Après une année d'absence me voici de retour, non seulement avec un nouveau chapitre mais aussi avec une histoire presque entièrement écrite donc aucun risque d'une nouvelle interruption de ma part du moins aussi prolongée. Je tenterai de publier un chapitre par semaine, par exemple chaque samedi, et parfois dans la mesure du possible un autre le mardi (mais pas de promesses).

En espérant avoir encore quelques fidèles que ma longue absence n'a pas découragés.

Bonne lecture.

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Eames avait vu ce même scénario se dérouler parfois durant ses années d'études et une ou deux fois depuis. Plus sérieux qu'un état de choc c'était là un repli autistique relativement fréquent chez les personnes en proie à un flashback ou une réminiscence anxieuse trop importante le cerveau du sujet réalisait alors ce qu'on appelait vulgairement un black-out total et évitait ainsi à l'esprit de sombrer dans la folie ou d'endurer une douleur jugée trop insupportable.

Rien d'irrémédiable et durable en soi.

Pourtant voir Arthur dans cet état l'avait plongé dans la plus pure panique, oubliant comment réagir, comment réfléchir. Secouer l'autre homme comme un poirier, crier son nom comme un dératé, bien sûr que ça n'avait rien changé, mais le faire l'avait tout de même rassuré lui tout plutôt que de rester inactif tandis que sous ses yeux Arthur s'éteignait et s'éloignait doucement de lui.

Et en dehors de quelques bleus sur les bras et les épaules ce n'est pas comme s'il avait aggravé les choses. Arthur ne s'en souviendrait même pas à son réveil. Et lui-même ne l'évoquerait pas, cette perte de contrôle, ce moment d'hystérie.

Juste ces quelques bleus pour souligner un des moments les plus éprouvants de sa vie, émotionnellement parlant. Certes c'était ridicule, il était coutumier des drames, des rebondissements en tout genre, des traquenards et des coups de sang, mais c'était Arthur dont il était question-là, aussi plus rien n'avait de sens logique ou rationnel dans sa tête. Ce n'était qu'émotion et sentimentalisme.

C'était Arthur bon sang !

Maintenant que l'adrénaline commençait à retomber il n'avait plus qu'une chose à faire : attendre. Patienter et anticiper. Et finir de se calmer.

Dieu qu'il détestait attendre.

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Il sut que son ami n'allait pas tarder à émerger lorsqu'il vit apparaître les premiers frissons, puis les poings se crisper de façon saccadée, les lèvres se pincer sporadiquement.

Il se dirigea alors vers la cuisine et mit de l'eau à chauffer. Dans n'importe quel autre cas son remède miracle aurait été un doigt de pur malt mais il doutait que saouler Arthur soit réellement la solution adéquate si ce n'était le rendre encore plus confus qu'il ne le serait déjà. Car Arthur, comme tous ces autres avant lui, serait confus après cet épisode. Aucun doute là-dessus.

Un gémissement étouffé le ramena précipitamment dans le salon. Arthur s'était à moitié redressé, le cerveau encore embrumé par le sommeil mais les courbatures dont à ne point douter il souffrait elles bien réveillées.

Eames en grimaça de sympathie. Le canapé était décidément un endroit à éviter pour celui qui souhaitait se reposer, se prélasser ou pour tout autre activité éveillée.

Arrivé près d'Arthur il se pencha pour ramasser le plaid en laine qui était tombé au sol et en recouvrit une nouvelle fois l'homme, faisant ainsi connaitre sa présence à l'intéressé.

Il vit Arthur se tendre de tous ses muscles par reflexe à ce contact inattendu, tenter de reculer le plus loin possible de la personne qui se tenait au-dessus de lui et qu'il ne devait probablement pas parvenir à totalement discerner, puis glisser discrètement une main au sol et tâtonner, certainement à la recherche d'une arme improvisée, sans pour autant le quitter des yeux un seul instant.

Arthur.

Froid.

Impassible.

Dangereux.

Arthur le point man était de retour.

Il le vit plisser légèrement les yeux et sa mâchoire se serrer lorsqu'avec précaution il recula de quelques pas pour permettre à l'autre homme de reprendre ses esprits, de s'éclaircir la tête. Pour lui redonner un soupçon de contrôle sur la situation.

Après quelques secondes d'observation intensive il vit enfin une lueur de reconnaissance apparaitre dans les yeux de son ami qui poussa un soupire, mi- soulagé mi-exaspéré, sans doute contre lui-même pour avoir tant tardé à reconnaitre l'anglais. Il le vit secouer la tête de gauche à droite plusieurs fois, comme pour se débarrasser des dernières brumes de l'inconscience et bientôt ce fut le vrai Arthur, celui des dernières semaines, qui lui fit face.

Arthur.

Son Arthur.

Il tenta une nouvelle approche les mains levées devant lui en signe d'apaisement, il n'avait rien à craindre de lui. Ce à quoi l'homme lui répondit par un regard une fois encore agacé, mais dirigé contre sa personne cette fois-ci. Pour qui me prends-tu pouvait-il y lire, je ne suis pas de verre.

D'une main qui se voulait légère il effleura rapidement le front du jeune homme. Pas de température.

- Je vais bien, s'agaça l'américain qui une fois de plus essaya de se dérober et de s'asseoir malgré la main qui de son front était allé se poser sur son épaule et d'une douce pression le maintenait plaquer contre le sofa.

- C'est pour ça que tu es resté dans les vapes ces trente-cinq dernières minutes. Arthur, Darling, cesse de faire ta tête de cochon et laisses-moi m'en assurer. Et pour l'amour du ciel cesse de gigoter !

Et tout en grommelant contre ces adultes qui se comportent comme des mioches de cinq ans à la moindre contrariété il saisit le poignet d'Arthur et calcula les pulsations au niveau de l'artère. Quatre-vingt-sept. Un peu rapide mais rien d'inquiétant non plus.

Puis il se pencha de nouveau au-dessus du visage de son patient du moment et à l'aide du pouce et de l'index écarta délicatement ses paupières qui étonnamment se laissa faire sans protester ni manifester le moindre agacement. Conjonctives blanches et humides, pupilles fixes et réactives, bonne coordination des mouvements oculaires.

Pas de problèmes.

Arthur allait bien.

Et comme si le brun avait lu dans ses pensées il s'exclama un brin moqueur :

- Je te l'avais dit.

- Raison de plus pour vérifier car permets-moi de te dire que lorsqu'il s'agit de ta santé tu es loin d'être fiable.

- Eh !

- Non pas de ''eh'' ! Neuf kilos. C'est ce que tu as perdu en six petites semaines, avant que tu ne me retrouves à Londres. Et à peine quatre heure de sommeil par nuit comme bagage. 72h, c'est le temps que tu as mis avant de me signaler les premiers symptômes de manque au somnacin. 35.4, c'est la température à laquelle est une fois descendu ton corps parce que tu étais trop fier pour me dire que tu étais gelé. Six. C'est le nombre de migraines que tu as tenté de me dissimuler, sans succès, et dieu sait combien d'autres en plus dont tu as réussi parfaitement. Tu veux d'autres exemples ?

- Non ça ira, grommela Arthur en pliant les bras sur sa poitrine, les lèvres pincées, visiblement froissé. Et honteux à voir le rose qui envahissait ses pommettes.

- Arthur, soupira-t-il avec lassitude. Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient cette conversation et il doutait fort que ce soit la dernière.

« Il y a six semaines je t'ai fait la promesse d'être là à tes côtés, de te soutenir du mieux que je pouvais. De t'aider à lutter contre tes cauchemars, contre ton besoin de fuite, contre toi-même. Et que ça te plaise ou non c'est ce que je fais. Arthur, tu es ton pire ennemis tu en as conscience ? Et tellement têtu avec ça.

- Qui aurait cru que derrière cette personnalité débonnaire et insouciante se cachait une vraie mère poule ? Ça en est presque irréel. Le forger légendaire, le séducteur enjôleur de ses dames, inconstant, insouciant, le provocateur de service par excellence réduit à ça ! Presque décevant!, lui répondit la voix mordante d'Arthur, un sourire moqueur et provocant aux lèvres.

- Fais attention aux mots que tu emploies Darling où la mère poule pourrait bien en avoir plus qu'assez de se plier en quatre pour le renard sournois que tu es, rétorqua-t-il sèchement. « Rappelles-toi : tu es venu à moi, pas l'inverse. »

Et il regretta immédiatement ces derniers mots qui étaient sortis spontanément sans qu'il puisse les retenir.

Mais pour sa défense il était passablement énervé. Contre Arthur. Contre lui-même. Contre tout ça.

Mais principalement contre Arthur il fallait bien le reconnaitre.

Comment osait-il ! Après tout ce qu'il avait fait ! Il avait l'impression d'être manipulé par l'autre homme, que malgré la gravité de la situation celui-ci se dérobait une fois de plus à coup de feintes et de sarcasmes, de piques blessantes et immérités, et ainsi le laissait seul ramasser les miettes dans le noir ou bien assembler un puzzle au contour mal-défini voir pas du tout défini. Et il détestait ça, ne pas avoir de filet de sécurité, avoir pour copilote un homme qui refusait de sortir un plan de sauvetage. Pire qui s'amusait à lui donner de mauvaises données pour ensuite le lui reprocher.

Et il se savait injuste, cette part en lui qui refusait de baisser les bras, de voir un Arthur sans avenir évoluer devant lui. Cette part qui refusait de voir en la défection d'Arthur une entorse au contrat qu'ils avaient passé ensemble à Londres. Arthur faisait des efforts, c'est juste que les résultats n'étaient pas aussi rapides et apparents qu'il l'aurait souhaité. Surplace et marche arrière s'étaient mêlés à l'équation, à leur marche vers l'avant. Mais ils avançaient. C'était indéniable. Et dans cette fable pour enfant écrite par un quelconque nobliau français c'était la tortue qui gagnait à la fin. Rien ne sert de courir … il ne se rappelait pas la suite. Le français était loin d'être sa matière de prédilection à l'école.

Oui il était agacé.

Oui il était mère poule.

Et oui il s'inquiétait.

A juste titre.

Il ne savait pas comment sa dernière phrase allait être interprétée mais vu la journée de merde qu'il passait – pardon, qu'ils passaient – ça n'allait pas être jolie-jolie.

Neuf chances trois-quarts sur dix qu'Arthur y voit là une tentative d'abandon de sa part, un prétexte pour lui tourner le dos et s'en aller.

Onze chances sur dix qu'il se referme telle une huitre et ne laisse plus rien filtrer, persuadé que le forger lui en voulait de lui faire perdre son temps et qu'il regrettait infiniment de s'être entiché d'un pareil.

Ce qui n'était bien sûr n'était absolument pas vrai.

Et bien sûr journée de merde oblige c'est ce qui se passa.

Arthur dont la respiration se bloqua.

Arthur dont les pommettes perdirent leur teinte rosée de plus tôt et qui étaient à présent d'une pâleur à rendre jaloux les morts.

Arthur qui ferma les yeux, replia ses genoux contre sa poitrine et y posa son front.

Arthur qui ne bougeait plus.

Qui ne respirait toujours pas.

Qui ressemblait de plus en plus à une de ces statues grecques qui peuplent les musées, les vêtements en plus.

Arthur qu'il a envie de prendre dans ses bras. De le serrer contre lui.

Et de lui embrasser le front, de lui caresser les cheveux.

De le détromper sur ses intentions.

Non il ne part pas.

Non il n'en a jamais eu l'idée.

Des paroles en l'air.

Il était juste énervé. Tout-à-l'heure.

Il ne se rappelle même plus les motifs.

Mais c'était cruel.

C'était indélicat.

C'était stupide.

- Stupide.

Arthur qui a redressé la tête entre-temps et le regarde.

- C'était stupide … je n'aurai pas dû dire ça.

Arthur qui parle en même temps que lui. Qui prononce les mêmes paroles que lui.

Il n'y a pas à dire ils formaient un fantastique duo.

De comiques ?

De partenaires ?

Non.

Juste deux idiots.

Arthur qui le regarde de la même façon que lui doit le regarder à n'en pas douter.

Avec inquiétude.

Avec indécision.

Avec embarras. Et culpabilité.

De parfaits idiots.

Et une fois encore il a envie de saisir le jeune homme dans ses bras, de le serrer contre sa poitrine, de lui dire que tout va bien, qu'il n'est pas fâché.

Il en a une furieuse envie, ça lui fait mal au cœur de le voir ainsi, il veut le garder, le protéger, ne plus jamais le relâcher pour qu'il aille une fois encore s'égarer, quelque part où il ne pourrait une fois encore pas le suivre.

Il le veut.

Avec lui.

Et une fois encore il n'agit pas. Pire, il réprime de toutes ses forces cette idée.

Il est fou.

Doublement.

Il est patient aussi. Ce n'est pas le bon moment.

Ça ne le sera jamais vraiment. Le bon moment. Indéniablement.

Mais quelle importance !

Il est là pour Arthur.

Et pour Arthur seulement.

Il pansera ses propres blessures le moment venu.

Seul, personne pour savoir, pour le prendre en pitié.

Pas Youssouf.

Ni Ariadne.

Et surtout pas le principal intéressé.

Il sera brisé.

Et il se rebâtira.

Différemment.

Il finira même peut-être par oublier.

Mais ce n'était pas le moment de penser à ça.

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Une main sur son genou le fit sortir de ses pensées. Il ne se rappelait pas s'être à son tour installé sur le sofa, se retrouvant ainsi presque nez-à-nez avec Arthur.

Tellement proche que lorsque ce dernier parla c'est son souffle qu'il perçut en premier.

- Merci.

Et là …

Maintenant …

Il ne sait plus quoi faire.

Quoi penser.

Arthur le remerciait.

Et il se retrouvait azimuté.

Ce n'était pourtant pas la première fois que ce mot lui était adressé.

Merci.

Mais ce n'était pas pareil.

Là ce mot avait une portée personnelle et non plus professionnelle comme auparavant.

Et il ne savait définitivement pas quoi en faire.

Ça lui paraissait tellement naturel d'être ici à présent, de l'épauler, de se tenir à ses côtés pour l'empêcher de retomber. Il avait quelque part perdu de vu en route que ce n'était pas aussi clair pour son ami, que c'était même extrêmement difficile pour ne pas dire antinomique d'être ici aussi, avec lui. Et malgré tout il trouvait la force de caractère de le remercier.

Alors oui il est perdu, confus, désorienté, vidé, époustouflé, confondu, bref tout ce que vous voulez.

Et parce qu'il était dans cet état second il fit ce qu'il s'était pourtant interdit de faire une ou deux minutes plus tôt. Il agit sur un coup de tête, aucuns de ses neurones connectés entre eux, ses bras bougeant tout seul, son buste aussi, et avant même qu'il ait eu le temps de former le mot oups dans sa tête il se retrouvait à tenir un corps chaud contre le sien.

Et c'est agréable.

C'est rassurant.

C'est fou.

C'est idiot.

Mais que voulez-vous il vous l'a dit : c'est agréablement rassurant.

Et ils restèrent là ainsi de longues minutes sans qu'aucun n'ose bouger.

Et il a peur de reculer.

Il a peur de croiser un regard noir derrière lequel se cache un Arthur différent de maintenant.

Celui d'antan. Qui fuit plus vite que son ombre.

Celui point man. Qui attaque tout aussi rapidement.

Un qu'il ne connait pas encore mais qui agirait autrement.

Il ne veut pas.

Il veut Arthur.

Et non pas un sosie.

Et il se sent être repoussé. Doucement.

C'est déjà ça.

Et ses yeux rencontrent le noir absolu, comme il s'y attendait.

Mais pas celui tant craint.

Pas deux orbites, non.

Car Arthur a la tête tourné et c'est ses cheveux qu'il aperçoit.

Arthur ne le regarde pas.

Il regarde l'entrée.

Il ne se tourne pas.

Il se détourne même encore un peu plus.

Il ne manifeste rien.

Il est juste tendu comme un fil.

Et lui attend.

Il attend.

Encore.

Toujours.

De voir ce que sera la suite.

Il projette divers scénario.

Sans qu'aucun ne le satisfasse. C'est même l'inverse.

Aucun ne se finit bien.

Alors il ne bouge pas lui non plus.

Il a peur.

Il panique. Intérieurement.

Il attend.

Qu'un miracle ou qu'un désastre se produise.

Il n'est pas homme de foi. Il ne prie pas.

Mais il veut croire en Arthur.

Il le veut tellement.

Et il se fait l'effet d'un monstre. D'un païen.

Car dans son cœur seul le doute le plus absolu subsiste.

C'est ce qu'il pense.

Ce à quoi il réfléchit.

Quand soudain il y a du mouvement.

Enfin.

Du côté de la porte d'entrée.

Qui est sauvagement pilonner et s'écoule au sol avec fracas.

La neige pénètre dans le couloir.

Le vent s'infiltre dans chaque recoin.

Une silhouette à peine distincte se tient là. Dans l'embrassure.

A les regarder, méchamment, dangereusement.

Et son cœur manque un battement.

Qu'est-ce que …

Il cherche une arme des yeux.

La lourde carabine est suspendue au-dessus de la cheminée.

Trop loin. Il n'aura pas le loisir de l'atteindre à temps.

A côté de lui Arthur s'est figé, tous ses sens sont en alerte, prêt à bondir.

Et fait comme lui. Il cherche lui aussi.

Quelque chose qu'ils n'ont pas sous la main.

Les couteaux sont dans la cuisine et leur revolver sur une table de nuit ou ailleurs, mais pas ici.

Il n'y a rien qu'ils puissent utiliser pour se protéger.

Et l'ennemi avance à présent, avec prudence, le plancher craque mais ça ne l'arrête pas.

Un pas. Puis un autre. Il accélère maintenant. Vers eux.

Il est prêt. Prêt à attaquer.

Deux proies sans défenses voilà ce qu'ils sont.

Et les chances sont clairement de son côté.

Et finalement il ne regrette plus tant que ça.

D'avoir serré Arthur dans ses bras.

La dernière chose qu'il aura faite dans cette vie.

Ca va faire mal. Pas de doute.

Plus que quelques secondes.

Quatre.

Et une inspiration.

Trois.

Il ferme les yeux.

Deux

Il les rouvre. Il veut faire face.

Un.

La mort se tient là.

Zéro.

C'est vraiment une Journée de m...

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Voilà pour ce chapitre.

Qu'est-ce que vous en dites ? Ai-je bien fait de poursuivre ?

Est-ce que ça vous parait la suite logique ?

La relation Eames/ Arthur qui évolue ainsi vous plait-elle ?

Quel est ce danger qui menace nos deux héros ?

A samedi prochain pour la suite. Voir peut-être mardi, à voir.