Bonsoir à tous ! Voici un nouveau chapitre de mon histoire. Cette fois, les passages en italiques m'appartiennent (mais évidemment, pas les personnages ou l'univers qui appartiennent à Pierre Bottero), car ce sont des passage de communication mentale, par le biais de l'art du dessin. Dans tous les cas, j'espère que ce chapitre vous plaira.


9

- Le mieux serait que tu me transportes à la Citadelle par un pas sur le côté, et que tu repartes immédiatement voir l'Empereur, annonça Ellana.

- Ils ne seraient alors plus que trois pour surveiller la porte, remarqua Ewilan. Mieux vaut peut-être que je fasse les deux. L'Empereur mettra des jours à faire venir des troupes, nous ne sommes pas à une poignée d'heures près.

Tous opinèrent. C'était la meilleure solution, d'autant plus que la plaque de pierre qu'Ewilan avait dessinée semblait tenir bon, du moins pour l'instant.

- Cela ne nous éclaire pas sur un point, toutefois, ajouta Ewilan. Qui a ouvert cette porte ? Et pourquoi ?

La réponse se perdit entre les larges fûts d'Ervengues. Personne ne pouvait apporter de réponse pour l'instant, mais dans l'esprit de tous pulsait la même certitude : quelle que soit la créature qui avait ouvert cette porte, elle était infiniment puissante et menaçait Gwendalavir.

Un étrange bruit de grattement jaillit de l'emplacement de la porte. La jeune sentinelle se glissa dans l'Imagination, ne sachant ce qu'elle y trouverait. Les Spires l'attendaient, déployant sous ses pas une infinité de possibles, plus merveilleux les uns que les autres. Non seulement elle ne put déterminer l'origine du grattement, mais elle ne savait que faire pour véritablement renforcer la porte. Elle hésitait, tergiversait, et n'avançait pas.

Finalement, la solution s'offrit à elle. Elle dessina un globe de verre étincelant, brillant pour l'éternité, autour du rocher. Elle prit le soin d'en lisser tous les contours avant de faire basculer sa création dans la réalité. Lorsqu'elle sortit des Spires, elle était satisfaite.

- Cela devrait vous permettre de tenir jusqu'à ce que je revienne, dit-elle.

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- Voilà, tu sais tout, finit la jeune Sentinelle.

Un trait soucieux barrait le front d'Edwin Til'Illan. Il avait conscience que la situation était grave. Il avait pourtant pensé pendant une poignée de mois que Gwendalavir avait définitivement retrouvé la paix : les émissaires envoyés au-delà de la Mer des Brumes avaient rencontré un franc succès, la fin de la menace t'sliche et la chute des mercenaires du chaos avaient permis aux troupes impériales de régler le problème Aline, et de rétablir la navigation dans le Grand Océan du Sud. La nouvelle équipe de Sentinelles remplissait sa tâche bien plus efficacement que l'ancienne...

Il avait désormais cruellement conscience de son erreur. Le danger rôdait toujours. Gouverner un pays ne pouvait être si facile.

- Où as-tu dit que se trouve cette... porte ?

- Juste derrière notre maison, à la lisière d'Ervengues.

- Je vais y envoyer une escouade au plus vite, pour parer au plus pressé, puis j'enverrai une troupe plus importante. Tu dis que tes nouveaux amis ignorent comment fermer cette...

Il s'était interrompu en entendant Ewilan pousser un cri.

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- D'accord. On va fermer cette porte de fiente de raï, pour sauver le monde. Ce ne serait la première fois pour aucun de nous trois, fit amèrement Destan. Mais comment, ça, personne n'a songé à me le dire.

- Il semble y avoir deux solutions, répondit calmement Elio.

- Deux de plus que zéro, c'est plutôt chouette, ajouta Eryn à l'intention de Destan.

Le jeune homme secoua la tête. Il était avec les gamins depuis quelques minutes, et ces deux trublions l'épuisaient déjà. Enfin, ce n'était pas le moment de protester, puisqu'il avait l'opportunité de sauver le monde...

- Soit on retourne dans ton monde, on passe par la porte, on la ferme et on cherche les portes de fer qui ouvrent sur la Maison pour y entrer à nouveau. Soit on prend tout de suite la porte de fer, on cherche la porte clandestine, on la referme, on retourne à la porte de fer et on rentre à la Maison.

- Je suppose que la première solution, la plus simple des deux, ne fonctionne pas, ce serait trop facile, non ?

Elio hocha la tête, ses grands yeux verts brillant d'une lueur à la fois lumineuse et sombre.

- Je ne suis pas sûr qu'il soit possible d'emprunter la porte de fer depuis l'Arcadie, sans l'avoir ouverte d'ici au préalable. Et surtout, si on ressort d'ici, nos parents ne nous laisseront jamais partir. En plus, je sens qu'il faut qu'on passe par la Maison.

Seule Eryn hasarda une objection :

- Je croyais qu'on ne pouvait pas passer par porte qu'on n'a jamais traversée.

- Je crois que c'est différent avec les portes métalliques. De toute façon, on n'a pas le choix. Il reste une dernière chose, reprit Elio. Tu dois prévenir ma mère, lui dire de rester près de la porte pour pouvoir la fermer de son côté lorsque nous parviendrons de l'autre. Mais d'abord, on doit se mettre devant la porte pour pouvoir partir avant que quelqu'un vienne nous en empêcher.

Eryn acquiesça, et les trois jeunes gens gravirent l'escalier en colimaçon qui montait à l'étage de la Maison, afin d'emprunter la porte qu'Elio avait choisie.

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A des centaines de kilomètres de là, Shaé entendit la claire voix d'Eryn résonner dans sa tête :

Bonjour maman d'Elio. Pour sauver le monde, on doit aller fermer la porte des monstres de l'intérieur. Mais on a besoin que tu sois de l'autre côté pour la fermer en même temps que nous, comme ça les monstres ne pourront plus passer. On sera prudents, ne t'inquiète pas.

Shaé poussa un cri, et se précipita, sous sa forme de panthère, vers l'autre porte, celle qui donnait vers la Maison.

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Maman, on part dans le pays des monstres, avec Destan et Elio. Il faut fermer la porte de l'intérieur pour les arrêter. On doit le faire, c'est Elio qui le sent. On revient bientôt ! Bisous !

Ewilan tremblait de tous ses membres. Du salon où elle se trouvait, au cœur des appartements d'Edwin, elle s'enfuit en courant. Edwin dut lui aussi passer au pas de course pour parvenir à la suivre.

- Mais que se passe-t-il, bon sang ?

Ewilan répondit sans ralentir.

- On ne peut pas dessiner dans cette fiente de t'sliche de Citadelle, et il faut absolument que je fasse un pas sur le côté.

- Mais, et l'organisation des troupes et...

- Tu te débrouilleras sans moi.

Il était impossible de dessiner dans la Citadelle, qui était un Hiatus. Ewilan choisit de se rendre à la Vigie, où elle pourrait effectuer son pas sur le côté. La tour était certes vertigineuse, mais il était plus rapide de s'y rendre que de quitter la forteresse. Quand Ewilan eut gravi les milliers de marches qui y menaient, plus vitesse qu'elle ne s'en serait cru capable, elle dessina son pas sur le côté, en priant la Dame et tous les dieux qu'elle connaissait qu'il ne fût pas trop tard.