Hello à tous ! Merci pour vos super commentaires, Julindy, Nagron, Dryptéis, Rhea (héhé, merci beaucoup ! Comme tu dis, la "folie" change un peu de camp!), Pilgrim, Hase, et L (Merci, je suis ravie de lire ça! :D). Vous êtes des amours, toujours fidèles au poste, je vous kiffe à l'infini et au delà !

Ce titre de chapitre, Glass Arm Shattering ("bras de verre qui se brise"), vient de l'album Deadwing de Porcupine Tree. En dehors du fait que ce soit une des plus magnifiques chansons du monde (à mon avis très très impartial), ça me faisait rigoler d'imaginer que ce n'était pas un bras de verre qui se brise, mais un bras en métal, celui de Bucky. Même si un titre plus approprié serait certainement "Glass Heart Shattering". Bref, en tout cas, on peut dire qu'il y a des morceaux de corps qui se brisent métaphoriquement, dans ce chapitre ! J'étais sur le point de vous dire "hé, les choses s'arrangent quelque peu !" mais en fait, finalement, moyen.

Pardon ! Je vous promets que ça ne sera pas tout le temps horrible. (Je répète ça depuis le début en fait, haha ! XD) Et je tiens à vous féliciter de rester envers et contre tout et de continuer à reviewer alors que c'est pas les bisounours et compagnie. Vous êtes les meilleures !

Ce chapitre a été corrigé par Meg, la plus géniale des bêtas, qui arrive envers et contre tout à toujours trouver un petit moment dans la semaine pour m'envoyer ses remarques délicieuses et ses corrections pertinentes. MERCI MEEEEG ! Lire tes adorables commentaires sur chaque phrase me ravit toujours, tu peux pas imaginer !

Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture !


Chapitre 9 – Glass Arm Shattering

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Steve a du mal à se réveiller. Des fragments de rêve lui échappent, et il voudrait les retenir, parce qu'il est en train de faire les courses avec Bucky, qui lui dit ce qu'il faut acheter, et qui lui sourit tendrement. Mais les morceaux commencent déjà à se disloquer au fur et à mesure que le sommeil le quitte.

Lorsqu'il prend conscience du poids d'un bras qui n'est pas le sien sur sa poitrine, il se tourne, le sourire aux lèvres, pour contempler le visage de Bucky.

Sauf que ce n'est pas Bucky qui s'est endormi à ses côtés, mais Jenny, et le décalage entre ses attentes et la réalité lui fait l'effet d'une douche glaciale.

C'est vrai. Il n'est plus avec Bucky. Il sort avec quelqu'un d'autre, maintenant.

Il n'a pas tant de mal que ça à se faire à l'idée, d'habitude. Son psychiatre l'aide énormément à intégrer le fait que Bucky est une partie de sa vie révolue et qu'il est temps de tourner la page. Bien sûr, il y a toujours la culpabilité de ses actes (celle-là ne disparaîtra jamais, probablement), mais le chemin parcouru depuis la première fois qu'il a débarqué dans son cabinet est tout de même impressionnant. Avant, il n'arrivait même pas à prononcer le nom de Bucky. À présent, il est capable d'évoquer la plupart de ses pires souvenirs afin de les exorciser. Il fait moins de cauchemars.

Il y a juste cette course-poursuite dans les bois qui ne veut pas s'effacer de sa mémoire, et les larmes de Bucky, ses cris, mais il sait bien que ça risque de prendre un moment. C'est déjà incroyable qu'il en soit arrivé là en cinq mois à peine.

Il s'est même trouvé quelqu'un d'autre. C'est Sam qui l'a convaincu ; Steve ne se sentait pas prêt, mais Sam lui a dit d'essayer, tout de même. Après tout, ce serait probablement ce que Bucky voudrait aussi, a-t-il dit. Steve s'est fait la réflexion, en entendant sa formulation, que c'était presque comme si Bucky était mort ; puis il a réalisé que c'était probablement le cas, à un niveau symbolique. Bucky est mort pour lui : il ne voudra plus jamais le voir, lui parler ou entendre parler de lui. Alors il accepté le rendez-vous que Sam lui a arrangé, et ça s'est bien passé, avec Jenny ; elle est gentille, drôle, jolie. Ça fait un mois qu'ils sont ensemble.

Mais hier, il a revu Bucky.

C'était une drôle de journée dès le départ ; elles sont toutes toujours un peu difficiles, mais quand il s'est réveillé et qu'en regardant l'heure sur son portable, il a vu que c'était le 10 mars, un poids massif lui est tombé sur l'estomac. D'habitude, le 10 mars, il essaie de faire un gâteau pour Bucky. Il lui achète un cadeau. Le soir, il l'emmène au restaurant, ou il lui prépare un dîner maison.

Hier, c'était la première fois depuis plus de quinze ans que Bucky ne faisait pas partie de son emploi du temps le 10 mars. Alors il a appelé Jenny et il lui a demandé si elle ne voulait pas venir manger chez lui, parce qu'il était certain de se mettre à déprimer s'il fallait qu'il passe la soirée tout seul. Jenny a accepté, bien entendu. Ils sont allés faire les courses dans son supermarché habituel.

Et là, Bucky était dans les rayons.

C'était la deuxième fois en moins d'un mois que Steve croisait Bucky, en comptant la soirée au bar, où il s'était senti tellement coupable de l'ignorer et de le voir ensuite partir en claquant la porte qu'il avait décidé de lui écrire un mail d'excuses, sur lequel il avait passé la nuit entière, et auquel Bucky avait juste répondu par deux lignes, Steve, merci pour ton mail. Au moins, c'était la preuve la plus évidente, s'il en fallait une, que Bucky ne voulait absolument plus rien avoir à voir avec lui.

La première rencontre l'avait déjà suffisamment chamboulé. Il en avait rêvé pendant des jours. La deuxième lui donne l'impression de recevoir un coup de couteau en travers du bide, et que tous ses organes se déversent sur le sol, devant Bucky.

Il est beau. Il est toujours aussi beau, mais ça, Steve l'avait déjà remarqué lorsqu'il l'avait croisé, au bar. Mais là, hier, il avait les cheveux attachés, un manteau noir à boutons d'officier, une écharpe noire, un pantalon noir, et son visage pâle, ses yeux clairs, ses lèvres rouges en contraste. Steve a eu l'impression que tout son souffle lui échappait d'un coup pour ne plus revenir. Cinq mois n'ont rien changé au fait que Bucky soit le plus bel homme du monde. Il a minci, aussi, remarque-t-il. Ses pommettes saillent un peu plus. Steve se demande s'il en est la cause. Il espère que non, mais il se doute que la réponse est probablement oui. Il n'ose pas imaginer le traumatisme qu'il a dû infliger à Bucky.

Il doit tellement le haïr.

D'où sa surprise lorsque Bucky s'est présenté à Jenny en tant qu'ami. Ami. Jenny ne s'est doutée de rien. Steve ne lui a jamais dit qu'il était bi, il ne lui a jamais parlé de Bucky. Elle lui a tendu la main, comme à un ami, et elle n'a sans doute pas compris pourquoi Bucky la fixait comme s'il y avait une vipère dessus.

Bucky tenait un pack de bière. Est-ce qu'il allait fêter son anniversaire avec Clint, Natasha et Maria, à Brooklyn ? Ou avec ce Matt, dont Steve aurait préféré ne jamais connaître le nom, surtout prononcé avec une telle délectation par Bucky.

Bien sûr, il a mérité de se prendre des vacheries dans la tronche. Il a mérité d'entendre Bucky le narguer avec son nouveau mec. Il a bien une nouvelle copine, lui aussi. Mais ça ne change rien au fait que ça fait aussi mal que si un bulldozer lui était passé dessus. Ce matin encore, la simple pensée lui donne l'impression que ses poumons sont en train de geler.

Bucky a un nouveau mec. L'idée ne devrait pas être si dure à accepter, parce qu'il ne veut que son bonheur, sincèrement. Mais elle l'est.

Alors, lorsqu'il se lève doucement, pour ne pas réveiller Jenny, qu'il prend son portable, et qu'il voit que Bucky lui a laissé un message de quarante-sept secondes le onze mars à deux heures cinquante du matin, ses mains se mettent à trembler.

Il se réfugie dans la salle de bain, le cœur battant sourdement dans sa cage thoracique. Bucky lui a laissé un message.

Non, non. C'est probablement une erreur. Sa main a dû glisser, il a appelé sans s'en rendre compte, pendant qu'il réglait son alarme ou quelque chose d'autre. Il n'a probablement rien dit. (Et malgré tout, la perspective d'écouter la vie de Bucky à son insu pendant quarante-sept secondes le fait frissonner.)

Sauf que Bucky parle.

Putain… Connerie de téléphone… Oups. Steve. C'est Bucky. … Je voulais juste te dire que t'as pas le droit. … Tu m'entends ? J'ai pas arrêté d'y penser, et t'as pas le droit d'être heureux, t'as pas le droit de te trouver quelqu'un d'autre, pas après ce que tu m'as fait. … T'as pas le droit d'être heureux alors que tu m'as pourri la vie, et t'as pas le droit de passer à autre chose alors que moi, je reste bloqué dessus en permanence. T'as pas le droit de me souhaiter mon anniversaire. … T'as pas le droit d'être à quelqu'un d'autre. Tu m'appartiens. Ton bonheur m'appartient, parce que t'as brisé le mien. Tu dois payer ta dette, tu m'entends ? Tu dois te faire pardonner. T'as pas le droit de te défiler. Tu comprends ? … Prends tes responsabilités, Steve. Paie ta putain de dette. Rends-moi mon bonheur.

Steve a les joues ruisselantes de larmes avant même d'avoir atteint la fin du message, entrecoupé de silences. De toute évidence, Bucky était complètement bourré, ça s'entend dans sa voix vacillante, dans son ton vague, dans ses respirations trop prononcées. Bucky était bourré, et il n'a probablement pas non plus réussi à oublier sa rencontre avec Steve au supermarché, et il a décidé d'appeler Steve, et c'est la première fois que Steve entend ses pensées brutes, honnêtes, sur ce qu'il a vécu.

Il a pourri sa vie. Il a brisé son bonheur. Il s'est défilé. Bucky est resté bloqué sur cet événement alors que Steve essayait tant bien que mal d'aller de l'avant.

Bien sûr, quelqu'un d'autre aurait pu faire remarquer que Bucky disait peut-être des choses qui n'avaient aucun sens, sous le coup de l'alcool. Mais Steve ne doute pas un instant de leur véracité. L'alcool a toujours rendu Bucky honnête. Et bavard.

Pendant quinze minutes, il pleure silencieusement, recroquevillé contre la douche, les pieds nus sur le carrelage froid. Il a détruit la vie de l'homme qu'il aime plus que tout au monde. Deux énormes erreurs, deux cataclysmes, et il a ruiné Bucky et son futur.

Il se dit, pendant un court instant, que la mort constitue la seule façon dont il pourra se faire pardonner ; puis il secoue la tête, dégoûté. Le suicide n'est pas une solution. Son psy lui a bien fait comprendre. Le suicide ne règlera pas les problèmes de Bucky, loin de là.

Le souci, c'est qu'il ne sait pas quoi faire. Il a fait de son mieux pour rester à l'écart de Bucky (et c'était déjà tellement dur), et de toute évidence, ça n'a pas servi à grand-chose. Il ne voit pas ce qu'il peut faire de plus.

Il faudrait qu'il demande à Bucky. L'idée le terrifie, et il y a toujours la possibilité qu'il ait entièrement oublié qu'il a appelé Steve pendant la nuit et qu'il ne comprenne pas pourquoi Steve essaie de le contacter ; mais Steve ne peut pas ignorer un tel message.

Il attend que Jenny soit partie, à la fois parce que la conversation risque d'être difficile et parce qu'il a besoin de temps pour se préparer mentalement. Lorsqu'elle referme la porte de chez lui, il essaie de repousser le moment en allant aux toilettes, en se préparant un thé, en retournant aux toilettes, en faisant la vaisselle.

Lorsqu'il n'y a plus rien à faire, que son appartement est propre de fond en comble, que sa vessie est entièrement vide et que tout le linge est lavé, Steve n'a plus le choix. Il saisit son téléphone.

Son cœur est en train d'essayer de prendre la taille d'un raisin sec. Ses poumons sont aussi aplatis que deux feuilles de laitue. Sa gorge lui donne l'impression d'héberger un melon.

Le téléphone sonne dans le vide. À la quatrième tonalité, Steve se dit qu'il ferait mieux de raccrocher ; il n'est que dix heures du matin, Bucky doit encore dormir.

C'est là, bien sûr, qu'il décroche.

— Allô ?

Le raisin sec dans la poitrine de Steve devient brutalement une pastèque sur le point d'exploser. Il ouvre la bouche. Puis la referme. Sa voix ne sort pas.

— Steve ? Tu es là ?

La pastèque se craquèle. Il ouvre la bouche à nouveau.

— Bucky, dit-il avec difficulté.

C'est tout ce qu'il arrive à dire avant que sa voix ne le lâche.

— Steve ? Ça va ? Pourquoi tu m'appelles ?

Il a l'air endormi. Il a la même voix que lors de toutes ces fois où il s'est réveillé à ses côtés, et Steve le voit avec autant de clarté qu'il voyait son visage dans sa tête, ce matin, avant de se tourner pour réaliser qu'il n'était pas là.

— Tu m'as laissé un message, parvient-il finalement à prononcer. Cette nuit.

— Un message ?

— Sur mon répondeur.

— Je t'ai laissé un message sur ton répondeur ?

Merde. Il a oublié. Steve aurait dû le laisser tranquille.

Oh, il regrette, il regrette tellement, il regrette tout.

— Oh. Merde, dit brutalement Bucky d'une voix blanche. Merde.

Ah. Ça y est. Les souvenirs sont revenus.

— Oh, putain. Merde. Qu'est-ce que j'ai dit ?

— Euh…

Un moment de silence.

— Ok, c'est si grave que ça ?

— Non, non ! Enfin… tu as dit que… que j'avais ruiné ta vie et détruit ton bonheur… et que…

Que je n'ai pas le droit d'être à quelqu'un d'autre. Que je t'appartiens.

Je t'ai toujours appartenu, Bucky. Je t'appartiendrai toujours.

— Que je n'avais pas le droit d'être heureux et que je devais prendre mes responsabilités…

— Ooooh, gémit Bucky. Merde. Désolé, j'ai bu et…

— Je sais.

— Je ne voulais pas dire ça.

— Je sais que tu ne voulais pas le dire, mais tu le penses.

— Non ! C'est pas vrai, Steve. Je vais très bien. Je…

Silence.

— J'essaie, ajoute Bucky à voix plus basse. C'est dur, c'est vrai. J'ai du mal. Mais j'essaie.

— Bucky, je suis tellement désolé…

— Je sais, Steve. Ça ne change pas grand-chose, malheureusement.

— Qu'est-ce que je peux faire ? Dis-moi. Je le ferai.

— Je ne sais pas.

— Tu veux que… que je quitte la ville ? Que j'aille me dénoncer à la police ? Ça te ferait te sentir mieux ?

À l'autre bout du fil, Bucky lâche un rire amer.

— Mieux ? Non. Ça ne me fera pas me sentir mieux de savoir que tu avais une chance de recommencer une vie normale et que tu l'as ruinée pour moi.

— Mais alors, qu'est-ce que…

— Je sais pas, Steve, ok ?! Je sais pas. Je fais de mon mieux, figure-toi ! Moi aussi, je vais voir une psy. Moi aussi, j'essaie de tourner la page et de trouver quelqu'un d'autre. Ça marche pas pour l'instant, mais putain, un jour ou l'autre, faudra bien. Je vais pas passer ma vie à rester bloqué sur toi.

— Bucky… Pardon…

— Écoute, Steve… Tu veux venir à ma fête d'anniversaire ?

Silence.

Est-ce qu'il vient d'halluciner cette phrase ?

Quoi ?

Steve parvient à entendre Bucky déglutir, à l'autre bout du téléphone.

— Pourquoi ? murmure-t-il. Pourquoi tu veux que je vienne à ta fête ?

— Honnêtement ? Parce que tu me manques.

— Bucky…

— Je sais que c'est probablement une mauvaise idée pour toi de me revoir et je ne sais pas si ça arrangera les choses pour moi de te revoir non plus. On n'est bons qu'à se faire du mal. Mais peut-être que si on se réconcilie, on arrivera à tourner la page plus facilement. C'est ma psy qui me l'a conseillé. Enfin… toi, tu l'as peut-être déjà tournée, mais…

Non, dit Steve aussitôt. Non. J'ai encore du travail là-dessus.

— Si tu veux venir, je te propose. On va faire ça chez moi, samedi prochain. Matt sera là. Tu peux inviter Jenny. On se parlera comme des adultes, on essaiera de se réconcilier. On pourrait peut-être redevenir amis. Si tu ne préfères pas, c'est pas grave. On pourrait juste discuter. Essayer de refermer les plaies.

— Bucky, je…

— Si tu n'as pas envie de venir, ne viens pas. C'est peut-être une mauvaise idée. Je ne suis pas encore bien réveillé.

— Non, non, je… je viendrai. Merci de m'inviter.

— Ok. Ok. Bon.

— Ouais.

— Alors… tu… tu sais où j'habite. Tu connais le code.

Le cœur de Steve se brise un petit peu. Décidément, il a toujours tout fait de travers.

— Oui, dit-il d'une voix faible.

— À samedi, alors.

— À samedi.

Steve compte : Bucky met cinq secondes supplémentaires avant de couper la communication. Lorsqu'il raccroche, il laisse tomber sa tête entre ses genoux.

La fête d'anniversaire de Bucky. Avec Matt. Et Jenny. Et tous leurs amis. Il n'est pas certain que ce soit une excellente idée, en ce qui le concerne, mais il n'est pas en position de refuser quoi que ce soit à Bucky. Et si c'est ce dont il a besoin pour tout mettre derrière lui, Steve ira de bon cœur.

Et après tout, Bucky lui manque aussi.

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Jenny est ravie d'apprendre que Bucky a invité Steve à sa fête d'anniversaire.

— Vous vous êtes réconciliés, alors ?! C'est super, Steve !

— C'est en cours, répond Steve.

De son côté, il est terrifié. D'abord à l'idée d'être invité chez Bucky, évidemment, d'être là parce que Bucky a voulu qu'il soit là. Ensuite, parce qu'il risque d'y avoir une discussion entre eux, et qu'elle ne risque pas d'être agréable. Troisièmement, parce qu'il y aura Matt et que Steve préférerait s'arracher les yeux plutôt que de les poser sur lui. Et enfin, parce qu'au milieu de tous ses amis, et surtout en présence d'un certain Tony Stark, il y a très peu de chances que Jenny conserve son ignorance bénie sur Bucky.

Alors Steve décide d'être bêtement honnête.

— Jenny, écoute. Il faut que je te dise quelque chose.

Jenny le regarde d'un air curieux, assise de l'autre côté du comptoir, un café dans les mains (comme Bucky tant d'autres fois auparavant).

— Oui ? Arrête de prendre un air aussi sérieux, Steve, tu me fais peur.

Steve prend une profonde inspiration.

— C'est à propos de Bucky.

— Oui ?

— On… On était ensemble.

Jenny recrache littéralement son café par le nez.

— Oh mon dieu ! s'exclame-t-elle d'une voix humide.

Steve lui tend précipitamment de l'essuie-tout pour qu'elle s'éponge le nez. Lorsqu'elle arrête enfin de tousser et que la crise est passée, elle regarde Steve avec des yeux ronds.

— Vous étiez ensemble ? En couple ?

— Oui.

— Steve, tu es bi ?

À ton avis ? Steve hoche la tête.

— Mais…

C'est tellement rare de la voir déboussolée.

— Mais, vous êtes restés ensemble combien de temps ?

— S… Six ans.

Six ans, officiellement. Mais Steve serait bien incapable de dater le moment où il a commencé à aimer Bucky. Il a l'impression qu'il l'a aimé depuis le premier jour.

Cette fois, Jenny pâlit.

— Six ans ? répète-t-elle d'une voix faible. Mais… Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

Steve n'a vraiment, vraiment pas envie de lui dire que Bucky l'a quitté parce qu'il l'a trompé.

— J'ai fait une erreur. Bucky m'a quitté.

— Quand ?

— En juin dernier. Je suis désolé, j'aurais dû te le dire…

— Mais… Steve, je ne comprends pas, pourquoi tu as accepté d'aller chez lui, alors ? C'est… c'est ton ex. Tu devrais arrêter de le revoir.

— C'est mon meilleur ami, murmure Steve. Depuis toujours.

— Ton meilleur ami ?

— On est… On était inséparables depuis qu'on avait huit ans.

Jenny se lève. Steve voit que ses mains tremblent, et il se sent terriblement désolé, mais il ne peut absolument rien faire pour la rassurer.

— Ok, balbutie Jenny, ok, c'est dingue. J'ai mis les pieds dans un truc de dingue. Steve, pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

— Parce que… Parce que j'ai du mal à parler de lui et que… Je pensais qu'on ne se reverrait plus jamais, mais…

— Pourquoi tu n'as pas refusé ? Tu n'es pas obligé d'y aller !

— Si, chuchote Steve. Je veux dire, ce n'est pas lui qui m'y oblige, ajoute-t-il en voyant la tête de Jenny. Il m'a bien dit que je pouvais ne pas venir si je ne voulais pas. Mais… l'année dernière… je lui ai fait beaucoup de mal, dit-il en choisissant précautionneusement ses mots. J'étais en dépression. J'avais des problèmes. Je lui ai fait beaucoup de mal, et s'il veut que je vienne à sa fête d'anniversaire, je n'ai pas le droit de refuser.

— Et c'est pour ça que tu y vas ? Steve, ça ne peut pas être si terrible que ça…

— Si, coupe Steve. C'était impardonnable. Je n'ai aucune excuse. Mais ce n'est pas uniquement pour ça que j'ai accepté d'y aller… J'y vais aussi parce que je voudrais retrouver mon meilleur ami.

— Ton meilleur ami, ou ton ex-petit ami ?

Steve lève les yeux vers elle. Elle n'a pas l'air en colère, elle essaie juste de chercher à comprendre. Steve admire son calme. Il n'est pas certain qu'il réagirait de la même façon, face à une situation pareille.

— Bucky a quelqu'un d'autre, maintenant. Il nous manque encore quelque chose pour qu'on tourne entièrement la page. J'espère que ça pourra se faire si on discute un peu ensemble. Je suis désolé, Jenny. Je ne veux pas te mettre dans une situation embarrassante, mais je ne veux pas non plus te mentir.

Jenny paraît pensive.

— Je comprends, Steve. C'est compliqué. Si tu dois y aller, vas-y. Mais il vaut peut-être mieux que je ne vienne pas avec toi.

— Bucky m'a dit de t'inviter.

— Et c'est très gentil de sa part, tu le remercieras pour moi. Mais je ne suis pas sûre qu'il ait vraiment envie de me voir à sa propre fête d'anniversaire. Ça risque d'être gênant.

— Ça sera gênant de toute façon, marmonne Steve. Ça ne te dérange pas ? Que j'y aille ? Malgré notre histoire ?

— Steve, je n'ai pas à te dire quoi faire. Ça ne m'enchante pas, évidemment, mais si tu penses que tu dois y aller, vas-y. Mais en échange… Sois honnête avec moi, d'accord ? Je sais ce que c'est de sortir d'une longue relation. Surtout une qui s'est mal terminée. Si jamais… si jamais tu te rends compte que tu n'arrives pas à tourner la page, que tu n'es pas prêt à continuer avec moi, dis-le moi en face. Je comprendrai. Je veux juste de l'honnêteté.

— Promis, murmure Steve.

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C'est donc sans Jenny, mais avec Sam, que Steve sonne à l'interphone de l'immeuble de Bucky.

— Oui ? crie la voix de Bucky.

Derrière, il y a déjà de la musique et des gens bruyants.

— C'est Sam et Steve, dit Sam.

Silence.

Puis un déclic se fait entendre dans la porte.

— C'est ouvert, dit Bucky d'une voix nettement plus sobre.

Lorsqu'ils entrent dans l'ascenseur, Steve se souvient qu'il a déjà fait tout ce chemin pour aller déposer des fleurs devant la porte de Bucky. Ses dents claquent.

— C'était une horrible idée, marmonne-t-il. Une horrible, horrible idée.

Sam lui serre l'épaule.

— Courage. Il a raison : peut-être que vous parviendrez plus facilement à tourner la page en discutant.

— Peut-être. Et peut-être que je peux guérir mon mal de ventre en avalant un seau d'acide.

— Steve, dit Sam en fronçant les sourcils.

— Désolé. Tu sais que je ne le pensais pas.

— Même.

La porte de l'ascenseur s'ouvre bien trop vite au goût de Steve. Le couloir est terriblement familier, alors que Bucky ne l'a jamais invité.

— Prêt ? demande Sam.

Steve fait non de la tête, et Sam rit doucement. Il n'y a rien de drôle, pourtant.

Sam frappe à la porte. Elle s'ouvre aussitôt, comme si Bucky attendait derrière.

Comme toujours, il est beau. Les cheveux détachés, cette fois, qui lui tombent autour du visage, un pull à col roulé noir, un jean bleu marine. Steve aussi s'est mis sur son trente-et-un, avec une chemise bleu azur et un pantalon beige, mais il se sent ridicule, comparé à Bucky.

Mais Bucky le fixe. Pendant si longtemps que Sam se racle la gorge.

— On peut entrer ?

— Oh, dit Bucky en rougissant légèrement. Oui, bien sûr. Merci d'être venus.

— Merci de nous avoir invités, répond Sam en lui serrant la main.

Steve hésite, mais il décide de suivre l'exemple. Dans la sienne, la main de Bucky est chaude, et Steve se dit que c'était peut-être une très, très mauvaise idée de venir ici.

— Jenny n'est pas là ? demande-t-il.

— Non. Elle avait autre chose de prévu.

Il n'a vraiment pas envie d'expliquer la discussion qu'ils ont eue quelques jours plus tôt. Bucky hoche la tête.

— Bucky, chuchote Steve pour que personne d'autre ne l'entendre, si tu veux que je m'en aille, il suffit de me le dire.

Bucky lui adresse un sourire qui n'a rien à voir avec ses sourires d'antan. Le cœur de Steve saigne.

— Si je voulais que tu t'en ailles, je ne t'aurais pas invité. Tu me donnes ton manteau ?

Steve lui tend son manteau, en faisant bien attention de ne pas le toucher par erreur.

— Fais comme chez toi, dit Bucky avant d'emmener son manteau dans une autre pièce.

Il y a déjà du monde dans le salon (que Steve voit pour la première fois). Natasha, Maria, Clint, Tony, Pepper sont là ; il y a aussi des collègues de Bucky, dont certains que Steve ne connaît pas, et il y a Matt. Le Matt. Steve le reconnaît tout de suite, à la façon dont il sourit à Bucky. C'est le sourire qu'il lui a lui-même adressé pendant tant d'années : le sourire de quelqu'un qui est amoureux.

Bucky, en retour, lui adresse le même sourire tendu que celui qu'il a adressé à Steve. Mais contrairement à Steve, lorsqu'il passe à côté de Matt, il se penche pour l'embrasser sur la bouche, rapidement, légèrement.

Steve est horriblement jaloux.

— Steve ! s'exclame Maria en l'apercevant.

Son cri attire l'attention de leur groupe d'amis, et Steve les voit tous écarquiller les yeux.

— Je ne savais pas que tu devais venir, dit Natasha. Bucky t'a invité ?

Il y a une certaine méfiance dans ses yeux. Elle doit se demander ce qu'il fait là.

— Oui, dit Steve. On s'est un peu parlé au téléphone l'autre jour. Il m'a dit de venir.

Comme toujours, c'est difficile de ne pas en dire trop. Même avec Sam, c'est une torture. Steve n'a absolument pas l'intention de parler de l'enlèvement s'il peut l'éviter, mais ça fait une montagne d'informations et de conséquences à laisser de côté.

— Steve, dit Bucky en revenant à ses côtés, voici Matt. Matt, c'est Steve. Un ami.

Il choisit l'option de simplicité, lui, se dit Steve. Et il la choisit de façon intelligente : en présentant Steve à Matt comme son ami devant tous ceux qui sont au courant, il les oblige à se taire sur la nature de leur ancienne relation.

— Enchanté, sourit Matt, sans paraître remarquer le poids de tous les regards entendus qui se posent sur lui.

— Moi de même, s'oblige à répondre Steve.

Sa voix a un peu de mal à sortir. Matt est beau garçon. Et surtout, il a l'air gentil. Sans doute que lui ne kidnappera pas Bucky pour l'empêcher de partir.

De façon générale, la soirée est telle que Steve l'a imaginée : affreusement embarrassante. Ses amis sont là pour détendre un peu l'atmosphère, rire et danser, et il discute avec quelques-uns des collègues de Bucky, mais chaque fois qu'il aperçoit Bucky, il se tend, et Bucky, de son côté, reste à bonne distance, en dépit du fait qu'il l'ait invité. Il accepte ses cadeaux avec le même sourire forcé qu'il offre à tout le monde. Lorsque Steve lui tend le sien (une de ses peluches préférées, qu'il a laissée chez Steve en partant, et que Steve a emballée dans du papier), il le remercie et ne l'ouvre même pas.

Par contre, note Steve, il boit beaucoup. Énormément. Mais personne ne semble le remarquer, parce qu'ils boivent tous énormément. En soupirant, il se dirige vers la cuisine pour préparer un verre d'eau à Bucky et lui ramener ; mais une fois qu'il y est, les bruits du salon sont assourdis par les portes, et Steve se sent instantanément plus calme.

C'est une belle cuisine, en plus. À l'image de tout l'appartement, d'ailleurs. Steve sait que c'est Stark qui l'a acheté à Bucky, et que celui-ci le rembourse avec ce qu'il gagne grâce à ses augmentations (c'est Tony lui-même qui lui a dit). Il pousse un soupir. Finalement, peut-être qu'il n'aurait pas dû venir. Il aurait préféré parler à Bucky quand les deux auraient été sobres ; d'un autre côté, si c'était ce qu'il espérait, il aurait dû se douter qu'une fête d'anniversaire ne serait pas le meilleur moment pour discuter.

La cuisine est accueillante. Steve n'a pas envie de la quitter. Il boit son propre verre d'eau et se blottit par terre, dans le coin formé par deux placards.

Il reste là, en silence, à écouter les bruits de la fête, jusqu'à ce que la porte s'ouvre et se referme.

Évidemment, c'est Bucky.

Steve se lève, et lui tend le deuxième verre d'eau.

— Tiens, bois ça.

Le sourire de Bucky n'est plus aussi tendu qu'au début de la soirée, mais à présent, Steve y lit une telle amertume que c'est presque encore pire. Il fixe le verre d'eau sans le toucher et s'appuie contre l'îlot central de la cuisine.

— Tu t'imagines vraiment que je vais boire ton verre d'eau déjà tout prêt ?

Steve le fixe sans comprendre pendant une seconde, puis il devient livide.

Oh. Oh, merde, pardon, Bucky, désolé. Je vais t'en refaire couler un autre devant toi.

Il vide le verre dans l'évier avant de le poser, puis il en prend un propre dans l'étagère qu'il remplit d'eau fraîche, et le tend à Bucky, qui l'accepte en soupirant.

— C'est une soirée de merde, hein ? marmonne-t-il.

— Tu aurais dû me dire de ne pas venir. Je ne voulais pas gâcher ta fête d'anniversaire.

Bucky soupire.

— Elle aurait été gâchée même si tu n'étais pas venu. C'est moi qui la gâche. Je ne sais plus faire la fête.

— Bucky… Ce que tu disais au téléphone, l'autre jour… C'est vrai ?

— Si tu parles de mon message, je ne me souviens plus de ce que j'ai dit.

— Que j'avais ruiné ta vie. Entre autres.

Bucky garde les yeux prudemment fixés sur son verre d'eau.

— Ne me mens pas, d'accord ? ajoute Steve. N'enjolive pas la vérité. Dis-moi si j'ai ruiné ta vie. Ce que je peux faire pour me racheter.

Bucky repose son verre sur l'îlot et se frotte le visage de ses deux mains.

— Je sais pas, Steve. J'arrive pas à oublier, c'est tout ce que je sais. Je frémis dès que quelqu'un mentionne Netflix. Je frissonne quand je vois une licorne et des arcs-en-ciel. Je hais les pulls orange.

Steve déglutit. Putain de putain.

— Je suis désolé, murmure-t-il. T'as raison. Je ne mérite pas d'être heureux.

— J'ai dit ça ? demande Bucky d'une voix rauque. Oublie, Steve. Je suis un crétin. L'un de nous a la chance d'être heureux. Je ne veux pas gâcher ça.

— Tu penses vraiment que je peux être heureux en sachant que j'ai détruit ta vie ?

— T'as pas détruit ma vie, arrête de te prendre pour le centre du monde, dit Bucky en secouant la tête.

Silence.

— Je mens, murmure Bucky. C'est vrai que tu es le centre du monde. C'est tout le problème. Tu es le centre de mon monde depuis tellement d'années. Je ne sais pas comment trouver un autre centre de gravité.

Si Steve pouvait déposer son cœur sanglant à ses pieds pour que toutes erreurs soient pardonnées et oubliées, il le ferait sur l'instant.

— Quand tu m'as trompé, dit Bucky, je me disais que je voulais t'oublier. Comme dans Eternal Sunshine, tu sais ? J'aurais oublié ton nom, ton existence. Mais ça aurait fait un trou tellement énorme dans ma vie que ça m'aurait effacé, moi aussi. On est comme deux arbres dont les racines sont imbriquées. Les troncs sont entrelacés. On a poussé ensemble. Je ne sais pas comment faire pour me déraciner et recommencer une vie ailleurs. J'essaie, putain, j'essaie, Steve, crois-moi. Mais je n'arrive pas à ne plus penser à toi.

Steve a les joues trempées de larmes brûlantes. Bucky aussi. Il s'essuie les yeux.

— Tu veux savoir le pire ? Le pire, c'est que la maison dans les bois, c'est pas le pire. Je l'ai cru pendant tellement longtemps, quand je restais éveillé la nuit et que je voyais le plafond de la chambre d'amis dans ma tête ou le logo de Netflix sur la télé. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il n'y aurait pas de pire cauchemar que la course dans les bois, et toi derrière moi, en train de me poursuivre comme un prédateur. Le bruit de tes pas sur les feuilles mortes.

Steve lâche un sanglot étranglé, et Bucky prend une profonde inspiration avant de continuer.

— Mais j'ai réussi à m'y faire, à tout ça. La seule chose à laquelle je n'arrive pas à me faire, c'est à ton absence. C'est ça, le pire.

Il tend les mains pour essuyer du pouce les larmes de Steve.

— Comment je fais, Steve ? Comment je fais pour m'habituer à ça ?

— Je sais pas, sanglote Steve. Je sais pas, Bucky. J'y arrive pas non plus.

— Mieux que moi, en tout cas.

Les mains de Bucky glissent dans ses cheveux. Steve a les siennes sur ses hanches, et il ne sait pas quand il les a posées. Il ne sait pas quand ils se sont rapprochés au point qu'il peut voir les larmes sur les cils noirs de Bucky et les minuscules taches de rousseur sur son nez. Ses yeux sont du même bleu-gris que la mer un jour de tempête, et fixés sur lui.

— Tu l'aimes, ta copine ? demande Bucky.

Steve hésite.

— Pas encore.

Bucky sourit. Ses lèvres sont très rouges.

— Et toi ? Ton copain ? Tu l'aimes ?

— Non, dit Bucky avec un petit rire de dérision. C'est un bon passe-temps.

Ses mains tremblent sur les joues de Steve.

— T'as toujours la même odeur. J'ai l'impression de revenir dans la maison dans les bois.

Steve enlève aussitôt ses mains de ses hanches.

— Pardon, Bucky, je…

— Non, coupe Bucky en passant une main derrière son cou et en l'attirant à lui.

Ses lèvres ont le goût de l'alcool, et Steve n'ose pas faire le moindre geste, parce que Bucky est ivre, et qu'il n'a pas envie, une nouvelle fois, d'être à la source de quelque chose qu'il regrettera.

Mais Bucky mord ses lèvres, les joues humides de larmes, et murmure, par pitié, par pitié, embrasse-moi, et Steve n'a pas assez de force en lui pour le repousser.

Alors il embrasse Bucky, très doucement, et goûte au sel de ses larmes et à sa dernière tequila sur ses lèvres, et brutalement, il réalise qu'il ne se souvient même plus de la dernière fois qu'ils se sont embrassés. Probablement le jour où Steve a été viré. Peut-être avant.

Ceci sera leur dernier baiser. Autant qu'il soit mémorable.

Il agrippe à nouveau les hanches de Bucky. Il a envie de lui, terriblement envie de lui, comme un feu au fond de ses entrailles que seul Bucky parvient à attiser ; mais il sait que ses lèvres sont la seule chose que Bucky acceptera de lui donner, et uniquement ce soir, et c'est à elles qu'il fait l'amour. Et il a l'impression de se dissoudre, parce qu'il en a rêvé pendant tellement longtemps, et Bucky fond sous ses doigts ; mais lorsqu'ils se séparent, il suffit d'une seconde à peine, et la réalité commence déjà à reprendre ses droits.

— On fait ressortir le pire l'un chez l'autre, non ? murmure Bucky.

Steve voudrait dire que non, qu'ils s'aiment, et que leur amour possède une beauté unique, mais c'est faux ; c'est une laideur unique. C'est un amas de sentiment tordus, jonché d'épines, ruisselant de sang, un spectacle à faire peur.

— Je crois, murmure-t-il.

Bucky enlève ses mains du cou de Steve. Un courant d'air froid désagréable passe sur sa peau.

— Peut-être que ce sera plus simple, maintenant. J'ai un baiser d'adieu pour m'aider à tourner la page. Un mot "FIN" à l'histoire.

Steve hoche la tête.

— Alors, c'est fini ?

— C'est fini. Je vais passer à autre chose. Toi aussi, Steve. Passe à autre chose. Ne t'inquiète pas pour moi.

— On ne pourra pas redevenir amis, hein ?

— Non. Je ne crois pas. Désolé.

— C'est pas grave. Je n'avais pas beaucoup d'espoir dès le départ. Je t'aime, Bucky. J'espère que tu réussiras à être heureux.

— Moi aussi.

Steve l'embrasse sur le front. Bucky ferme les yeux. Lorsqu'il les rouvre, il sourit – un vrai sourire, pour la première fois depuis des mois et des mois.

— Au revoir, Steve.

— Au revoir, Bucky.

.oOo.


Je ne laisse pas souvent de note d'auteur à la fin, sur cette fic, mais pour la petite histoire, sachez qu'arrivée ce stade, j'étais là : "oooooooh et si je laissais comme ça, en fait ? Des adieux en règle et chacun repart dans son coin !" Puis ma sensate Lanae m'a dit qu'elle me tuerait si jamais je faisais une fin triste alors je me suis dit "bon d'accord, on va continuer encore un peu, alors." Du coup, vous avez encore six chapitres derrière qui attendent XD Remercions Lanae !

PS : Au fait, pour info, Jenny, dans cette fic, est bien évidemment inspirée de Jenny Slate, la copine In Real Life de Chris Evans (qui est toute mignonne et qui a l'air d'être géniale et que je suis super contente parce qu'ils se sont remis ensemble.) (Dans ma fic, évidemment, je ne suis pas très contente qu'ils se soient mis ensemble. XD)

A vendredi prochain pour le chapitre 10 ! N'hésitez pas à laisser des commentaires, ils m'insufflent la vie !
See you !