Merci à Sbcortone et Lili de leurs commentaires.
Chapitre 9
- Qu'est-ce que tu veux ? Si c'est pour me dire d'être raisonnable et de faire confiance à la justice, tu peux repartir !
Derek grimaça à l'accueil on ne pouvait plus froid de Pénélope.
- Hé princesse, tu devrais me connaître mieux que ça, rétorqua-t-il doucement tandis qu'elle le contemplait, vaguement hostile.
- Excuse-moi ! soupira-t-elle.
A ce moment-là, des pleurs venant de l'intérieur de l'appartement la firent se retourner et, sans plus de façon, il lui emboîta le pas tandis qu'elle se dirigeait vers la chambre. Il la vit se pencher sur le lit où reposait le petit Cameron et se redresser, tenant l'enfant dans ses bras. L'amour qu'il lut alors dans ses yeux le bouleversa : certes, personne ne pourrait lui enlever ce petit ! Il était à elle et quiconque l'aurait vue, à cet instant, lui adresser les mots pleins d'amour qu'elle lui adressait en lui souriant de cette manière aurait su que rien au monde ne l'empêcherait de s'occuper de cet enfant.
- Là… Chut… Ne va pas réveiller ta sœur petit démon !
- Maman ?
Terrence entra en trombe dans la chambre et s'arrêta net en voyant Derek, tout de suite sur la défensive. Il connaissait l'agent, tout comme le reste de l'équipe, chacun ayant eu à cœur, dès qu'ils avaient entendu parler d'eux, de faire la connaissance des petits. Et si Laureen n'avait pas tardé à se sentir à l'aise avec tous, ayant conquis chacun par ses mines gracieuses et sa soif d'affection, Terrence quant à lui, était plus difficile à apprivoiser, plus à l'aise avec les femmes de l'équipe qu'avec les hommes, mais chacun comprenait la raison de cette réticence et nul ne s'en formalisait. Le petit garçon s'était par contre lié avec Henry et Jack et cette amitié l'aidait sans nul doute à concevoir que tous les hommes n'étaient pas comme son père : l'amour de ses petits copains pour les leurs lui faisait comprendre qu'il existait des papas qui n'étaient pas des monstres, même si dans sa petite tête d'enfant, il avait l'impression que lui n'aurait jamais cette chance.
- Salut bonhomme, sourit Derek en tendant la main au bambin.
- Salut Derek, répondit celui-ci avec un sourire timide.
- Que voulais-tu mon cœur ? interrogea alors Pénélope.
- Je ne trouve plus Rory….
Rory… le petit canard vert sur lequel il avait craqué peu de temps après être arrivé chez Pénélope et qu'elle lui avait offert, comme preuve qu'il avait le droit, lui aussi, d'avoir des désirs et que désormais il serait protégé et écouté.
- Ecoute… Je change Camy et je viens t'aider…
A la moue de l'enfant, Derek proposa à son tour :
- Ou si tu veux, si c'est vraiment pressé, moi je viens t'aider… Je suis très fort pour retrouver les fugitifs tu sais…
L'enfant sembla hésiter quelques secondes puis il sourit et tendit la main à l'agent :
- C'est vrai ? Tu vas m'aider ?
- Et comment ! Allons chercher Rory ! Et s'il refuse de se rendre, je lui passe les menottes !
Un éclat de rire clair s'échappa des lèvres du gamin et Pénélope eut les larmes aux yeux à cette manifestation encore si rare chez lui. Mais comment pourrait-elle accepter qu'on le lui enlève, qu'on lui retire à nouveau ce droit au rire, à l'apaisement, au bonheur ? Jamais ! Jamais personne ne lui prendrait ses enfants !
Quelques minutes plus tard, tandis qu'elle donnait le biberon à Cameron, Derek entra dans la cuisine :
- Tout va bien ? demanda-t-il.
- Où est Terry ? questionna-t-elle en retour, avec un soupçon de crainte dans la voix, comme si, déjà, on était venu lui enlever celui-là.
- On a retrouvé son Rory derrière le panier de linge sale de la salle de bain et maintenant il joue tranquillement dans sa chambre. J'ai rarement vu un enfant aussi calme et capable de s'occuper seul à cet âge là.
- Quand tu sais que tu seras battu si tu fais du bruit ou que ta mère paiera pour tes bêtises, tu apprends vite à te tenir tranquille, répliqua Pénélope.
Derek hocha la tête puis reprit :
- Tu n'as pas répondu à ma question ma princesse. Comment vas-tu ?
Elle finit de donner le biberon au bébé puis lui fit faire son rot avant de passer dans la pièce à vivre où elle le posa dans un transat.
- Comment veux-tu que j'aille ? Ce salopard va m'enlever mes enfants !
- Ca n'arrivera pas princesse.
- Bien sûr que ça n'arrivera pas ! Parce que je partirai avant que ça n'arrive. Margaret va se renseigner pour me fournir ce qu'il faut.
Il s'approcha d'elle et posa ses mains sur ses épaules.
- Non, tu ne partiras pas. Ce serait la dernière des choses à faire. Je le sais, Margaret le sait et tu le sais.
- Alors quoi ? Je dois les laisser les emmener ?
- Rien ne dit qu'un juge donnera raison à ce malade !
- Rien ne dit qu'il ne lui donnera pas raison ! C'est vrai quoi ! Regarde-moi ! Je suis seule, complètement dépassée par les événements ! Bien sûr que ce serait plus simple pour moi qu'ils partent ! Mais s'ils partaient je crois bien que j'en mourrais ! Tu m'entends Derek ! J'en mourrais !
Il la prit dans ses bras, lui caressant doucement le dos, s'émerveillant de la bouffée d'amour qu'il ressentit alors à la tenir ainsi contre lui, dans ce geste fraternel qu'ils avaient déjà eu parfois et qui, petit à petit, devenait tellement plus pour lui.
- Non… Personne ne va mourir, et surtout pas toi. On va trouver une solution ma belle, je te le promets.
Elle s'écarta de lui, essuyant rageusement ses larmes :
- Ah oui ? Et quelle solution ? Tu vas faire en sorte que je n'aie pas été fichée comme hackeuse ? Tu vas me sortir un mari de ton chapeau pour que mon statut de célibataire ne me desserve pas ?
- Une hackeuse n'est pas une horrible criminelle et les services que tu as rendus depuis que tu es au FBI compenseront largement ces écarts de jeunesse. Quant au reste et bien… Il y a une solution très simple.
- Ah oui ? Et laquelle ?
- Epouse-moi !
Le silence tomba dans la pièce tandis qu'elle le regardait, les yeux écarquillés, bouche bée, se demandant si elle avait bien entendu. En même temps son cœur se mettait à battre la chamade. Il avait bien prononcé ces mots ? Elle l'avait bien entendu la demander en mariage ? Soudain l'avenir se teintait de rose ! Depuis le temps qu'elle rêvait de lui en secret, qu'elle désirait de tout son être que leur amitié évolue vers autre chose, quelque chose de plus doux, de plus tendre mais aussi de plus violent, de plus exigeant ! Combien de fois ses songes l'avaient-ils emportée dans un monde où il la faisait vibrer et crier sous son corps, où il lui répétait des serments brûlant qui faisaient courir le feu dans ses veines ? Combien de matins s'était-elle réveillée désappointée en s'apercevant que tout n'était que chimère ? Et là…
Puis soudain la réalité froide et crue vint la doucher : bien sûr que ce n'était pas de l'amour ! Juste un subterfuge pour lui permettre de garder les enfants ! C'était le geste d'un ami fidèle, prêt à se sacrifier pour lui apporter la paix. Ce mariage ne serait qu'un trompe-l'œil et ne durerait que le temps que les enfants soient à elle, sans aucun risque qu'on les lui reprenne.
- Tu n'es pas sérieux, parvint-elle à balbutier.
- Bien sûr que je suis sérieux ! En m'épousant tu feras tomber l'un des arguments de Dickson. Tu ne seras plus seule ! Si nécessaire tu pourras quitter ton travail pour t'occuper des enfants !
- Mais je n'ai pas envie de quitter mon boulot ! Je n'ai pas l'âme d'une femme au foyer ! s'insurgea-t-elle.
- Je n'ai pas dit que tu devrais le faire ! Juste que cette possibilité t'étant désormais offerte, le juge pencherait plus facilement en ta faveur. Réfléchis princesse ! C'est la meilleure des solutions !
Il s'enflammait en parlant, s'étonnant lui-même de sa verve et de sa volonté de la convaincre. Dans les secondes qui avaient suivi sa proposition, il s'était lui-même demandé comment il avait pu la formuler, pourtant les mots étaient sortis d'eux-mêmes, sans qu'il les prémédite, sans même qu'il les formalise. En aucun cas, lorsqu'il était venu la rejoindre, il n'avait imaginé cette solution parmi toutes celles qu'il avait tenté d'élaborer en chemin. Mais tandis qu'elle le regardait, l'air hagard, avec cependant dans les yeux une étincelle qui avait fait battre son cœur plus vite, il s'était rendu compte que c'était ce qu'il voulait, vraiment ! Il voulait épouser cette femme et adopter avec elle ces gamins auxquels il s'était attaché depuis deux semaines qu'il avait fait leur connaissance. La petite Laureen l'adorait déjà et elle le regardait avec des yeux émerveillés qui faisaient rire les femmes du groupe qui le charriaient gentiment de cette adoration enfantine, et, s'il devait en juger par ce qui s'était passé quelques minutes plus tôt, Terrence commençait à l'accepter et à avoir confiance en lui, comme le démontrait la brève étreinte qu'il lui avait accordé lorsque, triomphant, il lui avait tendu son Rory. Le petit garçon s'était jeté sur lui pour attraper le canard puis avait spontanément entouré ses bras autour des jambes de l'agent avant de se reculer, une lueur de peur dans les yeux. Alors Derek s'était accroupi et lui avait tendu les bras :
- Viens bonhomme… Tu sais que tu as le droit de me faire un câlin…
Le petit s'était approché et l'avait étreint quelques secondes avant de lui planter un baiser sur la joue avec un sourire magnifique qui avait fait monter les larmes aux yeux de l'agent. Oui ! Ce gamin, il l'aimait déjà et il ne laisserait personne l'abîmer !
Alors ces mots qui lui avaient échappé, ils étaient en fait le cri de son âme ! Il y avait bien longtemps déjà qu'il savait que l'amitié qu'il ressentait pour Pénélope s'était muée en quelque chose de bien plus doux et plus fort. Bien souvent il avait eu envie de la serrer contre lui, de dévorer ses lèvres de baisers et parfois il avait eu du mal à contenir le désir qu'elle lui inspirait. Il l'aimait mais il ne savait pas comment le lui dire et surtout, il avait peur, en parlant, de gâcher leur belle amitié.
Seulement là il y avait urgence : il fallait contrer la manœuvre de Shawn Dickson et si cela lui permettait en même temps de se rapprocher de son amour, ses amours, corrigea-t-il mentalement, alors il n'y avait pas à hésiter et il ne laisserait personne, pas même Pénélope, tenter de lui démontrer que sa proposition était absurde.
- On ne peut pas se marier comme ça, objecta l'analyste à l'issue du long discours de l'Afro-américain qui ne se connaissait pas si prolixe.
- Et pourquoi pas ? On s'aime… bien, corrigea-t-il précipitamment : pas question non plus de l'effrayer ! Et les gamins m'aiment aussi.
- Je n'ai pas le droit de te demander de te sacrifier.
- Me sacrifier ? Qui te dit qu'il s'agira d'un sacrifice ? Je n'ai personne dans ma vie et parfois ça me pèse. Là, j'aurais une famille : une épouse, des enfants… Où est le sacrifice ?
- Tu as dis que ça te pesait « parfois »… Une fois marié, ce sera pour un moment…
Il sentait que, petit à petit, elle cédait : l'idée ne lui paraissait plus aussi folle.
- J'espère même que ce sera pour toujours, appuya-t-il.
- Mais… Tu imagines ce que diront les autres ?
- Les autres ? Je crois qu'ils seront juste heureux pour nous. Et si jamais ce n'était pas le cas je m'en fous ! Ce n'est pas eux que j'épouse !
- Tu en parles comme s'il s'agissait d'une vraie demande en mariage…
- Bien sûr qu'il s'agit d'une vraie demande !
Mais elle lui coupa la parole :
- Non ! Non ! Je veux dire… Tu en parles comme si… Comme si…. C'est… Enfin… Ce serait juste un subterfuge n'est-ce pas ? Nous ne nous marierions pas vraiment… Ou alors juste le temps que je puisse adopter les enfants. Et après tu partirais… C'est bien ça que tu as en tête?…
Elle le regardait, avec dans les yeux à la fois l'espoir et la crainte. Il réfléchit quelques minutes : elle lui offrait la possibilité de ne pas s'engager sur le long terme. A la base, peut-être que c'était ce qu'il pensait, mais maintenant… Comment aurait-il pu s'engager pour un temps limité ? Lui et Pénélope seraient sans doute capables de vivre une cohabitation basée sur une sorte de contrat, mais les enfants ? Comment leur expliquer un jour que tout cela n'était que de la poudre aux yeux ? Ils avaient déjà vécu trop de choses pour leur jeune âge !
- Non… répliqua-t-il, plantant son regard dans le sien pour qu'elle comprenne combien il était sérieux. Non… Je veux t'épouser, je veux adopter les enfants, je veux que nous formions une famille.
- Mais… pourquoi comme ça… pourquoi… Tu ne dois pas te sacrifier pour…
Il lui posa les doigts sur les lèvres pour la faire taire :
- Je te l'ai déjà dit, ce ne sera pas un sacrifice ! J'aime ces gosses ! Et surtout, je t'aime Pénélope Garcia ! Je t'aime, même si je n'ai pas su te le dire jusqu'à ce jour ! Je t'aime et j'ai envie de passer ma vie auprès de toi ! Je t'aime et je crois que tu m'aimes un peu aussi, assez je pense pour accepter que je veille sur toi et sur tes enfants… sur NOS enfants…
Elle pleurait maintenant, des larmes de soulagement, de joie, de bonheur et, en guise de réponse, elle lui offrit ses lèvres pour un baiser qui, d'abord timide, devint de plus en plus chaud, au point qu'il finit par se dégager avec un petit soupir frustré en disant :
- Il y a des enfants ici… Je ne peux pas te montrer combien tu me rends dingue, mais ce n'est que partie remise.
- C'est vraiment vrai ? Je ne rêve pas ? murmura-t-elle alors en se lovant dans ses bras.
- Non tu ne rêves pas ! Ou alors je fais le même rêve et je te jure que je n'ai pas envie de me réveiller.
- Mais tu es sûr ? Vraiment sûr ? Tu sais qu'une fois engagé, ce sera pour un bout de temps !
- J'espère bien que ce sera pour toujours ma princesse !
- Derek !
Une petite voix joyeuse retentit dans la pièce et la petite Laureen se rua dans les bras de l'agent qui la recueillit en riant tandis que Terrence arrivait à son tour, le sourire aux lèvres, venant pour sa part se lover contre sa « maman »…
Et soudain Pénélope, la petite Penny perdue et craintive, sut qu'elle venait de devenir une femme, une mère, une épouse… Tout ce qu'elle avait rêvé d'être durant son enfance et qu'elle avait finit par penser qu'elle ne serait jamais. Elle échangea un long regard plein d'amour avec Derek et son cœur se gonfla de tendresse à le voir échanger des baisers avec Laureen puis tendre la main à Terry qui s'en saisit et se mit à rire avec eux. Ses enfants, son presque époux, sa famille…
Oui, Shawn Dickson venait de perdre définitivement !
(à suivre)
