Chapitre 8 : Gaïa

La peur mène à la colère, la colère mène à la haine... La haine mène à la souffrance.

Star Wars

J'étais dans ma chambre, recroquevillée sur mon lit, un voile de cheveux sombres devant mes yeux. Les larmes avaient laissé des sillons sur mes joues et je reniflai bruyamment en ravalant des sanglots étouffés. Mon père venait d'être éjecté et j'avais refusé d'assister à l'exécution. J'avais refusé car j'avais peur de voir son regard accusateur, car oui, c'était ma faute s'il était là. Mon père buvait, beaucoup et se procurait cet alcool illégalement. Lorsqu'il était saoul, il s'en prenait à ma mère et se montrait violent avec elle. Un soir, en rentrant de la bibliothèque où je passai mes journées, je l'avais trouvé une nouvelle fois couverte de bleus et la lèvre fendue. C'en avait été trop. J'étais sortie trouver un garde et lui avait tout raconté, en sachant qu'elles allaient être les conséquences de mes actes. Et c'est ce qui c'était passé, mon père avait été éjecté pour avoir acheté de l'alcool illégalement et tout était de ma faute. Heureusement, ma mère ne m'en avait pas voulue. Elle aimait mon père, elle l'aimait toujours malgré ses actes, mais elle était aussi soulagée, sûrement, de ne pas avoir eu à le dénoncer elle-même. La vie avait repris son cours, mais je m'en voulais toujours.

Ma mère m'appela et je me levai en essuyant mes joues d'un revers de manche. Elle était dans la cuisine, le dos courbé vers le sol, la main couverte de sang. Elle toussait du sang sans pouvoir s'arrêter. Le liquide pourpre s'éparpillait sur le sol et je ne pouvais rien faire. Je pense que mon traumatisme avec le sang vient de là, d'ailleurs. J'avais couru pour chercher un médecin et ils avaient embarqué ma mère à l'infirmerie.

J'étais dans la salle d'attente, les mains tremblantes et encore couvertes de sang, lorsque le docteur Griffin marcha vers moi. Elle me sourit tristement et m'annonça que l'état de ma mère s'était stabilisé, pour le moment. Car la maladie allait aller de pire en pire et la rationalisation des médicaments ne permettrait pas d'avoir accès à tous les traitements nécessaires à son soin. Mon père était au courant pour la maladie de ma mère et il la savait condamnée, c'est pour ça qu'il avait noyé son chagrin dans l'alcool. Mais je ne le comprenais que maintenant…. J'étais rentrée chez moi et j'avais pleuré toutes les larmes de mon corps.

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Le jour de l'unité, on m'avait demandé de chanter, comme tous les ans. J'avais choisi une chanson triste, qui correspondait bien à mon humeur du moment. Même si j'avais l'impression d'avoir plombé l'ambiance, les applaudissements s'élevèrent et je descendis de la scène. Dans les coulisses aménagées pour l'occasion, Shumway m'attendait.

- Bravo, me dit-il avec un sourire forcé, c'était très beau, tes parents peuvent être fiers de toi.

A la façon dont il avait appuyé sur les derniers mots, je sentis qu'il n'était pas venu pour me féliciter.

- Que voulez-vous ?

- Ce n'est pas vraiment à propos de ce que je veux, mais de ce que tu veux, Gaïa. Veux-tu sauver ta mère ?

Il regarda avec son regard de reptile et je frémis.

- Comment ?

- C'est simple, je vais te proposer un marché. J'ai besoin d'une information qui se trouve dans l'ordinateur principal de la salle informatique. En contrepartie, je te fournirai tous les médicaments dont ta mère a besoin.

Je restai bouche bée avant de réussir à bafouiller :

- J'ai….j'ai besoin de réfléchir.

-C'est maintenant ou jamais, dit-il sur un ton glaçant.

J'hésitai, longuement, avant de trancher.

- J'accepte.

Si seulement j'avais su que de ce pacte découleraient tous mes ennuis.

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Dès le lendemain matin, Shumway m'avait recontacté pour me donner les informations nécessaires. J'avais rendez-vous dans la nuit devant la salle informatique et le garde, lui, s'occupait de couper les caméras de surveillances pendant mon intrusion dans la salle. A l'aide des clefs qu'il m'avait fourni, j'étais entrée et il ne m'avait fallu que quelques minutes pour identifier l'ordinateur dont parlait Shumway. Il était plus gros que les autres et je m'étais empressé d'y brancher la clef USB également fournie par le garde. La clef et mes connaissances en informatique, bien que peu étendues, me permirent de trouver le mot de passe de l'ordinateur et je fouillai les dossiers pour trouver celui que je cherchai. En cliquant dessus, un plan de l'Arche s'était ouvert et en le décryptant mes yeux s'étaient écarquillés. Le document parlait de l'Arche et d'un possible retour sur Terre. Mais il indiquait, ou plutôt mettait en valeur le fait que l'Arche ne possédait pas assez de navettes pour permettre à tout le monde de regagner la Terre à la fin de sa période radioactive. Je n'étais pas sensée aller sur Terre, mais les enfants de mes enfants étaient la génération qui devait ramener l'espèce humaine chez elle.

Je m'étais demandé pourquoi Shumway pouvait bien s'intéresser à ce genre d'informations, mais ce n'était pas mon problème.

Je copiai le dossier et débranchai la clef dans le but de quitter la salle en vitesse quand des bruits de pas retentirent derrière moi.

- Qui est là ? Demanda une voix grave.

Un garde, c'était un garde. Et pas n'importe lequel, c'était celui qui était venu arrêter mon père après que je l'ai dénoncé. Il n'était pas censé être là, Shumway m'avait pourtant dit que la salle n'était pas gardée ! Il baissa son arme en me reconnaissant et son visage trahit son étonnement.

- Gaïa Cavender? Mais qu'est-ce que vous faîtes ici ? L'accès est interdit !

Je ne savais pas quoi faire lorsque Shumway pénétra dans la salle.

- Tout va bien, vous pouvez baisser votre arme sergent, ordonna-t-il au garde.

Je soupirai de soulagement lorsque l'homme s'exécuta. C'est alors que Shumway sortit une arme à feu et tira sur le garde. Un cri s'échappa de ma bouche. Le garde glissa au sol, la main sur sa blessure, et me regarda avec des yeux effrayés.

- Qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi avoir fait ça ? Hurlai-je.

Il s'avança vers moi et braqua l'arme sur mon front.

- Donne-moi la clef.

- Donnez-moi ce que vous m'avez promis, je ne dirai rien je vous le promets !

- J'y compte bien, donne-moi cette clef et nous verrons ensuite.

J'allais protester mais je sentis qu'il était prêt à utiliser son arme si besoin. D'une main tremblante, je lui donnai la clef.

- Bien, dit-il. Maintenant, sache que si tu dis quoi que ce soit sur ce qui vient de se passer, ta mère en pâtira. Si tu joues le jeu en revanche, je te promets que je fournirai à ta mère les médicaments.

J'hochai la tête en me mordant la lèvre. Il sortit une autre arme et me la tendit. Je refusai mais il insista.

- Souviens-toi, ta mère.

Je l'empoignai en le regardant dans les yeux, bien décidée à faire tout ce que je pouvais pour ma mère. Mais je fus déstabilisé quand il pointa à nouveau l'arme vers moi au moment où d'autres gardes déboulaient dans la salle.

- Gaïa Cavender, vous êtes en état d'arrestation pour meurtre.

Hello ! Un chapitre plus court mais nécessaire pour mieux cerner Gaïa, j'espère qu'il vous a plu quand même ! Merci de m'avoir lu,

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