Partie 9

Le capitaine Ukitake revenait de boire le thé avec le capitaine général Yamamoto et traversait le bâtiment de la 1ère division qui centralisait tous les formulaires administratifs du Gotei 13. Il retournait dans sa division quand il aperçut Nanao qui sortait de l'un des bureaux, une feuille à la main. L'air pensif qu'elle affichait disparut pour laisser place à un sourire timide quand elle l'aperçut à son tour et elle hâta le pas pour aller le saluer:

"Capitaine Ukitake"

"Nanao. Encore en train de travailler?" Il désignait de la tête le bureau qu'elle venait de quitter.

"Pas vraiment, je suis ici pour une raison personnelle."

"Rien de grave j'espère?" Il ne voyait pas ce qu'elle pouvait faire à la 1ère division de personnel si elle n'y avait pas été convoquée.

Nanao ne croyait pas sa chance. Il était dans son intention d'aller trouver le capitaine de la 13ème division mais elle ne savait pas encore comment aborder le sujet avec lui et voilà qu'il était face à elle et qu'il lançait justement la conversation dans la direction qu'elle souhaitait! Elle se contenta de lui donner le formulaire qu'elle avait en main:

"Je voulais justement venir vous trouver pour en parler."

Jûshirô ne savait trop que penser du feuillet qu'elle venait de lui remettre. C'était une demande de mutation! Que pouvait-il bien faire de ce genre de chose? Elle n'était pas sans savoir que les demandes des mutations des simples shinigamis étaient du ressort des vices capitaines et que ses deux 3ème sièges s'en chargeaient. A moins que la demande vienne de quelqu'un de plus haut gradé, dans ce cas là il devait donner son aval. Il ressentit un malaise quand il lui sembla comprendre ce qu'elle voulait:

"De qui va émaner cette demande?"

"De moi."

Il ouvrit la bouche pour parler mais ne trouva rien à dire. Il avait toujours pensé que le ciel changerait de couleur avant que Nanao Ise n'envisage de quitter la 8ème division ou, plus exactement, son capitaine. Il était encore sous le coup de la surprise quand elle reprit:

"Le seul poste de vice capitaine de libre est celui de la 13ème division mais comme je sais que vous ne recherchez pas vraiment quelqu'un, je me demandais si vous accepteriez ma mutation."

Il ne savait quoi lui répondre, elle le prenait au dépourvu. Il avait besoin d'en parler à Shunsui avant toute chose. Même s'il appréciait beaucoup la jeune femme, il ne voulait pas se fâcher avec son ami de toujours en donnant une réponse trop hâtive.

"Je vois que je vous mets dans l'embarras, veuillez m'en excuser. Je comprendrai si vous me dites non."

"Non, ça ne me gêne pas. Ce que j'aimerais savoir c'est si vous avez bien réfléchi et si vous voulez vraiment demander votre mutation."

"Non, je ne le veux pas. Mais je vais tout de même le faire." Il ne cacha pas sa surprise mais comme il n'ajouta rien elle continua. "Vous n'êtes peut être pas sans savoir qu'actuellement j'ai une vie privée." Il acquiesça. "Et depuis peu le capitaine Kyôraku met plus de mauvaise volonté que d'habitude pour faire sa part de travail. Il est même plus difficile à trouver quand j'ai des papiers importants à lui faire signer. Au final, avant je n'avais pas de vie en dehors de la division et je finissais mes journées vers 18h et maintenant que j'ai besoin de plus de temps libre, je finis rarement avant 21h. Et ça ne peut pas durer plus longtemps."

"Vous en avez parler avec Shunsui?"

"Bien sûr. Il prétend que je me fais des idées."

"Je vois." C'était donc là tout ce qu'avait trouvé à faire son vieil ami pour éliminer le capitaine Kuchiki de la vie de Nanao? Ca n'avait pas l'air efficace et ça risquait bien de se retourner contre lui s'il ne faisait rien. Ukitake devait bien reconnaître que ça n'était pas vraiment le genre de changement auquel il s'attendait! "Laissez moi lui parler. Si d'ici une semaine les choses n'ont pas évoluées, nous prendrons rendez vous pour parler d'un éventuel transfert. D'accord?"

Nanao s'inclina devant lui.

"Je vous remercie monsieur."

"Ne me remerciez pas encore, rien n'est fait!" Il se mit en route vers la sortie du bâtiment et l'invita à le suivre. Comme elle lui emboîtait le pas, il reprit: "Et que pensez vous des dernières rumeurs qui courent sur le capitaine Kuchiki? Kiyone et Sentarô voudront absolument avoir votre avis sur le sujet. Ils raffolent de ce genre de choses."

Il fut obligé de sourire devant l'air surpris qu'elle affichait maintenant. Si elle voulait vraiment devenir son vice capitaine, il fallait qu'elle sache dès à présent dans quoi elle comptait mettre les pieds!

OoOoOoOoOo

Il était presque l'heure de dîner quand le capitaine de la 6ème division arriva chez lui. Maintenant que Nanao avait enfin résolu son problème d'emploi du temps avec son capitaine – Byakuya ne savait pas ce qu'elle avait fait, mais ça avait été très efficace – c'était lui qui rentrait à pas d'heures à la maison.

Une réunion des capitaines qui s'était tenue dans l'après midi et elle avait été plus longue que ce qu'avait laissé entendre l'ordre du jour. D'après certains rapports provenant du monde réel, un Arrancar aurait été aperçu à plusieurs reprises. Un des buts de la réunion avait été de désigner deux vices capitaines pour les envoyer en mission de surveillance – et d'élimination si nécessaire – sur Terre. Byakuya avait tout de suite proposé Abarai. Il savait que son vice capitaine se serait proposé de lui-même – dès qu'il s'agissait d'aller se battre, il était toujours volontaire – et Komamura avait proposé son vice capitaine. La réunion aurait pu se terminer là mais le vice capitaine Omaeda avait manifestement fait quelque chose pour agacer son capitaine car SoiFon avait été catégorique: Omaeda devait en être car avec un peu de chance il allait se faire tuer au court de cette mission! Le débat aurait été vite réglé, les capitaines de la 6ème et de la 7ème étant tous les deux d'accord pour retirer leur vice capitaine, mais Zaraki ou Kyôraku, l'un de ces deux crétins, avait fait un commentaire déplacé. SoiFon s'était énervée et la situation avait dégénéré malgré les rappels à l'ordre du capitaine général. Byakuya était prêt à reconnaître une ou deux répliques cinglantes en direction du capitaine de la 11ème division, mais rien qui ne justifiait une réunion aussi longue!

Sitôt chez lui, il n'eut pas besoin de demander à un domestique où se trouvait Nanao et il se dirigea d'un pas sûr vers la bibliothèque du manoir. Quand il était occupé ou lorsqu'il n'était pas là à son arrivée, c'est dans cette pièce qu'elle allait l'attendre.

Elle était effectivement où il pensait la trouver. La porte n'était pas fermée et comme elle était totalement absorbée par ce qu'elle faisait, il décida de ne pas la déranger. Il resta dans l'encadrement de la porte à la regarder. Et comme à chaque fois qu'il posait son regard sur elle, il trouvait qu'elle était encore plus belle que la veille. Comment ne l'avait-il jamais remarquée avant ces quelques mois?

Il l'observa encore un instant avant de venir la déranger. Elle avait totalement investi la pièce. Elle avait disposé sur la table qui servait de plan de travail une dizaine de livres tout autour d'elle. Ils étaient tous ouverts et des feuilles couvertes d'écritures apparaissaient de ci de là. Elle était totalement ignorante de sa présence et semblait être chez elle. Il aimait l'idée qu'elle soit suffisamment bien sous son toit pour prendre ses aises, même si ça n'était que dans la bibliothèque – ou dans la chambre à coucher – pour le moment tout du moins. Il était bien dans ses intentions d'étendre ce bien être au reste de la maison.

"J'étais sûr que tu ne t'intéressais à moi que pour ma bibliothèque!"

Nanao sursauta avant de poser son regard sur l'homme qui se tenait dans l'embrasure de la porte et de lui adresser dans un sourire:

"Ne te dévalorise pas! Je ne suis pas avec toi juste pour ça. Je suis avec toi pour tes livres ET pour les talents culinaires de ta cuisinière!"

Il l'avait rejointe au milieu de la pièce et comme elle levait le visage pour suivre son mouvement, il lui posa un baiser sur le front.

"C'est vrai, j'oublie Rioko." La vieille femme était effectivement très douée.

Pendant qu'il était près d'elle, Byakuya en profita pour ouvrir d'un geste habile la pince qui retenait ses cheveux et ces derniers tombèrent élégamment sur les épaules de la jeune femme. Elle le laissa faire sans protester: elle savait qu'il aimait quand sa chevelure était défaite et elle aimait lui faire plaisir.

"Tu travailles sur quoi?"

Elle ne lui répondit pas tout de suite. Il était passé derrière son dos et avait entreprit de lui masser les épaules et le cou. C'était assez distrayant et tellement agréable, surtout qu'elle avait passé pas mal de temps courbée sur les livres:

"Je suis en train de faire des recherches pour aider un membre de ma division" C'était un mensonge suffisamment proche de la vérité pour être crédible. "En fait, je vérifie quel genre de problème ça peut être, s'il y a déjà eu des précédents."

"Comment ça?" Byakuya n'était pas vraiment intéressé par les problèmes des membres de la 8ème. Il restait du temps avant que le dîné ne soit servi et il voulait le mettre à profit pour voir à quel point Nanao se sentait à l'aise dans cette pièce. Il avait déjà délaissé ses épaules et était en train de laisser courir ses mains le long de la colonne vertébrale de la jeune femme.

"C'est quoi selon toi?"

Elle lui désignait une représentation de l'anomalie présente dans son monde intérieur. C'était un croquis grossier mais il était assez ressemblant à l'original. Il y jeta un rapide coup d'œil:

"Ca ressemble à un scellé."

"C'est ce que je pense aussi. Mais la personne qui m'en a parlé prétend qu'elle l'a vu dans son monde intérieur.

"Je ne vois pas comment ça serait possible. D'un point de vue théorique, pour qu'un scellé apparaisse dans un monde intérieur il faudrait que quelqu'un ait voulu sceller les pouvoirs d'un shinigami et dans un tel cas, le shinigami n'aurait plus de pression spirituelle, donc plus de zanpakutô et de ce fait, plus de monde intérieur. Il n'aurait donc aucun moyen de voir le scellé."

"Et si toute la pression spirituelle du shinigami n'avait pas été emprisonnée, théoriquement, il aurait toujours accès à son monde intérieur?"

"Oui, c'est vrai en théorie. Mais en pratique, c'est impossible. Ou on scelle totalement les pouvoirs d'un shinigami, ou on ne scelle rien du tout. Sinon, tu penses bien que c'est ce que les membres des 46 bureaux de Chuô auraient fait à Aizen si ça avait été faisable: ils auraient scellé une partie de ses pouvoirs pour être ensuite capable de l'exécuter." Il ajouta devant son air sceptique: "Je crois que ton soldat n'est pas digne de confiance."

"Je ne sais pas. J'aurai tendance à le croire sur parole. Il n'a rien à gagner à me mentir."

"Bien sûr que si." Elle le regarda surprise et il s'approcha de son oreille avant de lui murmurer. "Il a une excuse pour passer du temps seul avec toi!"

Elle essaya de le repousser. Elle avait bien compris ce qu'il avait en tête mais ils étaient dans une bibliothèque. Et, plus important, il y avait toujours le risque que des employés de maison surgissent:

"Qui te dit que c'est un homme?"

Il se pencha pour l'embrasser pleinement. Il embrassa ensuite sa mâchoire, puis mordilla le lobe de son oreille avant de lui murmurer:

"Alors, comme ça c'est une femme?"

Nanao sourit à cette remarque. Alors c'était donc vrai, il y a bien un Kyôraku qui sommeille au fond de chaque homme!

OoOoOoOoOo

"Pourquoi est ce que tu as besoin que je t'accompagne dans ton bureau?" Les capitaines Ukitake et Kyôraku étaient en train de se diriger vers la 8ème division.

"Parce que tu aimes passer du temps en ma présence et qu'un petit détour par mon bureau ne nous tuera pas!" Kyôraku affichait un sourire niait qui laissait peu de doute quant à la véracité de ce qu'il venait d'avancer. Devant la moue sceptique de son ami, il reprit,"Ok, je reconnais que depuis ce matin, la situation avec Nanao-chan est légèrement tendue."

"Qu'est ce que tu as encore fais?"

"Pourquoi est ce que ça serait de ma faute?"

"Parce que si tu as peur de te retrouver seul face à Nanao, c'est que tu es le fautif. Dans le cas contraire tu aurais passé la journée à la harceler jusqu'à ce qu'elle reconnaisse ses tords."

Shunsui devait reconnaître que son vieil ami n'avait pas tord:

"Nanao-chan a appris, je ne te dirai pas par qui – mais Byakuya devrait s'attendre à des représailles – que le vieux Yama a demandé à deux reprises que des vices capitaines soient envoyés en mission. Et elle sait aussi que dans les deux cas je ne l'ai pas proposée. Elle s'est un peu énervée quand je lui ai dit que c'étaient des missions trop dangereuses pour ma douce Nanao-chan et qu'elle risquait d'être blessée."

"Et tu veux que je t'accompagne pour voir si elle est calmée. Bien entendu, je te servirai de bouclier si ça n'est pas le cas!"

"Je n'aurai jamais osé te demander ça mais comme tu te proposes si gentiment!" Kyôraku assena une grande claque sur l'épaule de son collègue. "C'est dans les moments difficiles qu'on reconnaît ses vrais amis."

"C'est vrai. Dans ce genre de cas il semble évident que je suis ton ami mais je me demande si tu es bien le mien!"

"Allons vieux frère, la prochaine fois que tu as un soucis avec une femme, je viendrai à ta rescousse."

Cette réflexion fit naître un sourire sur chacun de leur visage. Jamais Ukitake n'avait de problèmes avec les femmes – ni avec les hommes – il était bien trop diplomate pour ça.

Ils étaient presque arrivés en vue des baraquements de la 8ème division quand une forte pression spirituelle se fit sentir avant de disparaître. Ils se figèrent. Ca venait de l'enceinte de la division du capitaine Kyôraku et l'intensité était telle qu'un simple soldat qui se trouvait non loin d'eux mit un genou à terre.

"C'était…" commença Ukitake.

"Nanao!" le coupa son ami avant de s'élancer en shunpo vers sa division.

Il se dirigea sans hésitation vers l'appartement de sa subordonnée. C'était de là que s'était élevée la pression spirituelle. Il ne prit pas la peine de frapper avant d'ouvrir la porte. Il remarqua immédiatement le champ de protection qui avait été élevé dans la pièce principale mais le traversa sans mal: il n'avait pas été érigé pour empêcher les intrus de pénétrer. Kyôraku marqua une pause quand il découvrit la jeune femme qui occupait les lieux. Elle était couchée à même le sol au milieu de la pièce et était manifestement inconsciente. Il fut à ses côtés en une fraction de secondes.

"Qu'est ce qu'elle a?"

Shunsui leva les yeux vers Ukitake qui l'avait suivi.

"Je ne sais pas. Elle respire mais…"

Il ne continua pas sa phrase. Que dire de plus à part qu'il était impuissant. Ils n'étaient pas face à un simple malaise dû au soleil ou à un manque de nourriture. La pression de la jeune femme était en train de pulser à des niveaux bien supérieurs à ce qui était normal pour elle et rien ne semblait pouvoir expliquer son état.

"Je vais l'amener à la 4ème division."

Jûshirô posa une main sur l'épaule de son ami alors qu'il était en train de soulever son vice capitaine du sol.

"Attends. Il faut prendre des précautions. Si tu la sors comme ça dans la rue, sa pression spirituelle risque de tuer des soldats."

Kyôraku, incrédule, dévisagea la jeune femme qui semblait endormie. Comment avait-il fait pour ne pas remarquer? Il était certes capitaine et la pression qu'il ressentait ne l'importunait pas mais ça n'avait rien à voir avec ce que dégageait habituellement son vice capitaine. L'angoisse qu'il ressentait pouvait l'expliquer. Heureusement que son vieux frère était avec lui. Ce dernier continua:

"Il faut dresser une barrière de protection autour d'elle avant de la sortir de la pièce." Devant l'air ailleurs de son ami il ajouta. "Tu veux que je le fasse?"

Kyôraku hocha silencieusement la tête et reposa Nanao au sol. Il ne la quittait pas des yeux pendant que son ami réalisait le sort de kido.

Créer ce genre de barrière était un jeu d'enfant. Tous les gradés du Gotei 13 savaient le faire. C'était le genre d'astuce utile lors de l'entraînement des nouveaux soldats car il n'était pas rare qu'un des novices perde le contrôle de sa pression spirituelle dans ces moments là. Dresser la barrière prit cependant un peu plus de temps au capitaine de la 13ème, elle avait besoin d'être plus résistante car la pression spirituelle qu'elle devait contenir était bien plus importante que ce que dégageait un soldat débutant.

"C'est bon, j'ai fini."

Il eut tout juste le temps de finir sa phrase que son ami avait déjà disparu en direction de la 4ème division avec son précieux chargement dans les bras.

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Merci à ceux qui ont laissé une review, ça fait toujours plaisir.

Bonne lecture,

Z.