Plusieurs années passèrent et les frères Elric étaient devenus des alchimistes à part entière. Edward surtout était connu à Central et dans l'est. « Un chien de l'armée au service du peuple », voilà comment les gens le nommaient. Ils ajoutaient parfois « Mais il est si petit ».
Mais à cause de ce statut d'alchimiste d'état et à cause de Ed, les deux frères récoltaient beaucoup d'ennuis. Dernièrement il avaient rencontré le docteur Marco et avaient été impliqués dans un incident avec Scar. Bien sûr, ils avaient tous les deux subi des… dommages, comme un bras en métal et la moitié d'une armure en pièces.
Ils devaient encore attendre au poste de commandement de l'Est pour savoir ce que Mustang « allaient faire d'eux ». En d'autres termes, les deux frères devaient patienter plusieurs heures jusqu'à ce que Mustang puisse parler au Furher. En fait c'était vraiment, vraiment, ennuyeux de rester assis et ne rien faire pendant plusieurs heures, surtout que les deux frères n'avaient pas vraiment envie de parler. Après cinq minutes d'un silence gênant, Ed abandonna et sortit de la pièce. Al essaya de le suivre mais il se souvint alors qu'il avait perdu la moitié de son corps. Il soupira et décida d'attendre.
Ce n'est qu'une heure plus tard qu'Ed revient finalement, en portant avec son bras gauche un grand sac qui semblait lourd.
« Euh…niisan ? C'est quoi ça ? » demanda Al, heureux de pouvoir parler autrement que sérieusement, pour une fois. Depuis cet incident avec Scar, ils avaient quelques problèmes de communication car tout ce qu'ils disaient revenait finalement à ce sujet, chose à laquelle ils n'avaient pas vraiment envie de penser en ce moment. Ed le regarda, il semblait en avoir ras-le-bol.
« Des parties d'automails et des livres. »
« Des automails… ? Niisan, depuis quand ça t'intéresse ? » demanda Al, curieux. D'aussi loin qu'il se souvenait, son frère ne s'était jamais intéressé à ce genre de choses. Ed leva les yeux au ciel. Il semblait embarrassé, très embarrassé.
« Winry. C'est pour Winry. » dit Ed après un brève pause. Al regarda son frère d'un air étonné. Est-ce que son frère était en fait en train de faire un cadeau à Winry ? Son immature de frère, offrant à Winry un cadeau en rapport avec sa grande passion alors que cette même passion avait le don de l'exaspérer ?
« …Niisan ? Tu vas bien ? »
Ed lança un coup d'œil à son frère, sentant clairement le ton amusé dans la voix de son frère. Ce n'était vraiment pas le moment de le taquiner.
« Ce n'est pas ce que tu crois. Regarde… »
Il montra son épaule d'acier, seul morceau qui restait de son bras. Puis il pointa du doigt l'espace que la moitié manquante de l'armure de Al aurait dû occuper.
« Tu ne comprends toujours pas ? » demanda Ed. Al fit signe que non. Ed haussa les épaules et murmura d'une voix rauque.
« Winry va nous tuer. »
Il fallut quelques minutes à Al pour comprendre le sens de ces mots. Puis soudain, il sentit un frisson lui parcourir le dos. Il n'avait peut-être plus de dos, mais c'était exactement ce qu'il ressentait.
« …Nous tuer. »
« Alors ça y est, t'as compris. Si on rentre comme ça, elle va définitivement nous tuer avec sa clé à molette. »
« Hum… Je ne peux pas vraiment mourir, vu que je ne suis qu'une armure. »
« Elle peut te faire fondre pour fabriquer de nouveaux automails. »
Les deux frères se regardèrent, craignant pour leur vie. Winry n'était pas habituellement trop violente mais quand elle craquait… C'était affreux. Ils le savaient tous les deux, puisqu'ils la connaissaient depuis toujours. En un sens, c'était une expérience plus terrifiante que lorsqu'ils ils avaient décidé de transmuter leur mère.
« Alors… Je vais lui écrire une lettre, et envoyer les morceaux et les livres. Ce ne sont pas des cadeaux, ce sont des sacrifices. »
« … »
« Espérons seulement que tout ça arrivera avant nous. Sinon… »
« N'en parle pas, niisan. Faut toujours espérer le meilleur, pas le pire. »
« Frangin ! »
Ils s'enlacèrent avec leurs bras restants. Oui, il fallait toujours espérer le meilleur… Penser au pire ne servait à rien. Au moins, ils étaient ensemble…
Ed passa les deux heures suivantes à essayer d'écrire une lettre de la main gauche. Il était évidemment frustré par son horrible écriture (son écriture habituelle n'était pas meilleure, mais celle de la main gauche était presque illisible). Il était embarrassé pour trouver les bons mots. Al l'encourageait, essayant d'aider son frère le plus possible. Si ça ne marchait pas, il se retrouveraient tous les deux rapidement six pieds sous terre.
Après de nombreux marmonnements, plaintes et autres grognements, la lettre fut enfin terminée. Ed et Al la relirent trois fois, juste pour vérifier que la grammaire et l'orthographe étaient parfaits. Ils s'assurèrent également que le ton de la lettre ne soit pas trop pessimiste. Ils savaient que si Winry découvraient ce qui s'était vraiment passer… Non, ils ne voulaient pas y penser.
« Al… Est-ce que ça a l'air bien selon toi ? »
« J'imagine. Je veux dire, si c'est pas bien alors… »
« Non. N'en parle pas. »
Ils se regardèrent une nouvelle fois, une lueur de désespoir passant dans leurs yeux. S'ils devaient se préparer au pire, au moins, ils ne seraient pas tous seuls.
« Niisan, dépêche-toi d'envoyer la lettre. Il faut qu'elle arrive avant nous ! »
« Je sais Al ! J'y vais ! »
Al le vit partir avec empressement. Pour être honnête, Resembool lui manquait un peu . Il était content d'avoir une excuse pour retourner là-bas. Mais maintenant… ça ne lui semblait plus une si bonne idée.
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Chère Winry,
Hé ! Ouais, ça fait une paye que je ne t'ai pas écrit. Je suis vraiment désolé que cette lettre soit si mal écrite. C'est parce que j'écris avec ma main gauche, j'ai eu quelques problèmes avec l'automail. Apparemment il est cassé. Je suis vraiment désolé aussi pour ça, mais c'était pas ma faute d'accord ? Vraiment, c'était pas ma faute.
Alors… j'imagine que tu te demandes pourquoi je t'écris. Al et moi nous allons sûrement venir bientôt, parce que j'ai vraiment besoin de réparations. C'est très difficile de faire quoi que ce soit dans cet état, et je dois aussi réparer Al.
Je sais, j'avait dit qu'on ne rentrerait pas, alors on ne restera que quelques jours. C'est sûrement mieux pour toi et Pinako. S'il te plaît, préviens là avant que je ne rentre pour qu'elle ne soit pas trop furieuse contre moi.
A toi toujours,
Edward.
