Le vrai chapitre neuf : L'apothicaire.

Il est certainement temps d'introduire deux nouveaux personnages – ne serait-ce parce qu'après on va me les réclamer. Je pense que vous voyez déjà de qui je veux parler, et que vous les attendez depuis un bon moment. Mais ne soyez pas trop pressés : la patience est une grande qualité, et tout vient à point à qui sait attendre. Alors sachez attendre. Je vous l'ordonne.

Le premier de ces deux personnages que je présenterai sera la fille. Question de galanterie.

Hortense Lagrange est une fillette aux cheveux mal coiffées, avec un air vaguement supérieur (limite hautain) et qui porte des chaussures à talon pour faire croire qu'elle est une grande. Elle est née de parents non thaumaturges (c'est-à-dire qu'elle est sang-de-bourbe, comme on dit dans le milieu), et elle fait partie de ce genre de filles qui auraient pu être belles si elles n'avaient pas été laides. Elle a été envoyée à Serdaigle, comme tous les élèves qui ont un semblant d'avenir devant eux.

Je ne sais pas trop quoi dire de plus à son sujet pour le moment. Nous verrons plus tard.

Le deuxième est un petit garçonnet blond, au teint blafard et qui affiche en permanence un air de satisfaction et de mépris mélangés. Il se nomme Louis-Marie-Aristide de Saint-Épinacle de Malotru. Il est quelque chose comme noble, son père possède un vaste domaine dans le Bourbonnais et sa famille a de très nombreux serfs à son service. Nous verrons qu'il est parfaitement imbu de sa personne (même s'il n'a jamais rien accompli de sa vie et que toute sa gloire lui vient donc de son illustre ascendance) et qu'il se croit tout permis.

Évidemment, avec un nom pareil, on se moquait beaucoup de lui. À la fin de la première journée de cours, tout le monde l'appelait Marie, ce qui l'énervait au plus haut point.


Cela étant dit, parlons un peu du programme de l'école de thaumaturgie, ainsi que de ses professeurs. Notez dès à présent qu'il n'y a qu'une douzaine de professeurs pour vingt-huit classes (quatre par niveau, sept niveaux), et que chaque classe a cours huit heures par jour. Même s'il y a des cours communs (avec deux classes réunies), vous comprendrez tout de suite que cela ne colle pas.

Enfin merde, quoi. Dans les collèges et lycées, il y a plusieurs professeurs par matière ! Ici non : il n'y en a qu'un par discipline ! Alors comment ils font, hein, comment ils font ? D'autant plus que certains professeurs donnent à peine cours (comme en astronomie) alors que d'autres semblent donner chaque jour deux heures de cours à chaque classe. Comment que c'est possible ça ?

Non, non. Ça ne va pas du tout : encore une fois, l'auteur se fout de notre gueule. L'auteur n'a visiblement réfléchit à rien, et a simplement écrit un roman à l'arrache. Je ne vois pas d'explication rationnelle, et si quelqu'un en trouve une j'attends avec impatience qu'il me l'explique.

Bref. Je ne suis pas là pour médire d'un livre à succès : je suis là pour en faire un immonde plagiat dans le seul but de faire du fric. Alors je continu.

McGonagall, que nous avons déjà vu, enseigne la transfiguration. Vous ne connaissez sans doute pas ce mot, alors allez chercher sur Wikipédia. C'est une enseignante exigeante et intraitable, et c'est exactement le genre de vieux professeurs qui ont de la bouteille et à qui on ne la fait pas. Vous verrez cela plus tard – ou pas, parce que si ça se trouve j'oublierai de reparler d'elle.

En second, le professeur Tite-Bite. C'est un nain. Mais pas un de ses nains bizarrement proportionnés, qui ont des bras courts et de petites jambes alors même que leur tête et leur torse ont une taille normale (un peu comme Passe-Partout dans Fort Boyard). Non : lui est un nain qui a les mêmes proportions qu'un homme adulte (imaginez-vous la situation, ça n'est pas très compliqué). Je crois bien que ce nanisme était la conséquence d'un défaut de sécrétion de somatotropine par l'adénohypophyse – mais pour ce que j'en sais, ça pourrait tout aussi bien être un problème de production de somatomédine par les hépatocytes. Peu importe après tout, sachez juste que ce professeur était nain et qu'il s'attirait donc de nombreux quolibets de la part des élèves (vous savez comme les enfants peuvent être cruels).

Le professeur Tite-Bite enseigne quelque chose d'assez peu clair, mélange de sortilèges et d'enchantement, et environ 95 % de ce qui est important à Poudlard est enseigné par ce gars-là. Oui, soyons honnête : de toutes les matières, c'est la seule qui ressert un jour (j'en veux pour preuve les différentes activités qu'ont les adultes dans le bouquin : que du sortilège, jamais d'« astronomie » ou de « soins aux créatures magiques »). D'ailleurs, c'est très fort : en volume horaire, il y a autant de botanique que de ce truc. Imaginez la même situation dans le monde réel : vous faite une licence d'économie, et il y a chaque semaine onze heures d'économies et onze heures de jardin potager.

C'est complétement con : les thaumaturges, une fois adultes, ne cueillent plus de laurier et de gentiane pour préparer des potions magiques. Non, ils ont autre chose à faire, alors ils achètent cela tout prêt. Résultat, la plupart des cours sont inutiles.

Ben mince. Plus j'y pense, plus leur programme scolaire me paraît archaïque est inadapté au monde moderne. Oh et puis tant pis pour eux, c'est leur problème.

Mais je m'égare. Où en étais-je ? Ah oui, les profs.

Ensuite, il y a le professeur Laguigne, qui enseigne la « défense contre les forces du mal ». Un cours au nom inutilement pompeux, mais bon, pourquoi pas. Notez dès à présent une subtilité : ici, « forces du mal » désigne votre adversaire, quel qu'il soit. Ce n'est qu'une question de référentiel : en effet, quelles que soient les conditions, vous aurez toujours l'impression d'être le gentil de l'histoire et d'avoir en face de vous le méchant (ce qui est légitime, mais en réalité l'autre pense pareil).

Il y a d'autres profs, mais je n'en aurai pas besoin tout de suite alors je m'épargne la corvée d'avoir à les présenter. Ce qui a un autre avantage : en n'étant pas exhaustif dès le début, je me garde la possibilité de créer de nouvelles matières et de nouveaux profs en fonction des besoins.

Ah, j'oublie : le directeur ne donne aucun cours. En fait, il ne fait pas grand-chose de ses journées puisqu'en plus de cela les tâches administratives sont répartis entre :
– lui ;
– la sous-directrice McGonagall ;
– les directeurs de maison.

Enfin bon. Ce vieil Albus est un beau donneur de leçon, il s'occupe de toute sorte de choses très importantes, mais finalement il s'occupe assez peu de l'école.

Mais passons aux choses sérieuses. Ce jour-là, Henri et ses camarades ont cours de pharmacopée avec le professeur Drogue. Un nom qui lui allait comme un gant pour une telle matière.

Mais voyons plutôt.


Le cours se déroulait dans un ancien cachot. Un grand cachot qui avait servi à enfermer on ne sait trop qui, d'ailleurs. Après tout, le bâtiment avait toujours été une école, et on voit donc mal pourquoi on avait construit plusieurs cachots dans les sous-sols… Peut-être qu'à l'origine, mille ans auparavant, les méthodes pédagogiques étaient un peu plus... heu… un peu plus sévères. Je ne sais pas trop.

Quoi qu'il en soit, lorsqu'on avait décidé de transformer les cachots en salles de classe, on avait laissé là quelques squelettes encore enchaînés aux murs. De nombreux rats se servaient de leurs cages thoraciques comme d'abris, et certains crânes avaient même été aménagés en nids pour y élever des petits.

Mais passons. Le professeur Drogue y donnait ses cours dans une ambiance tout à fait sinistre. Et pour être honnête, les élèves avaient moins peur des squelettes et des rats que du professeur.

Il était odieux avec les élèves, et favorisait honteusement ceux qui appartenaient à sa maison (donc les Serpentard, je précise parce que je ne crois pas avoir encore dit que Drogue était un Serpentard).

Remarque, vous deviez vous en douter : tous les salopards viennent de Serpentard, et tous ceux qui sont à Serpentard sont ou finissent par être des salopards. Drogue est donc forcément un Serpentard. À se demander, d'ailleurs, pourquoi on n'égorge pas les gamins dès l'instant où les Choixssures hurlent « Serpentard ». Il n'y aurait plus de mages noirs comme ça.

Bref. Voyons plutôt.


« Aujourd'hui, annonça Drogue, nous allons apprendre les premiers gestes nécessaires à l'apothicaire. En réalité, vos petites têtes de décérébrés ne pourront pas tout retenir en une seule séance, et ceci nous occupera donc jusqu'aux vacances de Noël. Durant ce premier cours, nous aborderons l'infusion, un des moyens d'extraction les plus simples et qui… Mohammed !

– Quoi ? demanda Momo qui n'avait rien dit et rien fait.
– Je retire cinq points à Gryffondor !
– Mais j'ai rien fait !
– Peu importe. »

Momo se leva brusquement.

– C'est parce que je suis arabe, c'est ça ?! s'écria-t-il.
– En grande partie, oui – mais pas seulement. Et maintenant taisez-vous, sinon ce sera cinq points supplémentaires par mot. »

Momo, tout penaud, se rassit. Il ne voulait pas pénaliser davantage sa maison.

Soudain, le regard de Drogue s'arrêta sur Henri.

« Potier… » souffla-t-il en s'approchant de lui.

Il s'arrêta en face du garçon, et le regarda de travers.

« Je vous hais, dit-il.
– Mais… Mais pourquoi ? demanda Henri d'un air stupéfait.
– En réalité je hais tout le monde – mais en ce qui vous concerne, je voulais vous le faire savoir officiellement. »

Puis il retourna sur son estrade, et s'appuya nonchalamment contre son pupitre.

« Bien. Maintenant ouvrez votre livre de Paracelse au chapitre dix-huit et essayez de réaliser l'expérience décrite. Vous avez deux heures, et je ne veux pas de morts dès le premier jour. »

Un élève leva la main. C'était le gamin du train, celui qui avait perdu sa grenouille. Henri ne savait pas s'il l'avait retrouvé, mais il espérait intérieurement que la pauvre bête soit morte et ne puisse donc plus causer de tort à quiconque.

« Oui ? dit Drogue.
– Heu… Il y a souvent des morts ? demanda l'élève d'une voix tremblotante.
– Non, je dis cela pour vous faire peur. »

L'élève soupira.

« Par contre il y a chaque semaine des accidents. »

L'élève glapit.

« À cause des vapeurs, évidemment : nous sommes dans un cachot, il n'y a aucune fenêtre et nous passons nos journées à faire cuire ou bouillir toute sorte d'ingrédients plus ou moins dangereux. Les vapeurs toxiques s'accumulent donc tout au long de la journée. »

L'élève manqua de tourner de l'œil.

« Maintenant, au travail ! s'écria Drogue. Et en silence ! »

Les élèves, par groupe de deux, se mettèrent donc au travail. Pendant qu'Henri tentait d'allumer un petit feu sous la marmite, Momo parti rassembler les ingrédients nécessaires.

Il se passa une demi-heure, durant laquelle Drogue passa entre les rangs pour débiter des commentaires désagréables, des reproches infondés et quelques injures gratuites.

Tout à coup, il s'arrêta devant la marmite de Henri et Momo. Ce qu'il y avait à l'intérieur était dans un piteux état.

« Dites-moi, Potier. Savez-vous ce qu'est un bézoard ?
– Un baisoir ? Ben oui, c'est un endroit où les gens font l'amour. »

Drogue fut tellement surpris qu'il en lâcha le bol d'eau bouillante qu'il tenait en main.

Oui, je sais : le professeur n'a aucune raison d'avoir un bol d'eau à la main à ce moment-là, mais l'intérêt ici est qu'il lâche quelque chose pour renforcer l'effet de surprise.

« Que… de quoi ? s'écria-t-il. Non, je… Je parlais d'un bézoard, pas d'un baisoir – et d'abord, comment connaissez-vous ce mot à votre âge ?
– Ah ben dans ce cas, je ne sais pas ce que c'est. »

Drogue se ressaisit.

« Hum. Bon. Et savez-vous ce que l'on obtient lorsque l'on ajoute de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise ?
– On obtient un truc pâteux ? tenta Henri.
– Bien essayé Potier, mais ce n'est pas le cas : il n'en faut qu'une ou deux pincées, pas même de quoi épaissir le mélange. Et la question portait sur les effets plus que sur la consistance.
– Ah oui, les effets… Alors, heu… Voyons…
– Ne faites pas semblant de chercher, vous n'en avez manifestement aucune idée.
– Hum.
– Bien. Et connaissez-vous au moins la différence entre le napel et le tue-loup ?
– Ah. Pas exactement… »

Drogue secoua la tête d'un air faussement attristé.

« Mais alors vous ne savez rien, Potier ? N'êtes-vous pas capable de répondre à la moindre de mes questions ?
– Eh non, si je savais tout ça je serais à votre place. »

Drogue grimaça tellement que de nombreux élèves furent convaincu qu'il allait se faire un claquage des muscles de la mâchoire. Il approcha son visage tout près de celui d'Henri.

« Écoute-moi bien mon garçon. Ne me manque pas de respect, je pourrais être ton père.
– Et alors ? Tous les profs auraient l'âge d'être mes parents…
– Ce n'est pas par rapport à mon âge que je disais ça et – mais ne m'interromps pas, jeune impertinent ! Tu me dois respect et obéissance, je suis ton professeur. Maintenant, recommencez moi cette infusion depuis le début, et au trot ! »

Henri se remis à l'ouvrage sans bien saisir ce qu'avait pu vouloir dire Drogue.

« Oh là là, ce que c'est chiant ! lança un élève d'importance secondaire qu'on ne reverra plus.
– Grave ! répondit Momo. Viv'ment l'deuxième semestre qu'on commence les poisons ! »

Drogue frappa sur la table de Momo avec une règle en fer, ce qui fit beaucoup de bruit et fit sursauter tout le monde.

« Moustapha ! cria-t-il. Plus de travail et moins de papotage !
– Euh, c'est Mohammed en fait.
– C'est pareil ! »

Il retourna jusqu'à son pupitre en grognant, et sortit un journal qu'il commença à lire.

« Eh, t'as vu ? chuchota Momo.
– Nan, quoi ? répondit Henri tout aussi bas.
– Le journal, ajouta Momo en pointant Drogue du doigt. »

Henri suivit le doigt, et aperçu la une. Il y avait une photo du Grand Schtroumpf, l'air énervé, et l'article titrait « Tentative de cambriolage à la Mutuelle Entubatoire ! ».

« Et alors ? demanda Henri.
– C'est un truc de ouf ! Personne n'a jamais réussi à entrer par effraction à la Mutuelle Entubatoire !
– Ah ouais, super, répondit Henri d'un air parfaitement blasé. »

Le cours reprit sans encombre. Alors qu'il ne restait que dix minutes, Drogue passa dans les rangs et nota les « réalisations » des élèves. Ce fut un désastre, évidemment.

« Vous avez été lamentables, commenta-t-il. Mais je ne suis pas le moins du monde déçu par vos performances. »

Les élèves relevèrent la tête.

« Pour la simple et bonne raison que je m'attendais à cet échec. »

Les têtes retombèrent toutes.

« Bien. Avant que je ne vous congédie, est-ce que quelqu'un a une question ?
– Oui, moi ! s'écria un garçonnet en levant la main.
– Je t'écoute, soupira Drogue qui avait espéré que personne ne se manifesterait.
– Oui, alors je me demandais, heu… Voilà. Est-ce qu'on peut attraper une maladie vénérienne juste en se masturbant ? »