Hello! Un nouveau chapitre pour vous (: Merci encore pour vos commentaires!
Je suis un peu malade, donc j'espère que malgré tout, ce chapitre sera compréhensible. N'hésitez pas à me dire si je dois corriger certaines choses.
Bonne lecture!
Au fond de sa cachette, Loki était recroquevillé sur lui-même, au sol, un sol froid et dégoûtant. Des larmes de rage et de souffrance dévalaient de ses joues. Il crut un instant mourir sous la douleur et le poids d'une étrange culpabilité.
-Pourquoi suis-je comme ça ? Non, je ne devrais pas être comme ça..., se répétait-il à haute voix, sachant que personne ne le trouverait ici.
Pendant qu'il délirait, des centaines de questions lui venaient, déchirant son esprit. Et des centaines de réponses lui venaient, encore. Il avait tant envie de mettre son plan à exécution. D'aller semer la panique dans le palais d'Or. De voir le visage décomposé de Thor. La mine rageuse d'Odin. La souffrance de Frigga. De les voir tous se trainer à ses pieds. Mais surtout, il avait envie d'accomplir sa vengeance, d'entendre les pleurs de chaque être qui l'avait blessé.
Non. Les bras de sa famille. Détruire cette famille. Enlacer cette famille. Anéantir tout l'amour qui pouvait encore les unir. Se mettre à genoux et s'excuser devant chacun ! Non, les marquer profondément pour qu'ils se souviennent de lui, pour qu'ils sachent qu'il allait tous les tuer avec le sourire aux lèvres. Regarder Odin tomber dans son Sommeil et le torturer infiniment, l'obliger à vivre. Le mettre à l'abri grâce au peu d'affection qui lui restait encore pour le vieil homme. L'enfoncer dans ses démons. Tuer les donzelles de Thor devant ses yeux, et se délecter des larmes qu'il verserait. Stop. S'assurer que chacune d'entre elles, Jane comme Sif, seraient prêtes à se défendre contre lui et sa si belle et terrifiante démence. Toucher la peau si frissonnante de Frigga. L'anéantir avec ses coups de reins violents. L'entendre le supplier d'en finir. L'entendre lui dire qu'elle ne l'abandonnait pas. Non, non, faire couler son sang, et le voir s'échapper de son corps séduisant. Stop. Stop !
-Le sang..., murmura le prince déchu, délirant davantage.
S'enfoncer dans le corps serré de la reine sans qu'elle ne l'y autorise, voir toute lueur de joie et d'amour disparaitre à jamais de ses saphirs. Stop ! STOP !
-TUEZ-MOI ! hurla Loki, laissant un flux de magie s'échapper de son corps recroquevillé.
Et enfin, des larmes sincères coulèrent. Sa rage, son amour, son manque, sa vengeance, sa peur, sa souffrance, tout...il avait besoin de tout. Il n'avait besoin que d'une chose. Détruire, et ensuite, se tuer. Non. Mourir dans les bras d'une personne, peu importe qui serait cette personne. Mais ne pas mourir seul, abandonné tel qu'il l'était actuellement. Il ne mourrait pas comme un monstre, sans personne pour l'accompagner dans sa mort.
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Encore quelques jours s'écoulèrent, des jours où on entendit plus parler du prince déchu. Thor avait gardé sa conversation irréelle avec son frère secrète, doutant lui-même d'avoir vraiment eu affaire à Loki. Il préférait aussi ne pas s'alarmer inutilement, gardant l'espoir infirme que l'autre prince avait oublié son désir de vengeance. Hélas, Thor se doutait bien que son vœu ne serait sans doute pas exaucé, mais il n'y pensa pas. Pas maintenant, tout du moins.
Il se tenait sagement assis, dinant avec ses parents, les regardant avec un sourire discret. Un sourire attendri en observant son père et sa mère réunis. Chacun installé sur le côté de la table, Odin en bout de table tel le chef de famille qu'il était, et Frigga faisant face à son fils. Le regard des souverains se croisait souvent cependant, se cherchant mutuellement. De temps en temps, une main venait s'égarer plus loin qu'elle n'aurait dû, échouant à quelques millimètres des mains de l'autre, effleurant leur peau.
Et pendant ces échanges, il y avait aussi une conversation remplie de divers sujets. Chacun écoutait attentivement. Il y avait aussi des débats. Odin et Thor débattaient sous le regard amusé de la seule femme à cette table. Elle les admirait discuter sur les armes asgardiennes. L'un prétendant qu'il était temps de moderniser les lances pour des lances bien plus performantes, l'autre arguant que ces lances convenaient parfaitement, et qu'il n'y avait nul besoin d'amélioration.
-Frigga, venez m'aider à convaincre votre fils ! demanda Odin, à bout d'arguments.
-Je ne prends aucun parti, mon cher, vous le savez ! sourit cette dernière, ses yeux brillant d'une lueur amusée, une lueur sincère.
Elle se sentait elle-même plus vivante, et les autres le ressentaient aussi. Alors que le débat prit fin, la reine hésita à poser une question qui la tourmentait légèrement depuis un moment. Elle n'osa pas briser le doux silence qui revint après la conversation, jusqu'à ce que les mains agitées et nerveuses de Thor ne l'aident à comprendre : son fils n'aimait pas que la table reste sans conversation. Elle décida de se jeter à l'eau :
-Odin, puis-je vous demander ce qu'il advient de...de Loki ? demanda-t-elle en prenant l'air le plus assuré possible, n'arrivant qu'à murmurer le nom du prince qu'elle ne savait pas s'être évadé.
Le regard du roi perdit un instant de sa joie. Il fallait bien que Frigga se décide à reparler du fils bâtard de Laufey, songea-t-il avec amertume. Sa femme restait encore accrochée à Loki. Il jeta un bref coup d'œil à Thor pour lui ordonner de se taire sur la question, puis reporta son attention sur celle de la femme aux beaux cheveux d'or. Des cheveux qu'il caresserait nuit et jour si Frigga lui en donnerait l'occasion.
-Il est dans sa cellule, attendant la fin de son emprisonnement, se contenta-t-il d'avouer avant de se repencher sur son assiette pleine de victuailles.
-Seriez-vous en train de me mentir, mon mari ? J'ai cette étrange impression que vous évitez son sujet, douta la reine, cherchant à comprendre.
-Comprenez-le, Mère. Après tout ce qui s'est passé, Père n'a sans doute pas envie de se rappeler de l'existence de Loki, préféra se mêler Thor à la conversation, essayant de limiter les doutes et hésitations des deux partis.
-Je le comprends, mon fils, mais il faudra bien que nous abordions le sujet. J'aimerais juste savoir comment il se porte. Mon...mon cœur aimerait le savoir, formula Frigga.
-Je ne l'ai pas revu, et je doute que Père soit allé le voir également, n'est-ce pas, Père ? interrogea-t-il, l'air de rien.
-Non, en effet. Je ne veux pas voir ce...ce monstre ! siffla le roi, énervé de repenser à celui qui avait brisé sa femme.
Frigga parut ressentir sa colère. Une voix dans sa tête lui soutint que c'était de sa faute, et qu'elle devait rester à sa place de femme, se taire, et ne pas parler au roi. L'autre partie d'elle lui ordonna de continuer la discussion malgré la colère de son époux qu'elle savait dirigée sur Loki, et sur Loki uniquement. Elle hésita, se mordant nerveusement une lèvre. Se taire ou parler ? Rester à sa place ou s'élever ?
-Mère ? s'enquit son fils, voyant son état de doute.
-Je sais le sujet fâcheux, mais je m'inquiète pour lui. L'un de nous ne sait-il rien sur son état ? dut-elle s'obliger à briser son silence.
-Non, Frigga ! Nous ne savons rien, soupira Odin, n'arrivant pas à comprendre pourquoi sa femme s'inquiétait encore pour le monstre qui l'avait profondément blessé.
-Je sais quelle question vous agite, Odin, et je me la pose aussi, parfois, admit cette dernière, baissant un instant la tête pour réfléchir.
-Tenez-vous encore à lui ?
-Oui, bien malgré moi. Il faut que je sache comment il va. S'il parvient à récupérer ses esprits, ou si sa folie l'a complètement anéanti. Peut-être que je peux encore l'aider..., commença Frigga, convaincue.
Thor et Odin se jetèrent un autre regard alarmé. Ils espéraient en secret que leur reine n'allait pas faire l'erreur d'aller dans les prisons pour espérer y trouver un prince. Elle aurait du mal à accepter le fait qu'ils lui aient menti sur le dur fait que Loki s'était évadé depuis un petit moment. Et la terreur pourrait bien la reprendre en apprenant qu'elle n'était plus en sécurité. Fort heureusement, elle ignorait encore que Loki avait menacé sa famille devant Odin.
-Vous ne pouvez pas l'aider, ma reine, tenta de la convaincre son époux.
-Pourquoi ? Je m'y suis sans doute mal prise, j'aurais dû...ne pas l'abandonner, ne pas le rejeter. Je crains qu'il ne se laisse aller à sa folie. Il vaut mieux que j'aille le voir, décida-t-elle, se levant de son siège quand son appétit déjà bien maigre disparut.
-Aller le voir, Mère ?! Non ! protesta l'Héritier, se levant à son tour pour rattraper la femme.
-Il a peut-être besoin de moi, Thor ! Ton frère peut encore être sauvé, j'en suis sûre ! débuta-t-elle, une lueur déterminée brillant dans ses saphirs.
-Après ce qu'il vous a fait, croyez-vous toujours qu'il a envie d'être sauvé ? Qu'il vous laissera l'aider ? demanda-t-il avec peine, conscient que sa mère souffrirait de ses paroles.
En effet, il aperçut de la douleur dans les iris de la souveraine, et s'en voulut de devoir anéantir ses espoirs. Il ne pouvait cependant tout simplement pas la laisser se mettre en danger, et la laisser savoir que Loki avait disparu. Elle ne s'en remettrait sans doute pas. Il prit donc ses mains dans les siennes, et la ramena à la table sous le regard inquiet d'Odin.
-Mère, restez auprès de nous. Ne partez pas le voir, il ne peut...plus être sauvé, vous devez le savoir au fond de vous, eut-il le courage d'articuler, culpabilisant de faire du mal à sa douce mère si brisée qui essayait de se relever.
-En es-tu sûr, mon fils ? Je l'ai rejeté à notre dernière rencontre, et je sais que ça l'a blessé. Je l'ai rejeté, je lui ai demandé d'oublier nos liens, mais je m'en veux de lui avoir dit ça. Et si ça l'avait achevé ? Je ne peux pas le laisser ainsi, tu comprends ? Le voir souffrir me fait mal.
Incapable de dire quoi que ce soit qui puisse convaincre Frigga, son ainé se tourna vers Odin, lequel comprit le message. Il se leva, et vint rejoindre sa femme qui se sentait à nouveau perdue entre diverses émotions. Toujours cette maudite voix dans sa tête qui lui disait que c'était elle, et elle uniquement, qui avait brisé Loki, qui l'avait obligé à faire ce qu'il avait fait sur elle. Cette voix lui disait qu'elle avait invité son fils à la considérer comme un objet. Cette voix lui susurrait qu'elle avait aimé. Frigga blêmit soudain, inquiétant les deux guerriers à ses côtés.
-Mon amour ? questionna gentiment le Père de Tout, caressant délicatement les joues offertes de son épouse en proie à mille pensées plus horribles les unes que les autres.
Elle se sentit juste capable d'avouer à son mari qu'elle sentait une nouvelle crise venir. Le roi la mena sans tarder sur un siège pour que l'idée de tomber au sol ne lui vienne pas. Il la garda dans ses bras, la faisant s'asseoir sur lui, puis se mit en quête de la calmer, lui murmurant des paroles réconfortantes pour l'empêcher de retomber. Thor s'y mit également, abattu de voir que sa mère si forte pouvait vite repartir dans une crise à cause de lui. Il avait sans doute une part de responsabilité dans la crise de la Mère de Toute Chose.
-Mère, appela-t-il doucement, sentant les mains de la femme frissonner sous ses doigts.
Il se douta bien que ce n'était pas lui qui la faisait frémir ainsi, mais ses pensées. Le visage de sa mère était tourmenté par diverses expressions. Elle entendait toutes ces voix qui lui susurraient de terrifiantes choses aux oreilles. L'une disant qu'elle avait apprécié l'acte de Loki, qu'elle y avait pris un plaisir, l'autre l'incitant à revoir toutes ces images. Une autre encore lui soufflant combien elle voulait ressentir cette douce douleur une nouvelle fois, avec Loki, toujours.
-Je ne me sens pas bien, murmura-t-elle à Odin, tentant de lui faire passer sa détresse.
-Concentrez-vous sur moi, sur ma voix, mon amour. Sur celle de notre fils. Uniquement sur les nôtres. Concentrez-vous sur les mains de Thor sur les vôtres.
-Je ne peux pas...toutes ces voix...Odin, j'ai si peur qu'elles disent la vérité, admit la reine, enfouissant son visage dans le cou de son aimé, se sentant si honteuse.
Et si, oui, toutes ces voix ne faisaient que lui dire ce qu'elle ressentait vraiment ? Cette pensée suffit à dégoûter Frigga, qui se mit à trembler de plus bel. Quand ce calvaire cesserait-il ? Elle eut juste le temps d'entendre le nom d'un ami, 'Eir', que son mari ou son fils devait avoir appeler, avant de plonger d'elle-même dans la seule issue possible qu'elle avait : l'inconscience temporaire.
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-Ne la trouves-tu pas belle quand elle dort ? murmura un roi fatigué à son fils, tous les deux assis sur le lit de Frigga, celle-ci étant endormie.
-Si, elle est belle. Paisible, acquiesça le prince ainé, caressant avec douceur les mains accessibles de sa mère.
-Et pourtant si tourmentée, si fragile, soupira doucement le père de l'Héritier, regardant avec bienveillance et amour la seule personne qu'il aimait de tout son cœur meurtri par l'âge.
Thor ne trouva rien à dire à cela, pensant la même chose, avec honte. Il avait honte de ne pas croire en sa mère. Non, il croyait encore en elle. Il ne cesserait de croire en sa guérison, mais l'espoir faiblissait de jour en jour. Il avait une grande part de responsabilité dans tout ceci également. Voyant qu'Odin le jaugeait, voyant sans doute qu'il voulait se confier, son fils se décida à parler à cœur ouvert. Pas à son suzerain. Juste à son père.
-Devons-nous encore espérer, père ? Espérer qu'elle se remettra ? A chaque sourire, nous espérons, mais ce sourire et cet espoir disparaissent toujours si rapidement. Devons-nous encore espérer qu'elle nous revienne ? demanda-t-il courageusement en un murmure brisé.
-Je t'aurais déclaré que tu devrais garder confiance en elle il y a quelques jours, mais maintenant, j'en viens à douter moi aussi. Elle était si bien, si paisible, ces derniers jours. J'ignore ce qui a provoqué une nouvelle crise, mais je t'avoue perdre peu à peu l'espoir de la revoir. Ta mère a beau être une courageuse femme, elle ne peut se battre indéfiniment contre ses démons, soupira Odin avec lassitude.
La lassitude de devoir vivre. La lassitude de voir sa moitié disparaitre alors qu'elle se portait bien auparavant. Avait-il seulement tort de perdre foi en elle et en ses capacités de guérison, A ce stade, une guérison serait en réalité miraculeuse, finit par se convaincre le roi.
-Craignez-vous qu'elle ne sombre à nouveau, et cette fois, définitivement ? osa interroger Thor.
-Je ne saurais le dire, mon fils. Depuis ce tragique événement, Frigga est totalement imprévisible. Elle pourrait sourire puis refaire une crise une minute après. Parler de Loki lui a remémoré des souvenirs.
-Elle a aussi mentionné d'autres choses en nous avertissant de sa crise, n'est-ce pas ?
-En effet, elle a parlé de voix. Des voix dont elle craindrait qu'elles disent la vérité, admit Odin, ne détournant toujours pas son seul œil de l'endormie.
-Savez-vous de quoi elle parlait ?
-Ta mère est déchirée chaque jour et chaque nuit entre ses démons, Thor. Pour te le dire sans passer par quatre chemins bien inutiles, une voix lui dit qu'elle n'est qu'un jouet entre les mains des hommes. L'autre voix, c'est celle qui lui dit de se battre. Et chaque jour, chaque nuit, Frigga doit les écouter. Elle commence à se considérer comme folle, bien que ce fut dur pour elle de me le dire.
-Et vous, père, la croyez-vous...folle ? demanda Thor, inquiet.
-Non. Elle est toujours consciente de ses actes. Elle m'a maintes et maintes fois avoué qu'elle savait qu'elle prenait la mauvaise route, qu'elle devait se battre. Mais il y a toujours des arguments contre sa faveur dans ses esprits. Voilà pourquoi je crains qu'elle ne retombe un jour. Comment peut-elle se battre contre ses sentiments, et les chasser ?
-Vous posez là une dure énigme, mon père. Et je m'en veux de ne pas pouvoir l'aider. Je m'en veux d'avoir amené Loki ici, sur Asgard. Si je l'avais laissé aux mains de nos amis de Midgard, il n'aurait jamais pu briser Mère. Père, dîtes-moi, est-ce moi le fautif de cette histoire ? demanda avec timidité l'Héritier, craignant la réponse.
Une réponse qui vint rapidement. Une réponse dont le ton paraissait indigné. Une réponse sincère, et vive, celle d'un père.
-Non, Thor ! Le seul responsable et le seul coupable ici est Loki. Il aurait trouvé le moyen de revenir nous hanter, que tu l'ais amené ici ou non. Tu as fait le bon choix, fils. Et si tu te considères responsable de l'état de ta pauvre mère, alors je le suis autant que toi. Je lui ai formellement interdit d'approcher Loki, d'avoir un quelconque contact avec lui. J'aurais dû bloquer tout accès, interdire aux gardes de lui donner accès aux prisons.
-Vous savez qu'elle aurait quand même réussi à passer votre vigilance, père. Ne vous en veuillez pas injustement, lui demanda son fils, sincère lui aussi.
Plus aucune parole ne fut prononcée durant quelques minutes, le père et le fils se contentant d'admirer une mère pour l'un, et une femme pour l'autre. Aucun d'eux ne souhaitait la voir disparaitre. Plutôt mourir que de la voir s'en aller loin d'eux.
Ce fut une voix ensommeillée qui vint briser le silence. Une voix qui se voulait douce.
-Odin, Thor ? Que faîtes-vous ici ? osa questionner gentiment une Frigga éveillée.
-Vous...vous avez fait une crise, ma reine. Nous nous assurions que vous vous portiez mieux, toussota le roi.
-Je me sentirais mieux...dans vos bras, hésita-t-elle, ne voulant aucunement parler de sa crise.
Elle le fit d'ailleurs comprendre aux deux hommes de sa famille. Ces derniers acceptèrent silencieusement de ne pas lui infliger plus de douleur, et demandèrent plus de détails. Etait-ce seulement l'un ou l'autre qu'elle voulait près d'elle ?
-Vous deux, pourquoi pas ? sourit-elle légèrement.
Un sourire qui se voulait rassurant et vrai, mais un sourire tourmenté malgré tout. Les douloureuses pensées demeuraient encore en elle, la détruisant peu à peu.
-Très bien, ma reine. Permettez ? lui demanda Odin, s'installant derrière elle et venant se blottir contre son dos, son visage se perdant dans le cou de sa femme, son nez plongeant avec joie dans les doux cheveux offerts.
Thor ne sut où se mettre, jusqu'à ce que la main hésitante et frissonnante de sa mère n'agrippe la sienne. Il se retrouva allongé contre elle, se sentant presque redevenir un enfant. Encore un jeune garçon, le prince n'hésitait jamais à reposer sa tête sur la poitrine de sa mère lorsque Loki consentait à partager la place. Il aimait tellement entendre ce cœur si pur battre. Un cœur que rien ne pourrait faire cesser de battre, avait pensé le jeune garçon. Il ne savait pas encore qu'une personne pouvait mourir et s'en aller. Il refusait d'admettre qu'un jour, sa mère, son père, et son petit frère, puissent s'en aller loin de lui pour le rejeter.
-Ca me rappelle mon enfance, chuchota le blond, intérieurement le plus heureux des fils.
La raison était simple. Cinq bons et longs mois que sa mère ne l'avait pas prise dans ses bras. Elle lui parlait, demandait de ses nouvelles, lui souriait, mais jamais elle n'avait tendu les bras pour qu'il vienne s'y réfugier. Sans doute avait-elle eu peur qu'il commette le même acte que Loki sur elle ? Il était bien un de ses fils, après tout. Et si l'un d'eux l'avait sauvagement violé, pourquoi l'autre ne le ferait pas ? C'était bien les pensées qui avaient agité Frigga jusqu'à ce jour. Et ce jour-ci, précisément celui-ci, alors qu'elle tenait Thor dans ses bras maternels, elle songea que non, finalement, son petit ange blond ne lui ferait pas de mal. Il restait encore son bébé, intentionnellement. Il était sa chair, son sang, ses yeux, aussi. Odin disait toujours que l'Héritier avait les yeux de sa mère. Et son caractère, accessoirement.
-Nous aurons l'occasion de revivre ton enfance, alors, osa espérer Frigga, ne voulant pas élever le ton, se contentant juste de murmurer.
-Merci, Mère. Peut-être...devrais-je vous laisser avec Père ? suggéra le dieu de la foudre après un moment sans rien dire.
-Tu veux vraiment nous quitter ? parut déçue sa mère.
-Non, mais qu'un prince dorme avec ses parents...
-Est tout à fait acceptable, jeune homme. Ce soir, veux-tu bien abandonner ta couronne, et redevenir mon fils ? Notre fils ? sourit la reine, acquiescée par son mari après un petit moment de réflexion de ce dernier.
Le sourire qui se lut sur le visage de Thor à cet instant précis fut le plus beau présent qu'il pouvait offrir à sa mère, laquelle le tira à nouveau vers elle. Ce fut avec la promesse d'une nuit pleine de bons rêves et d'un avenir qu'ils espéraient meilleur que les trois guerriers s'endormirent, Odin et Thor protégeant Frigga de leurs bras.
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Plus les jours passèrent, et plus la crise disparut de la mémoire de chacun. Frigga oubliait progressivement les odieuses pensées qu'on lui soufflait à l'oreille, reprenant ses obligations de reine : la paperasse et les dossiers ennuyants, les journées sans son mari qu'elle avait de plus en plus envie de voir, les anicroches habituelles entre Sif et Eir sur les méthodes de combats, les blessures et les guérisons, et bien d'autres choses encore. Elle dut s'avouer après un certain moment que toutes ces choses lui avaient cruellement manqué.
Ce soir-là, lorsqu'elle rentra dans ses appartements, exténuée après avoir dû étudier de toute son attention un énorme dossier de loi, ses effets et conséquences, Frigga choisit de se reposer directement. Pas d'ouvrage ce soir. Juste un bain, et le marchand d'étoiles viendrait la voir lorsqu'elle se serait installée sur ses couvertures, heureuse de pouvoir tomber dans un sommeil réparateur.
Avant de s'en aller dormir, et après avoir pris un bain dont la température de l'eau ne la brûlait à présent plus, Frigga fit un tour devant l'un de ses miroirs, trouvant que quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas cette impression que sa magie disparaissait de jour en jour, ni ce fardeau qu'elle portait constamment. Non, il y avait...autre chose. Elle observa fixement son reflet, cherchant obstinément ce qui n'allait pas.
Ses mains se posèrent distraitement sur son ventre alors que d'autres questions lui venaient. Etait-ce l'apparence d'une reine, ou était-elle un jouet ? Une vulgaire distraction ? Le fruit d'une erreur ? Le fruit d'une erreur ?! Ses mains se crispèrent, son corps se tendit, son cœur sembla se figer quelques secondes. Par les Nornes, non. Impossible. Plus qu'impossible.
Ses saphirs restèrent figés sur son reflet. Sur l'horrible reflet qu'elle voyait. Abomination. Objet. Distraction. Monstre. Jouet. Horrible et terrifiante créature. Traitresse. Tellement sale et impure. Mais il y avait pire. Tellement pire qu'une simple salissure.
Frigga eut la soudaine impression que s'évanouir ne ferait que l'aider. Pourquoi l'inconscience ne l'appelait-elle alors pas ? De toutes ses forces, elle souhaita s'abandonner à l'ombre qui la rejetait constamment. Elle n'était qu'une chose. Une chose.
Une chose impure.
Rien de plus.
Que cela.
Et les larmes coulèrent enfin. Si faible et fragile qu'elle était, Frigga laissa à nouveau couler des larmes. Le désespoir la prit à nouveau.
Le chapitre 10 sera mis en ligne mercredi après-midi.
Les commentaires sont appréciés, et toutes les théories également! Merci de m'avoir lu (:
