Merci à tout le monde pour vos commentaires si généreux, si adorables et si émouvants ! ^^
Voici un nouveau chapitre et la fin arrivera bientôt, très bientôt...
Sur ce je vous souhaite une excellente lecture !
Sweet Dream
Chapitre 9
John sursauta et regarda d'un air hagard où il était. Le salon était illuminé par les rayons du soleil, tout était silencieux et il avait affreusement mal au dos. Il grimaça en s'asseyant convenablement, se rendant compte qu'il s'était assoupi dans son fauteuil. Sa main chercha derrière, une douleur lancinante l'élança et il siffla entre ses dents en ressortant le coussin de l'Union Jack. Il le posa sur ses jambes en soufflant longuement, puis remarqua après un certain laps de temps le plaid le recouvrant. Sûrement madame Hudson qui est passée durant la matinée, pensa-t-il, Sherlock étant incapable de pareil élan de compassion pour quelqu'un. Ne pas oublier que c'est avant tout un sociopathe, il le dit et le répète lui-même. Le médecin se massa la nuque, tourna lentement la tête puis fit craquer ses vertèbres en gémissant.
Il vit son portable sur la table basse où la carte était toujours étalée, montrant la croix dessinée grâce aux meurtres et à leurs emplacements. Il attrapa le cellulaire, écarquilla les yeux en voyant l'heure et se dit qu'il était temps pour lui de se bouger.
-Sherlock ?
Sa voix enrouée le fit grimacer. Il se leva prudemment, mit un temps considérable à marcher jusqu'à la cuisine et s'appuya contre le plan de travail. Il avait les jambes tellement lourdes ! Une bonne tasse de thé le remettrait d'aplomb, c'était certain.
-Sherlock ?
Le détective était sûrement sorti. Ni note accrochée sur le frigidaire, ni mot laissé à côté des pots contenant des organes de singe ou des bocaux gardant les yeux pour les maintes expériences de Sherlock. Rien. Pas de message non plus lorsque John consulta son portable. Comme d'habitude, songea tristement le médecin en soupirant par le nez.
On sonna à la porte. Il haussa un sourcil, attendit que madame Hudson aille ouvrir. Il versa de l'eau dans la bouilloire.
La sonnette retentit une deuxième fois. L'ancien soldat fronça alors les sourcils, intrigué, puis posa le récipient métallique sur une plaque de cuisson et s'en alla ouvrir lui-même. Peut-être est-elle partie faire des courses. Ça lui arrive de nous les faire quand elle fouille nos placards. Cette réflexion le fit sourire. Le comportement mère-poule de leur logeuse lui plaisait.
Il descendit les dix-sept marches lentement, râla à la troisième sonnerie et attrapa ses clefs pour déverrouiller la porte.
Qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir Rose McCallen devant lui. Elle lui adressa un sourire timide, remit une mèche derrière son oreille et le salua d'une voix soufflée. La témoin ayant aperçu le corps torturé d'Harry Taylor semblait en forme, quoique le tour de ses yeux soit légèrement rougi. Ça doit sûrement lui donner des cauchemars, se dit John en apercevant aussi les cernes s'étalant en-dessous.
-Madame McCallen ! s'exclama-t-il en lui rendant son sourire.
-Mademoiselle, rectifia-t-elle en se détendant aussitôt. Je suis contente de vous revoir docteur Watson. Je... J'avais besoin de vous parler. Puis-je... ? demanda-t-elle en se penchant vers l'avant.
-Oh ! Faites, faites, fit le médecin en se décalant pour la laisser passer. J'imagine que ces derniers jours n'ont pas été simples pour vous.
-Non, effectivement. Ça a été assez terrible... J'ai même été obligée de prendre quelques jours de congé pour me reposer et rattraper quelques heures de sommeil manquantes.
Ils arrivèrent dans le salon où il l'enjoignit à s'installer sur le canapé. Il lui proposa une tasse de thé qu'elle accepta volontiers, toujours son éternel sourire charmeur aux lèvres. Une belle femme, vraiment, pensa le blond en s'en allant en cuisine.
-Votre collègue n'est pas avec vous ? demanda-t-elle pendant qu'il s'affairait à faire un petit plateau.
-Eh non ! il est sorti... Vous avez besoin de le voir ?
-Mis à part pour savoir où en sont les investigations sur cette affreuse affaire... Travaille-t-il en coopération avec la police ? On m'a parlé de lui, un ami m'a dit qu'il était un excellent détective !
-Eh bien oui, je confirme qu'il excelle dans sa profession, approuva John avec un sourire. Unique en son genre, d'ailleurs...
-De quoi ? L'homme ou la profession ?
-Les deux ! s'esclaffa l'homme, les yeux pétillants sans qu'il n'y fasse attention. Il est assez... original !
-Vous vivez ensemble ? Veuillez m'excuser si je suis trop curieuse ou trop indiscrète !
-Ne vous en faites pas, c'est normal de poser la question. Et oui, nous sommes colocataires. Et nous ne sommes pas en couple ! s'empressa-t-il d'ajouter tout en ressentant un petit quelque chose.
Cela n'était jamais arrivé auparavant. Néanmoins ce fut fort et puissant, à cet instant précis. John eut le regard dans le vague la seconde suivante, se demandant pourquoi ce sentiment... de regret ? de remord ? lui enserrait la poitrine et lui nouait l'estomac.
-Oh ! aucun souci ! Vous n'avez pas à vous justifier, dit rapidement Rose en bougeant sur le cuir du canapé.
-Disons qu'il vaut mieux... clarifier la situation. On a tendance, dans notre entourage, à penser à tort que nous formons un... couple.
L'eau était prête. Il la versa dans les tasses, rajouta les feuilles de thé, attendit un moment puis remua légèrement la boisson chaude avant d'apporter le plateau au salon. La jeune femme élégante lui lança un grand sourire chaleureux qui lui en soutira un. Comment donc une femme comme elle pouvait ne pas être mariée ?
Elle prit la tasse avec sa soucoupe après avoir versé un zeste de lait et rajouté un sucre. Elle but quelques gorgées comme John, qui se sentit mieux l'instant d'après.
-Mon Dieu... Est-ce un crâne posé sur votre cheminée ? s'exclama avec stupeur la brune.
John ferma fort les paupières, se leva, attrapa « l'ami » de Sherlock et alla l'enfouir dans une commode en grommelant dans sa barbe. Rose l'observait avec étonnement, les yeux légèrement écarquillés, le buste un peu penché en avant.
-Excusez, c'est... mon colocataire qui... enfin ça lui appartient.
-Il est spécial votre colocataire, souffla-t-elle en se redressant, plongeant une main dans son sac pour sortir son cellulaire.
-Oui, c'est le moins que l'on puisse dire, dit John en buvant une nouvelle gorgée de thé. Alors ? De quoi vouliez-vous parler ?
-J'ai besoin d'aide docteur, souffla la jeune femme en rangeant son portable après avoir tapoté quelques touches. Je... Cette histoire m'a bouleversé. Je n'ose pas... aller voir quelqu'un pour en parler. Et vous avez été si gentil lorsque nous étions au poste pour l'interrogatoire ! Ça... Ça m'a fait réellement du bien que vous soyez là pour vous occuper de moi...
-Je... Je suis flatté, mademoiselle McCallen. Cependant, je ne suis pas sûr de...
-Vous êtes le seul en qui j'ai confiance ! s'exclama-t-elle avec une voix enrouée. Je vous en prie, écoutez-moi ! Je-j'ai peur que, si je vais voir quelqu'un d'autre... qu'on décide de m'enfermer dans un asile psychiatrique.
-Personne n'ira jusque là, mademoiselle, je vous rassure tout-tout de suite.
John fronça les sourcils en se sentant lentement, mais sûrement, partir. Ce n'était pas normal, pas normal du tout. Il avait l'impression de s'endormir... mais il venait tout juste de s'éveiller, ce n'était pas possible...
-Tout va bien docteur ? demanda d'une voix lointaine Rose McCallen en se levant pour contourner la table basse. Docteur ?
Sa jambe l'élançait. Il avait la vue qui se brouillait. La voix de la jeune femme paraissait si loin, si loin...
-Docteur ! Docteur Watson !
oOo
Lorsque John se réveilla enfin, il faisait sombre. Il avait mal à la tête. Tout tournait. Il voulut bouger, se rendit compte après un long moment de réflexion qu'il en était capable. Il tourna la tête en clignant des yeux, la secouant violemment par moment tout en ouvrant la bouche.
De quoi te souviens-tu ? arriva-t-il à penser deux minutes après.
J'ai bu du thé en compagnie de Rose McCallen... La femme ayant découvert le corps d'Harry Taylor.
Bien. Et ensuite ?
Je ne me souviens plus. Elle a sorti son portable. Elle a crié mon nom. Où suis-je ?
Un claquement. John redressa la tête.
Un frisson le saisit. Il nota avec effroi qu'il était nu. Rectification : je porte un caleçon, Dieu merci.
Nouveau claquement. Le médecin entendit des bruits de pas se rapprochant. Il discerna les cordes l'entravant tout autour du torse, le clouant à la chaise sur lequel il était assis. Câbles. Ils me font mal.
-Mon cher, cher, cher Johnny Boy ! Comme vous m'avez manqué !
John se figea sur place. Cette voix... ce ton insolent et narquois... Cela faisait des mois qu'il n'avait pas eu affaire à lui.
Une vive douleur se ressentit dans son cou. Il ouvrit la bouche mais n'arriva plus à bouger. Il sentit tout son corps se crisper, puis se détendre.
-Avez-vous apprécié mon petit jeu ? Les poupées et la Bible ! Quel doux mélange dans une affaire aussi sinistre, n'est-ce pas ?
Une lumière fut allumée. John plissa les yeux, les cligna pour s'adapter à cette subite clarté et vit Jim Moriarty s'approcher de lui, suivit par le colonel Sebastian Moran et une troisième personne qui restait perpétuellement dans l'ombre.
-Il était évident, mon cher John, que toute cette mise en scène vous était dédiée. Un bel hommage, n'est-il pas ? lança joyeusement Moriarty en mettant ses mains dans les poches. J'étais sûr qu'un enfant attirerait votre attention – comme n'importe qui ici bas ! … Sauf moi, peut-être, ajouta-t-il après un silence, un sourire en coin tout en regardant le plafond.
-Vous êtes fou, balbutia John et il sentit avec horreur sa langue s'engourdir.
-C'étaient vos dernières paroles, Johnny. Et comme je suis magnanime, j'ai décidé de tout vous raconter. Dans le détail. Pour que vous compreniez bien la punition que vous, ainsi que Sherlock, méritiez ! Vous avez démantelé quelques mois plus tôt un de mes plus précieux réseaux et je vous en veux énormément, vous savez ? Pourtant je n'ai pas la rancune facile, je me surprends moi-même par moment... Enfin pour que Sherlock intercepte bien le message, voici un outil qui me sera fort utile !
Moran s'avança alors et John écarquilla les yeux en apercevant une caméra.
-Oui, Johnny : vous resterez dans les annales à jamais ! Je vais faire de vous une étoile immortelle et toute la toile va m'être fort utile pour arriver à cela.
Une petite lumière rouge s'alluma. John voulut bouger, faire quelque chose, mais son corps refusa d'obéir.
-Oh ! pas la peine de s'agiter pour rien, très cher. Comme vous pouvez le constater, vous êtes sous l'emprise d'une drogue de l'invention de ma chère partenaire qui a semé les indices pour moi. Eh oui ! pour une fois, je commandite moi-même une action contre vous ! Évidemment elle y gagne, sinon ce ne serait pas drôle.
Moriarty eut un petit rire hystérique qui s'arrêta aussitôt, un sourire plus aimable se peignant sur son visage pâle.
-Je lis le doute et la surprise dans vos yeux, Johnny. Oui, oui, j'ai bien dit elle.
Il ricana plus sombrement et sortit la main dextre de son pantalon pour présenter la troisième personne dans l'ombre.
-C'est bel et bien une femme qui a laissé des poupées aux quatre points de la croix vous étant destinée. Oui, elle a eu le temps de faire une quatrième création ! Je plains ce jeune Norbert Sullivan : un grand médecin, venant tout juste de rentrer de guerre – comme vous – pour voir sa famille après avoir été tiré dans la jambe. Belle coïncidence, n'est-ce pas ? Et vous n'avez pas tout entendu ! Mais je ne vais pas m'attarder sur ce sujet. Sachez juste que son compagnon de vie ne va plus dormir sur ses deux oreilles.
Il rit à gorge déployée, puis se reprit en toussotant.
-Excusez-moi. C'est juste que c'est fort comique, car c'est ce même compagnon qui a dû trouver le corps à présent !
John ferma les yeux. Voulut baisser la tête, mais n'y arriva pas.
-Ne vous en faites pas. Vous n'avez reçu qu'une faible dose de drogue. Elle agit certes vite, mais elle disparaîtra bientôt. Juste le temps pour moi de vous révéler quelques détails, puis de vous laisser à votre sort.
» Tout d'abord, John, sachez que lorsque nous partirons, un gaz qui ne vous est pas inconnu emplira cette pièce. Ne faites pas cette tête ! Je ne doute pas du génie de Sherlock : je cherche juste à vous punir. Mais s'il ne se dépêche pas, il trouvera malheureusement un corps sans vie dans cette pièce.
» Comme je suis joueur, je vais vous donner un indice : ce sont les dernières lettres de votre nom de famille – il faut bien parfaire ce magnifique scénario ! – qui représentent le gaz en question. Mh ? Bon vous n'avez pas trouvé, tant pis pour vous, je n'y peux rien si vous êtes idiot.
» Je vais vous donner aussi quelques explications : ma charmante partenaire que voici est une excellente actrice ! Vous n'y avez vu que du feu. Un peu de GHB et vous étiez entre ses habiles mains. Sebastian n'avait plus qu'à vous cueillir après s'être débarrassé des hommes de main de son ancien patron et le tour était joué !
» Approchez-vous, très chère. Je crois qu'il est temps pour nous de quitter le devant de la scène.
John ouvrit en grand les yeux en découvrant le visage de Rose McCallen à côté de celui de Jim Moriarty.
