Titre : Point de rupture
Base : Naruto
Genre : Hurt / Confort / Romance
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga "Naruto" ne m'appartiennent pas.
Point de rupture 9 : Réflexion
La lumière l'aveugla, il du se protéger les yeux de la main droite. Son cœur s'emballa, ils ne pouvaient pas les avoir déjà retrouvé. Au fond de lui, il avait espéré que la chance leur sourirait un peu et que personne ne penserait à venir jeter un œil dans cette bergerie. Le vent mordant qui avait soufflé toute la nuit le fit frissonner alors que la silhouette immense se tenant debout dans l'encadrement de la porte les fixait toujours. L'Uchiha ne comprit pas pourquoi l'individu attendait. Cela l'exaspéra au plus au point. S'il fallait en finir et bien que cela se fasse rapidement. Il ne se sentait pas d'humeur à être patient après le réveil en sursaut qu'il venait de subir.
- Qui êtes-vous ? demanda une voix grave et soupçonneuse.
Sasuke sentit une lente colère se mettre à bouillir au plus profond de lui. Ce type le faisait exprès. Il venait pour les capturer et il avait encore le culot de leur demander qui ils étaient.
- Jeune homme, je crois vous avoir posé une question. On ne vous a jamais appris à répondre là d'où vous venez ?
- Si c'est pour m'y ramener, je préfère encore ne pas vous répondre. Grinça-t-il en essayant de voir un peu mieux qui était l'homme qui lui parlait en fronçant les sourcils.
Ce dernier s'écarta de la porte pour la fermer, puis il attrapa une lanterne suspendue à un crochet derrière cette dernière. Il sortit un briquet et fit un peu de lumière sur le campement de fortune. Ses yeux bruns s'arrêtèrent sur le visage de la jeune femme étendue sur les jambes du noiraud.
- Vous avez fugué ? demanda-t-il encore.
- Pardon ? s'exclama le jeune homme.
- Que faites-vous en pleine fonte des neiges sur ces pâturages éloignés de tout ? Vous n'allez quand même pas me dire que c'est pour le plaisir de découvrir les forêts du pays du feu à la fin de l'hiver ?
Sasuke commença à se demander si l'homme se tenant devant lui n'était pas simplement le propriétaire des lieux. Le manteau de laine bouillie qu'il portait était usé, ses hautes bottes avaient des traces de fumier sur les cotés et à sa ceinture ne pendait aucun étui d'arme blanche.
- Nous sommes poursuivis par des ninjas.
- C'est donc vrai. J'ai croisé un voisin ce matin qui m'a assuré que cette nuit il avait vu toute une troupe en arme traverser le village à la rechercher de quelque chose. Qu'avez-vous donc fait pour que tout Konoha soit à vos trousses de la sorte ?
- Ces hommes étaient en fait des combattants de Madara. Il me recherche pour certaines compétences que mon clan possédait et ils espèrent s'en emparer. Menti-t-il pour ne pas devoir expliquer exactement qui il était.
- Et la fille ? Que lui veulent-ils ?
- Rien, ils lui reprochent juste de m'avoir aidé à m'échapper. Elle a été blessée en me sauvant. Il faut absolument qu'elle voie un médecin rapidement.
L'homme s'accroupi devant le lit et regarda tour à tour les deux fuyards. La fille ne semblait effectivement pas en très bon état. Le garçon, quand à lui, ne lui inspirait pas entièrement confiance. Il y avait dans sa manière de parler et d'être quelque chose de noble, presque hautain par moment. La personnalité de ce dernier lui semblait difficile à cerner. S'il avait certaines compétences, pourquoi ne les avait-il pas utilisées pour s'échapper et gagner le village. Le paysan ne comprenait pas tout mais il était persuadé d'une chose.
Quand il avait ouvert la porte avec fracas, le jeune homme avait eu réellement peur, il l'avait vu dans son regard à peine éveillé et encore trop endormi pour cacher complètement ses émotions.
Sakura ouvrit lentement les yeux, la bouche pâteuse, son cerveau peinant à lui rendre ses derniers souvenirs. Le lit ou elle se trouvait lui était définitivement inconnu.
Elle se leva, fit quelques pas jusqu'au miroir posé sur une vieille table. Le teint encore pâle de son visage était exacerbé par ses cheveux roses ébouriffés et son débardeur au blanc passé. Son mollet la tirailla, lui remémorant un passage flou dans le dortoir de la cache ou elle était sensée surveillé l'Uchiha. Où était-il d'ailleurs ?
Aucun indice ne laissait penser qu'il ait séjourné dans cette chambre. De toute manière, elle se devait de découvrir les lieux. Elle en profiterait pour le chercher.
Des vêtements avaient été déposés sur le bord de la coiffeuse. Ne voyant pas les siens, elle se résolu à revêtir le simple kimono de toile au violet particulièrement sombre. La ceinture était noire et des sandales de bois traditionnelles l'attendaient au dehors de la chambre.
De toute évidence, elle se trouvait dans un pavillon classique du début du siècle. La demeure n'était pas bien grande mais il ne semblait pas y avoir âme qui vive. Le foyer de la cuisine était froid et lors ce qu'elle s'approcha de la porte pour sortir, elle évalua qu'il devait être déjà plus de quinze heure. Ses pas la menèrent sur une petite terrasse de bois dominant un village composé essentiellement de pavillon typique comme celui dans lequel elle venait de se réveiller. Les maisons étaient dispersée le long des lacets que dessinait la piste en terre traversant la localité pour continuer de monter jusqu'au col quelques kilomètre plus haut. Un peu en contre bas, des rizières s'étageaient sur plusieurs dizaines de mètres. La neige recouvrait encore les bassins les plus élevés.
Lentement, la démarche un peu hésitante sur ses chaussures traditionnelles, la kunoichi avança en direction du centre du village. Des silhouettes s'y activaient au marché et autour des divers artisans. Un coup de vent lui rabattit les cheveux devant les yeux. Elle les rassembla en arrière et se servi d'une petite branche morte pour les retenir en un semblant de chignon. Il ne lui restait qu'à contourner une grange pour rejoindre les premiers villageois attroupés devant l'étal du marchand de légumes quand une main lui agrippa le bras et l'attira dans l'ombre du bâtiment. L'autre se plaqua sur sa bouche alors qu'elle allait protester vigoureusement.
Son agresseur la plaqua fermement contre sa poitrine tout en lui murmurant de se taire et de regarder dehors. Toute son attention se porta sur deux ninjas aux allures revêches et belliqueuses, visiblement entrain de chercher quelque chose sans vraiment oser retourner tout le village comme ils semblaient vouloir le faire. L'étreinte se desserra autour des épaules de la jeune femme. Elle se retourna doucement, son regard tomba sur le visage tendu de son ancien équipier.
- Sasuke ! s'exclama-t-elle.
- Chut ! lui intima-t-il en la dardant de son regard froid.
Les deux combattant continuèrent leurs recherches et contournèrent le bâtiment. Sasuke disparu un instant derrière la meule de foin pour s'assurer qu'ils sortaient bien du village. Puis il revint vers la jeune femme. Elle s'était appuyé contre l'herbage sec, à coté d'un vieux sac en toile usée et resserrait les pans de son kimono autour de sa gorge.
- Comment te sens-tu ? s'enquit-il en reprenant place face à elle.
- Je… Je ne me souviens pas distinctement de tout mais ça revient gentiment. Où sommes-nous ?
- Quelque part dans la chaîne frontière en direction du pays de la foudre. murmura-t-il en attrapant un sac de cuir qui gisait par terre.
- Et qu'allons nous faire ?
- Attendre. Ils ont déjà fouillé tout le village avant notre arrivée mais ils n'en n'ont pas fini avec la forêt environnante.
Sasuke s'assit contre le foin, à coté de son ancienne équipière. Il lui fit signe de faire de même. De toute évidence, ils allaient rester bloqués au moins jusqu'au soir dans cette grange ou le vent s'engouffrait sans peine. Elle avait de la peine à dissimuler les frissons qui la secouaient de temps à autre. Sans rien dire, il sorti une couverture du sac et l'enroula autour des épaules de la jeune femme. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés, l'Uchiha lu quelque chose s'apparentant à de la reconnaissance dans les émeraudes le fixant. Un merci pour la chaleur, un merci pour la morsure, un merci parce qu'il ne l'avait pas trahi durant son sommeil, c'était un peu de tout ça qu'elle voulait lui faire passer.
Pas encore complètement remise du choc causé par l'empoisonnement, elle ne tarda pas à s'assoupir. Lui, il la regarda se reposer. Il le faisait souvent ces derniers temps. C'était malheureusement le seul moment ou il pouvait la regarder un peu sans craindre de briser le fil ténu qui les reliait et qu'il n'avait pas encore complètement brisé. C'était en peu étrange de l'observer dormir. Dans ses souvenirs, quand il était encore sous la coupe d'Orochimaru, il la voyait toujours comme cette enfant un peu encombrante mais pétrie de bonnes intentions. Il était certain qu'elle avait grandi, tout comme lui mais il ne pouvait pas l'imaginer autrement qu'ainsi.
Il avait été diablement surpris du changement viscéral entre l'ancienne et la nouvelle Sakura. Certes, il y avait quelques détails qui lui étaient restés propres mais dans l'ensemble, c'était une autre. Elle était devenue une femme et même si Sasuke ne s'attardait que rarement sur ce genre de détail, il devait reconnaître que de surcroit elle était devenue une très belle femme. Kunoichi compétente, courageuse, elle n'était pas seulement belle, elle avait du charme et de la volonté. Et dire qu'il avait cru pendant longtemps qu'elle resterait à geindre au village de Konoha. Au final, elle n'en avait rien fait. Ces capacités lui auraient aisément ouvert les portes de son propre cabinet de médecin à l'hôpital, lui permettant de se rendre sur le champ de bataille uniquement en de rare occasion voir jamais si elle l'avait explicitement demandé.
Non ! Sakura poursuivait la voie des kunoichis. Alliant ses incroyables qualités de medic-nin à sa force brute, devenant une combattante redoutable et une soignante reconnue pour sa rapidité et sa dextérité. Elle ne ressemblait en rien à l'image qu'il s'était fait d'elle avec le temps. Oui, parce que même au plus profond des geôles d'Orochimaru, il avait un jour pensé à elle, se qu'elle devenait. Certes, en de rare moments, il avait aussi éprouvé le besoin de se souvenir d'autres villageois, Naruto, Kakashi et quelques autres mais avec elle s'était légèrement différent. Il n'avait jamais pu effacer la sensation de ses bras l'entourant ni balayer le son de sa voix triste le suppliant de ne pas quitter Konoha. Même si aujourd'hui il se doutait bien que beaucoup de leurs amis d'alors ne souhaitaient pas son départ, elle avait été celle qui en dépit de tout l'avait poursuivit, l'avait supplié. Elle avait réellement voulu le retenir mais toujours en le respectant. Peut-être qu'elle avait compris que c'était inutile. Oui, elle devait parfaitement le savoir mais qu'à cela ne tienne, elle avait persévéré. Et peut-être qu'il avait gardé se souvenir en particulier parce qu'elle était la seule à l'avoir fait sous cette manière.
Naruto s'était interposé comme un frère l'aurait fait. A cette époque, cela avait été plus maladroit qu'utile car Sasuke n'était pas en état d'être remis en question par ce genre d'attitude. Sa propre relation avec l'unique survivant de sa famille déformait toute sa vision de la famille et en quelque sorte de l'amitié aussi. Son équipière l'avait considéré comme un vis-à-vis, un égale, elle l'avait supplié parce qu'elle l'aimait. Ça il le savait, la discrétion n'était pas la force de Sakura et les adolescentes de cette âge là l'était encore moins. Alors au bout du compte, Sasuke se rendit compte que si il avait gardé quelque souvenir d'elle c'était peut-être parce qu'elle était la seule à lui avoir dit muettement qu'elle tenait à lui, même si il s'en allait. Et par la même occasion, cela avait créé un espoir tenu dans son cœur. Quelque part au pays du feu, une fillette aux cheveux rose l'attendrait parce qu'elle l'aimait.
Sasuke sourit doucement, appuyant la tête contre le mur de foin derrière lui. Quel espoir puéril d'adolescent en manque d'affection. Ils étaient à présent adulte et lors de leurs retrouvailles Sakura ne c'était pas montrée si heureuse de le revoir. Il eu un pincement au cœur. Même un Uchiha pouvait voir ses illusions se briser. Le problème était que ces derniers mois, il en avait perdu tellement que tout commençait à lui faire peur, dans un sens. Rien n'était acquis et le peu qu'il croyait inébranlable comme ses dons héréditaires, sa haine pour son frère ou encore sa toute puissance de shinobi et peut être même ce faible espoir que quelque part l'attendait quelqu'un, tout ça c'était effondré si violemment. A présent, Sasuke vivait au jour le jour, ne pensant pas au futur et évitant de trop penser au passé. Il avait cru beaucoup de chose et au final, il s'était fourvoyé. En baissant son regard sur la silhouette qui lui tournait le dos, roulée en boule contre l'herbage, il se dit qu'au final il avait été bien naïf d'espérer. Il avait tout brisé le jour ou il avait laissé la noirceur de la vengeance complètement obstruer le peu de lumière qu'il restait dans sa vie. La lueur dorée des cheveux de Naruto était devenue une image en noir et blanc sans son, le shidori bleuté de Kakashi une arme aussi anodine que ses kunaïs et le rose des cheveux de Sakura, une peinture sépia suspendue au mur d'une pièce de son esprit ou il ne se rendait que très rarement.
Il soupira profondément. Depuis qu'il avait perdu ses pouvoirs, son chakra et surtout depuis son séjour à Kiri, il regrettait de n'avoir pas eu la chance d'être un simple homme. Pas même un shinobi, juste un pécheur, un artisan avec une famille, des problèmes simples pour une vie simple. Les pincements au cœur revinrent, un peu plus tenaces. Si il n'avait pas été Sasuke du clan maudit des Uchiha, il ne serait pas caché dans cette grange, incapable de protéger son ancienne équipière, poursuivit par les puissants de ce monde et il n'aurait jamais attiré l'attention d'Orochimaru ou de qui que ce soit d'autres que le chef de son village ou de son éventuelle femme.
Saisi par un soudain vague à l'âme et par cette horrible sensation que sa propre vie ne lui appartenait pas, le jeune homme s'allongea à son tour dans le foin, dos à la rose. Avait-il seulement eu un fois le choix de mener une existence qui n'était pas dicté par les autres ou par leurs actions dans sa propre vie. Son ascendance l'avait formaté dès son plus jeune âge, la disparition du clan aussi violente que soudaine était survenue à un instant de sa vie ou il n'était pas encore capable de prendre du recul sur la situation. Par son silence et sa fuite, son frère avait sans vraiment le vouloir cultivé le besoin de vengeance de son cadet. La suite lui paraissait à présent courue d'avance. Seul Itachi aurait pu désamorcer sa descente au enfer mais il aurait du, pour cela, agir beaucoup plus tôt. Manipulé grâce à cette vengeance aveugle, Sasuke avait commis les pires crimes et il en éprouvait a présent de profonds remords.
Ces derniers mois lui avaient montré qu'au font de lui, il aurait pu être un homme simple. Certes son caractère lui aurait laissé un petit coté au dessus de la moyenne, il était un leader c'était un fait mais il ne l'aurait pas empêché de vivre une vie dans la moyenne. Les sommets que son rang d'Uchiha lui avait permis d'atteindre l'avait aussi fait chuter si durement qu'à présent il souffrait juste en y repensant. Comme il aurait voulu être « normal ». Comme il aurait voulu avoir tout simplement le choix de mené la vie qu'il aurait souhaité, sans la pression engendrée par les ravages de la mort de sa famille. Tout cela était survenu trop tôt et l'enfant qu'il était alors ne pouvait se sortir de tout ça sans de profondes séquelles.
Il ne pu réprimer un sursaut quand il sentit le bras de Sakura venir l'enserrer, par derrière comme un certain soir il y avait à présent bien longtemps. C'est à cet instant qu'il se rendit compte qu'il pleurait, que ces yeux étaient baignés de larmes silencieuses. Elle ne dit rien, ne fit aucune remarque, ce contentant de serrer le jeune homme contre elle.
- J'aurais tellement voulu… murmura-t-il, un trémolo mal contenu dans la voix.
- Qu'aurais-tu voulu ?
- Etre « normal »…
Il l'a sentit l'étreindre un peu plus fort. Un faible sanglot parvint aux oreilles de la jeune femme alors qu'elle sentait les épaules de son ancien équipier s'agiter. Un étrange pressentiment l'avait éveillé quelques secondes plus tôt. Une aura insolite se dégageait de son voisin, un chakra certes faible mais d'une noirceur sans nom. Pourtant, elle n'éprouva aucune crainte à aucun moment. La noirceur sentait la tristesse, la solitude, les regrets et les remords. Combien de sentiments qui ne correspondaient pas à l'homme qu'elle avait toujours connu froid, fière et qui pourtant les éprouvait à cet instant ?
Cette situation, aussi étrange qu'elle soit, la réjouissait dans un sens. Sasuke n'avait pas complètement perdu pied dans toute cette histoire, il était resté une part d'humanité dans son cœur meurtri.
- Sakura ? demanda-t-il si doucement qu'elle ne fut pas sur d'avoir correctement entendu la voix grave articuler son prénom.
- Oui ?
- Est-ce que tu crois que nous avons tous l'occasion, un jour, de nous racheté pour toutes les erreurs que nous avons commises ?
- Je le crois, oui. murmura-t-elle après quelques secondes de réflexions.
Il ne rajouta rien. Se doutant qu'il réfléchissait à ses quelques mots, elle se rendormit. Elle sentit juste la main tiède et encore humide des larmes qu'elle venait d'essuyer se poser simplement sur la sienne toujours posée sur le ventre du jeune homme.
Au petit matin, Sasuke se réveilla le premier. Son équipière lui tournait le dos, lové dans une couverture que leur avait fourni le villageois les hébergeant avant qu'ils ne viennent se cacher dans cette grange. Profitant de ce moment de quiétude, il fixa les poutres au dessus de lui et bien vite son esprit se replongea dans les réflexions du soir précédent. Quand la jeune femme se retourna, les yeux s'ouvrant plus facilement après une nuit de sommeil réparatrice, Sasuke tourna la tête et la fixa un instant avant de lui murmurer un « bonjour » de circonstance. Elle sourit, il décida en son fort intérieur que le choix qu'il venait de prendre était le meilleur qu'il n'ait jamais pris.
