Chapitre 9 : Départ

Charlie se passa la main sur le front, comme si ce qu'il s'apprêtait à me dire le mettait mal à l'aise. Il poussa un gros soupire qui agita sa moustache avant de poser un regard embarrassé sur moi.

- Bella... Je vais être obligé de reprendre du service, nous avons un gros problème sur les bras au commissariat...

- Cette histoire de campeurs assassinés ?

- Oui, on dirait que celui qui a fait ça se dirige vers le comté voisin...

- Pourquoi devons nous parler de ça ? Le fait que tu doives recommencer à travailler n'est pas un problème. Je peux rester seule la journée, je me débrouille de mieux en mieux. Et puis, je compte retourner au Lycée, je ne pense pas que le Dr. Cullen y verrait un inconvénient, je me suis assez reposée...

J'avais déblatéré tout ça sur un ton plus aigu qu'à la normal, inquiet voir défensif. Je ne voulais pas de ce centre de convalescence, ni pour une semaine, ni pour un mois, c'était signer mon arrêt de mort que de m'envoyer là-bas. Voulait-il réellement m'arracher à l'équilibre précaire que j'avais réussi à construire ? Je venais seulement de me faire des amis, je commençai à m'adapter à mon nouveau mode de vie, à la maison, à Forks et son temps pluvieux. Il n'était pas question de m'arracher à tout ce qui m'avaient aidé à m'accrocher, à guérir.

- Bella, je sais que tu as fait des progrès et que tu te débrouille mieux, mais là n'est pas le problème... Je dois quitter le comté pour quelque temps... Je ne t'en ai pas parlé plutôt parce que j'espérai encore pouvoir rester ici, mais... La saison touristique approche, et c'est la seule chose qui fasse vraiment vivre la ville l'été, il faut qu'on écroue ce malade avant que l'histoire s'ébruite. Le Maire a été formel là-dessus. De plus, je pense que les forces conjointes des deux comtés ne seront pas de trop pour l'attraper.

- Je peux me m'occuper de moi moi-même, je n'ai besoin de personne ! Je n'irai pas dans ce centre de convalescence, hurlai-je en jetant la brochure à travers la pièce.

- Ah oui, et comment te nourriras-tu ? Tu ne peux même pas monter dans une voiture pour faire des courses ! Et si jamais tu venais à tomber encore une fois ou si tu avais un problème grave, qui serait là pour t'aider ?

- Alice et Angela... Edward, aussi ! Je suis sûre qu'on pourrait trouver un arrangement !

Il y avait maintenant des sanglots dans ma voix.

- Je ne vais pas te confier à trois adolescents irresponsables !

- Tu es injuste ! Je commence seulement à me faire des amis, je ne veux pas partir d'ici, je ne peux pas !

- Tes amis seront toujours là à ton retour, Bella...

- Ah oui ? Et combien de temps ça prendra ? Minimum quinze jours, peut-être un mois, voir deux ?

- Je n'en sais rien...

- Je serai toujours immobilisée dans un mois, ça veut dire quoi? Que je dois arrêter de vivre d'ici là ? Écoute-moi bien, papa, il n'en est simplement pas question !

- Bella, je suis ton père et je suis en droit de décider de ce qui est le mieux pour toi !

- Le mieux pour moi, c'est de rester auprès d'Alice et d'Angela, de retourner au lycée, de sortir de cette maison ! Et certainement pas d'aller m'enfermer dans un centre où je serai coupée du monde !

Je pleurai franchement à présent, car je savais qu'il ne céderait pas, il était persuadé de faire pour le mieux, je le voyais dans ses yeux. J'essuyai mes larmes et m'appuyai sur mes béquilles pour monter dans ma chambre.

- Je vais t'aider...

- Laisse-moi !

Je commençai à gravir l'escalier quand il m'interpella d'une voix plus douce.

- C'est à cause d'Edward, c'est ça ?

- Pourquoi est-ce qu'on en vient à parler d'Edward, demandai-je sans me retourner.

- Je sais qu'il te plait et je comprend que tu ne veuilles pas le quitter... Mais ce n'est qu'un garçon, et c'est de ta santé et de ta sécurité dont nous parlons, Bella.

- Tu te trompes !

Et j'avais raison. Il n'en savait strictement rien. Edward ne me plaisait pas. Ou plus.. Non, il ne me plaisait plus, j'étais désormais passée à l'étape suivante. J'étais amoureuse de lui et c'est alors que j'allais le quitter que je m'en rendais compte. Ironique, non ?

- Quand dois-je partir ?

- Demain soir... Je quitte le comté lundi matin...

- Très bien... Bonne nuit !

Mon ton avait été dur et j'avais pris bien soin de ne pas tourner la tête pour ne pas lui montrer à quel point l'évocation d'Edward m'avait blessée.

- Bella, il est seulement cinq heures !

- Quoi ?! Je n'ai pas le droit de disposer de ma dernière soirée comme je le désire ?

- Si, évidemment...

- Très bien !

Je gravis les dernières marches avant de pousser la porte de ma chambre d'un coup de béquille et de me jeter sur mon lit. Allongée sur le couvre lit, je laissai couler les larmes en pestant contre mon père est ses instincts protecteurs.

Je pleurai depuis une bonne demi-heure en cherchant toutes les solutions possibles et imaginables pour ne pas quitter Forks quand je repensai à Alice qui m'avait demandé de lui téléphoner. Elle devait sûrement s'inquiéter, bien que je la soupçonnai d'avoir vu ce qui allait se passer.

Je composai son numéro de téléphone sur mon portable et elle répondit dès la première tonalité comme si elle avait attendu mon appel.

- Bella ?

- Ouais, c'est moi, confirmai-je en reniflant.

- Que se passe t-il ?

- Mon père doit quitter le comté pour un moment...

- Et ?

- Il m'envoie dans un centre de repos... Je pars demain soir...

- Oh, non ! Pas si tôt, Bella !

- Je n'ai pas le choix, il quitté le comté lundi...

- Non, non, c'est impossible, je ne veux pas que tu partes ! Qui va s'occuper de toi là-bas et qui va te suivre médicalement ? Tu ne peux pas quitter Forks !

- C'est un centre de convalescence, Alice, je crois qu'il y a tout ce qu'il faut là-bas, hélas...

Il y avait de nouveau des sanglots dans ma voix et je respirai longuement pour essayer de les faire taire.

- Ne t'inquiète pas, je vais trouver une solution... Fais-moi confiance !

- D'ici demain soir ?

- Oui ! Je passerai te voir demain avec Edward....

- Non, viens sans Edward... Ca sera encore pire de partir s'il vient...

- Bella...

- S'il te plait Alice, passe me dire au revoir demain, mais viens seule...

- Je ne te dirai pas au revoir, Bella. Mais nous parlerons de ça plus tard, car j'ai quelque chose d'urgent à régler...

Je raccrochai et me déshabillai avant de me plonger sous ma couette, elle me semblait froide sans la présence d'Edward. J'avais passé une seule nuit au creux de ses bras et il me manquait déjà. J'allais devoir apprendre à ne plus y penser maintenant, à moi de vouloir me faire du mal sciemment.

Je m'endormis après un long moment, épuisée d'avoir trop pleuré sur mon sort.

Au petit matin, je me levai résignée, sachant que mon père n'accepterait aucune des alternatives que j'avais méditées entre deux crises de larmes. Je pris une longue douche, et lavai mes cheveux avec mon shampooing à la fraise dont l'odeur m'emplissait de souvenirs rassurants et réconfortants.

J'étais toujours aussi triste quand je sortis de la salle de bain, mais je décidai de m'atteler tout de suite à faire ma valise, ce serait sans doute l'étape la plus dure de cette journée, autant m'acquitter de cette tâche désagréable au plus vite.

Je remplis ma malle de vêtements confortables, je ne comptais pas assister à un cocktail et mon plâtre ne me permettait pas de porter grand chose de très seyant. La plupart du temps je me contentai de porter des tuniques ou des pulls longs au dessus d'un leggins vu que ma jambe ne rentrait pas dans un jeans. Le peu de place qu'il me restait dans mes bagages fut comblée par une partie de mes livres, si je restait un mois de plus sans aller en classe, je risquais de m'ennuyer à mourir.

Je ne descendis pas dîner quand l'heure fut venue malgré les appels de Charlie. Certains auraient pu dire que je boudais. C'était vrai. Je lui en voulait profondément de ce qu'il me faisait même si je savais qu'il croyait agir pour mon bien.

L'après-midi s'écoula rapidement, même si je n'avais rien à faire. C'était incroyable à quel point le temps est élastique, comme il s'allonge quand vous attendez quelque chose et comme il accélère quand vous l'appréhender. Je regardai mille fois l'horloge de ma chambre, tout en guettant sur le parking le moindre crissement de pneus, au moindre petit bruit dans la rue mon cœur s'emballait, espérant voir Alice. Mais elle ne vînt pas, et bientôt mon père m'annonça qu'il était temps de partir.

Les larmes roulèrent sur mes joues quand je quittais la maison, j'espérai tant qu'Alice viendrait. Dans le fond de moi-même, j'avais cru qu'elle trouverait une solution. Elle pouvait être tellement inventive.

Charlie démarra la voiture et je lui demandai d'attendre cinq minutes.

- Tu attends quelqu'un ?

- J'espérai qu'Alice allait me rendre une dernière visite.

Il jeta un œil à l'horloge sur le tableau de bord et eut une moue septique qui en disait long sur ce qu'il pensait de l'éventuelle venue d'Alice. Voyant que cette attente l'agaçait, je l'autorisai à partir à contre cœur.

- Tu la reverra, Bella ! Je ne t'emmène pas à l'abattoir !

J'haussai les épaules et essuyai les larmes qui s'étaient remises à couler sur mes joues. Nous allions quitter notre rue, quand les phares d'une Volvo argentée surgirent face à nous. Le conducteur sortit de sa voiture et fit de grands signes à Charlie pour qu'il stoppe son véhicule.

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, malgré le fait que je n'avais pas souhaité le voir avant mon départ, ilétait venu. Et même si je savais que j'allais devoir le quitter dans quelques minutes, rencontrer Edward une dernière fois m'emplissait d'une félicité sans pareille.

Une autre portière claqua et Alice et son père sortirent également de la Volvo. Le Dr. Cullen fit signe à ses enfants de rester en retrait et il se dirigea vers la portière de mon père dont il avait baissé la vitre.

- Charlie, puis-je vous parler un instant ?

- Nous partions...

- Je sais, justement c'est à ce propos...

- Je ne voudrai pas me montrer grossier, mais les décisions que je prends pour la sécurité de ma fille ne sont en rien exagérées quoi que cette dernière en pense. Et je ne vois pas très bien en quoi cela vous concerne, Carlisle.

- Je comprends vos inquiétudes à laisser Bella seule, et je pense que vous avez raison quand vous pensez qu'il est encore trop tôt pour cela. Mais, je ne suis pas venu contester votre décision, juste vous proposez une alternative qui fera certainement moins de peine à Bella.

Je jetai un regard anxieux à mon père. Il avait l'air contrarié et j'avais peur qu'il refoule Carlisle sans même l'écouter.

- Allez-y, je vous écoute, dit-il sur un ton un peu rigide.

- Nous sommes d'accord Esmé et moi pour accueillir Bella à la maison. Nous l'hébergerons le temps qu'il faudra et nous prendrons soin d'elle. Rester à Forks lui permettra de retourner au lycée dans quelques temps et de ne pas être éloignée de ses amis, ce qui n'est pas négligeable dans le processus de guérison... De plus Alice et Edward en seraient enchantés, et je pourrai continuer à la suivre médicalement...

- Je ne peux pas vous demandez un tel service, répliqua mon père.

La bouffée d'espoir que j'avais ressentie quelques secondes au paravent fut complétement anéantie.

- Je le fais avec plaisir, Charlie, vous ne m'en serez pas redevable. Considérez ça comme un acquittement pour les nombreux services que vous avez rendus à ma famille.

Mon père me jeta un regard et sa moustache frétilla, signe qu'il hésitai.

- Elle sera en sécurité et nous prendrons tous soin d'elle...

- Papa, s'il te plaît !

- Vous avez une chambre où la logez ?

- Celle d'Edward...

Mon père faillit s'étrangler et le rouge me monta aux joues.

- Edward dormira sur le lit d'appoint dans mon bureau, jugea bon de préciser Carlisle.

Charlie arrêta de s'étouffer avec sa propre salive et hocha la tête.

- Bien, j'imagine que je n'ai plus vraiment le choix... De toutes façons, je n'aurai jamais réussi à la laisser là-bas avec l'air de chien battu qu'elle me fait depuis hier soir.

- Merci, Charlie...

- Merci à vous...

Je serrai mon père dans mes bras pour le remercier tandis qu'Edward et Alice chargeaient déjà mes valises dans le coffre de la Volvo.

Alice me sauta au cou dès que je réussit à m'extirper de la voiture en me murmurant :

- Tu as cru que je t'avais laissé tomber, n'est-ce pas ?

- Un peu, avouai-je en la serrant contre moi.

Elle éclata d'un rire cristallin avant de m'aider à m'installer dans la voiture d'Edward.

- Il a fallut un peu de temps pour convaincre les parents... Ils ne voulaient pas interférer dans les décisions de Charlie. Mais on s'y est mis à trois, Emmett, Edward et moi, et ils ont cédé, comme toujours.

- Merci, Alice. Tu ne sais pas à quel point je t'aime... Je t'en serai redevable pour les dix années à venir.

- La manière dont tu pourrais me remercier est beaucoup plus rapide, mais on en parlera plus tard, ok ? dit-elle en jetant un petit regard en coin à Edward qui se tenait un peu en retrait.

Je me dis que ce petit coup d'œil ne voulait rien dire de bon mais j'étais trop heureuse pour m'en inquiéter maintenant.

Mon père vint me saluer une dernière fois, et je me montrai chaleureuse dans mes adieux pour lui signifier que je ne lui en voulais pas. Il me fit les éternelles recommandations et me répéta une dizaine de fois de faire attention à moi. Je ne savais pas pourquoi, mais j'avais l'impression qu'il parlait d'Edward en répétant cette phrase. Mais l'essentiel fut que nous nous quittâmes plus heureux et rassurés que nous ne l'avions prévu l'un et l'autre.

Arrivé chez eux, Esmé m'accueillit comme sa propre fille. Elle me serra dans ses bras et me répéta maintes fois à quel point elle était heureuse de m'avoir sous leur toit. J'en étais presque gênée tant elle était maternelle et gentille.

Jasper et Emmett eurent l'air heureux à l'idée de cohabiter pour un petit temps avec moi. Ils s'échangeaient des sourires en coin qui me disaient qu'ils avaient prévu de beaucoup rire à mes dépends. Alice n'arrêtait pas de jeter des œillades outrées à son petit ami et à son frère. J'appris ce soir là, que derrière son air sérieux, Jasper n'était qu'un incorrigible joueur et qu'il ne pouvait s'empêcher de prendre des paris ridicules avec Emmett et Edward.

Edward quant à lui ne semblait pas mécontent de m'avoir auprès de lui, mais il ne manifesta pas particulièrement son plaisir à partager quelques semaines en ma compagnie. Certainement parce que tous les regards de la famille étaient braqués sur nous et que les paris d'Emmett et Jasper dont il semblait d'habitude si friand spéculaient sur notre relation.

Le seul point noir au tableau fut Rosalie qui vint que me saluer avant de remonter aussi vite dans sa chambre, cachant à peine son mécontentement.

- Laisse tomber, dit Emmett. Il faut le temps qu'elle s'habitue.

- Elle n'est pas particulièrement sociable, expliqua Edward.

- Je suis désolée...

- Ce n'est pas ta faute... Mais tu verras, ce n'est pas tant une mégère quand on la connait, sourit son petit ami.

J'étouffai un bâillement et Esmé décréta que la soirée avait été longue et forte en émotion et qu'il était temps que je me couche.

Je pris congé de tout le monde, n'oubliant pas de remercier encore une fois Esmé et Carlisle.

Alice et Jasper puis ensuite Edward déclarèrent qu'ils allaient se coucher également.

- N'oublie pas que ta chambre n'est plus celle du fond au deuxième étage, Ed...

- Emmett, je ne suis pas aussi stupide que toi, ne prends pas ton cas pour une généralité, mon grand...

- T'emballe pas mon vieux, je disais ça juste au cas où tu serais tenté d'oublier !

Mes joues et celles d'Edward s'enflammèrent de concert tandis qu'Esmé fusillait son fils du regard.

Je n'avais pas fini d'entendre parler de cette histoire, finalement peut-être que le centre de convalescence n'aurait pas été si mal, non ?

Fin du chapitre 9

J'ai conscience que ce chapitre n'était peut-être pas ce que vous attendiez... J'espère que vous n'êtes pas trop déçu, j'avoue que personnellement je n'en suis pas super contente en réalité. Mais bon il était obligatoire pour la suite de l'histoire...

Dans l'attente de vos reviews... Merci beaucoup à tous !