(Je voudrais d'abord vous remerciez pour les commentaires, ça fait vraiment plaisir ! Et pour ceux qui aiment les longs chapitres, en voilà un, mais il y en a encore des courts après, ça arrive, je vais pas les rallonger pour rien dire hein.)

Elle marchait vers la voiture avec son arme dans le dos. Elle pouvait sentir le pistolet qu'elle n'utilisait pratiquement jamais. C'était celui des grandes occasions, celui qui la rassurait. Elle pouvait sentir la dureté de l'objet lorsqu'à chacun de ses pas il cognait sa vertèbre. Elle ne pouvait pas s'asseoir avec celui là, ses angles étaient trop durs. Mais elle aimait ce pistolet, il la maintenait à la réalité de sa vie : elle était une chasseresse et ce qu'elle faisait là était exceptionnel. Mlle Parker tenait vraiment à s'en rappeler.

Son frère était dans ses bras, elle le portait sur le côté gauche, au cas où qu'elle aurait besoin de sa main droite pour réagir rapidement. Elle savait pourtant que Jarod n'allait pas l'attaquer ou quoi que ce soit dans ce genre, mais elle tenait à mettre des barrières, quelque soit leur forme.

Elle avait déjà fait un bon kilomètre à pied, ses chaussures lui faisait mal à cause du poids ajouté par le bébé. Le plan avait été simple : prendre la voiture avec son frère jusqu'à une petite ville à une trentaine de kilomètres de Blue Cove, y garer la voiture, marcher jusqu'à une forêt où elle y rejoindrait Jarod pour lui confier l'enfant. Elle regrettait juste de ne jamais avoir réussi à ouvrir la poussette, le voyage aurait été beaucoup moins douloureux.

Elle s'était quand même bien débrouillée le deuxième jour avec son frère, elle avait finalement réussi à ouvrir son lit, et avait enfin utilisé une des nombreuses journées de congés qu'elle devait prendre. Mlle Parker avait même réussi à jouer avec lui en prenant les vieux foulards de sa mère, ranger le désordre ambiant, et dormir sans trop de soucis. Mais ça avait été exténuant, et elle avait vraiment hâte de le donner à Jarod.

Après tout elle ne pouvait pas l'élever, et n'avait pas pu s'attacher au bébé en si peu d'occasions. Il n'avait même pas de prénom. Elle n'aura qu'à le donner et voilà. Jarod était plus doué qu'elle pour les contacts humains, il saura comment contacter les bonnes personnes, et leur parler. Oui, c'était si simple. Il s'occupera des papiers, de lui trouver une famille, et comme ça elle n'aurait pas à le faire. Elle faisait confiance à Jarod pour ça.

Et puis les procédures ce n'était pas son truc, elle s'imaginait mal rencontrer des gens plein de rêves de famille à en vomir qui voudraient lui prendre le bébé. Alors que le confier à Jarod était beaucoup moins compliqué. Et puis c'est lui qui s'était proposé de le faire après tout.

Un pleur de son frère l'arracha à ses pensés. Le bébé commençait à rougir de colère, mais elle ne comprenait pas pourquoi. Elle s'assit sur un des nombreux tas de bois qui longeaient le chemin pour le regarder de face. Le bébé pleurait de plus en plus fort, et commençait à tousser. Mlle Parker n'avait aucun don pour les enfants, et tout ceci lui était étranger. Elle essaya de le serrer contre elle, comme elle voyait parfois dans ces publicités pour les crèmes hydratantes, mais ça ne fonctionnait pas. De plus elle avait soif, et son manteau lui tenait trop chaud.

Elle essaya alors d'ignorer les cris de son frère et sortit une bouteille du sac qui contenait le nécessaire bébé vanté par le vendeur. D'ailleurs, elle n'avait pas utilisé la moitié des objets du gros sac.

Elle bu une gorgé et il arrêta de pleurer. Rassurée, elle referma la bouteille et la remit dans le sac. Elle se leva pour reprendre sa route, même si ses pieds lui faisaient terriblement mal. Or il reprit ses plaintes. Mlle Parker comprit que lui aussi avait soif, et s'assit de nouveau pour lui mettre la bouteille devant la figure. « Allez bébé, essaye comme ça, j'ai pas le temps de mettre ça dans un biberon. » lui dit-elle. Elle réussit alors à lui faire boire un petit peu, en lui mouillant maladroitement le cou au passage, et elle l'essuya tant bien que mal avec une de ces lingettes qui encombraient en masse le sac matelassé.

Lorsqu'elle reprit sa route elle avait déjà cinq minutes de retard sur son horaire.

Quand elle vit la voiture noire, le soleil de fin d'hiver en face d'elle descendait. Éblouie elle fut accueillie par un :

« Merci d'être venue » de Jarod.

« Comme si que je n'allais pas venir » répondit-elle.

Voilà, les salutations étaient faites.

« Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? » demanda-t-il en désignant son manteau matelassé trempé sur le devant.

« Un accident de bouteille. Voilà le sac. Je n'ai jamais compris à quoi pouvait bien servir le drôle de plumeau à côté du biberon, mais tu te chargeras de ça.»

Glaciale, elle lui mis le bébé dans les bras, ce qui soulagea ses pieds et son dos, et lui donna le sac qui l'encombrait tant. Jarod la dévisageait, déconcerté. Il voulait qu'elle reste un peu, et le fait qu'elle ne cache pas son animosité envers lui faisait un peu mal.

« Attends, il faut que j'installe le siège du bébé.

- C'est ton problème maintenant. »

Il la regarda d'un drôle d'air, il savait qu'elle n'avait pas envie de s'éterniser, mais il avait quand même besoin de son aide à ce moment précis.

« J'ai vraiment besoin que tu le gardes quelques minutes avec toi Parker, je ne peux pas le laisser sur le siège sans protection.

- Et pourquoi tu ne l'as pas fait avant ?

- Je viens de l'acheter, et je pensais pouvoir compter sur toi.»

Elle lui lança un regard noir et s'assit à l'avant passager, la porte ouverte, avec le bébé sur les genoux. Elle dû s'avouer que ça faisait le plus grand bien. Jarod prépara rapidement un biberon d'eau qui lui mit dans les mains et commença par sortir le siège du coffre.

« Il faut que tu lui choisisses un prénom pour les papiers d'adoption.

- On ne peux pas laisser sa future famille choisir ?

- Ils vont poser des questions si il n'a toujours pas eu de prénom à son âge. »

Mlle Parker regarda Jarod d'un air entendu. Après tout, il n'avait toujours pas de prénom malgré son âge.

« Je sais pas, débrouille toi.

- Je préférais que ça soit toi, étant donné que tu es sa sœur. » Elle détourna le visage, se pinçant les lèvres. Il avait encore réussit à la toucher, à remettre les choses à leur place. Elle serra le bébé contre elle et sentit d'odeur de ses cheveux blonds pour la première fois. Et elle réalisa qu'il sentaient exactement comme les siens, mais après réflexion c'était certainement parce qu'elle avait utilisé son propre shampoing sur lui. Mlle Parker céda et ferma les yeux :

« Nathan.

- Pourquoi ?

- Faut-il vraiment qu'il y ait une raison ? Si ça ne te plaît pas, change. »

Jarod se contenta de cette réponse, et attacha le siège à la ceinture de sécurité. En tournant la tête vers Mlle Parker, il remarqua la forme d'une arme dans son dos, ce qu'il l'exaspéra. Qu'est ce qu'il n'allait pas chez cette femme pour qu'elle se sente obligé de se promener avec une arme supplémentaire alors qu'elle avait un enfant dans les bras ?

Le siège fixé, il se leva pour faire face à Mlle Parker. Son regard était perdu dans le vague, et elle serrait le bébé contre elle.

« A quoi tu penses ? » Elle ne daigna même pas lui répondre, et ce que la plupart des gens auraient interprété comme du mépris, Jarod y vit de l'évitement. Elle semblait refuser de faire face à ses véritables sentiments face à la situation, comme pour tout le reste d'ailleurs. Il tenta une malheureuse approche :

« Tu te sens prête ?

- Bien sur que je suis prête, je n'attend que ça depuis tout à l'heure ! »

Il ne la cru pas une seconde, mais feint d'accepter sa réponse. Elle avait répondu comme elle voulait qu'on s'attende d'elle après tout. Il se leva en face d'elle, et lorsqu'il tendit les bras vers le prénommé Nathan il perçu rapidement qu'elle serrait le bébé contre elle. Il fit semblant de ne pas le remarquer, peut-être qu'elle ne s'en apercevait pas elle même, et il le mit contre lui. Lorsqu'elle fut partie le bébé pleura de nouveau.

Jarod essaya de le calmer mais seul le sommeil eu raison de ses cris. Pendant le trajet étoilé il regarda Nathan à travers le rétroviseur de l'habitacle. Il s'interrogea sur ses origines et le pourquoi de son existence. Était-il vraiment destiné à être l'héritier du Centre ? Ou il y avait autre chose qui faisait que sa naissance fut si préparé par son père ?

C'était la première fois qu'il voyait le bébé, et il fut peu étonné de voir que l'enfant ne ressemblait pas à Mr. Parker. Après tout il avait très peu de chances d'être l'enfant d'un homme stérile. Mais il n'avait rien de Raines non plus. Il avait beaucoup de Brigitte bien sur, mais il jurera voir une ressemblance avec Lyle dans ces traits.

La théorie qu'il avait en tête depuis bien longtemps se confirma alors : Brigitte avait trompé son mari avec son beau-fils, et avait fait passé sa grossesse pour un miracle dû aux médicaments que Mr Parker prenait pour concevoir un enfant...

Mr Parker pensait sûrement que son fils était le seul de sa chair et pas celle de son frère.

Peu importe d'où venait cet enfant en fait, qui étaient ses parents génétiques, ou à quoi il était destiné. Il semble à présent que seul Jarod avait le pouvoir de lui donner un bel avenir, et que le constat qu'on pouvait faire du début de sa vie était que personne n'avait vraiment aimé cet enfant depuis sa naissance. Maintenant ça allait changer.

(J'espère que vous n'êtes pas trop dérangés par le fait que j'ai nommé le bébé, mais je n'avait vraiment pas envie de faire des paraphrases tout le long.)