Comme promis, la moisson du 8 ^^ Pas grand chose à dire sur ces deux là. Nayad est peut-être un peu difficile à comprendre, mais elle a ses côtés touchants :) Yohan est devenu complètement différent lors de ma rédaction. Il était sensé avoir un autre caractère, mais en l'écrivant c'est ce qui est sorti XD

Merci beaucoup beaucoup pour les commentaires, grandement appréciés ! :D Anonymous, j'ai pas trop compris ce que tu voulais dire pour Vamos, c'est peut-être seulement dit en France ? Ça me démange de comprendre ^^'

Bonne lecture !


District 8 Reapings

Une optimiste et un romantique


Nayad Perthshire, 16 ans, District 8

La langue sortie et les sourcils froncés, je me concentre sur mon dessin, ajoutant un détail par-ci par-là. Je m'éloigne légèrement pour observer l'ensemble, puis me penche à nouveau, effaçant la manche gauche qui ne correspond pas exactement à ce que je voulais. Finalement, je souris en regardant le résultat final; ma tenue pour la moisson.

J'ai déjà la robe de base, il ne me reste qu'à ajouter les détails, comme la broderie et les boutons. Je me mets immédiatement au travail, pressée par le temps. Je n'ai que deux heures avant de devoir partir, et je n'ai pas encore mangé. Prenant bien soin de ne pas me piquer avec l'aiguille, j'attache les boutons de différentes tailles et couleurs que j'ai dérobé à l'usine pendant mes heures de travail. Ce n'est pas comme s'ils allaient être manqués par quiconque; ils étaient dans les poubelles.

– Boo !

Je sursaute et l'aiguille se plante dans mon index. Je me retourne, fixant un regard noir sur Willem, mon infernal petit frère. Il me tire la langue et s'enfuit tout aussi vite qu'il est venu. Levant les yeux au ciel et suçant mon doigt avec une grimace, je me remets à coudre.

Une fois finie, je me lève avec excitation, faisant tournoyer ma robe. Je m'empresse de l'enfiler. Les manches sont un peu trop courtes, mais si je les roule, ça semble naturel. Je m'admire dans le miroir, faisait plusieurs tours sur moi-même. Oui, parfait. La robe rose complimente bien mes cheveux noirs et ma peau blanche, et les accessoires de plusieurs couleurs foncées donnent une petite touche d'extravagance dont je raffole.

On cogne à ma porte et j'invite à entrer, aplatissant les mèches rebelles dans mes cheveux en vitesse. Cyprian passe la tête par l'encadrement et je fais une petite courbette pour lui montrer ma robe. Il sourit, me rejoignant à grands pas et passant ses bras autour de ma taille.

– Très jolie. Comme toi.

– Beau parleur, va, dis-je, ne pouvant retenir un rougissement.

– Pas trop inquiète ?

– Pour quoi ?

– Ben la moisson, idiote.

– Pfft. Y'a pas de quoi s'inquiéter. Mon nom est dedans, quoi… Cinq fois ? Je risque rien.

Il rit gentiment, mais je peux sentir dans son regard qu'il ne me comprend pas. Ça ne me dérange pas plus que ça, j'ai l'habitude de faire et penser comme je veux, et en général les gens m'acceptent quand même, qu'ils me comprennent ou non. Est-ce que je devrais faire semblant d'être inquiète pour faire plaisir aux autres ? Certainement pas.

– Tu m'accompagnes pour manger ? demandai-je en déposant un baiser sur ses lèvres.

– Avec plaisir, princesse.

On se rend dans la cuisine. Mes parents sont sur le canapé, à se parler à voix basses. Ils sont inquiets parce que leurs deux enfants sont éligibles aux Hunger Games. J'ai beau leur répéter que tout ira bien, ma mère fait son habituel sourire crispé et mon père secoue la tête avec énervement. On n'est pas très proches, mais je sais qu'ils m'aiment profondément. Ils l'expriment différemment, c'est tout. Comme par des heures impossibles au travail afin de s'assurer que je puisse faire de bonnes études, puisque j'ai du talent en design. Pour que je puisse avoir une place plus importante dans le district. Mon rêve personnel; faire du design au Capitole. Pas que j'aime le Capitole plus que ça, mais question mode, c'est eux qui comprennent. Les gens des districts sont tous trop pauvres pour se préoccuper d'être bien habillés. C'est pour ça que j'aime bien la moisson. Enfin, d'un côté, je déteste ça, mais d'un autre, j'aime, parce que tout le monde porte ses plus beaux vêtements, ses plus belles coiffures, ses plus beaux souliers. C'est sûr qu'il y a les deux tributs qui doivent s'entretuer dans une arène, mais ce n'est que deux, ça pourrait être pire.

Alors que je m'apprête à enfourner ma tranche de pain, Willem s'en empare et la fourre dans sa bouche, me faisant un clin d'œil moqueur.

– Will ! Mais t'as cinq ans ou quoi ?

– Non, j'aime juste t'énerver.

Je laisse échapper un cri de frustration et il se met à rire en s'éloignant. Il me rend fou, son plaisir est de rendre ma vie un enfer. Et j'ai beau le dire à mes parents, ça les fait juste sourire. Et une fois même, ma mère a sorti qu'il fait cela parce qu'il veut que je m'occupe plus de lui. Ridicule.

Cyprian me regarde avec un sourire en coin et je lui lance un regard noir.

– Quoi ?

– Rien, rien, dit-il en levant les mains en l'air.

– Très drôle.

– Je trouve, oui.


Nous arrivons dans la place centrale et mes yeux s'illuminent. Tout le monde est si beau aujourd'hui ! Je m'empare de la main de Cyprian, le traînant avec moi vers la file pour signer le registre. Willem nous suit non loin derrière, après que ma mère l'ait pris dans ses bras. Je retiens un sourire satisfait alors qu'il jette des regards inquiets autour de lui, espérant qu'aucun de ses amis n'ai vu l'échange.

Le registre signé, nous allons tous dans nos sections respectives. Willem avec les quatorze ans, Cyprian avec les dix-sept ans et moi avec les seize ans. Cyprian dépose un baiser sur mon front avant que nous nous séparions et je lui répète que tout ira bien. Je ne suis pas sûre qu'il m'ait crue.

Je rejoins mon groupe d'amies, qui complimentent ma robe. Elles sont toutes tendues, et malgré ne pas avoir peur pour moi-même, je commence à m'inquiéter qu'une des filles que je connais ne soit pigée. Je chasse vite l'idée de ma tête, ne voulant pas me stresser pour rien. Si ça arrive, alors je serai triste, mais pour le moment m'en préoccuper ne changera rien. Alors je souris et parle de tout et de rien avec elles, espérant les distraire.

Quand l'hymne commence, je me tais et regarde le maire faire son discours. Katelynn, ma voisine de gauche, s'empare de ma main et la serre si fort que j'ai l'impression que ma circulation va être coupée. Malgré cela, je donne une petite pression aussi, contente qu'elle m'utilise comme support.

La mentor est présentée. Nous n'avons eu qu'une gagnante dans le district huit, Ayelet Lockwood, des Vingt-troisième Hunger Games. Je n'ai jamais regardé ses jeux, donc je ne sais pas trop comment elle a gagné. Elle n'a pas l'air menaçante en tout cas, parce qu'elle est minuscule; plus petite que Willem.

Notre hôte habituelle, Hardie Inchcape, nous salue ensuite avec son adorable accent du Capitole. Je me suis entraînée pour le copier, si jamais je vais dans le Capitole un jour. Après tout, je ne veux pas paraître venir des districts dès les premiers échanges. Ses vêtements d'aujourd'hui sont, comme toujours, à mourir d'envie. Je jette un regard désappointé à ma robe, qui malgré être très jolie, ressemble exactement à ce qu'elle est; un assemblage de pièces usagées.

C'est ensuite le moment du tirage. La tension monte d'un cran et à ma grande surprise, je me rends compte que j'ai commencé à suer. Est-ce que… Je suis nerveuse ? Hardie avance lentement sa main dans la boule remplie de nos noms et s'empare du premier papier qui lui tombe sous la main. Katelynn me serre si fort la main que je laisse échapper un gémissement de douleur.

– Nayad Perthshire !

Katelynn me lâche soudainement la main. C'est mon nom qui vient d'être pigé ? Est-ce que c'est vraiment moi qui ai été choisie ? Pour de vrai ? Je sens quelqu'un me pousser dans le dos et je trébuche vers l'avant. J'entends des murmures partout autour de moi. Mais… Je n'étais pas sensée être pigée. Je ne craignais rien. Mon nom n'y était que cinq fois, les chances que l'hôte prenne mon nom était minuscule… presque de zéro… Alors, pourquoi ? Comment ?

Je regarde autour de moi. Tout le monde me fixe. Les pacificateurs s'approchent, prêts à m'escorter. Je secoue la tête de gauche à droite, essaie de reprendre le contrôle. Ma tête bourdonne, j'ai l'impression d'être dans un rêve. Un garde me prend par le bras, me tirant vers l'estrade. Je me laisse faire mollement, incapable de réagir, de comprendre ce qui m'arrive. Je ne peux pas être dans les Jeux. Pas moi. J'ai un futur qui m'attend, j'ai des amis, des parents, un petit ami. Je veux être designer dans le Capitole. C'est mon rêve. Je ne veux pas y aller comme tribut. Je vais mourir si j'y vais, c'est sûr.

– Des volontaires ?

Je regarde les gens de mon district. Quelqu'un va se proposer pour prendre ma place, n'est-ce pas ? Ils ne vont pas me laisser mourir comme ça, si ? Ils ont tous les yeux baissés. Personne n'ose me regarder. Ils me condamnent. Comme ça. Si simplement.

– Aux garçons alors ! dit Hardie d'une voix enjouée. Willem Perthshire !

Mes yeux se fixent dans la section des quatorze ans. Will a les larmes aux yeux et il me regarde aussi, abasourdi. Il fait quelques pas en avant et j'ai soudainement envie de sauter de l'estrade et de lui bloquer le passage. Pas lui, pas mon petit frère. Il me mène peut-être la vie dure, mais je ne peux pas être dans les Hunger Games avec lui. Je vous en supplie, pas lui, pas Will.

Comme ils l'ont fait pour moi, les pacificateurs encadrent Will, mon pauvre Will tout tremblant, et l'amènent à mes côtés. Dès qu'il est à ma portée, je le prends dans mes bras et les larmes coulent sans retenues sur mes joues, se perdant dans ses cheveux. Il pleure lui aussi et s'accroche à ma taille. L'hôte nous ignore scrupuleusement et continu ce spectacle ridicule, ne semblant pas réaliser qu'il est en train de détruire la vie d'une famille entière.

– Y a-t-il des volontaires ?

Le silence est seulement coupé par mes hoquets et reniflements. Après que personne ne se soit proposé pour moi, je ne crois pas en un miracle. Will et moi allons être dans les Hunger Games, et nous allons probablement tous les deux y rester. Je laisse échapper un gémissement.

– Moi ! Je me porte volontaire !

Je relève la tête, surprise. Un garçon s'approche de l'estrade. Il me dit quelque chose. Oui, on est de la même année, il va dans quelques uns de mes cours. Est-ce que… Vient-il vraiment de se porter volontaire ? À la place de Will ? Will est sain et sauf ? Il ne va pas mourir lui aussi ?

Je lâche lentement mon frère, reculant de quelques pas. Il semble aussi surpris que moi alors que le garçon nous rejoint et lui fait signe de descendre. Will me lance un dernier regard, les yeux rouges et les lèvres tremblantes, puis il descend à toute vitesse.

– Ton nom ? demande Hardie.

– Yohan Flamsteed.


Mes parents pleurent et sourient tout à la fois, me serrant dans leurs bras, serrant Will dans leurs bras. Ils sont soulagés, ils sont dévastés. Moi aussi. Je ne comprends plus très bien ce que je ressens.

– Nay, oh, Nay… sanglote ma mère en me prenant les mains.

– Ça va, maman. Ça va.

C'est ce que je me répète en boucle depuis que je suis dans cette pièce. Tout va bien, pas à s'inquiéter. Je ne vais pas mourir. J'ai un futur, j'ai un rêve, j'ai une famille qui m'aime. Des amis qui m'aiment. Cyprian. Alors tout va bien. Avec tout ça, c'est impossible que je meurs. Je vais être protégée, d'une façon ou d'une autre. Je vais revenir. Je ne vais pas mourir, si ?

– Nayad ! dit mon père, m'agrippant les épaules et me secouant. Te rends-tu compte de ce qui t'arrives ? Tu participes aux Hunger Games !

Ma mère pleure de plus belle. Ils sont si inquiets. C'est exactement ça. J'ai des gens qui s'inquiètent autant pour moi, alors c'est sûr que je ne vais pas mourir. Je ne mérite pas de mourir. J'ai toujours été une bonne personne, toujours été à l'ordre. Je ne mérite pas ce qui m'arrive, alors c'est sûr que ça va bien finir. Je vais même aller dans le Capitole… Mais oui, c'est ça ! Être championne des Hunger Games, c'est ma chance d'être connue par le Capitole, de réaliser mon rêve !


Yohan Flamsteed, 16 ans, District 8

Le silence qui plane dans le district est effrayant. Il n'y a aucun rire qui s'échappe des maisons. Aucune jovialité. Les habitants s'affèrent en silence, le visage tendu et les sourcils froncés. C'est une journée de deuil, de mauvais souvenirs, de punition. Je frappe un caillou du bout du pied, l'observant rebondir quelques fois avant de s'arrêter deux mètres plus loin. Mon humeur est sombre, et pour une bonne raison. Aujourd'hui, c'est la moisson.

Un bras se pose autour de mes épaules et je tourne la tête, me retrouvant en face d'Eli. Il s'appuie de tout son poids sur moi et je flanche légèrement, lui jetant un regard noir.

– Oups, pardon, j'avais oublié que tu étais aussi faible ! dit-il en riant alors que je le repousse.

– Ou peut-être que c'est toi qui est trop lourd.

– Moi je pense que c'est les deux, dit une voix dans notre dos que je reconnaîtrais toujours; Stein.

Eli nous tire la langue et prend une gorgée de sa bouteille. Je le regarde, incrédule.

– Es-tu… soûl ?

– Quoi, ça te dérange peut-être ?

– Le jour de la moisson Eli, vraiment ? soupire Stein.

– Oui vraiment !

Je secoue la tête. Je peux le comprendre, moi aussi j'aimerais bien me soûler pour faire passer toutes les émotions négatives que la moisson donne. N'empêche, ce n'est pas le plus intelligent. S'il se fait prendre par les pacificateurs, c'est des coups de fouet assurés. Stein lui prend la bouteille des mains et la planque dans une crevasse.

– Tu la reprendras ce soir si tu veux, mais pas maintenant.

Eli fait une moue boudeuse, mais il ne proteste pas. Nous nous dirigeons vers l'usine abandonnée où nous avons pris l'habitude de trainer. Moisson ou pas, nous avons tous les trois besoin de nous éloigner de chez nous.

– J'ai entendu dire que l'orphelinat va fermer, déclare Stein après un moment de silence.

Je hoche gravement la tête. Les rumeurs courent en effet. L'ancien maire s'occupait des orphelins auparavant, et plusieurs habitants du district aidaient bénévolement, mais ça va changer maintenant qu'il est mort. Le district se fait de plus en plus pauvre à cause des réquisitions du Capitole, et plus personne n'a les moyens de s'occuper des enfants.

– Tu crois qu'ils vont vraiment les jeter à la rue ? demande Eli, qui semble un peu moins soûl après la marche.

– J'en sais rien, mais c'est ce que les gens murmurent. Tout le monde trouve ça horrible, mais personne ne veut agir, dit Stein sombrement.

Je frappe à nouveau un caillou sur le sol. Je peux les comprendre, moi non plus je ne peux pas m'occuper d'un gamin. Mais l'idée de voir des petits de deux ans crever dans la rue, ça me lève le cœur. S'il n'y avait pas eu l'ancien maire, ça aurait pu être moi, ou Eli ou encore Stein. Nous avons tous les trois été adoptés après quelques années, mais je crois qu'on est tous d'accords que nos années les plus heureuses ont été dans l'orphelinat. C'est aussi l'endroit où on s'est rencontrés. L'idée qu'il pourrait ne plus être là me répugne et me terrorise tout à la fois. C'est un point d'encrage, un endroit qui me rappelle qu'il y a du bien dans ce monde, malgré le Capitole et ses Hunger Games, malgré la cruauté des pacificateurs, malgré la pauvreté crasse dans laquelle la plupart d'entre nous vivons, malgré les maladies mystérieuses que les gens de notre district contractent, probablement par les fumées toxiques des usines. Malgré tout ça, les gens sont capables de bien, ils sont capables d'entraide. Parce que l'orphelinat existe.

– On ne peut vraiment rien faire ? murmure Eli, s'asseyant sur le sol, l'air maussade.

– T'as de l'argent caché quelque part peut-être ? Ou de la nourriture en trop tous les jours ? dis-je avec frustration.

– Non, je sais bien mais… On pourrait peut-être parler au nouveau maire, non ?

– Tu crois vraiment qu'il va écouter une bande de jeunes ?

– Ça vaut quand même la peine d'essayer, me semble ! s'écrie Eli en se relevant.

Stein se place entre nous, les mains levées.

– Calmez-vous les gars. C'est la moisson, on est tous à cran. On y repensera demain la tête reposée, ok ?

J'acquiesce et Eli fait de même. Stein a toujours été le médiateur, celui qui garde son calme quoi qu'il arrive, qui pense rationnellement. Une chance qu'il est là, sinon Eli et moi nous serions étripés il y a longtemps. On est comme des frères, mais on pense tellement différemment qu'on se chamaille sans arrêt.

– Ton nom y est combien de fois cette année ? me demande Stein après un autre long silence.

– Trente fois.

Eli laisse échapper un sifflement et Stein me lance un regard compatissant. Mes parents adoptifs avaient déjà deux filles plus jeunes que moi quand ils m'ont adopté, et dès que j'ai eu douze ans, ils m'ont fait prendre des tesserae pour toute la famille afin que leurs filles n'aient pas à en prendre. Et ainsi, chaque année mes chances d'être pigé grandissent. Quand j'aurai dix-huit ans, mon nom sera dans le bol quarante-deux fois. Ça me fait frissonner rien que d'y penser.


Alors qu'on traverse la rue, on se fait couper par une famille qui avance à grands pas. Je reconnais immédiatement la longue chevelure noire et les vêtements extravagants; Nayad Perthshire. Eli passe ses bras autour de mon cou et la pointe du doigt.

– Est-ce que c'est moi ou Yohan rougit ? demande-t-il, élevant le ton. Comme c'est mignon !

Je le secoue et lui frappe la tête, me sentant réellement rougir.

– Ferme là !

– Quoi, t'as peur que la belle t'entende ?

Stein et Eli se mettent à rire et je lève les yeux au ciel, reprenant mon chemin en les ignorants.

– C'est pour quand la confession ? Ça fait des années que tu l'observes de loin avec la langue pendante.

– Il a un point, mon vieux. Si tu fais rien, elle ne te remarquera jamais, ajoute Stein à mon grand désespoir.

– Elle sort déjà avec quelqu'un, ok ? J'ai aucune chance de toute manière. J'veux dire… C'est Nayad quoi.

Stein secoue tristement la tête et Eli fronce les sourcils.

– Quoi, c'est Nayad ? Tu crois que t'es pas assez bien pour elle ? C'est elle qui n'est pas assez bien pour toi !

On arrive finalement à la place centrale et la vue des pacificateurs et des gens du Capitole coupe court à notre conversation, à mon grand soulagement. Alors qu'on s'amusait, ou plutôt qu'ils s'amusaient, quelques secondes plutôt, on se rappelle brutalement quel jour on est. Le jour de la moisson.

Je regarde Nayad pendant que nous attendons tous dans nos sections. Elle est en train de rire avec d'autres filles. Je pensais qu'elle serait inquiète, mais elle est complètement détendue. Ça me rassure de la voir joyeuse malgré la situation. Elle a toujours été du genre à remonter le moral à tout le monde. Ses sourires sont contagieux et elle sait toujours trouver le positif dans tout. C'est pour ça que je l'aime autant. Et pour ça qu'elle est aussi populaire. Pour un gars comme moi, qui est plutôt réservé, je n'ai aucune chance.

L'hymne commence et je reporte mon attention sur la scène. Le nouveau maire fait son discours, et rien qu'à sa vue, j'ai envie de monter le rejoindre et lui dire ce que je pense. Son prédécesseur a bien réussi à faire fonctionner l'orphelinat pendant de nombreuses années, pourquoi ne peut-il pas le faire lui aussi ? Ça ne le dérange pas que des jeunes enfants soient condamnés à une mort certaine s'il prend une telle décision ? Ou est donc son cœur, sa compassion ?

Ma colère doit se voir sur mon visage, car Stein pose une main sur mon épaule et secoue la tête de gauche à droite. Je prends une grande inspiration et ferme les yeux, essayant de me calmer.

Et puisse le sort vous être favorable !

J'ouvre les yeux et me rends compte qu'Hardie s'apprête déjà à piger le nom du tribut féminin. La seule que je ne veux pas voir choisie est Nayad, alors je ne suis pas trop inquiet.

– Nayad Perthshire !

C'est elle. C'est vraiment elle qui a été pigé. Je me tourne vers sa section. Elle est immobile, le regard vide. En choc. Moi aussi. Ça aurait été n'importe quelle autre fille et ça ne m'aurait pas dérangé, mais non, il fallait que ce soit elle. Les pacificateurs s'emparent de ses bras, la traîne sur le stage. Elle n'a qu'une expression sur le visage; l'incompréhension. Eli et Stein posent une main chacun sur mes épaules, leur visage plein de regret. Parce que nous savons tous les trois que Nayad n'a aucune chance de survivre aux Hunger Games. Elle n'est pas une survivante. Elle ne connait pas la pauvreté, ses parents sont bien lotis. Elle ne connait pas la souffrance. Elle est naïve, fragile. Elle ne peut probablement même pas faire de mal à une mouche. Elle est condamnée.

– Aux garçons alors !

Nayad sort de mon esprit pour un moment, parce que cette fois, il y a trois noms que je ne veux pas voir pigés. Eli et Stein sont tout aussi tendus que moi. C'est moi qui ai les pires chances entre nous trois, mais ils sont aussi en danger. L'hôte fouille un moment dans le bol et en ressort finalement un de ces maudits petits papiers blancs. Ma respiration s'accélère et je prie à qui veut bien m'entendre pour que ce ne soit aucun de nous trois.

– Willem Perthshire !

Quoi ? Mais c'est… Le petit frère de Nayad… Les exclamations de surprises et de stupeur fusent partout alors que les pacificateurs escortent le pauvre gamin tremblant vers sa sœur. Elle le prend dans ses bras en sanglotant et je sens mon cœur se déchirer. Comment le sort peut-il s'acharner autant sur elle ?

Alors qu'Hardie appelle pour des volontaires, je sais ce que je veux faire. Je m'avance d'un pas et Stein m'attrape le poignet, secouant la tête avec énergie. Mais j'ai déjà pris ma décision.

– Moi ! Je me porte volontaire !

Je monte sur l'estrade, évitant soigneusement de regarder dans la direction de mes amis. J'ai pris ma décision, mais je n'ai aucune idée si j'ai eu raison ou non. Soudainement, j'ai eu deux envies. Celle d'aider Nayad de n'importe quelle manière, de ne pas l'obliger à entrer dans l'arène avec son frère, et celle de sauver l'orphelinat. Parce que si je gagne les Jeux, je pourrai le faire. J'aurai les moyens de le faire.

Pourtant, je sais bien que je n'ai aucune chance de gagner. Je ne sais me servir d'aucune arme. Je ne suis pas bien nourri. Je ne suis qu'un gosse du district huit, pas un carrière. Même si, et ce n'est que supposition, moi et Nayad étions alliés, nous serions seulement une alliance d'incapables. Incapable de se battre, probablement incapable de chasser. Mais je n'avais pas le choix. Je ne pouvais pas laisser Willem être tribut.

De toute manière, pas grand-chose ne me retient dans mon district. À part Eli et Stein, je n'ai pas vraiment de famille. Mes parents adoptifs ne se préoccupent pas de moi, ni mes sœurs adoptives. Je suis voué à travailler dans les usines toute ma vie, car je n'ai aucun talent particulier. La même chose tous les jours, toute ma vie. Ce n'est pas la vie que je me souhaite. Je ne la souhaite à personne. Mais les Jeux… Ils peuvent peut-être changer cela. Je suis prêt à prendre cette chance.


– Es-tu fou ? s'exclame Eli en entrant dans la pièce, la porte se fracassant contre le mur. Tu vas mourir, tu t'en rends compte j'espère !

– Je suis désolé, ok ? Je vous promets que je n'avais pas du tout prévu ça, c'est juste… arrivé.

– C'est juste… quoi ? Arrivé ?

Stein nous rejoint. Il a le visage sombre.

– Il est trop tard maintenant, je suis dans les Hunger Games.

– Oui, on s'en rend bien compte, de ça ! crie Eli.

Stein s'approche de moi lentement, et avant que je ne puisse réagir, je suis à terre, le nez en sang, et il secoue sa main en grimaçant. Je m'essuie le nez avec incrédulité.

– Est-ce que tu viens juste de me frapper ?

– Oui. Et ça a vraiment fait du bien, dit-il avec un petit sourire.

Eli se met alors à rire et on se joint avec lui. C'est un fou rire nerveux, pleins d'affection et de tristesse tout en même temps. C'est notre façon à nous de se dire au revoir. Parce que le dire à voix haute, c'est trop douloureux.

Juste avant de quitter la pièce, Eli empoigne ma chemise et dit avec le plus grand sérieux du monde :

– Si tu meurs mon vieux, j'te promets de te tuer quand on se revoit à ma mort, où que tu sois.

Il m'ébouriffe les cheveux et m'offre un sourire malicieux. Stein me tend une photo et sort après un long regard. C'est une vieille photo de nous trois à l'orphelinat. Je sens mon cœur se serrer à sa vue et me laisse tomber dans un fauteuil, me massant le nez. Dans quel pétrin me suis-je mis, bon sang !


Alors, deux tributs de plus que vous ne voulez pas voir mourir ? :P Selon les lecteurs, c'est mon couple d'idiots XD Je suis plutôt d'accord.