Chroniques d'une fille banale

Auteure : Cerise

Pairing(s) : Vous verrez bien...

Rating : T ! Pour quelques scènes vraiment pas choquantes, mais je préfère être prévoyante...

Résumé : Ma vie est ordinaire, banale et tout ce qui s'en suit. Et si un petit accident de voiture venait mettre un peu de fantaisie dans tout ça ?

Disclaimer : La plupart des personnages proviennent de l'anime Bleach, qui est à Tite Kubo. Fuyuki Aïkawa c'est ma mienne, et vous pourrez apercevoir Shizuka Iitachin, qui est à ma collègue et amie Sardine ! (Cf "White Memories")

Titre du chapitre : Chapitre 8 : Et quand la pluie tombe...

Le petit blabla de l'auteure : Bonjour tout le monde !

Changement de rating, aujourd'hui ! Passage du rating K+ à T, toujours pas de lemon ni de lime cependant. Juste pour être prévoyante...

Je remercie freak, Katoo-san, Mayuu, Aschen, Sid-X8, Hikari no Ai (j'espère n'oublier personne, si c'est le cas pardonnez-moi) pour leurs reviews ! Et j'en profite pour répondre aux anonymes, c'est quand même la moindre des choses, surtout pour les habitués... ;)

freak : Waouh ! Trois reviews d'un coup ! Merci ! :D

J'aime bien écrire les scènes de combat, donc je suis contente que tu les trouves bien rédigées. L'impression de noblesse et de froideur dégagée par Kuchiki, heureuse qu'elle t'ai plu ! C'est vraiment un plaisir de voir tes reviews régulières !

Mayuu : Merci pour toutes tes reviews !

Oui, j'aime torturer mes personnages... :D Non, sérieusement, battue deux fois en une journée, certes... Mais si elle gagnait tout le temps ce serait pas drôle à lire ! :)

Aschen : Merci pour ta review !

Ah, tu te poses de bonnes questions ! Fuyuki va-t-elle finir avec quelqu'un ? Je préfère laisser le doute planer jusqu'à la fin...

Fuyuki va-t-elle finir par gagner un combat ? Hum... Je ne peux pas réellement répondre à cette question sans révéler la suite de l'histoire... Disons que oui, elle va finir par vaincre son adversaire, d'une certaine manière :) Quand ? Pas avant plusieurs chapitres...

/!\ Attention ! /!\

"..." - Paroles

'...' - Pensées

'...' - Zampakutô


Chapitre 8 : Et quand la pluie tombe…

« Dis-moi, Fuyuki…

- Quoi, Renji ?

- Tu me rendrais un service ?

- Ça dépend… Tu paies quoi en échange ?

- Je t'offre une tournée au bar du coin ce soir.

- Hum, ouais, ok, c'est quoi ton problème ?

- J'aimerais bien passer une journée avec les copains de la onzième division. Mais comme tu peux le deviner, Kuchiki taïchô a encore prévu de me faire gratter du papier. Et une journée paperasse, très peu pour moi. Je me demandais donc, si en bonne camarade solidaire, tu remplirais quelques dossiers pour moi… Je ne te demande pas de tout finir, hein, mais juste de faire en sorte que le capitaine pense que j'ai un peu bossé.

- Mais… Kuchiki taïchô va s'énerver, si on fait ça, Renji… Tu le connais mieux que moi. Quand il verra que tu t'en es allé croiser le fer avec les bourrins de la division de Kenpachi, il nous attrapera par la peau du cou et qui sait ce qu'il adviendra de nous…

- Je me suis renseigné, il part pour une mission d'une journée. Tu seras donc tranquille dans le bureau. Je te promets qu'il n'y a aucun risque de se faire prendre !

- … Je ne sais pas. Ça serait un peu me faire remarquer que de désobéir à peine arrivée ! Je veux la garantie que si je me fais attraper, je pourrais légitimement t'accuser sans en avoir pour ma conscience. Ce sera tout de même de ton fait si je serais parvenue à me mettre dans cette situation…

- Mais oui, accuse-moi si cela te fait plaisir. De toute façon, je te l'ai déjà dit, tu ne verras pas Kuchiki taïchô de la journée… »


Quand j'étais jeune, on m'a appris que les pires personnes au monde n'étaient ni les menteurs, ni les criminels, ni les sadiques, mais celles qui faisaient des promesses qu'elles ne tenaient pas. Pour avoir rencontré ce genre de personne plus d'une fois dans ma vie, je répondrais que c'est peut-être vrai d'un certain côté. Est-il si difficile de pardonner lorsque cette personne n'est autre qu'un ami à nous ? Je ne sais pas. J'ignore si j'ai pu un jour pardonner Renji.

En fait, non. Je crois que je ne lui ai jamais pardonné.

Mais voilà, un ami, on a tellement envie de le garder… Que je m'en fous totalement de savoir si je lui en veux encore ou pas.

Bon, d'accord, sur le coup, j'ai eu des envies de meurtres.

Faut quand même avouer que se faire surprendre en train de gratter du papier en marmonnant des insultes à l'encontre d'un supérieur hiérarchique, cela ne se fait pas vraiment. A fortiori lorsque ledit supérieur se trouve actuellement à faire le zouave avec des abrutis de la onzième, et que le supérieur dudit supérieur n'est pas (voire jamais) d'humeur à prendre ça avec humour et gentillesse. Dans ce genre de cas, on peut vite se retrouver dans la merde.

Et y patauger pendant quelques temps.

Voilà. À présent, nous pouvons constater que cette situation est des plus suicidaires. Et pour en faire la démonstration, nous allons nous servir d'un cobaye. Moi.

« Putaaaaiiiiin… Mais qu'il me fait chier ce con… Pourquoi j'ai accepté ? Même un bon verre de saké ne vaut pas ces heures de torture… Et c'est moi qui me retrouve à remplir tout ces dossiers pourraves, là… Pff… »

Le pinceau glissant allégrement sur le papier, je marmonne diverses insultes plus ou moins recherchées envers Renji. Les yeux rougis par la lecture des touts petits caractères couvrant les rapports à remplir, je soupire longuement et me relis.

Soudain, la porte coulisse dans un bruissement.

« Hé connard ! T'aurais pu venir un peu plus rapidement, je râle sans lever les yeux de ma feuille. Je me coltine tout tes dossiers inintéressants depuis bientôt trois heures.

- Vous m'en voyez désolé, répond une voix si froide qu'elle semble geler la pièce.

- Ahem… »

En suffoquant légèrement, je lève prudemment les yeux, espérant ne pas avoir à les poser sur le capitaine.

C'était trop beau.

Kuchiki taïchô me regarde d'un air hautain, et une aura pesante s'abat sur moi. Je chercher une explication qui ne veut pas venir. Pourquoi est-il là ? Il n'était pas censé être en mission aujourd'hui ?

« Où est Renji ? me demande le capitaine d'une voix neutre.

J'ai l'impression que je vais me pisser dessus.

- À l… À la… La…

- Faites un effort d'articulation, rétorque sèchement le noble.

- Àlaonzièmedivision ! »

L'espace d'un instant, j'ai l'impression de voir de la lassitude passer sur le beau visage du shinigami. Puis, dans un mouvement élégant, il fait demi-tour, en m'interpelant :

« Venez avec moi, Aïkawa. »

Je me lève brutalement, et envoie valser quelques pinceaux au passage. Puis je suis le capitaine qui marche dans les couloirs en direction de la onzième division.


'Merde… Comment je vais régler ça ?'

Je me ronge distraitement les ongles. Renji est là, à s'entraîner avec l'un des membres de la onzième. Le capitaine m'a dit de venir le chercher. Il attend dehors, je ne peux pas prendre la fuite.

« Ohé Renji ! » je crie, pas assez fort.

Je fais de grands moulinets avec les bras, espérant attirer ainsi l'attention du lieutenant. J'arrête lorsque je vois un jeune shinigami me regarder avec un air perplexe.

« RENJI ! » je hurle, pas encore assez fort pour couvrir le fracas des armes.

Décidée à lui parler, je prends une grande inspiration et…

« RENJI, ESPÈCE DE BURNE, VIENS VOIR ICI ! »

Oups, j'ai dû y aller un peu fort, là, d'après les visages interloqués. Renji me remarque enfin et s'approche d'un air furieux. J'entends quelques personnes lui parler : « Tu la connais ? »

« Putain, qu'est-ce qu'il y a ? grogne-t-il, vraiment énervé. Je t'ai dis que je viendrais te voir quand j'aurais fini.

- Y a le taïchô qu'est là.

Il bug pendant une ou deux secondes, puis lâche :

- Le… Le taïchô ?

- Ouais, le même qui réputé pour son humour et son indulgence.

- … Hein ?

- BEN OUI, LE TAÏCHÔ, CRETIN ! » je hurle en agitant les bras en un geste désespéré et parfaitement ridicule.

Il a l'air sur le point de tourner de l'œil et murmure faiblement « Kuchiki taïchô… Merde… LE taïchô… ». Je passe dans son dos et le pousse fermement vers la sortie.

« Ouais, d'ailleurs t'as un sale quart d'heure qui t'attend. Au revoir, tout le monde ! je balance à la cantonade. Il reviendra plus tard ! »

'Ou pas…'

Je referme les portes doucement puis me retourne, pour observer un Renji totalement déconfit face au visage distant du capitaine.

Je n'ai même pas envie de sourire. Rien que l'expression du noble me donne envie de baisser les yeux. Mes mains tremblent et je déglutis difficilement, pour reporter mon attention sur les traits fins du capitaine.

C'est un bel homme. Très bel homme, même. Ses cheveux noirs semblent faits de soie, et les kenseikaans qui retiennent ceux-ci brillent d'un éclat froid et métallique. Ses yeux gris tirant sur l'anthracite nous scrutent, Renji et moi, comme pour déceler la moindre trace de culpabilité. Sa bouche aux lèvres fines est pincée, comme pour exprimer sa désapprobation. La peau pâle scintille sous les lampes du couloir.

Ma respiration se coupe quelques secondes. J'ai tellement peur, en cet instant… Je crois que je préférerais encore me trouver face à une horde de hollows déchaînés plutôt que face à ce capitaine-là.

« Renji.

- Haï taïchô ! répond celui-ci au quart de tour.

- Puis-je connaître la raison pour laquelle tu délègues ton travail de lieutenant à une nouvelle recrue ? Je ne doute pas de ta confiance envers elle, ni de ses capacités de rédaction de dossiers administratifs, mais c'est une part important de ton rang à ne pas oublier.

- Haï taïchô !

- Comprends-tu seulement pourquoi je te sermonne ? Ou approuves-tu mes dires dans le seul but de réduire ta peine ?

- Haï taï… Euh…

- Je vois.

Il se tourne vers moi et me fixe longuement.

- Aïkawa.

- Haï, taïchô.

- Pourquoi vous trouviez-vous dans le bureau de mon lieutenant ci-présent ?

Je tente le tout pour le tout.

- Parce qu'il m'avait demandé de remplir les dossiers. Ne pensant pas que vous vous montreriez de la journée, j'ai accepté, et je sais maintenant que Renji n'est pas allé vérifier la véracité de ses propos.

Renji me regarde d'un air interloqué.

- J'ai conscience que c'était une erreur d'accepter cela. Sachez que je ne recommencerais plus, et que je suis profondément désolée de l'offense que j'ai pu vous faire. Ce n'était pas mon intention.

- Et quel était votre gain en échange de l'utilisation de vos talents pour les papiers d'administrations ?

- Je vais vous répondre honnêtement, fais-je avec un micro-sourire. Nous devions aller nous détendre au bar du coin, ce soir. Il m'avait promis, selon ses dires, « un saké putain de bon, tu peux pas imaginer ».

Renji lève les yeux au ciel et ses lèvres commencent une litanie sans fin et sans son.

Le noble me fixe toujours de son regard gelé, et semble réfléchir à la punition qu'il souhaite nous imposer.

Je sais que cette méthode est très risquée, mais l'honnêteté paie. Rarement, mais parfois elle paie. Toujours droite comme un i, j'ose jeter un coup d'œil dans la direction du lieutenant, qui continue à prier pour son salut.

Dans son genre, il n'est plutôt pas mal non plus. Un profil volontaire aux traits étonnamment délicats et pointus, des yeux sombres aux pupilles presque rouges-noires et une pomme d'Adam très marquée. Renji respire la virilité, et sa voix grave vibre profondément à chaque inflexion posée sur une syllabe. Ses tatouages ressortent sur sa peau hâlée, et la queue de cheval haute qui retient ses cheveux couleur sang semble desserrée à cause de l'entraînement qu'il vient de subir. Ses lèvres bougent doucement à mesure qu'il débite ce qui lui passe par la tête. Un bandeau blanc couvre son front, comme tous les jours. Il l'enlève rarement.

« Renji… »

Celui-ci sursaute et reporte avec une frayeur palpable son attention sur le capitaine.

« Tu dois me finir ces dossiers. Avant la fin de la journée. Et tu reliras ceux qu'Aïkawa a déjà remplis.

- Ha… Haï ! répond Renji, surpris de ne pas se faire punir plus que ça.

- Merci de votre franchise, Aïkawa. À moins que ce ne soit de l'insolence ?

- Je ne sais pas être insolente, taïchô. Mais je ne sais pas non plus mentir.

- Sachez qu'à la moindre incartade, je ne me montrerai pas aussi clément. Cette fois-ci, votre aplomb vous sauve, mais je n'ai pas la patience pour vos bêtises en tout genre.

- Bien sûr, taïchô. Encore désolée. »

Avec un dernier regard froid, le capitaine s'éloigne et disparaît au détour du couloir. Une fois qu'il est suffisamment loin, je chope Renji par le col et grogne :

« Sale con, tu m'avais dit qu'il rentrerait pas !

- Chavais pas !

- Ouais, ben si j'avais pas été là, tu serais en morceaux à l'heure qui l'est, et on serait en train de te ramasser avec une petite cuillère ! Heureusement que j'ai une certaine expérience dans la manière de se faire pardonner… »

Renji me lance un regard légèrement vexé. Je me détends un peu.

On connait tous cette sensation étrangement agréable, lorsque que l'on s'attend à recevoir une punition de malade, et finalement on ne récolte même pas le quart de ce que l'on avait imaginé. Ce n'est pas une raison pour recommencer. J'ai eu suffisamment peur comme ça. Ca m'étonne que je n'aie pas eu besoin de toilettes, d'ailleurs. La pression est retombée, l'aura pesante du capitaine s'est éloignée.

Je lâche le col de l'uniforme du lieutenant et soupire longuement.

'Tu as eu chaud.'

'Je sais.'

'C'était suicidaire. Tu ne te rends pas compte que Kuchiki est dangereux ? Il pourrait te réduire en un tas de chaires tremblotantes en quelques instants…'

'Merci de m'imposer cette image extrêmement agréable d'un tas de viande sanguinolent, mais c'était ce qu'il y avait de mieux à faire.'

'Si cela n'avait pas marché, qu'aurais-tu fait ?'

'S'il m'avait attaquée, tu veux dire ? J'aurai dégainé malgré la faible possibilité perdue dans un océan de probabilités de survivre à cette altercation.'

'… Complètement inconsciente.'

Sur ces pensées, je me dirige vers le bout du couloir. Soudain, la voix de Renji me stoppe :

« Merci quand même. C'est la deuxième fois que tu m'évites la colère du capitaine.

- Profites-en, ça n'arrivera pas tout les jours. »


Je marche tranquillement dans les couloirs de la division. Presque personne n'est de sortie à cette heure-ci. Mon prochain entraînement n'a lieu quand dans deux jours. Shizuka est débordée par les papiers de sa division. J'aurais bien été lui donner un coup de main, mais la paperasse m'a traumatisée à vie avec l'épisode d'il y a quelques minutes. Je pourrais aller voir les nouvelles recrues s'entraîner, et peut-être participer. Hum, non, je n'ai pas vraiment envie de me battre. En fait, j'aimerais discuter avec quelqu'un, mais y a dégun. Enfin, c'est surtout que je ne connais pas beaucoup de monde. Renji est bloqué dans son bureau. Il m'a prévenue qu'il ne serait pas de sortie avant une ou deux heures.

Putain… Deux heures à tuer…

Je décide d'aller faire un tour en haut de la colline du Sôkyôku. Shizuka m'a dit que la vue y était réellement magnifique. L'idée de me rendre dans un lieu destiné aux exécutions me fait quelque peu frissonner, mais j'aimerais qu'on me raconte ce qui s'est passé à cet endroit. Plein d'histoires passionnantes, certainement. Je sors des bâtiments de la sixième division et marche les bras croisés dans le dos, en direction de l'imposante colline.

Une fois arrivée sur place, je savoure, éberluée, la beauté de la vue. L'horizon paraît si lointain…

On peut voir le reste du Seireitei, et derrière, le Rukongaï. Les maisons s'étendent, toutes semblables. Les forêts bordent les banlieues. Le vent froid me fait frémir. Le ciel se couvre. Il est temps de rentrer.

Alors que je jette un dernier coup d'œil sur les installations destinées à l'exécution des shinigamis, la pluie s'abat. En quelques secondes, je me retrouve trempée de la tête aux pieds. Mon uniforme me colle à la peau, et je dérape régulièrement dans la boue. Des mèches de cheveux me tombent devant les yeux.

J'accélère un peu le pas, tandis que la pluie redouble d'intensité. Bientôt, je cours, un peu effrayée par l'ambiance sinistre apportée par le ciel couvert. Je souffle, et tremble de froid.

Au bout d'un moment, sans savoir comment, je me retrouve dans une petite clairière verdoyante.

« Oh ! » fais-je, surprise.

Je n'ai pas pris la bonne route. Mais je n'arrive pas à décoller les pieds du sol.

Un roulement de tonnerre fait vibrer la terre. Il ne faut pas rester ici, c'est dangereux. La foudre risque de me toucher, vu que je suis le point culminant au milieu de cette clairière.

Malgré toute la volonté du monde, je ne peux résister à la tentation de lever les yeux au ciel.

Peut-être que si la foudre me frappait, je ne mourrais pas.

Peut-être que si le tonnerre s'en prenait à moi, je ne tomberais pas.

Peut-être qui si l'éclair me touchait, je ne le sentirais pas.

Je frotte ma joue avec la paume et regarde celle-ci. Couverte de noire.

J'aime bien la pluie.

'Il faut s'en aller…' souffle une voix au fond de moi, sans que je sache s'il s'agit d'Honoo ou de ma propre conscience.

À regret, je me retourne et commence à me diriger vers les grands bâtiments des treize divisions.

Peut-être que si je mourrais, il n'y aurait personne pour me regretter.


« Putain ! T'étais où, sale folle ? »

L'accueil pour le moins chaleureux de Renji m'arrache un sourire ironique. S'il savait…

« Suis allée me balader. C'est interdit ?

- Sous la pluie ! Tu vas tomber malade, idiote ! Rentre vite, faut pas rester trop longtemps avec des vêtements mouillés.

- Oui, maman.

- Oh ta gueule. »

Je rigole bêtement. C'est tellement jouissif, d'emmerder quelqu'un. Ah merde, je claque des dents. Il a raison, en fait. Je vais choper un sale rhume avec ma connerie…

La nuit est tombée, mais l'orage ne s'est pas arrêté pour autant. Je déteste la sensation de l'uniforme qui me colle à la peau, j'ai l'impression d'être toute nue. C'est peut-être un peu le cas, d'ailleurs. Par pudeur, je ramène mes bras contre ma poitrine.

Renji me traîne jusque chez lui.

« C'est bon, t'aurais pu me ramener chez moi…

- J'm'en fous, c'était plus près.

- Feignasse. »

Il serre les poings et marmonne son mécontentement. Il ouvre la porte et me pousse dans le dos.

Une pièce de taille semblable à la mienne, mais plus décorée m'accueille. Quelques affaires traînent ici et là. Un ou deux tableaux égaient la chambre, et le lit défait me rappelle ma chambre d'étudiante. Je ne prenais jamais le temps de replacer mes couvertures en sortant du lit.

« 'Tends, je vais te filer un truc pour te saper… »

Il fouille dans son armoire, pendant que je jette un coup d'œil aux divers objets dispersés. Un en particulier attire mon attention.

« Renji ?

- Quoi ? fait-il sans lever les yeux de son tas de fringues.

- Tu tiens un journal ? »

Interloqué, il me regarde en se redressant lentement. Aurais-je touché un point sensible ?

« J'ai dit un truc pas bien ?

- N-Non… Mais t'as pas intérêt à regarder dedans, ok ?

- Ça va, je vais rien faire… J'en avais un aussi, avant…

- Avant ?

- Avant de crever dans un accident de voiture.

- Ah. »

Il continue à retourner tous les vêtements. Je souris.

Je n'imaginais pas vraiment Renji tenir un journal. Moi qui suis de nature curieuse, savoir ce qu'il écrit dedans me démange affreusement. Mais je n'irais pas le lire pour autant. C'est personnel, ces trucs-là.

« Tiens ! s'exclame-t-il. Ça devrait aller. »

Il extirpe un kimono du tas de tissu.

Je regarde le vêtement, sceptique.

C'est un vêtement féminin, mais au moins deux tailles trop petit pour moi. Il est bleu et blanc, avec des motifs abstraits, assez jolis je dois dire. Mais pas sûr que ça couvre tout ce qu'il y a à cacher.

« C'est à qui ? fais-je d'un ton plein de sous-entendus.

- Rukia. Une pote à moi, corrige-t-il devant mon air interrogatif. Elle me refile toutes ses vieilles affaires.

- Euh… À quoi ça te sert exactement ?

- Strictement à rien. Je sais même pas pourquoi elle fait ça.

- Ben… Pourquoi tu les prends alors ?

- Tu l'as jamais vue en colère, marmonne-t-il avec un frisson.

- Je l'ai jamais vue tout court. Bon, file-moi ça, je vais voir ce que je peux faire avec. »

J'attrape le kimono et me dirige vers la petite salle de bain. Je ferme la porte à clef.

Je me retourne face au miroir et pousse un cri.

« Un problème ? s'inquiète Renji depuis la pièce d'à côté.

- R… Rien, je bredouille. J'me suis fait peur toute seule. »

Il lâche un « Ah… » et se tait. J'observe, les sourcils froncés, mon reflet.

Deux longues traînées noires s'étalent sur mes joues. J'ouvre le robinet et m'empresse de les effacer. Une fois le visage nettoyé, j'enlève mon uniforme, ou plutôt le décolle. Avec une grimace, je l'essore au-dessus du lavabo. Je prends la serviette pendue sur la porte et éponge l'humidité qui me met mal à l'aise. Puis, séchée et de meilleure humeur, j'essaie d'enfiler le kimono.

Je passe les deux bras. Jusque-là, tout va bien, mis à part les manches un peu courtes. C'est au moment de le fermer que les problèmes se présentent.

La ceinture me serre légèrement au niveau de la taille, mais rien de grave. C'est… Comment dire… Au niveau de la poitrine que ça se gâte.

Avec difficulté, je force un peu pour réduire le décolleté, mais il faut croire que la fille qui portait ça était désespérément plate. Un regard dans le miroir m'informe que non seulement le kimono est un poil trop ouvert, mais qu'en plus, le moindre mouvement un peu trop large fait glisser le tissu, et découvre absolument tout.

De plus, l'habit ne m'arrive qu'à mi-cuisses. Je suffoque un peu sous l'effet « corsage ».

Il ne faut quand même pas que je vous avoue ma taille de soutien-gorge en plus ?

Hé, je n'ai pas des obus à la Pamela Anderson ! J'ai juste des arguments… En proportion par rapport à ma taille, qui, je vous le rappelle, n'est pas minime… Mais rien de franchement provoquant ! J'ai des formes parfaitement normales pour une fille de mon âge !

(N'insistez pas, je vous dis !)

Prenant mon courage à deux main, j'ouvre la porte et lance un large sourire qui se veut convaincu à Renji. Celui-ci se mord la lèvre inférieure et lâche un rire gêné.

« Ah… Ouais… C'est vrai que vous avez pas la même carrure, toi et Rukia…

- Noooon, sans blague ! Je ne l'avais pas remarqué !

- Euh… Tu veux pas plutôt que je te file un de mes uniformes ? fait Renji en haussant les sourcils. Ca sera moins féminin, mais…

- C'est bon, je souffle. Je vais pas t'embêter à chercher des autre fringues à cause de moi. »

'Et puis j'ai ma fierté…'

Je m'assoie, non sans difficulté, sur le bord du lit où Renji est déjà affalé.

« Au fait… Ça n'a pas duré trop longtemps, le travail que t'a donné le capitaine ?

- Une heure et demie.

- Quand même. »

Un grondement sourd fait trembler les murs. La pluie frappe le toit, provoquant un bruit d'impacts puissants et répétés. Un silence lourd s'installe dans la chambre.

Hé bien, moi qui rêvais de converser avec quelqu'un, je démontre ici une aptitude innée pour le dialogue. Enfin, il faut dire que Renji n'est pas mal dans le genre non plus. Il émet un discret raclement de gorge et fixe obstinément un point invisible sur le plafond.

Ou l'art de passer pour un je-m'en-foutiste.

« T'écris souvent dans ton journal ?

Surpris, le lieutenant me regarde avec des yeux ronds.

- Enfin, t'es pas obligé de répondre hein… je bégaie en rosissant. C'était une question comme ça.

- Ben… Ouais, assez souvent. Au début, je pensais que c'était un truc de gonzesse, mais c'est sympa en fait. Tu te sens mieux après avoir écrit ce qui te pèse sur la conscience.

- Hum…

- Et toi ? T'écrivais souvent dans le tien ?

- J'ai à peine eut le temps de commencer que je suis morte, dis-je avec un sourire sans joie. C'était ma meilleure amie qui m'avait conseillé d'en écrire un.

- Elle était sympa ?

- Honnêtement, oui. Mais je n'ai jamais réussi à m'attacher à elle comme elle l'a fait avec moi. De toute façon, mes relations étaient quasiment toutes vouées à l'échec.

- Et… Question à part, mais… T'es déjà, euh… Comment on dit… « Sortie », je crois, avec quelqu'un ?

Un peu étonnée par la question, je réponds néanmoins :

- Une seule fois. Parce que le mec était cool. Mais on s'est rapidement séparé, parce qu'on a jugé qu'on s'entendait mieux en tant qu'amis. Et toi ?

Heureuse de pouvoir retourner la question contre lui, je souris ironiquement.

- Euh… Non, pas vraiment.

- Pas « vraiment » ?

- Deux-trois flirts à l'Académie… Mais pas de relations à proprement parler. Les filles étaient jolies, hein, c'était pas ça le problème. Mais les coups d'un soir, moi, c'est pas trop mon truc…

- Ah ouais ? Pourtant, je t'imaginais bien comme ça…

- C'est quoi ton type de mec ?

Je fronce les sourcils. C'est quoi cette manie de changer brutalement de sujet ?

- Ben, je sais pas… J'ai pas de préférence.

- Cite-moi des gars que tu trouves beaux.

- J'en connais pas des masses.

- Peu importe.

L'air déterminé de Renji me laisse perplexe.

- Euh, bah… Le capitaine, physiquement, il est pas mal.

Renji ouvre les yeux en grand et se tourne vers moi. Je rougis et agite les mains :

- Va pas t'imaginer des choses, toi…

- C'est ça ton genre de mec ?

- Ben, notamment… Mais j'ai des goûts très variés !

Plus bas, je murmure :

- Avoue tout de même que le capitaine est l'incarnation du mot « beau ».

- …

- Quoi ? Tu l'as jamais regardé ? Il est super canon !

- … Ouais…

- Il a des yeux, aaaah là là… Et puis son visage… Et sa manière de se tenir tout le temps droit, ses gestes, ses cheveux…

- Fuyuki…

- Nan mais, quand même, ses yeux quoi !

- Hé !

Je m'interrompt et fixe Renji d'un air interrogateur.

- Tu sais, quand tu parles, tu fais plein de gestes et tout… J'aime bien, c'est démonstratif, limite je comprends mieux mais…

Il attends, visiblement il pense que j'ai compris.

- Et donc ?

Il serre convulsivement un bout de son uniforme.

- T'as ton kimono qu'a glissé. »

Je cesse de respirer pendant au moins dix secondes.

Kimono. Glisser. On voit tout.

Merde. Merde et re-merde. Bordel. Mais pourquoi n'as-tu pas pu te tenir tranquille cinq minutes, Fuyuki ? Pas bouger, c'était simple pourtant ! Hé non, il a fallu que tu t'agites connement pendant que tu discourais sur le physique avantageux de Kuchiki taïchô. Ca, c'est ce qui s'appelle la loose. Dieu ne m'aime pas, je ne vois que ça. Parce que là, c'est plus possible.

Je remonte, les joues brûlantes, le kimono du bout des doigts. Je manque de pleurer de honte. J'aurais été avec Shizuka, j'aurais pris ça calmement, peut-être même en riant. Mais là, j'étais avec Renji. Je crispe violemment ma main sur le tissu soyeux. Je dois partir d'ici, c'est trop la honte…

« Ouah, quand t'es lancée toi, dis-donc, c'est dur de te faire décrocher… marmonne le lieutenant les joues roses, une main sur le front.

- Désolée… je murmure d'une petite voix.

- C'pas ta faute. T'es sûre de vouloir garder ce kimono ?

- J'le tiendrais bien. Promis.

- Putain ! » s'exclame Renji en se frottant les yeux.

Hé ! C'est bon ! Ça devient vexant là ! Je suis pas si mal foutue tout de même !

« T'as pas idée de ce que peux penser un mec dans ce genre de moment !

Ah, je préfère ça.

- Euh… En fait, j'ai pas envie de le savoir.

- Des trucs pas catholiques, j'te l'dis moi. Et puis t'as de la chance que j'ai une bonne maîtrise de moi-même.

- Ah… Euh…

- Sinon, ben, j'aurais eut des réactions aussi gênantes pour toi que pour moi. Et puis tu m'aurais accusé de t'avoir dit des choses pas nettes, et je me serais fait viré si c'était parvenu jusqu'aux oreilles du capitaine…

- Renji, je…

- Mais merde, t'es putain de bonne ! Ça se fait pas de montrer ce genre de… Enfin, à un mec qu'on considère comme un pote quoi ! Surtout quand lui-même te considère comme une amie ! ENCORE PLUS QUAND TU PARLES DE SON SUPÉRIEUR !

- DU CALME !

- C'est assez, euh… Enfin, bref, passons.

- Bonne idée.

- Oublie, tu veux.

- T'as intérêt à oublier ça aussi.

- No problemo. »

Je toussote et fixe mes pieds.

« Sinon, tu sais… T'es pas mal, hein, comme mec… »

Je tourne la tête pour ne pas voir le regard interloqué du lieutenant. Mais bon, fallait bien que je l'avoue, sinon je suis sûre qu'il aurait été raconter à tout le monde que j'étais à fond sur le capitaine. Et ça serait bien parvenu aux oreilles de celui-ci un jour ou l'autre. Quoique, il ne doit pas être le genre d'homme à prêter attention aux ragots, mais on ne sait jamais. Le cœur qui bat à cent à l'heure, je triture nerveusement le bas de mon kimono.

« On peut trouver beau quelqu'un sans l'aimer d'amour, tu sais…

- Ouais, ouais je sais ! réponds précipitamment Renji. Mais ça me surprend un peu… Je veux dire, Kuchiki taïchô et moi on est presque à l'opposé. »

Je hoche la tête et me lève. Après avoir souhaité une bonne nuit au lieutenant, je lui donne une accolade (tout en maintenant mon kimono en place) puis le salue une dernière fois avant de refermer la porte.

J'aime bien la pluie. Mais parfois, ses conséquences sont un peu plus importantes que ce que l'on imagine…


Et voilà ! Rendez-vous au prochain chapitre ! Review ? :D