouvrir la porte de chez soi à une Juive alors que les nazis couraient les rues et séjournaient depuis des années dans la moitié de l'Europe, y compris dans la capitale française, n'était décemment pas exempt de conséquences.

Le temps où la blonde courait les rues sans regarder derrière elle lui semblait loin, comme s'il n'avait existé que dans ses fantaisies oniriques.

Elle se demanda vaguement si Rachel avait pu, en Autriche ou ailleurs, jamais déambuler dans les allées et les boulevards d'une ville sans sentir une menace constante tout autour d'elle.

Cette seule pensée raviva des larmes encore fraîches à ses yeux, et elle appuya ses paupières contre ses rotules pour les empêcher de couler.

Elle avait déjà assez perdu de temps à pleurer sur des événements qui n'avaient pas eu lieu. Il fallait qu'elle sorte de sa léthargie si elle voulait réellement aider Rachel.

Quinn balança ses jambes sur le sol avant de se frotter les yeux en étouffant un bâillement. Elle réfléchit à ce qu'elle pourrait faire de sa journée, n'ayant pas envie de parcourir des kilomètres pour un morceau de pain et de croiser, encore et encore, ces uniformes qu'elle haïssait tant.

Elle songea subitement à ses voisins, et cette pensée ne la quitta pas de la journée.

Il fallait qu'elle aille les remercier. Ils avaient peut-être, inconsciemment, sauvé Rachel des griffes de la barbarie et de la torture, et elle ne pourrait jamais les gratifier assez pour cela.

Et peut-être pourrait-elle, par la même occasion, leur révéler les quelques changements survenus dans sa relation avec la belle Juive, bien qu'elle-même n'en sache trop sur le sujet.

Elle sentait simplement que cela pourrait l'aider d'avoir quelqu'un à qui en parler — surtout qu'elle avait quelqu'un à qui parler. Elle ne s'était jamais sentie aussi reconnaissante de ne pas être seule qu'à ce moment-là.

Quinn prit une grande inspiration pour calmer ses nerfs, décidée à honorer sa résolution.

Cependant, quand Rachel sortit de la salle de bains, quinze minutes plus tard, lavée et vêtue d'une robe qui lui tombait sur les chevilles, Quinn faisait les cent pas dans le salon, les mains dans les poches, une gouttelette de transpiration lui coulant sur le front.

Elle était certaine qu'elle allait bientôt s'évanouir, ou s'écrouler de désespoir, ou bien les deux à la fois.

Quinn vit que Rachel était face à elle, et lui jeta un regard avant de s'adresser à elle.

« Il faut que j'aille voir Mercedes. J'ai quelque chose à lui dire. Surtout, n'hésite pas à crier ou à te débattre ou à taper du pied sur le plancher pour que l'on t'entende si jamais il y a le moindre problème. J'arriverais le plus vite possible, je ne laisserais personne te toucher. Je te le promets. »

La voix de Quinn était autoritaire, presque menaçante, et Rachel ne savait pas si elle devait se sentir heureuse d'être autant protégée ou effrayée par sa frénétique inquiétude.

Elle savait (ou plutôt, se rappela juste à ce moment) que Quinn n'était pas de nature violente, et que jamais elle ne lui ferait de mal, et cela suffit à la rassurer.

Rachel s'approcha doucement de la jeune femme — elle ne l'avait jamais vue s'animer autant — et posa avec hésitation sa main sur son bras. Le contact fit sursauter la blonde, qui regarda avec embarras les doigts qui venaient de l'effleurer avant de soupirer, puis de fixer son regard sur le sol.

« Excuse-moi. Je suis un peu nerveuse. » Quinn passa une main dans ses cheveux en soupirant lourdement. « Je pourrais rester ici, fit-elle d'une voix monotone, presque sans émotion. Tant pis pour Mercedes, tant pis pour les vêtements. Si en contrepartie, cela veut dire que tu seras en sécurité, ce ne sera pas un si mauvais compromis. »

La plus petite haussa un sourcil à cela.

« C'est complètement absurde, Quinn, répliqua Rachel. Il est hors de question que je devienne la raison qui t'empêche de quitter ton appartement. C'est ridicule.

— C'est moi qui t'ai proposé de rester, répondit la blonde calmement, alors c'est à moi de m'assurer que tu n'y sois pas en danger. »

Puis, tout bas, Quinn ajouta, les joues rougissantes : « Je ne me le pardonnerai pas s'il t'arrivait quelque chose. »

Quinn espérait que Rachel comprendrait que ses mots ne provenaient pas d'une intention égoïste, et qu'elle sentirait qu'elle se souciait sincèrement, profondément d'elle et de son bien-être. Lorsqu'un instant plus tard, Rachel glissa sa main dans la sienne et lui sourit, elle sut qu'elle comprenait.

Ses inhibitions et ses peurs l'empêchaient peut-être d'agir, mais elle sentait que tout s'arrangerait en temps et en heure. Elle y veillerait.

Elle fut tellement prise dans ses pensées qu'elle ne remarqua qu'après coup que Rachel s'était approchée d'elle, relevant son visage à l'aide de ses doigts fins et la fixant avec une intensité presque effrayante, mais terriblement douce.

« Il ne m'arrivera rien. Va faire ce que tu as à faire. Tu n'es pas obligée de rester enfermée, et d'ailleurs, ce n'est pas ça qui pourra me sauver si jamais il y avait un... accident. »

Quinn avait oublié à quel point elle pouvait être convaincante. De plus, la brune avait raison. Si jamais des soldats décidaient de payer une visite à son appartement, elle ne pourrait rien y faire. Elle prit une grande inspiration et hocha distraitement la tête.

« D'accord. Je vais aller la voir. » Puis, elle posa son regard soucieux et attentionné sur la jeune femme. « Surtout, fais attention à toi. Crie s'il y a le moindre problème. Ferme la porte à clé derrière moi. Je frapperai deux coups quand je reviendrai. »

En un éclair, la blonde s'approcha pour embrasser la joue de Rachel, puis s'en fut une seconde plus tard, refusant de voir sa réaction.

Si elle s'était retournée, elle l'aurait vue se tenant la joue, un sourire timide et plein d'espoir étirant ses lèvres.


Dès que la porte s'ouvrit sur la figure aimante et soucieuse de Mercedes, Quinn tomba une nouvelle fois en larmes et s'écroula dans les bras de sa voisine.

La jeune Antillaise recouvra vite ses esprits, et passa ses bras autour des épaules tremblantes de la femme blonde avant de la tirer chez elle, sans un mot.

Elle installa sa voisine sur l'un des deux fauteuils du salon qui entouraient la table en bois, puis s'éclipsa un instant dans la cuisine pour mettre la bouilloire à chauffer. Elle regarda un instant la vapeur s'en échapper par le bec en soupirant.

Voir Quinn dans cet état de désespoir incoercible, qui plus est pour la deuxième fois en deux jours, provoquait chez elle un sentiment déplaisant qu'elle voudrait ne plus jamais éprouver. Mais elle savait bien que sa voisine traversait une période difficile, plus dure que lorsqu'elle était venue s'installer à Paris et qu'elle ne connaissait personne. Dorénavant, elle devait s'occuper d'une rescapée Juive en plus d'elle-même, et Mercedes savait que cela menait à devoir être beaucoup plus vigilante qu'à l'accoutumée.

En revenant dans le salon, elle posa une tasse de thé vert à la menthe devant Quinn qui, les yeux rougis, esquissa un faible sourire avant de tendre une main fébrile vers sa boisson chaude. Mercedes s'assit face à elle, attrapant l'autre main de la blonde d'une poigne ferme et rassurante.

Quinn ne rencontrait pas son regard, mais elle prononça des mots qui l'intriguèrent tout autant qu'ils l'inquiétèrent.

« Je suis désolée, dit-elle à voix basse et en reniflant. Je ne voulais pas... Je ne suis pas venue pour pleurer sur ton épaule, c'est juste que...

— Ne t'en fais pas, la coupa Mercedes avec un sourire apaisant. Je comprends que tu aies envie de parler. Ou que tu n'en aies pas envie, d'ailleurs. Tu sais que tu peux me rendre visite quand tu veux, tu es toujours la bienvenue ici. »

Quinn ébaucha un mince sourire. Mercedes avait toujours été cette femme douce et patiente, qui inspirait la confiance et pouvait soigner le plus meurtri des cœurs. Dès leurs premières entrevues — et ce, même lorsque Sam était présent —, c'étaient ces qualités qui avaient adouci Quinn au contact des étrangers et l'avait prompte à garder le contact avec ses voisins, maintenant élevés au rang d'amis.

Pourtant, elle ne savait comment ces mêmes amis apprendraient la nouvelle qu'elle s'était entichée de sa colocataire Juive, fugitive et citoyenne illégale, dont la vie était à chaque instant menacée.

La main sur la sienne étreignit ses phalanges, et elle se souvint brusquement des raisons de sa visite. Quinn prit une grande inspiration, à la fois pour ce qu'elle s'apprêtait à dire et pour calmer les battements frénétiques de son cœur.

« Je suis venue pour te remercier, toi et Sam, pour ce que vous avez fait pour Rachel hier après-midi. Je suis désolée d'avoir un peu paniqué, j'avais croisé des soldats juste en bas et j'ai perdu les pédales, et si vous n'aviez pas été là, je ne sais pas si elle aurait...

— Respire, chérie, respire, tout va bien » dit la jeune femme en serrant la main pâle dans la sienne, et, poursuivant une fois que la blonde suivit ses conseils : « C'est tout naturel que d'avoir invité Rachel chez nous. Tu n'as pas à nous remercier pour si peu. Mais j'ignorais que tu avais vu des soldats ici, et s'ils étaient entrés, je te jure qu'ils n'auraient pas touché à un cheveu de Rachel. »

Quinn fut secouée d'un petit rire, oubliant une seconde la gravité du sujet pour bénir mentalement la femme qui se trouvait assise face à elle et qui réussissait à illuminer sa journée.

Puis la gravité de l'événement retomba soudain sur son esprit, lourd, ineffaçable de ses souvenirs, et elle eut peur de ne jamais pouvoir débarrasser sa mémoire de ces horribles images qui repassaient sans cesse devant ses yeux.

En relevant le regard, elle rencontra celui de Mercedes, calme et puissant à la fois, et cela suffit à la décider.

« Je ne suis pas venue seulement pour te remercier, fit-elle d'une voix anormalement sereine, presque murmurée. C'est juste... je ne sais pas trop comment expliquer.

— Quoi donc ?

— C'est stupide, vraiment, et ça ne veut peut-être rien dire, après tout. Je n'aurais pas dû te déranger pour si peu, je m'excuse d'avoir débarqué à l'improviste sans même...

— Quinn. »

La détermination avec laquelle Mercedes avait prononcé ce simple nom cloua la blonde sur place. Sa voix puissante avait une intensité qui laissait peu de place à la contestation. Quinn reprit brièvement son souffle, calmant ses nerfs par la même occasion, avant de débiter d'une seule traite les mots qu'elle avait redouté de prononcer et qui, pourtant, lui provoquèrent une sensation familière et revigorante dans la poitrine.

« Rachel m'a embrassée. »

On y était. Elle ne pouvait plus faire demi-tour. Elle avait révélé à Mercedes ce fait tout simple qui lui avait retourné l'esprit et ravivé une chaleur longtemps oubliée au creux des poumons.

Dorénavant, Mercedes savait.

Et elle ne répondait rien.

Son regard restait fixé sur la jeune femme, ne donnant aucune indication sur ce qu'elle ressentait par rapport à cette nouvelle information. Quinn prit soudain peur. Les joues s'échauffant de plus en plus sous ces yeux inquisiteurs, elle bredouilla quelques mots en se levant, faisant son chemin vers la porte d'entrée, lorsqu'une main couleur chocolat lui attrapa le poignet.

« Quinn... » Sa voix douce contrastait avec le ton ferme qu'elle avait employé il y a un instant. La blonde retenait sa respiration, se sentant incapable de supporter un autre rejet, lorsque Mercedes la surprit en articulant ces mots.

« Tu es amoureuse de Rachel ? »

Elle ne sut si c'était une question ou une déclaration ; sans doute un peu des deux. Et cependant, la véracité de cette seule et unique phrase aurait eu le don de la faire tomber à la renverse si ce n'était pour l'étreinte de Mercedes sur son poignet.

Jamais une vérité ne s'était présentée à elle de façon si directe.

La réalisation se fit rapidement dans son cerveau, trop rapidement, et Quinn ne remarqua ses larmes qu'après que Mercedes les ait essuyées.

Les minutes qui suivirent passèrent sans que Quinn ne s'en aperçoive, et elle se retrouva sans trop savoir comment assise sur le canapé, deux bras étreignant ses épaules et caressant ses cheveux, apaisant ses craintes. Mercedes ne prononçait pas un mot, mais le silence était tout sauf inconfortable.

La jeune femme blonde avait juste besoin de temps, et cela, sa voisine le savait.

Elle la laissa sécher ses pleurs contre son épaule jusqu'à ce que Quinn ait assez de force pour lever la tête et retrouve l'usage de la parole, mais Mercedes la coupa avant qu'elle ne puisse dire un mot.

« Ne t'excuse pas, fit-elle doucement. Tu n'as aucun besoin de t'excuser. »

La blonde resta perplexe un moment, avant de hausser les épaules en reniflant.

« Je devrais m'excuser. C'était égoïste de ma part de penser que je pourrais...

— N'essaie même pas de finir ta phrase, Quinn Fabray. »

Quinn ouvrit de grands yeux, mais obéit à son amie. Cette dernière prit sa main entre les siennes, la serrant affectueusement sans la quitter des yeux.

« Je sais que tu as peur, poursuivit Mercedes sur un ton plus doux. Tu es effrayée de ce que tu peux ressentir, de ce que tu ressens, et c'est tout à fait normal. Je ne peux pas imaginer toutes les horreurs que tu as dû endurer parce que tu as décidé d'assumer tes préférences pour les femmes (ici, Quinn n'eut même pas la force de rougir, bien qu'elle en éprouvait l'envie), et crois-moi, je n'ai pas souvent rencontré quelqu'un d'aussi courageux. C'est sincère. »

Ses traits adoucis inspiraient tant confiance à la jeune femme qu'elle se sentit presque obligée de croire ses paroles. Malgré elle, elle sentit ses yeux s'humidifier une énième fois cette journée, et passa rapidement sa manche sur son visage pour les cacher.

« Mais, chérie, laisse-moi te donner un conseil. Tu doutes trop. Tu te poses trop de questions. Tu cherches à analyser chaque réaction, chaque petit geste du quotidien, et ça ne te fait pas que du bien. Je ne vais te poser qu'une seule question, ou plutôt deux, et j'aimerais que tu y répondes franchement. D'accord ? »

Quinn hocha faiblement la tête, incapable de refuser quoi que ce soit à Mercedes lorsqu'elle se montrait si sûre d'elle.

« Est-ce qu'il y a quelque chose entre Rachel et toi ? » demanda-t-elle d'une voix calme et apaisante.

La blonde réfléchit un instant, puis secoua la tête d'un air déconcerté, les yeux perdus dans le lointain.

« Je ne sais pas, marmonna-t-elle. Je ne sais pas. Je sais juste que Rachel m'a embrassée, hier soir, pour la première fois. »

Mercedes attendit la suite qui ne vint jamais. Relevant le menton de Quinn pour que celle-ci puisse voir l'expression de son visage, elle sourit, d'une façon presque timide, avant de lui demander : « Mais tu voudrais qu'il y ait quelque chose, n'est-ce pas ? »

Quinn sentit ses joues s'empourprer, et c'est tout ce qu'il fallait à sa voisine en guise de réponse.

Étreignant sa main moite, Mercedes ajouta : « Fais-toi confiance, pour une fois. Tu as de la chance d'avoir sous ton toit une fille magnifique, intelligente, innocente, qui ne t'apporte que du bien depuis ces derniers mois. Je sais que tu tiens à elle. Et elle tient à toi, beaucoup plus que tu ne l'imagines. »

Quinn laissa les paroles de la jeune femme pénétrer sa pensée, la rassurer, lui rendre ce mince filet d'espoir auquel elle n'osait s'accrocher. Elle inspira fébrilement. Peut-être que Mercedes avait raison, après tout.

C'est ce mince espoir que ses sentiments confus puissent être retournés qui la poussa à articuler cette dernière phrase d'une voix presque enfantine, apeurée, contenant à la fois ses craintes et ses désirs inavoués.

« J'aimerais qu'elle soit amoureuse de moi. »

Mercedes eut un air d'indulgence profonde peint sur son visage.

« Tout le monde est un petit peu amoureux de toi, Quinn, sourit-elle. Puis, n'oublie pas que c'est de Rachel dont on parle. Elle ne fait pas les choses à moitié. »

La blonde sourit faiblement. Elle espérait secrètement que c'était le cas.


Quelque chose avait changé dans l'atmosphère depuis ce jour. Quinn n'aurait su dire quoi exactement.

Elles continuaient de cohabiter dans un silence confortable, vaquant à leurs occupations habituelles et échangeant parfois de timides sourires qui lui faisaient monter le rouge aux joues.

Rachel ne fit aucune allusion à ce qu'il s'était passé il y avait de cela une semaine, et Quinn en fut plus que reconnaissante.

Bien sûr, elle ne pouvait oublier ces événements qui la tenaient éveillée la nuit et la faisaient resserrer inconsciemment ses bras sur les épaules de la petite brune, ayant besoin de la sentir proche d'elle pour effacer les pensées démoralisantes peuplant son esprit.

Quinn voulait juste que la vie continue comme auparavant, tant que cela signifiait que Rachel était en sécurité. Elle restait constamment dans son appartement, n'étant plus sortie depuis sa conversation avec Mercedes, et cela ne lui posa aucun problème jusqu'à ce que les besoins primaires de son organisme la rattrape — lorsque, à la fin du mois de février, les placards furent tous dévalisés, ainsi que le réfrigérateur.

À contrecœur, elle dut se décider à sortir pour racheter des produits de première nécessité — car, tout autant que la sécurité de Rachel, sa santé était primordiale.

La petite brune la rassura instantanément quand elle lui annonça ses plans pour l'après-midi, se disant plus que capable de rester deux heures dans un appartement fermé à clé.

« Je t'assure que j'irai bien, l'encouragea-t-elle. Tu ne peux pas te faire livrer de la nourriture ici, ce serait trop suspicieux. »

Quinn acquiesça à demi-mot, tout de même inquiète à l'idée de laisser Rachel seule même pour quelques minutes.

« Je vais faire vite, promit-elle en s'approchant de la jeune femme et en serrant sa main. N'hésite pas à aller chez Mercedes et Sam s'il y a le moindre problème. Je serai bientôt de retour. »

La brune sourit, pas le moins du monde anxieuse, puis elle prit Quinn dans ses bras pour la tranquilliser, étreignant ses épaules un long moment, avant de se reculer en posant un baiser languissant au coin de ses lèvres.

« Je t'attendrai. »

Hébétée, la jeune Parisienne hocha la tête sans un mot, puis se tourna vers la porte d'entrée qu'elle claqua derrière elle. Elle n'était pas sortie depuis cinq secondes qu'elle fut à nouveau dans le salon, s'approchant à grande vitesse de Rachel pour venir l'embrasser — sur la bouche, cette fois-ci — une fois, deux fois, trois fois, puis elle se recula à peine pour murmurer, le souffle court, un « Je reviens vite » contre sa bouche. Quinn ne lui laissa pas le temps de répliquer avant de presser une dernière fois ses lèvres sur les siennes.

Rachel ne se rendit compte qu'après de longues moments passés dans le silence que Quinn était finalement partie. Elle avait pu sentir le désespoir, le besoin presque violent dans ces baisers trop courts qu'il lui semblait pouvoir encore savourer.

Seule dans l'appartement, elle sourit, d'abord timidement, avant d'étirer largement ses lèvres.

Tout irait bien entre elles. Elle en était persuadée.


Success is not final, failure is not fatal : it is the courage to continue that counts.

— Winston Churchill.