Titre : Sept-Royaumes
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Tout est à Clamp, et tout pareil que dans le chap. 1 !
Note : Trois choses à dire aujourd'hui : je voudrais remercier, m'excuser et m'expliquer.
D'abord, merci à tout le monde pour vos reviews. En ce moment, particulièrement, j'ai besoin de soutien moral et le fait de voir que vous êtes toutes au rendez-vous me fait vraiment très plaisir.
M'excuser, oui, (désolée Pucca) parce que malgré la grande gentillesse de vos reviews, ce que j'écris en ce moment n'est pas d'une très bonne qualité sur le plan de la forme et c'est, je pense, nettement en deçà de ce que je pourrais pour vous proposer.
M'expliquer : avec cette fic, je me suis lancé un défi, celui d'arriver à raconter une histoire convenable en postant le plus de chapitres possibles dans la semaine et sans avoir rien préparé à l'avance (sauf un petit plan, quand même). J'ai beaucoup de boulot en ce moment, encore plus qu'avant, c'est dur de se concentrer dans ces conditions, et en plus je ne sais pas écrire d'une façon aussi spontanée et sans me relire dix fois avant de poster. La simple idée de poster mon chapitre 1 avant d'avoir bouclé l'écriture du chapitre final me fait frémir d'horreur, mais voilà, justement, c'est bien pour ça que j'ai décidé de le faire avec Sept-Royaumes. Pour apprendre, m'améliorer, travailler sur mes points faibles, etc., tant au niveau de l'écriture que de la relecture. Donc, pour répondre à ta question Aelin, non, je n'ai pas de bêta, et pour cette fic c'est volontaire parce que j'ai besoin aussi d'apprendre à me relire de façon plus efficace, y compris sur le plan de m'orthographe. Pour l'instant, je me loupe encore un peu, visiblement (puis il faudrait que j'arrête de poster à 6H du matin avec les yeux plus trop en face des trous).
En conclusion, vous allez sûrement encore trouver des fautes, des répétitions, des choses qui ne sonnent pas très bien. Il y en aura, j'espère, de moins en moins, mais il y en aura encore, c'est sûr. Mais quand la fic sera terminée, j'espère aussi que je pourrai la relire depuis le début, voir la progression et me dire que j'ai bien œuvré. J'ai toujours considéré ffnet comme un bon laboratoire d'expérimentation d'écriture et je continue dans cette voie, mais l'exercice, cette fois, est vraiment difficile pour moi alors je vais travailler encore plus, promis, et j'espère que vous serez encore indulgent(e)s et s'il vous plait, si vous aimez, laissez moi un petit mot pour le dire. Ça m'aidera beaucoup.
Allez, encore un chapitre relativement calme mais après, promis, il y aura de l'action !
Réponse aux reviews :
Riri : Euh, bon, euh... c'est un peu dur de répondre en une ligne à des reviews de deux pages surtout quand elles sont en double alors simplement : voilà la suite :)
Sana : Un peu de Fye, cette fois :) T'es contente ?
Soren : Reviens ! On t'aime !
You and your brain : Effectivement, ça commence à devenir compliqué surtout qu'il n'y a pas que l'armée, il y a aussi (eux) et (eux) sans parler des (hommes en noir) et... bref, l'étau se resserre ! Merci beaucoup pour ta review et à bientôt :)
Eva : Même réponse que pour ta jumelle maléfique (le doublon en moins)
Vanina-chan : Eh bien eh bien, que de cogitations ! Je ne vais pas te dire si tu es dans le vrai ou non, hein, ce serait pas drôle, mais je peux te dire en tout cas qu'au moins une de tes suppositions n'est pas juste. Lol, oui, avec ça, tu es bien avancée. Merci merci pour ta review, je suis contente de voir que j'ai réussi à retenir ton attention avec ma petite énigme (oui je dis petite parce que l'énigme du chat c'est vraiment que l'apéro dans cette fic). A bientôt ?
Aelin : je crois que j'ai déjà dit l'essentiel :)
Pour me donner votre opinion, c'est toujours le même bouton !
Sept-Royaumes – Chapitre 9 – Les hommes du roi
- Gamine, réveille-toi.
Chii ouvrit péniblement les yeux et se redressa. Cela faisait un moment qu'elle s'était assoupie dans les bras du lieutenant, bercée par les pas de son cheval, par la chaleur de son corps, et recrue de fatigue.
La nuit avait été très longue et pénible. Après leur étape du soir, ils avaient repris leur voyage et chevauché sans plus s'arrêter jusqu'à ce que la lune atteigne son zénith. Ils avaient alors fait une courte pause, avant de poursuivre leur progression jusqu'à l'aube où ils s'étaient de nouveau octroyé un moment pour prendre une collation et une boisson chaude.
Durant ces heures glacées et interminables, ils avaient suivi à une allure modérée la grand-route déserte, sous le maigre éclairage du ciel nocturne, et dépassé l'emplacement clairement visible où les troupes du roi Susanoo avaient campé la nuit précédente. Malgré la neige qui s'était amoncelée, on devinait avec facilité la disposition des feux de cuisine et des différents cantonnements.
- Combien d'homme peut-il y avoir ? avait demandé la servante, impressionnée par la surface du campement.
- Pas beaucoup, avait répondu Kurogane. Le roi n'a pas eu le temps de rassembler toutes ses troupes en seul point et des convois comme celui-là doivent converger vers la frontière depuis tous les points stratégiques du pays.
Puis il avait froncé les sourcils, lâché un profond soupir et secoué la tête.
- Mais ils sont quand même bien trop nombreux. Je ne sais pas comment on va faire pour les dépasser sans se faire repérer.
A présent, le moment était venu de chercher la réponse à cette question. Dissimulés dans un bosquet au sommet d'une colline, alors que l'après-midi de leur quatrième jour de voyage en commun était entamé, le lieutenant et ses cinq compagnons observaient – en espérant ne pas être vus – le long ruban sombre et mouvant des colonnes de soldats qui s'étiraient sur la grand-route. Les hommes allaient d'un pas régulier et encore souple. La marche les préservait du froid et ils n'avaient pas parcouru suffisamment de distance pour être déjà fatigués. Du moins était-ce ce que l'on pouvait dire de l'arrière-garde ; peut-être l'avant-garde, forcée d'ouvrir la route dans la neige et de « tirer » les autres, était-elle plus éprouvée.
Au loin, sur le fond gris clair constellé de points blancs mouvants du ciel hivernal, se découpait la silhouette sombre d'une pagode dominant les murailles d'une petite bourgade : le péage du goulet Kageshi.
- Merde... grommela le guerrier. Merde et merde ! On arrive trop tard.
- Pas sûr, fit Shougo. Les troupes s'étalent sur plusieurs lieues et on ne peut pas voir leur tête d'ici. Mais je ne crois pas qu'ils soient déjà arrivés au village.
- Qu'ils y soient arrivés ou non, ça ne change rien tant qu'on n'a pas trouvé de solution pour les contourner ou les traverser.
- Je ne comprends pas pourquoi tu es aussi pressé. Qu'est-ce que ça peut faire s'ils nous passent devant ? On s'en fiche. On n'a qu'à filer vers l'est et descendre un peu dans les coteaux, puis se trouver un endroit pour camper et attendre après-demain. De toute façon, vu leur allure de tortue, même si les soldats atteignent Kageshi ce soir ils n'auront pas le droit d'entrer dans le goulet avant demain. Et ensuite il va leur falloir toute la journée pour faire passer tout ce monde. Alors je pense que le mieux serait de se poser quelque part dans le coin et simplement patienter jusqu'à ce qu'ils soient partis. Ensuite on traversera peinards et une fois de l'autre côté on sera tranquilles pour les dépasser à un endroit où le terrain est plus favorable.
- Ce n'est pas aussi simple, grogna le brun en s'efforçant de contenir sa mauvaise humeur.
- Je suis désolée, fit Sakura de sa voix douce. C'est de notre faute. Si vous ne nous aviez pas aidés, vous...
- T'occupe pas de ça, princesse, personne ne vous fait le moindre reproche, répondit le guerrier avec un geste de la main, comme s'il balayait une mouche, avant de se retourner vers le voleur. Si je suis pressé c'est parce que ce n'est pas l'armée mon principal problème, mais les chasseurs que le roi a sûrement envoyés à ma recherche et à la recherche du mage. Tu vois ? D'ailleurs je suis étonné qu'on n'ait pas déjà eu de leurs nouvelles.
- Tu as une idée de qui c'est ?
- Plus ou moins, oui. Pas envie de les rencontrer.
- On n'a qu'à se séparer, suggéra Primera. Nous cinq, on n'est pas recherchés. On reste dans les environs et on attend que l'armée soit partie, et toi tu pars devant tout seul. Si tu es seul, avec un cheval comme le tien, même en rase-campagne, tu pourras facilement devancer les soldats vu l'allure à laquelle ils se traînent. L'essentiel c'est que tu passes le goulet avant eux pour ne pas te retrouver pris en tenaille entre eux et les chasseurs qui te recherchent. Une fois que tu seras de l'autre côté, tu pourras toujours avancer vers la frontière de Seles et nous, on fera de notre mieux pour te rattraper le plus rapidement possible.
- Je n'aime pas ça. La gamine est sûrement recherchée aussi, et puis il y a ces types en noir qui peuvent refaire leur apparition n'importe quand...
- Ne vous inquiétez pas pour nous, Kurogane-san, dit Shaolan en s'avançant un peu pour se mêler à la conversation. L'essentiel, c'est que vous et Fye-san puissiez vous échapper. Nous, on n'est pas recherchés, et on cachera Chii-san dans notre groupe... On n'aura qu'à la faire passer pour une dame de compagnie de Sakura-hime. Et si on reste à proximité d'une colonne de soldats, je ne crois pas que les hommes en noir oseront nous attaquer.
Kurogane lui lança un regard interloqué.
- Vous voulez... planquer la gamine au milieu des soldats ?
- C'est une idée de génie ! s'exclama Primera. Au moins, Chii-san n'a pas les yeux bleus, et pour ses cheveux, si c'est un problème, je pourrai lui faire une teinture. Personne ne se doutera de la supercherie et on pourra continuer notre chemin bien en sécurité.
L'évocation de sévices infligés à sa chevelure lui attirèrent un coup d'œil horrifié de l'intéressée, mais elle ne fit aucun commentaire et n'émit pas la moindre protestation.
- Ce qu'il disent n'est pas idiot, renchérit Shougo. Et puis, Prim et moi, on veillera sur eux. Tu as fait appel à nous parce que tu nous fais confiance, non ?
- Ouais...
- Alors laisse-nous nous occuper de ça, et toi, va aider ton mage.
- C'est pas MON mage !
- En tout cas, décide-toi, mon vieux, parce que le temps passe et, à ce rythme, tu vas pour de bon te retrouver coincé au péage du goulet.
- Bon, d'accord. On fait comme ça. Demain, vous irez par la route en suivant l'arrière-garde de l'armée au plus près que vous pourrez. Quant à vous deux, dit-il en se tournant vers le voleur et sa compagne, vous ne les perdez pas de vue. Et si, au passage, vous arrivez à parler un peu avec les troupes et à récupérer quelques informations intéressantes, elles seront les bienvenues.
Tandis que ses compagnons se redistribuaient les montures, il attrapa Chii aux aisselles et la souleva de sa selle pour la déposer à terre. Mais quand il voulut décrocher le panier du chat pour le lui donner, elle refusa d'un signe de tête.
- Gardez-le, Kurogane-san.
- Tu es sûre ?
- Oui. Vous devez vous rapprocher de Fye avant le coucher du soleil, et...
- Oui, ça va, j'ai compris. Au coucher du soleil, je libère le chat.
- Oui.
- C'est si important que ça ?
- Oui.
- D'accord.
- Et... attendez, s'il vous plaît.
Elle se dirigea vers le cheval de bât, préleva un sac sur le paquetage, puis revint le fixer à l'arrière de la selle de l'étalon noir.
- Ce sont quelques affaires de Fye. Il pourrait en avoir besoin. Enfin, si vous le voyez... si vous pouvez les lui donner...
- C'est d'accord.
Kurogane acquiesça, frissonna et resserra sur lui les pans de son manteau. Mine de rien, la servante lui avait tenu chaud pendant tout le voyage, et maintenant qu'elle n'était plus là, un vilain petit courant d'air lui taquinait les côtes. Après avoir donné ses dernières instructions à Shougo et lui avoir laissé suffisamment d'argent pour payer leur passage au péage, il fit volter sa monture et descendit la colline par le côté opposé à la route.
Remonter la colonne de soldats en passant sur le côté, en rase-campagne, c'était facile à dire, mais pour le faire, c'était quand même une autre histoire. Il s'arrêta un instant pour scruter les environs et réfléchir à l'itinéraire qu'il allait adopter. Devant les pieds de sa monture s'étalait une grande plaine de forme ovoïde, coupée en deux par la grand-route. Loin sur sa gauche, il y avait les vallons boisés et la rivière en aval de laquelle ils avaient campé après leur combat contre les hommes en noir. A sa droite, des centaines de soldats. Et devant lui, un espace vierge et immaculé, ponctué de petits monticules qui pouvaient être aussi bien des arbustes que des piquets, ou le manche d'une bêche abandonnée dans une culture ; tout cela était excessivement plat, nu, morne et exposé. Alors qu'il avait plus que jamais besoin de la protection des sous-bois, il n'y avait plus un arbre entre lui et les murailles encore lointaines de Kageshi.
Un cavalier suspect, galopant à tombeau à travers champs, ne tarderait pas à être repéré depuis la route ; avec ça, s'il jouait de malchance, un joli comité d'accueil l'attendrait aux portes de la cité, pas forcément pour lui souhaiter la bienvenue. Et la robe d'un noir de charbon de son étalon n'allait pas passer facilement inaperçue sur la neige. Pourtant, il devait prendre le risque. Le soleil était déjà haut dans le ciel et il devait vraiment se hâter s'il voulait avoir une chance de traverser le péage avant la fin de la journée.
Il talonna sa monture, qui s'engagea dans la poudreuse, fit quelques pas hésitants, tâtant le sol du bout du pied, puis s'élança franchement au galop. Kurogane la laissa aller, en se disant qu'il ne restait plus qu'à espérer que les soldats qui l'apercevraient le prendraient exactement pour ce qu'il était : un cavalier pressé désireux de leur passer sous le nez à l'entrée du goulet. Le cheval étendit l'encolure, allongea ses foulées, heureux d'avoir enfin le droit de se dépenser, et plongea avec délices dans le tapis neigeux.
Le lieutenant s'accorda un moment pour se laisser, lui aussi, griser par la vitesse, par le vent qui lui fouettait les joues, par la puissance de l'animal qui s'extrayait par bonds des congères, par ses muscles lourds roulant sous son poil soyeux, par ses sabots battant le terrain avec une force et une régularité qui paraissaient inaltérables, par son souffle court mais régulier, enveloppant le bout de son nez dans un petit nuage de brume, et par son odeur musquée, entêtante, qui ne tarderait pas à devenir aigre quand il se mettrait à transpirer. Le froid vif lui piquait les yeux, lui coupait le souffle, mais c'était égal ; il aimait la sensation, et il aimait l'exquis frisson de peur qu'il éprouvait en pensant que sa monture pouvait à tout moment se prendre les pieds dans une ornière traîtreusement dissimulée sous la traîne de ce paysage en robe de soie blanche, et faire une chute mortelle.
Mais il n'avait guère le loisir de s'abandonner à ces moments de plaisir. Trop de questions, trop de préoccupations. L'armée avait-elle déjà atteint les portes de la bourgade ? Et le mage ? Le blond n'était pas du pays. Savait-il seulement comment fonctionnait ce passage ? N'allait-il pas, de lui-même, par ignorance des coutumes, se jeter dans le piège à guêpes qu'était cette ville ? Possédait-il seulement la somme nécessaire pour payer sa traversée ? Et le laisserait-on aller ? Le roi avait sûrement fait envoyer un messager au péage pour donner son signalement. C'était même sans doute la raison pour laquelle aucun poursuivant ne s'était accroché à leurs talons pendant ces quelques jours. Il suffisait de se poster devant les portes du goulet et d'attendre. La proie viendrait d'elle-même, elle n'avait aucun autre choix.
Kageshi n'était pas une ville étendue, ni très peuplée, mais elle était d'une grande importance pour le pays de Nihon. Située à l'extrémité nord d'une plaine fertile, elle était au carrefour des principales routes commerciales, et pour cause : elle en était même le passage obligé car elle était posée en bordure du Goulet, un phénomène unique sur toute la surface des cinq Bas-Royaumes du Monde-Terre. Pour une raison que seuls les Titans du Monde-Jour et du Monde-Nuit connaissaient – et encore, rien ne le prouvait -, le sol de Nihon, à cet endroit, s'était fissuré et toute la partie située au nord de cette brèche s'était abaissée de plusieurs dizaines de pieds. Il n'en était pas résulté une faille à proprement parler, mais une zone large de plusieurs lieues, en pente raide, pierreuse et plus plissée que le front d'une trisaïeule, impraticable même à pied.
Bien des siècles avant l'arrivée au pouvoir du père de Tomoyo, le roi Susanoo deuxième du nom, en quête de territoires et de colonies à adjoindre à son pays alors minuscule, manda de par le monde de nombreux aventuriers et l'un d'entre eux fit une troublante découverte : la géographie des Bas-Royaumes du Monde-Terre ressemblait à un beignet géant, rond, plat, avec un trou au milieu et ce qui deviendrait plus tard cinq vastes états nommés Seles, Valeria, Clow, Kajara et Nihon était réparti sur l'ensemble de ce disque. A condition d'avoir de bonnes jambes et quelque chose de bien accroché dans le pantalon, on aurait pu en faire le tour complet, en partant de Suwa par le sud et en y revenant par le nord, s'il n'y avait eu ce no man's land infranchissable qu'était la fracture de Kageshi.
De son vivant, Susanoo le deuxième n'assista pas à l'achèvement du Goulet qu'il avait ordonné de faire creuser dans la roche volcanique de ce désert gris. Pas plus que son fils ne le vit, car il fallut plusieurs générations de souverains, et le sang de milliers de condamnés aux travaux forcés, pour terminer cet ouvrage, un passage à peine large comme l'avenue principale de Suwa, mais qui permettait de fermer le cercle des Bas-Royaumes ; les frontières encore mal définies de Seles et de Nihon se touchèrent alors pour la première fois.
Depuis cette époque lointaine, les choses s'étaient organisées autour de ce point stratégique. La bourgade de Kageshi, au sud du Goulet, et la bourgade d'Ayama au nord, faisaient office de poste à péage, prélevant un droit de traversée sur chaque voyageur souhaitant emprunter la voie. Cet impôt n'était ni abusif, ni arbitraire et les importantes sommes collectées n'étaient utilisées qu'à la fin d'entretenir le pavement de la route, et surtout les étais soutenant les parois instables qui la bordaient. Les deux villes avaient également pour rôle de réguler le flux des voyageurs s'engageant dans le couloir. On ne s'y croisait pas, car ce n'était pas large, et la circulation y était alternée, au rythme de deux vagues par jour dans chaque direction. Celui qui ratait celle du matin n'avait plus qu'à prendre son mal en patience jusqu'à l'après-midi, et aucun trafic n'y était autorisé durant la nuit, temps réservé aux prisonniers employés aux travaux de voirie.
Mais on était en hiver, le soir tombait tôt, les temps d'ouverture pour chaque vague étaient réduits et Kurogane faisait ses calculs, tout en incitant sa monture à allonger encore sa foulée. S'il arrivait trop tard pour la deuxième vague, il serait obligé de rester en ville jusqu'au lendemain matin, sous le nez des troupes du roi qui allaient sûrement stationner devant les portes des remparts. Il n'avait pas repéré les officiers, il n'avait aucune idée de leur identité, mais quelle qu'elle soit il n'y avait que deux possibilité : soit il s'agissait d'hommes stricts qui empêcheraient leurs soldats d'aller envahir les auberges, mais il y aurait bien toujours quelques petits futés pour passer quand même en fraude, soit il s'agissait d'hommes compréhensifs qui n'auraient pas le cœur à priver leurs troupes de quelques réjouissances avant de monter vers le nord, le froid, les batailles, le sang et peut-être la mort, auquel cas la cité fourmillerait de gardes dont bon nombre connaissaient son visage ; c'était un quitte ou double que le lieutenant n'avait pas envie de tenter. Dans un cas comme dans l'autre, les risques étaient trop grands de se faire repérer. Il ne pouvait pas se le permettre, et Fye encore moins que lui. Il fallait agir rapidement, entrer en ville, trouver le mage s'il était encore dans les parages, et décamper vite fait. A condition, bien sûr, de ne pas devoir employer la force au péage... La partie allait être serrée.
Il avait le dos en compote quand il ordonna enfin à l'étalon noir de modérer son allure. Devant lui se dressaient les remparts circulaires du bourg. Sur un terre-plein, la chaussée, noire et gluante de boue, encore presque déserte. Seuls quelques voyageurs se hâtaient vers la chaleur des auberges et une bonne soupe.
Le lieutenant était satisfait. Il avait réussi à dépasser l'armée, même si c'était de peu. De là où il se trouvait, il lui suffisait de se redresser sur ses étriers pour apercevoir au loin les premiers rangs des troupes. Il n'avait pas plus de quelques minutes d'avance. Il ne restait plus qu'à espérer que ce serait suffisant.
D'un claquement de langue, il poussa le cheval couvert du sueur à grimper sur la route. L'animal avait les genoux tremblants, après le long et rude effort qu'il venait de fournir, et le souffle court, mais il se remit vaillamment en route, rassembla ce qu'il lui restait de fierté pour redresser la tête et rouer l'encolure, puis s'engagea sur le pavé et franchit l'entrée de la cité.
Les rues de Kageshi étaient en ébullition. Depuis plusieurs heures déjà, l'arrivée massive des soldats du roi avait été signalée et il fallait prendre des mesures en conséquences. Rentrer les étals, récupérer les enfants, mais aussi se vêtir élégamment et se préparer à leur faire bon accueil. Ces hommes s'en allaient à la guerre, ils partaient se battre contre Seles, l'ennemi séculaire, il fallait leur offrir bonne figure et encouragements. Même si le gros des troupes n'allait sans doute pas entrer dans la ville avant le lendemain, une délégation officielle passerait probablement pour se présenter aux officiels et tout préparer pour la suite des opérations.
Le lieutenant ne s'attarda pas dans l'avenue principale. Il traversa le quartier commerçant aussi rapidement qu'il le put et gagna directement le secteur qui l'intéressait, l'entrée du goulet. Elle se trouvait au fond d'une immense place ronde destinée à accueillir tous ceux qui attendaient l'autorisation de passage. On y avait dressé des auvents, simples toitures soutenues par des colonnes, afin d'abriter voyageurs et bagages de la pluie comme du soleil ou de la neige. Ils étaient disposés de façon régulière, par aires rectangulaires, formant un dessin sans élégance, d'une austérité que rien ne venait adoucir. On n'était pas là pour rigoler.
Comme une immense bouche béante trouant les murailles de la cité, les portes du goulet étaient ouvertes. A leur gauche et à leur droite, pendant mollement le long des murs, deux grands étendards de couleur rouge indiquaient que le sens de circulation était du sud vers le nord. A leurs pieds, quelques voyageurs faisaient la queue devant un cabanon pour s'acquitter de leur droit de péage. Il n'y avait pas grand-monde ; personne n'avait envie de se promener par un temps aussi défavorable, mais le guerrier nota la présence d'une petite troupe armée et de deux hommes qui semblaient attendre quelque chose. Il ne s'agissait pas de voyageurs ordinaires, cela se remarquait au premier coup d'œil. L'un d'entre eux, en particulier, avait l'air redoutable. Il avait une silhouette élancée et nerveuse, à la démarche féline, qui n'était pas sans évoquer celle du magicien. Et il dégageait la même impression de danger.
A demi dissimulé dans un recoin de la place, Kurogane les observa longuement. Le plus petit semblait calme, et paraissait s'amuser des signes d'impatience que montrait son compagnon. Ils ne les connaissait pas ; ils n'étaient pas de Suwa. Et il y avait peu de chance pour qu'ils fassent partie des chasseurs recrutés pour le traquer ; le roi Susanoo n'aimait pas confier ses missions importantes à des étrangers. Mais cela ne faisait pas pour autant de ces deux-là des personnes inoffensives dont il fallait négliger de se méfier. Non, en les voyant, on avait simplement envie de s'enfuir en courant, ou de dégainer son arme.
L'étalon noir s'avança en direction du poste de garde, son cavalier priant pour que son signalement n'ait pas encore été donné aux sentinelles ou, le cas échéant, pour que Tomoyo ait pensé à faire quelque chose à ce sujet. Un mauvais frisson lui parcourut le dos, chaud et froid, moite. Il s'efforça d'en attribuer l'origine au refroidissement de son corps. Maintenant qu'il ne galopait plus, il avait cessé de transpirer, mais ses vêtements étaient humides et la place était pleine de courants d'air sournois. Un coup à tomber malade, se dit-il... En dépit de ses efforts, il ne parvint pas à croire à son propre mensonge. Dans son panier, le chat s'agitait.
- Dépêchez-vous ! Dépêchez-vous ! lança une voix. Les portes vont se fermer dans quelques minutes.
Déjà, les officiers du péage s'agrippaient de leur tout poids aux filins pendant de part et d'autre des lourds vantaux, pour remonter les bannières rouges. Dans un moment, on fermerait complètement puis, environ une heure plus tard, on rouvrirait et on abaisserait les étendards bleus indiquant l'arrivée des voyageurs venus du nord et allant vers le sud.
Kurogane mit pied à terre, attacha son cheval à une barrière et se rendit au cabanon où il acheta deux passages. On lui donna des jetons qu'il devrait remettre aux gardes des portes comme témoignage de son paiement. Les soldats agglutinés contre une palissade, occupés à se geler, ne lui accordèrent pas un regard. Quant aux deux étrangers, ils le détaillèrent longuement puis, voyant que leur manège avait été repéré, lui adressèrent un petit salut courtois et se détournèrent de lui.
Mais en revenant vers sa monture, Kurogane entendit un brouhaha soudain s'élever des rues. L'armée était arrivée aux portes de la cité.
Il ouvrit le panier accroché au pommeau de sa selle et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Son regard rencontra les prunelles dorées de Mokona. La petit bouille du félin arborait un air inquiet, son front était plissé, et dès que le guerrier entra dans son champ de vision, il se mit à miauler avec énergie.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Le brun leva la tête pour scruter le ciel. Non, le soleil était bas, mais il n'était pas encore près de se coucher, alors cette agitation suspecte ne pouvait signifier qu'une chose... Kurogane attrapa l'animal par la peau du cou, l'extirpa de sa prison d'osier et le posa par terre. Aussitôt, le chat fila entre les auvents, ventre au ras du sol, en direction d'une petite rue sur la partie gauche de la place. Le guerrier voulut le rappeler, puis se ravisa et le suivit en essayant de prendre un air dégagé.
Quand il arriva dans la ruelle, il n'y trouva personne. Il inspecta les lieux du regard. Il n'y avait rien de particulier à découvrir : il se trouvait dans un passage de service entre l'arrière d'une auberge bon marché destinée aux voyageurs attendant l'ouverture du goulet, et un immeuble qui pouvait être quelque chose comme un foyer de logement temporaire à l'intention de ces mêmes personnes. Le passage avait été sommairement dégagé de la neige, qu'on avait remontée en tas le long des murs pour laisser au milieu un chemin souillé d'empreintes de pas jaunâtres et brunâtres. Une odeur de soupe au poulet flottait dans l'atmosphère.
Le lieutenant ne tarda pas à trouver ce qu'il cherchait. Dans un monticule blanc repoussé contre un recoin, on pouvait distinguer très nettement les traces des pattes de chat blanc. Il avait utilisé ce passage pour grimper sur le toit du restaurant. Sans hésiter, le brun prit un peu d'élan et le suivit. A son tour, il parvint sans trop de difficultés à se hisser au faîte du bâtiment. Et le mage était là.
Assis à même le toit, adossé à une cheminée, ses jambes étendues devant lui dans une attitude relâchée, le blond caressait le félin et lui parlait à mi-voix. Lorsqu'il vit le lieutenant arriver, il redressa la tête et lui adressa un sourire pâle. Kurogane lui répondit d'un signe du menton assorti d'un froncement de sourcils.
- Tu as très mauvaise mine.
C'était la vérité, il était mal en point. Les blessures de son visage étaient enflées. Autour des plaies, sa peau tendue avait une teinte malsaine. Son œil était caché sous un bandeau qui portait des traces de sang séché, et son teint était blême. Des cernes profonds lui mangeaient les joues et un léger pli au coin de ses lèvres trahissait son épuisement et sa souffrance. Son attitude même, ce corps à l'abandon, ces doigts fins qui reposaient simplement sur la fourrure du chat plutôt que de jouer avec lui, tout, en lui, donnait l'impression qu'il n'était plus capable de faire un mouvement.
Le brun s'accroupit devant lui, posa le dos de sa main contre son front, qu'il trouva brûlant, puis lui prit le menton et l'obligea à relever la tête pour mieux l'examiner, mais Fye l'écarta doucement d'un revers du poignet.
- Ce n'est pas le moment, Kuro-chan.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu avais filé depuis longtemps.
- J'aurais bien voulu mais... On dirait que ça va être un peu plus compliqué que prévu.
- Explique-toi ?
Le blond fit un petit geste en direction de la place et des portes qui se trouvaient dans son dos.
- Tu vois les deux hommes qui font le guet là-bas, près de l'entrée ?
- Oui. Je les ai remarqués tout à l'heure, tu les connais ?
- Le plus grand s'appelle Kamui, et l'autre Subaru.
- Et alors ?
- Je ne les ai pas connus à Nihon. Ils sont de Seles.
Kurogane se rapprocha précautionneusement du bord du toit pour observer à nouveau, tandis que les implications des paroles du blond prenaient forme petit à petit dans son esprit. Rencontrer deux selesiens au cœur du pays de Nihon, à l'orée d'une nouvelle guerre, c'était plutôt troublant, surtout s'ils avaient l'allure de ceux-là.
- Ils te cherchent.
Ce n'était pas une question.
- Oui, répondit tristement le mage. Ils me cherchent. Et ce n'est pas pour m'aider à rentrer à la maison.
- Alors... Tomoyo avait raison ? Le roi veut...
- S'il te plaît... le coupa le blond en levant une main pour le faire taire.
Il opina du menton. Il n'avait, de toute façon, pas envie de formuler cette pensée à haute voix.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda-t-il au bout d'un instant de silence.
- Tu devrais y aller, Kuro-chan. Ils ne se méfieront pas de toi, du moins j'espère. Prends le chat, cache-le bien car ils connaissent peut-être son existence, et passe les portes maintenant, avant la fermeture.
- Je refuse.
- Quoi ? Pourquoi ?
- Je refuse. Je ne traverserai pas cette place si tu ne viens pas avec moi.
- C'est impossible. Je te l'ai dit, ces deux hommes sont là pour moi et ils ne me laisseront jamais passer.
- Et alors ? Tu vas rester là assis comme un crétin sur ce toit jusqu'à ce que t'en crèves ? Dans ton état, ça devrait pas être trop long. Si ces gars ne t'achèvent pas, le froid le fera cette nuit. Regarde-toi, tu es épuisé, tu es blessé, et ta blessure est en train de s'infecter. Je t'ai fait confiance pour te débrouiller tout seul mais j'avais tort. Tu n'as pas été franc avec moi, l'autre jour. Tu vas avoir besoin de bien plus que deux ou trois jours pour récupérer, et tu as plus que jamais besoin de ma protection. Alors tu la fermes, et tu viens avec moi. C'est pas négociable.
- Mais... Ces hommes...
- Justement, il faut y aller maintenant. Si je dois me battre contre eux, je dois le f....
- Non ! Il ne faut pas.
- Tu crois que je ne peux pas les battre ?
- Je ne veux pas que tu te battes contre eux. Tu ne sais rien d'eux, Kuro-chan. Ils ne sont pas... ils ne sont pas normaux. Un seul d'entre eux, tu pourrais peut-être le vaincre, mais les deux, c'est impossible. Et je ne peux pas t'aider. Et en plus l'armée va arriver.
- Je me fous de ce que tu veux ou de ce que tu ne veux pas ! Je commence à en avoir ras le bol de toi, et n'oublie pas une chose, je t'ai laissé agir comme tu le voulais depuis notre départ de Suwa, je t'ai laissé venir te pavaner sous mon nez en toute liberté alors que je suis censé te capturer, mais même si tu n'en as pas l'impression, tu es mon prisonnier. Il suffirait que je t'attrape, là, maintenant, que je te fasse descendre de ce toit à grands coups de pieds dans le cul, et que je te livre au premier officier que je croiserai ; alors, tu sais ce qu'il se passerait ? On te ramènerait à la capitale et tu serais mis à mort, et moi, du statut de traître à mon roi, je passerais à celui de héros pour t'avoir retrouvé et remis aux autorités. Et dans l'état où tu es, je ne vois pas ce qui pourrait m'empêcher de mettre mon plan à exécution dans la minute qui vient. Alors vas-y, je t'écoute, une minute c'est exactement le temps que tu as pour me donner une bonne raison de ne pas le faire !
Une nouvelle fois, le mage repoussa la main du lieutenant, qui l'avait attrapé par le col. Il lui adressa un regard las, et répondit d'une voix qui l'était plus encore.
- Très bien. Voici ma réponse : il n'y a qu'un seul moyen de faire cesser définitivement cette guerre, et je suis ce moyen. Je dois monter sur le trône de Seles. Et ces deux hommes, là, en bas, sont les assassins que mon père a envoyés pour essayer de m'en empêcher.
Kurogane recula d'un pas, estomaqué. Son pied glissa sur la neige du toit, et il tomba en arrière, pour se retrouver assis face au magicien qui n'osait pas le regarder, se contentant de fixer tristement l'extrémité de ses bottes.
- Tu veux dire que si tu vas à Seles, ce n'est pas pour enquêter sur la mort du cousin de Tomoyo, mais pour...
- Je sais qui a tué Tomomichi-kun. Nul besoin d'enquête pour le savoir. Il suffit d'avoir entendu la description qui a été faite de sa dépouille. Kuro-chan je t'en prie, écoute-moi. Les portes vont bientôt se fermer et la tombée du jour est proche. Je t'expliquerai tout, c'est promis, mais pour le moment il y a plus urgent. Je ne peux pas passer tant que ces hommes sont là, mais... si tu voulais me faire confiance, encore une fois...
- D'accord.
- Vraiment ?
- Ouais. Maintenant, je sais que tu ne te laisseras pas juste crever sur ce toit. Mais je te préviens, t'as pas intérêt à faire le con.
Le blond lui adressa un sourire doux.
- Tu es vraiment quelqu'un de gentil, Kuro-chan. Merci.
- Bon, ça va hein, répondit le lieutenant en bougonnant, le rose aux joues. Alors, on fait quoi ?
- Rien. Prends le chat et va-t-en. Passe les portes, et ne t'inquiète pas pour moi. Je te rejoindrai bientôt.
- Comment, et quand ?
- C'est un secret, et bientôt.
Son compagnon lui adressa un regard méfiant, puis haussa les épaules et secoua vaguement la tête. Il en avait connu, des gens têtus, lui compris, mais le selesien était de très loin le pire de tous.
- T'es vraiment un emmerdeur, fit-il, avec un petit sourire en coin.
Puis il se redressa, attrapa le chat aux yeux dorés, et le fourra sans façons dans le revers de son haori. Fye le regarda faire, une étincelle espiègle dans le regard, entrouvrit les lèvres pour dire quelque chose, puis parut changer d'idée et eut un petit rire.
- Tu ne devrais pas faire ça, Kuro-chan. C'est... dangereux.
- Occupe-toi de tes fesses, lança le guerrier avant de faire demi-tour et de se laisser glisser dans la ruelle.
Une fois à terre, il arrangea les plis de son manteau de façon à dissimuler autant que possible la bosse que le félin formait contre son ventre. Par chance, le petit familier ne s'agitait pas, il s'était installé du mieux qu'il pouvait et le brun pouvait sentir qu'il ronronnait légèrement. Il s'avança d'un pas rapide en direction de la place et de son cheval, tout en jetant un coup d'œil aux grandes portes du goulet.
Les bannières rouges étaient entièrement relevées, désormais, et le compte à rebours de vingt coups frappés sur le gros gong d'airain qui se trouvait à l'entrée avait commencé. Il avait intérêt à se dépêcher s'il ne voulait pas voir les battants se fermer devant son nez. Il prit l'étalon noir par les rênes et, sans se mettre en selle, se dirigea vers le péage.
Mais alors qu'il était à quelques pas du cabanon et du couloir fermé de barrières permettant d'accéder au goulet, il vit l'un des hommes du roi Ashura – celui que le mage avait appelé Kamui - s'avancer dans sa direction. Lorsqu'il fut à quelques pas de lui, il se planta délibérément sur son passage.
- Tu veux quoi, toi ? demanda le lieutenant, de son ton le moins aimable.
Le jeune homme pointa son doigt en direction du ventre du brun.
- Ce que tu caches sous ton manteau.
